Henri Guaino veut faire entrer le discours de Dakar dans l’histoire

Posté par issopha le 2 août 2008

Henri Guaino veut faire entrer le discours de Dakar

 dans l’histoire

Henri Guaino veut faire entrer le discours de Dakar dans l’histoire dans LA FRANCE DE NICOLAS SARKOZY rubon131-2892a


date de publication : mercredi 30 juillet 2008



Le conseiller spécial du président de la République revient dans une tribune du journal Le Monde sur le discours toujours très controversé prononcé à Dakar par Nicolas Sarkozy, en juillet 2007. La “plume du président” se défend de toute vision raciste de l’Afrique — il avait aimablement traité de « petit con prétentieux » BHL qui avait affirmé « Guaino, il est raciste » — mais il n’hésite pas à répéter, avec l’assurance qu’on lui connaît, que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ».

Achille Mbembe, professeur d’histoire et de science politique à Johannesburg, avec « L’Afrique de Nicolas Sarkozy », et Ibrahima Thioub, professeur d’histoire à l’Université de Dakar, avec sa « lettre à Nicolas Sarkozy », ont répondu en leur temps à cette vision “frivole et exotique” de l’Afrique. Ci-dessous, avant la reprise de la tribune d’Henri Guaino, un commentaire de David Servenay qui remarque que l’appréciation du rôle de la France dans le génocide rwandais ne semble pas avoir été affectée par le changement de président de la République.

[Mise en ligne le 28 juillet 2008, complétée le 30 juillet]


David Servenay : «  … et le Rwanda ? »

[Un extrait de « Sarkozy, Guaino et l’Afrique : où est la rupture ? »,
publié sur
Rue89, le 27 juillet 2008.]

En relisant le discours de Dakar, une phrase m’a sauté aux yeux (mea culpa, elle avait échappé à la première lecture), car elle reprend les pires antiennes de l’ère Mitterrand-Pasqua-Balladur. Je veux parler de cette allusion au Rwanda, glissée au détour de ce passage consacré à la responsabilité de la France dans l’histoire africaine :

« La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution. »

Fort bien. Mais pourquoi parler « des génocides » ? Quels sont-ils ces « génocides » ? En existe-t-il d’autres que celui qui se déroula du 7 avril à la fin de l’année 1994 dans les collines rwandaises, ainsi que le définit le texte de reconnaissance officielle de l’ONU ? Je n’en vois pas.

En revanche, je sais que la confusion est savamment entretenue depuis la conférence de presse finale de François Mitterrand au sommet franco-africain de Biarritz, en novembre 1994. Le président français avait, le premier, joué de l’ambiguïté, accusant les forces du FPR (Front patriotique rwandais) de commettre, eux aussi, le pire contre les vrais génocidaires que l’armée française protégeait dans les forêts du Kivu.

Depuis, Hubert Védrine, Dominique de Villepin et d’autres ont publiquement repris l’expression. J’ai aussi noté que nos relations avec Kigali n’ont pas vraiment évolué depuis un an. Alors, de quelle « rupture » parle-t-on ?

David Servenay

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L’homme africain et l’histoire, par Henri Guaino

Tribune parue dans Le Monde du 27 juillet 2008

Il y a un an à Dakar, le président de la République française prononçait sa première grande allocution en terre africaine. On sait le débat qu’elle a provoqué. Jamais pourtant un président français n’avait été aussi loin sur l’esclavage et la colonisation : « Il y a eu la traite négrière. Il y a eu l’esclavage, les hommes, les femmes, les enfants achetés et vendus comme des marchandises. Et ce crime ne fut pas seulement un crime contre les Africains, ce fut un crime contre l’homme, ce fut un crime contre l’humanité tout entière [...] . Jadis les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. Ils ont banni les dieux, les langues, les croyances, les coutumes de vos pères. Ils ont dit à vos pères ce qu’ils devaient penser, ce qu’ils devaient croire, ce qu’ils devaient faire. Ils ont eu tort. »

Mais il a voulu rappeler en même temps que, parmi les colons, « il y avait aussi des hommes de bonne volonté [...] qui ont construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles [...]« . Il doit beaucoup à Senghor, qui proclamait : « Nous sommes des métis culturels. » C’est sans doute pourquoi il a tant déplu à une certaine intelligentsia africaine qui trouvait Senghor trop francophile. Il ne doit en revanche rien à Hegel. Dommage pour ceux qui ont cru déceler un plagiat. Reste que la tonalité de certaines critiques pose une question : faut-il avoir une couleur de peau particulière pour avoir le droit de parler des problèmes de l’Afrique sans être accusé de racisme ?

A ceux qui l’avaient accusé de racisme à propos de Race et culture (1971), Lévi-Strauss avait répondu : « En banalisant la notion même de racisme, en l’appliquant à tort et à travers, on la vide de son contenu et on risque d’aboutir à un résultat inverse de celui qu’on recherche. Car qu’est-ce que le racisme ? Une doctrine précise [...]. Un : une corrélation existe entre le patrimoine génétique d’une part, les aptitudes intellectuelles et les dispositions morales d’autre part. Deux : ce patrimoine génétique est commun à tous les membres de certains groupements humains. Trois : ces groupements appelés « races » peuvent être hiérarchisés en fonction de la qualité de leur patrimoine génétique. Quatre : ces différences autorisent les « races » dites supérieures à commander, exploiter les autres, éventuellement à les détruire. »

Où trouve-t-on une telle doctrine dans le discours de Dakar ? Où est-il question d’une quelconque hiérarchie raciale ? Il est dit, au contraire : « L’homme africain est aussi logique et raisonnable que l’homme européen. » Et « le drame de l’Afrique n’est pas dans une prétendue infériorité de son art, de sa pensée, de sa culture, car pour ce qui est de l’art, de la pensée, de la culture, c’est l’Occident qui s’est mis à l’école de l’Afrique ».

Est-ce raciste de dire : « En écoutant Sophocle, l’Afrique a entendu une voix plus familière qu’elle ne l’aurait cru et l’Occident a reconnu dans l’art africain des formes de beauté qui avaient jadis été les siennes et qu’il éprouvait le besoin de ressusciter » ?

Parler de « l’homme africain » était-il raciste ? Mais qui a jamais vu quelqu’un traité de raciste parce qu’il parlait de l’homme européen ? Nul n’ignore la diversité de l’Afrique. A Dakar, le président a dit : « Je veux m’adresser à tous les Africains, qui sont si différents les uns des autres, qui n’ont pas la même langue, la même religion, les mêmes coutumes, la même culture, la même histoire, et qui pourtant se reconnaissent les uns les autres comme Africains. »

Chercher ce que les Africains ont en commun n’est pas plus inutile ni plus sot que de chercher ce que les Européens ont en partage. L’anthropologie culturelle est un point de vue aussi intéressant que celui de l’historien sur la réalité du monde.

Un discours pour la jeunesse

Revenons un instant sur le passage qui a déchaîné tant de passions et qui dit que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ». Nulle part il n’est dit que les Africains n’ont pas d’histoire. Tout le monde en a une. Mais le rapport à l’histoire n’est pas le même d’une époque à une autre, d’une civilisation à l’autre. Dans les sociétés paysannes, le temps cyclique l’emporte sur le temps linéaire, qui est celui de l’histoire. Dans les sociétés modernes, c’est l’inverse.

L’homme moderne est angoissé par une histoire dont il est l’acteur et dont il ne connaît pas la suite. Cette conception du temps qui se déploie dans la durée et dans une direction, c’est Rome et le judaïsme qui l’ont expérimentée les premiers. Puis il a fallu des millénaires pour que l’Occident invente l’idéologie du progrès. Cela ne veut pas dire que dans toutes les autres formes de civilisation il n’y a pas eu des progrès, des inventions cumulatives. Mais l’idéologie du progrès telle que nous la connaissons est propre à l’héritage des Lumières.

En 1947, Emmanuel Mounier partait à la rencontre de l’Afrique, et en revenant il écrivit : « Il semble que le temps inférieur de l’Africain soit accordé à un monde sans but, à une durée sans hâte, que son bonheur soit de se laisser couler au fil des jours et non pas de brûler les espaces et les minutes. » Raciste, Mounier ?

A propos du paysan africain, le discours parle d’imaginaire, non de faits historiques. Il ne s’agissait pas de désigner une classe sociale, mais un archétype qui imprègne encore la mentalité des fils et des petits-fils de paysans qui habitent aujourd’hui dans les villes.

L’Afrique est le berceau de l’humanité, et nul n’a oublié ni l’Egypte ni les empires du Ghana et du Mali, ni le royaume du Bénin, ni l’Ethiopie. Mais les grands Etats furent l’exception, dit Braudel, qui ajoute : « L’Afrique noire s’est ouverte mal et tardivement sur le monde extérieur. » Raciste, Braudel ?L’homme africain est entré dans l’histoire et dans le monde, mais pas assez. Pourquoi le nier ?

Ce discours ne s’adressait pas aux élites installées, aux notables de l’Afrique. Mais à sa jeunesse qui s’apprête à féconder l’avenir. Et il lui dit : « Vous êtes les héritiers des plus vieilles traditions africaines et vous êtes les héritiers de tout ce que l’Occident a déposé dans le coeur et dans l’âme de l’Afrique », la liberté, la justice, la démocratie, l’égalité vous appartiennent aussi.

L’Afrique n’est pas en dehors du monde. D’elle aussi, il dépend que le monde de demain soit meilleur. Mais l’engagement de l’Afrique dans le monde a besoin d’une volonté africaine, car « la réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes ». Cessons de ressasser le passé et tournons-nous ensemble vers l’avenir. Cet avenir a un nom : l’Eurafrique, et l’Union pour la Méditerranée en est la première étape. Voilà ce que le président de la République a dit en substance à Dakar.

On a beaucoup parlé des critiques, moins de ceux qui ont approuvé, comme le président de l’Afrique du Sud, M. Thabo Mbeki. On n’a pas parlé du livre si sérieux, si honnête d’André Julien Mbem, jeune philosophe originaire du Cameroun. Parlera-t-on du livre si savant à paraître bientôt à Abidjan de Pierre Franklin Tavares, philosophe spécialiste de Hegel, originaire du Cap-Vert ?

L’éditorial du quotidien sénégalais Le Soleil du 9 avril dernier était intitulé : « Et si Sarkozy avait raison ? » Bara Diouf, grande figure du journalisme africain, qui fut l’ami de Cheikh Anta Diop (1923-1986, historien et anthropologue sénégalais), écrivait : « Le siècle qui frappe à notre porte exige notre entrée dans l’histoire contemporaine. »

Raciste, Bara Diouf ou mauvais connaisseur de l’Afrique ?

Toute l’Afrique n’a pas rejeté le discours de Dakar. Encore faut-il le lire avec un peu de bonne foi. On peut en discuter sans mépris, sans insultes. Est-ce trop demander ? Et si nous n’en sommes pas capables, à quoi ressemblera demain notre démocratie ?

Henri Guaino
conseiller spécial du président de la République

P.-S.

Ajouté le 30 juillet 2008 :

Alors, raciste le discours de Dakar ? Raciste cette succession de clichés datant de l’époque coloniale — l’Africain est un « paysan », le continent est déchiré par « les guerres sanglantes », mais il a heureusement un « imaginaire merveilleux » et une « sagesse ancestrale »… ?

Henri Guaino a-t-il lu ce qu’a écrit Achille Mbembe ? « Dans tous les rapports où l’une des parties n’est pas assez libre ni égale, le viol souvent commence par le langage – un langage qui, sous prétexte d’amitié, s’exempte de tout et s’auto-immunise tout en faisant porter tout le poids de la cruauté au plus faible. » [1]

Notes

[1] Achille Mbembe, l’Afrique de Nicolas Sarkozy.

 

 

 

 

le discours de Dakar : premier anniversaire

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date de publication : samedi 26 juillet 2008



Il aura fallu attendre un an pour apprendre que Bernard Kouchner « juge avec une certaine sévérité » le discours prononcé par Nicolas Sarkozy il y a un an à Dakar. On notera que notre ministre des Affaires étrangères travestit la réalité quand il affirme, au sujet de Thabo Mbeki, qu’« il a en tout cas envoyé une lettre très claire de soutien au président Sarkozy ». En effet, dans cette lettre, Thabo Mbeki remerciait Nicolas Sarkozy pour le soutien qu’il avait déclaré vouloir apporter au développement de l’Afrique — mais il semble que, là aussi, le président français en soit resté au stade des déclarations.

Bernard Kouchner n’ayant pas précisé ses critiques, vous trouverez ci-dessous un point de vue sur ce “fameux” discours.

[Première mise en ligne le 25 juillet, revue et complétée le 26 juillet 2008]


 

A propos du “Discours de Dakar” de Nicolas Sarkozy

par Laurence de Cock- Pierrepont [1]

Le discours de Nicolas Sarkozy prononcé à l’Université de Dakar a provoqué un tollé chez les intellectuels africains. Le site de la LDH (section de Toulon) s’en est fait largement l’écho. Deux textes y soulèvent les principaux objets d’indignation face aux propos qui épousent sans complexe la vision « frivole et exotique » de l’Afrique (Mbembe), au mépris de toutes les recherches scientifiques africaines, françaises ou conjointes : « L’Afrique de Nicolas Sarkozy » par Achille Mbembe, Professeur d’histoire et de science politique au Wits Institute for Social and Economic Research à Johannesburg ; « lettre à Nicolas Sarkozy » par Ibrahima Thioub, professeur d’histoire à l’Université de Dakar. Le CVUH ne peut que s’associer à cette légitime dénonciation. Catherine Coquery-Vidrovitch [2] a d’ailleurs déjà ouvertement soutenu ses collègues africains, s’indignant de cette méconnaissance partagée de l’histoire africaine, jusqu’au milieu journalistique.

Sans reprendre tous les arguments déjà fort clairement exposés par les textes sus-cités, il convient de s’arrêter sur les aspects principaux de ce discours qui s’inscrivent dans la logique des usages publics de l’histoire par Nicolas Sarkozy, et qui révèlent, outre son ignorance et son désintérêt profond pour l’Afrique, la matrice idéologique de sa politique.

Car au regard de l’ensemble des discours de Nicolas Sarkozy, celui de Dakar ne fait pas vraiment rupture. Comme dans tous les autres, on peut en effet y lire sa tentative de camoufler son refus du débat politique derrière des signes de réconciliation ou d’union qui confinent à l’amnistie symbolique, tentative dont la thématique de l’anti-repentance et le procédé d’infantilisation sont les principaux outils. Ce mécanisme est très visible dans le discours de Dakar. Le premier argument relève du déni d’historicité illustré par la phrase qui a soulevé légitimement l’ire des auditeurs africains : « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. » Sous couvert d’une admiration pour cette spiritueuse terre de mystère et de magie, l’ attribution d’un « zéro de température historique » (Marshall Sahlins) au continent africain témoigne d’une posture ethnocentrique et paternaliste qui lui permet, au passage, de réactualiser la mission civilisatrice d’une ancienne métropole porteuse des secrets de la marche vers le progrès : « Cette Renaissance, je suis venu vous la proposer. Je suis venu vous la proposer pour que nous l’accomplissions ensemble, parce que de la Renaissance de l’Afrique dépend pour une large part la Renaissance de l’Europe et la Renaissance du monde. » [3] Derrière un patchwork de références et de citations littéraires dont semble friand Henri Guaino, le concepteur de ses discours, Nicolas Sarkozy s’arroge un droit d’anticipation des désirs et volontés des « Africains » pour se poser comme l’homme providentiel venu libérer un peuple de ses ancestraux fantômes.

Il fallait une certaine dose de mépris pour faire fi du fait que l’auditoire à Dakar se composait des meilleurs universitaires du pays peu disposés à se laisser faire la leçon. C’est que le Président français s’adresse, ce jour-là, à un continent entier : « Ce que l’Afrique veut… je suis venu le lui donner ». Le procédé rhétorique est bien rôdé, et les formules répétitives qui scandent les propos tentent de produire leur « effet-vérité » derrière une fausse envolée lyrique que l’on sait en réalité très contrôlée. Soucieux de rassembler, le discours n’évince, en apparence, aucun sujet épineux. Conscient en effet des enjeux politiques soulevés par l’histoire de l’esclavage et celle de la colonisation, Nicolas Sarkozy s’empare de ces questions, mais la thématique de l’anti-repentance lui permet de désamorcer toutes possibilités de débats potentiellement conflictuels : « Je suis venu vous proposer de regarder ensemble, Africains et Français, au-delà de cette déchirure et au-delà de cette souffrance ».

En se posant comme le grand réconciliateur, Nicolas Sarkozy poursuit sa quête de consensus, laquelle témoigne d’une vision très particulière de la démocratie. « Je veux une démocratie irréprochable » disait-il dans un précédent discours (14 janvier 2007) ; et on pourra méditer longtemps sur cette alliance de mots qui vise à purger la démocratie de ce qui fait son essence même, l’acceptation du conflit.

Laurence De Cock-Pierrepont

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Bernard Kouchner : « Nous n’avons pas de leçons à donner »

par Rodolphe Wartel, Sud-Ouest le 25 juillet 2008

Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, est à Bordeaux, où il accueille, aux côtés de Nicolas Sarkozy, le président sud-africain, Thabo Mbeki, pour le premier sommet entre l’Union européenne et l’Afrique du Sud.

  • En quoi l’Afrique du Sud est-elle, selon vous, un modèle ou un partenaire idéal pour l’Union européenne ?

Elle n’est pas un partenaire idéal. Elle est un partenaire obligé parce qu’elle est une grande démocratie, surmontée en permanence par l’image d’un très grand homme : Nelson Mandela. J’espère qu’elle sera un modèle.

  • L’Afrique du Sud peut-elle, aux côtés de l’Europe et de la France, intervenir davantage en tant que pacificateur, comme on l’a vu récemment au Kenya mais comme on ne l’a pas vu au Zimbabwe ?

Vous avez raison, même si nous, les Français, n’avons pas de leçons à donner. Il y a eu des troubles dans tous les pays francophones, mais, jusque-là, on pensait que l’Afrique anglophone était épargnée et cela n’était pas vrai. Il faut aussi parler des rapports nécessaires entre l’Union africaine et l’Union européenne. Malheureusement, entre le Nord et le Sud, les rapports ne sont pas faciles, comme ils ne le sont pas, par exemple, entre M. Kadhafi et M. Mbeki. Pour l’Union africaine, il y a deux écoles : ceux qui veulent imiter l’Europe sur la base des nations et ceux qui pensent, comme M. Kadhafi, qu’il faut déjà un gouvernement africain. Tout le monde veut imiter l’Union européenne sauf… quand on y est.

  • Il y a un an, Nicolas Sarkozy prononçait son fameux discours de Dakar sur l’homme noir et son engagement dans la société, très contesté dans un grand nombre de pays africains, mais plutôt bien accueilli par l’Afrique du Sud. Rétrospectivement, pourquoi Mbeki l’a-t-il, lui, plutôt bien accueilli ?

(Rires.) Peut-être ne l’avait-il pas lu… Disons que ses divergences avec les pays africains, en tout cas ceux de l’Afrique de l’Ouest, sont connues. Il a en tout cas envoyé une lettre très claire de soutien au président Sarkozy. Moi, je juge avec une certaine sévérité le discours de Dakar. Cela s’est passé dans des conditions telles que cela ne pouvait pas être accepté. [4]

  • Du côté du Soudan, le président Béchir a rejeté hier l’accusation de génocide au Darfour portée contre lui. Vous répondez quoi ?

Je réponds d’abord à M. Béchir, qui a accusé la France d’être néocolonialiste et de vouloir son pétrole, que cela n’a rien à voir avec notre position qui est entièrement politique et humaine. Les massacres, que je n’ai jamais qualifiés de génocide mais de crimes contre l’humanité et de massacres de masse, sont vus et connus par les populations du monde entier. Voilà ce que nous dénonçons.

  • Barack Obama poursuit cette fin de semaine à Paris son voyage dans une Europe conquise. Après les signes forts en direction de George Bush adressés par Nicolas Sarkozy, c’est à nouveau un exercice diplomatique un peu compliqué qui vous attend, non ?

Ce n’est pas compliqué. Il n’y a pas eu de signes forts à destination de George Bush mais à destination du président américain. Si vous aviez assisté, comme moi, au discours du Congrès, ce n’est pas à George Bush qu’il rendait hommage mais à l’amitié franco-américaine renouvelée, qui nous permet justement de ne pas être toujours d’accord. Maintenant, nous nous parlons franchement et en toute fraternité. Nous serons très heureux de faire la même chose avec le président qui sera élu : que ce soit M. Obama ou M. McCain, qui nous a déjà rendu visite.

  • Cette semaine clôture des journées très agitées au PS avec la révision de la Constitution. Vous vous sentez plus proche que jamais de Jack Lang ?

Oui. Il y a longtemps que nous sommes amis. Je lui ai téléphoné aussitôt pour le féliciter de son courage et de sa lucidité. Moi, je n’ai pas voté pour le président Sarkozy, mais je suis fier de travailler avec lui parce qu’il réforme le pays. La plus grande réforme dont le pays aurait besoin, c’est peut-être la réforme du Parti socialiste, qui pourrait se mettre au diapason des autres partis frères en Europe. Cela ferait plaisir à tout le monde. On pousserait un ouf de soulagement et peut-être pourrait-il faire des propositions. Là, on est dans la négation perpétuelle, un peu immature.

  • On a l’impression que vous ne vous êtes jamais senti aussi loin du Parti socialiste…

Je les connais bien. Je sais que la moitié, sinon les trois quarts, ne pensent pas ce qu’ils disent. Moi, je n’ai jamais changé. Je suis un social-démocrate très convaincu. Et je vois bien que le président Sarkozy a des penchants de ce genre.

  • Vous travaillez depuis un peu plus d’un an aux côtés de Nicolas Sarkozy, aujourd’hui très bas dans les sondages. Vous ne regrettez rien ?

Ce ne sont pas les sondages qui me guident. Moi je suis très haut, mais cela ne veut rien dire. Je suis très content d’avoir pu participer à ces réformes. Ce n’est pas toujours facile, je ne vous le cache pas…

Rodolphe Wartel

Notes

[1] Laurence De Cock-Pierrepont est professeure d’histoire-géographie et formatrice à l’IUFM de Versailles.

Ce texte a été publié le 7 septembre 2007, sur le site du Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH).

[2] Voir, sur le site du CVUH, la lettre adressée au et laissée sans nouvelle par le Nouvel Observateur par Catherine Coquery-Vidrovitch.

[3] On notera au passage que cette thématique de la Renaissance est récurrente sous la plume de Guaino : 22 occurrences du mot dans ses discours de campagne de 2007.

[4] Henri Guaino ne partage évidemment pas les réserves de Bernard Kouchner sur un discours dont il est soupçonné d’être l’auteur, mais il entretient la même désinformation au sujet de la réaction de Thabo Mbeki en déclarant à Walf Fadjiri : « S’agissant des gouvernants, la première lettre de félicitations reçue quelques jours après le discours de Dakar était signée par Monsieur Mbeki. »

 

Nicolas Sarkozy et l’Afrique”, par Catherine Coquery-Vidrovitch

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date de publication : mardi 11 décembre 2007



Alors que Nicolas Sarkozy effectuait une visite d’Etat en Algérie du 3 au 5 décembre 2007, Catherine Coquery-Vidrovitch, professeur émérite d’Histoire de l’Afrique à l’Université Diderot Paris-7, était l’invitée du quotidien L’Humanité. Nous avons retenu trois des cinq chroniques qu’elle a publiées entre le 3 et le 7 décembre [1].


 

L’Afrique, l’histoire et le Président [2]

Le 15 avril 2007, Sarkozy a annoncé que son premier voyage hors Europe de Président serait « pour l’Afrique » ; dans la foulée, il a réitéré son engagement de « régler la question du regroupement familial » par une nouvelle loi sur l’immigration. Les trois visites successives du Président Sarkozy dans des États africains issus de l’ex-Empire ne sont donc pas anodines. Il aurait passé le week-end au Maroc, ce qui n’est peut-être pas le meilleur préalable quand on connaît les relations délicates entre les deux pays. Peut-être veut-il par son passage montrer qu’à lui seul il peut donner vie à l’union méditerranéenne (qui vise surtout, ne l’oublions pas, à exclure la Turquie de l’Union européenne).

Il faut donc inscrire les propos que tiendra le Président en Algérie dans une continuité, en espérant que sa connaissance du pays sera mieux préparée. Rappelons le passif. Le Président et sa plume Guaino affectionnent les grands auteurs du passé. Il a invoqué à Dakar Senghor et l’Enfant noir de Camara Laye (1953), il s’est référé à Rabat à Lyautey (premier Résident général du protectorat en 1912), il se met en Algérie sous la protection d’Albert Camus (mort en 1960) dont à la veille de son voyage il déclare que, grâce à lui, il a la nostalgie « de ne pas être né en Afrique du Nord ». Autrement dit, ses références datent de l’ère coloniale. L’Afrique n’aurait pas bougé depuis que la France l’a quittée…

Le discours de Dakar (26 juillet 2007), devant l’aréopage des universitaires du pays, a scandalisé. Certes, le Président a souligné le passif passé de la colonisation. Mais il a traité ses hôtes de grands enfants demeurés dans un passé immobile, et s’est proposé pour les conduire à la « renaissance » … en marche depuis longtemps [3]. Rebelote au discours de Tanger (23 octobre) : comprendra qui voudra, Lyautey, ce colonisateur fier de l’être (« Je me sentais né pour créer et je crée, pour commander et je commande »), aura été nommé, affirme Sarkozy, pour « accompagner [les Marocains] sur le chemin de la liberté » qu’ils venaient de perdre. Ce qui n’empêche pas un tour de passe-passe (coutumier au temps colonial) : d’un côté, l’Afrique noire est exclue de l’histoire ; de l’autre, l’Afrique blanche méditerranéenne est installée au cœur de … la même histoire.

En France, les stèles mémorielles à la gloire des Français, harkis compris depuis peu (dont la dernière à Perpignan le 25 novembre, la prochaine à Sète) se multiplient dans les municipalités désireuses de gagner des voix. Or, la pétition des chercheurs spécialistes de l’histoire algérienne publiée samedi dans l’Huma l’explique : la compréhension du passé doit “être accomplie non par des entreprises mémorielles unilatérales privilégiant une catégorie de victimes, mais par un travail historique rigoureux conçu en partenariat” : franco-algérien, franco-africain, franco-vietnamien. La bibliothèque de Guaino s’est arrêtée au siècle dernier…

Mémoire coloniale, histoire et politique [4]

« Réconcilier les mémoires », ce n’est pas une incantation politique : c’est un travail de savoir. Un proverbe africain le dit bien : « pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient ». Le « devoir de mémoire » souvent mis en avant par les politiques impose à l’amont un « travail de mémoire » ; c’est l’historien qui analyse les mémoires en qualité de sources respectables mais à interpréter – comme n’importe quelle autre source –. L’histoire coloniale française n’a pris fin qu’avec les indépendances en Afrique noire (1960) et la guerre d’Algérie (1962). La mémoire « vivante » des anciens acteurs est encore là, pleine d’affect ; la mémoire reconstruite par les descendants l’est aussi, manipulée par les aléas de la transmission, et manipulable.

Aujourd’hui ces mémoires coloniales restent à vif. Car, de part et d’autre, la consolidation de la communauté politique (France, Algérie, Sénégal…) est en jeu ; même si l’historien est protégé par son exigence de rigueur dans l’analyse exhaustive, rigoureuse et critique des documents du passé, il ne peut pas plus que les autres se démarquer totalement de sa propre mémoire, processus de construction subjective lié à sa position dans l’espace et dans le temps.

Entre descendants de colonisés et de colonisateurs, l’affectivité réciproque est difficile à transcender car nous sommes dans l’histoire immédiate. Les mémoires traumatisées s’agitent dans tous les sens : Français blancs peu concernés qui se pensent les plus « objectifs » ; Français noirs, beurs ou « pieds-noirs » ; descendants de « porteurs de valises » ou au contraire de pro-OAS ; enfants de colonisateurs ou de coopérants… Ces mémoires contrastées ne concernent pas que des Français. C’est pourquoi il est contraire à toute « réconciliation » d’élever des « mémoriaux » en célébrant les morts d’un camp sans s’occuper de l’autre. Ce qu’on faisait aux colonisés qui étaient des « sujets indigènes », il est insultant de le faire à l’égard de citoyens qui ont droit à notre respect.

Le seul recours, c’est comprendre ces mémoires et les surmonter par le savoir, sans tabou et en travaillant de concert. Foin de la repentance, terme moral et politique. Les intellectuels qui utilisent ce gros mot comme une insulte sont mauvais chercheurs ou malhonnêtes, ils induisent son maniement irresponsable par les politiques qui ne s’en servent que pour discréditer leurs opposants. L’historien n’a pas à juger mais à analyser comment et pourquoi la colonisation a été, comment elle a transformé et les colonisés et les colonisateurs, quels en furent – et quels qu’ils furent – les effets induits et les héritages aujourd’hui dans leurs pays respectifs. Il ne s’agit ni de pardon ni d’oubli : tout « non-dit » est ennemi du savoir, de l’intelligence réciproque, de la réconciliation.

« Communautarisme » et Migrations [5]

Outre « repentance », il y a d’autres gros mots affectionnés par le Président Sarkozy. Ainsi « communautarisme » : que cache ce terme jamais défini mais utilisé à tout propos dans les medias ? Disons pour simplifier que ce serait une doctrine (forgée par qui sinon quelques intégristes illuminés ?) visant à l’organisation de la société sous forme de communautés plutôt que d’un État. On fabrique un adversaire imaginaire qui voudrait « abandonner l’universalisme républicain au profit d’une République du voisinage entre communautés, chacune disposant de ses valeurs, de ses normes, de son droit et de ses représentants » (Daniel Lefeuvre). Les Français attribuent le concept à un leader extrémiste américain, Louis Farrakhan, “chef de la Nation de l’Islam” connu pour ses propos antisémites, anti-homosexuels et anticatholiques.

Or les Américains s’interrogent depuis plusieurs années sur cet “exotisme” (sic) français intraduisible dans leur langue. Leur esprit « communautarien » est différent, il affirme une évidence : l’individu se réfère à des appartenances multiples, culturelles, “ethniques”, politiques, sociales et religieuses. La référence communautaire n’est donc pas inquiétante pour un Anglo-saxon. En France, ce qu’on appelle communautarisme c’est le multiculturalisme à l’américaine (reconnaissance au sein de la nation des différences culturelles) et on en dramatise les effets. C’est un mot-arme récent utilisé pour faire peur, un “opérateur d’illégitimation” (P.-A. Taguieff). Le terme désigne en effet les groupes socialement défavorisés, d’ascendance arabo-musulmane ou noire, voire l’ensemble des immigrés comme s’il s’agissait de communautés, ce qu’ils ne sont évidemment pas sinon dans l’imaginaire des “Français de souche”, qui ne le sont pas non plus, puisqu’au niveau de nos arrière-grands-parents un tiers d’entre nous sont d’origine immigrée.

Le débat est posé en termes de « spécificité nationale française » menacée, ce qui élude la vraie question, celle des discriminations raciales (dans l’emploi, le logement, la vie quotidienne) à l’égard de groupes condamnés par le regard des autres à constituer une « communauté d’immigrés ». C’est l’absurdité du Ministère de l’immigration et de l’identité nationale, qui confond à dessein les deux termes pour figer l’identité nationale et du même coup figer les immigrants (jusqu’à combien de générations ?). La tâche de l’État est de définir la nationalité et d’en imposer les règles à tous, aux « vieux » Français comme aux nouveaux, par l’éducation etc. Mais le politique n’a pas à définir l’identité nationale : comment définir une fois pour toutes ce qui est en constant devenir, précisément en fonction du creuset culturel français ? C’est le travail du chercheur en sciences sociales, du socio-historien dirait Gérard Noiriel, mais pas du fonctionnaire d’autorité.

Catherine Coquery-Vidrovitch

Notes

[1] Les deux autres étaient intitulées Le ministère de la Défense s’invite à l’Éducation nationale pour celle du 4 décembre, et Où va l’Université ? pour celle du 6 décembre.

[2] L’Humanité du 3 décembre 2007.

[3] Dans un article, « La diplomatie africaine controversée de Nicolas Sarkozy », publié dans Le Monde daté du 11 décembre 2007, Philippe Bernard et Natalie Nougayrède évoquent une série d’entretiens de M. Sarkozy avec des dirigeants africains, à l’occasion du sommet Union européenne-Afrique de Lisbonne le 8 décembre 2007, « au moment où l’image de la France en Afrique a été sensiblement écornée à la fois par le scandale de l’Arche de Zoé au Tchad et par le discours prononcé en juillet par M. Sarkozy à Dakar, où il avait mis en cause la capacité de “l’homme africain” à appréhender l’avenir. » [Note de Ldh-Toulon]

[4] L’Humanité du 5 décembre 2007.

[5] L’Humanité du 7 décembre 2007.

Nicolas Sarkozy accusé à l’ONU de légitimer intellectuellement le racisme

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date de publication : samedi 17 novembre 2007



Au moment où il savourait son triomphe à Washington, le président français était étrillé, aux Nations Unies, pour son discours de Dakar. Doudou Diène, rapporteur spécial de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme et de discrimination raciale, s’est inquiété, devant une commission de l’Assemblée générale, d’une tendance récente à la « légitimation intellectuelle du racisme […] sous couvert de la défense de l’identité et de la sécurité nationale ». En juin dernier, il avait déjà insisté sur les discriminations envers les jeunes d’origine immigrée et la banalisation du racisme en France.

[Première mise en ligne le 9 nov. 07, mise à jour le 17 nov. 07]


 

  • Le discours de Dakar reflète-t-il l’image d’une France qui a du mal à assumer son passé ?

Doudou Diène : Oui, la France a un véritable problème avec son passé. Ce pays n’a pas assumé la guerre d’Algérie, tout se passe comme si la décolonisation ne s’était pas produite. De plus, il y a un refus de repentance et une absence de travail de mémoire. La France a peur de la pluralité, elle est en pleine crise identitaire. Sa seule réponse à la diversité est la dépréciation. [1]

La France accusée à l’ONU de « légitimer le racisme »

par Philippe Bolopion, Le Monde du 10 novembre 2007

Au cours d’une session de la troisième commission de l’Assemblée générale des Nations unies, Doudou Diène, le rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie, s’en est pris, mercredi 7 novembre, au président français, Nicolas Sarkozy, qu’il a accusé de s’être inscrit dans « une dynamique de légitimation du racisme ». M. Diène s’exprimait sur « la recrudescence des phénomènes de racisme à travers le monde » et sur leur « banalisation politique », voire leur « légitimation démocratique ».

M. Diène a sévèrement critiqué le discours prononcé à Dakar le 2 juillet par M. Sarkozy. Dans cette allocution, le président français avait dénoncé l’esclavage et les effets pervers de la colonisation tout en estimant que « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire » et que « jamais il ne s’élance vers l’avenir ».

ACCUSATIONS « INFONDÉES »

Doudou Diène, qui dépend du Conseil des droits de l’homme de Genève, a, selon le communiqué officiel, placé le discours de M. Sarkozy dans le contexte des propos du Prix Nobel de médecine James Watson sur la prétendue infériorité intellectuelle des personnes d’ascendance africaine. Ces deux éléments illustrent, selon le rapporteur sénégalais, « la recrudescence des phénomènes et des manifestations de racisme » et participent d’une « légitimation intellectuelle du racisme ».

M. Diène a également dénoncé « la criminalisation et le traitement exclusivement sécuritaire des questions relatives à l’immigration ». « En France, le projet de loi introduisant les tests ADN dans la procédure de traitement administratif des postulants au regroupement familial constitue aussi une illustration de cette stigmatisation de l’immigré », a-t-il ajouté.

Le représentant de la France au sein de la troisième commission a répliqué en jugeant les accusations du rapporteur « infondées et irresponsables ». Le président français « a réaffirmé dans ses discours et ses actes que la lutte contre le racisme faisait partie de ses priorités », a expliqué le diplomate, qui a assuré que les tests ADN ne seraient pratiqués que « sur une base volontaire ».

Doudou Diène a repris la parole pour affirmer qu’« il était essentiel que le président français, Nicolas Sarkozy, sache que le discours de Dakar a causé une blessure profonde ». « Dire devant des intellectuels africains qu’ils ne sont pas entrés dans l’histoire s’inspire des écrits racistes des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles », a ajouté le rapporteur.

Philippe Bolopion

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La montée du révisionnisme historique

par Doudou Diène [2]

  • M. Diène, il est constant pour tout observateur averti que Nicolas Sarkozy à Dakar a péché par ignorance, arrogance en se trompant dangereusement d’époque. Quelle est votre lecture de sa déclaration ?

Ce n’est qu’une juxtaposition de textes différents avec des propos forts sur la culture africaine et sur l’homme africain. Deuxièmement, et le plus critique, c’est la posture politique. Comment comprendre qu’un homme d’Etat français puisse venir dire aux Africains ce qu’ils sont, ce qu’ils doivent faire. Sur ce point c’est au pouvoir politique de répondre à Nicolas Sarkozy. Cette réponse est attendue même après son départ. Le dernier élément, c’est la vision historique qu’a le Président français du Continent africain. M. Sarkozy prêche par ignorance. Il a dans sa vision historique de l’Afrique reproduit mot à mot les stéréotypes sur l’homme Noir qui a été décrit comme un être inférieur par des savants des Lumières pour légitimer l’ esclavage et plus tard la colonisation. Et c’est de cette littérature qu’est née l’anthropologie du racisme anti–Noir en décrivant une absence de civilisation de l’Afrique et de l’homme Africain. Pour Nicolas Sarkozy l’homme noir est attaché à la nature, il ne peut pas faire le saut cantique de la nature à la civilisation et il est resté collé à la nature. C’est là une reproduction des vieilles constructions idéologiques qui ont été faites à l’encontre des autres peuples non–européens. Malgré tout ce qui a été fait par des scientifiques français comme africains à l’image du parrain de l’ Université de Dakar Cheikh Anta Diop, que Nicolas Sarkozy a délibérément oublié dans son adresse à la jeunesse africaine. C’est un silence voulu. Un silence idéologique.

  • Même quand il passe la pommade aux Africains, c’est pour mieux les rabaisser. Quand on connaît bien le débat en France, ne peut – on pas dire que Sarkozy ne s’adressait pas uniquement à la jeunesse africaine ?

Ce discours exprime la montée de deux courants idéologiques en Occident. Premièrement, le courant du révisionnisme historique qui est en train de monter et qui a été illustré par le débat sur la « dimension positive de la colonisation ». Dans leur posture révisionniste des historiens essaient de démontrer que l’esclavage était l’œuvre même des victimes. Le deuxième courant propose une relecture ethnique des faits sociaux. Les tenants de ce courant suggèrent par exemple que l’immigration n’est plus un phénomène dont il faut avoir une lecture historique de tous les peuples mais exclusivement de peuples dont les valeurs culturelles ne sont pas en conformité avec la civilisation. Il s’agit d’intellectuels de renom comme le philosophe français Alain Finkielkraut ou l’académicienne Hélène Carrère d’Encausse qui avait considéré que la révolte des banlieues était liée à la polygamie. C’est un courant assez profond. Ce que dit Nicolas Sarkozy est donc une expression politique d’un courant idéologique profondément révisionniste. Cependant, on ne peut pas accuser Nicolas Sarkozy d’être raciste. Il ne l’est peut–être pas. Le problème se trouve en France même. C’est la crise identitaire que vit la République française. Le surgissement d’un courant avant–gardiste et révisionniste est lié à une certaine idée d’une Europe blanche et chrétienne. Ces vieilles constructions identitaires sont en contradiction avec la société européenne d’aujourd’hui.

Notes

[1] Extrait d’un entretien de Doudou Diène avec Stéphanie Plasse, publié le mardi 13 novembre 2007 sur le site www.afrik.com.

[2] Extraits d’un entretien de Doudou Diène avec El Hadji Gorgui Wade Ndoye, publié sur le site www.continentpremier.com

Henri Guaino aime le discours de Dakar

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date de publication : dimanche 21 octobre 2007



Dans un entretien publié le 20 octobre 2007 par le quotidien Libération, dont nous reprenons un extrait ci-dessous, Henri Guaino revient sur le discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Dakar. Après avoir longuement évoqué son incompréhension du refus de nombreux enseignants d’obéir à l’injonction qui leur est faite de lire à leurs élèves la lettre de Guy Môquet conformément à l’instruction officielle du 30 août dernier, Henri Guaino montre qu’il ne comprend pas plus la vague de critiques soulevée par un texte dont il est l’auteur


 

  • Comprenez-vous les réactions parfois violentes à ce discours ?

guaino6-9e5e2J’ai du mal à comprendre les caricatures et la malhonnêteté intellectuelle de ceux qui tirent une phrase d’un discours d’une heure. Quand on choisit de ne rien dire, on ne court aucun risque d’être mal compris. A Dakar, Nicolas Sarkozy a pris le risque de dire quelque chose aux Africains, avec lesquels nos liens sont particulièrement forts, parce que nous avons avec eux une histoire commune. Ce discours était très respectueux des Africains. C’était un discours sincère. Qu’est-ce que l’amitié sans la sincérité ?

  • On y a vu du paternalisme. Et votre description de l’homme africain, enfermé dans l’éternel recommencement, est très mal passée…

Le discours de Dakar n’exprime aucun sentiment de supériorité. Il parle aux Africains non comme à des enfants, mais comme à des frères. Au demeurant, le débat est resté limité : quelques invectives, quelques analyses critiques d’intellectuels. Et seuls deux chefs d’Etat ont réagi. M. Konaré [président de la commission de l’Union africaine, ndlr] est resté dans son registre habituel, celui de la critique contre Nicolas Sarkozy. Le président d’Afrique du Sud, M. Mbeki, a écrit au contraire tout le bien qu’il pensait de ce discours. Qu’il y ait débat, c’est légitime et c’est très bien. Ce discours vit sa vie. Quant à l’éternel recommencement, c’est un imaginaire commun à toute l’humanité à certains moments de son histoire. Les Grecs étaient incapables de concevoir l’idée moderne du progrès. L’idée de progrès, c’est celle qui s’est conceptualisée au moment des Lumières et que peu ou prou les diverses civilisations ont intégrée. Chaque civilisation a fait sa propre synthèse. L’Afrique doit faire la sienne.

[Les propos de Henri Guaino ont été recueillis par Alain Auffray et Antoine Guiral]

Les critiques du président Konaré

Le président de la Commission de l’Union africaine, Alpha Oumar Konaré, ancien président du Mali, s’est souvent opposé aux propositions de Nicolas Sarkozy, mais ses prises de position étaient argumentées et non systématiques.

Dès le 27 juillet, le président Konaré déclarait dans une interview à Radio France Internationale (RFI) que le discours de Dakar « n’est pas neuf dans le fond et rappelle des déclarations fort anciennes, d’une autre époque ». Il avait poursuivi en critiquant le rejet de toute repentance affiché par Nicolas Sarkozy au sujet de la colonisation : « une bonne partie du retard de l’Afrique est liée à cela et cette réalité, je suis sûr que le président le sait. [...] Personne n’a le droit de la nier, et cela n’a rien à voir avec la repentance ».

Mais c’est sans doute au Non à l’immigration choisie ! du président Konaré qu’Henri Guaino fait allusion ci-dessus. En avril 2006, alors que la loi relative à l’immigration et à l’intégration de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, était en discussion, M. Konaré avait dénoncé le recours à l’immigration sélective : « De façon unilatérale, on décide de piller, de pomper les pays africains de leurs cerveaux. Chaque année, plus de 25 000 diplômés, dans tous les domaines, quittent l’Afrique. » Un continent « victime d’une traite des cerveaux » pénalisant ses efforts de développement.

Plus récemment, début octobre, le président de la Commission de l’Union Africaine a jugé sévèrement le projet de loi français introduisant des tests ADN pour les candidats étrangers au regroupement familial, le jugeant « inacceptable au niveau éthique, moral et culturel ». Mais le premier chef d’Etat étranger à avoir critiqué officiellement ce projet semble avoir été le président sénégalais Abdoulaye Wade.

Le soi-disant soutien du président Mbeki

En revanche, c’est Henri Guaino qui frise la « malhonnêteté intellectuelle » quand il évoque « tout le bien » que le président sud-africain penserait du discours de Dakar. Le conseiller du président français n’ignore pas que les félicitations adressées à Nicolas Sarkozy par Thabo Mbeki ne concernaient que le soutien de la France à la renaissance et au développement de l’Afrique — la présidence de la République sud-africaine l’a précisé le 24 août dans le communiqué suivant :

sabc_news-0dcbe La lettre de Mbeki au président français provoque une vive polémique

le 24 août 2007 – 19:45

Avoir le soutien de la France pour la renaissance et le développement de l’Afrique est une des priorités de l’Afrique du Sud. C’est ce qui a incité le président Thabo Mbeki à adresser une lettre de félicitation au président français, Nicolas Sarkozy, s’attirant par là-même un certain nombre de critiques.

Le courrier de Mbeki a provoqué un grand émoi dans certains milieux. En effet, beaucoup estiment que le discours de Sarkozy sur le colonialisme, prononcé au Sénégal le mois dernier, était raciste et paternaliste envers l’Afrique. La présidence de la République sud-africaine précise que les félicitations de Mbeki ne concernaient que le soutien de la France à la renaissance et au développement de l’Afrique.

« Par sa lettre de félicitation, le président, sans aborder l’impression d’ensemble laissée par ce discours, a pris acte de l’engagement de la France en faveur du développement du continent africain et de ses peuples » a déclaré Mukoni Ratshitanga, porte parole de la présidence.

Les spécialistes s’accordent à dire que, en tant que militant panafricain, Mbeki ne pouvait cautionner des propos racistes, mais qu’il avait souhaité relever les aspects positifs du discours de Sarkozy.

La République sud-africaine rappelle qu’elle a toujours entretenu de bons rapports avec la France et qu’elle poursuivra dans cette voie.

[Traduction : LDH-Toulon]

Pour en savoir plus sur cette péripétie, reportez-vous à cette page — vous pourrez notamment y prendre connaissance de la lettre du président Thabo Mbeki.

Les critiques d’historiens français

Nombre historiens français ont joint leurs critiques du discours de Dakar à celles émises par des Africains — notamment Catherine Coquery-Vidrovith, Gilles Manceron et Benjamin Stora.

Etienne Smith, doctorant au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) et ATER à Sciences-Po Paris, a publié dans la revue Mouvements un article dont voici le début :

L’Afrique de Monsieur Sarkozy

Véritable coup de force symbolique, le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar le 26 juillet dernier enferme l’Afrique dans les clichés coloniaux et insulte son rapport au monde.

« Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle est devenue un mythe que chacun reconstruit pour les besoins de sa cause ». On ne saurait mieux dire ! Cette phrase, extraite du discours de M. Sarkozy adressé à la jeunesse africaine est sans doute la plus pertinente. Partant de ce constat, il est légitime de s’interroger sur le mythe de l’Afrique que construit Nicolas Sarkozy pour les besoins de sa cause. Annoncé comme un moment de « rupture » très attendu, rarement discours n’aura été autant à côté de la plaque. « Fraîchement accueilli », « applaudissements à peine polis », rapportent les reporters de grands quotidiens français ayant assisté à l’événement. C’est que les amateurs de rupture en ont été pour leur frais, entendant une intervention dont l’arrogance le dispute à l’ignorance.

Le discours est étonnant, tant dans la forme que dans les thèmes choisis. Au lieu des propositions attendues sur le nouveau format des relations France-Afrique, le public a eu le droit à un long monologue se voulant historico-philosophique sur ce que seraient l’Afrique et ses problèmes. Le ton et la forme lyrique de cette adresse, tout en hyperbole pour conter les « malheurs » comme la « magie » du continent, s’inscrivent dans une longue tradition d’arrogance et de monologue français sur l’Afrique. Le contenu est à l’avenant. En résumé, l’Afrique serait figée dans la répétition du même, sans histoire, incapable d’universalisme et imperméable au reste du monde. L’archétype de « l’homme africain » (sic) qu’il construit de toutes pièces, serait ainsi l’antithèse même de toute idée de « rupture » que M. Sarkozy prétend incarner. On peut trouver sévère le diagnostic de l’historien et philosophe camerounais Achille Mbembe cité en exergue. Mais le discours de M. Sarkozy est bien un modèle du genre de ces « discours vulgaires », sourds à l’évolution des connaissances et des idées. Et même plus grave encore, car sanctionné par l’autorité d’un chef d’Etat de la République française. [...]

Etienne Smith [1]

Notes

[1] Etienne Smith a co-dirigé le numéro 184 des Cahiers d’études africaines « Parentés, plaisanteries et politique ».

Vous trouverez l’intégralité de son article sur le site Mouvements.

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Le Massacre de Thiaroye

Posté par issopha le 21 juillet 2008

Le Massacre de Thiaroye

Le Massacre de Thiaroye dans LA FRANCE ET SON PASSE COLONIAL barre-africamaat

Le mépris de la France

Le Massacre de Thiaroye

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(Première publication le 18 novembre 2004)

Sur ordre des autorités françaises, les « tirailleurs sénégalais », du camp militaire de Thiaroye, sont massacrés pendant la nuit (le 1er décembre 1944, à 3 heures du matin) par l’armée française, parce qu’ils réclamaient leur solde !

La dette de la France :

Si la France a pu avoir un vaste empire colonial, c’est grâce en grande partie aux « tirailleurs sénégalais ». La participation des « tirailleurs sénégalais » a été déterminante aussi dans l’issue des deux guerres mondiales. L’Afrique fut le cœur de l’armée de libération de la France. C’est en effet sur le sol africain que l’on trouve la plus grande partie de l’Armée française de libération. C’est en Afrique que s’est joué l’essentiel du destin de la France.

Si le premier bataillon des « tirailleurs sénégalais » a été formé à Saint-Louis (au Sénégal), la majorité des soldats ne sont pas originaires du Sénégal. On y trouve des originaires du Sénégal mais aussi du Mali, du Burkina Faso, du Tchad, de la République Centrafricaine, etc. Dans son excellent livre sur les « tirailleurs sénégalais » ( La France et ses tirailleurs, éditions Duboiris, 2003) Charles Onana, que j’ai eu l’occasion de rencontrer une fois lors d’une présentation de livres dans une mairie à Paris, rappelle que la France utilisait quelquefois des méthodes barbares pour enrôler les Africains. Il cite le témoignage d’Ateba Yene : « Dans les villages, la mission ambulante de mobilisation forcée faisait rage. Les indigènes à la carrure d’athlète étaient ramassés et attachés par une corde autour des reins avec comme lieu de destination ad patres, la boucherie nazie. Les missionnaires catholiques, eux aussi, jouèrent un rôle très important et ne furent pas inactifs. L’évêque français, Monseigneur Graffin, en 1941, avec la connivence d’un administrateur cerbère nommé Salin, organisa une rafle ignominieuse au sortir d’une grand-messe à la mission catholique de Mvolyé, la seule église qui accueillait tous les fidèles de Yaoundé. Ce dimanche-là, c’était comme par hasard, l’évangile du bon serviteur. A la sortie de la messe, l’église était cernée par un cordon de soldats mitraillettes aux poings. Alors que ces fidèles venaient béatement d’honorer le seigneur, ils furent embarqués sans ménagement dans des camions militaires… » Monsieur Amadou Mahtar M’Bow, ancien directeur général de l’UNESCO, constate : « L’incorporation des « tirailleurs sénégalais » se faisait ainsi, du moins en ces temps-là, selon des méthodes qui s’apparentaient à celles utilisées dans le recrutement de la main d’œuvre destinée au travail forcé auquel étaient soumis les indigènes, sujets français ».

Pourtant, comme le dit si bien Charles Onana : « Dans l’histoire de la deuxième guerre mondiale, l’histoire des « tirailleurs sénégalais » n’existe pas. Absente des manuels scolaires, écartée des grandes commémorations nationales, invisible dans le répertoire des monuments de la capitale française, rien ou presque rien ne témoigne de la présence déterminante de l’Afrique dans la libération de la France…Nous avons donc décidé de fouiller pour savoir et faire savoir ce que tous les livres d’histoire dissimulent aux enfants de France et d’Afrique : le rôle et l’action des « tirailleurs sénégalais » » Comme dans de nombreux domaines, la France a encore fait le choix de la falsification historique.

C’est en Afrique que de Gaulle, le chef de la France Libre, organise la résistance, « seulement un nombre très limité de Français ont accepté de rejoindre le général de Gaulle au début de la résistance. L’homme du 18 juin, a fini par trouver, malgré le peu de soutien de ses compatriotes, l’enthousiasme et la disponibilité chez les Africains pour continuer le combat ». Alors que des personnalités blanches comme le maréchal Pétain, l’amiral Darlan, le ministre Laval, le haut commissaire Boisson, le général Husson, l’amiral Platon, sont les complices des crimes nazis, une personnalité noire accorde son soutien à de Gaulle. Il s’agit du gouverneur Félix Eboué.

Des « Tirailleurs sénégalais » détestés par les Nazis :

Il est clair pour les Nazis que les « tirailleurs sénégalais » sont des singes. Pour les Boches, les Nègres souillent l’armée française. Les Allemands sont fous de rage car ils ne s’attendaient pas à trouver une grande résistances chez les Noirs. La haine, qu’ils ont pour les Noirs, va les pousser à commettre d’horrible crime. Citons trois cas :

Le premier cas est celui de Chasselay, un village situé à 30 km de la ville de Lyon. Une vingtaine de Blancs d’encadrement et environ 180 à 200 tirailleurs sénégalais, après un dernier combat, sont encerclé par les Allemands. Les Nazis ont le dessus et ceux qui défendent la France sont faits prisonniers. Puis les Boches exécutent à la mitraillettes tous les Noirs et laissent la vie sauve aux Blancs.

Le deuxième cas est celui d’un noir, le capitaine N’Tchoréré, assassiné par balles à bout portant par les nazis alors qu’il demandait, en qualité d’officier français, à être traité avec le respect dû à son grade.

Le troisième cas est celui de Jean Moulin, un des héros de la résistance. Alors que des malheureux individus sont victimes des bombardements nazis, les Allemands décident de rejeter la responsabilité sur les Noirs. Ils veulent que Jean Moulin, à l’époque Préfet, reconnaisse en signant le protocole : « des femmes et des enfants Français…ont été massacrés après avoir été violés. Ce sont vos troupes noires qui ont commis ces crimes dont la France portera la honte ». La réponse de Jean Moulin est sans ambiguïté : « ils (nos tirailleurs) sont incapables de commettre une mauvaise action contre des populations civiles et moins encore les crimes dont vous les accusez. » Jean Moulin sera torturé pendant sept heures mais ne signera pas ce papier. Puis il fera une tentative de suicide en se tranchant la gorge : « Je ne peux être complice de cette monstrueuse machination qui n’a pu être conçue que par des sadiques en délire ». Quel grand homme !

Des « Tirailleurs sénégalais » méprisés par la France :

Acte 1

Sur ordre des autorités françaises, les « tirailleurs sénégalais », du camp militaire de Thiaroye, sont massacrés pendant la nuit (le 1er décembre 1944, vers 3 heures du matin) par l’armée française, parce qu’ils réclamaient leur solde !

La tragédie se déroule au Sénégal. Vers la fin du mois de novembre 1944, un bataillon de 1280 tirailleurs arrive au camp de transit de Thiaroye pour être démobilisés. Il s’agit d’un retour forcé en Afrique. Ces hommes se sont battus contre les Allemands pour libérer l’Europe et en particulier la France. Certains avaient été torturés par les boches. Leur fierté d’anciens combattants fait bientôt place à la désillusion devant les promesses non tenues par la France, concernant en particulier leur pécule, les humiliations et le racisme de la hiérarchie militaire au sein de l’armée française. D’énormes discriminations apparaissent dans le paiement de solde, à cause de la couleur de la peau. Les tirailleurs se mutinent et s’emparent d’un général qui finit par promettre de régulariser la situation. Enorme mensonge ! car à peine remis en liberté, il sera donné l’ordre de massacrer les tirailleurs. Pendant la nuit (le 1er décembre 1944, vers 3 heures du matin), plusieurs unités de l’armée française, appuyées par la gendarmerie, vont massacrer ces Héros Noirs, réveillés en plein sommeil et complètement désarmés et dupés. Ils ont payé très cher leur confiance en la France. Il y a très peu de survivants et les autorités françaises vont garder le silence sur le nombre exact des tués. Des chiffres farfelus sont avancés mais « il n’y a jamais eu de commission d’enquête indépendante sur cette affaire » précise Charles Onana.

Ce journaliste d’investigation, auteur de livres sur le Rwanda et sur Bokassa, a eu l’occasion de dire dans le magazine Cité Black (numéro 36, lundi 06 septembre 2004) : « ce fut un carnage à ciel ouvert, un bain de sang préparé et exécuté par l’armée française. En 44, les tirailleurs demandent, comme les soldats français, leur solde de prisonnier de guerre. Mais les colons, aigris et frustrés de voir que ce sont des africains qui reviennent victorieux alors qu’ils sont restés trop longtemps fidèles à Pétain, ne l’entendent pas de cette oreille. Les télégrammes venant de la métropole expliquent qu’il faut restaurer le prestige du Blanc à l’égard du Noir. Ils décident de les massacrer purement et simplement pour solde de tout compte. »

Acte 2

Déjà cité, le magazine Cité Black écrit : « Malgré ces faits d’armes, aucun combattant d’Afrique n’eût l’honneur de défiler le jour de la libération sur les Champs-Élysées. Pire, tous les bataillons avaient été blanchis ! »

Acte 3

La cristallisation des pensions des « tirailleurs sénégalais » La loi de finances de 1959 « signifie en termes simples que les anciens combattants africains qui avaient lutté pour la France allaient désormais toucher une pension inférieure à celle qu’ils recevaient jusque-là. Pis, celle-ci se présenterait sous forme d’indemnités fixées à la « tête du client ». » D’autres lois viendront renforcer cette loi.

Acte 4

Le mensonge et l’ignorance sont entretenus dans nos livres d’histoire. Les Américains sont présentés comme les champions de la libération de la France, les Africains et plus généralement les Noirs (car il y avait aussi des Antillais) font figure de « lépreux » ou de « singes ».

Tirailleurs_Livre dans PARFUMS DE SCANDALES

A lire rapidement : « La France et ses tirailleurs, enquête sur les combattants de la République », Charles Onana, éditions Duboiris, 2003.

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Jaquette DVD
Distribué par la Médiathèque des Trois Mondes www.cine3mondes.com

A voir impérativement : le film de Ousmane Sembene, « Camp de Thiaroye », version original française et wolof STF, 1988, 147 minutes, Sénégal.

Pensions des coloniaux : la « fin d’un scandale » pour l’historien Marc Ferro

PARIS, 27 sept 2006 (AFP) – L’historien Marc Ferro s’est félicité de « la fin d’un scandale » après l’annonce mercredi par le gouvernement, de la mise à niveau des pensions des anciens combattants des ex-colonies françaises. Interrogé par l’AFP, Marc Ferro a affirmé : « C’est la fin d’un scandale, on s’étonne que les gouvernements successifs, de gauche comme de droite, n’aient pas eu davantage de pudeur depuis tant d’années ». « Hélas, cette indifférence scandaleuse des dirigeants envers les combattants est un trait permanent des gouvernements », a ajouté l’auteur du « Livre noir du colonialisme » (2004) et de « Frères de tranchées » (2005). « Déjà après la guerre de 14-18, il a fallu bien des années avant que les anciens soldats ne touchent une indemnisation, et ce aussi dans d’autres pays, comme en Angleterre », a rappelé M. Ferro. « Mais pour les +indigènes+, il s’agit d’un double scandale, car cela représentait un double sacrifice, pour des Arabes, de libérer Paris : leur patrie n’était pas la capitale française », a-t-il jugé. « Nous sommes dans une époque de repentance, peu à peu des malhonnêtetés des pouvoirs se révèlent », a conclu l’historien, ajoutant : « le président Jacques Chirac, de ce point de vue, est bien plus ouvert qu’un certain nombre d’hommes politiques, y compris à gauche ». Les combattants originaires des ex-colonies françaises et les « nationaux français » percevront la même « retraite » et la même « pension militaire d’invalidité », a annoncé le ministre délégué aux Anciens combattants Hamlaoui Mekachera. En revanche, aucun rattrapage dans le versement des pensions, gelées depuis 1959, n’est « d’actualité », a-t-il indiqué. Le chef de l’Etat a pour sa part estimé en conseil des ministres que la France accomplissait ainsi « un acte de justice et de reconnaissance envers tous ceux qui sont venus de l’ex-empire français combattre sous notre drapeau ». Quelque 80.000 anciens combattants de l’armée française de nationalité étrangère, essentiellement d’Afrique noire et du Maghreb, sont concernés par cette mesure de revalorisation des pensions.

Pensions des « Indigènes » : Bouchareb salue l’ »abolition des discriminations »

PARIS, 27 sept 2006 (AFP) – Rachid Bouchareb, le réalisateur du film « Indigènes », a salué mercredi une « abolition des discriminations qui aura des répercussions dans toute la société française » après l’annonce par le gouvernement de la fin du gel des pensions des combattants des ex-colonies. « C’est une avancée positive, une victoire, c’est une abolition des discriminations qui aura des répercussions dans toute la société française aujourd’hui », a affirmé à l’AFP le réalisateur d’ »Indigènes », sorti mercredi, qui met en lumière l’injustice vécue par les combattants des ex-colonies. « J’espère que cela ira plus loin, et que les discriminations vont être abolies un peu partout, vont disparaître », a-t-il ajouté. « C’est bien que le travail entrepris depuis plus de vingt ans par les associations, et souligné par le film, ait permis l’abolition des discriminations entre des soldats qui ont tous fait la même guerre », a estimé M. Bouchareb, lui-même d’origine algérienne. Après avoir visionné le film début septembre, le président Jacques Chirac avait promis à ses producteurs cette revalorisation des pensions, rapportait alors l’un des interprètes, l’humoriste Jamel Debbouze. « Nous voulions amener le président Chirac à constater cette injustice : il l’a vécue comme spectateur, et comme homme politique : c’est formidable », a jugé Rachid Bouchareb. « Depuis des mois, nous avons montré le film, avec les acteurs, dans toute la France, et à chaque fois, les gens ont débattu de l’histoire de France : quand ils ont constaté cette injustice qui dure depuis 45 ans, beaucoup d’hommes et de femmes ont renvoyé à l’Elysée l’appel à une revalorisation des pensions », a précisé M. Bouchareb. Le gouvernement a décidé que les anciens combattants des ex-colonies allaient percevoir les mêmes pensions que les nationaux français, a annoncé mercredi le ministre délégué aux Anciens combattants Hamlaoui Mekachera. Les combattants originaires des ex-colonies françaises et les « nationaux français » percevront la même « retraite » et la même « pension militaire d’invalidité », a dit M. Mekachera à la sortie du Conseil des ministres. En revanche, aucun rattrapage dans le versement des pensions, gelées depuis 1959, n’est « d’actualité pour l’instant », a-t-il indiqué. Quelque 80.000 anciens combattants de l’armée française de nationalité étrangère, essentiellement d’Afrique noire et du Maghreb, sont concernés par cette mesure de revalorisation des pensions.

Chirac : la revalorisation des pensions des coloniaux, « un acte de justice »

PARIS, 27 sept 2006 (AFP) – Jacques Chirac a déclaré mercredi que la mise à niveau des pensions des anciens combattants des ex-colonies constituait « un acte de justice et de reconnaissance envers tous ceux qui sont venus de l’ex-empire français combattre sous notre drapeau ». « La France accomplit aujourd’hui un acte de justice et de reconnaissance envers tous ceux qui sont venus de l’ex-empire français combattre sous notre drapeau », a affirmé le chef de l’Etat lors du conseil des ministres. « Dès 2002, j’ai voulu rompre avec la politique suivie depuis quarante ans et entamer la revalorisation des pensions des agents civils et militaires de la France, ressortissants de ces pays », a poursuivi M. Chirac, dont les propos étaient rapportés par le porte-parole du gouvernement Jean-François Copé. « C’était le sens des mesures d’équité prises par le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin », a-t-il ajouté. Le gouvernement a décidé mercredi que les anciens combattants des colonies allaient percevoir les mêmes pensions que les Français. Cette revalorisation sera appliquée dès 2007, pour un coût global de 110 millions d’euros par an. Selon M. Chirac, « pour tous ceux qui avaient connu le feu au service de la France, il fallait aller plus loin : c’était une question de solidarité, de justice, de reconnaissance ». « C’est ce que nous faisons aujourd’hui en alignant, dès 2007, la retraite des combattants attribuée à ceux qui ont participé à des actions de feu et leurs pensions militaires d’invalidité sur les montants versés aux combattants français », a assuré le président de la République. Pour lui, « nous le devions à ces hommes qui ont payé le prix du sang, et à leurs enfants et petits-enfants, dont beaucoup sont français ». « Cette mesure juste, c’est aussi une façon, pour la France, de réintégrer pleinement cette mémoire dans l’histoire nationale », a-t-il conclu.

Pensions coloniaux : dès 2007, coût de 110 millions euros/an

PARIS, 27 sept 2006 (AFP) – La revalorisation des pensions des anciens combattants des ex-colonies françaises sera appliquée dès 2007, pour un coût global de 110 millions d’euros par an, a annoncé mercredi le ministre délégué aux Anciens Combattants, Hamlaoui Mekachera. M. Mekachera, dont les propos étaient rapportés par le porte-parole du gouvernement Jean-François Copé, a détaillé, devant le conseil des ministres, cette mesure qui va aligner les pensions des anciens soldats coloniaux sur celles des nationaux français. Ces pensions avaient été gelées en 1959. En 2002, le gouvernement avait décidé de les revaloriser, mais seulement en fonction du niveau de vie dans les 23 pays concernés. La mesure va bénéficier à quelque 80.000 anciens combattants.

Villepin : « Nous savons ce que nous devons » aux soldats des colonies

PARIS, 27 sept 2006 (AFP) – « Nous savons ce que nous devons à l’engagement et au courage de tous ceux qui ont défendu notre patrie et ses idéaux dans les conflits du 20ème siècle », a déclaré mercredi Dominique de Villepin, alors que le gouvernement a décidé de revaloriser les pensions des anciens combattants des colonies. « L’Etat français a trop tardé à l’exprimer concrètement », a ajouté le Premier ministre, qui s’adressait à des associations « du monde combattant » invitées à Matignon. Le gouvernement a décidé que les anciens combattants des colonies allaient percevoir les mêmes pensions que les nationaux français, avait annoncé un peu plus tôt le ministre délégué aux Anciens combattants Hamlaoui Mékachéra, à la sortie du Conseil des ministres. Entouré de ses ministres Michèle Alliot-Marie (Défense) et Hamlaoui Mekachera (Anciens combattants), le chef du gouvernement a précisé que « 57.000 retraites du combattant et 27.000 pensions militaires d’invalidité vont être revalorisées ». « Dans une France ouverte, respectueuse de la diversité des sensibilités, des origines et des cultures, vous avez valeur de symbole », a-t-il dit. « Ce que nous voulons exprimer par ce geste de justice, c’est bien sûr notre reconnaissance et notre admiration pour l’exemple que vous avez donné », a-t-il ajouté. Par ailleurs, M. de Villepin a décidé « d’inscrire dans le projet de loi de finances 2007 une nouvelle augmentation de 2 points de l’indice de la retraite du combattant ». Cette augmentation s’ajoute à la hausse intervenue le 1er juillet. « C’est la première revalorisation depuis près de 30 ans », a-t-il souligné. « La France n’a jamais oublié les hauts faits d’arme ni le sacrifice de ceux qui, venus d’Afrique et d’Asie, onc combattu à nos côtés », a déclaré le Premier ministre, rappelant que 100.000 d’entre eux « ont payé de leur vie cet engagement » tandis que « des milliers d’autres ont survécu, souvent marqués dans leur chair par la violence des combats livrés ». « Français par les valeurs qu’ils ont défendues, Français par le sang versé, ils ont affronté le même feu », a-t-il souligné. « Pendant près de 40 ans, des hommes qui avaient combattu dans les mêmes unités, qui s’étaient illustrés sur les mêmes fronts n’ont pas eu droit à une égale gratitude de la part de la France », a-t-il regretté.

Les soldats coloniaux vont percevoir les mêmes pensions que les Francais

PARIS, 27 sept 2006 (AFP) – Les anciens combattants des colonies vont percevoir les mêmes pensions que les nationaux français, a annoncé mercredi le ministre délégué aux Anciens combattants Hamlaoui Mékachéra. « Il n’y aura plus de différences dans ces deux prestations que sont les retraites du combattant et la pension militaire d’invalidité entre les combattants de ces pays (des ex-colonies françaises) et les nationaux français », a dit M. Mékachéra à la sortie du Conseil des ministres. « Ils percevront exactement en euros ce que perçoivent les nationaux français », a-t-il ajouté, sans toutefois citer un montant, affirmant « ne plus avoir les chiffres en tête ». Interrogé sur un rattrapage dans le versement des pensions, gelées depuis 1959, M. Mékachéra a affirmé que « ce n’est pas d’actualité pour l’instant ». Quelque 80.000 anciens combattants de l’armée française de nationalité étrangère, essentiellement d’Afrique noire et du Maghreb, sont concernés par cette mesure de revalorisation des pensions. Cette annonce coïncide avec la sortie en salles, le même jour, du film « Indigènes » qui tire de l’oubli ces soldats de l’empire colonial français ayant participé aux combats de la seconde guerre mondiale. Aujourd’hui, selon le Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés), les anciens combattants étrangers reçoivent, « dans le meilleur des cas, 30% de la somme versée à leurs anciens collègues français ». En 2001, le Conseil d’Etat a jugé cette disposition contraire à la Convention européenne des droits de l’Homme et, en 2002, le gouvernement a décidé de « décristalliser » partiellement ces pensions. Mais il a opté, non pas pour l’égalité avec les anciens combattants français mais pour l’équité, avec un paiement calculé en fonction du niveau de vie de chaque pays. M. Mékachéra, à qui l’on demandait pourquoi cette revalorisation intervenait « si tard », a répondu que, « pendant 45 ans, ce dossier n’a été traité par personne ». « Aucun gouvernement n’a mis le moindre centime et n’a pris la moindre initiative. C’est le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin et celui de Dominique de Villepin qui ont ouvert ce dossier et apporté des solutions ». « Moi, j’en suis fier et heureux », a ajouté le ministre, dont le père, né en Algérie, est mort au combat, sous l’uniforme de l’armée française, pendant la première guerre mondiale.

COMMENTAIRES INTERNAUTES

27614] – le 28/04/2008 03:25 par terry sonveaux

bonjour,j’aimerais savoir une chose si toute fois quelqu’un connait la »vraie » vérité sur le massacre de thiaroye , comment cela se fait il que les rapports officiels note de 24 a 37 victimes et que le cimetiere de thiaroye compte 222 tombes j’aimerais qu’on m’explique je suis photojournaliste et dans un souci du travail bien fait il faut que je sache la vérité sur cette histoire, merci a tout ceux qui aurons la gentillesse de me metre sur le bon chemin mon ad mail terrysonveaux@gmail.com
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[26282] – le 26/12/2007 21:36 par Pierre HOUSEZ enseignant honoraire (en maths et physique)

- à 60 ans passés, je viens de découvrir l’existence de ce pitoyable et abominable ’fait d’arme’. Manque de bol, un article à ce sujet est passé le 23 février dernier dans le Monde dont je suis lecteur depuis près de 40 ans. Excuse : nous étions au Mali du 19 février au 7 mars 2007.
- je viens de lire l’ouvrage d’un professeur agrégé d’histoire malien au sujet des maliens ’engagés’ dans les deux conflits de 14-18 et 39-45 (éditions KARTHALA ; 2002) : il expose cette histoire. Du coup j’ai acheté le film de Sembène OUSMANEque je viens de recevoir.
- il est clair qu’en tant que français, je ne peux tolérer à titre personnel qu’un tel acte reste ignoré et je vais tout faire pour qu’il soit connu : comment ? Je l’ignore encore, mais à son petit niveau, chacun-e peut tenter quelque chose.

- exemple 1 : je viens de rectifier dans l’encyclopédie WIKIPEDIA le paragraphe concernant le massacre de THIAROYE :par curiosité allez vérifier.
- exemple 2 : j’ai intégré dans notre site
kouloun.hautetfort.com un lien vers cet article. Allez vérifier vous mêmes.
- exemple 3 : membre d’
ENTR’AIDE FRANCE MALI -petite association de coopération créée en 1995-, j’ai informé tous les membres et durant la prochaine AG, nous en ferons une question à traiter.
- exemple 4 : je fais de petites conférences sur notre coopération avec Kouloun et depuis ma découverte du massacre :je l’intègre à toutes mes interventions. La prochaine : le 7 février 2008, j’interviens en avant-première du film Bamako, je parlerai de cette question.
- exemple 5 : je ferai tout pour qu’une pétition soit lancée afin de demander la réhabilitation de ces 1 280 SOLDATS qui ont défendu ce pays nommé France, et pour la liberté duquel j’ai un oncle qui a été massacré par des nazis à coups de démonte-pneus. J’appelle tout-e un-e chacun-e à m’aider à concocter un pétition par le net.


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[24017] – le 13/08/2007 14:50 par

combien sont morts par la suite de maladie et la france a refusé de leur tendre la main. c’est hommes et femmes (parce qu’il y a avait des femmes) étaient tous près a mourir pour la france. je suis fils d’ancien combatant et petit fils de poilu, je suis en france je peux vous dire que la france nous a oublié (fait semblant de nous avoir oublier).
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[23232] – le 14/06/2007 19:09 par ROGER

Le massacre de thiarroye est un crime contre l’humanité c’est aussi simple que ça.On nous parle régulièrement des camps de auscwitz ou les des juifs ont été massacrés certes il ne faut pas abandonné ce moment crucial dans l’histoire.Mais pourquoi ne parlerait on pas du massacre de thiarroye ou des tirailleurs sénégalais ont eu le courage et le sacrifice de se battre contre l’ennemi en l’occurence l’Allemagne et pourtant la guerre de 39-45 ne concernait en aucun cas les allemands et les africains mais ceux qui ont le plus péri sont les africains qui pour 95% attrapés par les nazis n’ont pas pu échappé à la mort. Ce n’est pas parce que nous sommes en 2007 et que les africains vivent en europe qu’il faille faire comme si de rien était.La vie d’un juif est aussi importante que celle d’une autre race .Nous sommes tous venus sur terre de manière passagère et tous nous sommes venus pour souffrir pas forcémment de laz meme manière mais on est venu pour souffrir. La france est un pays criminel comme l’allemagne et l’Etat d’israel il ya pas photo depuis des décennies on nous parle de paix dans l’hypocrisie aucun de ces pays ne veulent que les pays africains vivent de manière rayonnante ,aucun de ces pays n’a osé reconnaitre sa responsabilité dans le désastre lié à l’esclavage,la traite négrière,aucun de ces pays n’a le courage de dire aux citoyens du monde que lors de cette putain de guerre de 39-45 les premières grandes victimes de cette tragédie ont été les noirs africains.Des preuves sont réelles et sérieuses.La france est un pays lache qui ne reconnait pas le génocide établit au Sénégal lors de cette nuit du 1er au 2 Décembre 1944 ou des sénégalais qui avaient accepté de se battre pour les français puisqu’ils étaient colonisés et contraints sous peine de sanction comme faire de la prison ou etre tabassés sont morts pour les Français .Je dirai donc que la France est un pays ingrat et qui paiera tot ou tard le mal qu’il a fait chose certaine il y’a un proverbe qui dit lorsque tu sémes le vent tu récoltes la tempete et c’est ce qui arrivera tot ou tard. La france est un pays criminel dangereux qui avait promis aux pays colonisés de leur donné l’indépendance et de les payer et leur fournir des uniformes après l’affrontement face à l’ennemi.Les promesses n’ont pas été tenues et parce que des hommes ont osé dénoncé cette injustice et ne plus obéir à ce qu les colonisateurs leur disent de faire ils ont été abattus comme des chiens. On ne vit pas avec le passé mais il faut s’en servir pour mieux préparer son avenir.Les noirs aussi bien Antillais,africains ne doivent pas oublier ce qui s’est passé et doivent se sentir concernés par cette tragédie meme si personnellement ils n’ont pas vécu cette tragédie car c’est sans doute arrivé aux personnes de leur entourage ou aux connaissances des personnes de l’entourage.Ce type de crime orchestré par le raciste du Général de Gaulle qui savait pertinemment qu’à terre les africains n’avaient aucune chance de s’en sortir face aux nazis d’autant plus que leurs armes n’étaient pas sophistiquées et en plus n’étaient pas bien préparées par rapport aux nazis a agit de manière délibéré.Il a donc tué les tirailleurs sénégalais deux fois.C’est pourquoi la communauté noire dans le monde doit se mobiliser fortement faire preuve de solidarité et ne pas faire comme si de rien était car à l’heure actuelle meme si la guerre est finie il y’a toujours une forme de discrimination dans les pays ou vivent les noirs d’autant plus qu’aucun pays n’est indépendant et cette situation néfaste arrange les affaires de l’occident et principalement de la France qui maintient toujours sa politique de pillage en Afrique. Je suis en colère contre cette france qui parle d’humanisme et de paix et de droits de l’homme pour épater les manipulables mais n’applique pas ces propos.Les tirailleurs sénégalais n’avaient pas le droit de mourrir de cette façon et pourtant c’est arrivé.Ainsi je félicite les quelques africains qui osent dénoncé la vérité cachée depuis des années d’autant plus que meme des sénégalais ignoraient que leur propre pays a été victime de génocide dans la nuit du 01 et 02 Décembre 1944 ce qui montre un manque de connaissance important des sénégalais ou encore d’autres le savent mais préfèrent rester muets oubliant que le silence tue les paroles.En racontant l’histoire de ce génocide oublié nous rendons service aux générations futures qui un jour ou l’autre comprendront que la France est loin d’etre un pays ayant une bonne moralité,respectant les valeurs des hommes et voulant la paix dans ce monde pourri à la merci du démon. Ne restons pas dans l’hypocrisie et exprimons nous sans avoir peur de quoi que ce soit excepté de Dieu le tout puissant.Le général de GAULLE a certes refusé de s’allier aux Allemands comme Maurice papon ou pétain ont fait par rapport à ce comportement et l’appel annoncé le 18/06/40 de londres il a été caractérisé comme un grand homme mais on a oublié d’affirmer que c’était un grand criminel
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[21527] – le 8/03/2007 16:50 par médiathèque des 3 mondes

Je vous rapelle que de nombreux films africains sur l’esclavage et la colonisation et notamment Camp de Thiaroye sont disponibles sur www.cine3mondes.com Contacter la Médiathèque des Trois Mondes ( films du sud et sur les rapports Nord Sud )au 01 42 34 99 00
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[20200] – le 27/12/2006 08:17 par Jean-Pierre SAEZ – Maire de Venelles

Pardon, au nom de tous les miens.

Dans ce XX° siècle, la France a été bien ingrate avec ceux qui ont versé leur sang pour elle. Petit-fils, d’un ancien combattant de la guerre de 14-18, incorporé le 1° octobre 1913, dans un bataillon constitué en Afrique du Nord, mon gtrand-pçre a été démobilisé le 21 août 1919, aptès avopir été blessé à trois reprises grièvement et aura refusé de quitter ses frères d’armes. Il sera classé invalide « gueule cassée » avec 100 % et 14 degré d’ivalidité. Son fils, mon père, incorporé dès 1943 dans les gloreix régiments de tirailleurs algériens, a débarqué dès 1943 à Tarente en Italie, puis après une campagne qui vit disparaître, à plusieurs reprises son régiment du fait de l’hécatombe, a débarqué sur les plages de Fréjus-Saint Raphaël le 15 août 1944.

Où étaient les Français de souche pendant ce temps là ? 15.000 hommes en tout et pour tout en 1940 ont repris les armes contre les nazis, 45.000 à la fin de la guerre… puis aujourd’hui ont veut n ous faire croire que la France comptait 40 millions de résistants. Sauf que lorsque le Maréchal PETAIN vint à Marseille en 1941, la ville comptant moins de 500.000 habitants, c’est pratiquement la population de la ville qui sera venue l’acclamer….pour sa politique de collaboration.

Le 23 août 2004, au large de Toulon, Jacques CHIRAC, en présence de nombreux chefs d’Etat Africain, rendait…enfin hommage, après 60 ans d’oubli, au rôle fondamental joué par les troupes africaines, dans la libération de la France. OUI, ce sont les glorieux Tirailleurs Sénégalias (venus de toute l’Afrique de l’Ouest)qui ont libéré la ville de TOULON dans le Var, en ayant répondu à l’appel du Gouverneur Félix EBOUE, ce héros noir, patriote et humaniste. OUI, ce sont les Tabors marocains et les tirailleurs Algériens qui ont libéré Marseille.

En hommage à ces HEROS, j’ai commis deux actes modestes mais symboliques :

- J’ai donné, à une rue de ma commune, le nom du Capitaine AUDIBERT, qui à la tête de son unité AFRICAINE aura libéré Notre Dame de la Garde à Marseille, cela pour honorer sa mémoire, mais aussi celle de tous ses braves tombés à ses côtés.

- J’ai, avec mon épouse, le 23 ôût 2004, devant l’hôtel de ville de M’BOUR (SENEGAL,avec le Maire, mon Ami MBAYE DIAGNE et devant le drapeau, car il n’existe pas de monuments aux morts, déposé symboliquement une gerbe à la mémoire des tirailleurs Sénégalais morts pour la France….et ceux morts par la France du camp de Thiaroye.

Quelle EMOTION, lorsqu’un vieil ancien combattant de plus de 80 ans, et venu me voir, en me disant que cela faisait 60 ans qu’il attendait ce moment. Oui, ce jour là, j’ai eu mal à la France, mon pays. Mais j’ai vu dans ses yeux embués que l’amour fraternel n’était pas un vain mot. Oui, je me suis souvenu aussi, combien avait été lâche l’abandon des Harkis sur la terre Algérienne en 1962.

Je suis heureux qu’enfin,- merci au fims « Indigènes », – que notre Président de la République Jacques CHIRAC ait réparé le problème des pensions, au nom du respect de la dignité de ces anciens combattants, au nom du respect de la dignité de la France. Merci aux parlmentaires de l’UMP qui ont soutenu cette démarche, et à Nicolas SARKOZY qui a mis tout son poids dans la réparation de cette injustice.

Je continuerais, à ma manière, à aider ces anciens combattants, et leurs descendants, pour qu’enfin la notion de dette du sang versé, se borde de la reconnaissance de la Nation Française à l’apport inestimable que les peuples africains peuvent apporter à l’avenir de l’Humanité.

Jean-Pierre SAEZ Maire de Venelles Vice-Président du Pays d’Aix Initiateur de la coopération décentralisée Pays d’Aix-M’BOUR (Sénégal)


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[19879] – le 7/12/2006 18:41 par sanniere

le dernier numero de L’express va faire decouvrir cette horreur j’ ai l’ impression que ce fait est ignoré de la plupart des Francais !!ca parait invraisemblable !il faut agir pour que cet autoroute soit dévié de ce lieu de mémoire !!!!
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[19212] – le 25/10/2006 19:35 par NARMER-FILS

le comportement la france envers des personnes kamits n’est pas une surprise.ils ont peur les guerres point barre.ils n’ont rien gagne comme combat.si se n’est que livre les secrets du nucleaire bombe a l’isreal et plus.pauvre pays.M.OMOTUNDE le dit si bien quand le dominant se retrouve dominer.regarder leur comportement envers les americains.des lois de la peur.region peripherique de paris novembre 2005. le ministre francais de l’interieur actuel a dit vouloir couper les vieux liens avec l’afrique KAMIT qu’il le fasse on verra bien qui besoin de la’autre.encore pauvre pays.
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[19068] – le 14/10/2006 19:47 par ka

le problème qui se pose toutjours,ce que tout le monde aime les noirs bizard non ??il n’est s’agit pas du pacifisme mais le génocide constamment pérpétré contre notre peuple même quant-ils vons ont aidé dans cette guerre qui n’était absolument pas la leur.je vraiment honte pour l’occident car toute leur existence sur cette terre,n’est rien d’autre qu’un vaste génocide contre les autres peuples mais qu’ils sachent que tout se paye un jour.
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[19060] – le 14/10/2006 02:53 par DJESER/GESER.B

J’ai vu le film « Indigènes » de Bouchareb qui montre le vrai sens du mot tirailleur, c’était des soldats africains qui ouvraient la voie dans le camp allemand, de la chair à canons en somme destinée à sauver l’empire français.

Ces soldats qui sauvaient la république étaient traités dans l’armée française comme des esclaves ou des indigènes armés.

Aujourd’hui, après le silence et le mépris de l’état français, le film « Indigènes » informe la nouvelle génération et provoque une réaction positive du gouvernement.

Par contre, le livre de Pascal Bruckner « La tyrannie de la repentence » dénonce un excès de « repentence » de la part de l’Occident pour sa grande barbarie envers de nombreux peuples, néanmoins nous devons continuer à revendiquer des réparations et un devoir de mémoire.

L’histoire avance tout de même, car nous avons obtenu la reconnaîssance de l’esclavage comme crime contre l’humanité et des excuses du Pape, ce qui prouve la necéssité de maintenir la pression.

Après le film de Bouchareb « Little Sénégal » , nous espérons voir un jour le film de Dieudo « Le code noir ».


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[10614] – le 21/02/2006 20:57 par

Novembre 1944 !! Je termine mon séjouir à Saint-Louis du Sénégal. Sous Officier « Toubab » j’ai eu connaissance de l’affaire de Thiaroye. Parler de génocide, dire que les « Colonisateurs » Blancs voulaient « massacrer les Trailleurs revenant de la campagne de France c’est pousser le bouchon un peu loin. Bien sûr il ya eu un drame mais a Saint Louis et sa région, mes amis Sénégalais et moi avont « parlé » de la situation.Affirmer que les soldats étaient munis de mitraillettes, nous ne disposions pas de cette arme à l’époque, seul le bon vieux lebel et le mousqueton 36 faisaient partie de la panoplie. Par contre de nombreux soldats rapatiés avaient dans leur bagages des armes modernes. Pour preuve, rapatrié pour fin de séjour, en janvier 1945 et affecté, le 24/03/45, au 2éme Régiment d’Artillerie Coloniale à Nimes j’ai « essuyé » des tirs de grenade dela part de Tirailleurs. Suite à une perquisition dans les chambres nous avons saisi plusieurs armes de poing et des mitraillettes. Le soir même, étant de service de semaine, un petit groupe de Soldats m’ont insulté en ouolof, leur ayant répondu dans le même langage, mais plus poliment, ils m’ont présentés leurs excuses. Je terminerai en disant que j’ai une forte estime pour les habitants et le pays sénégalais, je comprends fort bien qu’il est de bonne politique de « taper » sur le toubab.S’il vous plait, arréter de « taper » sur le sale Toubab.Juin 40 J’étais avec mes Tirailleurs sur le Cher Je les aimais bien….J’avais 19 ans… il m’ont protégè.
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[8567] – le 4/12/2005 00:19 par

Camp de Thiaroye

J’ai découvert aujourd’hui le DVD dans ma médiathèque (Astrolabe de Melun) Mes commentaires ? j’en reste sans voix

Juste un mot A VOIR ABSOLUMENT

pour ceux qui recherchent encore comment : www.ciné3mondes.com


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[7989] – le 8/11/2005 23:53 par Jean-Michel Hilaire

J’ai ete des plus etonnes de lire votre article sur les tirailleurs senegalais. Je suis des Antilles, de Haiti en plus, et je vis dans le sud des Etats-Unis depuis plus de 40 ans ou j’enseigne le multiculturalisme. Ca me fend le coeur de lire des choses pareilles. Ni l’Europe, ni l’Amerique ne s’est jamais excusee de ses mefaits contre les noirs et les amerindiens. Quand je relis l’histoire de mon pays et la contribution d’Alexandre Petion qui avait mis des volontaires armes a la disposition de Bolivar pour reprendre la lutte et liberer l’Amerique du Sud des jougs de l’Espagne, je retrouve la mme ignoble ingratitude. Ce meme Bolivar a refuse d’inviter Haiti au premier congres des etats de l’Amerique Latine au Panama. Et pendant plus de 60 ans Washington (D.C.) a refuse d’accepter un representant du gouvernement haitien parce qu’il y reignait encore l’esclavage. Quant a la France, ayant ete battue par Louverture et Dessalines, elle refusa de reconnaitre l’independance de leur ancienne colonie a moins que Haiti lui paya une indemnite de plusieurs milliards de dollars. De la l’une des raison majeures de la pauvrete qui afflige le pays.

Jean-Michel Hilaire (Floride Centrale)


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[7931] – le 5/11/2005 08:47 par Stan

La naïveté de nos frères, leur coûte quelquefois la vie, la perte de leur dignité, jusqu’à leurs droits les plus légitimes ! Si j’avais un conseil à donner à certains, je leur dirais d’abord de pratiquez la loi du Talion : « oeil pour oeil dent pour dent ». Ne faites jamais confiance à celui qui vous doit de l’argent même s’il vous a fait des promesses alléchantes tant qu’il n’a pas honoré sa parole. Ne concédez jamais rien sans rester maître de la situation, sans avoir les garanties nécessaires contre toute négociation. Armez-vous toujours de patience et de courage, mais aussi de détermination face à toutes vos exigences ! Contre un adversaire puissant et bien armé, seule la ruse, la quantité, la diversification des moyens, le harcèlement et surtout la patience peuvent vous permettre de le terrasser. Quelquefois il faut savoir être sans pitié surtout face à un ennemi dont on connaît la bestialité ! Sachez que personne en ce monde n’est invulnérable. Nous avons tous nos forces et nos faiblesses : dans la religion catholique il est dit que le diable sait employer la douceur pour fragiliser votre mental. Il sait aussi semer le doute dans vos esprits afin de vous décourager ! Même si vous ne croyez pas à cette religion, tirez en les leçons pour psychanalyser les adversaires qui emploient ces tactiques redoutables. N’oubliez jamais cette phrase : « le chant des sirènes est doux, mais combien de marins ont péri en perdant le contrôle de leur navire pour l’avoir écouté ? », ce qui signifie qu’il vaut mieux être sourd pour ne pas succomber au chant des sirènes. Bref, vous comprendrez ce que je cherche a exprimer ici ! N’oubliez jamais ceci, il faut pouvoir tout envisager face à des ennemis qui n’ont que l’orgueil et leur conviction comme seule moralité ! Aussi une chose importante, il faut savoir aussi pratiquer le repli pour prendre des forces et réfléchir pour renouveler et inventer sans cesse de nouveaux stratèges qui usent moralement l’adversaire. Voilà le seul moyen que nous disposons quelquefois pour défendre son pays, son honneur, sa dignité, voire, quelquefois jusqu’à son simple droit d’exister !
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[6230] – le 25/08/2005 17:27 par Cosme ADJOVI

Je remercie l’auteur de cet article.Si seulement cet article pouvait parvenir sur nos chaînes en Afrique ??? Le titre »le mépris de la FRANCE » me gêne , je dirai plutôt, le mépris des politiques français…d’autant que le Général de Gaule lui au moins reconnait le sacrifice des tirailleurs « Sénégalais ».Nul ouvrage ne parle des noirs au camp Nazie ,voire la participation des africains à la libération de la FRANCE… bref Comment me procurer une copie de ce film ? D’avance merci
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[3569] – le 23/04/2005 21:03 par Muriel Alloin-Studer

Bonjour étant née à Thiaroye en 1955,je souhaite voir ce film ; Comment puis je me le procurer ?(dvd,téléchargement,k7,…) Merci de votre réponse Muriel Alloin-Studer
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[3176] – le 5/04/2005 01:28 par

Deme Abderrahmane 78 2 MANTES LA JOLIE

Cela ne m’étonne guère vu l’hypocrisi et le racisme de la france et des français on leur ouvre la porte de nos pays on leur offre notre courrage et en retour il nous décimes mais le plus incroyable c’est que cela n’a meme pas servi de leçon à la race et au population noir qui continu à offrir son hospitalité aux assassins et au pilleurs de notre conttinent mais cela est la fautes des chef d’états africains qui n’osent pas poser leurs couilles sur la tables des négosiations mais cela est compréhensible quand on sait que beaucoup de pays africains sont diriger par Paris, Londre, washinton , berlin etc les président africains sont des marionettes articulées cela ne m’étonne pas que l’afrique en soit là et comme dit booba ma race sert de crash test tant que nous seront dépendant de tout ces paramètre nous serons jamais libre et comme dit Assassin (rockin squat) etre libre c’est faire tombé l’astreinte éconoomique et financière tant qu’on n’en sera pas là bein on sera toujours les proies et victimes de ces gens là dorénavant faite gaff à l’hospitalité execif voilà il est 1H 20 moi je vais allé dormir bonne nuit et on va se quitté sur le titre d’un album d’idéal j que le combat continue à plus tard inch allah * abda


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[2987] – le 29/03/2005 01:25 par Zevounou

chers Monsieurs je viens tres respectivement par le present message vous demander quelques conseils concernant la demande de nationalité francaise En effet mon pere est un ancien combattant tirailleur senegalais ayant servir la france pendant la deuxieme guerre mondiale et il a fait son service militaire de 1942 a 1947 et juste apres avoir fini il a ete incroporer dans la police coloniale francaise et cela jusqu´apres l´independance du dahomey son pays d´origine.Il est revenu au dahomey en 1962 pour servir son pays.courant avril 2004 il a envoyer son dossier de demande de reprendre sa nationalité francaise.Mais quelques mois apres le depos de son dossier il est mort.Moi je vie ici én france de maniere irreguliere est ce a dire que je peux demander la nationalité francaise puis que je possedes tout ses documents et son etat signalitique des service ,son numero matricule en temps de guerre,son numero matricule en tant que policier francais de la l´afrique occidental francaise,et sa carte d´identité francaise de 1952 sans oublier de attestation de ses superieur hierarchique qui lui ont delivrer en vertu de ses qualités de soldat.Que me conseiller vous ? devrais je attendre d´abord la reponse du grefier en chef du tribunal de paris chargé des francais etablis hors de france avant de lancer ma procedure en introduisant son certificat de deces ou bien devrais je lancer le dossier moi meme maintenant. Est ce que notre famille a la chance de recouvrer nos droits a la nationalité francaise du fait du parcour de notre pere ? je serai tres tres heureux d´avoir des informations sur vos conseils et suggestions Recevez mes respects Cordials Je serai aussi content d´avoir des informations sur ceux qui l´ont connu au moment de ses service
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[2489] – le 13/03/2005 18:27 par Daniel BOUCHER

Je vous ai écrit hier au sujet de cet article. Depuis, je pense beaucoup à cette affaire. Serait-il possible de savoir qui était, à cette époque, le général commandant les troupes françaises à Dakar et qui était le gouverneur du Sénégal ; merci, si vous pouviez me répondre. Amicalement
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[2467] – le 12/03/2005 22:09 par Daniel BOUCHER 17 rue Henri Sellier 56100 LORIENT (France)

Très bien pour votre site. J’ai fait mes classes au 7ème Régiment de Tirailleurs sénégalais à Rufisque. J’ai eu l’occasion de passer plusieurs fois de passer par Thyaroye. Pour moi, c’était un camp agréable, mais nous étions en 1953. J’ignorais ce qui s’y était passé. J’ai eu des camarades après cette période en Algérie, au Maroc, à Brazzaville et à Libreville. J’ai eu toujours d’excellents rapports avec les Tirailleurs. J’ai également vécu la période douloureuse où les troupes africaines ont été renvoyées dans leur pays. J’ai honte de ce que la France a fait à l’époque de Thyaroye et après avec les retraites bloquées. Parait-il, des progrès se font dans la réhabilitation des droits à pension ? Continuer votre combat. Je conserve précieusement les quelques photos qui ont été prises de moi avec mes camarades africains.
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[2320] – le 9/03/2005 11:52 par MBOA

Nico de Lyon,

Votre démarche je la comprends très bien mais elle me fait sourire parce que si vous aviez bien analysé la chose, vous comprendriez que c’est la même démarche que nous faisons. Lorsqu’un voleur se fait voler, il comprend que voler n’est pas une bonne chose. Encore qu’ici l’article ne fait que dire la vérité.

Vous venez ici rappeller que dans cette guerre, il n’est pas juste de dire que le BTS a été epargné, mais qu’il a été lui aussi massacré par vos frères blancs. Vous faites ou jouez du coup le defenseur de mémoire de votre cause. En ligne de mire votre intérêt est en jeu et vous le defendez.

Figurez-vous donc que, pendant des années, nos intérêts sont baffoués, nos mémoires sont enfouies dans les profondeur de l’oubli, nos mémoires sont exterminés, il nous appartient de les exhumer des cendres de l’oubli, du mépris.

Alors que le bataillon dont vous faites allusion soit épargné ou ecrasé par vos frères blancs (j’insiste), ne joue pour nous les noirs aucune espèce de rôle ( es ist nicht relevant oder wichtig für uns) et d’ailleurs ceci n’enlève en rien aux atrocités et surtout aux traitements que les Français ont reservé ou reservent aux Noirs en général et aux soldats ( tirailleurs : expression que vous Français avez choisie, pour minorer l’apport des Noirs dans ce combat de libération de la France).

Pour ma part ce que vous soulevez n’a aucun sens et ne saurait discréditer l’article. D’ailleurs je vous invite si vous êtes tant soucieux des choses, de lire L’AUTRE CRIME DE l’HUMANITE de Monsieur MBEMBA Martin.


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[2308] – le 8/03/2005 22:59 par Okim Black Star

D’abord je remercie tout les gens qui donnent vie à ce site de pres ou de loin ou qui en sont les pricipaux protagonistes…. depuis que j ai decouvert le site je prefere venir me ressourcer dedans que de regarder les informations du 20 heures enfin bref en lisant vous ne pouvez pas imaginer cette rage qui fourmille au fond de mes entrailles apres lecture de cet article en voici les raisons…… je suis en premier STT dans un lycée de strasbourg et figurez vous qu il y a un mois mon sujet etaient les empires coloniaux durant la Deuxieme Guerre Mondiale et pour etre honnete les tirailleurs senegalais n avaient jamais toucher mon esprit mais en faisant ct xposé devant une classe plus ignorante que lettré j ai vu a quel point les enseignants pouvaient jeter un oeil si peu concerner alors que ce sont des francais pur souche issues de strasbourg et qui ont automatiquement des liens avec les generaux de l epoque mais ce qu il ya de plus tragique a mon gout c est de savoir qu l homme noir doit se battre pour ne pas s absoudre et faire voir la realité aux siens choses difficile la aller a lecole serait comme me demander de ne pas tuer l assassin de mes parents sous pretexte que la France est le pays des droits de l’ homme entre parentheses « bafouées »….. Vous n imaginez meme pas la haine que je peux entretenir dans mes artères en pensant à apprendre comment nous sommes humiliés par leur système et depuis des siecles et maintenant ???????? A la fin de mon exposé je voulais montrer l hypocrisie flagrante des autorités francaises de lépoque en citant l exemple d un des dernier tiraiileur vivvant qui n avait pas recu son cahet ni meme une medaille mais des reductions Sncf a quoi bon pour le nombre de greves….. Mais la apprendre qu ils mettaient a mort les tiraiilleurs qui reclamaient leur du qui etaient au front pour que les generaux fassent la guerre depuis leurs longues vues, un non sens total je ne peux pas admettre que je sois pas en droit d exprmer ma colère dans des cas de figures comme ceux la vous savez des fois je me remets en question sur le fait d avoir au fond de mo ce besoin de revendiquer des choses qui auront cette effet bon ou nonsur les hommes ( les deux sont importants) et cela avec le temps me fait comprendre que c’est la nature et le treau qui m as doté de ca trop d horreur que je lis me font penser que la vapeur doit etre renverser sans forcement verser le sang meme si c est la facon la plus simple mais de garder la memeoire de ces hommmes et du eme coup nous rendr vivant et utileet qu ils vivent dans nos esprits……….. A tout les internautes et grands hommes et femmmes d’Afrique soyons humble etne cherchons pas a nous comparer soyopns ce que nous sommes et prion pour un jugement dernier……. le livre de Mr.Nlongi est deja sortis ou pas ????????
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[2307] – le 8/03/2005 20:37 par nico de lyon

Je voudrai soulever une objection quant a votre interpretation du massacre des tirailleurs du 25 eme BTS(a majorité togolaise d’ailleurs), apres s’etre rendus en juin 40 pres de chasselay(a des troupes SS )ceux ci furent ecrasés impitoyablement sous les roues des chars allemands, mais il est faux de dire que l’encadrement blanc fut epargnés, le lieutenant commandant la troupe s’eleva contre le traitement réservé a sa troupe, et il fut executé par les allemands et jeté au milieu de ses hommes.Il y’a d’ailleurs a Chasselay un Tata senegalais des plus emouvants ou j’engage les gens a se rendre.Je suis blanc et je n’oublie pas le sacrifice des tirailleurs qui ont luttés pour l’independance de mon pays, et qui a ma grande honte voient leurs droits a leurs pensions militaires rognés,mais ceux ci est un autre debat
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[1677] – le 16/02/2005 19:44 par Michael BAIGNEAUX

Bonjour

Je suis Artiste pasticien, je travaille actuellement sur une oeuvre commemorative relatant le massacre du camp de thiaroye ; j’aimerais avoir la liste des tirailleurs qui sont morts cette nuit là (je crois qu’ils sont 34 a y avoir perdu la vie) Merci a tout personne pouvant m’aider !

Michael BAIGNEAUX Plasticien

michaelbaigneaux@hotmail.com


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[1421] – le 6/02/2005 14:51 par Cyrius

J’ai appris cet évènement au cours d’une discussion, avec des personnes qui partagent avec moi un même engagement pour la mémoire et la vérité, contre la déformation de l’histoire, pour toujours mieux comprendre le présent et pouvoir envisager le futur. Thiaroye, fait parti,à mon avis, de toute une série d’évènements très peu connu, qui à la lumière du jour donnent une toute autre approche à la deuxième guerre mondiale, et donc à l’histoire en générale du monde. Combien de dossiers ne sont pas ouverts, qui révèleraient des vérités insupporetables aujourd’hui, mais qui plus tard, passeront sans trop de mal, car les personnes les plus concernées ne seront plus. Ce massacre fait réfléchir sur ce qu’a été le colonialisme. Quel était son vrai but derrière le masque « civilisateur et bien faiseur ? »Cela me fait étrangement penser aux milliers d’immigrés méxicains et d’amérique centrale enrolés dans l’armée US, en échange d’une « soit disant » régularisation par la suite. Ils sont laissés pour compte, par la suite. Les soldats ne servent qu’une ou deux fois, en suite, qulqu’ils soient, ils se retrouvent exclus, ou incompris. On se sert de ces gens. La guerre n’a jamais été pour moi un moyen d’avoir de la dignité, au contraire, elle salit, d’autant plus c’est pour des causes que nous ne choisissons pas en général.

Le silence sur Thiaroye, est le même qui étouffe la vérités sur la guerre d’Algérie, silence qui hante les enfants de ceux qui l’ont vécue, silence que préservent leur parents, silence qui un jour explose, c’est le même silence qui dort chez les victimes de la dictature Argentine, silence qui est tombé sur l’Algérie en 1991…


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[1398] – le 4/02/2005 21:54 par boram sikim

Bravo pour votre site

J’ai été incorporé au 7ème régiment de Tirailleurs sénégalais, à Ouakam en 1952

Je suis à la recherche d’un de mes camarades de l’époque, Dieng Amadou Abdoulaye, qui habitait à Saint Louis, rue Bancal (il était de la classe 1952 – 2)

Nous n’avions aucune idée de ce que nous représentions à l’époque. Mais depuis, en réfléchissant, nous mesurons l’étendue des dégâts de la colonisation.

J’ai créé un site internet où je mentionne cette période de mon existence. http://perso.wanadoo.fr/pierre.brault/


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[613] – le 31/12/2004 15:05 par MBOA

Dans la même lignée, Jean Martin MBEMBA en parle aussi dans son livre « L’autre crime contre l’humanité ». C’est cà la France championne des déclarations sur les droits de l’homme, dernière dans la pratique. Nous sommes avertis.

Publié dans LA FRANCE ET SON PASSE COLONIAL, PARFUMS DE SCANDALES | Pas de Commentaire »

L’ARGENT NOIR DES SYNDICATS:QUI A PEUR DE NOS REVELATIONS ? ( Par Roger Lenglet )

Posté par issopha le 17 juin 2008

 L’ARGENT NOIR DES SYNDICATS:

QUI A  PEUR DE NOS REVELATIONS  ?

Extrait du Blog www.backchich.info  de Roger Lenglet , journaliste d’investigation et auteur du livre l’Argent noir des Syndicats  , publié chez Fayard.

28 mai à 12h14

Le livre L’argent noir des syndicats, publié le 17 mai 2008, est une bombe. Certains tentent encore de la désamorcer. Comme le trésorier de la CGT qui, dans l’émission Pièces à conviction, vient de s’adresser aux Français pour qu’ils n’y touchent surtout pas…

Depuis que le bouquin est sorti, je vis des aventures étonnantes avec les deux co-auteurs, Jean-Luc Touly et Christophe Mongermont. Des syndicalistes qui ont lu notre bouquin nous félicitent, nous envoient leurs témoignages, nous demandent de venir discuter avec eux dans leur boîte… Les soutiens viennent de partout, des sections syndicales CGT, CFDT, FO, CFTC, SUD… D’autres syndicalistes qui ont parlé de leurs combats dans notre livre et dénoncé des inerties inavouables nous appellent pour nous dire qu’ils font l’objet de représailles ou de menaces…

Tous les médias ont demandé notre livre, souvent en plusieurs exemplaires. C’est fou, le nombre de journalistes qui veulent le lire. Ils nous disent que notre enquête est sidérante, courageuse, renversante… Les mêmes nous avouent parfois qu’il sera bien difficile d’en parler publiquement en nous expliquant que leur rédaction ne veut pas se mettre à dos leur propre syndicat. Comme si toutes les sections et toutes fédérations devaient se sentir visées ou condamnées à couvrir les autres ! Or, notre livre n’a jamais accusé la totalité des organisations, les faits que nous rapportons sont certes nombreux mais toujours précis, circonstanciés. Alors ?

Que craignent les leaders syndicaux ?

Des journalistes qui n’ont pas froid aux yeux, en revanche ce sont ceux de Pièces à conviction, l’émission d’Hervé Brusini. Les premiers à avoir lu notre enquête (avant même qu’elle soirte en librairie) et à reprendre certains dossiers. Ils s’intéressent tout particulièrement à l’affaire du Comité central d’entreprise (CCE) de la SNCF qu’ils réexaminent pièce après pièce, témoin par témoin. Du boulot sérieux. Samedi 23 mai, quelques heures avant la première diffusion sur France 3, nous les rejoignons pour un ultime tournage sur le plateau télé. Jean-Luc Touly parlera du livre pour nous trois.

Là, ils nous font part de leur difficulté à trouver des responsables confédéraux prêts à venir sous les projecteurs : « Les leaders syndicaux ne veulent pas venir débattre avec vous. Seul le trésorier national de la CGT, Michel Doneddu, est prêt à nous rejoindre sur le plateau, mais la confrontation avec vous ne sera pas possible. Vous serez sur deux plateaux différents… » Dommage, nous aurions bien aimé parler de tout ça avec lui devant les caméras.

Mais si ce n’était que lui ! Personne, parmi les responsables syndicaux, ne veut se retrouver face à nous. Leur faisons-nous si peur ? Redoutent-ils à ce point nos remarques et nos questions ?

Jean-Luc sera interrogé par Elise Lucet. Je l’accompagne. Pour ne pas effrayer le trésorier CGT, on nous place dans une salle à part. S’il apprend que nous sommes-là, il risque de repartir. Ce n’est pas la coutume de séparer les invités, mais on comprend : c’est le seul responsable national qui accepte de répondre sur les financements (après quelques hésitations), ils n’ont pas envie de le perdre.

Poussé par la curiosité, j’entrouvre la porte pour voir débarquer le représentant du Medef et un dirigeant de l’Institut Supérieur du Travail, qui a pour vocation de préparer des responsables d’entreprise à l’exercice des relations sociales. Le trésorier de la CGT est arrivé aussi, la mine chiffonnée, pas franchement à l’aise. Il semble se demander à quelle sauce les journalistes vont le cuisiner. Il s’assied, croise les jambes. Son pied gauche s’agite très rapidement. L’air pas content du tout.

Les trois hommes conversent. Une réflexion me vient en les regardant ainsi : ce responsable syndical craint visiblement moins ces hommes-là que nous, qui voulons juste défendre les salariés et l’indépendance des syndicats. Pourquoi se hérisse-t-il autant à l’évocation de nos noms alors que nous ne l’avons jamais attaqué ? Pourquoi une telle attitude, alors que nous répétons dans le livre que la confédération CGT elle-même a tenté de remédier, ici et là, aux dérives constatées dans certains secteurs ?

Allez, monsieur Doneddu, encore un effort, si vous arrivez à discuter aimablement avec les employeurs vous devriez pouvoir nous entendre un peu. D’autant que le co-auteur, Jean-Luc est juge prud’homal CGT et qu’il a milité dans le même syndicat depuis tout jeune.

Qui finance ?

Devant les caméras, Jean-Luc résume nos observations et rappelle que, depuis les années 1970, le nombre des syndiqués en France a été divisé par cinq, tandis que le nombre des permanents syndicaux a été multiplié par autant. Une aberration qui montre que quelque chose ne tourne pas rond dans le fonctionnement des organisations (la plupart du temps, on ne va même plus chercher les cotisations). Et qui attend toujours une explication des syndicats.

Les autres se succèdent aussi sur le plateau, face à Elise Lucet, précise et opiniâtre dans ses questions. Le type envoyé par le Medef prétend que le Medef a changé. Selon lui, Laurence Parizot ne savaient rien et les « petites entreprises » dont il s’occupe ne sont pas corruptrices. Mais il feint ne rien entendre quand Jean-Luc rappelle que notre livre montre en détail que ces pratiques, loin d’être l’exclusivité de l’UIMM, ont été développées dans toutes les branches d’activité, au point de devenir un « sport national ».

Après le tournage, je discute avec Elise Lucet, qui sait qu’elle a fait une performance mais se montre modeste : « L’équipe a travaillé dur, ils ont fait un excellent reportage, c’était facile pour moi. Quand l’enquête est sérieuse, je peux m’appuyer sur des éléments solides. » Elle dit vrai : j’ai vu bosser leur principale journaliste, Sophie Roland, terriblement fûtée. Courageuse avec ça. Sa rigueur, je n’en parle même pas. Chapeau.

Leur enquête sur les CE de la SNCF et sur l’affaire Sauvagnac confirme bien la nôtre, avec des éléments originaux très forts. En particulier, ce morceau d’anthologie sur d’invraisemblables factures additionnant les prix de modèles d’appareils inexistants, domicilées chez un type qui est prêt à dire tout et son contraire pour se justifier, puis qui lâche finalement qu’il ne sait ni lire ni écrire.

Par contre, la prestation du trésorier de la CGT est moins comique. Il vocifère contre nous, déclare que nous sommes des imposteurs qui chargent son syndicat. Moi qui rend compte des combats de la CGT depuis mes premiers livres (j’en ai publié de nombreux sur la santé au travail et j’ai toujours mis en valeur l’engagement des syndicalistes CGT, souvent les plus prompts à défendre les salariés). Christophe, lui, n’a pas hésité dans le livre à monter que certains syndicalistes de sa propre organisation (FO) s’étaient compromis.

Finalement, le trésorier récuse tout le reportage, les témoignages et les preuves. Il accuse Jean-Luc d’être un falsificateur. Aïe : il diffame sans se retenir et prétend que ce dernier n’est pas à la CGT, en oubliant de dire qu’il exerce un mandat de juge CGT aux Prud’hommes. Enfin, comme si cela constituait une réponse aux questions d’Elise Lucet, l’homme évoque un procès que le syndicat de Veolia nous a intenté pour les dérives que nous avions pointées dans L’eau des multinationales, un précédent livre. Il commente à sa manière le jugement que nous avons remporté, en le présentant de manière défavorable. Aïe : rediffamation. Il cherche sa colère, en guise d’argument, la joue contre tout ce qu’on lui dit, tout en déclarant ne pouvoir répondre que sur la confédération.

Monsieur Doneddu, vous auriez préféré que notre livre ne sorte pas, on l’a bien compris. On vous donne du travail alors que vous ne devez pas en manquer. Je devine que votre boulot ne doit pas être facile par les temps qui courent où tant de gens veulent la peau des salariés. Mais c’est quand même stupide de se retrouver comme ça, alors que nous défendons a priori les mêmes gens. On se bat pour le syndicalisme, nom d’un chien ! Avec tous ceux qui refusent de plier l’échine et de voir les acquis sociaux filer comme du sable entre les doigts.

Le syndicalisme est à jamais un exercice de vigilance

Tout de même, vous avez eu le courage de venir sous les projecteurs, seul, pour représenter la CGT. Rien que pour ça, vous faites déjà la différence avec les autres, avec toutes les organisations qui préfèrent rester tapies dans leur terrier, alors que nous ne demandons que des explications. Mais, que diable, arrêtez de dire que nous militons pour SUD ou pour FO ! Est-il impossible de pouvoir exiger plus d’indépendance dans les financements sans être en opération commando pour le compte d’une organisation ? FO ne me paraît pas plus indépendant. Quand à SUD, le fait qu’il s’agisse d’un syndicat de coordination qui refuse les structures verticales le soustrait aux perfusions financières. Mais je n’ai pas la naïveté de croire qu’il restera indemne en grossissant. Et je pense même que certains de ses militants font déjà l’objet de sollicitations malsaines visant à les adoucir.

Seule la lucidité et la plus grande vigilance nous permettront d’avancer tous ensemble.

J’ai fait un rêve : monsieur Doneddu, vous acceptiez d’examiner sérieusement avec moi, sur Bakchich, les aberrations que nous soulevons. Sans injures, avec patience. Tout s’éclaircissait alors de façon convaincante. Vos taux d’adhésions remontaient, remontaient… Je vous félicitais chaleureusement et nous tombions dans les bras l’un de l’autre. Nous avions vaincu le monstre des malentendus accumulés. Le syndicalisme de lutte, dont les négociations ont toujours besoin, redéployait ses ailes pour affronter le siècle qui s’annonce si difficile.

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SYNDICATS : LA TERRIBLE REVELATION

Posté par issopha le 20 mai 2008

SYNDICATS : LA TERRIBLE REVELATION

 

 

Réponse  de Roger LENGLET , auteur de l’« Argent Noir des syndicats »

à l’édito de Jacques Julliard (  chroniqueur au Nouvel Observateur )

19 mai à 23h06

sur www.backchich.info

Si l’argent noir des syndicats reste un tabou, ce n’est pas seulement parce qu’il cache la faiblesse du nombre de syndiqués. La vérité la plus inavouable soulève la question de leur indépendance : car voilà, ce sont les directions d’entreprises qui jouent les mécènes discrets. Ce qui n’aiguise pas vraiment les ardeurs syndicales… Il est grand temps que les salariés ouvrent les yeux et imposent des règles saines à leurs représentants.

« Il n’est pire sot que celui qui ne veut pas entendre… » Ce dicton a pris un sens extravagant à mes yeux depuis le 17 mai 2008, jour de la sortie de L’argent noir des syndicats [1]…

J’ai mené cette enquête avec deux syndicalistes très actifs, Jean-Luc Touly et Christophe Mongermont, récompensés en 2006 par l’association Anticor pour leur lutte contre la corruption et leur opiniâtreté à défendre les salariés (voir la note concernant les auteurs). Inquiets de voir les grandes organisations signer de plus en plus facilement des accords vidant le droit du travail et les acquis sociaux, nous avons voulu en savoir plus. En plongeant notre nez dans les grandes entreprises, nous avons pu détailler la manière dont elles caressent des acteurs du monde syndical pour les endormir.

Notre livre dresse un état des lieux et lance une alerte, mais c’est d’abord un vade mecum pour mieux savoir se défendre face aux employeurs et obliger les syndicats à se bouger les fesses. De nombreux syndicalistes de tous bords nous soutiennent depuis le début de cette enquête, furieux contre la mollesse chronique de leur hiérarchie et les accords scandaleux passés dans leur dos au cours des dernières décennies. Certains qui ont témoigné dans le livre le paient d’ailleurs aujourd’hui très cher en se faisant virer de leur organisation.

Le bal des faux culs

Au lieu de provoquer un réveil du monde syndical et des syndiqués, les faiseurs d’opinion qui commentent le livre feignent souvent l’indignation en faisant croire que c’est une charge contre le syndicalisme. Nous qui défendons à chaque page les syndicalistes qui restent intègres et relatons leurs luttes contre les corruptions ! Certains journalistes le font même passer pour une attaque contre les travailleurs, pour un mauvais coup de la droite ou du gouvernement.

Dans son édito du Nouvel Obs, Jacques julliard donne le ton en nous présentant comme des alter ego de Jacques Marseille, l’économiste de droite qui bouffe du syndicat à longueur d’année et s’acharne contre la protection sociale. Le même laisse entendre que nous sommes un commando de Sud Solidaire. Jacques Julliard ne se demande pas pourquoi le Nouvel Obs juge bon de reproduire, dans le même numéro, des extraits de notre enquête sur quatre pages et s’en inspire sur trente pages !

Je reviendrai un autre jour sur les raisons de cette curieuse attitude des uns et des autres, en détail. Elles valent le détour.

Affrontons les vraies questions

Qu’ont obtenu les entreprises en échange du soutien financier qu’elles apportent aux syndicats depuis des années ? Alors que tout le monde semble répète comme un seul homme que les syndicats ont dû compenser la perte des cotisations auprès de syndiqués, ne faut-il pas oser dire enfin que ce sont les financements qui les ont détourné des salariés ? Est-il possible de parler du financement des syndicats et des conditions de leur indépendance sans être accusé de servir la droite ? Examiner la réalité en face et déplorer les paralysies des organsiations nous vaut d’être taxé d’anti-syndicalisme par ceux qui restent éloignés des salariés, alors nous sommes sur le terrain pour les défendre. La simple et terrible vérité est que les employeurs, bien au-delà des lubrifications de l’UIMM, ont largement transformé la scène syndicale en simulacre de rapport de forces .

J’ouvre ce blog parce que je crois qu’il possible de lutter contre les stratégies corruptrices des grands groupes privés et de leurs lobbies. Parce que je refuse de voir enterrer le syndicalisme de lutte et qu’il soit remplacé par des accords que plus personne ne cherche vraiment à comprendre et qui ressemble de plus en plus à de l’absraction lyrique. Des accords que trop de médias présentent comme des bulletins météorologiques de la vie sociale annonçant la fatalité du temps.

Avec Jean-Luc et Christophe, nous pensons que la passivité de nos syndicats a un rôle déterminant dans le fait que le taux de syndiqués en France est devenu le plus bas des pays développés. Nous sommes frappés par le fait que ce taux ait été divisé par cinq depuis les années 1970 alors que, dans le même temps, le nombre des permanents syndicaux a été multiplié par le même nombre. L’argent des syndicats ne vient plus des syndiqués (on ne va même plus chercher leurs cotisations, le plus souvent). Les salariés sont devenus les seuls gêneurs pour ceux qui veulent danser en rond !

Ce blog offrira aussi l’occasion de présenter les réactions autour de cette enquête et de ce combat.

je vous invite à m’apporter vos réflexions, témoignages et documents.  www.bakchich.info/

Roger Lenglet

Les auteurs du livre

Roger Lenglet est philosophe et journaliste d’investigation. Auteur d’une trentaine d’ouvrages, il a publié notamment Profession corrupteur (éd. Gawsewitch, 2007) et L’eau des multinationales- Les vérités inavouables (avec Jean-Luc Touly, Fayard 2006). Membre d’Anticor (association de lutte contre la corruption).

Les deux autres co-auteurs sont Jean-Luc Touly (salarié de la CGE depuis 1976, ex élu CGT, juge prud’homal, président de l’Association pour le contrat mondial de l’eau France, membre d’Anticor et du conseil scientifique d’Attac), et Christophe Mongermont (secrétaire général des syndicats Force ouvrière du groupe Veolia secteur eau, salarié de la CGE pendant 20 ans, lauréat du prix d’éthique d’Anticor 2006, à l’origine nombreuses jurisprudences sociales, spécialiste du droit du travail).

 

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Les syndicats sont-ils vendus ? « L’argent noir des syndicats », Roger Lenglet, Jean-Luc Touly, Christophe Mongermont (Fayard) sortie le 17 mai, 302 pages, 19 euros

Posté par issopha le 17 mai 2008

 

Les syndicats sont-ils vendus ?

 

Livre / jeudi 15 mai par Vincent Nouzille 

©  Vincent Nouzille / Bakchich -  

 

Si les petits arrangements financiers de l’UIMM ont été (en partie) mis au jour, ceux des syndicats censés défendre les salariés restent à ce jour encore tabous. Dans un livre, « L’argent noir des syndicats » (Fayard), le philosophe et journaliste Roger Lenglet, et deux syndicalistes, Jean-Luc Touly et Christophe Mongermont, révèlent, preuves à l’appui, les magouilles des syndicats, qui dépendent notamment un peu trop… du patronat.

C’est une enquête stupéfiante, qui devrait faire du bruit. Pour la première fois, le voile se lève sur un sujet tabou, « l’argent noir des syndicats ».

Les syndicats sont-ils vendus ?  « L’argent noir des syndicats », Roger Lenglet, Jean-Luc Touly, Christophe Mongermont (Fayard) sortie le 17 mai, 302 pages, 19 euros dans CARNETS d'IMPOSTURES jpg_argent-noir-des-syndicats-fb52f

Depuis le début de l’affaire des fonds secrets patronaux de l’Union des industries et des métiers de la métallurgie (UIMM), le doute se propage.

Qui a été arrosé par l’UIMM, notamment avec les 20 millions d’euros en espèces destinés à « fluidifier les relations sociales », selon l’expression imagée de Denis Gautier-Sauvagnac, le puissant boss de l’organisation patronale, éjecté de son poste ? Les syndicats de salariés, mal à l’aise, ont tous protesté de leur bonne foi et DGS a promis de ne rien dire.

Le livre du journaliste Roger Lenglet, et des syndicalistes Jean-Luc Touly et Christophe Mongermont n’apporte pas de révélations majeures sur ce scandale entre les mains de la justice. En revanche, l’affaire de l’UIMM n’est visiblement qu’un révélateur de pratiques plus générales entre patronat et syndicats, qui vont de la subvention déguisée à la corruption pure et simple… Dans une absence totale de transparence. Il est vrai que la loi Waldeck-Rousseau de 1884 sur les syndicats leur permet de se dispenser de toute justification sur l’origine de leurs fonds et sur l’identité de leurs adhérents. Ils ont même le droit de détruire chaque année leur comptabilité afin de ne pas laisser de trace ! Un comble. Censé protéger les syndiqués de toutes représailles ciblées, ce système légal est aujourd’hui totalement archaïque.

Pratiques assez troubles entre patronat et syndicats

La réalité, telle que la narrent les auteurs, est bien plus accablante qu’on ne le croit. Les syndicats ont besoin d’argent. Or, ils ont de moins en moins d’adhérents, puisque les cotisations couvrent probablement moins de la moitié de leurs dépenses. La désyndicalisation et la bureaucratisation de syndicats émiettés vont de pair. Résultat : le système D règne. Et les dérives se multiplient.

L’UIMM, par exemple, reste muette sur les subsides qu’elle verse discrètement aux syndicats depuis des années. Or elles existent bel et bien, selon les auteurs. (Bakchich, dès demain, en révélera d’ailleurs quelques exemples très concrets) !

Téléphones, voitures, primes, embauches amicales…

D’autres PDG anonymes, cités dans le livre, évoquent des pratiques plus tangentes, des petits cadeaux qui entretiennent l’amitié… et permettent d’assurer un climat social très calme dans l’entreprise : « Je reçois moi-même, lors de chaque élection professionnelle de délégués du personnel, les salariés élus pour leur proposer des petits cadeaux, un véhicule de fonction et un téléphone portable. En contrepartie, ce que je demande, c’est qu’ils me préviennent afin de régler en amont et en petit comité tout litige qui pourrait déraper. » Pis : les permanents de certains syndicats viennent demander quelques services, en échange de leur promesse de calmer les revendications.

Daniel Guerrier, délégué CGT jusqu’en 2000, témoigne, lui, à visage découvert : « j’ai souvent vu des délégués du personnel prendre leurs ordres auprès de la direction pendant des repas régulièrement offerts par les cadres dirigeants, au cours desquels on se tutoie et on baisse un peu la voix en abordant certains sujets comme le renouvellement du portable ou de la voiture, en passant par les primes spéciales et les horaires allégés, l’embauche de parents ou amis. »

Ces pratiques seraient, selon les auteurs, très répandues, par exemple, dans le secteur de la construction ou du nettoyage. Là, les employeurs désigneraient carrément eux-mêmes certains syndicalistes de manière à éviter les soucis. Moyennant quelques avantages salariaux et appartements attribués aux heureux délégués. Même la CGT a du mal à discipliner ses troupes dans le monde atomisé du nettoyage…

Des pages de pub qui posent question

Mais les surprises ne s’arrêtent pas là. Les syndicats sont aussi gentiment arrosés par des pages de pub dans leurs revues internes. Pages qui peuvent êtres payées jusqu’à 100 000 euros « sans que personne ne puisse expliquer leur intérêt commercial ». Les auteurs notent que la presse CGT a un « penchant prononcé » pour les pubs venant notamment des assureurs Satec, Macif, Axa, MMM, Assurance Sport et Tourisme, les groupes Dassault, EDF, SNCF, Air France, Suez, Veolia, France Télécom, l’alcoolier Pernod-Ricard, le Patis 51 et le champagne Henri-Guiraud…

Fonds pour la formation ou les handicapés détournés

Par ailleurs, les collectivités locales, les caisses de retraite complémentaires et l’argent de la formation professionnelle (voir l’encadré) contribuent, eux aussi, à irriguer les syndicats, de manière directe ou indirecte, comme plusieurs rapports de l’Inspection des affaires sociales et de la cour des comptes l’ont déjà dénoncé, sans véritable suites. Pire : les 400 millions d’euros de subventions destinées à l’insertion professionnelles des personnes handicapées seraient en partie détournées vers d’obscurs « conseillers techniques ». Sans que personne ne s’en émeuve vraiment !

Des centres de formation très dépendants

« Chaque branche professionnelle (agro-alimentaire, chimie, commerce, métallurgie, etc) possède son organisme agréé collecteur de taxes : Agefos PME, Fongecif, Opcareg… On en compte une centaine, lesquels sont gérés de façon paritaire par les syndicats patronaux et les syndicats de salariés.

Cette gestion paritaire favorise-t-elle le contrôle mutuel de l’emploi de cet argent par les partenaires sociaux ? En principe, oui. D’ailleurs, on s’attendrait à entendre de temps en temps quelque cri marquant des désaccords,… Mais non, aussi étonnant que cela puisse paraître, les partenaires sociaux semblent aspirer à la concorde et ne souffrir d’aucun conflit. Chacun d’eux choisit ses centres formateurs en fonction de sa sensibilité et décide de l’orientation des formations, de leur contenu, du nombre réel de stagiaires… L’existence de ces centres est organiquement lié au syndicat qui fait appel à leur service, dès leur création. Et l’allégeance est complète.

« Pour récupérer en partie l’argent de la formation professionnelle, on s’arrange avec les centres formateurs qui surfacturent leurs prestations – ou facturent carrément des formations fictives – et l’on reverse ensuite discrètement aux syndicats une partie des bénéfices indus » nous explique un témoin direct (…)

Dans un rapport remis en 2007, la Cour des comptes montrait plus d’assurance : « rares sont les organisations professionnelles qui présentent de véritables justificatifs même plus ou moins détaillés, correspondant à des services effectivement rendus ». »

© « L’argent noir des syndicats », Fayard 2008

A l’arrivée, le constat du livre est accablant, que ce soit dans les entreprises privées comme dans le cas des entreprises publiques, tels qu’EDF ou la SNCF, où les abus – narrés en détail – sont légion. Le système de financement des syndicats – patronaux et de salariés – est bancal, opaque, perméable à la corruption, sans règles ni contrôles. Il serait grand temps de le réformer, au moins pour lui donner plus de transparence. Et éviter de désespérer ceux qui continuent de militer en toute bonne foi.

« L’argent noir des syndicats », Roger Lenglet, Jean-Luc Touly, Christophe Mongermont (Fayard) sortie le 17 mai, 302 pages, 19 euros

A lire aussi dans Bakchich

Un syndicaliste CFTC : « Nous touchons de l’argent de l’UIMM, et alors ? »

L’UIMM finance-t-elle toujours les syndicats ? A cette question toujours tabou, « Bakchich » apporte aujourd’hui une réponse claire. « Oui, nous recevons de l’argent de l’UIMM » nous confie Joseph Crespo, le président de la CFTC Métallurgie, qui a (…)

Et à découvrir à partir de ce week-end dans Bakchich

Les débuts du blog de Roger Lenglet, l’un des auteurs du livre « L’argent noir des syndicats » (Fayard)

clear dans COULISSES ET RESEAUX DU POUVOIR


Forum

  • Les syndicats sont-ils vendus ?

    le samedi 17 mai à 13:35, zadiglevizir a dit :

    allez Roger Le loire un p’tit peu d’éfficacité tout ce beau monde à la santé en calèche…. mais attention sans les avantages sécu cela va de soit… le même règime que pour le pôvre Jérôme Kerviel …. chiche…

    Répondre poliment et sans gros mots

  • Les syndicats sont-ils vendus ?

    le vendredi 16 mai à 19:57, Chris a dit :

    C’est évident ! Certains syndicalistes sont prêts à trahir leurs collègues en signant des accords défavorables aux salariés…C’est connu !

    Par contre, ce qui l’est moins, c’est le financement des syndicats par le paritarisme….Exemple, les mutuelles, les caisses de retraite, les fédérations patronales…Qui louent à prix d’or des espaces publicitaires dans les journaux syndicaux, ou encore des stands lors des congrès des fédérations syndicales…Tout ça pue ! Parce qu’il est évident qu’en finançant un syndicat le bailleur de fonds attend une contre partie…

    C’est tout le système qui est pourri, et il ne faut pas incriminer uniquement les syndicats…Les politiques, et le patronat sont complices, l’un pour sa passivité et l’autre par intérêt…Ne rêvons pas, cela ne changera jamais ! Le pouvoir économique a pris le pli depuis bien longtemps sur le pouvoir politique,le pouvoir administratif et peut être judiciaire !

    Répondre poliment et sans gros mots

  • Les syndicats sont-ils vendus ?

    le vendredi 16 mai à 11:27, georges a dit :

    Roger Lenglet, Jean-Luc Touly et Christophe Mongermont , ont ils été « remercié » par le locataire de l’Elysée ???

    Répondre poliment et sans gros mots

  • Les syndicats sont-ils vendus ?

    le vendredi 16 mai à 09:56, Lilith a dit :

    A present je comprends mieux pourquoi les manifs meme tres importantes ne servent a rien ! A present je comprends mieux pourquoi les Darcos, Sarkozi et autres se la jouent tres surs d’eux. C’est tres tres grave ! Moui qui trouvait que les syndicats etaient plus que mous sur des sujets plus que graves, a present je comprends pourquoi cette mollesse face a la destruction organisee de la solidarite nationale. Quand on voit les humiliations qui sont faites a la CAF, a l’ANPE sur des etres humains qui n’ont commis aucun crime et qu’on pousse dans la misere pour les punir et que les syndicats ne ruent pas dans les brancards, je me demande vraiment comment les gens peuvent encore croire aux syndicats !? les syndicats en france ne servent a rien, nada et ce livre nous le confirme malheureusement. Comme le PS ne sert a rien non plus car il ne s’indigne pas plus que les syndicats, remarquez bien.

    Répondre poliment et sans gros mots

    • Les syndicats sont-ils vendus ?

      le vendredi 16 mai à 14:19, un acheté a dit :

      Bonjour,

      Pourquoi vous ne vous syndiquez pas ?

      Quant à la référence à Darcos, elle concerne les syndicats de l’Education Nationale. Dans la Fonction Publique il y a plus de syndiqués en proportion que dans le privé, parce que les pressions et représailles sont moindres (ce qui n’empêche pas la lâcheté d’un grand nombre de fonctionnaires). Des luttes sociales ont été obtenues grace au syndicalisme, leur faiblesse aujourd’hui c’est bien que les travailleurs ne pensent plus de manière collective mais individuelle.

      Cela facilite les dérives et la corruption effectivement. Mais le bouquin est écrit par des syndicalistes notamment et son objectif, je pense, n’est pas de jeter le syndicalisme et son histoire au feu.

      Je réitère donc ma question, Lilith, pourquoi ne vous syndiquez pas et ainsi vous tenterez modestement à votre niveau de pallier à ces dysfonctionnements, qui ne sont pas généralisés.

      cordialement,

      Répondre poliment et sans gros mots

    • Les syndicats sont-ils vendus ?

      le samedi 17 mai à 07:49, Didier DELANIS a dit :

      Je lis des commentaires affirmant que les syndicats ne serviraient à rien…..

      Les augmentations obtenues dans le cadres des Négociations annuelles obligatoires seraient elles consenties naturellement par les employeurs ???

      L’avis favorable de la CFDT sur la réforme des retraites en 2003 et qui a permit à plus de 500 000 salariés de partir avec un, deux ou trois d’avance à la retraitre lorsque qu un salarié avait commencé à travailler à partir de 14, 15, ou 16 ans est il une absurdité ??

      Les prud’hommes sont ils inutiles ?? Ne sont ils pas essentiels pour une prise en compte des intérêts des salariés….et ne sont ce pas des élus syndicaux qui siègent pour parti sur leur temps personnel ??

      La plupart des représentants syndicaux voient leur carrière stoppée net dés leur prise de fonction, qu’ils soient issus du public ou du privé…Est ce de la corruption ??

      Avez vous une idée du nombre de militants syndicaux qui subissent du harcèlement syndical ?? Qui voient leur vie bouleversée par ce qu’ils subissent…

      Aors, certes, il doit bien exister des systèmes critiquables, des individus corrompus, des brebis galeuses….mais pas plus que dans le reste de la société…

      La majorité de ceux qui s’engagent n’ont pas la vie rose.. Allez voir du coté des représentants syndicaux dans la grande distribution, notamment chez les caissières, allez voir du coté des représentants syndicaux chez les garagistes, venez faire un tour dans les structures de proximité des syndicats et vous verrez comme les organisations syndicales sont logées…..

      Avez vous déjà vu un syndicaliste s’enrichir ????avez vous constaté, comme on le voit plus souvent chez les politiques, une amélioration des conditions de vie des syndicalistes ???

      Et puis ce livre à sensation qui ne livre finalement pas grand chose est un bon coup pour celui qui l’écrit…En voilà un qui va gagner un maximum en jetant l’opprobre sur les syndicats..

      Et puis réfléchissons….Qui bénéficiera de telles accusations contre les organisations syndicales ?? A qui profite le « crime »…. ????

      Didier DELANIS

Un syndicaliste CFTC : « Nous touchons de l’argent de l’UIMM, et alors ? »

©  Marion Gay, Vincent Nouzille / Bakchich -

Joseph Crespo est en colère. Président de la fédération CFTC Métallurgie, il fulmine contre les soupçons de corruption qui empoisonnent le climat syndical depuis le début de l’affaire des « caisses noires » de son homologue patronal, l’UIMM, l’union des industries métallurgiques et minières, en septembre dernier. « On en a marre d’être traités de voyous ou de corrompus par plein de gens, alors que nous n’avons rien à nous reprocher » confie-t-il à Bakchich . Il est vrai que les principaux bénéficiaires des 21 millions d’euros de cash distribués par l’UIMM via son délégué général Denis Gautier-Sauvagnac (DGS) demeurent mystérieux (voir encadré). Et que la gestion discrétionnaire par l’UIMM de sa cagnotte secrète – 600 millions d’euros !- suscite bien des questions.

De l’argent versé par l’’UIMM aux syndicats

Mais, depuis le début de l’enquête judiciaire sur ces versements occultes, tout le monde évite de parler des relations financières, qu’elles soient licites ou pas, entre l’UIMM et les syndicats. Sujet tabou et silence radio. Jacques Voisin, le président de la CFTC a déclaré qu’il n’y avait pas de « système organisé » entre l’UIMM et son organisation. Dans un livre qui sort le 17 mai « l’argent noir des syndicats »  [ 1 ], l’UIMM se réfugie derrière l’enquête judiciaire en cours pour botter en touche sur le sujet. Mais Joseph Crespo évoque, lui, l’existence de subventions légales « qui posent en effet un problème d’indépendance » , sans donner plus de précisions.

Bakchich a voulu en savoir plus. Et Joseph Crespo a accepté de nous fournir des explications chiffrées, qui confirment l’existence de versements réguliers de l’UIMM à tous les syndicats (voir la vidéo ci-dessus).

270 000 euros par an pour la CFTC Métallurgie

De quoi s’agit-il ? De fonds versés – appelés dans le jargon syndical un « préciput » c’est-à-dire un prélèvement,- dans le cadre d’un accord sur la formation des syndicalistes signé entre l’UIMM et les syndicats de la branche, destinés officiellement à payer des stages. Le montant touché par la CFTC Métallos ? Un chèque signé par l’UIMM de 270 000 euros par an, ce qui représente 18% des ressources de la CFTC Métallos (1,4 million d’euros par an). « Nous recevons la même somme que les autres syndicats, plaide Joseph Crespo. C’est un accord signé, le versement est parfaitement légal et transparent dans notre unique compte bancaire localisé à la Bred » .

Et à quoi sert cet argent, dont l’UIMM ne contrôle pas l’usage final ? En vérité, les syndicats en font ce qu’ils veulent. « Nous organisons vraiment des stages de formation à la négociation pour nos militants » assure le président de la Fédé des Métallos. Plusieurs centaines de syndicalistes seraient concernés chaque année. « C’est nous qui faisons entièrement le programme, l’UIMM ne s’en occupe pas » tient à préciser Joseph Crespo. Il ajoute que la formation mobilise environ 80% des fonds versés par l’UIMM.  « Le reste permet de financer partiellement les 6 salariés de notre fédération » . Une manière de reconnaître que l’argent de l’UIMM sert aussi à faire vivre sa fédération de manière permanente…

Un quart des recettes viennent des adhérents

Joseph Crespo nous donne également d’autres précisions. Car l’UIMM n’est pas la seule à verser son obole. La fédération des services de l’automobile (concessionnaires, etc) finance également, à hauteur de 250 000 euros par an, la CFTC Métallurgie (comme tous les autres syndicats), dans le cadre d’un accord sur le paritarisme. Et six entreprises du secteur (dont EADS, Thalès, Safran, Renault) ont signé des accords de « droit syndical » avec la CFTC Métallurgie qui les conduit à verser chaque année 40 000 euros chacune à cette fédé. Soit 240 000 euros de rentrées supplémentaires. Sans compter des recettes annexes de publicité provenant de sociétés de prévoyance (Ionic, AG2R, etc) dans les revues syndicales.

Au total, les cotisations des 16 000 adhérents ne représentent que 25% des recettes de la fédé, qui totalisent 1,4 millions d’euros par an. « Le système est comme cela. C’est dommage, mais cela ne fait pas de nous des vendus » estime Joseph Crespo. Le président de la fédé CFTC Métallurgie, qui est, par ailleurs, candidat au poste de secrétaire général de la CFTC au congrès d’octobre prochain, est partisan d’une transparence totale et d’une réforme de la loi sur le financement des syndicats, en faveur d’un système de chèque syndical donné à chaque salarié. « Ce serait plus sain » admet-il.

« Pas de corruption de syndicalistes » a écrit DGS

Depuis qu’il a pris les rênes en 2000 de la fédération CFTC des Métallos, qui revendique 16 000 adhérents, Joseph Crespo, venu d’Eurocopter à Marignane, assure n’avoir rien vu d’anormal en provenance de l’UIMM, bien qu’il ait souvent rencontré Denis Gautier-Sauvagnac « Je suis tombé de l’armoire quand j’ai appris ces histoires de valises de l’UIMM , dit-il. Cela nous a choqués. Nous avons déploré l’absence d’explications claires sur la destination de l’argent, qui laisse planer des doutes sur les syndicats. » .

Le comité national de la fédération avait décidé, en novembre, de ne plus participer à aucune réunion de l’UIMM si DGS devait y participer. En réponse, DGS a affirmé par écrit, le 4 décembre 2007, à Joseph Crespo, qu’il « n’y a jamais eu à l’UIMM dans les années écoulées de corruption ou d’achat de signatures syndicales. La sincérité des accords passés dans la branche ne saurait donc être entachée » .

L’enquête judiciaire en cours permettra, peut-être, de confirmer, ou d’infirmer, cette assertion.

Lire ou relire dans Bakchich  :

jpg_argent-noir-des-syndicats-8213c-7e434 dans PARFUMS DE SCANDALES

Les syndicats sont-ils vendus ?

Si les petits arrangements financiers de l’UIMM ont été (en partie) mis au jour, ceux des syndicats censés défendre les salariés – comme la CGT – restent à ce jour encore tabous. Dans un livre, « L’argent noir des syndicats » (Fayard), un journaliste, (…)

© Marion Gay, Vincent Nouzille / Bakchich : Un syndicaliste CFTC : « Nous touchons de l’argent de l’UIMM, et alors ? »

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La Cour suprême des États-Unis autorise l’injection létale :3.260 détenus attendent leur exécution.

Posté par issopha le 17 avril 2008

La Cour suprême des États-Unis

autorise l’injection létale :

3.260 détenus attendent leur exécution

le 16 avril 2008


Amnesty International vient de recenser les condamnations à mort et les exécutions pour l’année 2007. Au moins 1.252 personnes ont été tuées dans 24 pays. Et au moins 3.300 personnes ont été condamnées à mort dans 51 pays. Le nombre total de personnes actuellement sous le coup d’une sentence capitale dans le monde avoisinerait les 27.000.

Les partisans de la peine de mort, aux États-Unis, pays de la piété, de la prière, de la compassion et de la justice divine, sont toujours majoritaires parmi la population américaine, se situant aux alentours de 60 à 65 %. La peine capitale est en vigueur dans 37 États sur 50. Ceux où elle est le plus souvent appliquée sont le Texas (405 exécutions depuis 1976) et la Virginie (98). Il y aurait à ce jour plus de 3.260 détenus dans les couloirs de la mort aux États-Unis en attente de leur exécution. Depuis 1976, selon le Centre d’information sur la peine de mort (de tendance abolitionniste), 929 condamnés ont été exécutés par injection létale, 154 par électrocution, 11 dans des chambres à gaz, trois par pendaison et deux par un peloton d’exécution.

Seul le Nebraska a encore recours à la chaise électrique. Les autres États qui appliquent la peine de mort ont recours pour ce faire à l’injection qui consiste en l’administration de trois produits : (le sodium de thiopental qui provoque une perte de connaissance et, à forte dose, un arrêt respiratoire ; le bromure de pancuronium qui entraîne une paralysie musculaire ; et le chlorure de potassium qui conduit à un arrêt cardiaque), autrement dit, le premier endort le condamné, le deuxième paralyse ses muscles, le troisième arrête son cœur. Ce qui peut laisser apparaître comme étant une mort paisible, dans un processus expiatoire, ne l’est pas du tout comme le démontrent plusieurs études scientifiques : si le premier produit est mal administré, les deux suivants sont extrêmement douloureux.

En septembre 2007, Ralph Baze et Thomas Bowling, deux condamnés du Kentucky, ont estimé que cette méthode d’exécution par injection mortelle était contraire à la Constitution. Ils ont déposé des recours devant la justice faisant valoir que ce risque de souffrances s’apparentait aux « châtiments cruels et inhabituels » interdits par la Constitution américaine. Les avocats des plaignants ont plaidé devant la Cour suprême le fait que l’évolution des méthodes d’exécution aux États-Unis, des pendaisons du XIXe siècle à la chaise électrique ou l’utilisation de gaz mortels, reflète une quête constante de mises à mort « plus humaines » mais que, au final, chacune de ces nouvelles méthodes s’est révélée beaucoup « moins humaine » que prévu.

Les adversaires de la peine de mort font valoir que le condamné peut subir une douleur intolérable sans avoir les moyens de crier si on lui administre une dose trop faible d’anesthésiant. L’argument en cause est que si l’anesthésique ne marche pas, les deux autres produits peuvent provoquer une douleur insoutenable, sans que le détenu, paralysé, puisse le faire savoir. En Floride et en Californie, certains condamnés ont mis jusqu’à une demi-heure à mourir. Pour ne pas être contraire au huitième amendement, l’injection létale doit être instantanée, indolore et non-prolongée. Or, certains condamnés à mort, exécutés par injection létale aux États-Unis, étaient conscients pendant leur exécution et ont enduré souffrances et torture, faute d’anesthésie suffisante, d’après une étude publiée dans la revue médicale britannique The Lancet parue en avril 2005.

Les plaignants, Ralph Baze et Thomas Bowling, ne demandaient pas un sursis ni une autre méthode mais souhaitaient recevoir une seule injection, de barbituriques, ou lieu de trois. Au minimum, arguaient-ils, l’État devrait être obligé d’imposer des contrôles plus stricts sur les exécutions par triple injection afin d’assurer que l’anesthésique est administré correctement.

Les honorables juges devaient décider si l’injection létale est constitutionnelle ou pas. Ils ont rendu leur verdict : « Les plaignants n’ont pas prouvé que le risque de souffrance liée à une mauvaise administration d’un protocole d’injection mortelle qu’ils reconnaissent humain, de même que le refus d’adopter des alternatives dont l’efficacité n’a pas été démontrée, constitue un châtiment cruel et inhabituel interdit par le texte fondateur », écrit le président de la Cour, le juge John Roberts. Sur l’administration d’une dose unique, demandée par les deux plaignants condamnés à mort, le juge Roberts considère que l’injection unique, fréquemment utilisée pour euthanasier les animaux, « présente des problèmes propres et n’a jamais été testée dans un seul État ».

Un fait qu’il faut préciser : ce jugement de la Cour suprême ne porte pas sur la constitutionnalité de la peine de mort. Bien qu’il en approuve le verdict et le raisonnement juridique, le président de la Cour, le juge John Roberts a confié être convaincu, à titre personnel, que la peine capitale, en elle-même, était inconstitutionnelle.

Cette décision n’a recueilli que trois voix contre deux mais quatre juges se sont soumis à l’avis majoritaire. Et cette majorité de la Cour suprême autorise en conséquence la reprise des exécutions, suspendues depuis plus de six mois dans le pays. Pour les deux juges de la minorité, Ruth Ginsburg et David Souter, ce risque ne peut pas être pris à la légère, et les États doivent appliquer « des garanties de base » pour s’assurer que le condamné est bien inconscient avant que les deux derniers poisons soient injectés.

La méthode de l’injection mortelle est conforme à la Constitution. Cette décision ne s’applique directement qu’au Kentucky. Mais le gouverneur Timothy Kaine, de la Virginie, a aussitôt levé le moratoire, imposé le 1er avril dernier, quand il avait sursis à l’exécution du condamné à mort Edward Nathaniel Bell. Cette exécution avait été reportée du 8 avril au 24 juillet. La cour suprême avait également sursis à une autre exécution en octobre.

Selon Le Monde, les juridictions des autres États doivent maintenant définir si cette décision s’applique sur leur territoire. Certaines validations pourraient traîner des années, mais d’autres devraient intervenir très rapidement, notamment dans les États du Sud comme le Texas, l’Oklahoma ou l’Alabama. En effet, si un plaignant se voit refuser une méthode alternative, et s’il est prouvé qu’elle est moins douloureuse, si un État refuse d’employer une méthode alternative qui entraînerait une baisse importante du risque de douleur, rien n’interdirait aux avocats de ce condamné ou de ces condamnés à engager d’autres recours contre l’injection létale.

Terminons avec un cas vécu. En Californie, le juge fédéral Jeremy Fogel avait demandé à la direction de la prison de San Quentin (Californie), le 15 février 2006, de modifier, pour les rendre moins douloureuses, les injections mortelles utilisées pour l’exécution des condamnés à mort de cet État. Selon ce juge, cela était arrivé pour 6 des 13 personnes exécutées dans cet État. Le juge avait refusé de suspendre l’exécution de Michael Morales, le 21 février, condamné à mort pour le viol et le meurtre d’une jeune fille de 17 ans en 1981, à la prison de San Quentin. Face à cette obligation, l’État choisit, dans un premier temps, de faire appel à deux anesthésistes anonymes : l’un dans la chambre d’exécution devant constater la perte de conscience du détenu lors de la première injection, l’autre en dehors pour aider à la mise à mort de Morales.

D’accord dans un premier temps, les deux anesthésistes réquisitionnés pour l’exécution de Morales, ont par la suite fait valoir leur droit de retrait pour des raisons d’éthique. Ils craignaient, en effet, d’avoir à intervenir pour abréger les souffrances de Morales.

Devant cette demande de retrait des anesthésistes, les responsables de la prison décident de reprogrammer l’exécution pour le soir, le temps pour eux d’envisager une méthode différente : une dose unique et massive de barbituriques. Cette décision est approuvée par le juge Jeremy Fogel mais conditionnée à sa mise en œuvre par du personnel médical licencié de l’État : médecin, infirmier, dentiste. Personne n’a accepté d’assumer cette fonction.

Même si un certain nombre de médecins acceptent encore de pratiquer l’injection létale sur les condamnés au nom d’un « devoir envers la société », ils se limitent à déclarer le décès ou exceptionnellement à insérer le cathéter dans les veines. Aucun professionnel de la médecine ne semble accepter aujourd’hui d’intervenir activement dans le processus de mise à mort en Californie au nom de raisons éthiques.

L’an dernier, 42 personnes ont été exécutées aux États-Unis où plus de 3.300 condamnés attendaient dans les couloirs de la mort. La voie est maintenant libre. Mince consolation pour les États-Unis : la Chine est le pays, selon Amnistie Internationale, qui a le plus recours à la peine capitale. Elle procède en moyenne à 22 exécutions par jour. Il faut souligner que les autorités chinoises ne communiquent pas de chiffres. Selon l’organisme, le nombre réel d’exécutions approcherait plutôt les 8.000 par an. La Chine passe donc en tête des pays faisant usage de la peine de mort.

Jacques Beauchamp, journaliste à la Société Radio-Canada, a rencontré l’un des condamnés qui ont porté la cause de l’injection létale jusqu’en Cour suprême des États-Unis. Une entrevue qui vaut le déplacement : Radio-Canada – Première chaîne – Desautels – sommaire du 16 avril 2008

Sources : AFP, Amnistie internationale, Le Monde, Presse canadienne

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La marchandisation de l’eau s’accélère : la nouvelle offensive du « biocapital »

Posté par issopha le 6 avril 2008

La valise diplomatique

mercredi 19 mars 2008

La marchandisation de l’eau s’accélère

La communauté internationale célèbre le 20 mars 2008 (1), sous l’égide de l’ONU, la 15ème « Journée mondiale de l’eau ». L’absence d’accès à l’eau affecte 1,1 milliard d’êtres humains ; l’absence de moyens sanitaires de base touche 2,6 milliards de personnes. Paradoxalement, alors que les premières étapes de la marchandisation de ce bien commun ont suscité de fortes mobilisations populaires sur les cinq continents, le mouvement mondial de libéralisation des marchés de l’eau, initié dans les années 1980, semble s’accélérer.

La « libéralisation » des marchés de l’eau s’est au départ fortement inspirée du « modèle français » : le partenariat-public-privé (PPP). Un dogme s’affirmait avec force : la puissance publique est défaillante ; le recours au secteur privé est indispensable ; la bonne gouvernance repose sur le trépied de fer — dérégulation, décentralisation, privatisation ; les services de l’eau ont un coût, qui doit être payé intégralement par les usagers.

Dans ce cadre, les signatures de contrats avec des grandes métropoles du Sud se succèdent à un rythme impressionnant. Mais les conflits surgissent dès la moitié des années 1990, quand les opérateurs privés entendent faire payer des usagers fraîchement raccordés, qui n’ont ni la culture du paiement d’un bien jusqu’alors largement subsidié par la puissance publique, ni, le plus souvent, les moyens de payer. De nombreuses luttes se succèdent sur les cinq continents. La tenue des premiers grands forums altermondialistes publicise le thème du refus de la « marchandisation » de l’eau.

Le discours évolue à l’aube des années 2000, le sustainable cost recovery (recouvrement soutenable des coûts) succède au full cost recovery (recouvrement intégral). Place à l’ingénierie sociale et politique. Les engagements largement médiatisés de la communauté internationale se succèdent lors de la tenue de forums qui s’enchaînent à un rythme soutenu. Sommet du Millénaire pour le développement à New York en 2000, Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 (« La maison brûle et nous regardons ailleurs », y proclamera le président de la République française, M. Jacques Chirac…), Troisième Forum mondial de l’eau à Kyoto en 2003. Le rapport du « panel » Camdessus publié en juin 2003 martèle que l’engagement financier pour fournir de l’eau à tous à l’horizon 2025 doit atteindre la somme phénoménale de 180 milliards de dollars par an. Il appelle à une plus grande implication des acteurs locaux : collectivités, communautés de base, ONG…, au nom de l’« empowerment ». Qui consiste à conférer un réel pouvoir de décision à la société civile. Conjointement, on envisage de nouveaux crédits consentis par les institutions financières internationales (IFI). De nouvelles normes d’organisation ou de gestion sont mises en avant, impliquant de façon croissante des acteurs extra-étatiques, privés ou associatifs, dans des dispositifs de plus en plus décentralisés.

Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Le PPP apparaît pour ce qu’il est en réalité : une branche industrielle prestataire de services dont la gestion échappe à la sanction du marché. Aujourd’hui 7 % à 8 % des marchés de l’eau et de l’assainissement ont été libéralisés dans le monde, avec des fortunes diverses. La cartographie mondiale du marché laisse apparaître une grande hétérogénéité. Globalement non solvable, l’Afrique n’enregistre que quelques contrats, dûment garantis par de l’argent public, dans quelques métropoles de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. L’eldorado sud-américain a réservé de cinglantes déconvenues aux opérateurs privés qui l’abandonnent dans la confusion. Ils se recentrent sur l’Europe où émergent les marchés considérables de la dépollution d’une ressource sans cesse plus dégradée. Les contrats mirobolants signés en Chine par Veolia, souvent pour des durées de 50 ans, et des dizaines de milliards de dollars, le sont dans une configuration politique pour le moins hypothétique. Quid de la Chine en 2050 ?

Parmi les marchés en pleine expansion, on trouve l’externalisation du traitement des eaux usées industrielles. Suez-Ondeo détient un portefeuille de 50 000 contrats de ce type. Autre marché émergent, promis à un développement fulgurant, le dessalement de l’eau de mer. Ou encore, celui de la réutilisation des eaux usées pour l’industrie et l’agriculture. Et un nouveau Far-East, déjà à peu près totalement conquis : les ex-démocraties populaires de l’Europe de l’est. Un marché potentiel de 100 millions de clients, qui auront recouvré, à horizon de 20 ans, un niveau de vie équivalent à celui de l’Europe occidentale. Des infrastructures, certes anciennes, mais qui ont le mérite d’exister. Des financements communautaires pré et post adhésion, qui ont tout de la fontaine miraculeuse. Et — last but not least — un personnel politique majoritairement constitué d’ex-apparatchiks fermement résolus à céder aux sirènes de l’ultralibéralisme le plus débridé…

Mais, en dépit des engagements répétés de la communauté internationale, l’argent promis pour l’eau fait défaut. La manne n’est pas aussi importante que prévu. Rétrospectivement, nombre d’analystes stigmatisent l’ivresse de l’euphorie économique de la fin des années 1990, qui, à l’image de la bulle Internet, aurait précipité la course à la croissance mondiale des majors de l’eau. Plusieurs initiatives se sont révélées catastrophiques dans des pays confrontés à des crises monétaires, comme en Argentine, et ont conduit les majors à se retirer de nombreux projets trop risqués. Un paradoxe pour les apôtres de la liberté d’entreprendre et de la « prise de risques »… Les déclarations des apologistes de la libéralisation des « marchés » de l’eau lors du 4ème Forum mondial de l’eau, à Mexico, du 16 au 22 mars 2006, tranchaient dès lors singulièrement avec les discours martelés depuis une dizaine d’années. Ils y proclamaient unanimement que ce sont bien la puissance publique, et l’argent public, qui doivent procéder aux investissements qui doivent impérativement être déployés pour promouvoir l’eau et l’assainissement pour tous. Manière de garder la main, quand de nouvelles coalitions regroupant services publics et militants de l’eau s’organisent afin de promouvoir de nouveaux « partenariats-public-public », Nord-Sud et Sud-Sud dans le monde entier.

Changement climatique et crise écologique

Le changement climatique, qui affecte les modèles météorologiques, les précipitations et le cycle hydrologique, et par conséquence la disponibilité des eaux de surface, l’humidité des sols et l’alimentation des nappes souterraines, pourrait provoquer une augmentation de l’ampleur et de la fréquence des catastrophes naturelles liées aux précipitations : inondations, sécheresses, glissements de terrain, ouragans et cyclones. Et, en conséquence, provoquer de grandes vagues de « réfugiés environnementaux ». Si les prévisions actuelles se confirment, avec un climat plus irrégulier dans les années à venir, le rendement des cultures serait menacé tant dans les pays développés que dans les pays en développement, et près de 3 milliards de personnes seraient exposées à des pénuries d’eau.

Dans de vastes régions de l’Europe de l’Est, de la Russie occidentale, du centre du Canada et en Californie, les débits de pointe des cours d’eau sont désormais enregistrés en hiver, car la proportion des pluies par rapport à la neige y est plus importante, et les eaux de ruissellement atteignent les rivières plus rapidement. Dans les bassins du Niger, du lac Tchad et du Sénégal, qui font partie des bassins versants les plus grands d’Afrique, la quantité totale d’eau disponible a déjà baissé de 40 % à 60 %.

Si des changements radicaux du cycle de l’eau se généralisent, les tendances observées par le passé ne peuvent plus fournir de modèles fiables pour prévoir la gestion de la ressource en eau dans le futur. De nouveaux modèles devront être mis en œuvre pour anticiper les inondations et les sécheresses, déterminer la taille des réserves d’eau et décider de l’allocation de la ressource entre les usages domestiques, industriels et agricoles. Les implications en sont très lourdes, si l’on considère que l’investissement mondial annuel dans l’infrastructure de l’eau représente 500 milliards de dollars, et que celui-ci est réalisé en fonction de l’hypothèse, déjà dépassée, selon laquelle le cycle de l’eau oscillerait dans les limites relativement étroites constatées dans le passé.

Fuite en avant technologique

Pour répondre au défi de l’épuisement des ressources, à défaut de remettre en cause des modèles de développement générateurs de prélèvements excessifs, de gaspillage et de pollution, la tentation est grande d’une fuite en avant technologique lourde de risques, et génératrice de nouvelles inégalités.

Plus d’un tiers des terres du globe arides ou semi-arides manquent d’eau. Les perspectives d’évolution démographique permettent d’augurer qu’en 2050 près de 40 % de la population du globe souffrira de stress hydrique, entrave majeure à toute perspective de développement. Avec pour conséquences l’absence de sécurité alimentaire, des pertes économiques, une pollution sans cesse accrue et de possibles conflits.

Face à ces défis émerge depuis quelques années l’idée de déployer une nouvelle « gestion raisonnée » de la ressource, s’appuyant sur des réponses technologiques innovantes. Les projets de transferts d’eau massifs, à l’échelle d’un pays ou d’un sous-continent, en Libye, au Canada ou en Espagne, le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées pour des usages agricoles, industriels, voire pour l’alimentation humaine, comme la mobilisation de nouvelles ressources par le biais de la réalimentation artificielle des nappes phréatiques, sont désormais fortement promus comme autant de réponses pertinentes à la crise de l’eau.

Le dessalement permettrait ainsi un accès illimité à la ressource. Sachant que 40 % de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres de la mer et, que sur 70 villes de plus de 1 million d’habitants sans accès direct à des ressources supplémentaires en eau douce, 42 sont situées sur la côte, le dessalement par osmose inverse est ainsi présenté comme une solution compatible à l’avenir avec des énergies renouvelables, telles que les éoliennes.

Nécessitant un fort apport d’énergie, ces technologies ne sont aujourd’hui mobilisables que par les émirats du Golfe, l’Australie, l’Espagne, l’Algérie, la Chine, ou les Etats-Unis. Mais on compte déjà dans le monde près de 15 000 unités de dessalement, et la capacité de production pourrait être multipliée par deux dans les dix prochaines années. Reste la facture environnementale de cette nouvelle technologie : pour produire un litre d’eau dessalée, on rejette à la mer un litre de saumure, qui affecte l’équilibre des milieux aquatiques.

De même, le constat qu’aujourd’hui, dans le monde, 165 milliards de mètres cubes d’eaux usées sont collectées et traitées dans des stations d’épuration avant d’être rejetées dans le milieu naturel, conduit à la proposition d’utiliser cette eau comme ressource alternative. Le développement de technologies de pointe, notamment la mise en œuvre de procédés utilisant des membranes d’ultrafiltration, permettrait de mettre à disposition une eau traitée, dont la qualité rendrait possible leur réutilisation à des fins agricoles et industrielles, ou pour les loisirs, qui consomment de plus en plus d’eau dans les pays développés. Procédé qui réduirait d’autant les prélèvements directs dans la ressource, la réservant à la consommation humaine.

Les entreprises qui maîtrisent ces technologies affirment qu’on sait aujourd’hui produire une eau totalement potable à partir d’eaux usées et qu’il serait possible de fonctionner quasiment en circuit fermé pour faire face à une demande croissante. De plus, cette technologie est moins onéreuse que le dessalement. Les habitants de Singapour et la capitale de la Namibie boivent déjà en partie de l’eau recyclée. En Australie, les autorités ont été contraintes de demander l’avis de la population par referendum avant de recourir à l’eau recyclée.

Ce vertige technologique semble repousser toute limite. M. Mark Shannon, directeur du Centre de matériaux avancés pour la purification de l’eau à l’université de l’Illinois, aux Etats-Unis, déclarait ainsi à l’Agence France Presse le 18 mars 2008 que : « L’eau, même douce, doit encore être décontaminée, car il y a de nombreux composants toxiques dans l’eau en petites quantités, mais les traitements chimiques sont très coûteux et posent des problèmes. » Et d’indiquer que le recours à des matières nanostructurées, dont les particules ont une taille de quelques millionièmes de millimètre, ainsi qu’aux rayons ultra-violets pour transformer et lier les substances toxiques, permettraient à l’avenir d’améliorer les traitements de l’eau…

L’ensemble de ces innovations expriment aussi des choix politiques, environnementaux, qui devraient susciter un large débat, aujourd’hui inexistant. Car c’est bien la dégradation accélérée de la ressource qui légitime cette nouvelle approche de la question de l’eau. Avec pour perspective un risque croissant d’appropriation marchande de la ressource elle-même, et de tous les services qui garantissent son usage le plus efficient, pour les besoins énergétiques, industriels, agricoles, et bien sur humains.

Un nouveau facteur accroît les tensions sur la disponibilité de la ressource et sa qualité. Dans la perspective de l’« après-pétrole », les Etats-Unis, l’Europe et plusieurs pays émergents se fixent pour objectif l’utilisation croissante de carburants issus de produits agricoles pour les transports routiers. Redessinant la carte de l’agriculture mondiale, bouleversant le paysage des productions et des échanges commerciaux, agricoles et énergétiques, cette « nouvelle économie » va à son tour peser sur l’allocation des ressources en eau, et contribuer à la dégradation de leur qualité.

Nouvelles inégalités

La nouvelle régulation des besoins pourrait donc à l’avenir reposer sur le déploiement de ces nouvelles technologies, qui n’emportent malheureusement aucune remise en cause des pratiques énergétiques, agricoles, industrielles, économiques, qui sont au fondement de la dégradation accélérée, sur toute la planète, des ressources en eau.

Comment par ailleurs imaginer que les milliards d’êtres humains qui survivent avec moins d’un dollar par jour pourront demain bénéficier des bienfaits du dessalement de l’eau de mer ou de la réutilisation des eaux usées ? Déjà dans nombre de pays pauvres l’alimentation sous forme d’eaux embouteillées est ouvertement privilégiée, et bénéficie aux seules élites qui peuvent en faire l’acquisition, au détriment de l’accès à l’eau pour les populations défavorisées.

Le déploiement industriel de cette nouvelle « gestion raisonnée » à l’échelle planétaire repose sur l’imposition massive de nouveaux process et de nouvelles technologies, notamment les technologies « membranaires » (ultra et nano-filtration, osmose inverse), protégées par des normes et des brevets qui garantissent la captation de rente par les firmes transnationales. Lesquelles se substitueraient, avec l’appui des institutions financières internationales et des pays du Nord, aux pratiques traditionnelles de gestion de l’eau, héritage de l’histoire, que possèdent et maîtrisent les communautés humaines des pays pauvres.

Marc Laimé

(1) Avec deux jours d’avance sur la date officielle, pour cause de week-end pascal.

 

 

Carnets d’eau

Carnets du Diplo

7 avril 2007

Marchandisation de l’eau :

la nouvelle offensive du « biocapital »

par Marc Laimé

Après l’échec relatif de la première phase de libéralisation forcée des « marchés de l’eau », initiée dans les années 1980 par les institutions financières internationales et les entreprises transnationales du secteur, symbolisée par la signature de dizaines de contrats de « Partenariat-Public-Privé », une seconde offensive est en cours. Elle vise cette fois, sur fond de dérèglement climatique, de dégradation croissante des ressources en eau, de pénuries et de surconsommation, l’appropriation marchande de la ressource elle-même et de sa gestion. Ces perspectives d’exploitation du risque écologique planétaire signent l’émergence d’un nouveau « biocapital ».


La première étape du projet de marchandisation de l’eau a été initiée à l’orée des années 80 par une coalition regroupant les dominants actuels de la planète : les gouvernements du monde développé, les gouvernements du second et du troisième monde qui leur sont inféodés, les institutions financières internationales (IFI) et les entreprises transnationales du secteur, notamment françaises.

Affirmant que la gestion publique de l’eau au bénéfice de tous les habitants de la planète, traditionnellement mise en œuvre par des collectivités locales et diverses autorités dépendant des états nationaux, avait failli et était totalement inopérante, plutôt que de travailler à renforcer ces interventions, en lien avec les usagers des services publics, ils ont dès lors affirmé que seul le marché, le secteur privé, pouvaient apporter des solutions efficaces, marchandes, sous forme de services dont tous les bénéficiaires devaient acquitter l’intégralité du recouvrement des coûts (« full cost recovery »).

Un dogme en ligne avec le « consensus de Washington », dessinant le trépied de fer d’une libéralisation sans limites : le recours au secteur privé est indispensable et la « bonne gouvernance » exige dérégulation, décentralisation et privatisation.

Cette violente offensive néo-libérale, qui confie à la « main invisible du marché » la régulation de l’ensemble des activités humaines, s’est incarnée dans une première étape par la signature de dizaines de contrats de Partenariat-Public-Privé (PPP) sur les cinq continents, et plus particulièrement dans les mégalopoles du second et du troisième monde.

Quelques années plus tard l’échec de cette première phase de libéralisation est patent.

Sur les cinq continents les collectivités humaines frappées de plein fouet par les effets de cette logique marchande qui monétarise l’accès à un droit humain fondamental se sont organisées et ont combattu cette offensive violente des dominants actuels de la planète.

Les transnationales et les institutions financières internationales ont commencé à battre en retraite, en Amérique du Sud, en Afrique, dans le Sud-Est asiatique, voire aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne.

Nous vivons depuis peu une période transitoire.

L’offensive d’un nouveau biocapital Retour à la table des matières

Loin de reconnaître leur échec, qu’ils imputent aux « défauts de gouvernance » ou à une posture « idéologique » anti-libérale affichée par les gouvernements des pays qui ont rompu nombre de ces contrats, les apologistes du marché ont formulé une nouvelle doctrine.

Ils ont observé attentivement les lignes de force, les valeurs, les modes d’organisation des communautés humaines qu’ils affrontent et ne sont pas parvenus à soumettre.

Et s’apprêtent aujourd’hui à lancer une seconde offensive, tout aussi brutale mais plus insidieuse. Elle a en fait déjà débuté.

Cette fois c’est la dégradation accélérée des ressources en eau sur toute la planète, sur fond d’absence persistante de réponse au défi majeur du 21ème siècle, l’accès à l’eau pour tous, pour lequel la communauté internationale multiplie pourtant en apparence les engagements, à travers par exemple les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), qui légitime cette seconde offensive.

L’objectif prioritaire n’est plus désormais d’intervenir comme prestataire de services, sous forme de Partenariats-Public-Privés pour le compte des autorités locales ou des structures étatiques responsables de la gestion de l’eau.

L’enjeu désormais réside dans l’appropriation de la ressource elle-même, et de tous les services qui garantissent son usage le plus efficient, pour les besoins énergétiques, industriels, agricoles, et bien sur humains.

Le réchauffement climatique, les sécheresses, les inondations, les pressions excessives sur des ressources qui ne peuvent se renouveler et garantir la pérennité du cycle de l’eau, l’urbanisation galopante et son lot de pollutions qui vont sans cesse croissant, sur fond de libéralisation sans fin des marchés des biens et des services, des échanges agricoles, de l’énergie, restructurent en profondeur l’économie mondiale…

Afin d’assurer leur emprise sur l’ensemble des activités hydriques, c’est donc désormais la ressource elle-même, et tous les services qui autorisent ses différents usages qui sont la cible de cette seconde offensive.

Technologies innovantes Retour à la table des matières

Quelle que soit l’étape du cycle hydrologique naturel que l’on observe c’est une démarche systématique de marchandisation qui est désormais à l’œuvre, sous forme de régulation des besoins par la seule loi de l’offre et de la demande.

Le tout sans aucune remise en cause des pratiques énergétiques, agricoles, industrielles, économiques, qui sont au fondement de la dégradation accélérée, sur toute la planète, de cette ressource essentielle.

Si l’on considère que des régions entières du monde sont menacées, et par une absence criante d’infrastructures, et par un usage immodéré de la ressource, la nouvelle réponse du marché va s’incarner par la mise en œuvre de technologies de plus en sophistiquées et dispendieuses.

Dessalement de l’eau de mer, ré-utilisation des eaux usées pour des usages agricoles, industriels et de loisirs (« re-use »), recharge artificielle de nappes phréatiques, création de réserves, transferts d’eau massifs, constitution de marchés de l’eau…

Dans certains pays l’alimentation sous forme d’eaux embouteillées sera privilégiée et bénéficiera aux seules élites qui peuvent en faire l’acquisition, au détriment de l’accès à l’eau pour les populations défavorisées.

La montée en puissance du concept « d’eau virtuelle » vise par ailleurs à légitimer l’échange inégal dans le domaine de la production agricole, au détriment de la souveraineté alimentaire des pays pauvres.

La garantie du succès de cette offensive repose sur l’imposition massive de nouveaux « process » et de nouvelles technologies, notamment les technologies « membranaires » (ultra et nano-filtration, osmose inverse), protégés par des normes et des brevets, normes élaborées par les acteurs industriels dominants du marché, et brevets qui garantissent la captation de rente sur les procédés développés par les transnationales des pays développés.

Qui se substitueraient, avec l’appui sans faille des institutions financières internationales et des pays du Nord, aux pratiques traditionnelles de gestion de l’eau, héritage de l’histoire, que possèdent et maîtrisent les communautés humaines du second et du troisième monde.

C’est donc l’organisation même de la gestion de l’eau, tous les services qui y sont associés, qui sont désormais visés par le biais d’une captation massive de la recherche-développement, de la normalisation, des brevets, des technologies innovantes…

Dès lors les tenants d’une libéralisation sans limite de la gestion de l’eau apparaissent bien davantage sous l’angle de véritables opérateurs des politiques publiques de l’eau et de l’assainissement que sous celui de prestataires de services.

Depuis peu, un nouveau facteur va de surcroît accroître les tensions sur la disponibilité de la ressource et sa qualité. Dans la perspective de « l’après-pétrole », les Etats-unis, l’Europe et plusieurs pays émergents se fixent pour objectif l’utilisation croissante de carburants issus de produits agricoles pour les transports routiers. Redessinant la carte de l’agriculture mondiale, bouleversant le paysage des productions et des échanges commerciaux, agricoles et énergétiques, cette « nouvelle économie » va à son tour peser sur l’allocation des ressources en eau, et contribuer à la dégradation de leur qualité.

Les menaces dont est porteuse cette seconde offensive sont sans commune mesure avec celles de la première étape de la libéralisation des marchés de l’eau initiée à l’orée des années 80 du siècle dernier.

Les transnationales françaises créent un nouveau « biocapital » Retour à la table des matières

La nouvelle « Charte d’engagements pour une gestion durable de l’eau », que l’entreprise Suez-Lyonnaise des eaux publie largement dans la presse française depuis le début de l’année 2007 affiche ainsi clairement les nouvelles priorités stratégiques de l’entreprise :

- prévenir la pollution de la ressource en eau ;

- garantir l’alimentation en eau en période de sécheresse ;

- lutter contre le gaspillage ;

- rendre à la nature une eau plus propre ;

- promouvoir la boisson eau du robinet ;

- participer aux plans climats des collectivités locales ;

- aider les plus démunis à payer leur facture d’eau ;

- faciliter l’intégration dans l’emploi ;

- valoriser les hommes et les femmes du service de l’eau ;

- sensibiliser les jeunes et les moins jeunes générations à la gestion durable de l’eau ;

- renforcer le contrat de confiance avec nos clients ;

- contribuer au débat démocratique sur l’eau. »

Dans le même registre l’Institut Veolia Environnement (France), le Centre Pew sur les changements climatiques globaux (États-Unis) et la Table ronde nationale sur l’environnement et l’économie (Canada) organisent la conférence Climat 2050 qui aura lieu au Palais des Congrès de Montréal du 24 au 26 octobre 2007.

Cette conférence « explorera les possibilités technologiques et les politiques innovantes qui mèneront à des résultats concrets en termes de lutte contre les changements climatiques au cours des 50 prochaines années. »

Ses objectifs sont sans équivoque :

« Partout dans le monde, des pays et des entreprises mettent en œuvre un large éventail de stratégies visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) tout en maintenant ou en renforçant la croissance économique. De nombreux gouvernements établissent aussi des objectifs à plus long terme afin de procéder à des réductions encore plus importantes au cours des prochaines décennies. Atteindre ces objectifs nécessitera des avancées technologiques radicales soutenues par des politiques gouvernementales efficaces ainsi que par le leadership du secteur privé.

(…) Organisée en sessions axées sur des secteurs clés, la conférence mettra en lumière le potentiel et les insuffisances de la technologie, les mesures novatrices du secteur public et du secteur privé, ainsi que les besoins cruciaux en matière de politiques.

(…) Grâce à cette combinaison de perspectives sectorielles et transversales, la conférence contribuera à identifier les approches et les actions concrètes devant être impérativement mises en œuvre dès à présent et jusqu’en 2050 tant sur le plan des technologies que des politiques.

(…) Le programme de la conférence sera conçu de manière à établir des liens entre la recherche, les affaires et les politiques, dans le but de définir des solutions aux différents défis sectoriels et régionaux en ce qui a trait aux changements climatiques. »

Nouveaux instruments financiers Retour à la table des matières

A ce stade on note aussi la multiplication de nouveaux instruments financiers, les « Private Equity Funds », fonds d’investissement privés dont l’intervention massive se justifie par l’échec du modèle d’intervention financier initial, qui était lié au modèle de l’opérateur privé, financé sur fonds publics dans le cadre de PPP.

Ces « Private Equity Funds » assurent ainsi la croissance, à l’image d’Internet, de véritables « start-ups » technologiques, qui développent, entre mille exemples, un sel qui, massivement épandu à la surface d’une retenue d’eau, va réduire de 30% le processus d’évaporation. Ce qui va permettre dans ce cas de figure de maximiser l’usage de la ressource pour l’irrigation agricole…

Cette refonte du modèle initial de la libéralisation du marché de l’eau est apparue clairement au dernier Forum mondial de l’eau de Mexico en mars 2006, lors duquel les opérateurs privés et les IFI qui les soutiennent ont clamé que c’était à la puissance publique d’assurer le financement et le « monitoring » de la gestion de l’eau, dont ils ne se présentent plus désormais que comme de modestes opérateurs, intervenant dans le cadre de « concessions light ».

L’importance nouvelle apportée à l’assainissement, et non plus seulement à l’accès à l’eau, confirme et conforte ce virage stratégique.

En témoignent les deux thèmes majeurs retenus par les protagonistes de la réunion de préparation du prochain Sommet mondial de l’eau qui doit se tenir à Istanbul en 2009, réunion tenue en mars 2007, sous l’égide du « Partenariat français sur l’eau », dont les transnationales françaises sont les chefs de file.

Le premier d’entre eux est intitulé « eau et changement climatique » : sécheresses, inondations, gestion intégrée de la ressource en eau (GIRE), protection de la ressource,

Le second « eau et sécurité » : santé, assainissement, écosystèmes.

A quoi il faut ajouter d’autres thèmes moins prioritaires, comme « eau et agriculture » ciblant les responsables religieux et les jeunes, ainsi que « grands barrages » et « gestion transfrontalière ».

Patriotisme biocapitalistique Retour à la table des matières

La France, dont les entreprises Veolia et Suez sont devenues les leaders mondiales des services de l’eau et de l’assainissement, a par ailleurs adopté le 20 décembre 2006 une nouvelle loi sur l’eau qui incarne, jusqu’à la caricature, cette nouvelle offensive d’appropriation marchande de la gestion de l’eau. Cette loi démantèle en effet des pans entiers de l’action publique dans le secteur de l’eau et de l’assainissement afin d’ouvrir de nouveaux marchés aux entreprises dominantes du secteur.

Dans un autre registre, l’intense lobbying qui vise à promouvoir les concepts de « coopération décentralisée » en faveur des pays du Sud, coopération financée par un prélèvement autoritaire sur la facture d’eau des usagers, dont la version française s’incarne dans la loi « Oudin-Santini », a pour objectif stratégique de conférer aux transnationales l’image d’acteurs fortement impliqués dans des démarches humanitaires auxquelles adhèrent gouvernements, services publics et société civile des pays développés.

Dans le cas français cette dynamique revêt l’allure d’une véritable caricature, avec la création, financée par le ministère de l’Ecologie et du développement durable (MEDD), le ministère des Affaires étrangères (MAE) et l’Agence française de développement (AFD) d’une « Coalition française des ONG », qui s’inscrit dans la stratégie portée par les acteurs du « Partenariat français pour l’eau », dont les transnationales françaises du secteur sont les chefs de file.

Si cette nouvelle offensive massive, puissamment relayée en France et à l’échelle internationale par tous les tenants de ce biocapital en émergence atteint ses objectifs, ceux d’une mainmise graduelle sur la ressource en eau elle-même, ses effets seront sans commune mesure avec ceux de la première phase de libéralisation des « marchés de l’eau » initiée à l’orée des années 80 du siècle dernier.

Note 1 :

Le directeur général de Suez environnement, M. Jean-Louis Chaussade, a publié le 4 avril 2007 dans le quotidien économique français La Tribune un « point de vue » confirmant… au mot près, les perspectives évoquées ci-dessus.

La Tribune, 4 avril 2007.

« Le point de vue de… Jean-Louis Chaussade (*)

(*) Directeur général Suez Environnement.

« La pénurie d’eau n’est pas une fatalité

« Plus d’un tiers des terres du globe sont actuellement arides ou semi-arides et manquent d’eau. Des changements climatiques importants sont à craindre dans un contexte de réchauffement de la planète. Les doubles explosions dont nous sommes témoins, démographique et économique, entraînent à elles seules une augmentation de la consommation d’eau telle que, d’ici à 2050, 40% de la population mondiale souffrira de stress hydrique. Le stress hydrique, dernière étape en quelque sorte avant la pénurie, est un réel obstacle au développement, avec des impacts réels sur la sécurité alimentaire, la pollution, les pertes économiques, sans parler des conflits potentiels pour garder la maîtrise de la ressource.

« Les faits sont là et l’opinion publique s’empare du sujet. Mais dans ce domaine la surenchère alarmiste ne mène à rien et la fatalité n’a pas sa place. L’eau, contrairement aux ressources carbonées comme le pétrole, ne disparaît pas. Le cycle de l’eau est immuable même s’il peut être menacé. La planète dans son ensemble ne manque pas d’eau douce. Les ressources, en revanche, sont inégalement réparties et leur accès est conditionné en majorité par la gestion qu’on lui apporte. Ce qui implique des choix politiques, environnementaux et idéologiques.

« Solutions technologiques

« Face aux problèmes de stress hydrique et au risque de pénurie, la gestion raisonnée est une des solutions. Le savoir-faire dont nous disposons aujourd’hui permet de fournir des réponses technologiques pertinentes et soutenables, capables d’apporter une approche rationnelle et experte de la gestion de la ressource en eau.

« La réutilisation des eaux usées, le dessalement de l’eau de mer, la réalimentation artificielle des nappes phréatiques et bien sur l’optimisation des réseaux de distribution par la mise en œuvre de systêmes de détection de fuites sont autant de solutions à partir desquelles les différentes collectivités peuvent s’engager selon leurs besoins. Il s’agit donc de volonté et d’action.

« La réutilisation des eaux usées est une des options emblématiques de la gestion raisonnée de la ressource en eau.

« Actuellement, dans le monde, 165 milliards de mètres cubes d’eaux usées sont collectées et traitées, et parmi elles seulement 2% sont réutilisées. Aujourd’hui, une fois traitée dans les stations d’épuration, l’eau est rejetée dans le milieu naturel, alors qu’elle pourrait être utilisée comme une ressource alternative. Mais le développement des technologies de pointe, notamment la mise en œuvre de procédés utilisant des membranes d’ultrafiltration, permet désormais de mettre à disposition une eau traitée dont la qualité rend possible la réutilisation à des fins agricoles et industrielles. Un tel procédé réduit d’autant les prélèvements directs dans la ressource, la réservant à la consommation humaine.

« En France, une station comme celle de Grasse est une première. Cette usine de traitement des eaux usées utilise une technologie d’ultrafiltration membranaire qui permet d’atteindre une telle qualité de rejet qu’en quelques mois la biodiversité a repris ses droits. La qualité de l’eau ainsi traitée permettra même à terme d’envisager une utilisation pour l’entretien des golfs et des espaces verts. C’est ce modèle qui a inspiré le gouvernement du Qatar pour deux usines du même type, actuellement en construction.

« Autre solution pour parvenir à une gestion raisonnée de la ressource en eau : le dessalement, qui s’impose aujourd’hui comme une option pertinente. Il permet un accès illimité à la ressource en eau. Dans le monde 40% de la population vit à moins de 100 kilomètres de la mer et, sur 70 villes de plus de 1 million d’habitants sans accès direct à des ressources supplémentaires en eau douce, 42 sont situées sur la côte. Rendu accessible par la baisse des coûts de production, le dessalement par osmose inverse est une solution peu gourmande en énergie et compatible avec des énergies renouvelables telles que les éoliennes.

« Un choix politique

« Les pénuries d’eau ne sont pas une fatalité. Le dessalement, la réutilisation des eaux usées, les mesures de préservation des réseaux, les techniques de réalimentation de nappes phréatiques sont des solutions sur mesure qui, adaptées aux contextes locaux, permettent une maîtrise raisonnée de nos cycles de l’eau tout en préservant les milieux naturels.

« C’est le progrès technique qui peut vaincre les pénuries d’eau, mais c’est évidemment aux pays et aux régions de se saisir de cette offre technologique en fonction de leurs besoins, au travers de partenariats aboutis. C’est ainsi que l’ensemble des parties prenantes parviendra à répondre efficacement aux défis de la gestion de l’eau. »

Note 2 :

L’hebdomadaire français Paris-Match annonçait en Une de son édition du 14 juin 2007 la publication d’un « grand reportage » intitulé : « Sauver l’eau, le grand défi du XXIème siècle »

« Sécheresse, pollution, accroissement de la population, l’or bleu va cruellement manquer dans les prochaines années. Et devenir l’enjeu de conflits mondiaux.

« Cette eau-là pourrait bientôt mettre le feu au Moyen-Orient. La Turquie a construit le barrage Atatürk sur l’Euphrate pour irriguer le Sud-Est anatolien. Au détriment de la Syrie et de l’Irak qui se voient confisquer une part importante des flots de ce fleuve mythique, berceau de la civilisation. Un jour, peut-être, ses deux voisins interpréteront l’entreprise turque comme un acte de guerre. C’est loin d’être la seule région du monde où le contrôle de l’eau est devenu une source de conflits : l’Onu en a identifié 300. De plus en plus rare pour une population en constante augmentation, de plus en plus chère, de plus en plus sale, au point de devenir mortelle pour les plus fragiles, accaparée et dilapidée par les pays riches, désespérément revendiquée par les contrées pauvres, l’eau est déjà un problème bouillant pour les nations du IIIe millénaire. C’est l’humanité tout entière, solidaire, qui devra trouver des solutions radicales. Ou ce sera la catastrophe. »

En conclusion d’un portfolio présentant un « tour du monde » des situations les plus alarmantes, l’hebdomadaire publiait aussi une interview reprenant, cette fois pour le compte de Veolia Eau, les grandes thématiques qui sont au fondement du nouveau « bio-pouvoir » :

« Antoine Frérot, directeur général de Veolia Eau, recense les solutions possibles et salue la vigilance de la France : déjà nous savons faire de l’eau potable avec des eaux usées »

PM : L’humanité pourra-t-elle toujours faire face à la pénurie d’eau ?

Antoine Frérot : On entend dire que les êtres humains vont avoir de moins en moins d’eau. Mais ce n’est pas exact, il y aura toujours autant d’eau ! La molécule d’eau est stable. L’eau ne s’envole pas, elle ne se perd pas, elle retombe dans le sol. Alors, c’est vrai que l’évolution du climat change sa répartition, mais à une échelle de temps extrêmement longue. En revanche, la tension viendra inévitablement. L’augmentation du nombre d’êtres humains et leur concentration dans les villes posent des problèmes de plus en plus complexes. Il faut aussi prendre en compte les nouveaux usages de l’eau liés au tourisme par exemple. Plus il y a de gens, plus il faut de l’eau, et plus ils la polluent. Ce qui est d’autant plus compliqué à gérer dans les pays pauvres.

Mais quelles sont les solutions pour remédier à cette demande croissante d’eau ?

Il y a d’abord des nouvelles ressources. Nous n’avons pas encore inspecté tous les sous-sols. Nous pouvons aller puiser de l’eau dans les nappes profondes, à 200 ou même 300 mètres, comme nous le faisons à Narbonne, si ces nappes se régénèrent. Nous avons aussi une formidable réserve d’eau de mer que nous savons dessaler. Cela coûte deux fois plus cher que d’utiliser une eau douce polluée mais, il y a vingt ans, c’était vingt fois plus. Maintenant, nous butons sur la poursuite de la réduction des coûts car le dessalement nécessite de l’énergie. Notre principe de dessalement thermique (principe de la bouilloire… mais une bouilloire très sophistiquée !) ou celle d’osmose inverse (principe du tamis) sont à la portée d’un certain nombre de pays et de collectivités comme les pays du Golfe, l’Espagne, l’Algérie, la Chine, ou d’Etats comme la Floride ou la Californie. La capacité de production d’eau dessalée pourrait être multipliée par deux dans les dix années qui viennent. Et surtout nous savons aujourd’hui faire une eau totalement potable à partir d’eaux usées. Elles constituent une ressource alternative. Elles se trouvent là où on en a besoin et plus on en consomme, plus on en a. Il serait possible de fonctionner quasiment en circuit fermé et de faire face à la demande croissante. C’est moins cher que le dessalement et nous ferons encore des progrès pour réduire ce coût.

Mais n’y-a-t-il pas des réticences insurmontables à consommer ces eaux usées ?

En France nous avons une vingtaine d’exploitations de recyclage d’eaux usées (plus de 120 dans le monde) mais seulement à usage d’irrigation (agricole, de golfs ou d’espaces verts) ou industriel. Il y a dans le monde deux endroits où l’on boit en partie de l’eau recyclée : en Namibie et à Singapour. Mais, c’est vrai, il y a parfois une réticence des habitants. En Australie, les autorités ont préféré demander l’avis de la population par referendum avant de recourir à l’eau recyclée. Et la population l’a rejetée. La sécheresse qui perdure depuis trois ans dans ce pays ne va sans doute pas leur laisser le choix. Et nous venons d’obtenir un gros projet de recyclage des eaux usées pour une grande agglomération de ce pays.

Apparemment Veolia Eau n’a pas de soucis à se faire pour son avenir ?

Cela fait plus de dix ans que nous mettons en jeu des solutions techniques qui nous permettent d’apporter localement les bonnes réponses selon les besoins des villes. Le traitement des eaux usées présente de grandes perspectives de développement. Techniquement, nous savons faire de l’eau potable, sans aucun danger. Reste à lever les craintes psychologiques. Et dans le domaine du dessalement, il y a aussi de nombreux projets en cours. A Bahrein, nous sommes en train de construire la plus grosse usine du monde à partir d’une technologie thermique (Med) permettant des économies d’énergie. Par ailleurs, dans l’émirat d’Oman nous démarrons la construction d’une nouvelle grosse usine de dessalement. A Ashkelon, en Israël, l’usine achevée à la fin 2005 produit 100 millions de mètres cubes par an, soit la consommation d’une population de 1,2 million d’habitants. Et nous attendonc beaucoup du marché chinois. La France est leader mondial avec Veolia Eau comme numéro un. Nous sommes présents en permanence dans 60 pays et intervenons dans une centaine au total. Le marché du dessalement croît de 25% par an. C’est certain, la France possède le savoir-faire pour répondre aux problèmes nouveaux de la gestion de l’eau.

Vous retraitez, vous dessalez, mais pourra-t-on, un jour, créer de l’eau ?

On ne va pas inventer de l’eau ! Quoique les scientifiques sachent la synthétiser mais avec un coût exorbitant. Il y a d’autres idées à développer ! Comme le système qui consiste à réinjecter les eaux recyclées dans le sol. Le sol continue le travail naturel d’épuration, et c’est aussi une solution de stockage et de réalimentation des nappes. La réinfiltration se fait déjà à Berlin, où plus d’un tiers de l’eau distribuée est issue de ce procédé.

Quelles sont les perspectives pour les pays les plus asséchés ?

Certaines villes du Golfe transportent de l’eau mais c’est très cher. Nous travaillons sur un projet d’usine de dessalement en Afrique, qui fonctionnerait à partir d’énergie solaire. Mais si certains pays connaissent des problèmes importants d’approvisionnement en eau, en réalité ils ne manquent pas tous d’eau. Par exemple, savez-vous que le Congo est le pays le plus arrosé du monde, et que le Niger souffre avant tout d’un problème d’infrastructures ? Nous participons à des projets aidés par la Banque mondiale ou d’autres organismes publics internationaux dédiés au développement.

Et dans nos pays riches, avons-nous suffisamment compris que l’eau valait de l’or ?

Ca dépend où ! En France, oui. Il y a vingt-cinq ans, chaque Français consommait 200 litres par jour, contre 135 litres aujourd’hui. Maintenant, les gens réparent les fuites ! Aux Etats-unis, la consommation est de 400 litres par jour et par personne. Au Niger, c’est 30 litres par personne, et encore dans les villes. La prise de conscience est en route : l’eau ne vaut pas de l’or, mais c’est un bien précieux qu’il faut préserver du gaspillage et de la pollution.

Prix du mètre cube d’eau

En France, le prix du mètre cube d’eau est en moyenne de 2,95 euros. Il varie de 2,50 euros en Auvergne et en Rhône-Alpes à 4 euros dans le Morbihan. Aux Etats-unis, il coûte 0,50 euro ; au Danemark et en Allemagne, 1,70 euro. Au Niger, un mètre cube d’eau tiré à une borne fontaine vaut 0,18 euro alors que 1 mètre cube d’eau tiré au robinet d’un particulier vaut 0,35 euro. La même quantité achetée à un vendeur dans le bidonville de Guatemala City coûtera environ 2,60 euros. Le coût du dessalement a chuté, passant de 1,50 euro à 0,37 euro en dix ans. »

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3 commentaires

  • Marchandisation de l’eau : la nouvelle offensive du « biocapital » 9 avril 2007 02:43, par bluerider1

    Bonjour,

    et merci pour ces éclairages, nous parlerons bientôt de « verdissement » ou de « bleuissement » d’argent…

    Pour vos lecteurs qui comme moi s’initient aux subtilités des « prédateurs de l’eau », concernantla première phase que vous évoquez, lire le livre de Roger Lenglet et Jean Luc Touly « L’EAU DES MULTINATIONALES, les vérités inavouables » (Fayard, déc 2005, isbn 2-213-62823-8).

    Ce livre conseille aussi les sites :

    www.acme-eau.com (Fondation Danielle Mitterand)

    www.ades-grenoble.org

    www.seaus.org

    www.psiru.org

    http://eausecours.free.fr

    www.eau.apinc.org

    www.h2o.net

    www.fame2005.org

    www.france.attac.org

    www.contrattoacqua.it

    www.polaris.institute.org

    www.publicitizen.org

    www.wateractivist.org (sur Veolia)

    www.canadians.org

    www.assemblee-nationale.fr/dossiers/eau.asp

    Voilà…

    Bluerider1

    Répondre à ce message

  • Marchandisation de l’eau : la nouvelle offensive du « biocapital » 11 avril 2007 03:46, par Alberto

    merci beaucoup pour cet analyse, plus important encore, car je suis mexicain et le Mexique est un des cibles du cet offensive.

    Répondre à ce message

  • Marchandisation de l’eau : la nouvelle offensive du « biocapital » 15 juillet 2007 12:15, par Félicien

    MAIS Il faut en finir une bonne fois pour toute avec l’idée selon laquelle la consommation domestique serait par excès, responsable de la mort des rivières. La fabrication des objets qui encombre nos maisons y participe également mais de manière tout aussi marginale. Le nœud du problème est ailleurs : le compteur s’affole vraiment quand on ajoute l’eau qui sert à produire tout ce que nous mangeons et buvons :

    Il faut entre 2000 et 5000 litres d’eau pour produire 1 kilo de riz plus d’eau que n’en consomment la plupart des foyers tout au long d’une semaine pour un simple sachet de riz. Il en faut 1000 litres pour un kilo de blé, 500 litres pour 1 kilo de pomme de terre. Et quand on commence à donner du grain au bétail, afin que ce dernier nous fournisse de la viande et du lait, les chiffres deviennent encore plus étourdissants. Il faut 11000 litres d’eau pour nourrir ce qu’il y a de viande de bœuf dans un hamburger, de 2000 à 4000 litres d’eau pour que les mamelles d’une vache puissent produire 1 litre de lait. Le fromage ? Comptez 5000 litres d’eau par kilogramme de camembert. Si vous estimez que votre panier à provision devient quelque peu encombrant, au point où nous en sommes, vous feriez mieux de laisser ce kilogramme de sucre sur rayonnage. Il a fallu pour l’obtenir environ 3000 litres d’eau, ou 20 tonnes d’eau…

    …150 litres pour le pain de votre sandwich, 500 litres pour une omelette de 2 œufs ou une salade mixte, 1000 litres pour un verre de lait, 1500 litres pour une glace, 2000 litres pour 1 côte de porc, 3000 pour un hamburger et 5000 litres pour un malheureux steak haché…

    Un verre de vin ou une pinte de bière demande 250 litres d’eau, 1 verre de digestif pas moins de 2000 litres…

    (Src : Fred Pearce Quand meurent les grands Fleuves-Enquête sur la crise mondiale de l’eau)

    Voir en ligne : l’eau

 

 

 

14 mars 2008

Pourquoi plus d’un milliard d’êtres humains

n’ont-ils pas accès à l’eau ?

par Marc Laimé

En dépit des engagements répétés de la communauté internationale, l’accès à l’eau n’est toujours pas assuré pour des quantités croissantes d’êtres humains. Si rien ne change, la moitié des habitants du monde risque de manquer d’eau dans 20 à 30 ans. Symbolisant cruellement les inégalités qui déchirent la planète, l’accès à l’eau sera l’un des enjeux majeurs pour l’humanité au 21ème siècle. Les solutions existent. Mais le capitalisme dominant n’a que faire de la pauvreté et de l’accès à l’eau. Jamais peut-être la démonstration n’en aura été aussi aisée à établir.


 

A l’approche de la Journée mondiale de l’eau, qui se tiendra le jeudi 20 mars 2008, et non le 22 mars comme c’était l’usage depuis 1993, la communauté internationale va renouveler ses engagements de « tout faire » pour apporter des réponses à un scandale mondial majeur : le manque d’accès à l’eau et à l’assainissement, qui affecte respectivement 1,1 et 2,6 milliards d’êtres humains. Ceci d’autant plus que 2008 a aussi été consacrée par l’ONU « Année internationale de l’assainissement ».

World Water Day 2008

Mais sous les discours empreints de compassion affleure une autre « vérité qui dérange ». Loin de se résumer à l’humanitaire, la question de l’eau est d’abord politique. Elle renvoie directement aux inégalités qui déchirent la planète. Ce sont les choix et les arbitrages auxquels procèdent gouvernements et collectivités qui sont à la source de ce véritable déni d’humanité qu’imposent sur toute la planète les dominants aux dominés.

Ressources, consommations, pertes : une inégalité d’accès structurelle Retour à la table des matières

Cette précieuse ressource semble pourtant abondante. Environ 40 000 km3 d’eau douce s’écoulent chaque année sur les terres émergées. La consommation en eau s’élevant à environ 30.000 km3 par an, il devrait être possible de fournir 7000 mètres cubes d’eau à chacun des 6 milliards et demi d’individus vivant sur Terre. Il faut toutefois noter que l’intégralité de ces ressources ne sont pas mobilisables car cela s’effectuerait au détriment des milieux aquatiques, qui jouent un rôle fondamental pour la qualité des milieux ou l’épuration.

Par ailleurs, ces réserves sont réparties de façon très inégale à la surface du globe. Neuf pays seulement se partagent 60 % des réserves mondiales d’eau douce : le Brésil, la Russie, le Canada, la Chine, l’Indonésie, les Etats-unis, l’Inde, la Colombie et le Pérou. L’Asie, qui concentre près de 60 % de la population mondiale, ne dispose que de 30 % des ressources disponibles en eau douce.

En fait les ressources moyennes par pays et par habitant varient par exemple dans une proportion de 1 à 20 000 entre les Emirats du Golfe et l’Islande. Le manque d’eau est structurel dans le vaste triangle qui s’étend du Maroc au Soudan et au Pakistan, soit plus de 20 pays d’Afrique du Nord, du Proche et du Moyen-Orient et de l’Asie centrale. Chaque habitant y dispose en moyenne de moins de 1 000 mètres cubes d’eau douce par an, une situation dite de « pénurie chronique ».

Par ailleurs le gaspillage croît avec le niveau de vie des populations, les nombreux équipements qui apparaissent dans les foyers facilitant l’usage de l’eau. Les Européens consomment aujourd’hui 8 fois plus d’eau douce que leurs grands-parents pour leur usage quotidien. Un habitant de Sydney consomme en moyenne plus de 1 000 litres d’eau potable par jour, un Américain 600 litres, et un Européen de 100 à 200 litres… alors que dans certains pays en développement, la consommation moyenne par habitant n’atteint qu’une vingtaine de litres par jour.

Il faudrait aussi impérativement réduire les pertes considérables enregistrées sur les réseaux des pays pauvres, quand ils existent, pertes qui peuvent atteindre jusqu’à 50% de l’eau mise en distribution ! Aujourd’hui, seuls 55 % des prélèvements en eau sont réellement consommés. Les 45 % restants sont soit perdus, par drainage, fuite et évaporation lors de l’irrigation, ou par fuite dans les réseaux de distribution d’eau potable.

L’accès à l’eau : une question politique Retour à la table des matières

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a publié en janvier 2008 les résultats d’une étude réalisée par deux de ses chercheurs, qui propose un nouveau chiffrage des investissements qui devraient être effectués à l’échelle de la planète, d’ici à 2015, afin de fournir de l’eau potable et des services d’assainissement à la moitié de la population mondiale qui en est encore privée. Soit respectivement la moitié des 1,1 milliards d’êtres humains qui n’ont pas accès à l’eau potable, et la moitié des 2 ,6 milliards d’habitants qui ne disposent pas d’un service d’assainissement de base.

Cette nouvelle étude est particulièrement intéressante à plus d’un titre. Elle souligne ainsi d’emblée que « le manque de données à jour sur la dépense réelle réalisée par les gouvernements et les ménages pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement dans les pays en développement, ne permet pas de fournir d’ estimation du financement actuel au niveau international. »

C’est dire s’il convient de relativiser le déluge de chiffres et de promesses accompagnant désormais de manière rituelle les messages émis chaque année lors de la « Journée mondiale de l’eau ».

L’eau figure, depuis une dizaine d’années, au tout premier plan de l’agenda international. Depuis lors un lancinant bruit de fond fait désormais figure de mantra : « Tant de milliards d’êtres humains n’ont pas accès à l’eau, tant en meurent chaque année, si rien ne change ils seront plus nombreux l’an prochain, il faudrait chaque année mobiliser x milliards de dollars pour en finir avec ce scandale, etc. »

Ce message finit par anesthésier toute réflexion, toute remise en perspective réelle, et toute prise de conscience du caractère éminemment politique de la question de l’eau, qui n’est pas soluble dans de lénifiantes approximations humanitaires.

La nouvelle étude de l’OMS fournit les éléments de cette remise en perspective. Elle souligne donc l’absence de données fiables sur les dépenses effectives réalisées par les gouvernements et les ménages (pour l’accès à l’eau et à l’assainissement) dans les pays en voie de développement.

Quant on sait que le budget militaire du Pakistan est près de 50 fois supérieur à celui de l’eau et de l’assainissement, on voit poindre l’explication du manque de données fiables…

Plus largement, si les données fiables semblent aussi faire défaut quant aux dépenses annuelles mondiales dans le domaine de l’eau, on estime généralement qu’elles se situeraient dans une fourchette comprise entre 500 et 800 milliards de dollars US. Un montant qui englobe toutes les dépenses relatives à l’eau dans le monde, tant en fonctionnement qu’en investissement.

C’est bien à cette aune qu’il convient d’apprécier les évaluations, au demeurant mouvantes, de l’effort que « devrait » accomplir la communauté internationale pour financer l’accès à l’eau et à l’assainissement dans le monde entier.

Or, étrangement, cette corrélation qui tombe pourtant sous le sens, n’est jamais effectuée. Sans doute parcequ’elle fait apparaître crûment une « vérité qui dérange »…

Comparés à ces 500 à 800 milliards de dollars de dépenses annuelles mondiales déjà effectives dans le secteur de l’eau, dans un contexte de surexploitation et de gaspillage outrancier de ressources qui s’épuisent, tant les financements concrets de l’accès à l’eau pour les populations les plus pauvres de la planète, que les « plaidoyers » et les annonces de « promesses d’engagements financiers », toujours en faveur des plus pauvres, sont au final absolument dérisoires. Pire, obscènes.

Le capitalisme et les pauvres Retour à la table des matières

En 2004, comme l’annonçait le quotidien français Libération le 12 mars 2008, « le bénéfice cumulé des entreprises composant l’indice phare de la Bourse de Paris, le CAC 40, était de 66 milliards d’euros. En 2005, de 84,5 milliards. En 2006, de 97,7 milliards. Pour 2007, la hausse devrait être limitée (de l’ordre de 2 %). Mais pour la première fois, la barre symbolique des 100 milliards devrait être franchie.

« Les entreprises industrielles n’ont pas été atteintes par la conjoncture. Certaines en ont même profité. Tel Total qui occupe, comme pour 2006, la première place de ce Top 40 des profits. Avec 12,2 milliards de profits, la major pétrolière a bénéficié de la hausse des prix du brut. Les tensions sur le marché énergétique ont aussi profité à Suez (+ 9 %), et à Gaz de France (+ 7,6). Quant à ArcelorMittal (+ 30 % de résultat, à 7,5 milliards), il a pu augmenter ses prix grâce à une demande mondiale en acier toujours poussée par la croissance chinoise et indienne. Massivement présentes sur ce continent, d’autres multinationales ont surfé sur la bonne santé économique de l’Asie. C’est le cas du secteur du luxe et des produits cosmétiques : L’Oréal fait + 29 %, PPR + 35 % et LVMH + 8 %.

(…) « Deux entreprises, enfin, ont connu une année exceptionnelle. La vente de son pôle biscuit a permis à Danone d’afficher une hausse de son résultat de 300 %. Quant à Peugeot, son bénéfice a été multiplié par cinq, après une mauvaise année 2006, grâce aux premiers effets du plan initié par son PDG, Christian Streiff. Face à ces océans de profits, les trois entreprises déficitaires font mauvais genre, mais ne représentent pas grand-chose. Deux sont dans le secteur des équipementiers en électronique (Alcatel-Lucent et STMicroelectronics). Quant à EADS, sa perte doit être relativisée : les comptes du groupe sont affectés par son plan de restructuration et la baisse du dollar, tandis que ses commandes battent tous les records.

(…) « Les actionnaires se frottent déjà les mains. Le taux de distribution (le pourcentage du bénéfice réparti aux actionnaires) devrait augmenter par rapport à l’année dernière. Et c’est plus de 40 milliards d’euros qui devraient leur revenir sous forme de dividendes. »

Ainsi, en toute rigueur mathématique, la moitié seulement des dividendes distribués aux actionnaires des seules plus grandes entreprises françaises pour 2007, soit une vingtaine de milliards d’euros, suffiraient à financer l’accès à l’eau et à l’assainissement de la moitié des milliards d’êtres humains qui en sont aujourd’hui privés. Et qui en meurent par millions.

On mesure mieux à cette aune pourquoi les palinodies rituelles en matière de financement d’accès à l’eau des plus pauvres demeurent cantonnées dans le registre de l’humanitaire, alors que la question est politique.

Le manque d’accès à l’eau symbolise impitoyablement les inégalités qui déchirent la planète. Sous cet angle chaque état, chaque collectivité sont donc directement responsables s’ils ne permettent pas à leur population d’accéder à ces services essentiels. Le prix à payer pour un modèle de société qui procure des dividendes somptuaires aux privilégiés de la planète doit aussi s’apprécier à l’aune des « dégâts collatéraux » qu’il suscite.

La nouvelle étude de l’OMS sur le financement de l’accès à l’eau et à l’assainissement Retour à la table des matières

Adoptés à New-York en 2000 par l’Assemblée générale de l’ONU, les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), s’étaient fixés comme 10ème cible de « réduire de moitié, d’ici à 2015, le pourcentage de la population qui n’a pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau de boisson salubre et à des services d’assainissement de base ». En raison de son impact sur une série de maladies, cette dixième cible entretient évidemment un lien étroit avec la santé publique.

L’objectif de ne réduire que « de moitié » le pourcentage de la population qui ne dispose pas d’un accès à l’eau et à l’assainissement corrects a très souvent été critiqué, mais force est de constater qu’il a désormais quasiment acquis force de loi pour la communauté internationale, et que toutes les estimations effectuées à ce jour en matière de financement de l’accès à l’eau s’inscrivent dans ce cadre de référence.

L’étude a estimé la population à couvrir pour atteindre cette cible en analysant les données existantes sur l’utilisation par les ménages de sources d’eau et d’assainissements améliorés en 1990 et 2004, et en tenant compte de la croissance de la population.

Les chercheurs ont supposé que cette estimation avait été atteinte par incréments annuels de l’année de référence 2005 jusqu’en 2014. Puis ont appliqué les coûts d’investissement et de fonctionnement par habitant. Les données nationales disponibles ont été agrégées pour les 11 sous-régions de développement de l’OMS, et pour l’ensemble du monde.

Pour ce qui concerne l’évaluation des besoins financiers, elle prend en compte les coûts de fonctionnement, de maintien et de remplacement de la couverture existante, ainsi que les coûts de nouveaux services et les coûts programmatiques. Et le rapport souligne que des études de coûts au niveau national sont nécessaires pour guider le secteur.

L’analyse effectuée permet donc de présenter les investissements qui devraient être effectués chaque année de 2005 à 2014 pour atteindre la cible 10 des OMD, sachant que l’investissement annuel pour l’eau (50,2%) est un peu plus élevé que celui de l’assainissement (49,8%).

L’étude estime donc que les dépenses globales à réaliser dans les pays en voie de développement d’ici à 2014, simplement pour y raccorder la moitié de la population qui ne l’est pas aujourd’hui, conformément à la cible 10 des OMD, se chiffrent à des montants de 42 milliards US $ pour l’eau, et à 142 milliards US $ pour l’assainissement.

Soit, au total, pour l’eau et l’assainissement, un équivalent annuel de 18 milliards US $ (12,4 milliards d’euros), pour raccorder la moitié de la population des pays pauvres qui ne l’est pas aujourd’hui.

Mais elle souligne dans le même temps que le maintien des services existants nécessite déjà, à lui seul, 322 milliards US $ supplémentaires pour l’approvisionnement en eau, et 216 milliards US $ pour l’assainissement. Soit un total de 538 milliards de dollars US pour la période de 2005 à 2014.

Et donc 54 milliards US $ par an (35,8 milliards d’euros), pour l’entretien des installations existantes, majoritairement présentes dans les pays développés, ou qui bénéficient aux minorités les plus aisées des pays en voie de développement.

Si l’on additionne les deux postes, soit la création ex-nihilo de nouvelles infrastructures pour les pays pauvres, et l’entretien des infrastructures existantes, surtout dans les pays développés, l’étude chiffre donc à 70 milliards de dollars US (48,2 milliards d’euros), les montants qui devront, selon l’OMS, être dépensés annuellement de 2005 à 2014 pour l’eau et l’assainissement.

Elle met aussi en exergue le fait que les dépenses effectuées pour étendre la couverture bénéficieront principalement au ruraux (64 %), tandis que celles consacrées au maintien de la couverture déjà existante profiteront largement aux urbains (73 %).

De plus il apparaît qu’une mise en œuvre efficace du programme imposerait un « supplément de dépenses de 10 à 30 % pour couvrir des coûts administratifs en dehors du point de délivrance des interventions. »

Ces évaluations pourront être critiquées. Elles ont le mérite de permettre une mise en perspective bienvenue, quand les messages régulièrement émis par la communauté internationale conduisent, par défaut, à circonscrire la question de l’eau à une dimension humanitaire, et non politique.

Changement climatique et aide au développement Retour à la table des matières

Par ailleurs, si l’on considère que l’investissement mondial annuel dans l’infrastructure de l’eau représente 500 milliards de dollars, celui-ci est aujourd’hui réalisé en fonction de l’hypothèse, déjà dépassée, selon laquelle le cycle de l’eau oscillerait dans les limites relativement étroites constatées dans le passé.

Or de nombreuses études scientifiques attestent que le changement climatique a déjà radicalement modifié le cycle de l’eau et que les évolutions déjà identifiables marquent le début d’une crise de la ressource.

De nouveaux modèles vont devoir être mis en œuvre pour anticiper les inondations et les sécheresses, déterminer la taille des réserves d’eau et décider de l’allocation de la ressource entre les usages domestiques, industriels et agricoles.

A cet égard le risque est grand de voir les pays du Nord préférer « la Corrèze au Zambèze. » Vu sous cet angle, le déluge de propagande humanitaire qui accompagne désormais rituellement chaque « Journée mondiale de l’eau » ne parviendra plus très longtemps à dissimuler que le changement climatique, dont l’impact affecterait tout autant les pays riches du nord que les pays pauvres du sud, risque très sérieusement de restreindre encore davantage l’aide publique au développement.

Si les pays du Nord érigent la lutte contre le réchauffement climatique au rang de priorité absolue car elle menacerait désormais la sécurité internationale, et celle de chacun des pays développés qui n’entendent pas renoncer à leur modèle de croissance, comme vient de le proclamer M. Javier Solana devant le Conseil des ministres de l’Union le 13 mars 2008 à Bruxelles, les égoïsmes nationaux des pays du Nord réduiront inévitablement à chiffons de papier les « engagements » de la communauté internationale à promouvoir l’accès à l’eau dans les pays pauvres du Sud.

Polémique en France sur l’aide pour l’accès à l’eau Retour à la table des matières

Le directeur général d’Action contre la faim, M. François Danel, a publié dans le quotidien Le Monde daté du 20 mars 2008 une Tribune intitulée : « L’eau, un droit pour tous. »

Il y présente l’action que va conduire Action contre la faim le 20 mars, en lien avec l’Agence française de développement (AFD), soit des appels aux dons lors de manifestations publiques organisées dans une douzaine de grandes villes, sur fond de promotion de la loi « Oudin-Santini. »

En matière d’aide à l’accès à l’eau, la France a en effet adopté en janvier 2005 la loi « Oudin-Santini », dispositif qui divise profondément le monde associatif et politique français impliqué dans l’aide au développement. Lire l’analyse magistrale de Gérard Borvon, animateur de l’association bretonne S-Eau-S, responsable des Verts et membre du Comité national de l’eau :

Elus municipaux et Associations de Solidarité : ce qu’on ne vous dit pas sur la loi « Oudin-Santini ».

Sources :

Hutton, G. and Bartram, J. (janvier 2008). Coûts globaux pour l’atteinte des Objectifs du millénaire pour le développement pour l’approvisionnement en eau et l’assainissement.

Publié en ligne le 20 novembre 2007.

Edition papier : Bulletin de l’Organisation mondiale de la santé ; vol. 86, no. 1 ; p. 13-19., janvier 2008.

Contact :

Guy Hutton, Programme eau et assainissement (WSP), Banque mondiale au Cambodge.

ghutton@worldbank.org

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Pourquoi plus d’un milliard d’êtres humains n’ont-ils pas accès à l’eau ? 17 mars 18:16, par Club des Vigilants

Pour une Communauté Mondiale de l’Eau

Dans ma jeunesse, j’ai travaillé à la Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier et me souviens de la genèse de cette première institution européenne. Jean Monnet est parti de la conviction que l’Europe ne se ferait pas d’un coup mais pas à pas.

Voulant commencer par créer une « solidarité de fait », il a pensé que le charbon et l’acier, qui avaient été utilisés pour faire la guerre, pouvaient être un symbole de reconstruction pacifique et servir de base tant à la réconciliation franco-allemande qu’à l’unité de l’Europe. Il a persuadé Robert Schuman de lancer l’idée et s’est assuré qu’elle serait bien reçue par Konrad Adenauer et fortement appuyée par l’Administration américaine.

L’Europe d’aujourd’hui ne ressemble pas à celle dont rêvait Monnet mais la CECA a néanmoins servi de socle à une prise de conscience européenne. Maintenant, les menaces visent l’humanité entière et il s’agit de faire émerger une conscience planétaire. D’où la question : existe-t-il un domaine qui aiderait à cristalliser une « solidarité de fait » à l’échelle mondiale, un domaine où l’urgence et la gravité des problèmes justifieraient la mise en commun de certains pouvoirs et de certaines ressources ?

Après avoir beaucoup consulté et beaucoup réfléchi, je suis arrivé à la conclusion que la création d’une Communauté Mondiale de l’eau (CME) serait la plus prometteuse des initiatives possibles. Les hommes peuvent vivre sans pétrole, ils ne peuvent pas vivre sans eau. Des guerres peuvent éclater pour le contrôle des ressources. Des populations peuvent migrer pour fuir la sécheresse. L’insalubrité peut provoquer des épidémies. Emotionnellement c’est intolérable. Rationnellement, la nécessité de l’action crève les yeux. Le problème de l’eau est au cœur des préoccupations mondiales : guerres et paix, agriculture et mégalopoles, santé et développement, tout ne dépend pas de l’eau mais l’eau affecte tout.

Le chemin à parcourir avant qu’une CME fonctionne est si périlleux que l’initiative ne peut être lancée dans le cadre modeste du Club des Vigilants. Nous pouvons seulement réfléchir aux processus qu’il conviendrait d’enclencher. Concrètement, il s’agirait surtout de :

- trouver la ou les personnalités les plus aptes à prendre l’initiative et chercher les moyens de les convaincre ;

- dresser la liste des pays qui accepteraient de se placer sur la ligne de départ et négocieraient un éventuel traité ;

- définir les points qui, dans cet éventuel futur traité, devraient être considérés comme primordiaux.

Une réflexion préliminaire est en route sur ces trois points. Ceux qui voudraient contribuer à cette étude de faisabilité seraient les bienvenus.

Marc Ullmann

 

 

25 février 2007

Le scandale mondial de l’eau

 

par Riccardo Petrella

Fondateur du Comité International pour le Contrat Mondial de l’Eau.


 

La santé de 2,8 milliards de personnes est fragilisée et leur vie est écourtée par manque de latrines. C’est parce qu’ils n’ont pas de systèmes appropriés de traitement de leurs excréments humains que des milliards de personnes pauvres dans le monde n’ont pas droit à une vie humainement digne, à la vie. Tel est le constat, cru, insensé, intolérable ; le sens tragique de la condition humaine actuelle marquée par la pauvreté de la moitié de la population mondiale.

Les sociétés « riches » dépensent annuellement des milliards d’euros pour l’utilisation d’eau potable dans leurs WC, soit un tiers de la consommation domestique d’eau par habitant par jour, pour une consommation de 600 litres par personne et par jour aux Etats-Unis, 358 litres en Italie, 310 litres en France… mais 130 en Allemagne et 119 en Suède.

En outre l’économie mondiale est capable d’allouer des milliards d’euros pour produire (et faire acheter à grands frais publicitaires), des centaines de milliers de SUV, ces voitures 4×4 de plus en plus grosses, puissantes, chères et voraces en matières premières et en énergie, qui ne répondent à aucun besoin effectif, mais uniquement à des motivations déraisonnables, en une obscène exhibition de puissance consommatrice.

En revanche, cette même économie qui se dit mondialisée, globale, s’affirme incapable de produire des latrines dont des milliards de personnes ont un besoin vital, et dont le coût est estimé entre 15 et 20 milliards d’euros, soit l’équivalent de 5 jours et demi des dépenses militaires mondiales.

Pourtant, les ressources financières existent. Le 17 novembre dernier deux groupes financiers privés ont dépensé respectivement 36 et 26 milliards de dollars US pour l’achat de la propriété du capital de deux autres groupes financiers. Quelques jours auparavant, la banque australienne Macquarie a déboursé 14 milliards d’euros pour acheter la troisième entreprise privée mondiale de l’eau, la britannique Thames Water, dans le but, évidemment, de faire de l’argent, beaucoup d’argent, par la distribution d’eau potable.

La bombe hydrique Retour à la table des matières

Des milliards d’êtres humains meurent par manque d’eau potable, alors que des entreprises privées, notamment françaises, les premières au monde dans le domaine de l’eau, réalisent des milliards d’euros de profit en vendant l’eau potable. Tel est le scandale mondial de l’eau.

Ne parlons pas, en outre, de l’état de dévastation croissante des ressources hydriques de la planète. Lacs qui rétrécissent, voire disparaissent ; fleuves qui meurent (Niger, Po… ) , qui ne portent plus l’eau à la mer pendant de nombreux mois de l’année (Colorado, Yang Tse… ) ; nappes phréatiques qui baissent dangereusement (aux Etats-Unis et en Chine les nappes ont baissé en moyenne sur les cinq dernières décennies de 1,5 et 3,5 mètres respectivement) ; cours hydriques pollués devenus des sources inutilisables pour les usages humains (plus de 80% des eaux de surface en France sont contaminées) ; calottes polaires (représentant la très grande partie des réserves d’eau douce de la planète) en train de fondre en raison de l’action humaine appelée “croissance économique”.

La bombe hydrique, non seulement produit déjà des effets désastreux pour la vie de milliards d’êtres humains, mais elle est en train de décupler sa puissance meurtrière : dans 30 à 40 ans elle pourra “exploser” de manière à provoquer la mort de dizaines de millions de personnes par an. Ce à quoi nos sociétés sont désormais confrontées est le double défi de la vie, la vie pour tous, et sur la planète.

Une refondation démocratique Retour à la table des matières

Les mouvements et les ONG engagés, à travers le monde, dans la mobilisation culturelle et politique contre la marchandisation de l’eau et la privatisation des services hydriques ont voulu relever ce défi et essayer de contribuer à sa solution en organisant l’Assemblée mondiale des élus et des citoyens pour l’eau (AMECE).

Relever ce défi implique nécessairement de re-constituer le lien entre les institutions, notamment démocratiques représentatives, et les citoyens, lien qui a été rompu au cours des trente dernières années. La question de la « renaissance politique » de la relation entre citoyens et institutions est au coeur de l’AMECE.

A l’origine de la rupture se trouvent principalement les choix effectués par nos classes dirigeantes en faveur d’une société orientée vers l’optimisation de l’utilité individuelle, par l’appropriation et l’usage privé des biens et des services considérés aujourd’hui « faire » le bien-être de vie.

Nos sociétés sont fondées de plus en plus sur l’antagonisme compétitif de tous contre tous, à l’enseigne de la victoire et survie des meilleurs, à savoir des plus forts. L’une des sources principales d’alimentation de la violence structurelle qui caractérise nos sociétés « développées » gît dans la « libre » concurrence, et dans la conséquente exclusion de tous ceux « qui ne sont pas capables d’être compétitifs ».

La politique ne s’occupe plus des droits des personnes, du bien commun. Elle s’occupe de l’efficience des marchés, du taux de croissance économique, de la productivité du capital financier, de la sécurité des riches, et, donc, de la guerre, laissant aux scories du « petit gouvernement » la gestion de la vie et du quotidien.

Les citoyens, réduits à des consommateurs et à des épargnants principalement intéressés au ROE (Return on Equity), au rendement financier, sont « actifs » essentiellement pour défendre leur « richesse ».

Si des changements radicaux n’interviennent pas dans les choix politiques économiques et sociaux actuels, la bombe hydrique provoquera de terribles dévastations humaines, pas seulement dans les régions habitées par les pauvres du monde.

La permanence de la pauvreté et l’aggravation de la santé de la vie de la planète font de la mise en place d’un pouvoir politique mondial, à partir des communautés locales, et d’une politique mondiale de la vie, les conditions indispensables pour le devenir des sociétés humaines.

Il est temps de changer.

Ici se situe la motivation fondamentale de l’AMECE : le « changement réel » passe à travers l’établissement d’un nouveau rapport entre les citoyens – qui trouvent, pour le moment, dans les mouvements sociaux davantage de possibilités d’expression et d’engagement qu’auprès des institutions – et les institutions elles-mêmes, en particulier les institutions parlementaires et les collectivités locales, qui doivent se renouveler.

Un rapport qui sera nouveau du fait d’être re-fondé sur le principe des droits, et axé sur les biens communs, l’eau notamment. L’AMECE se veut un des lieux et des temps de promotion d’un parcours orienté dans cette direction.

L’eau, bien commun public Retour à la table des matières

L’Assemblée des élus et des citoyens pour l’eau (AMECE) se tiendra à Bruxelles du 18 au 20 mars 2007 à l’initiative d’une quarantaine d’organisations (ONG, mouvements…), belges et d’autres régions du monde, parmi lesquelles, en France, l’Université de l’eau du Conseil général du Val-de-Marne, l’association E-A-U (Elus-Associations-Usagers), créée le 13 février dernier, suite à “ l’Appel de Varages” de 2006, signé par des dizaines de communes, en faveur de la re-publicisation des services hydriques et contre la marchandisation de l’eau, la Convention internationale des collectivités locales hors AGCS…

L’Assemblée est structurée autour de cinq catégories d’acteurs :

• les parlementaires,

• les maires et représentants des collectivités locales,

• les entreprises publiques de l’eau,

• les syndicats,

• la société civile.

S’agissant d’une « assemblée », 80 interventions sont programmées (dont plus de la moitié de personnes venant d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie), auxquelles il faut ajouter les interventions spontanées dans les espaces temps laissés pour de larges échanges.

Le but de la rencontre, dans ce lieu hautement symbolique qu’est le Parlement européen, est de conduire tous les participants à prendre, ensemble, des engagements précis concernant la réalisation des quatre objectifs fondamentaux, sur lesquels l’AMECE vise à promouvoir un parcours d’action le plus riche et efficace possible, à savoir :

• le droit à l’eau potable et aux services sanitaires pour tous, ici et maintenant,

• la promotion d’un gouvernement de l’eau en tant que bien commun public aux divers niveaux territoriaux,

• la mise en place d’institutions et d’instruments financiers appropriés pour le financement public de l’eau (droit humain et bien commun),

• la participation effective des citoyens au gouvernement de l’eau, de toutes les eaux, à partir des communautés locales.

Perspectives Retour à la table des matières

Le principal résultat attendu de l’AMECE est le lancement d’un Plan d’engagements 2007-2010 pour le droit à la vie pour tous, ici et maintenant.

Partons de l’eau.

Les 3 milliards de personnes qui aujourd’hui sont pauvres et ont soif ne peuvent pas attendre 2025-2030. On ne peut pas non plus accepter qu’ils deviennent 5 milliards en 2040, et plus de 6 milliards en 2060.

La concrétisation du droit à l’eau – donc à la vie –, pour tous est le défi politique majeur de ce début de siècle, et il peut et doit être gagné en 15 ans. Il faut agir contre la crise mondiale de l’eau et désactiver la « bombe de l’eau ».

Sans évidemment préjuger des engagements qui seront pris par les participants à l’AMECE, ses promoteurs souhaitent que le plan de concrétisation puisse s’articuler autour :

➢ du lancement, à l’initiative de deux/trois gouvernements présents à l’AMECE d’une campagne visant la reconnaissance formelle le 10 décembre 2008 par l’ONU du droit humain à l’eau.

Le 10 décembre 2008 se célébrera en effet le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits humains.

Certains pays d’Amérique latine (Venezuela, Uruguay, Bolivie), l’ont déjà fait. Le Parlement européen a adopté à l’unanimité, le 16 mars 2006, une résolution demandant que l’accès à l’eau soit reconnu en tant que droit humain. La Confédération suisse a proposé, il y a quelques années, la signature d’une convention internationale sur le droit à l’eau. Récemment, le gouvernement fédéral allemand a proposé au Conseil des droits humains de l’ONU de nommer un rapporteur sur le droit à l’eau.

Il faut accentuer la pression et faire « précipiter » des engagements solides et concrets à cet égard.

➢ de l’adoption, aux niveaux communal, provincial, régional, national, continental et international, du statut de l’eau en tant que bien commun public et, par conséquence, l’engagement en faveur de l’exclusion de l’eau des nouvelles négociations OMC + .

L’eau, source de vie, n’est pas une marchandise et il faut prévoir, pour ses services, « l’exception de vie », comme c’est le cas pour « l’exception culturelle ».

A cet égard, il faut redéfinir l’imaginaire politique mondial en mettant en place une nouvelle architecture politique de la société mondiale, à partir des communautés locales, axée sur le du droit à la vie pour tous et la valorisation des biens communs tels que l’eau, la terre, l’air, l’espace, la connaissance, l’éducation, la santé.

Les mesures à prendre dans cette direction sont nombreuses.

Par exemple, la mise en place de taxes mondiales sur l’énergie, les transports, les transactions financières spéculatives, selon les propositions déjà faites par la France et le Brésil ; la prise en charge par l’ONU – ou par une agence publique mondiale de l’eau –, de la responsabilité de l’organisation du prochain Forum mondial de l’eau en 2009 à Istanbul, en le soustrayant à l’initiative et à la mainmise d’une organisation privée, le Conseil mondial de l’eau, ouvertement connue pour être sous l’influence des compagnies multinationales privées de l’eau.

➢ de la prise de mesures appropriées concernant le financement public des investissements nécessaires pour assurer l’accès à l’eau pour tous dans la quantité et la qualité indispensables, sans que les collectivités locales et nationales deviennent dépendantes des capitaux privés.

A ce propos, il s’agit surtout de ré-inventer les sujets financiers publics, face à la privatisation généralisée des Caisses de dépôt et consignation, des caisses d’épargne, des organismes de crédit local, et de donner un nouveau souffle aux finances publiques par des mécanismes de collecte et de gestion des ressources disponibles transparents et fondés sur la participation réelle des citoyens.

La définition d’une nouvelle génération de fonds d’investissement publics au plan régional, national, continental et mondial s’impose.

Dans ce cadre il est urgent de multiplier les actions dites de coopération décentralisée et/ou répondant à l’approche dite « agenda local pour le développement ». Ces actions ont démontré pouvoir être un cadre de référence efficace au service d’une culture des biens communs et de la valorisation des ressources hydriques, guidée par le principe du droit d’accès à l’eau potable et aux services hygiéniques pour tous, notamment dans les villages et le communautés des pays pauvres et dans les grandes agglomérations urbaines du « Sud ».

Les actions en cours dans le cadre de cette coopération décentralisée sont nombreuses et significatives. L’AMECE vise à faciliter la mise en commun de certains schémas de coopération, certains dispositifs financiers, certains parcours socio-culturels, notamment dans le domaine de l’éducation.

Pour le droit universel à l’eau Retour à la table des matières

L’AMECE est partie d’un double constat : primo, le devenir démocratique de nos sociétés et du monde passe par la participation directe des citoyens au gouvernement de la res publica, renforçant ainsi le fonctionnement de la démocratie représentative ; secundo, le devenir juste, solidaire et durable de nos sociétés passe par le droit à la vie pour tous et par un « gouvernement » sage de la vie sur la planète. Le droit universel à l’eau, et le gouvernement de l’eau en tant que bien commun, en constituent la concrétisation préalable.

Pour ces raisons, l’eau est devenue ces dernières années le terrain politique d’affrontement entre une vision antagoniste et oligarchique de la société et du monde, et une vision coopérative et juste. La prédominance actuelle de la première vision se traduit effectivement par le refus brutal de la vie pour tous et la prédation des biens communs.

Pour la première fois, l’AMECE permet que se rencontrent à Bruxelles des parlementaires, des maires et administrateurs locaux, des syndicats, des entreprises publiques et des mouvements sociaux, dans la perspective de l’élaboration d’un parcours commun d’actions visant à bloquer une fois pour toutes les processus de marchandisation et de privatisation de l’eau, et à faire émerger des alternatives concrètes élaborées démocratiquement.

Riccardo Petrella est notamment l’auteur de Désir d’humanité.

Le droit de rêver, Editions Labor, Bruxelles et Ecosociété, Montréal.

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6 commentaires

  • Le scandale mondial de l’eau 25 février 2007 20:08, par agnès

    Quel brio !

    Je vous ai vu et entendu au Mans en 2005 et j’ai lu votre livre « désir d’humanité »… Là encore, je retrouve la même vitalité, le même humanisme lesquels tirent la sonnette d’alarme tout en emplissant nos âmes de bon sens, d’espoirs et d’énergie, préalables nécessaires pour résister et lutter contre des quotidiens souvent mesquins. Je ne sais si notre maire a prévu de participer à cette assemblée mais à nous citoyens de l’inviter à s’engager : 2007 est pour lui une année pré-électorale. C’est une bataille difficile car, comme le souligne Marc Laimé, source intarissable sur le sujet s’il en est, la gestion de l’eau potable en France est et demeure souterraine depuis un siècle et demi. Cependant, il semble que le débat commence à faire surface… Courage, espoir, ténacité. Merci pour votre pertinence et les bulles d’air que vous nous apporter.

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  • Le scandale mondial de l’eau 27 février 2007 17:48, par Muléro Philippe

    Bonjour Je cherche des personnes vraiment motivés pour  » agir  » et créer des emplois pour protéger l’environnement et même fournir dans des régions où il y a un manque d’eau potable des pompes qui marcheraient à l’energie solaire. voir le site en construction : www.oh-secours.fr la page comment agir ? En commercialisant des pages Web sur un site par ville pour les commarçants et les entreprises. J’ai sollicité la Fondation de France pour gérer les fonds je compte sur vous ! Merci. * Avec l’UE et pour les 50 ans du Traité de Rome j’organise une souscription internationale pour l’achat d’oliviers symbole de la Paix. ATTENTION les anti européen sont de plus en plus nombreux nationalistes de droite et de gauche. L’europe va mal et il faut se souvenir que les 2 guerres mondiales ont débuté en Europe ; Et je me sens particulièrement concerné parce-que mes amis ont été envoyé dans les camps de la mort avec les Juifs ; AUSSI NE VOUS LAISSEZ PAS INFLUENCER PAR CEUX QUI NE VEULENT PAS DE LA PAIX

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  • Le scandale mondial de l’eau 28 février 2007 09:59, par Bastille

    «  »Des milliards d’êtres humains meurent par manque d’eau potable, alors que des entreprises privées, notamment françaises, les premières au monde dans le domaine de l’eau, réalisent des milliards d’euros de profit en vendant l’eau potable. Tel est le scandale mondial de l’eau. »" Je ne vois pas le rapport. Si les entreprises privées faisaient du profit en vendant de l’eau potable a ceux qui en manquent, ils ne mourraient plus. Non ? Le reste est du même « tonneau ». Pour en finir avec les droits créance, je suggère une fois pour toute d’imposer le DROIT A TOUT (pour rien).

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  • Le scandale mondial de l’eau 6 mars 2007 00:01, par jacques

    Désir d’humanité ! Le droit de réver ! Je crois que tout est dit dans ces deux titres . Belle naiveté donc de penser que la ….charité ? humaine va l’emporter sur le désir de profits et de pouvoir d’un nouveau marché qui semble hélas anodin à tous .

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  • Le scandale mondial de l’eau 12 mars 2007 10:34, par Claudio

    Monsieur Petrella,

    Je me reconnais dans votre combat , vous félicite et vous encourage !

    Mon souhait est que la terre se remplisse de gens comme vous .Courage et bonnne continuation !

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  • Le scandale mondial de l’eau 15 mars 2007 23:04, par ernest

    Neuf milliards de terriens en 2050, comment va-t-on les nourrir ? Il semble qu’un groupe de scientifiques et de courageux militants ait trouvé une solution originale et efficace. C’est expliqué sur le blog www.thedino.eu

    Voir en ligne : NEUF MILLIARDS D’HUMAINS

 

 

 

16 novembre 2007

Mobilisation internationale

contre les partenariats public-privé

 

par Marc Laimé

En 1999 la Grande-Bretagne, la Banque mondiale et treize autres pays donateurs décidaient d’orienter une partie des fonds publics investis dans les projets d’accès à l’eau vers les partenariats publics-privés en créant la Public-Private Infrastructure Advisory Facility (PPIAF). Cette initiative est fortement combattue en Europe et dans le reste du monde par une large coalition de citoyens, d’ONG et de syndicats qui s’opposent à la marchandisation croissante d’un droit humain essentiel. Par ailleurs une agence des Nations unies vient à son tour de dénoncer dans un rapport décapant 15 ans de privatisation de l’eau et de l’assainissement dans les pays pauvres…


 

En dépit des proclamations qui se succèdent lors de chaque grand sommet international, les pays développés ont considérablement diminué leur aide publique au développement dans le secteur de l’eau ces dernières années.

Ainsi, les aides bilatérales pour l’eau et l’assainissement ont-elles décru de 2,7 à 1,3 milliards de dollars entre 1997 et 2002. Et l’annulation de la dette des pays pauvres n’est toujours pas effective. Dette qui suscite de surcroît désormais l’appétit de « fonds vautours ».

La pénurie persiste et les inégalités d’accès vont croissant. Plus d’un milliard d’êtres humains ne disposent toujours pas d’accès à l’eau potable, sans compter les 2,4 milliards qui ne peuvent pas compter sur un système d’assainissement adéquat.


La Banque mondiale et la plupart des institutions internationales ont clairement pris le virage du partenariat des gouvernements avec le secteur privé, ainsi que les pays donateurs qui pensent échapper par ce biais à l’augmentation de l’aide internationale

La controverse autour des modalités de financement de l’accès à l’eau dans les pays pauvres n’a cessé de monter en puissance depuis une dizaine d’années, finissant par ébranler les « Tables de la loi » issues du « consensus de Washington. »

Les PPP sont ainsi clairement sur la sellette.

Et leur recette, faire en sorte que les États ou les collectivités publiques n’aient plus à financer des projets publics, puisque c’est le privé qui va s’en charger, de plus en plus décriée. Les contribuables-consommateurs payant sur vingt ou trente ans le coût du projet, augmenté des bénéfices considérables que réalise à l’occasion le promoteur privé de l’opération.

Une logique qui prive de surcroît à terme la puissance publique de toute capacité de planification et de contrôle de ses investissements .

Le PPIAF, bras armé de la libéralisation Retour à la table des matières

Or le PPIAF a pour mission d’offrir des conseils et de promouvoir les PPP.

S’il intervient dans différents domaines qui incluent les transports ou les télécommunications, ce sont ses activités liées à l’eau qui lui valent d’être pointé du doigt par une large coalition d’activistes.

Il compte au rang de ses donateurs la Banque asiatique de développement, la Banque mondiale, la Commission européenne et les gouvernements du Canada, de France, d’Allemagne, d’Italie, du Japon, des Pays Bas, de Suède, de Suisse, d’Angleterre et des Etats Unis.

Mais la Grande-Bretagne est de très loin son plus important soutien, puisqu’elle verse une contribution de plus de 50 % des fonds alloués à l’agence (soit 53 millions de livres sterling, 104 millions de dollars US à verser de 1999 jusqu’en 2008).

Il a ainsi récemment financé en février 2007 une conférence en Inde destinée à y promouvoir les PPP.

Mais de nombreuses organisations, dont L’Internationale des services publics et le Mouvement pour un développement mondial (WDM), reprochent au PPIAF de contribuer au paiement des consultants pour promouvoir la libéralisation des services d’eau et d’assainissement.

 



Les échecs du PPP Retour à la table des matières

En 1993 la désormais tristement célèbre entreprise Enron se voyait concéder la gestion de l’eau dans la province de Buenos Aires

Après la faillite d’Enron, huit ans plus tard, le gouvernement argentin s’est tourné vers le syndicat représentant les employés. Une entreprise publique a été mise sur pied par le syndicat et assure le service depuis lors

A Bombay, les controverses portent sur le choix d’une entreprise néo-zélandaise et sur celui du consultant associé à l’opération, Castalia. Le contrat signé entre le PPIAF et Castalia, qui visait à définir quel serait le meilleur modèle de gestion pour la ville de Bombay, a fait litière de toute participation des organisations citoyennes, comme de celle des autorités locales, exemple caricatural du fameux « empowerment » vanté à longueur de colloques par les tenants de la libéralisation…

Au Paraguay le PPIAF et la Banque mondiale ont exercé des pressions afin de faciliter l’ouverture du secteur aux entreprises privés, lors même que la société et les élus locaux refusent cette libéralisation. Et le congrès paraguayen travaillait à l’élaboration d’une loi sur l’eau qui garantit le rôle de l’état comme gestionnaire des ressources naturelles du pays.

Le Malawi, l’un des pays les plus pauvres d’Afrique, est la cible des études du PPIAF depuis 1998. En 2000, un cabinet de conseil américain a reçu la somme de 194 000 US dollars pour réaliser une étude prônant la libéralisation de l’eau. En dépit de la résistance de la société civile et d’un rapport attestant l’absence de participation des institutions locales, la Banque mondiale a continué à y prôner une concession au secteur privé. 



La riposte s’organise Retour à la table des matières

En mars 2005 à Genève, le second Forum alternatif mondial de l’eau (FAME) adoptait son tout premier principe, dénué de toute équivoque :

« L’accès à l’eau en quantité et en qualité suffisante à la vie doit être reconnu comme un droit constitutionnel humain et social, universel, indivisible et imprescriptible. »

Si la plupart des pays donateurs ne sont pas de cet avis, la force des mobilisations trouvait un écho jusqu’au sein du 4ème Forum mondial de l’eau (officiel celui-là), qui se tenait en mars 2006 à Mexico, comme en témoigne un extrait (page 108) de la synthèse du 4th World Water Forum :

« Water is complex, as it is at the same time an essential resource, a common good, an economic factor and a basic human right, as well as performing other functions that make it critical to each citizen in different and sometimes contradictory ways. »

« Avancée » que se gardera bien de reprendre la déclaration ministérielle conclusive de Mexico…

Le PPIAF sur la sellette Retour à la table des matières

En 2006 le WDM (World Développement Mouvement, UK) et FIVAS (Centre d’études internationales sur l’eau, Norvège) réalisent un rapport sur le PPIAF et documentent précisément les résultats des privatisations.

A partir de ces études, d’autres ONGs, Friends of the earth, France Libertés, CRBM (Campagne pour la reforme de la banque mondiale), PSIRU (Unité de recherche de l’internationale des services publics) sont sollicités pour participer à un forum prévu en 2007.

Trois cas concrets font l’objet d’une étude plus approfondie : Bombay, le Malawi et le Paraguay (voir supra).

Le rapport soulignait que l’agence a financé des structures destinées à développer une participation du secteur privé ou une privatisation dans le secteur de l’eau et les services de l’hygiène dans 37 pays.

Dans 16 d’entre eux le PPIAF a tenté de formaliser un « consensus » pour la mise en place de la privatisation des services de l’eau. Le principe du consensus fait référence à la promotion des bénéfices engendrés par la privatisation des secteurs de l’eau, et s’adresse aux membres hésitants des gouvernements, des parlements, du monde des affaires, des syndicats, de la société civile, et aux simples citoyens, afin de les convaincre que la privatisation est dans leur intérêt.

Mais la Norvège retirait dès février 2007 son appui au PPIAF

Un mois plus tard, en mars 2007, la Banque asiatique de développement annonçait qu’elle venait de lui octroyer 500 000 US $

Le gouvernement britannique annonçait toutefois le 22 mars 2007, Journée mondiale de l’eau, qu’il considérerait désormais l’éventualité de financer également des partenariats public-public…

Mais l’Italie retirait à son tour son appui à la Facilité consultative publique-privée de l’infrastructure, un jour avant la tenue de la réunion annuelle de l’Agence à la Haye aux Pays Bas, le 23 mai 2007.

Sa vice-ministre des affaires étrangères, Mme Patrizia Sentinelli, adressait en outre une lettre de soutien aux ONGs, avec l’engagement formel de retirer le soutien de l’Italie.

Elle indiquait que « les conséquences néfastes » du système pour la fourniture de l’eau et de l’assainissement aux pauvres du monde par la privatisation nécessitaient d’être examinées.

Le groupe d’ONG en campagne saluaient l’action de l’Italie pendant que leurs représentants arrivaient à la Haye pour manifester en marge de la conférence.

Ils présentaient ensuite une lettre ouverte aux donateurs du PPIAF, signée par 138 ONG et syndicats de 48 pays, à un représentant du gouvernement des Pays Bas.

Les ONG critiquaient particulièrement le financement du PPIAF pour les « projets de consensus » qui tentent de persuader les parties prenantes des pays en développement d’accepter la privatisation de l’eau, en particulier si les multinationales y sont impliquées.

Face à la pression de la société civile, les hauts responsables du PPIAF acceptaient de recevoir les ONG pour écouter les critiques et proposer des « convergences ».

La réunion de trois heures, tenue dans un espace « neutre » cédé par la presse hollandaise, se caractérisa par la position arrêtée des représentants officiels, refusant toute critique, quoique se disant ouverts au dialogue pour financer aussi des solutions publiques. Après cette rencontre, ils publiaient une « déclaration » adressée aux ONG :

« Nous partageons un même idéal. Au centre de nos préoccupations restent les milliards de personnes qui n’ont pas accès aux infrastructures. Il faut travailler tous ensemble pour s’assurer de l’accès à l’eau pour tous. » 



Le débat Retour à la table des matières

Dans une lettre ouverte aux donateurs, les ONG et syndicats avancaient l’idée que le secteur privé de l’eau a témoigné en réalité d’une très grande frilosité à s’investir financièrement dans la bataille de l’accès à l’eau potable pour les plus pauvres à un prix abordable.

« Nous arrivons à la conclusion que ces aides et subventions devraient être mieux dépensées et nous demandons à tous ces donateurs de retirer leur appui financier, » déclaraient-ils, rejoints par certains états très pauvres, ceux-là même qui avaient vu le PPIAF mener une politique de privatisation du secteur de l’eau sur leur territoire…

Elas Dias Pena, représentant des Amis de la Terre au Paraguay déclarait qu’en dépit d’une forte opposition des habitants et un net refus lors d’un vote sur cette orientation, la privatisation de l’eau reste toujours prônée par le PPIAF, le FMI et les puissants groupes privés du secteur de l’eau. L’opposition n’a pas faibli et s’est même intensifiée. Une loi nouvelle sur l’eau, présentée par les membres de la société civile et les membres du parlement stipule que « l’eau est propriété de l’Etat du Paraguay et l’accès à l’eau est un droit humain fondamental et continu ». Loi qui attendait d’être votée devant la chambre des députés du Paraguay.

Le PPIAF se défendait des critiques de ses détracteurs, rappelant l’ampleur et la qualité de ses actions.

« Afin d’atteindre les Objectifs du développement du millénaire (OMD), adoptés par l’ONU à New-York en 2000, les investissements financiers doivent doubler », déclarait-il, soulignant que 55 pays ont déjà réussi à sortir de l’ornière et atteindre leurs buts. Le secteur public qui finance environ 70 % des besoins en infrastructures, ne peut pas tout faire et tout seul. Les donateurs, le secteur privé et les consommateurs, tous doivent jouer leur rôle. »

Et de citer le Kenya comme exemple positif du financement de son système de production et de distribution d’eau. Le Kenya laisse les communes exploiter les réseaux, avec une faible participation financière de l’Etat. Afin d’aider à une meilleure compréhension du marché de l’eau par ses différents acteurs, le PPIAF et ses partenaires ont mis en place un projet pilote afin de mieux construire une base commerciale de développement de services et les aider à construire une planification de la commercialisation, de l’accès aux marchés et des audits.

Le projet pilote devra créer une structure financière innovante afin de rendre les prêts plus accessibles aux petites communautés, propriétaires des systèmes de fournitures d’eau, et responsables de la maintenance du réseau. Le Global Partnership on output based aid, un trust financier multi-donateurs créé en 2003 par le Département pour le développement international britannique et la Banque Mondiale, apporte son soutien financier en subventions couvrant 40 % du coût du projet. Les 21 systèmes serviront 60 000 personnes.

Mais Agsar Jafri, membre de Mumbai Paani, une ONG indienne opposée à une privatisation du secteur de l’eau en Inde, rétorquait que le PPIAF ne croit pas en une gouvernance démocratique, avec des infrastructures publiques, et agit comme un représentant de groupes privés du secteur de l’eau avec l’aval de la Banque Mondiale.

« Nous avons démontré cela à Mumbai (Bombay), où des consultants de Castalia, structure d’audit fondée par le PPIAF et la Banque mondiale réalisent une étude sur l’amélioration de la distribution de l’eau. Et ont recommandé de faire appel à des groupes privés, soulignait-il. »

Une agence de l’ONU stigmatise la privatisation Retour à la table des matières

L’excellent bulletin électronique mensuel Sources Weekly relate par ailleurs dans son édition de novembre 2007 que l’Institut de recherche pour le développement social des Nations Unies (UNRISD) vient de publier une étude qui présente 15 ans de recherches sur la privatisation de l’eau et de l’assainissement.

Intitulée « Politique sociale, régulation et implication du secteur privé dans l’approvisionnement en eau », elle souligne que ces politiques de promotion de la Participation du secteur privé (PSP) dans l’approvisionnement en eau des pays en développement sont économiquement viciées.

Les expériences de la PSP à travers le monde évoquent en effet l’existence d’un conflit profond entre le développement social, la santé publique et les préoccupations environnementales et la réduction de la pauvreté, d’une part, et le souci de rentabilité du secteur privé d’autre part.

Le capital étranger ne s’intéresse qu’aux grands marchés avec le minimum de risques. Par ailleurs, l’aide au développement pour l’eau et l’assainissement d’Outre-mer ne va pas aux pays les moins développés.

Seuls 13 % des pays d’Asie du sud font la promotion de la PSP, contre 64 % en Asie de l’Est et Pacifique. Il est maintenant évident que :

- les multinationales dominantes du secteur de l’eau ne s’intéressent pas aux pays à faible revenu, qui manquent d’approvisionnement en eau commercialement viable ;

- pour réduire les risques dans les pays plus pauvres, le secteur privé cible les clients mieux nantis dans les zones urbaines et/ou recherche des subventions, des prêts à des conditions souples et la renégociation des accords, afin de fournir des services aux personnes pauvres ;

- la privatisation en général augmente les prix de l’eau et accroît l’inégalité.

La PSP n’a pas produit les résultats escomptés et les exemples d’échec et de difficultés dans le secteur privé de l’eau augmentent.

Cependant, des groupes favorables à la privatisation se sont bien organisés et reformulent le concept la dénommant « Partenariat public-privé ».

L’auteur recommande que les politiques sociales sur l’approvisionnement en eau (tels que l’augmentation des tarifs de gros, les subventions croisées et une interdiction de débranchement) ne devraient pas être ignorée lors de la réforme du secteur de l’eau.

Lire :

- Prasad, N. (2006). Résultats de privatisation : participation du secteur privé aux services de l’eau 15 ans après. Revue de politique de développement, vol. 24, no 6 ; p. 669-692. DOI:10.1111/j.1467-7679.2006.00353.x

Contact : Naren Prasad (prasad@unrisd.org), [http://tinyurl.com/2dgru9], Institut de recherche des Nations Unies pour le développement social (UNRISD).

- Privatisation : les échecs en Afrique subsaharienne entravent l’impact des OMD), Source Weekly, 10 avril 2007.

- Privatisation de l’eau et de l’assainissement : les pauvres en profitent-ils ?, id21, 14 août 2007.

- Philippines : Water Privatisation – Boon or MNC Conspiracy ? Kalinga Seneviratne, International Press Service, 12 novembre 2007.

Le dossier des PPP :

Adieu services publics : L’institut de la gestion déléguée redessine la France d’après

Les eaux glacées du calcul égoïste, 30 mai 2007

Les PPP sont nuisibles et minent la démocratie

Carnets d’eau, 8 septembre 2007

La France soumise au PPP

Carnets d’eau, 25 octobre 2007

AUDIO : le rôle des multinationales dans la gestion de l’eau en France

Les eaux glacées du calcul égoïste, 29 octobre 2007

Mobilisation internationale contre les PPP

Carnets d’eau, 16 novembre 2007

Les PPP, nouvelle offensive de privatisation de l’action publique

Drôle d’En-Droit, Gilles J. Guglielmi, 11 janvier 2008.

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3 commentaires

  • Mobilisation internationale contre les partenariats public-privé 17 novembre 2007 06:53, par Pierre Leclerc

    Cet excellent article devient un bon outil d’éducation pour les militants de l’eau au Canada. Nous embarquons à notre tour dans le mouvement de mobilisation internationale contre les PPP.

    En effet, trois organisations canadiennes (Association Québécoise pour un Contrat Mondial de l’Eau, Développement et Paix et le Conseil des Canadiens) viennent récemment d’unir leurs efforts et lançent une pétition à l’échelle nationale afin que le Canada cesse d’appuyer la privatisation et reconnaisse le droit humain à l’eau.

    Nous demandons au gouvernement du Canada de :

    1. S’opposer au modèle actuel de privatisation mis de l’avant par la Banque mondiale, et conséquemment retire son soutien et sa participation financière au PPIAF.

    2. Soutenir les divers modèles de gestion publics alternatifs, démocratiques et participatifs développés par les organisations syndicales et les groupes de la société civile qui ont réussi à améliorer l’accès à l’eau sur le terrain.

    3. Affirmer clairement devant le Conseil des droit de l’Homme sa volonté de reconnaître le droit humain à l’eau.

    4. Adopter et mettre en oeuvre, au plan national, une stratégie et un plan d’action pour assurer le droit humain à l’eau et à l’assainissement.

    5. Protéger la ressource, en appliquant la motion adoptée le 5 juin 2007 par la majorité parlementaire de la Chambre des Communes demandant l’exclusion de l’eau dans l’accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA.

    En visitant le www.aqcme.org, vous trouverez le texte de la pétition ainsi qu’un article qui explique et dénonce la position actuelle du gouvernement canadien.

    Nous espérons recueillir des milliers de signatures pour appuyer notre action de lobbying qui se déroulera en 2008, année marquant le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme.

    Merci à notre confrère Marc !

    Pierre Leclerc Association québécoise pour un Contrat mondial de l’eau

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  • Mobilisation internationale contre les partenariats public-privé 18 novembre 2007 17:26, par CB

    Je tenais à vous remercier de la qualité de l’ensembe des articles que vous écrivez sur l’eau… Grâce à leur lecture, j’ai enfin pu m’orienter dans la multitude de textes aux contenus disparates disponibles sur Internet, et avoir une vision globale sur la question qui comble enfin des ’trous’ d’informations ou ’incertitudes’ quant aux enjeux sous-jacents. J’en fait profité le maximum de stagiaires (et responsables de structures liées à l’eau).

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  • Mobilisation internationale contre les partenariats public-privé 23 novembre 2007 15:58, par bobmorane

    Une question, comment les collectivités locales des pays du sud peuvent-elles financer des infrastructures d’accès à l’eau potable (puis à l’assainissement, car c’est pas bien de relâcher les eaux usées dans les rivières, ça pollue) avec des moyens si dérisoires ?

    La rénovation des réseaux des grandes villes de la méditerranées, par exemple comme Alexandrie ou encore Alger coûte plusieurs MILLIARDS de dollars par ans.

    C’est bien de dénoncer les PPP pour les télécoms ou pour les hôpitaux mais il restera toujours la question du financement des infrastructures de base pour les États qui sont ruinés. On arrive à un problème très difficile, pas d’investissement= pas d’eau potable. Pas d’argent=pas d’infrastructures. Pas d’infrastructure= pas d’eau potable.

    Le PPP est un moyen simple de financement de l’eau, car c’est un secteur qui n’intéresse pas les Etats les plus pauvres, ils font tout reposer sur l’aide au développement ( plus de 2 milliards de dollars depuis 2005 uniquement sur l’eau) et la situation ne s’arrange pas. Les villes et les pays qui font l’effort du PPP (ex : Casablanca) voient la qualité, la disponibilité de l’eau augmenter et les pertes dans le réseau diminuer (donc une meilleure gestion de l’eau).

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Congo : Banque mondiale et multinationales ont organisé le super-pillage des matières premières ( et autres sujets )

Posté par issopha le 6 avril 2008

Congo : Banque mondiale et multinationales ont organisé le super-pillage des matières premières

Tony Busselen

Congo : Banque mondiale et multinationales ont organisé le super-pillage des matières premières ( et autres sujets ) dans LA MONDIALISATION puce2 
 

La commission congolaise qui a examiné durant un an et demi les principaux accords du secteur minier a publié son rapport la semaine dernière. L’enquête a révélé pas moins qu’un véritable hold-up au détriment de l’État congolais. Le gouvernement de Kinshasa ne tire pour ainsi dire pas de recettes d’un secteur au sein duquel l’emploi est soumis à une spéculation à grande échelle.

 

Comment est-il possible qu’un des pays les plus riches de la planète fasse en même temps partie des plus pauvres ? Naturellement, la base de cette situation a déjà été posée sous la dictature de Mobutu, qui s’est exercée de 1961 à 1996. À la fin des années 1980, le Congo envoyait bien plus d’argent vers le Nord qu’il n’en recevait. Il payait des intérêts impossibles sur des emprunts et les produits qu’il importait du Nord étaient de plus en plus chers alors que les prix de ses propres matières premières s’effondraient. Le fameux marché libre rendait tout développement économique impossible.

En outre, le régime mobutiste obéissait servilement aux moindres desiderata des multinationales occidentales. C’est ainsi qu’à cette époque, des contrats à long terme furent conclus, permettant aux multinationales d’exporter des matières premières à des prix fixes, sans tenir compte des véritables prix du marché. Le journal Le Phare cite un exemple de contrats selon lesquels, aujourd’hui, on facture toujours la tonne de cuivre à 500 dollars, alors que le prix sur le marché mondial tutoie les 8.000 dollars (soit… 1500 % de bénéfice !).

Mais, ces dernières années, les grandes sociétés minières ont-elles aussi commis un véritable hold-up des richesses congolaises.

En 2006, les rentrées de l’État concernant le secteur minier étaient bien loin de répondre aux attentes. Elles ne représentaient que 6 % du budget du gouvernement alors qu’en 2002, en pleine guerre, elles s’élevaient encore à 30 % du budget. Dixit le ministre de l’Économie et du Commerce, André-Philippe Futa. C’est d’autant plus honteux quand on sait que, ces dernières années, au Katanga, 1644 permis d’exploitation de mines ont été délivrés et que le prix des matières premières a considérablement augmenté. Le prix du cuivre, par exemple, n’était encore que de 4000 dollars la tonne voici quatre ans, alors qu’aujourd’hui, il approche les 8000 dollars .

La commission gouvernementale de révision des contrats miniers décrit la façon dont ce hold-up a été perpétré :

- les entreprises minières bénéficié d’une exemption complète d’impôts durant une période anormalement longue ;
- la sous-évaluation de l’apport du côté congolais ;
- la surévaluation de l’apport du partenaire étranger.

Des 60 contrats examinés, aucun ne s’est avéré « normal » [lisez « acceptable »], 39 devraient être renégociés et 22 devraient tout simplement être résiliés.

L’ONG IPIS cite quelques exemples du rapport :
- Anvil Mining à Dikulushi

La commission est surtout outrée du fait qu’Anvil y a obtenu, pour elle-même et pour tous ses sous-traitants, durant 20 années, une exemption complète d’impôts et de royalties, grâce à un contrat signé en sous-main en 1998.

AngloGold Kilo
La commission prétend qu’au fil des années, la convention minière d’Okimo, signée avec AngloGold Kilo, n’a cessé de subir de vilaines entorses de la part du partenaire privé. La superficie d’exploitation allouée à AngloGold a quadruplé, alors que le loyer pour le territoire a diminué. En outre, AngoGold n’y a toujours pas entamé la production.

Tenke Fungurume Mining
Parmi les joint-ventures de Gécamines, c’est surtout Tenke Fungurume Mining qui saute aux yeux. Là aussi, la commission dit que la participation de Gécamines doit regrimper à 45 %. Selon la commission, cette participation a été indûment ramenée de 45 % à 17,5 %. Le contrat de 2005, qui réduisait également la rémunération financière pour l’apport de Gécamines de 250 millions à 100 millions de dollars, doit être annulé, estime la commission. Mais il y a une complication : le partenaire d’origine, Lundin, a vendu une partie de sa participation à la société minière américaine Phelps Dodge. Illégalement, prétend la commission. Il convient de noter que, fin 2006, Phelps a été repris par Freeport McMoran qui, aujourd’hui, détient ainsi une participation de presque 58 % dans Tenke Fungurume Mining.

Spéculation sur un monceau de misères
La population congolaise vit dans une misère noire. Mais les entreprises minières ne sont pas pressées d’entamer la production. Entre-temps, elles spéculent toutefois sur leurs concessions, « obtenues » de l’État congolais, afin de réaliser des profits maximaux.

Elles laissent leurs concessions minières intactes jusqu’au moment où les prix (entre autres, du cuivre et du cobalt) auront augmenté le plus possible et que leurs conditions d’exploitation se seront développées de façon optimale au détriment de l’État congolais.

À la mi-mars, à Kinshasa, le ministre congolais des Mines, Martin Kabuelulu, expliquait qu’à ce moment, 4542 titres d’exploitation de mines et de carrières avaient été délivrés à 642 firmes et que les concessions auxquels ces titres avaient trait, constituaient 33 % du territoire national. Le ministre expliquait par la même occasion que, des 60 contrats miniers examinés, 5 seulement étaient actuellement en phase de production et 6 au stade d’étude préparatoire.

De la sorte, l’État congolais ne peut pratiquement percevoir aucun impôt du secteur, alors que ces rentrées lui permettraient de financer la reconstruction du pays. De leur côté, les travailleurs congolais ne peuvent gagner le moindre salaire en vue d’entretenir leurs familles.

Comment une telle situation a-t-elle été possible et que faire pour y remédier ?

Dans les capitales occidentales comme Londres et Bruxelles, on suggère que « les dirigeants congolais, incompétents » sont coresponsables de cette situation. Ils auraient en effet signé les contrats et ils ont palpé suffisamment de pots-de-vin pour laisser se produire ce pillage des ressources nationales.

L’Occident réclame dont la « transparence » : Des spécialistes internationaux neutres et des représentants du monde des ONG devraient pouvoir participer aux négociations. D’après les capitales européennes, cela ne doit certainement pas se faire « dans la discrétion », sinon les opérations risqueraient d’être encore entachées par « des pots-de-vin supplémentaires ».

Mais cette analyse des causes et des remèdes à envisager est totalement erronée. En fait, la discussion doit se focaliser en premier lieu sur la façon de mettre sous pression les multinationales minières et les banques. Car ce sont elles, en effet, les principales responsables de cette situation.

1°) les grandes sociétés minières occidentales accaparent le gros du butin. Il s’agit d’entreprises qui réalisent de superprofits. IPIS cite, par exemple, les bénéfices 2007 de deux géants miniers : BHP Billiton (13,496 milliards de dollars) et Rio Tinto (7,746 milliards de dollars). Des chiffres faramineux et il ne s’agit que de deux acteurs importants parmi d’autres. Ces mastodontes de l’exploitation minière sont aujourd’hui lancés dans une véritable ruée vers l’or dans un pays qui a été ravagé par des décennies de dictature et une longue guerre sanglante au cours de laquelle 5 millions de personnes au moins ont perdu la vie. Un pays qui a besoin de toute l’aide qu’il pourrait recevoir.

La TOTALITÉ du secteur minier au Congo ne paie que 26,7 millions de dollars d’impôts (soit environ 0,3 euro par habitant). En Occident, on ne veut pas entendre parler de nouvelles véritables négociations. Le ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht (Open VLD), disait le 13 mars dans De Tijd que ce ne sont pas des négociations, quoi qu’il en soit, qui pourront accroître ce montant de 26,7 millions de dollars. « La Banque mondiale vise un montant de 200 millions de dollars par an (environ 154 millions d’euros) de rentrées d’impôts en provenance du secteur minier congolais. » L’hebdomadaire Trends-Tendances y va de la réflexion suivante : « 200 millions de dollars, c’est étonnamment peu. En comparaison avec 2006, la Zambie (un pays plus petit que le Congo et disposant de beaucoup moins de matières premières, NdlR) a engrangé 2 milliards d’euros de recettes sur ses exportations de cuivre. »

Les entreprises particulièrement prospères ont donc imposé des accords qui, durant les décennies à venir, priveront l’État congolais d’un gros paquet de milliards de dollars, alors que cet argent est absolument indispensable pour la reconstruction du pays.

2°) Depuis les années 1990, la Banque mondiale réclame la privatisation du secteur minier en Afrique. Au Congo, elle a surveillé de près les opérations et elle a donné son approbation à la signature de tous ces accords scandaleux avec les sociétés minières. C’est donc un euphémisme que de dire que la Banque mondiale a au moins été complice de ce hold-up. L’hebdomadaire Trends-Tendances explique que, quelques jours avant la publication du rapport du gouvernement congolais, James Wolfowitz, directeur de la Banque mondiale, avait déjà fait comprendre clairement qu’il entendait maintenir les contrats existants, sous le prétexte « de ne pas vouloir créer d’insécurité juridique ».

En fait, on ne peut donc qu’espérer que, tôt ou tard, le gouvernement congolais se laissera inspirer par les positions adoptées par les gouvernements du président bolivien Evo Morales et du président vénézuélien Hugo Chávez et, si la chose est nécessaire, qu’il recourra à l’arme de l’expropriation ou de la nationalisation. En même temps, on ne peut qu’adopter un avis très critique lorsque des hommes politiques comme De Gucht ou des institutions comme la banque mondiale se permettent en outre de sermonner les dirigeants congolais à propos de la nécessité d’une « bonne et saine gestion » ou de se plaindre des « États faillis » (ou plus rien ne fonctionne).

3°) La plupart des contrats ont été conclus à une époque où le Congo ne disposait pratiquement d’aucune marge de négociation.

À partir d’août 1998, le Congo a été attaqué par deux importantes armées, très bien entraînées, de la région : les armées du Rwanda et de l’Ouganda. En faillite totale après la période mobutiste, avec une armée pour ainsi dire inexistante, le père Kabila ne se voyait accorder aucune chance par personne. Cette guerre avait d’ailleurs éclaté parce que Laurent-Désiré Kabila « avait adopté une attitude impossible » aux yeux du capital international. Imaginez : Kabila osait résilier des contrats injustes et, au moment même du déclenchement de la guerre d’agression, ç’avait encore été le cas du contrat avec le géant minier canadien Banro. Aldo Ajello, à l’époque représentant de l’Union européenne pour l’Afrique centrale, résume dans les termes suivants ce qui se disait dans les capitales européennes au début de cette guerre d’agression : « En août 1998, l’opération menée par l’actuel chef d’état-major rwandais James Kabarebe aurait dû prendre la forme d’une guerre éclair qui aurait duré une semaine au maximum. (…) Il est vrai que Kabila n’est pas sympathique. Au fond, tout le monde aurait préféré voir le blitz réussir (…) » (Le Soir, 4 mars 2007).

Laurent-Désiré Kabila n’a alors pu faire autrement que de signer certains accords afin de pouvoir disposer d’un minimum d’argent pour financer la défense du pays.

Après l’assassinat du président Kabila, l’Occident obligeait le Congo à accepter un gouvernement d’Unité nationale au sein duquel seraient représentés les fameux « mouvements rebelles » qui avaient collaboré avec les armées étrangères ayant organisé l’invasion du territoire congolais. C’est au sein de ce gouvernement de transition que le chef rebelle et allié de l’armée ougandaise, Jean-Pierre Bemba, est devenu président de la commission des Affaires économiques.

Il ne fait pas de doute que, dans plusieurs situations, un certain nombre d’opportunistes se sont servis de leur position dans l’État congolais pour s’enrichir personnellement en « fermant les yeux » sur certaines choses. Mais, en comparaison avec les bénéfices des multinationales minières, ils n’ont tout au plus récolté ici que des miettes.

4°) L’actuel gouvernement, qui a fait établir ce rapport, est d’un tout autre calibre. Il résulte d’élections. Il est à remarquer que peu de commentateurs font la distinction entre ce gouvernement constitué autour de l’alliance entre Kabila et Gizenga et le précédent « gouvernement de transition ». Gizenga est connu pour son intégrité. Son parti est à peu près le seul à ne s’être jamais compromis avec le mobutisme. Gizenga avait déjà été Premier ministre sous Lumumba. Il n’a jamais été, il est vrai, un révolutionnaire comme son camarade de parti Mulele, mais, depuis les années 1960, il s’est toujours opposé à la dictature. Le parti de Gizenga, le PALU, a été le seul qui, sur base de son organisation et de sa force de conviction, et non sur base de l’argent, ait obtenu des résultats spectaculaires lors des élections (14 % au premier tour).

Le choix de Joseph Kabila de s’embarquer avec Gizenga précisément a causé pas mal de tiraillements au sein de sa propre famille politique où de nombreux opportunistes et anciens mobutistes s’étaient emparés de postes importants au gouvernement.

Ce n’est pas un hasard si la commission chargée d’examiner les contrats a été instaurée par le ministre des Mines, un membre du PALU. Et que c’est également ce ministre qui a annoncé la publication du rapport. La « Task Force », un groupe de travail qui devra assurer le suivi et se charger des négociations avec les compagnies minières, est un reflet de l’alliance gouvernementale .

Les entreprises minières ont fait inscrire des clauses particulièrement hermétiques dans les accords et elles disposent des meilleurs juristes en vie de défendre leurs intérêts devant les instances internationales. L’alliance Kabila-Gizenga n’est pas une alliance révolutionnaire. Elle ne prendre vraisemblablement pas de mesures révolutionnaires telles l’expropriation ou la nationalisation. Cette commission va donc plutôt louvoyer et elle évitera plus que probablement les grosses confrontations. Mais on ne peut tout simplement trouver au Congo d’autre force ou alliance politique susceptible de mener ces négociations de façon plus intègre.

 

 

5 questions à propos du soulèvement au Tibet
Peter Franssen  

1. Que s’est-il réellement passé ?
2. Quel était le but des émeutes ?
3. Des médiamensonges : dans quel but ?
4. Le mouvement tibétain est-il spontané et indépendant ?
5. Toute la communauté internationale condamne-t-elle la Chine ?

 

Vendredi 14 mars dernier, une émeute éclatait à Lhassa, la capitale de la Région autonome du Tibet. Partout dans le monde, ces événements ont donné lieu à des protestations contre l’intervention de la police anti-émeute et l’armée chinoises.
Voici cinq questions à ce propos et, chaque fois, une esquisse de réponse.

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1. Que s’est-il réellement passé ?
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En Occident, l’opinion publique a eu l’impression que des manifestants pacifiques, sous la direction de moines, avaient défilé dans les rues pour réclamer la liberté et que la police et l’armée chinoises étaient intervenues de façon très répressive.
Entre une semaine et dix jours après les faits, il y a toujours, dans l’opinion publique, nombre de gens qui retiennent cette version des faits. Comme la présidente du parlement américain, Nancy Pelosi, numéro deux des États-Unis dans la hiérarchie politique, qui prétend que le comportement de la Chine est « un défi à la conscience du monde entier ».
( lisez l’article http://www.iht.com/articles/ap/2008/03/21/news/Pelosi-Dalai-Lama.php )
« Si nous ne parlons pas maintenant, nous n’aurons plus jamais le droit de parler », ajoute cette dame.
Le dalaï-lama l’a remerciée en disant que les États-Unis étaient « les champions de la liberté et de la démocratie ». Le dalaï-lama peut dire qu’il a de la chance d’être tibétain et de ne pas habiter, d’aventure, au Vietnam, au Laos, au Cambodge, en Afghanistan ou en Irak, pour ne citer que quelques pays contre lesquels les États-Unis, ces « champions de la liberté et de la démocratie », ont déclenché des guerres. Guerres qui, par ailleurs, ont toutes reçu le soutien de ce pacifiste à l’éternel sourire qu’est le dalaï-lama.

Deux jours après Nancy Pelosi, c’était le tour du président du parlement européen, l’Allemand Hans-Gert Poettering. « Si le gouvernement chinois suit cette ligne dure contre le Tibet, nous devons envisager un boycott des JO », a-t-il dit.
(Lisez l’article. http://www.ft.com/cms/s/0/7f31888c-f8e5-11dc-bcf3-000077b07658.html )
Auparavant, cette suggestion avait déjà été faite par le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner. Son homologue allemand Frank Walter Steinmeier a mis en garde la Chine contre le fait que son approche de la crise compromettait les JO
(lisez l’article http://ap.google.com/article/ALeqM5h79xS2DH2a0P1VYcF_2aHikRFJtAD8VHTPG00 ).
On peut se poser des questions à propos de la bonne foi de Pelosi, Poettering, Kouchner, Steinmeier. Toutes les déclarations, reportages, films et photos des témoins directs des événements montrent précisément le contraire de ce que ces politiciens prétendent. Nous pouvons désormais affirmer avec certitude que, ce vendredi 14 mars à
Lhassa, il n’a nullement été question de manifestations, mais bien d’une émeute. Des groupes de jeunes, parfois sous la conduite de moines et armés de couteaux, de sabres, de machettes, de pierres et de cocktails Molotov, ont bouté le feu à des maisons, des commerces et des voitures. Sauf les touristes, toutes les personnes qui n’étaient pas tibétaines étaient en danger. Non seulement les Chinois Han, mais également les musulmans Hui, ont été battus, tabassés sauvagement, voire battus à mort. La violence a été extrêmement brutale et de nature ethnique et raciste.

Ci-dessous, vous pouvez lire une série de témoignages, surtout de sources occidentales.

« En face de notre hôtel, ils ont bouté le feu à quatre bâtiments ». « Au carrefour en face de mon hôtel, j’ai vu comment des Tibétains en colère criblaient des pierres des Chinois passant en scooter. Quand l’un d’eux tombait de son scooter, il se faisait horriblement tabasser. Ils étaient maltraités » , déclare un touriste hollandais dans De Volkskrant.
(Lisez l’article http://www.volkskrantreizen.nl/blogpost.php?username=reisredactie&webtitle=nederlanders_over_onluste&usergroup=redactie )
« Les vieilles personnes n’ont pas été épargnées non plus ».
Le journal français Le Parisien donne la parole au touriste canadien John Kenwood, qui raconte comment une bande a arraché un vieillard à son vélo, l’a battu à coups de poing et de pied. Un passant occidental a pu tirer le vieillard d’affaire.
(Lisez l’article http://www.leparisien.fr/home/info/international/articles/SCENES-DE-LYNCHAGE-DE-CHINOIS-PAR-DES-TIBETAINS_296267549#header )

Des images d’émeute
Voici un petit film qui montre comment un homme en furie s’en prend à un Chinois roulant en scooter.
À six ou sept reprises, il frappe le Chinois à la tête avec une pierre. D’autres se précipitent pour jeter le Chinois à bas de son scooter et ils continuent de le battre. Le Chinois tombe sur le sol et reçoit encore des coups et des pierres. Un peu plus tard, cet homme a été admis à l’hôpital. Il a perdu un oeil.
Mise en garde : le film est particulièrement choquant.
Le film : http://www.youtube.com/watch?v=Jr3vhPo0pK0

Hôpitaux et écoles n’ont pas été épargnés.
Le bilan est très lourd : 13 morts, 325 blessés, 422 magasins, 120
maisons d’habitation, 6 hôpitaux et 7 écoles ont subi des déprédations à des degrés divers.
(Lisez l’article http://english.peopledaily.com.cn/90001/90776/90882/6376824.html )

Cinq jeunes filles brûlées vives.
Un groupe de manifestants a incendié un magasin à Lhassa. Six vendeuses y travaillaient. Cinq ont péri, brûlées vives. La plus vieille avait 24 ans, la plus jeune 18 ans.
(Lisez l’article http://www.chinadaily.com.cn/china/2008-03/20/content_6553129.htm)

« Des manifestants, non. Des criminels ! ».
Le journal allemand Junge Welt dit dans un de ses titres qu’il ne s’agissait pas de manifestants, mais de criminels.
(Lisez l’article http://www.jungewelt.de/2008/03-20/059.php )

« Partout autour de moi, le feu faisait rage ».
Le journaliste Benjamin Morgan interviewe un certain nombre de touristes étrangers qui sont rentrés de la capitale tibétaine Lhassa. Les touristes avaient du mal à trouver leurs mots pour décrire les brutalités auxquelles ils avaient assisté.
(Lisez l’article http://www.smh.com.au/news/world/crackdown-as-10-burnt-to-death-in-tibet-riots/2008/03/15/1205472170804.html )

« Ils battaient les gens à coups de pierres, de couteaux de boucherie, de machettes ».
Le témoignage de l’Espagnol Juan Carlos Alonso.
(Lisez l’article http://www.straitstimes.com/Latest%2BNews/Asia/STIStory_217614.html )

Des blessés racontent.
Depuis leur lit à l’hôpital, deux musulmans racontent.
(Lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/16/content_7802771.htm )

Un petit film de la BBC montre des images des événements.
Lundi (17 mars), la BBC a présenté un petit film des violences dans la capitale tibétaine Lhassa. (Visionnez le film)

Les musulmans aussi étaient agressés.
Depuis Lhassa, le journaliste James Miles témoigne de la façon dont les émeutiers s’en sont pris à tous ceux qui n’étaient pas tibétains.
(Lisez l’article http://www.economist.com/daily/news/displaystory.cfm?story_id=10870258)

« J’ai vu comment ils battaient des gens à mort ».
Un touriste danois témoigne. L’article est en danois, mais vous pouvez en lire une partie ici en anglais.

http://www.guardian.co.uk/world/feedarticle/7386817

Un touriste : « Le quartier musulman a été entièrement détruit ».
Des magasins ont été pillés, incendiés dans le quartier musulman, tout a été détruit.
(Lisez l’article http://www.arabtimesonline.com/client/pagesdetails.asp?nid=13971&ccid=18 )

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2. Quel était le but des émeutes ?
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Provoquer le gouvernement chinois

Le soulèvement était-il spontané ? Etait-ce une explosion de colère populaire qui, hélas, a mal tourné ? C’est ce que veut nous faire croire le dalaï-lama. Pourtant, des organisations extrémistes ont admis qu’elles avaient effectivement voulu et planifié ces événements. Provoquer les autorités chinoises, telle était la tactique prévue. Le 15 mars, c’est-à-dire le lendemain des événements, paraît dans The Seattle Times un article intitulé « Tester la Chine ». Tsewang Rigzin, le président de la très extrémiste Ligue de la jeunesse tibétaine, y déclare que les JO constituent une occasion unique de porter leur cause à l’attention de l’opinion mondiale : « Nous voulons tester la Chine. Nous voulons qu’elle montre son vrai visage. C’est pourquoi nous les provoquons à ce point. »
(Lisez l’article http://seattletimes.nwsource.com/html/nationworld/2004284049_tibetanalysis.html)

Ce qui était prévu s’est également déroulé sur place. Dans ce film,

http://news.cctv.com/china/20080320/107214.shtml

on voit, après environ 90 secondes, un homme armé de deux bâtons, debout sur le toit d’une voiture de police. Il dirige une bande d’incendiaires, de pillards et de lyncheurs. Cet homme est cadre de la Ligue de la jeunesse tibétaine et il est bien connu des services de police. Il est entré dans la clandestinité. Cet homme faisait partie d’un groupe de 40 Tibétains qui, un mois avant les faits, ont subi un entraînement intensif de trois jours dans la ville indienne de Dharamshala, où séjourne le dalaï-lama. L’un des formateurs n’était autre que le rédacteur en chef de The Voice of Tibet, une station de radio financée par la CIA. Les cours traitaient de l’approche des médias, de la situation au Tibet, de l’importance des jeux Olympiques, de l’importance d’une action coordonnée sur le terrain même… Vous pouvez lire l’article à ce propos ici.

http://www.phayul.com/news/article.aspx?id=19302

Deux de ces manuels de cours ont déjà été utilisés plus tôt, entre autres en Europe de l’Est. Des jeunes des organisations d’extrême droite Otpor (Serbie) et Pora (Ukraine), encadrés et formés par la CIA et d’autres services de renseignements, ont suivi ces cours en guise de préparation aux fameuses « révolutions orange ». En 2006, l’Institut Albert Einstein a traduit ces cours. L’un d’eux a été préfacé par le dalaï-lama en personne. On peut lire cette préface ici .

http://www.aeinstein.org/organizationsTibetanFDTD.html

Restaurer la théocratie
La déclaration du président de l’organisation de jeunesse ci-dessus concorde avec les objectifs de l’émeute tels qu’ils ont été fixés par cinq organisations séparatistes tibétaines. Dans ce texte, il est écrit que les cinq organisations visent à déclencher une révolte qui annoncerait la fin de « l’occupation ». Ces cinq organisations sont : le Congrès de la jeunesse tibétaine, l’Association des femmes tibétaines, le Mouvement Gu-Chu-Sum du Tibet, le Parti national démocratique du Tibet et les Étudiants pour un Tibet libre. Dans leur cahier de revendications, on peut lire qu’elles veulent le retour au Tibet du dalaï-lama, à qui « il convient de donner la place qui lui revient de droit comme dirigeant légitime du peuple tibétain ». Ces organisations veulent donc le retour de la théocratie. C’est donc la même chose que si les fondamentalistes catholiques réclamaient la restauration en Europe de l’ordre du haut moyen âge, tout « en donnant au pape sa place légitime » à la tête du pouvoir temporel.

Declaration Tibetan Uprising (Déclaration à propos de l’insurrection tibétaine), 4 janvier 08
Lire l’article… http://tibetanuprising.org/2008/03/11/background/

Choisir la voie de l’escalade dans la violence
Auprès de l’opinion publique, le mouvement tibétain passe pour être très amical et pacifiste, essentiellement spirituel et porté sur l’élévation des âmes. Mais la réalité est tout autre. Six jours après qu’il y a eu des morts à Lhassa et qu’on aurait pu espérer voir apparaître quelques tiraillements de conscience chez les instigateurs des troubles, ils surenchérissent au contraire dans la violence. Le 20 mars, des cadres des cinq organisations séparatistes mentionnées plus haut avaient une rencontre avec le dalaï-lama. Ils lui ont demandé de lancer un appel direct à la violence.

Tibetan Youth Congress meets Dalai Lama Meyul (Le Congrès de la jeunesse tibétaine rencontre le dalaï-lama), 20 mars 2008 Lisez l’article…

http://meyul.com/2008/03/20/tibetan-youth-congress-meets-dalai-lama/

Essayer de faire éclater la Chine
Certaines figures de proue du mouvement tibétain visent l’éclatement de la Chine et ils veulent que, non seulement le Tibet, mais également la Région autonome du Xinjiang et la Mongolie intérieure se séparent de la Chine. Les cinq organisations susmentionnées ont organisé une « marche de la paix » qui est partie le 10 mars de la ville indienne de Dharamsala, durera cinq mois et franchira la frontière sino-indienne au Tibet le 8 août, c’est-à-dire le jour même de l’inauguration des JO. Les Tibétains ne marchent pas seuls. Ils le font, disent-ils, « avec des gens d’autres territoires occupés comme la Mongolie et le Turkestan oriental (Xinjiang) ». Ces « territoires occupés » doivent eux aussi être libérés.

Tibetaanse Vredesmars: ‘Return Home March’ Passie voor de Rechten van de Mens (Marche tibétaine de la paix : « La marche du retour au pays », une passion pour les droits de l’homme), 8 mars 2008
Lisez l’article…

http://passievoormensenrechten.web-log.nl/passie_voor_mensenrechten/2008/03/127-tibetaanse.html

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3. Des médiamensonges : dans quel but ?
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La plupart des hommes politiques et des médias occidentaux ont condamné la Chine pour ce qui s’est passé à Lhassa. Mais comment réagiraient-ils si des bandes de jeunes se mettaient à piller et à incendier les magasins de l’avenue Louise, à Bruxelles ? Ne réclameraient-ils pas des interventions musclées et des sanctions sévères ? À Lhassa, la police a opéré avec une très grande retenue durant toute la journée du vendredi 14 mars. Pourtant, on peut lire que la Chine a fait montre d’une « violence excessive ». Pour faire avaler cette absurdité à l’opinion publique, divers médias ont joué un rôle peu recommandable. Ils ont voulu nous faire croire que les meurtriers et les incendiaires étaient des combattants de la liberté qu’on avait atrocement massacrés. Manifestement, ils voulaient discréditer la Chine, même s’il fallait pour ce faire user des pires mensonges.
Ce vendredi 14 mars, à Lhassa, les Tibétains étaient « abattus comme des chiens », prétend ABC
(lire ici http://www.abcnews.go.com/International/Story?id=4468783&page=4 ).

L’International Herald Tribune fait savoir à ses lecteurs que 30 Tibétains ont été abattus (lire ici). Le Sydney Morning Herald prétend de son côté que 80 Tibétains ont été abattus
(lire ici http://www.iht.com/articles/ap/2008/03/15/asia/AS-GEN-India-Tibet-Deaths.php ).

Radio Free Asia a placé un petit film sur son site Internet en prétendant que des centaines de personnes « protestaient pacifiquement à Lhassa jusqu’au moment où la police chinoise en a abattu deux ». Cette station de la CIA croit manifestement ses propres mensonges car, dans le film, on voit uniquement des voitures et des bâtiments qui sont la proie des flammes. Et pas un seul policier.

http://meyul.com/

Les médiamensonges éreintés par la critique
Les étudiants chinois à l’étranger ont été très indignés par le traitement des informations dans les médias occidentaux. Ils ont lancé un site Internet

http://www.anti-cnn.com/

et y réfutent les médiamensonges. Vous trouverez un résumé de ces mensonges et de leurs réfutations sur ce petit film de 4 minutes.

Reporters sans honte
Outre les milieux entourant le dalaï-lama, c’est surtout l’organisation Reporters sans frontières qui a joué un rôle prépondérant dans la campagne mensongère. RSF se prétend une organisation indépendante défendant partout la liberté de la presse et les droits de l’homme. RSF a pas mal d’influence sur les médias occidentaux, même si, en tant qu’organisation, ce n’est qu’une usine à mensonges. RSF n’a cessé de publier des articles haineux et de tenter d’imputer à la Chine les troubles et les victimes. L’organisation lance un appel en vue de boycotter les JO (lisez ici). Reporters sans frontières est dirigée et cofinancée par le service américain de renseignements, la CIA. Son patron est Robert Ménard, un homme qui entretient d’étroits liens avec la mafia de Miami. RSF dit de Cuba que « c’est la plus grande prison de journalistes au monde ». Une allégation qui a quand même de quoi vous couper le souffle car, ces quarante dernières années, 791 journalistes ont été assassinés en Amérique latine, mais pas un seul à Cuba.
(lisez ici http://www.rsf.org/article.php3?id_article=26254 ).

Robert Ménard et son équipe sont aussi très actifs contre la Chine. Ménard est l’homme qui, la semaine dernière, a perturbé la cérémonie d’ignition de la flamme olympique. Si bien des médias tombent encore dans le panneau des mensonges de Ménard, l’Unesco ne s’y trompe plus : il y a peu, cette organisation a mis un terme à son soutien de RSF et a expliqué, dans une déclaration, que RSF avait fait preuve à plusieurs reprises d’une absence d’éthique en traitant certains pays de façon très peu objective.
Lisez ici un article sur la décision de l’Unesco. http://www.cubanews.ain.cu/2008/0313fracasaintento.htm

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4. Le mouvement tibétain est-il spontané et indépendant ?
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Quelque 5,4 millions de Tibétains vivent en Chine, soit 0,4 % de la population totale du pays. Le petit et courageux David contre le grand et méchant Goliath : voilà l’image que l’on propose à l’opinion publique. Ici aussi, la vérité est tout autre. Le principal soutien du mouvement tibétain, ce sont les États-Unis et plus spécifiquement la CIA et le ministère des Affaires étrangères. Depuis un demi-siècle, le dalaï-lama entretient des rapports très étroits avec ces deux piliers de la politique étrangère américaine. C’est sur l’insistance de la CIA et en échange d’un beau paquet de dollars que le damaï-lama quitte le pays pour l’Inde et ce, malgré un accord avec le gouvernement de Beijing. Depuis des années, la CIA s’emploie à mijoter une révolte armée au Tibet. Laquelle éclate en 1959. À l’époque, la CIA a un camp d’entraînement dans le Colorado et elle y initie des centaines de Tibétains à la guérilla et au terrorisme. Ce programme se poursuit jusqu’en 1961. Mais le conflit de faible intensité (LIC) qu’entretient la CIA au Tibet se poursuit aujourd’hui encore. Seules les méthodes et les tactiques de ce LIC ont été modifiées. On peut en apprendre plus ici :

http://www.atimes.com/atimes/China/JC26Ad02.html

Un financement via la CIA

L’emprise des États-Unis sur le mouvement tibétain est évidente quand on voit que ce sont principalement les Américains qui maintiennent financièrement ce mouvement. En 1998, le journaliste Jim Mann écrit dans le journal australien The Age un article intéressant qui s’appuie sur des documents des autorités américaines. Il y est entre autres révélé que, dans les années 1960, la CIA offrait 1,7 millions de dollars par an au mouvement tibétain à l’étranger. Le dalaï-lama lui-même recevait 180.000 dollars par an de la CIA
(lisez l’article http://listserv.muohio.edu/scripts/wa.exe?A2=ind9809c&L=archives&P=14058 ).
On peut naturellement se demander quelle est la teneur démocratique du dalaï-lama lorsque les assises financières de son mouvement sont assurées par une organisation dont le palmarès s’orne de millions de morts un peu partout sur la planète.

Un financement opéré via le NED

Dans la même période et celle qui suit, la CIA est mise en cause en raison de l’application au Vietnam du programme Phoenix, qui coûte la vie à 26.000 personnes, du coup d’État contre le président Allende au Chili et du soutien aux escadrons de la mort en Amérique latine. Il s’ensuit qu’une partie des activités de la CIA sont transférées à un nouvel organisme à l’appellation cynique de National Endowment for Democracy (NED, Dotation nationale en faveur de la démocratie). Une grande partie du soutien financier au mouvement tibétain émane désormais de cette source.
L’argent arrose entre autres l’International Campaign for Tibet (ICT), une organisation qui tente de gagner l’opinion mondiale aux points de vue du dalaï-lama. Au conseil d’adminsitration de l’ICT siègent entre autres l’agent de la CIA et président tchèque Vaclav Havel et l’ancien président de la Lituanie Vytautas Landsbergis. Les deux hommes sont également membres du Comité international pour la démocratie à Cuba, un club très huppé d’extrême droite. On peut admirer ce groupe ici : http://www.cubanismo.net/teksten_nl/democratie/eu_voor_cuba.htm

Un autre bénéficiaire de l’aide financière américaine est le Tibet Fund (Fonds Tibet). Cette organisation voulait convaincre les Tibétains et le monde entier de la légitimité du dalaï-lama. Il a également formé des journalistes dans la même vision. En 2001, Sharon Bush en était la directrice : elle n’est autre que la belle-sœur de l’actuel président des États-Unis.
Un autre groupe reçoit de l’argent du NED : le Tibet Information Network (Réseau d’information sur le Tibet), dont le siège est situé à Londres. Le groupe a également une vocation propagandiste. Il est dirigé par Richard Oppenheimer, un journaliste qui a travaillé pendant 22 ans pour la BBC.
De même, la Tibetan Literary Society (Société littéraire tibétaine) palpe les deniers du NED pour sa publication du journal Bod-Kyi-Dus-Bab (Tibet Times).
Le Tibet Multimedia Center figure lui aussi sur les feuilles de paie du NED : il diffuse des cassettes audio et vidéo avec les messages du dalaï-lama.
La Tibetan Review Trust Society a reçu de l’argent du NED pour la publication du mensuel Tibetan Review.
Depuis 1996, l’émetteur de radio Voice of Tibet est financé par le NED pour ses émissions en tibétain et en chinois.
Dans le rapport du NED pour 2006
(ici : http://www.ned.org/grants/06programs/grants-asia06.html#chinaTibet
, on peut lire que cinq organisations tibétaines reçoivent de l’argent pour un total de 173.000 dollars. La liste n’est pas complète en raison du « caractère confidentiel » de certaines donations.

Un financement via les Affaires étrangères

Le NED n’est pas le seul bailleur de fonds du mouvement tibétain. De l’argent américain arrose également le dalaï-lama et son entourage via le Bureau of Democracy, Human Rights and Labor (DRL – Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail) du ministère des Affaires étrangères. Ce DRL reçoit de l’État de l’argent qu’il peut utiliser afin de favoriser la « démocratie et les droits de l’homme » partout dans le monde. Un quart de tout cette manne va à des organisations qui s’intéressent à la « démocratie et aux droits de l’homme » en Chine. Il s’agit en grande partie d’organisations tibétaines. L’an dernier, le DRL a pu ainsi distribuer 23 millions de dollars. Un bon tiers de cet argent va au NED, le reste est distribué par le DRL même. Entre autres, au Tibet Fund déjà mentionné. Le rapport annuel le plus récent du Tibet Fund date de 2005
(lisez-le ici en PDF

http://tibetfund.org/annual_reports/2005report/2005_annualreport.pdf).

Il y est écrit qu’en 2005, le fonds avait un budget de 5 millions de dollars, dont une moitié en provenance du gouvernement américain, surtout du Bureau de la population, des réfugiés et de l’immigration du ministère des Affaires étrangères. Ce bureau est une composante du DRL. Cette année-là, le Fonds a offert 500.000 dollars au dalaï-lama en personne.

Un financement en provenance de l’Europe

Le gouvernement américain est le principal financier du mouvement tibétain. La prédilection du dalaï-lama pour la politique étrangère des États-Unis est donc très compréhensible. Mais les gouvernements européens n’hésitent pas non plus de mettre la main à la poche. Une grande partie du financement se fait non pas directement, mais par le biais de fondations dont, entre autres, la Friedrich Naumann Stiftung (fondation) et la Heinrich Böll Stiftung. Afin d’exprimer sa reconnaissance, le dalaï-lama a remis en 2005 le prix Light of Truth (Lumière de la vérité) au comte Otto Lambsdorff, président de la Friedrich Naumann Stiftung. Vous pouvez lire ici un rapport à ce sujet :

http://www.savetibet.org/nl/news/news.php?id=12

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5. Toute la communauté internationale condamne-t-elle la Chine ?
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S’il faut en croire les informations occidentales, la Chine est complètement isolée, désormais : le monde entier la condamne. En réalité, depuis le 14 mars, une bonne centaine de pays ont exprimé leur soutien à la Chine. Les mots de « communauté internationale », dans la bouche du président américain Bush, du président français Sarkozy et de la chancelière allemande Merkel, ne couvrent surtout qu’eux-mêmes. L’Asie, l’Amérique latine et l’Afrique n’entrent pas en ligne de compte, pas plus que les pays de l’ancienne URSS. On se souviendra de ce que la « communauté internationale » de George W. Bush avait également soutenu la guerre de ce dernier contre l’Irak. Mais, à y regarder de plus près, ce n’était absolument pas le cas.

Pour le Vietnam, le Cambodge, le Bangladesh, la Chine a agi correctement

Les gouvernements du Vietnam, du Cambodge et du Bangladesh ont été les premiers à exprimer leur soutien à la Chine. Le vice-ministre vietnamien des Affaires étrangères a déclaré : « Le Vietnam soutient pleinement le gouvernement chinois dans ses mesures en vue de stabiliser la situation au Tibet. »
(lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/21/content_7832281.htm )

Hugo Chávez : soutien à la Chine et aux JO

Le président vénézuélien a exprimé sa répulsion pour ce que les incendiaires de Lhassa ont fait. Il est convaincu que les États-Unis sont coresponsables de ces événements.
(lisez l’article http://www.standaard.be/Artikel/Detail.aspx?artikelId=B080326 )

La Russie, la Biélorussie, le Pakistan, les nations arabes…

http://www.chinadaily.com.cn/china/2008-03/21/content_6554245.htm

Il n’y a pas que les voisins directs de la Chine qui ont exprimé leur soutien à Beijing.
(lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/22/content_7836298.htm )

Les pays de l’Asie centrale, le Sierra Leone, le Bénin, la Syrie…
La Mongolie, le Népal, le Tadjikistan… La liste est longue. Le ministre syrien des Affaires étrangères a dit des émeutes à Lhassa : « la Syrie condamne ces événements et les milieux qui se trouvent derrière. Nous exprimons notre solidarité avec la Chine et nous rangeons aux côtés de la Chine. »
(lisez l’article http://news.xinhuanet.com/english/2008-03/22/content_7836298.htm )

Cuba condamne les séparatistes tibétains
C’est dans des termes très sévères que le gouvernement cubain a condamné le soulèvement de Lhassa. Cuba a également déclaré que les attentats contre les ambassades chinoises à l’étranger constituaient de graves infractions à la Convention de Vienne sur mes relations diplomatiques.
(lisez l’article http://english.peopledaily.com.cn/90001/90776/90883/6379900.html )

L’Amérique Latine est hors de contrôle
Noam Chomsky r
 

04/04/2008. Interview de Noam Chomsky par Angélica Lagos Camargo et Juan Camilo Maldonad. L’analyste nord-américain affirme que la Colombie et les Etats-Unis ne veulent pas permettre « l’échange des otages » et qu’avec l’assassinat de Raúl Reyes les chances de voir la libération des otages s’éloignent.

 

Noam Chomsky est professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology (MIT) et il est un critique sévère de la politique des Etats-Unis.

Noam Chomsky est un des analystes les plus critiques de la politique des Etats-Unis. Auteur de plusieurs livres sur la politique des Etats-Unis dans le monde, ce professeur nord-américain se définit comme « un défenseur des causes perdues ». Depuis son bureau de l’Institut de Technologie du Massachusetts (MIT) le professeur émérite a conversé avec El Espectador et il nous explique pourquoi John McCain sera le prochain président des Etats-Unis, les raisons qui font qu’on ne peut faire aboutir l’accord humanitaire en Colombie et les craintes que font naître, à Washington, les changements que connaît l’Amérique Latine.

- En novembre prochain, George W. Bush abandonne la présidence. Quel héritage, selon vous, va-t-il nous laisser ?

Son héritage sera d’avoir détruit tout ce qu’il touche. Sur le plan international, il a créé une incroyable catastrophe en Irak et il a abîmé l’image des Etats-Unis dans le monde. En outre, sa politique intérieure, la plus néfaste depuis la Seconde Guerre Mondiale, nous a plongés dans une crise économique aux proportions gigantesques.

- Bush est-il, comme le disent de nombreux analystes, le pire président de l’histoire des Etats-Unis ?

Oui, je dirais ça.

- Quelle a été la pire de ses actions?

L’Irak, sans aucun doute. Ce pays est la plus grande tragédie de ce siècle. L’invasion a détruit ce pays ; c’est une catastrophe. Sa stratégie, qu’il défend avec tant de force, c’est de créer une série de « seigneurs de la guerre » qui contrôlent de petits territoires mais qui, dans un avenir proche, finiront par se faire la guerre les uns les autres. Bush est un désastre total qui a conduit à un énorme développement du terrorisme.

- Quand croyez-vous que prendra fin cette boucherie en Irak?

Je pense comme John McCain, le prochain président des Etats-Unis, qui affirme que cela durera cent ans. Les candidats démocrates parlent de retirer des troupes, mais avec beaucoup de précautions et de réserves. En plus, si on considère ce que font le Gouvernement et le Congrès on ne peut pas croire que la fin soit proche : on construit d’énormes bases en Irak, peut-être les plus grandes au monde, et ils ne font pas ça pour les démanteler ensuite.

- Mais pourquoi rester en Irak si la guerre est perdue?

On n’aurait pas envahi l’Irak si ça ne représentait pas une très grosse prise et c’est ce que c’est puisque c’est en Irak que se trouvent les secondes réserves de pétrole les plus importantes au monde. L’Irak est au milieu des principaux pays producteurs de pétrole dans le monde. George W. Bush a été très clair lorsqu’il a déclaré qu’il n’y aurait pas de limites aux actions militaires des Etats-Unis en Irak pendant qu’il soutient que l’économie irakienne doit être ouverte aux investissements étrangers, tout en privilégiant les investissements nord-américains. Il a été très franc. Nous allons voir ce que fait son successeur.

- A propos des élections, qui les électeurs redoutent-ils le plus de voir à la Maison Blanche : un noir ou une femme?

Pourquoi pas un militaire, qui reste la troisième possibilité ? C’est très difficile de dire. Mon sentiment c’est que McCain va probablement l’emporter. La raison est que le Parti Républicain dispose d’un appareil à diffamer hautement efficace et très professionnel qu’il n’a pas encore mis en route. Mais dès que l’un des deux candidats sera désigné, il mettra en application ces stratégies qui seront très efficaces.

- C’est ce qui s’est passé lors des précédentes élections quand tout le monde pariait que Bush allait être battu?

Oui. Lors des élections de 2004 il y avait deux candidats. Bush qui avait évité le service militaire au Vietnam et Kerry qui, lui, avait fait l’armée, avait pris part aux combats dans les zones le plus dangereuses et avait été décoré pour son courage. Comment ça s’est terminé ? Lorsque les républicains eurent mis en marche leur appareil à diffamer, Kerry fut présenté comme le candidat le moins patriote et Bush fut présenté comme un héros militaire.

- Et où en est le phénomène Obama? Beaucoup de gens parient sur lui comme futur président.

Lorsque le Parti Républicain aura procédé à ses énormes opérations de diffamation fondées sur des mensonges, nous verrons bien s’il est si bien placé.

- Comment ça marcherait avec Hillary Clinton?

Eh bien, il y a toute une machination de haine envers Clinton qui est déjà en train de produire son effet. On parle de beaucoup de crimes durant l’administration Clinton. Elle figure dans le classement des personnes les moins appréciées du pays, comme résultat de 10 ans de turpitudes et de mensonges. C’est une machinerie très efficace.

- Comment évaluez-vous les relations entre les Etats-Unis et l’Amérique Latine?

Eh bien, si on regarde les sondages faits dans la région, l’animosité envers les Etats-Unis et leur politique a beaucoup augmenté durant la présidence de Bush. Tant son administration que les leaders politiques des deux partis sont très préoccupés par ce qui est en train de prendre de l’ampleur en Amérique Latine. La Colombie est une exception.

- Essentiellement, sur quels points la stratégie des Etats-Unis échoue-t-elle en Amérique Latine ?

Pendant très longtemps les Etats-Unis ont considéré comme un fait acquis qu’ils domineraient et contrôleraient l’Amérique Latine, ses richesses naturelles, les investissements, les gouvernements, entre autres. En fait, un point clé de la politique des Etats-Unis c’est que “si nous ne pouvons pas contrôler l’Amérique Latine, comment pourrons-nous contrôler le reste du monde ? » Eh bien, pour la première fois de son histoire, l’Amérique Latine est hors de contrôle. Il y a une tendance vers l’intégration de l’Amérique Latine : la Banque du Sud, les réunions de Cochabamba où les leaders d’Amérique Latine ont discuté d’une union du genre Union Européenne, et le Mercosur, entre autres. Ces données sont une nouveauté dans l’histoire du continent.

- Vers où se dirige l’Amérique Latine avec tous ces changements?

Pour la première fois, la majorité du continent est en train de commencer à mettre le nez dans ses graves problèmes intérieurs et ce développement est très préoccupant pour les Etats-Unis. Par le passé, ils avaient été capables de les contenir en usant de deux méthodes : la première c’était la violence et la seconde : l’étranglement économique. La Colombie est un bon exemple de la méthode violente : en 1962 Kennedy envoya en Colombie une mission de forces spéciales pour conseiller les forces militaires colombiennes et le conseil fut qu’il fallait contrôler la population au moyen de la terreur paramilitaire. Cela a changé la nature des militaires colombiens. Même si la Colombie était déjà une société violente, inutile d’expliquer ce qui s’est passé par la suite. Le conseil fut suivi avec des conséquences horribles. Mais il n’est plus aussi simple d’utiliser la violence pour abattre des gouvernements et mettre en place des dictatures. La dernière fois qu’ils ont essayé, c’est au Venezuela, en 2002, mais ça n’a pas marché en partie à cause de la forte opposition manifestée par le reste de l’Amérique Latine.

- On a supputé la participation des Etats-Unis dans l’opération qui a causé la mort de Raúl Reyes. Y a-t-il des faits pour corroborer cette hypothèse ?

Vous parlez de l’assassinat de Reyes… Nous n’avons pas d’information probante, mais c’est une hypothèse très raisonnable. Rappelez-vous quand et qui a été assassiné. Ils ont tué une personne qui était au centre des négociations pour l’échange de prisonniers et celui qui était le plus engagé pour une possible négociation.
Il n’y a pas besoin d’être un génie pour comprendre ce que cela signifie : la Colombie et les Etats-Unis ne veulent pas rendre possible l’échange de prisonniers et ils ne veulent pas de la diplomatie ni de la négociation. Le moment où cela s’est produit aussi est intéressant puisque l’opération a eu lieu juste avant la convocation d’une manifestation de masse contre la terreur paramilitaire en Colombie. Il est difficile d’éviter de tirer des conclusions en partant de tels faits.

- Croyez-vous qu’il y ait une possibilité qu’Ingrid Betancourt ou les trois nord-américains soient libérés ?

Il y a des possibilités, mais la mort de Reyes les réduit considérablement. Je présume qu’elle avait été planifiée dans ce but étant donné que les conséquences sont évidentes. La personne qu’ils ont tuée était au centre des négociations.

- Pourquoi George Bush a-t-il été si passif à l’heure de chercher une sortie négociée pour libérer les trois nord-américains ?

Il n’a pas été passif. Il a été actif dans la mesure où il s’est opposé à cette libération. Son administration, comme ses prédécesseurs, a offert une énorme quantité d’aide militaire à la Colombie, la seconde la plus importante au monde. Les négociations sont humiliantes pour les Etats-Unis. Ils préfèrent une solution militaire plutôt qu’une solution diplomatique.

- Que pensez-vous du rôle de Chavez dans ces négociations ?

Il était au centre de la négociation. On pourrait lui reprocher bien des choses quant à son style, mais le fait est qu’il jouait indiscutablement le rôle nécessaire pour mettre en route les négociations. Il est en contact avec les FARC et il a des relations avec la Colombie, il est donc le médiateur le plus naturel. Les gens peuvent critiquer sa façon de mener à bien le processus, mais l’importance de son rôle est indiscutable.

- Précisément à cause de son style, Chavez ne devient-il pas un danger régional?

Bien entendu le Venezuela est une menace, mais c’est une menace pour le modèle de développement et, en raison de ses initiatives, il favorise l’intégration de la région. Le Brésil ne considère pas le Venezuela comme une menace ; ils ont, en fait, de très bonnes relations.

- La Colombie, par contre, n’a pas de très bonnes relations avec ses voisins. Ses relations spéciales avec les Etats-Unis n’en sont-elles pas la cause?

Oui, mais il faut ajouter ses propres problèmes intérieurs. Ce n’est pas moi qui vous apprendrai que l’histoire violente de la Colombie a débuté il y a cent ans.

- Que pensez-vous de la politique étrangère d’Alvaro Uribe ?

Sa politique étrangère ?

- Oui.

En Colombie?

- Oui.

La politique étrangère de la Colombie est, pour l’essentiel, sous la dépendance des Etats-Unis.

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Texte traduit par Manuel Colinas et révisé par Olga Flores pour Investig’Action.
Article original : « El Partido Republicano tiene una máquina de difamación altamente eficiente que pondrá a trabajar cuando sea elegido el candidato demócrata »
01/04/2008, Rebelión

Mort aux Arabes!
Uri Avnery r
 

Mondialisation.ca, le 2 avril 2008. DEMAIN, ce sera le 32e anniversaire du premier « Jour de la Terre », un des événements qui jalonnent l’histoire d’Israël.

 

Je me souviens bien de ce jour. J’étais à l’aéroport Ben Gourion, au départ pour une rencontre secrète à Londres avec Saïd Hamami, émissaire de Yasser Arafat, quand quelqu’un m’a dit : « Ils ont tué beaucoup de manifestants arabes ! »

Cela n’était pas totalement inattendu. Quelques jours auparavant, nous – les membres du tout nouveau Conseil israélien pour la paix israélo-palestinienne – avions remis au Premier ministre, Yitzhak Rabin, un mémorandum urgent l’avertissant que l’intention du gouvernement d’exproprier d’énormes parcelles de terres de villages arabes provoquerait une explosion. Nous y avions joint une proposition de solution alternative, élaborée par Lova Eliav, un vétéran expert des colonies.

Quand je suis revenu de l’étranger, le poète Yevi suggéra que nous fassions un geste symbolique de chagrin et de regret pour les morts. Trois d’entre nous, Yevi lui-même, le peintre Dan Kedar et moi sommes allés déposer des couronnes sur la tombe des victimes. Ceci déclencha une vague de haine contre nous. J’ai senti qu’il s’était passé quelque chose d’une grande portée, que les relations entre Juifs et Arabes à l’intérieur de l’État avaient fondamentalement changé.

Et en effet, l’impact du Jour de la Terre – comme l’événement fut appelé – fut encore plus fort que le massacre de Kafr Kassem de 1956 ou les tueries des événements d’octobre 2000.

LES RAISONS en remontent au tout premier jour de l’État.

Après la guerre de 1948, seule une communauté arabe petite, faible et apeurée pu rester à l’intérieur de l’État. Non seulement environ 750.000 Arabes avaient été déracinés du territoire qui était devenu l’État d’Israël, mais ceux qui restaient n’avaient pas de dirigeants. Les élites politiques, intellectuelles et économiques avaient disparu, la plupart d’entre elles dès le début de la guerre. Le vide fut d’une certaine façon comblé par le Parti communiste, dont les dirigeants avaient été autorisés à rentrer de l’étranger – principalement pour plaire à Staline qui, à l’époque, soutenait Israël.

Après un débat interne, les dirigeants du nouvel État décidèrent d’accorder aux Arabes de l’ »État juif » la citoyenneté et le droit de vote. Cela n’allait pas de soi. Mais le gouvernement voulait apparaître aux yeux du monde comme un État démocratique. De mon point de vue, la raison principale était de politique partisane : David Ben Gourion croyait qu’il pourrait amener les Arabes à voter pour son propre parti.

Et en effet, la grande majorité des citoyens arabes votèrent pour le parti travailliste (qui s’appelait alors Mapai) et ses deux partis arabes satellites qui avaient été créés dans le même but. Ils n’avaient pas le choix : ils vivaient dans un état de peur, sous l’étroite surveillance des services de sécurité (alors appelés Shin Bet). On disait à chacune hamulah (famille étendue) arabe exactement comment voter, soit pour le Mapai, soit pour l’un des deux autres partis subsidiaires. Étant donné que chaque liste électorale avait deux piles de bulletins de vote, une en hébreu, une en arabe, il y avait six possibilités pour les fidèles arabes dans chaque bureau de vote, et il était facile pour le Shin Bet de faire en sorte que chaque Hamula vote exactement comme on lui avait dit. Plus d’une fois Ben Gourion n’a atteint la majorité à la Knesset que grâce à ces votes captifs.

Au nom de la « sécurité » (dans les deux sens) les Arabes furent soumis à un « gouvernement militaire ». Chaque détail de leur vie en dépendait. Ils avaient besoin d’un permis pour quitter leur village et aller à la ville ou au village voisin. Sans la permission du gouvernement militaire, ils ne pouvaient pas acheter un tracteur, envoyer une fille au collège, obtenir un travail pour un fils, obtenir une licence d’importation. Sous l’autorité du gouvernement militaire et d’un ensemble de lois, d’énormes portions de terres furent expropriées pour des villes juives et des kibboutz.

Une histoire gravée dans ma mémoire : mon regretté ami, le poète Rashed Hussein du village Musmus, fut convoqué par le gouverneur militaire de Netanya, qui lui dit : Le Jour de l’Indépendance approche et je veux que vous écriviez un poème pour l’occasion. Rashed, fier jeune homme, refusa. Quand il vint chez lui, il trouva toute sa famille assise sur le sol et en larmes. D’abord, il pensa que quelqu’un était mort, mais ensuite, sa mère cria : « Tu nous as détruits ! Nous sommes finis ! » Alors le poème fut écrit.

Chaque initiative politique arabe indépendante fut étranglée à sa naissance. Le premier groupe indépendant – le groupe nationaliste al-Ard (« la terre ») – fut purement et simplement supprimé. Il fut déclaré illégal, ses dirigeants furent exilés, son journal interdit – tout cela avec la bénédiction de la Cour suprême. Seul le parti communiste fut autorisé à rester, mais ses dirigeants furent aussi persécutés de temps à autre.

Le gouvernement militaire ne fut démantelé qu’en 1966, après le départ du pouvoir de Ben Gourion et peu de temps après mon élection à la Knesset. Après avoir manifesté contre lui si souvent, j’eus le plaisir de voter pour son abolition. Mais en pratique, très peu a changé – au lieu du gouvernement militaire officiel, un gouvernement militaire non officiel est resté, comme l’essentiel de la discrimination.

‘LE JOUR DE LA TERRE » a changé la situation. Une seconde génération d’Arabes avait grandi en Israël, plus aussi timidement soumise, une génération qui n’avait pas connu les expulsions de masse et dont la situation économique s’était améliorée. L’ordre donné aux soldats et aux policiers de tirer sur eux provoqua un choc. Ainsi un nouveau chapitre a commencé.

Le pourcentage de citoyens arabes dans l’État n’a pas changé : des premiers jours de l’État à aujourd’hui, il tourne autour de 20%. Le taux plus élevé de croissance naturelle de la communauté musulmane était compensé par l’immigration juive. Mais les nombres absolus ont cru de façon significative : de 200.000 au début de l’État à près d’1,3 million – deux fois la taille de la communauté juive qui avait fondé l’État.

Le Jour de la Terre changea aussi spectaculairement l’attitude du monde arabe et des Palestiniens à l’égard des Arabes d’Israël. Jusqu’alors ils étaient considérés comme des traîtres, des collaborateurs de l’ »entité sioniste ». Je me rappelle une scène en 1965 d’une rencontre organisée à Florence par le légendaire maire Giorgio La Pira, qui essayait de réunir ensemble des personnalités d’Israël et du monde arabe. A l’époque ce fut considéré comme une entreprise courageuse.

Durant une des pauses, j’étais en train de bavarder avec un diplomate égyptien de haut rang sur une place ensoleillée à l’extérieur du lieu de la conférence, quand deux jeunes Arabes d’Israël, qui avaient entendu parlé de la conférence, s’approchèrent de nous. Après nos accolades, je les ai présentés à l’Égyptien, mais celui-ci leur tourna le dos et s’exclama : « Je suis prêt à parler avec vous, mais pas avec ces traitres ! »

Les événements sanglants de la Journée de la Terre ramenèrent les « Arabes d’Israël » dans le sein de la nation arabe et du peuple palestinien, qui aujourd’hui les appellent « les Arabes de 1948″.

En octobre 2000, des policiers ont encore tiré et tué des citoyens arabes, quand ceux-ci ont essayé d’exprimer leur solidarité avec les Arabes tués l’Esplanade des Mosquées (Mont du Temple) à Jérusalem. Mais entretemps, une troisième génération d’Arabes avaient grandi en Israël, nombre d’entre eux, en dépit de tous les obstacles, avaient fait des études supérieures et étaient devenus hommes d’affaires, hommes politiques, professeurs, avocats, et médecins. Il est impossible d’ignorer cette communauté – même si l’État essaie de tout faire pour cela.

De temps en temps, on entend des réclamations à propos de la discrimination, mais tout le monde se dérobe devant la question fondamentale : quel est le statut de la minorité arabe qui a grandi dans l’État qui se définit lui-même officiellement comme « juif et démocratique » ?

UN DIRIGEANT de la communauté arabe, le regretté membre de la Knesset Abd-el-Aziz Zuabi, a ainsi exprimé ce dilemme : « Mon État est en guerre avec mon peuple ». Les citoyens arabes appartiennent à la fois à l’État d’Israël et au peuple palestinien.

Leur appartenance au peuple palestinien va de soi. Les citoyens arabes d’Israël, qui depuis quelque temps ont tendance à s’appeler « Palestiniens d’Israël », ne sont qu’une part du peuple palestinien dispersé, qui comprend de nombreuses branches : les habitants des territoires occupés (aujourd’hui eux-mêmes séparés entre la Cisjordanie et la bande de Gaza), les Arabes de Jérusalem-Est (officiellement « résidents » mais pas « citoyens » d’Israël), et les réfugiés vivant dans de nombreux pays différents, chacun sous un régime particulier. Toutes ces branches ont un fort sentiment d’appartenance commune, mais la conscience de chacune est formée par sa situation particulière.

Quelle est la force de la composante palestinienne dans la conscience des citoyens arabes d’Israël ? Les Palestiniens des territoires occupés se plaignent souvent qu’elle s’exprime principalement en mots, mais pas en actions. Le soutien apporté par les citoyens arabes d’Israël à la lutte de libération est surtout symbolique. Ici et là un citoyen est arrêté pour avoir aidé un kamikaze, mais ce sont de rares exceptions.

Quand l’extrémiste anti Arabe Avigdor Lieberman proposa qu’un groupe de villages arabes d’Israël proches de la Ligne verte (appelés ‘ »Le Triangle ») reviennent au futur État palestinien en échange des blocs de colonies juives en Cisjordanie, pas une seule voix arabe ne s’est élevée pour le soutenir. Cela est un fait très significatif.

La communauté arabe est beaucoup plus attachée à Israël qu’il ne semble à première vue. Les Arabes jouent un rôle important dans l’économie israélienne, ils travaillent dans l’État, paient les impôts à l’État. Ils bénéficient de la sécurité sociale – c’est normal puisqu’ils paient pour cela. Leur niveau de vie est beaucoup plus élevé que celui des frères palestiniens des territoires occupés et d’ailleurs. Ils prennent part à la démocratie israélienne et ne désirent pas vivre dans des régimes comme ceux d’Égypte et de Jordanie. Ils ont de nombreuses raisons de se plaindre – mais ils vivent en Israël et continueront de le faire.

CES DERNIÈRES ANNÉES, des intellectuels de la troisième génération arabe d’Israël ont publié plusieurs propositions pour la normalisation des relations entre la majorité et la minorité.

Il existe, en principe, une alternative principale :

Première solution : Israël est un État juif, mais un autre peuple y vit aussi. Si les Israéliens juifs ont défini des droits nationaux, les Israéliens arabes doivent aussi définir des droits nationaux. Par exemple dans les domaines de l’éducation, de l’autonomie culturelle et religieuse (comme le jeune Vladimir Jabotinsky l’a demandé il y a une centaine d’années pour les Juifs de la Russie tsariste). Ils doivent être autorisés à avoir des relations libres et ouvertes avec le monde arabe et le peuple palestinien, comme les relations entre les citoyens juifs avec les Juifs de la Diaspora. Tout ceci doit être inscrit dans la future constitution de l’État.

Deuxième solution : Israël appartient à tous ses citoyens, et seulement à eux. Tout citoyen est israélien, tout comme tout citoyen des États-Unis est citoyen américain. Dès lors que l’État est concerné, il n’y a pas de différence entre un citoyen et un autre, qu’il soit juif, musulman ou chrétien, Arabe ou Russe, tout comme, du point de vue de l’État américain, il n’y a pas de différence entre les citoyens blancs, bruns ou noirs, qu’ils soient d’origine européenne, africaine ou asiatique, protestants, catholiques, juifs ou musulmans. Dans le langage israélien, cela s’appelle « un État de tous ses citoyens ».

Il va sans dire que je préfère la seconde solution, mais je suis prêt à accepter la première. Chacune des deux est préférable à la situation existante, où l’État prétend qu’il n’y a pas de problème à part quelques traces de discrimination qui subsistent (sans faire quoi que ce soit contre cela).

Si on n’a pas le courage de soigner une blessure, celle-ci s’infecte. Dans les matchs de football, la racaille crie « Mort-aux-Arabes ! » et les députés d’extrême droite de la Knesset menacent d’expulser les membres arabes de leur Institution, et aussi de l’État.

Au trente-deuxième anniversaire de la Journée de la Terre, alors que le soixantième anniversaire du Jour de l’Indépendance est proche, il est temps de prendre le taureau par les cornes.

Article en anglais, « Death to the Arabs ! », Gush Shalom, 29 mars 2008:

http://zope.gush-shalom.org/home/en/channels/avnery/1206829001/

Traduit de l’anglais pour l’AFPS : RM/SW. Révisé par Mondialisation.

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Comprendre la dette odieuse ( Documents Word et PDF à consulter , d’urgence ! )

Posté par issopha le 28 février 2008

 

Comprendre la dette odieuse 

 Cliquer sur les documents WORD et  PDF ci-dessous pour plus d’infos sur la « Dette odieuse «  

Comprendre la dette odieuse ( Documents Word et PDF à consulter , d'urgence ! ) dans LE NOUVEL ORDRE MONDIAL doc comprendreladetteodieuse.doc

pdf dans PARFUMS DE SCANDALES detteodieuse1.pdf

pdf dans POLITIQUE ET BUSINESS biens mal acquis .doc travail ccfd 26 mars 2007.pdf  ( Biens mal acquis profitent trop souvent…)

LA DETTE ODIEUSE

  

1/ La dette des pays du Sud


- La dette : histoire d’une crise
- Illégitimité de la dette

2/ La dette odieuse, qu’est-ce que c’est ?


- Une doctrine de droit
- 3 critères pour définir la dette odieuse
- Une dette de dictateurs
- Combien représente la dette odieuse ?

3/ Peut-on annuler les dettes odieuses ?


- Des pays montrent l’exemple
- La jurisprudence
- Qui doit payer la dette odieuse ?

4/ Pourquoi faut-il annuler les dettes odieuses ?


- Abroger la double peine
- Reconnaître la responsabilité des créanciers
- Prévenir de nouveaux prêts odieux
 

La dette des pays du Sud 

La dette : histoire d’une crise 

Les pays du Sud s’endettent dans les années 60-70 pour financer leur développement. Le contexte économique et politique international y est favorable. D’une part la guerre froide pousse les blocs occidentaux et soviétiques à « acheter » le soutien des pays du Sud en leur prêtant massivement de l’argent, quitte à financer des régimes despotiques dans certains pays. D’autre part, après le choc pétrolier de 1973, les banques occidentales regorgent de « pétrodollars » et proposent des taux d’intérêt particulièrement bas. Entre 1970 et 1980, la dette des pays en développement est multipliée par 12.  

Mais à la fin des années 70, l’augmentation brutale des taux d’intérêts mondiaux et la chute du prix des matières premières plongent les pays du Sud dans une situation économique intenable.

Le 1er facteur augmente considérablement le coût des emprunts contractés ;

le 2ème diminue les recettes qu’ils peuvent consacrer au remboursement.

C’est le début d’une spirale infernale pour ces pays, contraints de contracter de nouveaux prêts pour rembourser les premiers. Ce phénomène aboutit en 1982 à l’annonce par le Mexique de sa situation de cessation de paiement. De nombreux pays suivront. Les plans drastiques imposés par le FMI et
la Banque mondiale provoqueront une crise sociale, sans pour autant résoudre la crise financière. En 1999 puis 2005, les pays du G8 promettent d’effacer la dette des pays les plus pauvres. A ce jour, seule une vingtaine de pays sont concernés. Environ 4% de la dette extérieure publique des pays en développement a été effacé. 
 

Illégitimité de la dette 

Seule une faible part des prêts accordés aux pays du Sud a bénéficié aux populations. La majorité a servi à renforcer des régimes despotiques et corrompus ou à financer des projets inadaptés et surfacturés. Par exemple la centrale nucléaire de Bataan aux Philippines, qui est à l’origine de la plus importante dette du pays. Achevée en 1984, pour un coût de 2,3 milliards $, elle n’a jamais été mise en service car elle a été construite sur une faille géologique au pied d’un volcan. Les créanciers continuent tous de percevoir le remboursement des Philippines. 

La notion d’illégitimité constitue une appréciation morale ou politique : elle n’a pas de définition en droit. Elle a été utilisée cependant en 2000, par la cour fédérale argentine pour qualifier la dette contractée par le régime dictatorial de 1976 à 1983. Plus récemment, le gouvernement norvégien l’a utilisé pour renoncer au remboursement de certaines de ses créances. On peut définir une dette illégitime comme contraire à la loi ou à la politique publique, injuste, inadaptée ou abusive. 

La dette odieuse, qu’est-ce que c’est ?  

Une doctrine de droit 

La dette odieuse est une doctrine de droit, théorisée en 1927 par Alexander Sack, ancien ministre russe de Nicolas II et professeur de droit à Paris. Selon lui, « si un pouvoir despotique contracte une dette non pas pour les besoins et dans les intérêts de l’Etat, mais pour fortifier son régime despotique, pour réprimer la population qui le combat, etc., cette dette est odieuse pour la population de l’Etat entier. Cette dette n’est pas obligatoire pour la nation ; c’est une dette de régime, dette personnelle du pouvoir qui l’a contractée, par conséquent elle tombe avec la chute de ce pouvoir. » 

Cette doctrine cherche à formaliser la responsabilité des créanciers. Si ceux-ci connaissent les desseins de l’emprunteur, ils commettent « un acte hostile à l’égard du peuple » et s’exposent eux-mêmes au risque de non-remboursement si le régime est déchu. Ils ne peuvent donc réclamer leur dû. Certains préfèrent parler de « prêts odieux » plutôt que de « dette odieuse » pour insister sur la responsabilité des créanciers. 

3 critères pour définir une dette odieuse  

De nombreux auteurs ont cherché à rendre la doctrine de la dette odieuse opérationnelle au niveau juridique. La forme la plus aboutie définit une dette odieuse par la concordance de trois critères : 

> Absence de consentement : la dette a été contractée contre la volonté du peuple. 

> Absence de bénéfice : les fonds ont été dépensés de façon contraire aux intérêts de la population. 

> Connaissance des intentions de l’emprunteur par les créanciers. 

Si l’un des critères n’est pas respecté, on ne peut pas parler de dette odieuse. Il en est ainsi d’une dette utilisée par un despote pour construire des hôpitaux ou de créances détournées par un régime démocratique. On pourra débattre de leur caractère illégitime, mais non les définir comme odieuses.  

Une dette de dictateurs 

Les dettes odieuses sont généralement associées à des régimes dictatoriaux comme celui de Gnassingbé Eyadema au Togo, de Ferdinand Marcos aux Philippines, du régime de l’apartheid en Afrique du Sud, des juntes en Amérique latine ou encore de Saddam Hussein en Irak. Ces régimes liberticides ont tous contracté des dettes colossales auprès de pays et institutions internationales avertis, à des fins éloignées de l’intérêt de leur population. La doctrine de la dette odieuse aurait ainsi pu servir de fondement au Rwanda pour répudier la dette extérieure contractée par le régime responsable du génocide de 1994. 

Combien représente la dette odieuse ? 

Le montant de la dette odieuse est, par essence, malaisé à estimer. On se fie donc généralement à la dette contractée par des régimes dictatoriaux. Celle-ci est estimée entre 500 et 800 milliards $, soit 20 à 30 % de la dette totale des pays du Sud. La vente d’armes représente une part importante de ces dettes odieuses. Dans les années 80, les achats d’armes représentaient 15 à 20 % de la dette globale des pays du Sud.
La France figure, à cette période, parmi les principaux fournisseurs. Les avoirs détenus à l’étranger par les dictateurs du Sud, eux, sont estimés entre 100 et 180 milliards $ (cf.
l’étude du CCFD).    

Dette attribuable à quelques dictateurs (en milliards $) 

Indonésie   Suharto  126 
Brésil   Junte  100 
Argentine   Junte  65 
Philippines  Marcos  40 
Syrie    Assad  22  
Afrique du Sud   Apartheid   22  
Pakistan  Junte   14  
Soudan   Nimery/al-Mahdi   17  
Thaïlande    Junte   14  
Nigeria     Buhari/Abacha   14  
Chili         Pinochet   13  
Zaïre/ RDCongo  Mobutu   13  
Algérie           Junte   5  
Iran        Shah   5  
Kenya  Moi  4 
Ethiopie   Mengistu   4  
Bolivie    Junte   3  
Somalie    Siad Barre   2  
Paraguay     Stroessner   2  
Malawi  Banda   2  
Salvador   Junte   1  
Libéria  Doe   1  
Haïti  Duvalier   1  

Peut-on annuler les dettes odieuses ? 

Des pays montrent l’exemple 

La doctrine de la dette odieuse introduit une exception au principe de succession d’Etat, selon lequel tout gouvernement est légalement tenu de payer la dette héritée du gouvernement précédent. Mais plusieurs régimes, dont certaines puissances occidentales, ont déjà refusé d’honorer les engagements financiers de leurs prédécesseurs, invoquant le caractère odieux de la dette.   C’est le cas de la France qui, en 1878, a refusé d’assumer la dette de Madagascar après avoir annexé la Grande Ile. C’est également le cas des Etats-Unis et de Cuba deux décennies plus tard. En 1897, soutenant le peuple cubain et soucieux de leurs propres intérêts, les Etats-Unis entrent en guerre contre la couronne hispanique et obtiennent la souveraineté de l’île. L’Espagne, déchue, leur réclama le paiement des créances qu’elle détenait sur le peuple cubain. Selon les Etats-Unis, cette dette, imposée par la force des armes, constituait l’un des motifs de la rébellion cubaine. Ils déclarèrent que les créanciers devaient assumer les risques qu’ils avaient pris, en utilisant ces créances pour asservir un peuple. Ni les Etats-Unis ni Cuba ne remboursèrent la dette. 

Plus récemment, le cas de l’Irak a ravivé la rhétorique de la dette odieuse. Pressés de rendre solvable la nouvelle autorité irakienne pour financer la reconstruction, les Etats-Unis demandent l‘annulation totale de la dette irakienne. Selon le Secrétaire américain au Trésor John Snow, « le peuple irakien ne doit pas être accablé par des dettes contractées par le régime du dictateur déchu ». Puis, craignant de créer un précédent, ils obtiennent des principaux créanciers, en novembre 2004, une annulation de 80 % de la dette irakienne sans référence à son caractère odieux.  

En octobre 2006, c’est la Norvège qui a créé un précédent historique en annulant 65 millions d’euros de créances, qu’elle a reconnues comme illégitimes, envers 5 pays (Egypte, Equateur, Jamaïque, Pérou et Sierra Leone). Depuis, la Norvège a saisi la CNUCED (organe de l’ONU) et la Banque mondiale pour affiner le concept de dette odieuse et inciter d’autres prêteurs à assumer leurs responsabilités. 

La jurisprudence 

D’un point de vue strictement juridique, l’affaire entre le Costa Rica et la Grande-Bretagne constitue le principal élément de jurisprudence. En 1922, le Costa Rica dénonça la dette accumulée par le dictateur Tinoco (1917-1919).
La Grande-Bretagne accusa l’Etat costaricain de rompre ses engagements envers la banque britannique Royal Bank of Canada. Le président de
la Cour suprême américaine rejeta la prétention britannique, mettant en cause sa bonne foi et arguant qu’elle aurait dû « démontrer qu’elle a fourni l’argent au gouvernement pour un usage véritablement légitime. » 
 

Plus récemment, la sentence, prononcée par la Cour pénale de Buenos Aires en 2000 est également un élément de jurisprudence important. Au terme d’un processus d’audit judiciaire, la légitimité de la dette argentine est mise en cause. La Cour condamne fermement la dictature argentine et ses créanciers, dont les banques privées et le Fonds monétaire international. 

Cependant aujourd’hui, la doctrine de la dette odieuse n’est pas opposable aux créanciers : une doctrine n’ayant pas valeur de loi. Elle n’est qu’une source subsidiaire du droit. Cependant, les différents pays ayant invoqué avec succès la doctrine et les arbitrages qui ont été adoptés pourraient en faire une base pour la pratique du droit.    

Qui doit payer la dette odieuse ? 

Deux interprétations sont possibles. Si le contrat est jugé nul et non avenu, le poids de la dette retombe alors sur le créancier ; si on estime que le contrat ne lie pas le créancier à l’Etat mais au régime déchu, il appartient aux anciens dirigeants d’honorer ces dettes à titre privé.   Pour les créanciers, s’attaquer à la fortune amassée dans les pays occidentaux par les clans Mobutu (environ 6 milliards $), Marcos (10 milliards $) ou Suharto (environ 25 milliards $) ne serait pas un vain exercice. Non seulement la restitution de ces biens mal acquis représente un enjeu financier important, mais elle enverrait un signe très fort contre l’impunité. Mais la question se pose pour les entreprises et individus des pays du Nord qui ont bénéficié en connaissance de cause de ces créances odieuses. Dans les cas fréquents de prêts à des régimes autoritaires, destinés à promouvoir les exportations du pays prêteur ou pour des projets somptuaires accompagnés de généreux pots-de-vin et de rétro-commissions, les contribuables sont en droit de protester contre l’utilisation faite de l’argent public et de réclamer que les bénéficiaires complices de tels montages paient le prix de leurs forfaits.  

Pourquoi faut-il annuler les dettes odieuses ? 

Abroger la double peine des populations 

Il n’est pas acceptable de faire payer à des populations le prix de leur oppression. Ces populations ont subi la répression de régimes despotiques ; elles assument aujourd’hui le remboursement d’une dette, accumulée par ces derniers. Tout en étant les premières victimes des conditionnalités économiques drastiques imposées par le Fonds monétaire international, en contrepartie d’annulations ponctuelles de dettes. Il s’agit de rendre justice à des peuples qui héritent aujourd’hui de contrats d’endettement illégitimes ou illégaux. 

Reconnaître la responsabilité des créanciers 

Les créanciers portent une lourde responsabilité dans l’accumulation des dettes odieuses. Les pays occidentaux ont soutenu des régimes qu’ils savaient liberticides, liant leur soutien politique et financier à de juteux contrats commerciaux et au ralliement politique de ces pays. A travers l’annulation des dettes odieuses, il s’agit pour les pays riches d’en admettre le caractère illégitime, de reconnaître leur responsabilité et d’assumer le coût de leur politique passée. 

Prévenir de nouveaux  prêts odieux 

L’annulation des dettes  odieuses devrait jouer en faveur d’un meilleur discernement de la part des Etats et des organismes créditeurs dans l’octroi de nouveaux prêts, les encourageant à des pratiques responsables et transparentes. Elle permettrait de mettre un terme au système actuel qui garantit l’absence de risque pour les prêteurs, ces derniers étant assurés de recouvrer leurs créances,  aussi scandaleuses et illégitimes soient-elles. Les créanciers ne s’engageront pas à octroyer des prêts dont ils savent qu’ils ne seront pas remboursés. 

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Riggs Bank, blanchisseuse des dictateurs

Posté par issopha le 28 février 2008

Politik

Riggs Bank, blanchisseuse des dictateurs

  

Le réseau financier secret des banques américainesRiggs Bank, blanchisseuse des dictateursSi les Etats-Unis sont les premiers à dénoncer la corruption et l’argent sale quand ils veulent clouer au pilori un gouvernement qui ne leur plaît pas, ils restent très discrets quand il s’agit d’un pouvoir ami ou d’un Etat assurant leur approvisionnement énergétique. C’est ainsi que la banque américaine Riggs a pu, pendant des décennies, couvrir les détournements de fonds du général Augusto Pinochet au Chili ou du dictateur Teodoro Obiang Nguema en Guinée-Equatoriale.

Alors qu’il était au pouvoir entre 1973 et 1990, le dictateur chilien Augusto Pinochet s’était constitué une belle pelote pour ses vieux jours. Mais, finalement, ce sont des enquêteurs américains, chiliens et espagnols qui, désormais, en tirent les fils. Et l’ampleur de leurs découvertes ne manque pas d’étonner.

Le 16 mars 2005, deux sénateurs américains, le démocrate Carl Levin et le républicain Norm Coleman, ont présenté les résultats de leurs dernières investigations sur le blanchiment d’argent sale (1). Ils ont mis au jour un véritable « réseau financier secret » comprenant pas moins de 125 comptes bancaires dans divers établissements aux Etats-Unis et à l’étranger, au profit de l’ex-président chilien et de membres de sa famille. A elle seule, la Riggs Bank a géré près du quart des comptes de M. Pinochet. Bien que de taille moyenne, l’établissement financier « préféré des ambassades » de Washington se vantait, il y a peu encore, d’être « la banque la plus importante de la ville la plus importante du monde (2) ».

Grâce au savoir-faire et au dévouement de cette vénérable institution, un système financier complexe et illégal a été échafaudé en faveur de l’ex-caudillo, avec la complicité de banques de diverses nationalités : les américaines Citigroup et Bank of America, la britannique HSBC, la Banco de Chile, l’espagnole Banco Santander… Dans ses conclusions, le document sénatorial n’exclut pas l’existence d’autres comptes. Si les enquêteurs ne sont toujours pas parvenus à chiffrer la somme exacte accumulée pendant des années, leur estimation actuelle avoisine les 13 millions de dollars. En fait, explique M. Levin, « de nouvelles informations démontrent que le réseau financier de Pinochet aux Etats-Unis était bien plus développé, durait depuis plus longtemps et impliquait davantage d’établissements bancaires que ce que nous avions découvert précédemment (3) ».

Le précédent rapport du Sénat américain, datant de juillet 2004, ne mentionnait qu’une somme de 4 à 8 millions de dollars déposés, entre 1994 et 2002, sur neuf comptes de la Riggs (4). Il apparaissait déjà clairement que les divers revenus de M. Pinochet – ceux de général, de président de la République ou encore de sénateur à vie… – ne suffisaient pas à justifier de tels dépôts. Or, comme le précisera alors M. Levin, la banque « n’a averti ni la police ni la justice de leur existence (5) », alors que la loi des Etats-Unis l’y obligeait. Bien plus qu’une simple omission, l’implication active de la Riggs dans la gestion frauduleuse de ces fonds douteux était, de fait, accablante.

En effet, au cours de différents contrôles, la banque avait toujours refusé de révéler l’identité du titulaire, affirmant qu’il s’agissait d’un « professionnel en retraite réussie ». Alors que, entre octobre 1998 et mars 2000, l’ancien dictateur était retenu à Londres à la demande de la justice espagnole, qui instruisait contre lui des plaintes pour « génocide, tortures et disparitions », et alors que, selon le rapport du Sénat américain, « une cour avait ordonné de geler ses comptes bancaires, Riggs l’avait tranquillement aidé à transférer des fonds de Londres aux Etats-Unis ». Le transfert, effectué en 1999, portait sur la somme de 1,6 million de dollars. Lorsque la presse britannique avait évoqué les avoirs financiers de l’ancien dictateur, la banque avait aussitôt modifié le nom du titulaire ainsi que celui de sa femme, espérant brouiller les pistes.

La première enquête sénatoriale est tout de même parvenue à dévoiler l’existence de deux sociétés écrans, Ashburton Company Ltd. et Ashburton Trusty Althrop Investment Co. Ltd., montées de toutes pièces par la Riggs au bénéfice de M. Pinochet. Des cadres de l’établissement bancaire s’étaient obligeamment proposés comme prête-noms. Les deux sociétés ne possédaient ni bureaux ni employés. En revanche, ces coquilles vides étaient titulaires de comptes aux Bahamas, bien connues des amateurs de paradis fiscaux.

La seconde enquête sénatoriale affine la connaissance de ce réseau financier. Entre-temps, il est vrai, la Riggs avait fait preuve d’un plus grand esprit de coopération. Mais, cernée de toutes parts par les recherches, celles du Sénat, celles du Trésor américain et enfin celles de la Securities and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse, la banque avait-elle vraiment le choix ? Cette coopération ne fut pas sans limites. L’établissement continua de fermer certains comptes sans avertir les autorités de la nature frauduleuse des capitaux concernés. Si bien que les agents américains échouèrent à en retracer les mouvements, comme le déplora M. Levin le 16 mars 2005 (6).

L’équipe sénatoriale est tout de même parvenue à établir que M. Pinochet avait eu recours à pas moins de dix fausses identités, ainsi qu’à des passeports diplomatiques falsifiés pour ouvrir des comptes. Au travers de la correspondance saisie, la commission sénatoriale a donné un aperçu du degré d’intimité qui avait fini par s’instaurer entre l’ancien dictateur et les plus hauts responsables de la banque, dont le PDG, M.Joe L. Allbritton (voir « Mon cher général Pinochet… »).
Liquidation précipitée

Voyant l’étau judiciaire se resserrer, les banquiers ont préféré un accord amiable avec la justice à un procès retentissant qui aurait ruiné la réputation d’une institution se targuant d’avoir, en cent soixante-neuf ans d’existence, « tenu les comptes de nombreux présidents américains ». Lorsque, en janvier 2005, le procureur fédéral du district de Columbia, M. Kenneth Wainstein, annonça le compromis, il se montra aussi sévère que le sénateur Carl Levin : « En dépit des multiples avertissements des contrôleurs, la Riggs a démarché des clients qui faisaient courir des risques élevés de blanchiment d’argent sale et les a aidés à protéger leurs opérations financières de tout examen détaillé. Ce comportement prolongé et systématique ne relevait pas seulement de la simple négligence aveugle ; c’était une violation criminelle des lois bancaires qui protègent notre système financier de son exploitation par les terroristes, les narcotrafiquants et autres criminels (7). » Les dirigeants de la Riggs ont donc accepté de plaider coupable, de soumettre leur établissement à une mise à l’épreuve de cinq ans, et de payer une amende de 16 millions de dollars.

L’addition peut paraître salée. Mais la banque y trouve son compte. D’abord, elle n’a plaidé coupable que pour un seul chef d’inculpation, celui de n’avoir pas informé dans les délais prévus les autorités de l’origine douteuse de certains fonds alimentant ses comptes. Ce qui la classe comme établissement fautif de simple négligence, et lui permet de sauver la face alors qu’elle a joué un rôle de premier plan dans les turpitudes financières de quelques-uns de ses clients.

Pour ce qui est de la mise à l’épreuve de cinq ans, la banque en est finalement dispensée. En effet, une clause de l’accord précisait que, en cas de rachat, la mesure serait levée. Or la Riggs a été vendue à la banque PNC Financial Services, vente négociée en juillet 2004 et devenue effective le 13 mai 2005. Dans le protocole de vente, l’établissement de Pittsburgh s’engageait à débourser 779 millions de dollars pour l’acquisition de sa consœur (8)… Fair Finance Watch (FFW), qui milite contre le blanchiment d’argent sale, a condamné cette « liquidation » précipitée (9). L’accord amiable présentait un double avantage pour la Riggs : mettre un terme à l’enquête ouverte pour blanchiment présumé d’argent et, surtout, prémunir la banque et ses filiales contre toute nouvelle accusation pour leurs activités internationales avec les ambassades ou leurs clients privés.

Enfin, en ce qui concerne l’amende de 16 millions de dollars, on ne peut s’empêcher de relever que c’est avec l’argent sale que la banque s’est blanchie. A-t-on jamais vu un cambrioleur s’acheter une nouvelle virginité pénale avec le butin de ses vols ? Quant au général Pinochet, il espérait disposer de l’argent déposé à la Riggs pour régler ses 5 millions de dollars d’arriérés fiscaux et amendes (10). Mais, en dépit des démarches de son avocat auprès du Trésor chilien, les autorités ont refusé de lever le gel de ses avoirs, propriétés comprises, ordonné en novembre 2004 par le juge Sergio Muñoz.

Trois semaines seulement après l’accord amiable avec la justice américaine, on apprenait que la Riggs avait également accepté une transaction avec les autorités judiciaires espagnoles (11) : elle avait payé 9 millions de dollars, reconnaissant avoir transféré 1,6 million de dollars illégalement, alors qu’un gel des avoirs financiers de l’ancien dictateur avait été ordonné. En contrepartie, Madrid s’était engagé à éteindre l’action judiciaire contre la banque et ses dirigeants. Les indemnités seront versées sur un compte administré par la Fondation Salvador-Allende, celle-là même qui, par le dépôt de ses plaintes pour génocide, avait permis l’arrestation du général Pinochet, alors en visite privée à Londres. Un million de dollars servira à couvrir les frais judiciaires, 8 millions seront destinés aux victimes de la dictature chilienne (12).

Le jour même où la transaction avec la justice espagnole était rendue publique, une indiscrétion révélait que la douzaine de hauts dirigeants de la banque s’étaient octroyé plus de 15 millions de dollars de « parachutes en or », un montant supérieur aux indemnités négociées pour les dizaines de milliers de victimes chiliennes (13).

M. Pinochet n’est pas le seul dictateur à avoir bénéficié des compétences de la Riggs. Le dictateur Teodoro Obiang Nguema, qui dirige la Guinée-Equatoriale d’une poigne de fer, y a déposé jusqu’à 700 millions de dollars. Ce qui fait de ce despote africain le premier client de la banque. Depuis son accession à l’indépendance, en 1968, la Guinée-Equatoriale n’a connu que la terreur, d’abord sous la férule de Macías Nguema, puis sous celle de son neveu, M. Obiang Nguema, qui, en 1979, à la faveur d’une révolution de palais, a renversé son oncle et l’a fait passer par les armes.

Le nouveau maître prit possession d’un pays qui, à la fin des années 1970, était l’un des plus pauvres du monde. Cela n’empêcha nullement M. Obiang Nguema et sa famille de s’emparer des meilleures exploitations agricoles, de prélever une dîme sur à peu près tout ce que la nation parvenait encore à produire. Le tyran fit de cet Etat confetti, aujourd’hui peuplé d’un peu plus de 500 000 âmes, sa propriété personnelle.

Au début des années 1990, les prospections pétrolifères conduites par des firmes américaines se révélèrent fructueuses. En quelques années, la Guinée-Equatoriale se hissa au troisième rang des producteurs subsahariens de pétrole, derrière l’Angola et le Nigeria, devant le Gabon et le Congo. Mais le pétrole ne métamorphosa pas pour autant le régime, ni le sort de la population. Sur le papier, par tête d’habitant, c’est l’un des pays les plus riches du continent. Dans la réalité, c’est l’un des plus misérables.

En 1992, la firme Walter International Inc. produisait les premiers barils de pétrole. Aujourd’hui encore, les compagnies américaines – ExxonMobil, Amerada Hess, Marathon Oil (14)… – conservent le monopole de la production équato-guinéenne. Selon le journaliste Peter Maass, ce pays « ressemble parfois à une caricature de kleptocratie pétrolière (15) ». Alors que les revenus du pétrole augmentent de manière exponentielle (3 millions de dollars en 1993, 210 millions en 2000, 700 millions en 2003) (16), 65 % de la population vit avec moins de 2 dollars par jour. Et tandis que les pétrodollars coulent à flots, l’eau courante manque toujours, de même que l’électricité. Ce n’est pas la richesse de la nation qui augmente, mais le pillage par le clan au pouvoir. Comme le reste de la production, la rente pétrolière est massivement détournée par le satrape et sa famille, avec la complicité active d’entreprises américaines et… de la Riggs Bank.

En 1995, la Riggs ouvrait un compte pour l’ambassade de Guinée-Equatoriale à Washington, le premier d’une longue série. Le rapport sénatorial américain fait apparaître que, entre 1995 et 2004, l’établissement a géré « plus de 60 comptes bancaires pour le gouvernement de Guinée-Equatoriale, ses membres et leurs familles (…) en fermant les yeux sur des indices laissant penser qu’ participait à des opérations de corruption (17) ».
Une petite partie du scandale

Les treize millions de dollars de M. Pinochet font quelque peu amateur comparés aux 700 millions de M. Nguema. Et pour cause : il y a confusion entre les revenus nationaux et les finances personnelles du dictateur. En Guinée-Equatoriale, une entreprise étrangère ne peut pas s’établir sans ouvrir son capital à des partenaires locaux, forcément issus du clan gouvernemental. Ce qui n’était qu’une pratique courante a été officialisé en 2004 par un décret présidentiel qui, pour le secteur pétrolier, impose une ouverture du capital à hauteur de 35 %.

Concernant la rente pétrolière, les compagnies américaines versent directement les revenus sur les comptes de la Riggs à Washington. Et quel que soit le compte officiel ouvert au nom de l’Etat de Guinée-Equatoriale, les signatures sont celles du président ou d’un membre de sa famille. L’enquête sénatoriale est parvenue à identifier quelques-uns de ces mouvements de capitaux. Florilège d’un bréviaire de la corruption : « Plus de 35 millions de dollars ont été versés par les compagnies pétrolières, virés à deux sociétés établies dans des paradis fiscaux, à partir d’un compte sur lequel le président Obiang, son fils, ministre des mines, et son neveu, secrétaire d’Etat au Trésor, avaient la signature. » [Riggs] « a permis entre 2000 et 2002 des dépôts d’argent liquide d’un montant total de près de 13 millions de dollars sur des comptes contrôlés par le président et son épouse. » La banque a accordé au couple présidentiel « des prêts pour l’achat d’un avion, de résidences de luxe aux Etats-Unis notamment ».

Lors de la présentation du rapport de juillet 2004, le sénateur Levin a souligné le peu d’empressement de la banque à coopérer. Il a ainsi expliqué qu’un responsable de l’établissement avait, lors de son audition, refusé de répondre aux questions. M. Simon Kareri, chargé des comptes équato-guinéens à la Riggs, aurait pourtant eu beaucoup à raconter. Selon le rapport, par deux fois au moins, ce haut cadre avait pris livraison, à l’ambassade à Washington, de valises « contenant 3 millions de dollars en coupures pour les déposer sur des comptes du président équato-guinéen ».

La Riggs s’est mise au service de M. Nguema à un moment où le dictateur avait été placé au ban de la communauté internationale. Pourtant, des organisations comme Amnesty International dénonçaient le recours systématique à la torture ; l’Observatoire géopolitique des drogues considérait la Guinée-Equatoriale comme « une des plaques tournantes du trafic de cocaïne entre l’Amérique latine et l’Europe »… Au point que tous les pays occidentaux, à l’exception notable de la France, avaient fermé leurs ambassades.

Ironie de l’histoire, la Riggs doit rompre avec le dictateur au moment où celui-ci est courtisé comme jamais par les chancelleries occidentales. Après les attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis ont décidé de réduire leur dépendance pétrolière vis-à-vis du Proche-Orient et d’augmenter leurs importations de brut en provenance d’Afrique de l’Ouest. Dès lors, le golfe de Guinée est considéré comme une zone d’« intérêt vital » pour la politique américaine. Hier encore pestiférée, la Guinée-Equatoriale devient fréquentable par la grâce de ses prometteuses réserves de pétrole. Au cours de l’année 2002, le président Bush a rencontré à plusieurs reprises, à Washington, des chefs d’Etat africains pour discuter avec eux de la sécurité militaire et énergétique. Parmi ses interlocuteurs, M. Nguema. Huit ans après sa fermeture, l’ambassade des Etats-Unis fut rouverte à Malabo, la capitale. Les uns après les autres, les pays occidentaux ont emboîté le pas à Washington.

Après avoir menacé de poursuivre la presse internationale pour « ses commentaires tendancieux (18) », le président Nguema a fermé tous ses comptes à la Riggs. D’autres banques se sont aussitôt mises sur les rangs, notamment l’espagnole Banco Santander ou la britannique HSBC, deux établissements déjà cités dans l’affaire du dictateur chilien.

D’une certaine manière, MM. Nguema et Pinochet sont des « victimes collatérales » des attaques du 11-Septembre. Leurs fonds prospéraient en silence, quand la commission des affaires gouvernementales du Sénat décida d’enquêter sur le financement des organisations terroristes. L’Arabie saoudite se retrouva alors sur la sellette, au travers d’organisations caritatives et de personnalités telles que la princesse Haïfa Al-Fayçal, épouse du prince Bandar, ex-ambassadeur saoudien aux Etats-Unis (19). Les recherches conduisirent tout naturellement à la banque des diplomates. C’est en menant leurs investigations sur les 150 comptes saoudiens de la Riggs que les enquêteurs découvrirent des mouvements de capitaux frauduleux concernant d’autres clients. Le 14 mai 2004, les autorités américaines condamnaient l’honorable institution à payer une amende de 25 millions de dollars pour avoir violé la loi, de façon « délibérée et systématique (20) », comme l’affirmaient les contrôleurs fédéraux.

Les rapports officiels n’ont fait pour l’instant émerger qu’une partie de l’iceberg. De semblables recherches pourraient être menées à propos des comptes du président défunt du Togo, M. Gnassingbé Eyadéma, mais aussi de comptes en provenance du Mozambique ou du Bénin…

Les dirigeants de la banque eux-mêmes mériteraient une enquête, si l’on en croit la presse américaine. Depuis le début des années 1980, la Riggs est détenue majoritairement par son PDG, M. Joe L. Allbritton, ancien homme d’affaires de Houston et grand ami de la famille Bush. En 1997, la Riggs a d’ailleurs acheté, pour 5,5 millions de dollars, la petite société d’investissement fondée par M. Jonathan Bush, l’oncle de l’actuel président. Devenu l’un des hauts responsables de la banque, Jonathan a participé très généreusement au financement de la campagne présidentielle de son neveu. M. Allbritton, lui, se contente de figurer parmi les bailleurs de fonds de la Fondation du président George Bush.
Alain Astaud.

 

 

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UNE NEO-COLONIE NOMMEE GABON. GOUVERNEUR : OMAR BONGO

Confidentiel

Posté par: samemous

Publiée le : 6/7/2007 0:30:00

 

UNE NEO-COLONIE NOMMEE GABON. GOUVERNEUR : OMAR BONGO

 

« Omar Bongo.est pour moi un ami de longue date et qui a témoigné de sa fidélité à nos idéaux

communs et à notre engagement commun pour une certaine idée franco-africaine. » Jacques Chirac,

allocution à Libreville le 22 juillet 1995.

« Les flots d’argent qui se déversaient dans les sables d’une Afrique nominalement indépendante,

loin d’assécher l’ancienne métropole, l’irriguaient, voire arrosaient du  »beau monde ». Une bonne

partie des quartiers chics de Paris vivaient alors sur le miracle des liquidités repartant parfois

souterrainement, aux sources.Pour les happy fews, le taux de retour de l’aide au développement

 »tartinée » sur la rente, déjà bien onctueuse, du pétrole et des produits tropicaux, était mirifique. A la

limite de l’écoeurement.» (Antoine Glaser et Stephen Smith, L’Afrique sans Africains, Ed. Stock,

1994).

Omar Bongo Odimba qui dirige le Gabon sans partage depuis décembre 1967, ne s’est pas fait

prier pour changer la constitution en 2003. Ce qui lui confère désormais la possibilité de diriger ce

pays pendant de longues années encore, au grand dam de l’écrasante majorité des Gabonais plutôt

« fatigués de la même personne depuis quarante ans ».[6]

Omar Bongo en 7 dates, 30 décembre 1935 : Naissance officielle à Lewaï, Haut-Ogooué ; 1952 :

Certificat d’études à Brazza ; 1953 : Jeunesses SFIO ; 1958 : Service de renseignement de l’armée ;

1959 : Le Gabon demande à devenir un département français ; 1966 : Vice-président du Gabon aux

côtés de Léon M’ba ; 1967 : Il devient président de la République du Gabon.

Pour un peu plus d’un million d’habitants, le Gabon dispose de richesses exceptionnelles :

pétrole, uranium, bois, manganèse, lithium… Dès la pseudo-indépendance du 17 août 1960, la

France signe des accords de coopération qui laissent à Paris le droit de s’accaparer les richesses

minières du Gabon. Léon M’Ba président vassal de la françafrique n’hésite pas à promouvoir un

article faisant du Gabon une véritable chasse gardée de la France, un réservoir français de matières

premières .

Article 5 :

« La République française est tenue informée des programmes et projets concernant l’exploitation

hors du territoire de la République Gabonaise des matières et produits stratégiques.

« En ce qui concerne les matières premières et produits, la République gabonaise réserve par

priorité leur vente aux Etats de la Communauté après satisfaction des besoins de sa consommation

intérieure et s’approvisionne par priorité auprès de ces Etats ». Affaires africaines, p.43, [7]

http://www.afriquevision.net/vision/htdocs 28/2/2008 7:25:44 – 1

En février 1964 Léon M’Ba est démis suite à un coup d’état. Mais le 19 février 1964, les

parachutistes français rétablissent par un putsch Léon M’Ba, le président déchu, dans ses fonctions.

Bongo est nommé aux affaires étrangères, puis au cabinet du président Léon Mba. Très vite Bongo

est dans les petits papiers du  »seigneur des néocolonies » françaises : Jacques Foccart, tandis que

le président-général Charles de Gaulle le décrit comme un « type valable ». A tel point que Jacques

Foccart, conseiller de Charles de Gaulle, songe à lui pour succéder à Mba, miné par un cancer. Voilà

comment, en1967, après le décès de Léon M’Ba, et suite à un bricolage constitutionnel, le «type

valable» de 32 ans devient le plus jeune chef d’Etat du monde. C’est d’ailleurs à Paris, dans

l’enceinte de l’ambassade du Gabon, que l’élu des Français prête serment.

Albert Bongo est une pure création néocoloniale mis en place à la tête du Gabon par Jacques

Foccart sous la bénédiction du général de Gaulle pour assurer le relai militaire français dans la

guerre du Biafra qui fera 1 à 2 millions de morts. Dès lors la France peut accélérer ses livraisons

d’armes au Biafra via Libreville avec le soutien d’Houphouët Boigny. Durant cette période comme le

souligne Pierre Péan dans son livre, Affaires Africaines, Albert-Bernard Bongo n’est qu’une

marionnette dépendant des services de Foccart. Si Albert Bongo vient à faire une déclaration

erronée concernant le Nigéria et la sécession Biafraise, celle-ci est aussitôt rectifiée par les services

du SDECE ou/et de Jacques Foccart (Affaires Africaines [7], p.81-82).

Par la suite Bongo ne cessera d’être réélu par la fraude électorale cautionnée par ses mentors de

la Françafrique et fera assassiner ses opposants politiques comme Germain M’Ba assassiné par Bob

Denard le 18 septembre 1971, selon Pierre Péan dans Affaires Africaines ([7]p.13). Le Gabon sera

considéré par Foccart et ses successeurs comme une plate-forme pétrolière, militaire et financière. «

Les troupes françaises au Gabon sont constituées des 600 hommes du 6ème BIMa (Bataillon

d’Infanterie de Marine, ex-coloniale) et d’une compagnie tournante de l’armée de l’Air. Créée par Bob

Maloubier la garde présidentielle est encadrée par des militaires français plu sou moins détachés,

tels les généraux Roland Meudec puis loulou Martin. Equipée de blindés légers, renforcée par des

éléments marocains, c’est la meilleure unité combattante du pays. Quant à la DGSE, elle dispose

bien évidemment d’un chaperon auprès du président local. » (Noir Silence, [8] p.197).

« Le Gabon a été une excroissance de la République dirigée conjointement par Jacques Foccart,

le parti gaulliste et Elf.En 1993,.le président Bongo s’est maintenu au pouvoir grâce à un  »coup d’état

électoral », opéré avec la bienveillante neutralité du gouvernement français ». (Pierre Péan, Audition

par la mission d’Information sur le rôle des compagnies pétrolières. Pétrole et éthique, rapport cité,

t.I, p.158-159. cité par F.X Verschave dans Noir Silence, p.198).

Selon l’ancien directeur de la DGSE Pierre Marion ([8], p.201), Omar Bongo après plus de trente

années de règne va devenir le plus ancien homme politique françafricain et influencer en retour la

politique française par de nombreux pots de vins et moyens de pression :

« Les subsides de Bongo servent à tout le monde lors des élections françaises et créent un sorte

de colonialisme à l’envers ».

Ainsi les partis politiques et les compagnies françaises telles que ELF s’enrichissaient sur le dos

du peuple gabonais dont les conditions de vie étaient de plus en plus dramatique. Selon le PNUD : «

On ne compte (au Gabon) que 19 médecins pour 100.000 habitants, l’espérance de vie n’est que de

52 ans, seulement 38% des enfants sont vaccinés contre la rougeolle-contre une moyenne de 79%

dans les pays en développement. Un enfant sur sept meurt avant l’âge de 5 ans.le rang du Gabon à

l’indicateur du développement humain (IDH) le fait reculer de 71 places par rapport à un classement

http://www.afriquevision.net/vision/htdocs 28/2/2008 7:25:44 – 2

seulement basé sur la production par habitant » (PNUD, 1999).

Les valises d’argent frais ont certes atterri au RPR et à l’UDF, mais aussi au PS. Et les amitiés

maçonniques ont fait le reste. Pour apaiser le courroux du bienfaiteur, outré par un brûlot de Pierre

Péan (2), la France rose lui dépêche tour à tour le défunt François de Grossouvre, Roland Dumas -

«mon ami intime» – puis le Premier ministre Pierre Mauroy. On promet même au roi des Batéké, reçu

avec faste l’année suivante, une centrale nucléaire. Il compte aujourd’hui parmi ses plus ardents

avocats l’ex-ministre Catherine Tasca ou Michel Rocard. Bongo puise dans une fortune colossale,

bâtie avec le concours d’Elf, de quoi huiler les rouages de son pouvoir .

A tous les coups il gagne. Réélu président, Omar Bongo peut compter sur la bienveillance d’une

France à qui il doit tout et qui lui doit tant.

On ne s’étonnera pas de voir Bongo Odimba, le facétieux, être réélu grâce au trucage des

élections made in France :

« Pour la Saint-Nicholas, on ressort la machine électorale made in France. La machine vote

massivement Bongo. Le miracle informatique, rodé en maints pays d’Afrique, multiplie à volonté les

électeurs et les votants, transforme une minorité en majorité, une défaite ou un ballottage en victoire.

Avec 4 chiffres significatifs : 66,55%. Bingo pour Bongo ! Pourquoi lésiner ?

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