Du 7 avril au 13 mai 2008. « Moi(s) contre la Françafrique » !

Posté par issopha le 16 avril 2008

Du 7 avril au 13 mai 2008.

« Moi(s) contre la Françafrique » !

 

Pour plus d’infos , cliquer sur le lien suivant :

http://www.lesjeudisafricains.net

13 05 2008

Du 7 avril au 13 mai 2008. Nicolas Sarkozy avait promis, durant sa campagne présidentielle, une rupture avec les régimes corrompus et autoritaires. Et annoncé, lors de son discours d’investiture, une politique de la France au service des droits de l’homme dans le monde. Ces espoirs ont été vite déçus.

Un an après les élections présidentielle et législatives, Survie organise un Moi(s) contre la Françafrique pour relancer le débat en France sur les liens que notre pays continue d’entretenir avec la plupart de ses anciennes colonies africaines : aide au développement dévoyée, interventions militaires, soutien à des dictatures, pillage des ressources, etc.

Peu transparente et de plus en plus critiquée (au Tchad, au Gabon, au Congo, en Côte d’Ivoire…), la politique de la France en Afrique doit faire l’objet d’une véritable réforme : instauration d’un contrôle parlementaire, fin de l’ingérence et respect des aspirations démocratiques des populations africaines.

Afin de donner une audience plus large à ces revendications, Survie organise du 7 avril au 13 mai un mois de mobilisations partout en France : interpellation des élus et sensibilisation du grand public avec des conférences, des projections débats, des tables de presse, des concerts, des manifestations…

50 ans de République Françafricaine

Cette année, le « Moi(s) contre la Françafrique » se déroulera du 7 avril (date du début du génocide au Rwanda en 1994) au 13 mai (le 13 mai 1958 étant considéré dans l’histoire officielle comme l’avènement de la Vème République et le retour au pouvoir du général de Gaulle).

En 1958, l’instauration de la Vème République par le général de Gaulle (rappelé au pouvoir en pleine guerre d’Algérie) coïncide avec la mise en place de la Françafrique, devenue en quelque sorte consubstantielle d’une République qui s’attachera, jusqu’aujourd’hui encore, à garder une haute main sur les pays africains et leurs ressources naturelles.

La stigmatisation des 50 ans de cette politique, non démocratique, est pour nous l’occasion d’appeler à un changement réel et à une véritable rupture dans ces pratiques par un assainissement des relations franco-africaines.

Premières dates du Moi(s) à Paris (calendrier régulièrement mis à jour)

 

Mercredi  , 16 avril 2008:

« Du racisme français »,

 

avec Odile Tobner

Présidente de l’association SURVIE

www.survie-france.org


 

Mercredi 16 avril – 20h à la librairie Jonas,

14 rue de la maison blanche 13ème,

M° Tolbiac,

Entrée :  2€

Avec Odile Tobner, présidente de Survie,

auteur du livre « Du racisme français »


Soirée débat conviviale avec Sangria

En écoute sur le web : Conférence et interview sur la françafrique – Emission « Françafrique » n°8 avec Odile Tobner
http://www.afriradio.net/audio80.html

 

 

Jeudi 17 avril – 18h à 21h –

 

Soirée autour de la situation au Niger

 

avec Moussa Tchangari

du Groupe Alternative Niger

17 04 2008

Université Censier (Salle 336 – 3e etage) – 13 rue Santeuil – M° Censier-Daubenton

Attention horaire spéciale exceptionnellement…
Dans le cadre du Mois contre la Françafrique
tchangari-moussa-niger dans FRANCE A FRIC EN AFRIQUE

Moussa Tchangari, porte parole du mouvement démocratique au Niger, directeur du groupe Alternative Niger

Moussa Tchangari, animateur d’Alternative Niger, participant aux Forum Sociaux régionaux et mondiaux, et notamment au dernier Forum Social Mondial de Porto Alegre, est une figure de cette exigence démocratique qui s’exprime, à partir des organisations de la société civile, en Afrique comme ailleurs dans le monde. Il a été arrêté en 2005 parce qu’il portait la voix des 70 000 nigériens qui sont descendus pacifiquement dans la rue le 15 mars 2005 pour protester contre une loi de finance aux effets catastrophique pour la grande majorité de la population.

Il nous parlera de la situation actuelle au Niger.

Avec la participation du collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger » à travers quelques témoignages de la situation, dont ceux de :

- Aghali Mahiya, de la région d’Agadez
- Alain Joseph, hydrogéologue
- Anne Roussel et Samira Clady, à l’initiative du collectif
(voir aussi mardi 29 avril)

Soirée organisée en collaboration avec l’UFR Autogéré de Paris 3, et avec la participation de la CNT Paris 3

 

Jeudi 24 avril – 19h –

 

Asso. Sciences-Po Pour l’Afrique -

 

Politique Africaine de Sarkozy :

la Rupture?

24 04 2008

Sciences-po – 27 rue saint guillaume, Amphithéatre Jacques Chapsal

rupture

Soirée organisée par l’ASPA, Association Sciences-po Pour l’Afrique, avec la participation de Survie, dans le cadre du « moi(s) contre la Françafrique »

de 19H15 à 21H15

Seront présents:
Rama Yade (sous réserve)
Rémi Maréchaux
Thomas Mélonio, responsable Afrique du PS
Fabrice Tarrit, ancien SG de Survie
Elikia Mbokolo
Achille Mbembe (sous réserve)

 

 

MARDI 29 AVRIL à 20h –

 

Soirée Noir Canada

avec William Sacher

du collectif Ressources d’Afrique, à Montréal, Québec – Canada

29 04 2008

FIAP Jean Monnet – 30 rue Cabanis (Salle Berlin) -Métro Glacière

William Sacher est co-auteur du livre « NOIR CANADA, Pillage, criminalité et corruption en Afrique » (Écosociété, avril 2008).

noir-canada

Dans le cadre de la sortie du livre en France et du mois contre la Françafrique.

Dernière minute : (12 avril 08) Une mise en demeure de Barrick Gold force le report du lancement de NOIR CANADA

- Avec la participation de Xavier Harel, journaliste à La Tribune, auteur de « Afrique pillage à huis clos » – et un autre invité surprise à préciser

« Le Canada dans la Mafiafrique »

Les mines de diamants, de cobalt, d’or et de cuivre, les gisements pétroliers, les barrages éléphantesques, ou encore les sociétés de chemin de fer constituent la part substantielle du gâteau africain que s’est arrogé le Canada.
Mais à l’aune de leurs profits astronomiques, ce sont ses sociétés minières qui se taillent la part du lion. Elles peuvent compter sur le soutien diplomatique et politique d’Ottawa, ainsi que sur la présence de personnalités influentes issues de la politique ou des affaires dans leur entourage. Elles s’appuient également sur la Bourse de Toronto qui, en accueillant des sociétés enregistrées partout dans le monde, s’impose comme paradis judiciaire mondial des sociétés minières. Certaines de ces sociétés sont au coeur du conflit qui perdure de façon larvée dans les Grands Lacs africains. Si l’on ajoute les positions idéologiques du Canada à l’ONU et ailleurs, et le rôle de la coopération canadienne, on comprend globalement que le Canada a usurpé sa réputation de « bon gars » à l’échelle internationale.

- Plus d’informations sur le site du Collectif Ressources d’Afrique (Canada)

- Avec aussi la probable participation du collectif « Areva ne fera pas la loi au Niger » (voir aussi jeudi précédent 17 avril)

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50 ans de République Françafricaine-1958-2008

Posté par issopha le 13 avril 2008

1958-2008

50 ans de République Françafricaine

 

 

Communiqué de Survie, le 7 avril 2008
Aujourd’hui, 7 avril 2008, on commémore le douloureux 14ème anniversaire du début du génocide des Tutsi au Rwanda qui, du 7 avril au 4 juillet 1994 a fait environ 1 million de victimes. Ce plan machiavélique d’extermination d’individus pour le simple fait d’être « tutsi » (ou pour s’être opposés à cette extermination) a été mis en œuvre grâce au soutien politique, diplomatique, militaire et financier que la France a apporté au régime d’apartheid de Juvénal Habyarimana dans un premier temps, puis aux génocidaires pendant et après le génocide lui-même.

Aujourd’hui très documenté, cet épisode a constitué la pire dérive d’un système de relations que la France entretient depuis les « Indépendances » avec les pays africains : la Françafrique. Le Rwanda a permis de voir jusqu’où était capable d’aller la République française, à savoir se rendre complice d’un génocide, pour défendre ses intérêts politiques ou économiques en Afrique, et ensuite nier toute responsabilité pour défendre l’honneur de son Armée.

Si la plupart des colonies françaises ont accédé à l’Indépendance en 1960, c’est bien dès 1958, en parallèle à l’instauration de la Vème République qui fêtera ses 50 ans cette année, qu’a été mise en place cette Françafrique néocoloniale, qui fait de la Vème République une « République françafricaine ».

Après un bref épisode consistant à tenter de mettre en place une Communauté avec les pays africains de l’ancien empire colonial, les indépendances formelles ont en effet été verrouillées par un ensemble d’accords économiques, monétaires, diplomatiques, militaires qui reviennent à établir une domination française de fait. Les hommes politiques africains qui ont eu d’autres ambitions pour leurs pays ont été éliminés par l’assassinat : Sylvanus Olympio en 1963, Thomas Sankara en 1988, ou par des coups d’Etat : Modibo Keita (1968), Amani Diori (1974), etc.

Tous les présidents français ont utilisé la trop fameuse « cellule africaine » de l’Elysée pour manipuler les pouvoirs africains. Lorsque, dans les années 90, des conférences nationales tenteront de réformer des relations opaques et corrompues et d’instaurer des régimes représentatifs, la manipulation des élections assurera la continuité du système. Omar Bongo (Gabon), Paul Biya (Cameroun), le clan Eyadéma (Togo), Lansana Conté (Guinée), Denis Sassou Nguesso (Congo-B.), Idriss Déby (Tchad), restent aujourd’hui en place grâce au soutien de la France. Le système de corruption mis en place est scandaleux. L’affaire Elf en a témoigné, même si les investigations sont restées très partielles, tandis que l’édification par les présidents africains de fortunes pharaoniques (« biens mal acquis ») commence à engendrer enquêtes et plainte.

Après avoir promis une rupture avec ce système de corruption, le président français Nicolas Sarkozy a donné des gages aux régimes les plus corrompus, avec comme dernier épisode l’éviction de Jean-Marie Bockel de son poste de Secrétaire d’Etat à la Coopération à la demande des principaux prédateurs qui, précisons-le, sont aussi bien des Présidents africains dictateurs que des affairistes français implantés en Afrique.

Afin de dénoncer cette perpétuation du néocolonialisme français en Afrique et de susciter un mouvement de réprobation, Survie lance aujourd’hui un « Moi(s) contre la Françafrique ».
Ce « Moi(s) » se déroulera du 7 avril (date du début du génocide au Rwanda en 1994) au 13 mai (le 13 mai 1958 pouvant être considéré comme l’avènement de la Vème République avec le retour au pouvoir du général de Gaulle). Conférences, projections-débats, concerts, manifestations seront organisés un peu partout en France sur les sujets aussi cruciaux que le soutien militaire à Idriss Déby au Tchad, le pillage de l’uranium nigérien par Areva, les biens mal acquis des dictateurs africains en France, etc. (Voir le dossier de presse ci-joint).

En cette année 2008, et à l’occasion du 50ème anniversaire d’une Vème République Françafricaine, il est plus que temps d’opérer une véritable rupture avec la Françafrique et de mettre en œuvre une réforme de la politique de la France vis-à-vis du continent africain par l’arrêt du soutien aux dictatures, la promotion de la démocratie et la défense des droits de l’Homme, la conditionnalisation de l’aide à la bonne gouvernance, la lutte contre la corruption, l’instauration d’un contrôle sur les activités des multinationales françaises en Afrique, la fin de l’ingérence militaire, la fin du domaine réservé de l’Elysée et l’instauration d’un contrôle parlementaire sur la politique extérieure de la France. Un engagement à encourager à tous les niveaux, politiques et citoyens.

Contact presse : Alexandra PHAETON

alexandra.phaeton@survie-france.org

Tél. : 01 44 61 03 25

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Info.survie.idf@rezo.nethttp://listes.rezo.net/mailman/listinfo/info.survie.idf

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Projet de révision au Cameroun. La Constitution selon Biya.Par Serge BOLLE , lu sur le blog LA CONSTITUTION EN AFRIQUE

Posté par issopha le 8 avril 2008

Projet de révision au Cameroun.

La Constitution selon Biya

 

biya.jpg 

 

            Le 4 avril 2008, Paul Biya, Président de la République du Cameroun, a déposé sur le bureau de l’Assemblée Nationale, conformément à l’article 63 (1) de la Constitution de 1996, le projet de loi n° 819/PJL/AN visant à modifier et à compléter certaines dispositions de la constitution du 18 janvier 1996. Après des mois de controverse, le pouvoir de révision souverain va se prononcer sur le texte ci-après, publié par le quotidien « Mutations » et annoté par votre serviteur :

Projet de révision au Cameroun. La Constitution selon Biya.Par Serge BOLLE , lu sur le blog LA CONSTITUTION EN AFRIQUE  dans CAMEROUN : laideurs et décadence mutations


Article 6 :

Alinéa 2 (nouveau) : Le président de la République est élu pour un mandat de sept (07) ans. Il est rééligible.

La levée de la limitation du nombre de mandats présidentiels constitue l’objet principal de la révision à venir de la Constitution. Très controversée, considérée par les opposants comme un attentat contre la paix civile, la fin programmée du double septennat remet en cause l’un des acquis du néo-constitutionnalisme libéral de la décennie 1990 en Afrique et rouvre la possibilité pour Paul Biya, 75 ans, d’être indéfiniment réélu à la charge suprême.

Pour autant, l’abandon de la clause de l’alternance automatique au sommet n’est pas en elle-même antidémocratique : le Président de la République, dans ses vœux à la Nation pour 2008, a souligné qu’il s’agissait de supprimer « une limitation à la volonté populaire, limitation qui s’accorde mal avec l’idée même de choix démocratique ». Partisans et détracteurs de la clause avancent des arguments somme toute classiques, rappelés par Augustin Loada.

Mais le débat passionné et passionnel sur l’article 6 (2) de la Constitution camerounaise s’inscrit aussi et surtout dans une société politique de défiance mutuelle : « La Constitution de la République du Cameroun » d’Alain Didier Olinga (p. 72) enseigne qu’en 1996 « Le principe de la limitation des mandats (a) été acquis au terme d’une âpre bataille » et qu’il était « la contrepartie » du passage du quinquennat au septennat ; l’opposition fait valoir, en 2008, que le pouvoir RDPC n’a de cesse de « truquer » les élections concurrentielles  et que l’adoption de l’amendement garantira donc la réélection de Paul Biya en 2011. Le raisonnement n’est pas sans faille : à Constitution constante, Paul Biya, à l’instar de Vladimir Poutine en Russie et, peut-être demain d’Abdoulaye Wade au Sénégal, n’aurait-il pas pu faire élire son « dauphin » pour empêcher l’opposition de conquérir le pouvoir ? En réalité, tout alternance semble exclue tant que l’ancien parti unique, qui a remporté toutes les élections depuis le rétablissement du multipartisme intégral, sera en capacité de « surdéterminer » la Constitution, de la façonner à son gré, seul ou avec des alliés obligeants.

Alinéa 4 (nouveau) : En cas de vacance de la Présidence de la République pour cause de décès, de démission ou d’empêchement définitif constaté par le Conseil Constitutionnel, le scrutin pour l’élection du nouveau Président de la République doit impérativement avoir lieu vingt (20) jours au moins et cent vingt (120) jours au plus après l’ouverture de la vacance.

a) L’intérim du Président de la République est exercé de plein droit, jusqu’à l’élection du nouveau Président de la République, par le président du Sénat. Et si ce dernier est, à son tour empêché, par son suppléant suivant l’ordre de préséance du Sénat ;

b) Le Président de la République par intérim- le Président du Sénat ou son suppléant- ne peut modifier ni la Constitution, ni la composition du Gouvernement. Il ne peut recourir au référendum. Il ne peut être candidat à l’élection organisée pour la Présidence de la République ;

c) Toutefois, en cas de nécessité liée à l’organisation de l’élection présidentielle, le Président de la République par intérim peut, après consultation du Conseil Constitutionnel, modifier la composition du Gouvernement.

Deux amendements sont ici envisagés.

Il s’agit, d’abord, de réécrire la première phrase de l’article 6 (4) de la Constitution pour porter de 40 à 120 jours le délai maximum prévu pour la tenue d’une élection présidentielle anticipée. En décembre 2007, un député révisionniste RDPC faisait observer : « Tout le monde reconnaît que la période de 40 jours imposée au Président de la République par intérim est très courte, et que l’organisation d’un scrutin dans ces délais est irréalisable ». Si des considérations techniques, également avancées au Mali en 2001, peuvent amplement justifier le triplement du délai maximum, il y a lieu de s’interroger sur le maintien du délai minimum de 20 jours, évidemment « irréaliste ». A titre de comparaison, une élection présidentielle consécutive à une déclaration de vacance a lieu dans un délai de 30 jours au moins et de 40 jours au plus au Bénin (Constit. 1990, art. 50), de 45 jours au plus en Côte d’Ivoire (Constit. 2000, art. 40), de 30 jours au moins et de 60 jours au plus à Madagascar (Constit. 1992 révisée 2007, art. 47), de 3 mois au plus en Mauritanie (Constit. 1991 amendée 2006, art. 40), de 45 jours au moins et de 90 jours au plus au Niger (Constit. 1999, art. 42), de 60 jours au moins et de 90 jours au plus au Sénégal (Constit. 2001, art. 31) et en République Démocratique du Congo (Constit. 2006, art. 76). La réécriture de la première phrase de l’article 6 (4) de la Constitution camerounaise pose question : aurait-elle été conçue pour ménager plusieurs scénarios de succession constitutionnelle de Paul Biya, un scénario court de 20 jours au cas où le RDPC aurait un candidat « naturel », un scénario de 120 jours au plus dans l’hypothèse où le RDPC serait amené à choisir son candidat entre plusieurs prétendants ?

Le second amendement portant sur l’article 6 (4) c) de la Constitution est additionnel : il consiste à conférer au Président de la République par intérim le pouvoir de décider un remaniement gouvernemental, après avis simple du Conseil Constitutionnel, « en cas de nécessité liée à l’organisation de l’élection présidentielle ». La mesure fait partiellement droit à une préoccupation exprimée par un député révisionniste RDPC, en décembre 2007 : « un Président de la République par intérim qui ne pourrait modifier ni la constitution, ni le Gouvernement, ni organiser un référendum, n’aurait aucun pouvoir et ne saurait se faire obéir par qui que ce soit ». Mais, partout dans le monde, les attributions constitutionnelles du Chef de l’Etat intérimaire sont moindres que celles du titulaire ; et la loi fondamentale gèle souvent, pour la durée de l’intérim, la composition du Gouvernement, de manière à écarter, dans une période délicate, certaines manœuvres intempestives, susceptibles d’entraver le libre choix par le peuple souverain du nouveau Président de la République. Que vise donc l’amendement proposé au Cameroun ? S’agit-il de donner au futur Président de la République par intérim une base constitutionnelle pour s’imposer dans la course à la succession ? Dans l’affirmative, l’article 6 (4) c) nouveau de la Constitution contredirait l’interdiction faite au Chef de l’Etat provisoire par l’article 6 (4) b) maintenu de se porter candidat à l’élection présidentielle anticipée. Une autre hypothèse mérite attention : l’article 6 (4) c) nouveau de la Constitution permettrait à un Président de la République par intérim d’écarter du Gouvernement un ministre « gênant », qui se présenterait contre le candidat investi par le RDPC.

En toute hypothèse, la modification des règles constitutionnelles de succession ne sera pas anodine. Gageons que la discussion parlementaire de la révision en éclairera les ressorts !

Article 14 :

Alinéa 3 a (nouveau) : Les Chambres du Parlement se réunissent aux mêmes dates en sessions ordinaires chaque année aux mois de mars, juin et novembre sur convocation des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat, après consultation du Président de la République.

Pour saisir l’intérêt de cette modification technique, il convient de se reporter à « La Constitution de la République du Cameroun » d’Alain Didier Olinga (p. 121) : l’ordre actuel de présentation des sessions ordinaires des chambres du Parlement (juin, novembre, mars) correspondait à l’année budgétaire « étalée du 1er juillet au 30 juin de l’année suivante » ; « Avec l’alignement de l’année budgétaire sur l’année civile, la situation change. C’est ainsi que le règlement intérieur [de l’Assemblée Nationale] tel que modifié par la loi du 2 décembre 2002 précise à son article 9 alinéa 2 : « L’année législative de l’Assemblée Nationale est arrimée à l’année civile. La première session ordinaire de l’Assemblée Nationale s’ouvre au mois de mars, la deuxième au mois de juin et la troisième au mois de novembre ». Le pouvoir de révision souverain est donc invité à actualiser la Constitution pour purger l’ordre juridique d’une disposition désormais caduque. Cette invite pose question au regard de la hiérarchie des normes, car l’Assemblée Nationale, auteur de la loi de révision constitutionnelle, devrait s’aligner, sur l’Assemblée Nationale, auteur de la loi infra-constitutionnelle portant règlement intérieur !

Article 15 :

Alinéa 4 (nouveau) : En cas de crise grave ou lorsque les circonstances l’exigent, le Président de la République peut, après consultation du Président du Conseil Constitutionnel et des bureaux de l’Assemblée nationale et du Sénat, demander à l’Assemblée nationale de décider, par une loi, de proroger ou d’abréger son mandat. Dans ce cas, l’élection d’une nouvelle Assemblée nationale a lieu quarante (40) jours au moins et cent vingt (120) jours au plus après l’expiration du délai de prorogation ou d’abrègement de mandat.

Il s’agit ici de doubler le délai maximum d’organisation d’élections législatives anticipées consécutives à la promulgation d’une loi exceptionnelle d’autodissolution de l’Assemblée Nationale ; l’échéance serait identique à celle fixée par la première phrase de l’article 6 (4) de la Constitution après sa modification. La révision pourrait permettre de résoudre les difficultés techniques inhérentes à l’organisation d’élections imprévues, comme cela avait été envisagé au Mali par le projet de 2001. Mais sa portée – politique et institutionnelle – mérite d’être appréciée au regard du projet de modification de l’article 6 (4) : le Président de la République, par intérim ou successeur constitutionnel de Paul Biya, n’aura-t-il pas la possibilité de provoquer la tenue d’élections législatives anticipées, pour que le Chef de l’Etat puisse s’appuyer sur une majorité parlementaire nouvelle construite sur son nom ?

Article 51 :

Alinéa 1 (nouveau) : Le Conseil Constitutionnel comprend onze (11) membres désignés pour un mandat de six (06) ans non renouvelable.

Paul Biya, dans ses vœux à la Nation pour 2008, a annoncé : « nous donnerons sa forme définitive au Conseil Constitutionnel ». Il ne s’agissait visiblement pas de procéder à l’installation de l’institution, licitement différée en vertu du principe de progressivité de l’article 67 (1) de la Constitution de 1996. Le projet de révision du 4 avril 2008 vise simplement de réformer la durée du mandat des membres d’un Conseil Constitutionnel toujours virtuel, malgré la promulgation des textes infra-constitutionnels qui le régiront (Loi N°2004/004 du 21 avril 2004 portant organisation et fonctionnement du Conseil constitutionnel et Loi n°2004/005 du 21 avril 2004 fixant le statut des membres du Conseil constitutionnel). Pourquoi faudrait-il en 2008 réduire de 9 à 6 ans cette durée ? Le sexennat envisagé n’exposera-t-il pas l’institution gardienne de la Constitution au risque d’une plus grande politisation, d’un moindre découplage avec la vie politique, rythmée par des élections législatives tous les 5 ans et une élection présidentielle tous les 7 ans ? L’indépendance du Conseil Constitutionnel et la continuité de sa jurisprudence ne risqueront-elles pas d’être durablement compromises par la perspective d’un renouvellement en bloc tous les 6 ans ?

Article 53 (nouveau) :

Alinéa 1 : La Haute Cour de Justice est compétente pour juger les actes accomplis dans l’exercice de leurs fonctions par :

- le Président de la République en cas de haute trahison ;

- le Premier ministre et les autres membres du Gouvernement et assimilés, les hauts responsables de l’administration ayant reçu délégation de pouvoirs en application des articles 10 et 12 ci-dessus, en cas de complot contre la sûreté de l’Etat.

Alinéa 2 : Le Président de la République ne peut être mis en accusation que par l’Assemblée nationale et le Sénat statuant par un vote identique au scrutin public et à la majorité des quatre cinquièmes des membres les composant.

Alinéa 3 : Les actes accomplis par le Président de la République en application des articles 5, 8, 9 et 10 ci-dessus, sont couverts par l’immunité et ne sauraient engager sa responsabilité à l’issue de son mandat.

Alinéa 4 : L’organisation, la composition, les conditions de saisine ainsi que la procédure suivie devant la Haute Cour de Justice sont déterminées par la loi.

Il est proposé de réécrire entièrement l’article 53 de la Constitution qui, dans sa version actuelle ne comporte que deux alinéas et qui renvoie à une loi d’application. Or, comme on peut le lire dans « La Constitution de la République du Cameroun » d’Alain Didier Olinga (p. 174) : « La Haute cour de justice est probablement la seule institution de l’histoire constitutionnelle camerounaise à n’avoir jamais accédé à l’effectivité. Figée dans un environnement institutionnel en mutation, elle semble ne survivre que du fait de la potentielle clameur civique qui naîtrait de l’impression d’irresponsabilité et d’impunité déduite de son inexistence ».

Le projet de révision est de nature à renforcer cette impression.

L’article 53 (1) confirmera le privilège de juridiction du Président de la République et, surtout, innovera en limitant le champ de sa responsabilité personnelle au cas de haute trahison, notion que ne définit pas le Constituant camerounais, contrairement à la plupart de ses homologues africains.

L’article 53 (2) rendra plus ardue la mise en accusation du Président de la République : l’exigence d’une majorité surqualifiée des 4/5 dans les deux chambres paraît exorbitante au regard des textes constitutionnels africains d’aujourd’hui.

Enfin, l’article 53 (3) créera une immunité absolue au bénéfice d’un ancien Président de la République : ce dernier sera mis à l’abri de toute poursuite pour tout acte accompli dans l’exercice de ses fonctions antérieures. Avec une telle innovation, le Cameroun surpasserait le Gabon, où la Constitution révisée en 2003 dispose en son article 78 in fine : « Le Président de la République qui a cessé d’exercer ses fonctions ne peut être mis en cause, poursuivi, recherché, arrêté détenu ou jugé pour les faits définis par la loi organique prévue à l’article 81 de la Constitution ».

Le projet de révision doit-il être compris comme permettant, à un terme indéterminé, une sortie de charge « sécurisée » du Chef de l’Etat actuel ? Dans l’affirmative, ce serait le « prix constitutionnel » à acquitter pour que s’ouvre au Cameroun une nouvelle page de la construction  d’un Etat de droit et de démocratie pluraliste. Il faut rappeler à ceux qui s’offusqueraient d’une telle perspective que la réussite de certaines transitions tient à la réconciliation nationale dans et par le pardon. C’est ainsi que le modèle béninois de transition repose, notamment, sur la loi n°91-013 du 12 avril 1991 portant immunité personnelle du Président Mathieu Kérékou. 

Titre 13 – Dispositions transitoires et finales

Article 67 :

Alinéa 6 (nouveau) : Au cas où la mise en place du Sénat intervient avant celle des Régions, le collège électoral pour l’élection des sénateurs est composé exclusivement des conseillers municipaux.

Cette disposition a pour objet d’appliquer au Sénat le principe de progressivité énoncé par l’article 67 (1) de la Constitution de 1996. Elle donne à penser que les élections sénatoriales pourraient avoir lieu avant les élections régionales, alors même que le Sénat apparaît avant tout comme une représentation des régions, à la lecture de l’article 20 (1) et (2) de la Constitution. La promulgation des lois d’application de la Constitution (Loi n° 2004/019 du 22 juillet 2004 fixant les règles applicables aux régions, Loi n° 2006/004 du 14 juillet 2006 fixant le mode d’élection des Conseillers régionaux, et Loi n° 2006/005 du 14 juillet 2006 fixant les conditions d’élection des sénateurs) pourra continuer à apparaître comme un leurre, puisque le projet de révision confirme que c’est aux pouvoirs législatif et exécutif de déterminer librement l’agenda de mise en place des collectivités et institutions prévues par la Constitution.

Article 2 : La présente loi sera enregistrée, publiée suivant la procédure d’urgence puis insérée au Journal officiel en français et en anglais.

Le projet du 4 avril 2008 ne détermine pas les conditions d’application de la révision dans le temps. Par conséquent, il va sans dire que le texte, y compris l’article 6 (2) nouveau, entrera immédiatement en vigueur. C’est, en tout cas, la leçon de droit que le Conseil Constitutionnel du Burkina Faso a logiquement tirée en 2005 des silences de la Constitution Compaoré.  

Pour approfondir la réflexion engagée par cette note d’actualité constitutionnelle, vous pouvez lire avec profit les analyses contradictoires proposées, d’une part, par le quotidien progouvernemental « Cameroon Tribune » sous le titre « double enjeu »", d’autre part, par le quotidien indépendant « Mutations » sous le titre « Révision: Une nouvelle Constitution « taille patron »".

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SB

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Révision de la constitution camerounaise :Paul Biya poursuit son initiative

Posté par issopha le 6 avril 2008

CEEAC

Révision de la constitution camerounaise :

Paul Biya poursuit son initiative

Linternationalmagazine.com , publié le 05/04/2008

Révision de la constitution camerounaise : Paul Biya poursuit son initiative
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Le projet de révision constitutionnelle, prévoyant la suppression de la limitation du nombre de mandats présidentiels et pouvant donc permettre au président camerounais Paul Biya de se représenter en 2011, après 25 ans au pouvoir, a été déposé à l’Assemblée nationale.

Le président de l’Assemblée, Djibril Cavayé Yéguié a indiqué que le projet, déposé par le Rassemblement démocratique du Peuple camerounais (RDPC), le parti de M. Biya, était « recevable » et allait être transmis « pour examen à la commission des lois constitutionnelles », selon des propos retransmis par la radio nationale camerounaise.

Au pouvoir depuis 1982, le président Biya, 75 ans, tente de faire passer une révision constitutionnelle qui supprime la limitation des mandats présidentiels, et ainsi pouvoir se représenter en 2011.

Cette annonce a immédiatement soulevé la colère des 15 députés du principal parti d’opposition, le Social Democratic Front (SDF), qui ont alors occupé la tribune pour manifester leur mécontentement, selon le député SDF Jean-Michel Nintcheu, joint par l’AFP.

La séance devait initialement durer trois heures mais n’a duré que 15 minutes après l’interruption provoquée par les députés du SDF puis la levée de la séance annoncée par le président de l’Assemblée.

Selon M. Biya, l’article de la Constitution de 1996 interdisant un troisième mandat « apporte (…) une limitation à la volonté populaire, limitation qui s’accorde mal avec l’idée même de choix démocratique ».

L’opposition y est vigoureusement hostile et a organisé de nombreux rassemblements pour protester contre le projet gouvernemental.

Les manifestations dans la région du Douala, bastion de l’opposition, sont d’ailleurs interdites depuis la mi-janvier par le pouvoir afin d’éviter « un scénario à la kenyane », selon un responsable provincial. L’opposition a répété à plusieurs reprises qu’elle ne respecterait pas l’arrêté.

Des organisations de défense de la presse ont dénoncé la suspension de plusieurs medias opposé à la révision par le pouvoir.

Fin février, une personne était morte lors de la dispersion par la police d’une manifestation contre la révision à Douala. Puis, de violentes émeutes avaient éclaté en protestation de la vie chère. Ces émeutes qui ont secoué le Cameroun pendant plusieurs jours ont fait plus de 100 morts selon une ONG et 40 selon le gouvernement.

Le président Paul Biya, qui avait fait appel à l’armée, avait répondu à ces émeutes par un discours musclé parlant « d’apprentis sorciers qui dans l’ombre ont manipulé ces jeunes (émeutiers) » afin « d’obtenir par la violence ce qu’ils n’ont pas eu par la voie des urnes ». Il avait aussi fait part de sa « détermination » à poursuivre la lutte contre la corruption.

Le gouvernement avait ensuite pris des mesures pour amoindrir la hausse des prix avec notamment des baisses de TVA ou des coûts de l’électricité.

Constitution Camerounaise :

premieres fissures dans le camp de Paul Biya

Linternationalmagazine.com avec Xinhua , publié le 05/04/2008

L’opposition camerounaise ainsi que certains membres du parti au pouvoir ont vivement critiqué samedi un projet de réforme constitutionnelle visant à supprimer la limite du nombre de mandats présidentiels pour le président Paul Biya, au pouvoir depuis 26 ans.

Le gouvernement a présenté vendredi soir devant le parlement ce projet qui permettrait à Biya de se maintenir au pouvoir à l’expiration de son mandat de sept ans, en 2011.

Le pouvoir contrôlant 153 sièges sur 180 au parlement, le projet devrait être facilement adopté mais certains membres du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) estiment que cette initiative étouffera la vie politique.

« Cette idée d’un seul homme se maintenant au pouvoir n’est pas bonne pour notre pays. Ce n’est pas démocratique », a déclaré Paul Abine Ayah, un député du RDPC. « Si le projet est adopté, cela nous ramènera 200 ans en arrière. »

Il a affirmé que depuis deux mois, le gouvernement distribuait de grosses sommes d’argent aux membres du parti au pouvoir pour qu’ils votent en faveur de la réforme.

« Ils sont venus me vois plusieurs fois, même tard dans la soirée, mais j’ai refusé de prendre l’argent », a-t-il assuré. « Je ne vendrai pas ma conscience et mon pays pour de l’argent. »

D’autres membres du parti ont refusé de commenter ces allégations.

Dans un discours de Nouvel An, Biya avait confirmé son intention de briguer à nouveau la présidence, expliquant qu’il répondait ainsi à des appels à son maintien au pouvoir et que la limitation du nombre de mandats est selon lui antidémocratique.

La colère suscitée par ce projet avait toutefois été une des causes des cinq jours d’émeutes qui ont fait une centaine de morts dans le pays en février, selon un bilan des défenseurs des droits civiques.

« Il n’a pas de coeur. Il est insensible aux sentiments et aux pensées des Camerounais », a estimé John Fru Ndi, chef de file du principal parti d’opposition, le Front social démocratique. « Seul le pouvoir lui importe. »

Après avoir exercé le pouvoir pendant quatorze ans, Biya a fait réviser la Constitution en 1996, faisant passer la durée du mandat de cinq à sept ans, renouvelable une seule fois.

Il a obtenu un premier mandat de sept ans en 1997 et a été réélu en 2004.

10% des français installés au Gabon sont sans papier

selon le Gouvernement gabonais

Linternationalmagazine.com avec Xinhua , publié le 07/03/2008

10% des français installés au Gabon sont sans papier selon le Gouvernement gabonais
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« Beaucoup de Français » en situation irrégulière au Gabon pourraient être reconduits aux frontières, a affirmé mercredi le ministre gabonais de l’Intérieur en réaction à la reconduite par la France dans leur pays de deux Gabonais en février.

« Il y a beaucoup de Français en situation irrégulière au Gabon. Ils pourront être reconduits à la frontière si, au cours d’un contrôle de police, ils ne justifient pas de carte de séjour », a affirmé à l’AFP le ministre de l’Intérieur André Mba Obame.

Il a regretté que les « services français » n’aient pas « avisé les services » consulaires gabonais en France lors de la reconduite de ses compatriotes.

Selon le ministre, « 5 à 10% » des Français installés au Gabon ne seraient pas en règle avec la réglementation gabonaise. La communauté française au Gabon est estimée à environ 10.000 personnes.

Immigration France/Gabon :

Bongo décide d’appliquer la réciprocité contre la France

Linternationalmagazine.com avec Xinhua, publié le 05/03/2008

Immigration France/Gabon : Bongo décide d'appliquer la réciprocité contre la France
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Le gouvernement gabonais a décidé lundi d’appliquer la réciprocité contre la France ayant expulsé deux Gabonais en 10 jours, a annoncé le porte-parole du ministère gabonais des Affaires étrangères, Jean Claude Franck Mendome.

« Rappelant les principes d’égalité et de respect mutuel entre Etats, le gouvernement gabonais entend désormais appliquer la réciprocité », a annoncé le gouvernement dans une déclaration officielle.

Le gouvernement gabonais a estimé inadmissible les conditions d’expulsion de ses compatriotes qui étudiaient en France. Il s’agit de Raïssa Mengué Ondo et Léguy Mbira.

Raïssa Mengue Ondo, 29 ans a été expulsée de France le 19 février dernier alors qu’elle prépare une licence en droit. Arrivée en France en 2002, l’étudiante s’est vue refuser le renouvellement de son visa d’étudiant par les autorités préfectorales de la Haute-Garonne au motif qu’elle « n’est pas menacée dans son pays » et « manquerait de sérieux dans ses études ».

Son compatriote, Léguy Mbira, 32 ans a subi le même sort. Il a été mis de force dans un avion à destination de Libreville. Arrivé en France en septembre 1998, le jeune étudiant comptait préparer un doctorat. Le coût de cette formation était de 5 000 euros, le jeune gabonais ayant déjà obtenu une maîtrise en France avait conclu un contrat de travail à durée indéterminée pour espérer financer ses études de doctorat. La préfecture de Reims où il résidait a refusé de proroger son séjour en France d’où son rapatriement forcé.

Ces expulsions provoquent l’émoi au sein de la population gabonaise. Le directeur général des affaires consulaires au ministère gabonais des Affaires étrangères a révélé lundi que la France avait expulsé ou refoulé à l’entrée de son territoire 53 gabonais en 2007.

Libreville déplore aussi « la survivance de tracasseries et de nombreux refus de visas, parfois abusifs, au Consulat Général de France à Libreville ». Cette brouille intervient alors que les deux pays ont conclu en juillet dernier un accord « préférentiel » de gestion concertée du flux migratoire entre les deux Etats. L’accord qui doit être ratifié par les parlements deux pays n’est cependant pas encore applicable.

Environ 8.000 Français vivent au Gabon contre 7.000 Gabonais en France, rappelle-t-on.

Publié dans AGORA SUR L'AFRIQUE, CAMEROUN : laideurs et décadence | 1 Commentaire »

« Le colonialisme et le capitalisme sont inséparables ».Samir Amin

Posté par issopha le 3 avril 2008

 

 

« Le colonialisme et le capitalisme sont inséparables »
Samir Amin « Le colonialisme et le capitalisme sont inséparables ».Samir Amin dans COLONISATION : L'ENVERS DU DECOR puce2    puce2 dans COLONISATION : L'ENVERS DU DECOR 
 

Débat sur la colonisation . Pour Samir Amin (*), la mondialisation en cours induit un apartheid à l’échelle planétaire qui prolonge le système colonial formellement aboli.

 
Êtes-vous surpris par l’ampleur de l’indignation que suscite chez les jeunes générations la loi sur le caractère positif de la colonisation ?

 

Samir Amin. Cette loi est scandaleuse, ne serait-ce que parce que dans un État démocratique il n’y a pas d’histoire officielle. Les réactions que vous évoquez montrent que les jeunes s’intéressent au passé plus qu’on ne le dit et qu’ils l’observent avec esprit critique. Descendants ou non de colonisés, ils partagent un même point de vue : la colonisation a été misérable, elle constitue, comme l’esclavage, un défi aux droits fondamentaux. Toutefois, si l’on veut comprendre pourquoi ces droits ont été bafoués et pourquoi ils le sont encore dans le monde, il faut se défaire de l’idée que le colonialisme aurait été le résultat d’un complot. Ce qui est en jeu, c’est une logique économique et sociale qu’il faut absolument appeler par son nom : le capitalisme.C’est plutôt la République qu’on entend accuser en ce moment…Samir Amin. Comme la mémoire de la colonisation se confond avec celle de la IIIe république, on a tendance aujourd’hui à lier mécaniquement les deux phénomènes. On oublie que cette république était de part en part capitaliste, on oublie par ailleurs que la colonisation a commencé bien avant la république, qu’on pense aux Antilles et à Saint-Domingue, qu’on pense à la Grande-Bretagne qui n’a jamais été républicaine et qui a constitué le plus grand empire colonial pendant trois siècles et demi. On oublie que le capitalisme est antérieur à la république et qu’il ne se confond pas avec un régime politique. Dans quelle mesure faut-il lier capitalisme et colonialisme ?

Samir Amin. Ils sont inséparables. Le capitalisme a été colonialiste, plus exactement impérialiste à toutes les étapes marquantes de son développement. La conquête des Amériques par les Espagnols et les Portugais au XVIe siècle puis par les Français et les Anglais constitue la première forme moderne d’impérialisme et de colonisation : une forme extrêmement brutale qui s’est soldée par le génocide des Indiens d’Amérique du Nord, la mise en esclavage des sociétés indiennes dans

l’Amérique latine et par l’esclavage noir dans tout le continent du nord au sud. Au-delà de cet exemple, en obéissant à une logique de déploiement précise à travers les différentes étapes de son histoire, on peut affirmer que le capitalisme a construit une même dichotomie de rapports entre un centre (le coeur du système d’exploitation impérialiste) et la périphérie (constituée des pays et peuples dominés).

Comment fonctionne le système d’exploitation colonial ?

Samir Amin. Il repose sur l’échange inégal, c’est-à-dire l’échange de produits manufacturés, vendus très cher aux colonies par des monopoles commerciaux soutenus par l’État contre l’achat de produits ou de matières premières très bon marché, car fondées sur un travail quasiment gratuit fourni par les paysans et ouvriers situés à

la périphérie. À toutes les époques, le pillage des ressources des périphéries, l’oppression des peuples colonisés, leur exploitation directe ou indirecte par le capital, restent des traits communs du phénomène colonial.

Au-delà des injustices et des inégalités qu’il a semées dans la société française, l’âge du colonialisme est-il révolu ?

Samir Amin. On peut discuter des termes, mais la réalité reste c’est-à-dire la surexploitation et le pillage du Sud. À cet égard, comment caractériser l’OMC sinon comme le club des multinationales pour le pillage du tiers-monde, une sorte de super-ministère mondial des colonies ? S’agit-il vraiment d’une organisation chargée d’organiser le commerce planétaire comme elle se prétend être, ou d’une organisation chargée de défendre les monopoles des pays capitalistes impérialistes en surprotégeant les droits de propriété dits industriels et intellectuels, en établissant une fausse symétrie dans l’ouverture des marchés qui permet de piller les ressources du Sud sans laisser ces pays avoir accès aux marchés du Nord ? J’appelle cela un apartheid à l’échelle mondiale, le prolongement dans le monde d’aujourd’hui du système colonial.

(*) Samir Amin est directeur du Forum du tiers-monde (Dakar) et président du Forum mondial des alternatives. Il vient de publier Pour un monde multipolaire. Éditions Syllepse.

Entretien réalisé par Lucien Degoy
Article paru dans l’édition du 14 décembre 2005 du Journal l’Humanité.

 

 

Le « peuple juif » : une invention
Tom Segev    
 

La Déclaration d’indépendance d’Israël dit que le peuple juif est né sur la terre d’Israël et a été exilé de son pays natal. Chaque écolier israélien apprend que cela s’est passé pendant la période de domination romaine, en 70 après J-C.. La nation est restée fidèle à sa terre, à laquelle elle a commencé à revenir après deux millénaires d’exil. Faux, dit l’historien Shlomo Sand, dans l’un des livres les plus fascinants et stimulants publiés ici depuis longtemps. Il n’y a jamais eu de peuple juif, seulement une religion juive, et l’exil non plus n’a jamais eu lieu – il n’y a donc pas eu de retour.

 
Source : Haaretz
Article original publié le 1er Mars 2008
Sand rejette la plupart des histoires de la formation de l’identité nationale dans la Bible, y compris l’exode d’Égypte et, de façon plus satisfaisante, les horreurs de la conquête sous Josué. Tout cela est de la fiction et un mythe qui a servi d’excuse à la création de l’État d’Israël, affirme-t-il.Selon Sand, les Romains n’ont généralement pas exilé des nations entières, et la plupart des Juifs ont été autorisés à rester dans le pays. Le nombre de ces exilés a été tout au plus de quelques dizaines de milliers. Lorsque le pays a été conquis par les Arabes, beaucoup de Juifs se sont convertis à l’Islam et ont été assimilés parmi les conquérants. Il s’ensuit que les ancêtres des Arabes palestiniens étaient des Juifs. Sand n’a pas inventé cette thèse, 30 ans avant la Déclaration d’indépendance, celle-ci a été endossée par David Ben Gourion, Yitzhak Ben-Zvi et d’autres.Si la majorité des Juifs ne se sont pas exilés, comment se fait-il qu’un si grand nombre d’entre eux a atteint presque tous les pays sur la terre? Sand affirme qu’ils ont émigré de leur propre gré, ou, s’ils étaient parmi ceux exilés à Babylone, ils y sont restés par choix. Contrairement à une croyance conventionnelle, la religion juive a tenté d’inciter les membres d’autres confessions à devenir Juifs, ce qui explique comment on en est venu à compter des millions de juifs de par le monde. Comme le Livre d’Esther, par exemple, le note : «Et la plupart des gens du pays sont devenus Juifs, par crainte que les Juifs ne les attaquent. »
Sand cite de nombreuses études existantes, dont certaines ont été écrites en Israël, mais évacués du discours central. Il décrit également en détail le royaume juif de Himyar, dans le sud de la péninsule arabique et les juifs berbères en Afrique du Nord. La communauté des Juifs d’Espagne était issue d’Arabes devenus juifs et arrivés avec les forces qui capturèrent l’Espagne des Chrétiens, et d’individus nés en Europe qui étaient aussi devenus juifs.

Les premiers Juifs d’Ashkenaz (l’Allemagne) ne provenaient pas de la terre d’Israël et ne sont pas parvenus en Europe de l’Est d’Allemagne, mais étaient devenus des juifs dans le royaume khazar dans le Caucase. Sand explique les origines de la culture yiddish: ce n’était pas une importation juive d’Allemagne, mais le résultat de la connexion entre la lignée des Khazars et des Allemands ayant voyagé vers l’Est, dont certains en tant que marchands.

Nous constatons donc que les membres d’une variété de peuples et de races, blonds et noirs, bruns et jaunes, sont devenus des juifs en grand nombre. Selon Sand, le besoin des sionistes de s’inventer une ethnicité partagée et une continuité historique a produit une longue série d’inventions et de fictions, ainsi que le recours à des thèses racistes. Certaines ont été concoctés dans l’esprit de ceux qui ont conçu le mouvement sioniste, tandis que d’autres ont été présentées comme les conclusions d’ études génétiques menées en Israël.

Le professseur Sand enseigne l’histoire à l’université de Tel Aviv. Son livre, «Quand et comment le peuple juif a-t-il inventé? » (publié par Resling en hébreu), est destiné à promouvoir l’idée selon laquelle Israël doit être un «État de tous ses citoyens » – Juifs, Arabes et autres – en opposition à son identité déclarée comme un État « juif et démocratique » état. Des histoires personnelles, une longue discussion théorique et une profusion de sarcastiques phrases assassines n’aident pas le livre, mais ses chapitres historique sont bien écrits et citent de nombreux faits et idées que de nombreux Israéliens seront étonnés de lire pour la première fois.

Traduit par Fausto Giudice, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d’en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le réviseur et la source.

URL de cet article sur Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=4781&lg=fr

 

 

 

mercredi 19 mars 2008

La marchandisation de l’eau s’accélère

La communauté internationale célèbre le 20 mars 2008 (1), sous l’égide de l’ONU, la 15ème « Journée mondiale de l’eau ». L’absence d’accès à l’eau affecte 1,1 milliard d’êtres humains ; l’absence de moyens sanitaires de base touche 2,6 milliards de personnes. Paradoxalement, alors que les premières étapes de la marchandisation de ce bien commun ont suscité de fortes mobilisations populaires sur les cinq continents, le mouvement mondial de libéralisation des marchés de l’eau, initié dans les années 1980, semble s’accélérer.

La « libéralisation » des marchés de l’eau s’est au départ fortement inspirée du « modèle français » : le partenariat-public-privé (PPP). Un dogme s’affirmait avec force : la puissance publique est défaillante ; le recours au secteur privé est indispensable ; la bonne gouvernance repose sur le trépied de fer — dérégulation, décentralisation, privatisation ; les services de l’eau ont un coût, qui doit être payé intégralement par les usagers.

Dans ce cadre, les signatures de contrats avec des grandes métropoles du Sud se succèdent à un rythme impressionnant. Mais les conflits surgissent dès la moitié des années 1990, quand les opérateurs privés entendent faire payer des usagers fraîchement raccordés, qui n’ont ni la culture du paiement d’un bien jusqu’alors largement subsidié par la puissance publique, ni, le plus souvent, les moyens de payer. De nombreuses luttes se succèdent sur les cinq continents. La tenue des premiers grands forums altermondialistes publicise le thème du refus de la « marchandisation » de l’eau.

Le discours évolue à l’aube des années 2000, le sustainable cost recovery (recouvrement soutenable des coûts) succède au full cost recovery (recouvrement intégral). Place à l’ingénierie sociale et politique. Les engagements largement médiatisés de la communauté internationale se succèdent lors de la tenue de forums qui s’enchaînent à un rythme soutenu. Sommet du Millénaire pour le développement à New York en 2000, Sommet de la Terre à Johannesburg en 2002 (« La maison brûle et nous regardons ailleurs », y proclamera le président de la République française, M. Jacques Chirac…), Troisième Forum mondial de l’eau à Kyoto en 2003. Le rapport du « panel » Camdessus publié en juin 2003 martèle que l’engagement financier pour fournir de l’eau à tous à l’horizon 2025 doit atteindre la somme phénoménale de 180 milliards de dollars par an. Il appelle à une plus grande implication des acteurs locaux : collectivités, communautés de base, ONG…, au nom de l’« empowerment ». Qui consiste à conférer un réel pouvoir de décision à la société civile. Conjointement, on envisage de nouveaux crédits consentis par les institutions financières internationales (IFI). De nouvelles normes d’organisation ou de gestion sont mises en avant, impliquant de façon croissante des acteurs extra-étatiques, privés ou associatifs, dans des dispositifs de plus en plus décentralisés.

Les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes. Le PPP apparaît pour ce qu’il est en réalité : une branche industrielle prestataire de services dont la gestion échappe à la sanction du marché. Aujourd’hui 7 % à 8 % des marchés de l’eau et de l’assainissement ont été libéralisés dans le monde, avec des fortunes diverses. La cartographie mondiale du marché laisse apparaître une grande hétérogénéité. Globalement non solvable, l’Afrique n’enregistre que quelques contrats, dûment garantis par de l’argent public, dans quelques métropoles de l’Afrique de l’Ouest et du Maghreb. L’eldorado sud-américain a réservé de cinglantes déconvenues aux opérateurs privés qui l’abandonnent dans la confusion. Ils se recentrent sur l’Europe où émergent les marchés considérables de la dépollution d’une ressource sans cesse plus dégradée. Les contrats mirobolants signés en Chine par Veolia, souvent pour des durées de 50 ans, et des dizaines de milliards de dollars, le sont dans une configuration politique pour le moins hypothétique. Quid de la Chine en 2050 ?

Parmi les marchés en pleine expansion, on trouve l’externalisation du traitement des eaux usées industrielles. Suez-Ondeo détient un portefeuille de 50 000 contrats de ce type. Autre marché émergent, promis à un développement fulgurant, le dessalement de l’eau de mer. Ou encore, celui de la réutilisation des eaux usées pour l’industrie et l’agriculture. Et un nouveau Far-East, déjà à peu près totalement conquis : les ex-démocraties populaires de l’Europe de l’est. Un marché potentiel de 100 millions de clients, qui auront recouvré, à horizon de 20 ans, un niveau de vie équivalent à celui de l’Europe occidentale. Des infrastructures, certes anciennes, mais qui ont le mérite d’exister. Des financements communautaires pré et post adhésion, qui ont tout de la fontaine miraculeuse. Et — last but not least — un personnel politique majoritairement constitué d’ex-apparatchiks fermement résolus à céder aux sirènes de l’ultralibéralisme le plus débridé…

Mais, en dépit des engagements répétés de la communauté internationale, l’argent promis pour l’eau fait défaut. La manne n’est pas aussi importante que prévu. Rétrospectivement, nombre d’analystes stigmatisent l’ivresse de l’euphorie économique de la fin des années 1990, qui, à l’image de la bulle Internet, aurait précipité la course à la croissance mondiale des majors de l’eau. Plusieurs initiatives se sont révélées catastrophiques dans des pays confrontés à des crises monétaires, comme en Argentine, et ont conduit les majors à se retirer de nombreux projets trop risqués. Un paradoxe pour les apôtres de la liberté d’entreprendre et de la « prise de risques »… Les déclarations des apologistes de la libéralisation des « marchés » de l’eau lors du 4ème Forum mondial de l’eau, à Mexico, du 16 au 22 mars 2006, tranchaient dès lors singulièrement avec les discours martelés depuis une dizaine d’années. Ils y proclamaient unanimement que ce sont bien la puissance publique, et l’argent public, qui doivent procéder aux investissements qui doivent impérativement être déployés pour promouvoir l’eau et l’assainissement pour tous. Manière de garder la main, quand de nouvelles coalitions regroupant services publics et militants de l’eau s’organisent afin de promouvoir de nouveaux « partenariats-public-public », Nord-Sud et Sud-Sud dans le monde entier.

Changement climatique et crise écologique

Le changement climatique, qui affecte les modèles météorologiques, les précipitations et le cycle hydrologique, et par conséquence la disponibilité des eaux de surface, l’humidité des sols et l’alimentation des nappes souterraines, pourrait provoquer une augmentation de l’ampleur et de la fréquence des catastrophes naturelles liées aux précipitations : inondations, sécheresses, glissements de terrain, ouragans et cyclones. Et, en conséquence, provoquer de grandes vagues de « réfugiés environnementaux ». Si les prévisions actuelles se confirment, avec un climat plus irrégulier dans les années à venir, le rendement des cultures serait menacé tant dans les pays développés que dans les pays en développement, et près de 3 milliards de personnes seraient exposées à des pénuries d’eau.

Dans de vastes régions de l’Europe de l’Est, de la Russie occidentale, du centre du Canada et en Californie, les débits de pointe des cours d’eau sont désormais enregistrés en hiver, car la proportion des pluies par rapport à la neige y est plus importante, et les eaux de ruissellement atteignent les rivières plus rapidement. Dans les bassins du Niger, du lac Tchad et du Sénégal, qui font partie des bassins versants les plus grands d’Afrique, la quantité totale d’eau disponible a déjà baissé de 40 % à 60 %.

Si des changements radicaux du cycle de l’eau se généralisent, les tendances observées par le passé ne peuvent plus fournir de modèles fiables pour prévoir la gestion de la ressource en eau dans le futur. De nouveaux modèles devront être mis en œuvre pour anticiper les inondations et les sécheresses, déterminer la taille des réserves d’eau et décider de l’allocation de la ressource entre les usages domestiques, industriels et agricoles. Les implications en sont très lourdes, si l’on considère que l’investissement mondial annuel dans l’infrastructure de l’eau représente 500 milliards de dollars, et que celui-ci est réalisé en fonction de l’hypothèse, déjà dépassée, selon laquelle le cycle de l’eau oscillerait dans les limites relativement étroites constatées dans le passé.

Fuite en avant technologique

Pour répondre au défi de l’épuisement des ressources, à défaut de remettre en cause des modèles de développement générateurs de prélèvements excessifs, de gaspillage et de pollution, la tentation est grande d’une fuite en avant technologique lourde de risques, et génératrice de nouvelles inégalités.

Plus d’un tiers des terres du globe arides ou semi-arides manquent d’eau. Les perspectives d’évolution démographique permettent d’augurer qu’en 2050 près de 40 % de la population du globe souffrira de stress hydrique, entrave majeure à toute perspective de développement. Avec pour conséquences l’absence de sécurité alimentaire, des pertes économiques, une pollution sans cesse accrue et de possibles conflits.

Face à ces défis émerge depuis quelques années l’idée de déployer une nouvelle « gestion raisonnée » de la ressource, s’appuyant sur des réponses technologiques innovantes. Les projets de transferts d’eau massifs, à l’échelle d’un pays ou d’un sous-continent, en Libye, au Canada ou en Espagne, le dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées pour des usages agricoles, industriels, voire pour l’alimentation humaine, comme la mobilisation de nouvelles ressources par le biais de la réalimentation artificielle des nappes phréatiques, sont désormais fortement promus comme autant de réponses pertinentes à la crise de l’eau.

Le dessalement permettrait ainsi un accès illimité à la ressource. Sachant que 40 % de la population mondiale vit à moins de 100 kilomètres de la mer et, que sur 70 villes de plus de 1 million d’habitants sans accès direct à des ressources supplémentaires en eau douce, 42 sont situées sur la côte, le dessalement par osmose inverse est ainsi présenté comme une solution compatible à l’avenir avec des énergies renouvelables, telles que les éoliennes.

Nécessitant un fort apport d’énergie, ces technologies ne sont aujourd’hui mobilisables que par les émirats du Golfe, l’Australie, l’Espagne, l’Algérie, la Chine, ou les Etats-Unis. Mais on compte déjà dans le monde près de 15 000 unités de dessalement, et la capacité de production pourrait être multipliée par deux dans les dix prochaines années. Reste la facture environnementale de cette nouvelle technologie : pour produire un litre d’eau dessalée, on rejette à la mer un litre de saumure, qui affecte l’équilibre des milieux aquatiques.

De même, le constat qu’aujourd’hui, dans le monde, 165 milliards de mètres cubes d’eaux usées sont collectées et traitées dans des stations d’épuration avant d’être rejetées dans le milieu naturel, conduit à la proposition d’utiliser cette eau comme ressource alternative. Le développement de technologies de pointe, notamment la mise en œuvre de procédés utilisant des membranes d’ultrafiltration, permettrait de mettre à disposition une eau traitée, dont la qualité rendrait possible leur réutilisation à des fins agricoles et industrielles, ou pour les loisirs, qui consomment de plus en plus d’eau dans les pays développés. Procédé qui réduirait d’autant les prélèvements directs dans la ressource, la réservant à la consommation humaine.

Les entreprises qui maîtrisent ces technologies affirment qu’on sait aujourd’hui produire une eau totalement potable à partir d’eaux usées et qu’il serait possible de fonctionner quasiment en circuit fermé pour faire face à une demande croissante. De plus, cette technologie est moins onéreuse que le dessalement. Les habitants de Singapour et la capitale de la Namibie boivent déjà en partie de l’eau recyclée. En Australie, les autorités ont été contraintes de demander l’avis de la population par referendum avant de recourir à l’eau recyclée.

Ce vertige technologique semble repousser toute limite. M. Mark Shannon, directeur du Centre de matériaux avancés pour la purification de l’eau à l’université de l’Illinois, aux Etats-Unis, déclarait ainsi à l’Agence France Presse le 18 mars 2008 que : « L’eau, même douce, doit encore être décontaminée, car il y a de nombreux composants toxiques dans l’eau en petites quantités, mais les traitements chimiques sont très coûteux et posent des problèmes. » Et d’indiquer que le recours à des matières nanostructurées, dont les particules ont une taille de quelques millionièmes de millimètre, ainsi qu’aux rayons ultra-violets pour transformer et lier les substances toxiques, permettraient à l’avenir d’améliorer les traitements de l’eau…

L’ensemble de ces innovations expriment aussi des choix politiques, environnementaux, qui devraient susciter un large débat, aujourd’hui inexistant. Car c’est bien la dégradation accélérée de la ressource qui légitime cette nouvelle approche de la question de l’eau. Avec pour perspective un risque croissant d’appropriation marchande de la ressource elle-même, et de tous les services qui garantissent son usage le plus efficient, pour les besoins énergétiques, industriels, agricoles, et bien sur humains.

Un nouveau facteur accroît les tensions sur la disponibilité de la ressource et sa qualité. Dans la perspective de l’« après-pétrole », les Etats-Unis, l’Europe et plusieurs pays émergents se fixent pour objectif l’utilisation croissante de carburants issus de produits agricoles pour les transports routiers. Redessinant la carte de l’agriculture mondiale, bouleversant le paysage des productions et des échanges commerciaux, agricoles et énergétiques, cette « nouvelle économie » va à son tour peser sur l’allocation des ressources en eau, et contribuer à la dégradation de leur qualité.

Nouvelles inégalités

La nouvelle régulation des besoins pourrait donc à l’avenir reposer sur le déploiement de ces nouvelles technologies, qui n’emportent malheureusement aucune remise en cause des pratiques énergétiques, agricoles, industrielles, économiques, qui sont au fondement de la dégradation accélérée, sur toute la planète, des ressources en eau.

Comment par ailleurs imaginer que les milliards d’êtres humains qui survivent avec moins d’un dollar par jour pourront demain bénéficier des bienfaits du dessalement de l’eau de mer ou de la réutilisation des eaux usées ? Déjà dans nombre de pays pauvres l’alimentation sous forme d’eaux embouteillées est ouvertement privilégiée, et bénéficie aux seules élites qui peuvent en faire l’acquisition, au détriment de l’accès à l’eau pour les populations défavorisées.

Le déploiement industriel de cette nouvelle « gestion raisonnée » à l’échelle planétaire repose sur l’imposition massive de nouveaux process et de nouvelles technologies, notamment les technologies « membranaires » (ultra et nano-filtration, osmose inverse), protégées par des normes et des brevets qui garantissent la captation de rente par les firmes transnationales. Lesquelles se substitueraient, avec l’appui des institutions financières internationales et des pays du Nord, aux pratiques traditionnelles de gestion de l’eau, héritage de l’histoire, que possèdent et maîtrisent les communautés humaines des pays pauvres.

Marc Laimé

(1) Avec deux jours d’avance sur la date officielle, pour cause de week-end pascal.

Publié dans COLONISATION : L'ENVERS DU DECOR | Pas de Commentaire »

Zimbabwe : l’origine du problème des terres

Posté par issopha le 3 avril 2008

Tout sur l’Autre Histoire !

 

 
Les envers du décor identifiés par le site

INVESTIG’ACTION 

suivre ce lien :  www.michelcollon.info

Je vous en recommande vivement la visite.

Rubrique : TOUT SUR L’AUTRE HISTOIRE

 

Ci-dessous quelques Morceaux choisis, Morceaux occultés…

 

Tout sur l’Autre Histoire !

Bonne lecture

Issopha , Administrteur du blog http://issopha.unblog.fr

issopha19.jpg

Zimbabwe : l’origine du problème des terres

Thotep Zimbabwe : l'origine du problème des terres dans AFRIQUE NOIRE : Réécrire l'Histoire puce2  puce2 dans AU-DELA DES IDEES RECUES 
 

Kenneth Kaunda, ancien Président de Zambie, rappelle certaines
responsabilités, trop souvent oubliées, de la Grande Bretagne dans la
situation actuelle au Zimbabwe. Kenneth Kaunda était présent lors de la
rencontre de Lancaster House sur invitation de la « dame de fer »,
Margaret Thatcher.

 

http://www.thotep.com/article.php3?id_article=343

Dans un article de la BBC
(http://news.bbc.co.uk/2/hi/africa/6728015.stm) datée du 12 juin 2007,

Kenneth Kaunda rappelle notamment à ceux qui diabolisent Robert Mugabe,
que c’est le gouvernement britannique qui n’a pas respecté ses
engagements en matière de redistribution des terres. En effet dans les
« accords » de Lancaster House de 1979 pour l’indépendance, il avait été
« convenu » que le nouveau gouvernement zimbabwéen « acceptait » [en fait
était contraint] de ne pas traiter lui-même les affaires de
redistribution des terres, mais que la Grande Bretagne « engageait » toute
sa responsabilité pour faire disparaître ces injustices. (Là on pourrait
reprocher à Mugabe d’avcir fait confiance à la GB sur un sujet aussi
important : angélisme ou pragmatisme ?)

Sous l’accord de Lancaster House de 1979, des garanties économiques et
politiques sont octroyées à la minorité blanche pour une période de 10
ans : toute expropriation de fermiers blancs et nationalisation
généralisée est exclue. Un quota de députés et sénateur Blancs est
maintenu jusqu’en 1994. Les Blancs, soit 1% de la population, continuent
alors de posséder plus de 70% des terres fertiles et le gouvernement
britannique s’engage à rémunérer les fermiers blancs qui passeraient la
main aux Noirs.

Et oui, comme à chaque fois, le voleur-tueur-pilleur-civilisationniste
est et doit être dédommagé, sinon la victime ne pourra « malheureusement »
pas récupérer la terre qu’on lui a volée, et il doit garder son calme ;
Peut-être que certains considèrent que D.ieu n’a pas promis cette terre
aux Noirs de Zimbabwe et que D.ieu le leur offrait, à eux.

L’accord de Lancaster House proclame une amnistie générale qui empêche
toute poursuite en Grande-Bretagne pour des actes commis sous le régime
raciste de l’ex-Rhodésie entre le 11 novembre 1965 et le 12 décembre
1979 : les criminels racistes peuvent ainsi quitter le pays et se mettre
à l’abri en Grande Bretagne.
Il convient ici de se rappeler que juste avant la proclamation de
l’indépendance du Zimbabwe le 18 avril 1980, une amnistie fut proclamée
pour tous les crimes de sang commis avant le 1er mars 1980 ;
c’est-à-dire amnistie pour tous les crimes commis jusqu’à l’élection de
Mugabe.

Alors quand le gouvernement britannique a montré qu’il n’en avait cure
des Zimbabwéens et de leur problème de terre, la patience du
gouvernement de Mugabe qui avait attendu pendant plus de 10 ans a
atteint ses limites. Le mépris colonial et raciste ne pouvait continuer
à s’imposer avec pareille condescendance dans un pays libéré.
Pourtant le gouvernement britannique reconnaissait lui-même, et encore
aujourd’hui, que le problème de terres était essentiel au Zimbabwe. Et
cela ne l’empêche pas de dire avec insistance, dans « son approche de la
réforme agraire »
(http://www.fco.gov.uk/servlet/Front ?pagename=OpenMarket/Xcelerate/ShowPage&c=Page&cid=1019745050212),
que l’accord n’avait ni défini ni prévu un fonds spécifique pour traiter
ce problème pourtant central. Est-ce de l’incompétence ou de la
préméditation ?

Mais, comme nous le montre la longue histoire colonio-esclavagiste,
quiconque ose s’affranchir de la domination coloniale, la Bête tentera
de lui coller son sceau sur le front.
Ainsi par exemple Haiti qui ne finit pas de payer sa Révolution.

Ce qu’un ex-premier ministre ne peut dire sur Israël qu’une fois parti à la retraite
Dries van Agt puce2    puce2 
 

Rencontre débat au Sénat français avec Dries M. A. van Agt
Ancien Premier ministre des Pays Bas
17 Novembre 2006
organisé par l’Association « Pour Jérusalem »,
assocpourjerusalem@yahoo.fr

 

Merci, Madame la Présidente, mes amis. Mon dis-
cours est intitulé « Un cri pour rendre justice aux
Palestiniens ». Etre invité à tenir un discours dans la
capitale d’un nation qui a enrichi la civilisation avec
la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen
est à la fois honorant et inspirant. Il y a plusieurs
raisons convaincantes pour nous soucier de ce qui
se passe dans l’ancienne zone sous mandat anglais.
La première est que son histoire est marquée depuis
plus de 60 ans par des violations graves et constan-
tes aux droits de l’homme fondamentaux, et cela à
grande échelle puisque ces violations sont commises en
effet, aux dépens de millions de gens. Ces violations,
en outre, vont de pair avec de lourdes atteintes au
droit international. Une seconde raison est que nous
avons, en qualité d’Européens, une responsabilité
toute particulière par rapport à l’injustice révoltante
qui se manifeste là bas. Une troisième raison, c’est
que les horreurs dont nous parlons aujourd’hui se
déroulent dans le Proche-Orient et par conséquent au
voisinage des frontières de l’Europe. Ceci nous rend
très vulnérables aux méfaits qui en découlent. Pour
dire les choses plus simplement, ce qui se passe là-
bas présente de graves dangers pour nous.
Commençons par les quelques mots sur la procla-
mation et l’expansion de l’ Etat d’Israël. Dès que les
Britanniques eurent rendu en 1_47 à l’Organisation
des Nations Unies le mandat sur la Palestine, qui leur
avait été confié après la 1er guerre mondiale, l’Assem-
blée générale de l’ONU adopta une résolution visant
à régler le partage de la Palestine : deux Etats indé-
pendants devaient être créés, à savoir un Etat juif et
un Etat arabe. Ceux ci devaient initier ensemble une
union économique. L’ONU devait elle-même prendre
sous sa protection la zone comprenant Jérusalem et
Bethléem. Ces dispositions ont été rejetées par la par-
tie arabe, ce qui n’était pas tout à fait incompréhen-
sible, parce que le territoire pour Israël dans ce plan
20
occupait 54% de la zone du Mandat, la partie pour
les Palestiniens par conséquent 46%. Alors, en 1_47,
la population de la Palestine était encore composée
en grande majorité de musulmans et de chrétiens
palestiniens. Au crépuscule du Mandat britannique,
des troupes armées juives commencèrent l’expulsion
des habitants arabes. Lorsque les dernières garnisons
britanniques se retirèrent, et que David Ben Gourion
proclama la création de l’Etat d’Israël, le 14 mai 1_4_,
de nombreux Arabes étaient déjà des réfugiés. A la
fin de l’année 1948, plus de 700 000 Arabes avaient
quitté le territoire d’Israël. Ils avaient émigré, ou bien
ils avaient été expulsés. Et des centaines de milliers
de personnes allaient encore s’y ajouter en 1_67.
Dans l’année qui suivit la proclamation de l’Etat d’Is-
raël, celui-ci étendit son territoire, les 54%, sur plus
des trois quarts de l’ancienne zone palestinienne. Par
conséquent, moins d’un quart de cette zone restait
aux Palestiniens. Telle était la situation déjà en 1_4_-
1_4_. Les pays arabes voisins et l’Irak avaient réagi
furieusement à la proclamation de l’Etat d’Israël et
avaient attaqué ce nouvel Etat. Nous le savons, et
nous savons aussi qu’ils étaient militairement faibles,
divisés par la défiance mutuelle, et que le jeune Etat
d’Israël infligea une défaite cinglante aux assaillants.
La situation actuelle : Israël contrôle toute la Pales-
tine depuis 1_67, ainsi que le plateau du Golan. La
création d’un Etat pour les Palestiniens n’a pas encore
eu lieu. Israël occupe tous les territoires palestiniens
depuis 40 ans. Jérusalem-Est a même été annexée
par Israël, contrairement au droit international. L’oc-
cupation de Gaza et de la Cisjordanie est également
illégitime. Les résolutions de l’ONU ont à plusieurs
reprises, une dizaine de fois, quelques dizaines de
fois même, appelé Israël à cesser l’occupation au nom
de « La Terre pour la Paix ». Mais en vain. Israël a
ignoré toutes ces résolutions, même celles du Conseil
de Sécurité. Le maintien de l’occupation de toutes le
zones palestiniennes est incontestablement illégal.
21
Parlons maintenant de la colonisation des zones
occupées
Au fil des années, de nombreuses installations de
colons juifs ont été créées, dans ces zones occupées.
Les colons étaient encouragés et soutenus par leur
gouvernement et leur nombre n’a cessé d’augmen-
ter. Le nombre de colons s’élève à l’heure actuelle à
plus de 400 000. Des terres palestiniennes ont été
confisquées pour les besoins de ces colonies, c’est
bien évident, mais d’autres terrains ont été confis-
qués aussi pour la construction de routes destinées à
leur protection. L’armée israélienne patrouille sur ces
routes réservées aux colons, seulement aux colons,
et à l’armée. En effet, les Palestiniens, notez bien sur
leur propre territoire, ne peuvent pas les utiliser du
tout. Cette colonisation, y compris les équipements
d’infrastructure correspondants, est totalement
contraire au droit international. La politique de colo-
nisation se heurte de front à la IVème convention de
Genève sur le droit humanitaire applicable en temps
de guerre. Cette colonisation progressive viole en
outre la Feuille de route pour la paix et enfreint les
accords d’Oslo. Mais ce qui est encore plus grave,
plus grave que tout cela, pour ne pas dire fatal, c’est
que cette colonisation empêche la formation d’un
Etat palestinien viable. Par conséquent la perspective
d’une paix durable dans cette région s’évanouit. Le
Dr Tanya Reinhardt, citoyenne israélienne, professeur
à l’Université de Tel Aviv, soutient sans détour que la
politique du gouvernement à Jérusalem vise manifes-
tement à fractionner la Cisjordanie occupée. De cette
façon, écrit-elle, il se développe un réseau de prisons
en plein air, de parcelles de territoire encerclées de
tous côtés par l’appareil du pouvoir israélien. Les
Palestiniens évoquent à cet égard les bantoustans,
à savoir les ghettos d’Afrique du Sud sous le régime
minoritaire blanc. La fragmentation des zones pa-
lestiniennes existe, même sans tenir compte de la
politique de colonisation, du fait que l’armée d’occu-
pation a dressé partout des postes de contrôle et par
22
conséquent des barrages dans les zones occupées.
Ces dernières sont ainsi morcelées de fait en dizaines
de parcelles distinctes. Le nombre de barrages est
maintenant de 500, peut-être plus. Cette fragmen-
tation, vous le comprenez, est catastrophique pour
ce qui subsiste de l’économie palestinienne. A cela
s’ajoute que les Palestiniens sont souvent humiliés à
ces check-points, et parfois même traités comme des
chiens. Je l’ai vu et entendu moi-même à plusieurs
reprises. Certains jeunes Israéliens qui ont fait leur
service militaire auprès de ces check-points ont livré
des témoignages choquants à cet égard.
Parlons du Mur
Israël a commencé en 2003 la construction d’un
mur de séparation de _ à _ mètres de haut. Ceci à
des fins de sécurité selon les Israéliens, tandis que
les Palestiniens estiment que la fonction du Mur
consiste à renforcer la ségrégation, l’apartheid. Il
s’agit d’un mur impénétrable doté de fossés, de
voies de patrouille, de tours de contrôle et de fils
de fer barbelés sous tension électrique. Pour une
grande partie, cette enceinte a été érigée dans les
territoires palestiniens. Alors, le _ juillet 2004, il y
a 2 ans, la Cour Internationale de Justice a déclaré
illégale cette construction. La Cour a signifié à Israël
d’en cesser aussitôt la construction, de démanteler
ce qui avait déjà été construit, et de dédommager
les Palestiniens sinistrés. Quelques jours plus tard,
l’ONU, l’Assemblée Générale, s’est exprimée de la
même façon, à l’exception de quelques voix : 160
votes en faveur et 4 ou 6 votes contre, et ces 4 ou 6
votes, étaient les votes des Etats-Unis, d’Israël et de
quelques petites îles du Pacifique, que vous ne pouvez
pas trouver sur la carte. Cela veut dire que le monde
entier s’est prononcé. Mais Israël a aussitôt, le même
jour, déclaré ne pas vouloir tenir compte de cette
déclaration, et la construction du mur se poursuit,
se poursuit quotidiennement, à un rythme soutenu.
Nous avons, Monsieur l’Ambassadeur Champenois et
23
moi-même, nous avons vu s’ériger ce colosse dans
la petite ville de Bethléem. C’est à la fois intimidant
et menaçant. Devant sa progression, des dizaines de
milliers de paysans doivent abandonner leurs terres,
et ils ne peuvent plus, ou plus guère, cultiver leurs
champs et leurs vergers situés de l’autre côté. Bien
des écoles et des hôpitaux deviennent inaccessibles
et les visites de famille impossibles. Il s’agit là d’un
projet scandaleux, d’une injustice flagrante, et le
monde ne fait rien, les pays européens rien non plus.
Ce constat établi, que dire des attentats suicides ?
Israël n’aurait-il pas le droit, pour sa défense, de se
retrancher derrière un tel rempart ? Le droit interna-
tional le permet, mais à condition qu’Israël construise
cette enceinte sur son propre territoire. Ce n’est pas
le cas en grande partie. Le tracé du mur se dessine
sur le territoire palestinien, et à plusieurs endroits,
même, en profondeur, afin d’entourer des colonies
israéliennes. Celles ci sont ainsi annexées, de fait,
par Israël, en même temps que de grandes parcelles
de terre palestinienne sur lesquelles elles se trouvent
sont annexées aussi.
Quelques mots de plus sur les attentats suicides. Je
veux être clair, tout à fait clair. Dans la mesure où ils
se produisent contre des civils, je les condamne sans
restriction. Mais ces actes de violence ne peuvent
pas être considérés hors du contexte dans lequel ils
se produisent. C’est le contexte d’une occupation
continue, et sans issue aussi, dimension très im-
portante : 40 ans déjà. Appartiennent au contexte
aussi, les annexions insidieuses, la destruction d’ha-
bitations et de terres cultivables, les humiliations
aux barrages, l’étouffement de la vie économique.
Chers amis, chaque acte de violence palestinien, où
qu’il soit commis, est qualifié de terroriste par Israël.
Or, la résistance armée contre l’armée d’occupation
en zone occupée n’est pas du terrorisme. C’est un
combat pour la liberté.
24
En revanche, les actes commis par l’armée israé-
lienne ne sont jamais qualifiés de terroristes, quel
que soit le nombre de Palestiniens, femmes, enfants,
vieillards compris, qui succombent ou qui sont mu-
tilés à vie. Une autre remarque sur ce contexte : la
violence pratiquée au moyen d’armes fabriquées de
façon artisanale s’appelle du terrorisme. Tandis que
la violence pratiquée en utilisant des avions, des
hélicoptères de combat, des camions et des tanks
n’en est presque jamais. L’Europe est doublement
responsable. En premier lieu la situation actuelle au
Moyen-Orient est partiellement due au morcellement
de l’Empire ottoman que les vainqueurs de la Première
guerre mondiale ont pratiqué après l’effondrement
de cet empire. La Grande Bretagne et la France se
sont partagé le butin et ont créé de nouvelles entités
de façon plutôt arbitraire. C’est ainsi qu’est née la
Palestine, celle sous mandat britannique, alors que
tous les autres fragments de l’ancien empire ottoman
étaient devenus au fil des ans des Etats souverains :
le Liban, la Syrie, la Jordanie, l’Egypte, même l’Irak.
Seule la Palestine était abandonnée aux caprices de
l’histoire. En second lieu, l’Europe est responsable de
l’holocauste : l’exode massif des Juifs en provenance
d’Europe vers la Palestine a été, nous le savons,
conséquence immédiate de l’holocauste qui s’est
déroulé en Europe. L’Europe s’acquitte-t-elle de cette
responsabilité ? Point d’interrogation, point d’interro-
gation. Pas du tout. C’est en fait les Palestiniens qui
paient le prix des crimes perpétrés en Europe contre
les Juifs. Et ces crimes, ce sont tout d’abord, naturel-
lement l’holocauste, mais aussi la malveillance antisé-
mite qui l’a précédé pendant des siècles. Mais pas un
seul mètre carré de terre européenne n’a été mis à la
disposition des Juifs pour leur permettre d’établir un
refuge sûr. Ce sont les Palestiniens en revanche qui
ont perdu _0% de leur territoire, et après la guerre
des six jours les Palestiniens ont tout perdu. Non, je
ne prétends pas que l’Europe abandonne complète-
ment les Palestiniens à leur sort. L’Union Européenne,
et ses Etats membres, ont offert beaucoup d’aide hu-
25
manitaire aux Palestiniens, tout au moins jusqu’à ce
que le Hamas accède au pouvoir. Il convient toutefois
de faire deux remarques à propos de cette assistance
de l’Europe. Pour commencer l’aide européenne perd
de son brillant par rapport à l’aide colossale qu’Israël
continue de recevoir de la part des Etats-Unis. En ce
moment, c’est plus de 3 milliards de dollars par an.
Il n’est donc pas étonnant du tout qu’après les Etats
Unis, Israël possède le plus grand parc d’avions de
chasse au monde, disposant de loin de l’armée la plus
puissante du Moyen-Orient. Israël possède en outre
l’arme nucléaire. Il convient également de mentionner
que l’aide de l’Europe n’est qu’un analgésique. L’Union
Européenne ne fait, et n’a presque rien fait d’autre,
pour éradiquer la cause de l’extrême misère des Pa-
lestiniens. Oui, l’Union Européenne échoue lamenta-
blement à cet égard. Mais sachez toutefois que je ne
plaide pas pour que nous, à notre tour, fournissions
des armes aux Palestiniens, à l’instar de ce que font
les Américains pour Israël. Je soutiens cependant que
nous devrions enfin mettre en application la clause
spéciale de l’accord euro-méditerranéen d’association
entre la Communauté européenne et Israël. Peut-être
pendant nos discussions, nous pourrons parler de la
réaction de l’Ouest. Malheureusement, les Américains
et les Européens sont main dans la main pour réagir
à l’accession du Hamas au pouvoir. Nous en parlerons
plus tard. Vous avez, Mme la Présidente, mentionné
le fait qu’en 2002, les Arabes ont proposé à Israël de
céder les zones occupées en 1_67, de les céder aux
Palestiniens avec en contrepartie la reconnaissance
de l’Etat d’Israël par tous les membres de la Ligue
arabe. La même chose s’est passée vingt ans aupa-
ravant, en 1__2. Ils l’ont fait deux fois. Mais Israël
n’a jamais donné suite à ce geste.
Quiconque, chers amis, exprime des critiques envers
le comportement du gouvernement de l’Etat d’Israël,
est aussitôt accusé d’antisémitisme. Nous le savons,
vous-mêmes qui venez de réagir avec vos mains, nous
le savons tous, que cette fâcheuse imputation est
26
complètement déplacée. Mais en fait, la menace de se
voir d’emblée attribuer un tel reproche effraie tant de
gens, qu’ils retiennent ou en tout cas atténuent leurs
critiques envers Israël. Quoi qu’il en soit, je ne veux
pas me taire. Et il est conseillé dans cette délicate
question d’écouter des voix juives, et il y en a à foison,
d’écouter une déclaration du réseau nommé « Juifs
Européens Pour une Paix Juste ». Je cite : « Les Juifs
européens pour une paix juste demandent à la com-
munauté internationale, à l’Organisation des Nations
Unies et à l’Union Européenne de prendre enfin leurs
responsabilités et de faire cesser le bain de sang en
Palestine. L’injustice de 3_ ans d’occupation militaire
par Israël doit cesser. Il est totalement inacceptable
que la charte de l’Organisation des Nations Unies, le
droit international et d’innombrables résolutions et
décisions de l’ONU aient été négligées par le Gouver-
nement israélien ». En Israël même, vous le savez,
vous avez mentionné les noms de quelques organisa-
tions, il y a de courageux militants pour la paix, qui
continuent en dépit des déformations en provenance
de l’opinion publique, de donner leur rapport sur les
injustices en cours. B’tselem est une de ces organi-
sations. Ses rapports tiennent toujours un langage
ferme et clair. Par exemple le rapport Land Grab « Vol
de terre ». Ce rapport, en 2002, dénonce le pillage des
terres occupées pour la construction des colonies. Une
de ses conclusions est la suivante : la modification
flagrante qu’Israël a provoquée sur la géographie de
la Cisjordanie pour la construction des colonies et le
choix de leur emplacement déjoue toute possibilité
réelle de pouvoir établir un Etat palestinien indépen-
dant et viable. Comment ? C’est une déclaration forte
et choquante à la fois. Il y a quelques années, plu-
sieurs centaines de Juifs sud-africains ont publié une
déclaration de conscience dans laquelle ils ont établi
un parallèle entre le traitement des Palestiniens par
Israël et la répression de la population noire pendant
le régime d’apartheid. Et c’est ce que fait également
l’archevêque Desmond Tutu, Prix Nobel de la Paix :
« Cela me fend le cœur, écrit il après avoir rendu
27
visite aux territoires occupés, cela me fend le cœur
lorsque je vois comment les Palestiniens sont traités
par l’Etat d’Israël. Leur souffrance est celle que nous
avons connue jadis en Afrique du Sud ».
Y a-t-il encore une perspective de paix équitable ?
Il y a deux modèles, dont l’un est le modèle de deux
pays voisins, le pays d’Israël et un pays palestinien
viable. Mais comment pourraient cohabiter les Israé-
liens et les Palestiniens dans une telle hypothèse ?
Au mieux, on ne cesse de délibérer et de discuter à
ce propos, partout dans le monde, mais toutes ces
discussions ne concernent qu’un mythe : un Etat
palestinien réellement viable n’est plus réalisable.
Fini. Passé. Il n’est plus réalisable. Il ne reste plus
maintenant que la moitié de la Cisjordanie, et cette
moitié est de surcroît morcelée si l’on tient compte
des annexions de facto par les colonies, et de tous
les équipements d’infrastructures correspondants,
et du mur. Et puis, Jérusalem-Est, j’en parlerai plus
pendant notre discussion, je suis conscient que j’ai
été invité par l’Association « Pour Jérusalem ». Il
est clair qu’une solution équitable ne pourra naître
de négociations entre Israël et les Palestiniens. Les
hommes politiques qui persistent à croire que de
telles négociations sont nécessaires ou souhaitables
ne se rendent apparemment pas compte, en dépit
de l’évidence de la situation qu’ils demandent des
négociations entre un lion et un mouton déjà à moi-
tié dévoré. Il convient donc d’imposer une solution
juste. Mais, dit-on, seuls les Américains en seraient
capables. Seulement, il ne faut pas s’attendre à une
telle intervention de leur part et certainement pas tant
que les pays de l’Union Européenne continueront de
se comporter comme des vassaux de Washington.
Vous l’avez compris déjà. Nous, les Européens,
nous avons une obligation morale de faire enfin tout
notre possible pour créer la perspective d’une paix
équitable au cœur du Proche-Orient et si nous conti-
nuons d’échouer en cela, un chapitre d’une injustice
2_
monstrueuse s’ajoutera à l’histoire de l’humanité.
Israël et les Etats-Unis y seront dénoncés comme
les responsables principaux et l’Europe sera désignée
comme une complice honteuse.
•••
pour nous et je voudrais attirer l’attention là-dessus.
Vous l’avez souligné dans votre exposé et cela m’a
vivement intéressé. Elle devient dangereuse pour
l’Europe. Je ne parle pas simplement du point de vue
de la justice que nous devons aux Palestiniens, mais
aussi du point de vue de notre intérêt. Car la ques-
tion palestinienne n’étant pas résolue, l’aggravation
des crises au Proche-Orient va être cumulative, ces
crises se nourrissant l’une l’autre. Vous avez aussi la
question d’Irak. Vous avez maintenant la question de
l’Iran, de la Syrie, du Liban. Tout cela s’accumule, se
nourrit, et va créer une situation plus qu’explosive.
Les Etats-Unis sont loin de là, alors que l’Europe est
toute proche. Je voudrais qu’on attire bien l’atten-
tion sur ce danger que je pense considérable, et qui
n’est pas très éloigné à la vitesse où vont les cho-
ses. Quand on voit ce qui s’est passé au Liban, avec
quelle brutalité, avec quelle soudaineté, on se dit que
le pire n’est pas forcément très loin, si on n’y prend
pas garde. Or, la question palestinienne est centrale
41
et tant qu’elle ne sera pas réglée, cette situation
explosive perdurera.

 

 

 

 

J’ai découpé et dissous dans l’acide le corps de Lumumba

 

 

BRUGES (Belgique), 15 mai 2002 (AFP) – Près de quarante ans après l’assassinat de Patrice Lumumba, le Belge Gerard Soete vient enfin de se défaire d’un lourd secret : une nuit de janvier 1961, dans une puanteur d’acide sulfurique et de cadavres écartelés, il fit disparaître le corps du martyr congolais.

 

« Est-ce que la législation me le permettait ? », se demande-t-il aujourd’hui, à 80 ans et en bonne santé, dans son pavillon d’un faubourg résidentiel de Bruges (nord-ouest) où l’AFP l’a rencontré. « Pour sauver des milliers de personnes et maintenir le calme dans une situation explosive, je pense que nous avons bienfait », ajoute-t-il, en dépit de « la crise morale » qu’il doit avoir traversée après cette nuit « atroce ».

Le 17 janvier1961, sept mois après l’accession du Congo à l’indépendance,Patrice Lumumba, le premier chef de gouvernement du pays, était assassiné près d’Elisabethville (actuellement Lubumbashi, sud), capitale de la province alors sécessionniste du Katanga. Criblé de balles, son corps n’a jamais été retrouvé, pas plus que ceux de deux proches tués avec lui, Joseph Okito et Maurice Mpolo.

Selon l’auteur, le but de l’élimination était, en pleine guerre froide, de maintenir le Congo dans la sphère d’influence occidentale. La thèse a connu un tel écho qu’une commission d’enquête parlementaire belge, chargée d’éclaircir « l’implication éventuelle des responsables politiques belges » dans l’assassinat, a entamé ses travaux le 2 mai. Une commission qui auditionnera Gérard Soete, commissaire de police chargé à l’époque de mettre en place une « police nationale katangaise ».

Le Brugeois dut d’abord transporter les trois corps à 220 kilomètres du lieu d’exécution, pour les enfouir derrière une termitière, en pleine savane boisée. De retour à Elisabethville, il reçut cependant « l’ordre » du ministre de l’intérieur Katangais Godefroi Munongo de faire littéralement disparaître les cadavres. La popularité de Lumumba était telle que son cadavre restait en effet gênant. Le « pèlerinage » sur sa tombe pouvait raviver la lutte de ses partisans.

« Petit Gérard Soete de Bruges, je devais me débrouiller tout seul avec trois corps internationalement connus », résume-t-il aujourd’hui. « Toutes les autorités belges étaient sur place, et elles ne m’ont pas dit de ne rien faire », ajoute-t-il, avec un fort accent flamand. Accompagné d’ »un autre blanc » et de quelques congolais, épuisés « d’une scie à métaux, de deux grandes dames-jeannes et d’un fut d’acide sulfurique », il leur fallut toute la nuit, du 22 au 23 janvier, pour accomplir leur besogne.

« En pleine nuit africaine, nous avons commencé par nous saouler pour avoir du courage. On a écarté les corps. Le plus dur fut se les découper » avant de verser l’acide, explique l’octogénaire. Il n’en restait presque plus rien, seules quelques dents. Et l’odeur ! Je me suis lavé trois fois et je me sentais toujours sale comme un barbare », ajouté-t-il. De retour en Belgique après1973, Gérard Soete contera cette terrible nuit dans un roman, « pour (se) soulager », mais sans livrer son nom.

Un historien français tente de minimiser la traite des esclaves
 

Depuis le Code noir (1685), rares sont les intellectuels français qui ont remis en question le socle raciste sur lequel repose notre regard sur « les noirs », africains ou antillais. Les récentes saillies négrophobes d’Hélène Carrère d’Encausse, Alain Finkielkraut ou Nicolas Sarkozy ne sont pas de malheureux dérapages mais la continuité désolante de préjugés nourris depuis quatre siècles [1].

 

Une négrophobie académique ?
Olivier Pétré-Grenouilleau, ou la banalisation de la Traite
Source: http://www.indigenes-republique.org/spip.php/spip.php?article1145
jeudi 6 décembre 2007

Qui, en France, sait que Saint-Simon, Bossuet, Montesquieu ou Voltaire ont commis, sur ces questions, des pages monstrueuses ? Que Renan, Jules Ferry, Teilhard de Chardin, Albert Schweitzer ou encore le général De Gaulle leur ont emboîté le pas ? C’est pourtant ce que vient nous rappeler Odile Tobner dans son livre Du racisme français . De ce livre salutaire nous publions un extrait consacré à l’historien-fétiche des grands médias : Olivier Pétré-Grenouilleau, et à la manière plus que douteuse dont il revisite l’histoire de la Traite des Noirs.
Les médias viennent de mettre en vedette un historien, Olivier Pétré-Grenouilleau, présenté religieusement comme un oracle. Il avait déjà, il y a quelque temps, dans un ouvrage de vulgarisation consacré à la question (La Traite des Noirs, paru dans la collection « Que sais-je ? » [2]) présenté le sujet à sa façon :

« Concernant les idées, presque rien n’a en effet été véritablement inventé depuis le XIXe siècle, époque à laquelle les abolitionnistes faisaient de la traite la cause du malheur de l’Afrique, tandis que leurs détracteurs n’y voyaient que la conséquence de son anarchie. »

Renvoyer dos à dos les uns et les autres est déjà scandaleux ; mais l’auteur penche en réalité du côté le plus malhonnête :

« Il serait exagéré, à la faveur d’une lecture européocentriste dépassée de l’histoire africaine, de voir dans les effets démographiques de la traite l’une des raisons essentielles du mal-développement africain. »

Qu’est-ce à dire ? Où est cette lecture européocentriste dépassée qui aurait, dit-on, exagéré les effets de la traite ? C’est un pur fantôme que l’on désigne vaguement, sans apporter la preuve de son existence. Toutes les lectures européennes sans exception minimisent au contraire les chiffres, dans des proportions évidemment différentes. On aimerait par ailleurs savoir ce que serait une « lecture non européocentriste » : une lecture faite par des Européens comme M. Olivier Pétré-Grenouilleau, se mettant à la place des noirs et faisant leur Histoire à leur place pour dire que les Européens n’étaient pas racistes ? On est dans la divagation.

Il est hasardeux d’affirmer que la traite n’a pas eu d’influence sur la démographie africaine : la thèse est cependant soutenue avec aplomb. On va même jusqu’à évoquer « l’ensemble des phénomènes positifs et négatifs » de la traite, sans prendre conscience apparemment de la monstruosité d’une telle phrase, qu’aucun commentateur autorisé n’a, il est vrai, relevée. Quel phénomène « positif » peut bien être induit par tant de douleurs et de morts, sauf pour les bénéficiaires bien entendu ?

Suit une assertion qui fera bien rire les démographes :

« Cependant la nature polygame des sociétés africaines a sans doute eu pour effet d’atténuer voire d’annuler en bonne partie cet éventuel déficit des naissances. »

La natalité – c’est assez facile à comprendre – se mesure au nombre d’enfants par femme et non au nombre de femmes par mari. Que les unions soient monogames ou polygames, les femmes ne peuvent faire qu’un nombre déterminé d’enfants. La polygamie réduit au contraire le nombre d’enfants par femme, en instituant un délai d’isolement après chaque naissance. Le mari polygame est certes le père putatif d’un grand nombre d’enfants, mais c’est au prix du célibat forcé des jeunes et des pauvres. Par ailleurs, aucune société n’est par nature – toujours cet essentialisme raciste – monogame ou polygame. La polygamie est liée à une conjoncture historique et culturelle. On la trouve soit dans des sociétés guerrières où les hommes sont décimés, où les femmes sont un butin, comme chez les Grecs de l’époque homérique, soit dans les sociétés décimées par l’esclavage. Olivier Pétré-Grenouilleau prend les effets pour la cause. Avec la disparition de tant d’hommes – on a vu que les femmes étaient très minoritaires dans les cargaisons –, comment la polygamie n’aurait-elle pas été une réaction obligée de la société ?

Le simple bon sens permet de comprendre que la saignée de la traite a été pour l’Afrique une catastrophe, humaine, culturelle, économique, démographique. Dans un livre remarquable, Louise Marie Diop-Maes remet à leur place bien des aberrations intéressées – et d’abord elle pose la seule question pertinente :

« Les effets de la traite des humains en Afrique noire sont-ils évaluables ? » [3]

Entre les fanatiques de l’innocuité, voire des bienfaits de l’esclavage, à la suite d’un certain Philip Curtin, qui ne craint pas d’affirmer, par exemple, que l’introduction du maïs en Afrique aurait « compensé les pertes humaines » – comme si l’Afrique manquait de plantes comestibles, comme si l’alimentation remplaçait les bouches manquantes [4] –, et la majorité des universitaires français, considérés par les premiers comme des extrémistes de l’interprétation sévère de la traite parce qu’ils limitent l’effet négatif à une stagnation de la population, il n’y a pas une grande différence.

On est obligé de les laisser à leurs chicaneries si l’on veut commencer à parler raisonnablement du passé de l’Afrique. Marie-Louise Diop-Maes conclut :

« J. Inikori (Nigeria), Walter Rodney et moi-même, par des méthodes d’analyse différentes, sommes arrivés à la conclusion que les répercussions de la traite ont provoqué une diminution de la population entre 1500 et 1900 et que, parallèlement, l’Afrique noire s’est progressivement sous-développée durant la même période. »

Le dépeuplement de cette période s’est accompagné de l’éclatement d’importants ensembles politiques, culturels et sociaux et d’un repli sur les unités de base : famille, clan, tribu. C’est l’image de l’Afrique contemporaine.

« Il ne s’agit pas d’un sous-peuplement chronique, d’un tribalisme perpétué depuis la Préhistoire, sur une terre étouffante et maudite, ou trop clémente, mais bien d’un dépeuplement et d’une atomisation qui ont débuté au XVIe siècle. »

Après la mise en cause des Arabes à égalité avec l’Occident, l’autre pilier de la science blanche pour tenter d’exonérer l’Histoire de France d’un chapitre peu glorieux est la collaboration des Africains à la traite. On sait [5] que Voltaire dit, dans le chapitre de Candide sur Le nègre de Surinam, que la mère vend son enfant, ce qui est bien sûr une calomnie manifeste à l’égard des Africains. La demande d’esclaves par les Européens a causé certes des expéditions destructrices. Dans toute situation de domination, il y a des collaborateurs dans le groupe dominé. Il faut simplement poser la question : dans un crime, est-ce que le recrutement de complices est une circonstance atténuante ou aggravante ? La responsabilité du complice vient-elle diminuer celle de l’artisan principal ? Des Africains sont-ils venus proposer en Europe leur collaboration et leur marchandise ? Encore une fois ce sont des questions de simple bon sens.

L’inventaire des ouvrages qui répandent des aberrations racistes sur l’histoire de la traite et de l’esclavage serait infini. On se contentera d’un seul, qui n’est pas marginal puisqu’il s’agit d’un banal et récent livre de vulgarisation, où les perles abondent, telle celle-ci :

« Sur place aux Antilles, les Noirs avaient conservé le culte du Vaudou, qui aggravait les mentalités de certains d’entre eux. Les “nègres marrons” armés de machette (sabre à couper la canne à sucre) étaient enrôlés par les plus criminels d’entre eux pour les massacres des Blancs. Mais tout cela n’empêcha pas les nombreuses unions hors mariage qui engendrèrent une nouvelle ethnie : les mulâtres. » [6]

Un véritable bouquet en quelques lignes. Des hommes qui, dans une situation d’écrasement et d’humiliation absolus, trouvent le courage surhumain de se révolter sont-ils des criminels ou des héros ? Pourrait-on, dans un ouvrage historique d’aujourd’hui, appeler « criminel » un homme évadé d’un camp de concentration, tuant quelques gardiens au passage, sans provoquer le plus grand scandale ? On est obligé de poser cette hypothèse si l’on veut donner le sentiment d’une monstruosité qui échappe manifestement aux lecteurs de pareils ouvrages, tant le racisme imprègne le subconscient. User du doux euphémisme de « unions hors mariage » pour désigner le crime le plus lâche par sa facilité et son impunité – le viol systématique des esclaves noires –, est-ce faire oeuvre d’historien ? Depuis quand les enfants nés hors mariage constituent-ils une « ethnie », sauf à adhérer à des distinctions racistes ?

On ne résiste pas à l’envie de citer quelques perles de la même origine :

« Quelques années plus tard [7] , il ne resta rien des richesses accumulées dans ces îles et nombre de négociants métropolitains furent ruinés. Mais on peut considérer que ces derniers auront été le vecteur de l’implantation de l’ethnie noire. Par voie de conséquence, sans doute que les descendants de celle-ci auront ainsi échappé à d’autres fléaux. »

Ainsi les richesses se seraient évaporées. Cela n’existe pas, sauf dans des croyances magiques. Les richesses ont changé de main, elles ont servi à développer des industries, armement, accastillage, industries du luxe, etc. Mais le comble du cynisme ou de la stupidité, on ne sait, c’est d’indiquer comme seul bénéfice de cette période d’avoir permis aux Africains de quitter leur enfer d’origine… et en plus le transport était gratuit !

D’autres jugements, dans des ouvrages hautement scientifiques, laissent tout aussi pantois :

« Le chapitre qui venait de se clore en 1848 n’était pas complètement négatif. Une indéniable prospérité économique s’était traduite dans les faits dès les débuts de la traite des noirs. » [8]

Autant s’extasier de ce que le prodigieux effort de guerre allemand, entre 1940 et 1945, fut fi nancé par le pillage des pays occupés et l’extermination de la main d’œuvre déportée. Ce qui est escamoté avec la plus grande désinvolture dans ce jugement de « valeur », qui affiche de façon obscène la primauté de l’argent, c’est ce que certains appellent pudiquement la question morale. C’est avouer que le traitement réservé aux noirs ne relève pas de la moralité, comme le disait Montesquieu.

On ne recommandera jamais assez au lecteur de l’historien de faire preuve d’esprit critique face à une Histoire qui n’est jamais parfaitement objective. L’Histoire ment toujours d’une certaine façon, au moins par omission, puisqu’on ne saurait inventorier la totalité des faits. Surtout l’Histoire est une matière d’autorité, et l’autorité, en l’occurrence, est celle des vainqueurs. Un ensemble de faits aussi bien établis et documentés que la Révolution française a connu et connaîtra diverses présentations et interprétations dont aucune ne peut prétendre s’imposer comme dogme. Il y a eu la Révolution tueuse : guillotine, tricoteuses, tribunaux révolutionnaires. Les images de la terreur révolutionnaire sont bien ancrées dans la tradition scolaire. Cette terreur a causé, de 1792 à 1794, de trente-cinq à quarante mille morts dans toute la France, qu’ils aient été exécutés sommairement ou qu’ils aient fait l’objet d’une condamnation à la peine capitale. Mais l’Histoire a refusé une célébrité analogue aux trente mille communards que les Versaillais tuèrent pendant la seule « semaine sanglante » de mai 1871 [9] : les morts faits par la Révolution comptent toujours beaucoup plus que ceux dus à la répression.

Autre exemple : c’est l’Histoire qui a fait de la prise de la Bastille – une horde populeuse, type racaille de banlieue assiégeant un commissariat, se fait ouvrir les portes d’une forteresse quasi vide et tue sauvagement les gardes et le gouverneur – le mythe national par excellence. Tout est dans l’interprétation.

Si un événement aussi important de notre Histoire nationale peut donner lieu à de telles distorsions, combien doit être problématique l’histoire de l’esclavage et de la colonisation ! L’Histoire de l’Afrique qui nous est racontée en France est celle des conquérants : c’est son premier défaut. Il ne s’agit pas d’un procès d’intention mais d’un constat. C’est une première et fondamentale distorsion. Tout comme les peuples africains ne sont toujours pas émancipés de la tutelle politique de l’Occident, ils ne se sont pas encore emparés de leur Histoire pour leur propre usage et pour en imposer la vision au monde.

Les Traites négrières

La dernière et très douteuse contribution à cette Histoire dominée est l’ouvrage d’Olivier Pétré-Grenouilleau intitulé Les Traites négrières, essai d’histoire globale. Le titre, à lui seul, a son éloquence. Que peut bien vouloir dire d’abord une « histoire globale » ? Il s’agit apparemment de noyer les phénomènes un peu crus dans un ensemble flou. C’est le contraire d’un comparatisme critique. On pourrait ainsi, si on l’osait, faire une histoire globale de l’antisémitisme qui dissoudrait et relativiserait la Shoah dans les millénaires persécutions contre les juifs.

L’expression « les traites négrières », quant à elle, annonce la thèse et le sophisme fondamental du livre. Par ce pluriel l’auteur prétend qualifier trois traites : la traite arabo-musulmane, la traite interne à l’Afrique et la traite européenne. Il n’y a eu en fait qu’une seule traite négrière, c’est-à-dire à fondement exclusivement raciste, c’est celle pratiquée par les Européens. La traite arabo-musulmane, succédant à celle pratiquée par l’Empire romain dans toute son aire, a frappé des captifs de toutes origines non musulmanes [10]. Quant au servage ou au rapt pratiqués dans certaines sociétés africaines, comment pourraient-ils recevoir la qualification de négrier, qui traduit par essence la subjectivité du regard « blanc » ?

Dès le titre, la fonction idéologique du livre apparaît donc clairement. On s’explique alors le lancement médiatique dont il a bénéficié, sans précédent pour un ouvrage aussi indigeste, de facture lourdement universitaire [11]. On vit l’auteur accueilli par un chorus d’applaudissements sur tous les plateaux de télévision, et son livre, loin d’être l’objet d’un quelconque débat, fut unanimement porté aux nues par des critiques qui n’en avaient certainement pas lu dix pages, mais qu’importe. C’est à l’idéologie professée par le livre qu’allait leur enthousiasme : ils ne pouvaient que faire un triomphe. La véritable croisade entreprise alors pour le défendre contre toute contestation a atteint des sommets d’indécence.

Par un artifice assez grossier, l’auteur prétend débarrasser l’histoire de l’esclavage de ses « clichés » et de ses « poncifs » [12] – c’est ainsi qu’il qualifie aimablement les travaux de ses prédécesseurs, prétendument pervertis par leurs bons sentiments. Ceux-ci auraient, selon lui, dramatisé la traite et l’esclavage, qu’il se charge, lui, de banaliser.

En réalité, cette histoire telle qu’elle a été racontée par les Européens est toujours restée bien en deçà de l’horreur de la traite transatlantique et de l’esclavage tels que les ont vécus les noirs. Cette description, devant laquelle ont reculé les historiens blancs, même « bienveillants », est encore à faire.

Le racisme a en effet joué un rôle essentiel dans le déchaînement de ce que Rosa Amelia Plumelle-Uribe appelle « la férocité blanche » [13]. Cet aspect de l’étude de l’esclavage est et a toujours été, sauf chez quelques auteurs haïtiens, largement tabou. La rouerie consiste à présenter au contraire comme taboue la description adoucie et relativisée de l’esclavage, qui est pourtant la norme. Mais jamais on n’était allé aussi loin dans l’atténuation. Ainsi Pétré-Grenouilleau dénonce-t-il « le portrait apocalyptique » [14] qui aurait été fait du transport des captifs, le « taux d’entassement », « souvent exagéré par les abolitionnistes » [15], sans qu’aucune preuve ou référence soit apportée à l’appui de ces appréciations éminemment subjectives. C’est le second défaut majeur de l’ouvrage : des affirmations subjectives jamais étayées de la moindre preuve. C’est ce que l’on présente en France comme une grande oeuvre d’historien !

Pétré-Grenouilleau parvient, dans un livre consacré à la traite négrière, à prouver l’excellence de la moralité blanche : loin que l’esclavage raciste puisse être reproché spécifiquement aux Européens, l’abolitionnisme prouve leur supériorité. En effet le mouvement abolitionniste est, selon lui, né par génération spontanée. Nulle part n’est formulée l’hypothèse, pourtant la plus vraisemblable, que l’abolitionnisme est né de l’atrocité toute particulière de la traite atlantique, l’opinion européenne s’émouvant légitimement des conditions terrifiantes du transport, et des débordements de cruauté de l’esclavage. À l’explication de bon sens on substitue une thèse hautement improbable mais flatteuse. La distorsion par une interprétation tendancieuse est ici manifeste.

Il est bizarre, à ce propos, que personne n’ait relevé ce grave défaut de rigueur historique : ce dont l’ouvrage se prétend une réfutation n’est jamais clairement désigné, il s’agit d’une sorte de nébuleuse historique sans auteurs, sans titres, sans citations. En l’espèce, les « exagérations » incriminées par l’auteur seraient le fait d’un groupe désigné vaguement par le terme « les abolitionnistes ».

D’une façon générale, des assertions très douteuses ne sont pas étayées. Ainsi cette affirmation pour le moins étrange :

« Ajoutons que l’introduction d’Africains favorisa l’apparition d’épidémies chez les Indiens. » L’auteur explique la disparition des Indiens d’Amé rique essentiellement par le « choc microbien ». [16]

C’est faire bon marché des témoignages les plus anciens sur la question, à commencer par ceux de Las Casas, relayés par Montaigne, dès le XVIe siècle :

« Tant de villes rasées, tant de nations exterminées, tant de millions de peuples [17] passés au fil de l’épée. »

Un autre thème récurrent du livre est la récusation de la question morale :

« L’aspect moral mis à part, peu de choses distinguaient le trafic négrier des autres grands commerces maritimes » [18]

« La traite ne doit pas être réduite à une simple affaire de morale ». [19]

Il se trouve que, comme l’auteur lui-même le note, ce trait caractérise le discours des négriers :

« Ce type de discours [économique] permettait d’évacuer les dimensions morales et intellectuelles du débat. » [20]

Il s’inscrit donc directement dans l’héritage de l’idéologie négrière, dont tout le livre constitue une tentative de réhabilitation qui semble avoir porté ses fruits.

L’engagement idéologique, au détriment de la prudence du savant, est confirmé par le caractère catégorique des assertions. Bien loin que les chiffres de la traite et de l’esclavage soient connus avec certitude, ils sont toujours hautement hypothétiques et risquent de le rester définitivement. On s’étonne même de la pauvreté des connaissances derrière l’apparence de savoir produite par les répétitions. D’un ouvrage à l’autre, les mêmes informations sont présentées sans aucun recul critique. L’inventaire, évidemment partiel, des expéditions n’est qu’un élément qui devrait, loin d’être sacralisé, être complété par bien d’autres points de vue.

Dans la plupart des colonies américaines, notamment caraïbes, la population des esclaves était cinq à dix fois plus élevée que celle des colons. Ces chiffres pourraient utilement être commentés et se prêter à des projections. Mais non, on fait comme si on savait tout et comme si le dernier mot avait été dit : l’Histoire est définitivement établie sur ce point. L’acharnement à soutenir cette clôture est en lui-même suspect, aucune question historique ne pouvant être considérée comme définitivement connue. C’est cette assertion qui a été largement diffusée dans le public, sans aucune réserve critique.

On en sait encore moins sur les traites arabes, mais l’imagination et les « projections mathématiques » aidant on aboutit à des chiffres aussi péremptoires. Peu importe que l’on compare, entre autres sophismes, quatorze siècles de traite arabe et trois siècles de traite occidentale, l’important est de produire deux chiffres, lesquels seront ressassés jusqu’à plus soif par tous les mass médias. On est au coeur de la fonction idéologique du livre. Les deux chiffres, largement arbitraires – celui de la traite atlantique et celui des razzias arabes – ont été compulsivement martelés en effet sur tous les plateaux de télé, débats et même dans les bulletins d’information.

Une histoire se prétendant globale et comparatiste aurait pourtant dû souligner bien des différences. Les Arabes, nous dit-on, razziaient souvent pour lever des troupes. Ces razzias devaient donc ressembler assez aux rafles que faisaient les Français pour recruter des troupes coloniales au XXe siècle. L’histoire de ces « enrôlements forcés » reste à faire ; mais on ne les range pas pour autant sous l’appellation de trafic d’esclaves, même si cela lui ressemblait fort. Par ailleurs les noirs se sont fondus dans les populations arabes. Cela signifie qu’ils étaient peu nombreux par rapport à la population globale et que, même s’il y avait probablement des sentiments xénophobes à leur égard, il n’y avait pas de doctrine ni de législation racistes et ségrégationnistes.

La différence fondamentale est là. C’est une différence qualitative essentielle, qui ne tient pas dans la comparaison des chiffres. La dénégation péremptoire d’Olivier Pétré-Grenouilleau – « Les anciens poncifs (du type : la traite est la conséquence d’un racisme à l’encontre des Noirs) étant aujourd’hui complètement dépassés, il serait utile de les remplacer par des hypothèses plus scientifiques » – est d’ailleurs, par son insistance même, l’aveu que l’on a affaire non à une intelligence mais à une volonté. L’énormité de cette allégation, démentie par trois siècles de textes racistes – il est vrai passés sous silence –, n’a choqué personne. Notons, dans cet ordre d’idées, la curieuse présentation de la communauté noire américaine :

« Aux États-Unis […] la force de la minorité noire s’explique surtout par la tendance à l’endogamie et par une forte natalité depuis la guerre de Sécession » [21]

Cette « tendance à l’endogamie », comme euphémisme de la ségrégation raciste, est vraiment une trop belle perle historique. Que penserait-on d’un historien de l’Inde qui noterait une « tendance à l’endogamie » chez les Intouchables ? Il sombrerait sûrement dans le ridicule.

Les thèses développées par Pétré-Grenouilleau ne sont pas nouvelles, elles rejoignent celles exposées beaucoup plus grossièrement et avec beaucoup moins d’efficacité par l’historien raciste [22] Bernard Lugan, notamment dans son ouvrage Afrique, l’histoire à l’endroit. Elles s’inscrivent dans un courant minoritaire de l’historiographie américaine. Ce qui est nouveau, c’est la diffusion forcenée de ces thèses dans les médias à l’occasion de la sortie de ce livre.

Le florilège des titres de presse est éloquent en lui-même :

« La vérité (sic) sur l’esclavage » [23]

« Quelques vérités gênantes (sic) sur la traite des Noirs ». [24]

S’y ajoutent les déclarations tous azimuts d’un historien déchaîné. La plus idéologique, sous le titre :

« Traite négrière : les détournements (sic) de l’histoire » [25]

Avec, en bandeau :

« 11 millions d’Africains furent déportés vers les Amériques de 1450 à 1867. Les traites orientales conduisirent à la déportation de 17 millions de personnes ». [26]

Pétré-Grenouilleau y stigmatise, entre autres, en toute objectivité scientifique, « une certaine gauche tiers-mondiste », au long d’un article qui est un chapelet d’assertions virulentes non étayées et qui, avec un peu de recul, paraîtra bientôt assez époustouflant. La plus scandaleuse de ces assertions est passée comme une lettre à la poste, devant un public extasié :

« Il faut admettre qu’il s’agit du premier exemple de grand commerce international entre Blancs, Noirs et Arabo-Turcs, rentable pour toutes les parties. » [27]

Après ce tir groupé assorti d’une tournée télévisuelle complète sur les talk-shows supposés culturels, peut-être enivré par tant d’exhibitions solipsistes pendant plusieurs mois, Pétré-Grenouilleau se surpasse enfin et dénonce la loi Taubira dans une déclaration haineuse où il confond (bêtement ? intentionnellement ?) « crime contre l’humanité » et « génocide » et s’en prend explicitement aux noirs et à leurs « choix identitaires » [28]. Un collectif d’Antillais ose enfin protester et porter plainte pour négation de crime contre l’humanité. Mal leur en a pris. On assiste alors à une mobilisation massive contre les fanatiques persécuteurs des honnêtes scientifiques. Rebelote dans tous les médias, sur tous les plateaux de télévision, de la troupe des historiens indignés se portant au secours du malheureux injustement persécuté, pétitions pour l’abolition de la loi Taubira, pilonnage de la bonne parole. N’en jetez plus, la cour est pleine ! Piteusement, le collectif des Antillais retire sa plainte. Force reste à l’autorité, à sa « bêtise au front de taureau ».

Post-scriptum Ce texte est extrait du livre d’Odile Tobner, Du racisme français. Quatre siècles de négrophobie, paru aux Éditions Les Arènes en novembre 2007. Nous le reproduisons avec l’aimable autorisation de l’auteure et des éditeurs. le titre Une négrophobie académique ? est le fait du collectif Les mots ont importants.
Notes
[1] Voici, à titre indicatif, un Florilège négrophobe non-exhaustif tiré du livre d’Odile Tobner :

« Défendons à nos sujets blancs de contracter mariage avec les Noirs. ». Code noir, édition de 1724

« Les nègres sont si naturellement paresseux que ceux qui sont libres ne font rien. » Montesquieu

« Les Blancs sont supérieurs à ces Nègres, comme les Nègres le sont aux singes et comme les singes le sont aux huîtres. » Voltaire

« Les Noirs vivaient à un stade de civilisation inférieur parce qu’ils étaient biologiquement inférieurs aux Blancs. » Saint-Simon

« La nature a fait une race d’ouvriers, c’est la race chinoise […] ; une race de travailleurs de la terre, c’est le nègre […] ; une race de maîtres et de soldats, c’est la race européenne. » Ernest Renan

« Je vous défie de soutenir jusqu’au bout votre thèse qui repose sur l’égalité, la liberté, l’indépendance des races inférieures. Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement que les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. » Jules Ferry

« Voici à peu près trente mille ans qu’il y a des Noirs en Afrique, et pendant ces trente mille ans ils n’ont pu aboutir à rien qui les élève au-dessus des singes… Les nègres continuent, même au milieu des Blancs, à vivre une existence végétative, sans rien produire que de l’acide carbonique et de l’urée. » Charles Richet, physiologiste français, prix Nobel de médecine en 1913.

« La privation de la lumière du Christ, et même de tout reflet de cette lumière, a permis à l’esprit mauvais de s’établir en maître sur cette terre déshéritée de l’Afrique… Les Noirs sont de temps immémorial livrés sans contrôle à une sensualité abjecte, à la cruauté, au mensonge. » Teilhard de Chardin

« Quant à l’effort intellectuel que représentent les conquêtes techniques, l’indigène n’est pas capable de l’évaluer. » Albert Schweitzer, prix Nobel de la paix en 1952.

« Ces gens, ils viennent directement de leurs villages africains. Or la ville de Paris et les autres villes d’Europe, ce ne sont pas des villages africains. Par exemple, tout le monde s’étonne : pourquoi les enfants africains sont dans la rue et pas à l’école ? Pourquoi leurs parents ne peuvent pas acheter un appartement ? C’est clair, pourquoi : beaucoup de ces Africains, je vous le dis, sont polygames. Dans un appartement, il y a trois ou quatre femmes et vingt-cinq enfants. Ils sont tellement bondés que ce ne sont plus des appartements, mais Dieu sait quoi ! On comprend pourquoi ces enfants courent dans les rues. », Hélène Carrère d’Encausse, académicienne française.

« En fait, l’équipe de France est aujourd’hui black-black-black, ce qui provoque des ricanements dans toute l’Europe. Si vous faites remarquer cela en France, on vous jette en prison, mais il est toutefois intéressant de noter que l’équipe nationale de football est composée presque exclusivement de joueurs noirs. » Alain Finkielkraut

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire. Le paysan africain qui, depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. » Nicolas Sarkozy

[2] PUF, 1997

[3] Louise Marie Diop-Maes, Afrique noire. Démographie, sol et histoire, Présence africaine, 1996

[4] Malgré une assertion aussi peu sensée, Philip Curtin a fait des disciples dans l’histoire de l’esclavage, dont Olivier Pétré-Grenouilleau, qui ne jure que par lui

[5] Cf. Odile Tobner, Du racisme français, chapitre 2, « Sacraliser le commerce »

[6] Raymond Marin-Lemesle, Le Commerce colonial triangulaire, XVIIIe-XIXe siècle, PUF, « Que sais-je », 1998

[7] C’est-à-dire après l’abolition de l’esclavage

[8] Jean Pouquet, Encyclopaedia Universalis, article « Antilles ».

[9] Chiffres donnés par Jean Derens, article « Terreur », Encyclopaedia Universalis, Thesaurus (2002)

[10] Ce que confirme d’ailleurs Pétré-Grenouilleau : « Le monde musulman, d’ailleurs, fut loin de ne recruter que des esclaves noirs. Tout au long de son histoire il puisa également très largement dans les pays slaves, le Caucase et l’Asie centrale. » On peut y ajouter aussi le monde méditerranéen

[11] L’historien Marcel Dorigny note cependant l’absence de bibliographie à la fin de l’ouvrage comme défaut rédhibitoire pour un ouvrage savant. Il est vrai qu’on aurait alors pu mesurer le caractère limité des sources de l’auteur, compilation d’historiens qui ont ses préférences – le contestable et contesté Philip Curtin en tête – ainsi que ses lacunes, toutes signifiantes. Pas un mot de l’ouvrage, capital et remarquablement documenté, d’Aimé Césaire : Toussaint Louverture, la Révolution française et le problème colonial, Présence africaine, 2004

[12] Ces termes sont récurrents et apparaissent dès l’introduction, (page 12).

[13] Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La Férocité blanche. Des non-blancs aux non-aryens, génocides occultés de 1492 à nos jours. Préface de Louis Sala-Molins, Albin-Michel, 2001

[14] Page 127

[15] Page 135

[16] P. 58. Ainsi ce sont les noirs qui sont la cause de la disparition des Indiens. CQFD. À vouloir en faire trop, on se dévoile.

[17] Au sens de « gens ».

[18] Page 176

[19] Page 124

[20] Page 261

[21] Page 465

[22] Bernard Lugan soutient en effet la thèse d’une hominisation multiple

[23] Le Nouvel Observateur, 03/03/2005

[24] L’Expansion, 29/06/2005

[25] Le Monde, 06-07/03/2005

[26] Pas de période pour le deuxième chiffre, en toute objectivité ; pas, non plus, l’élémentaire précaution de prudence d’un « selon O. P.-G. ». On a la foi ou on ne l’a pas

[27] L’Express, 14/03/2005

[28] Dans Le Journal du dimanche, 12/06/2005

Post Scriptum :
Source : http://lmsi.net/spip.php ?article695

En 1948, les Palestiniens ne sont pas partis « tout seuls »
Ilan Pappé puce2    puce2  
 

« La purification ethnique continue et Israël veut vous la faire accepter « .
Interview de Ilan Pappé, faite par Emanuela Irace pour Il Manifesto, à Rome, le 14 décembre 2007 à l’occasion de son intervention à la leçon inaugurale du Master Enrico Mattei pour les Proche et Moyen-Orient.

 

lan Pappé est arrivé en Italie sans tambours ni trompettes. Hôte de l’Iesmavo (Master Enrico Mattei per il Medio Oriente , NdT), au siège de l’Isiao de Rome (Institut italien pour l’Afrique et l’Orient http://www.isiao.it/, NdT) pour une conférence sur « Israël-Palestine, une terre deux peuples ». Après avoir dénoncé ces derniers mois l’impossibilité de travailler sereinement dans une atmosphère hostile, celle de son université de Haïfa, Pappé est parti en Grande-Bretagne, où il enseigne maintenant à l’université d’Exeter. Historien du non consensus, « révisionniste », il est né en Israël en 1954, de parents juifs qui avaient fui l’Allemagne des années 30 ; il a publié une demi-douzaine de livres. Parmi les plus récents, « The ethnic cleansing of Palestine », non encore traduit en italien. Au centre de l’analyse du grand historien, la politique sioniste de déportations et expulsions de palestiniens réalisées pendant et après la guerre de 1948, quand environ 400 villages furent vidés, effacés et détruits au cours des cinq années qui suivirent.

Professeur Pappé, vous décrivez l’épuration ethnique comme moment constitutif, en 1948, de l’Etat d’Israël. Vous brisez de cette façon le topos de l’exode volontaire des Palestiniens.

En 47-48, les Palestiniens ont été expulsés, même si l’historiographie officielle parle de pressions des leaders arabes qui les auraient persuadés de s’enfuir. L’idée de trouver un refuge pour la communauté juive, persécutée en Europe et anéantie par le nazisme, se heurta à une population autochtone qui était en phase de redéfinition. Projet colonial qui pratiqua l’épuration ethnique, en affrontant de façon anticipée le problème démographique : l’existence de 600.000 juifs contre un million de Palestiniens. Avant que les arabes ne décident en février 1948 de s’y opposer militairement, les Israéliens avaient déjà chassé plus de 300.000 autochtones.

Comment se réalisa la purification ethnique et pourquoi tout le monde s’est-il tu ?

Cela eut lieu en l’espace de huit mois, et ce n’est qu’en octobre 48 que les Palestiniens commencèrent vraiment à se défendre. La riposte des sionistes fut les massacres dans la province de Galilée, la confiscation des maisons, des comptes bancaires, de la terre. Les Israéliens effacèrent un peuple et sa culture. Personne ne dénonça ce qui se passait parce que la Guerre était finie depuis peu. Les Nations Unies ne pouvaient pas admettre qu’une de leurs résolutions (la 181, sur la partition de la Palestine, NDR) se conclut avec une épuration ethnique. La Croix-Rouge avait déjà été accusée de n’avoir pas rapporté avec objectivité ce qui se passait dans les camps de concentration nazis, et les principaux médias ne voulaient pas avoir d’affrontement avec les juifs.

Un sentiment de culpabilité et une « diplomatie », dans l’action des gouvernements, avec quelles conséquences ?

Pendant l’Holocauste, les pays qui aujourd’hui condamnent Israël, ou étaient connivents, ou sont restés silencieux. C’est pour ces motifs que la communauté internationale a abdiqué devant son droit de nous juger. On lui fait endosser une faute à laquelle elle ne peut plus remédier. En perdant ainsi, aujourd’hui encore, le droit de critiquer le gouvernement d’Israël. La conséquence est que quand naquit l’Etat, personne ne lui reprocha l’épuration ethnique sur laquelle il s’était fondé, un crime contre l’humanité commis par ceux qui la planifièrent et la réalisèrent. Dès ce moment-là, l’épuration ethnique devint une idéologie, un ornement infrastructurel de l’Etat. Discours toujours valide aujourd’hui, parce que le premier objectif reste démographique : obtenir la plus grande quantité de terre avec le plus petit nombre d’arabes.

Sous quelles formes et par quels moyens l’épuration ethnique continue-t-elle ?

Avec des systèmes plus « propres et présentables ». Depuis un mois le Ministre de la Justice essaie de légitimer les implantations illégales des colons en laissant intacts les avant-postes. Nous savons que la Haute Cour de Justice est en train de décider si elle doit autoriser le gouvernement à réduire les stocks de carburant, en supprimant l’énergie électrique à Gaza, où vivent un million de Palestiniens qui se retrouveraient sans possibilité de boire de l’eau, parce que la nappe phréatique est polluée par les égouts, et que seul un système de dépuration électrique peut la rendre potable. Mais de ces exemples pour anéantir les Palestiniens il y en a des dizaines, à commencer par le mur, qui est accepté par les Usa et l’Union Européenne.

Qu’est-ce qu’Israël demande à ses alliés ?

Que son modèle soit accepté tel quel. Pendant la guerre de 1967, 300 000 Palestiniens ont été expulsés de Cisjordanie ; pendant ces sept dernières années, la purification ethnique est devenue « construction du mur », qui repousse les Palestiniens vers le désert, hors de la zone assignée du Grand Jérusalem. Le problème est que les dirigeant israéliens conçoivent leur Etat en termes ethniques, raciaux, et sont donc des racistes à tous points de vue. Et cela est perçu par les Palestiniens ; et c’est le plus grand obstacle sur la voie d’une paix entre la Palestine et Israël. Ce qui est appelé « processus de paix » se réduit à : quelle part de la Palestine faut-il de nouveau annexer à Israël et quelle part, très petite, peut-on, éventuellement, donner au peuple palestinien.

Que peut-on faire pour inverser ce processus ?

Avant tout changer notre langage. Il ne s’agit pas d’un affrontement entre juifs et Palestiniens. C’est du colonialisme. Et c’est incroyable qu’au 21ème siècle on puisse encore accepter une politique coloniale. Il faut imposer à Israël les mêmes mesures qu’on avait employées contre le gouvernement raciste de l’Afrique du Sud, dans les années 60-70. Il existe aujourd’hui des mouvements d’opinion de jeunes juifs, en Europe et aux Usa, qui dénoncent la politique colonialiste et critiquent Israël en tant qu’état colonialiste et raciste, pas en tant qu’état fondé par des juifs.

La législation française (et d’autres pays européens) met des restrictions au droit d’exprimer des opinions « révisionnistes » à l’égard d’Israël, mais ne prend pas position pour l’application systématique des résolutions de l’Onu.

J’ai eu une expérience de ce genre il y a deux ans environ. Ma conférence fut interrompue par un groupe d’extrémistes, juifs comme moi, qui m’empêchèrent de continuer. La police arriva, pour me protéger d’eux, pas pour m’accuser. Quant au silence, il est beaucoup plus commode pour les gens de penser de façon conventionnelle. Il faut avoir beaucoup d’énergie et d’originalité pour agir autrement. La Résolution 194, par exemple, établit que les réfugiés palestiniens ont le droit de retourner sur leurs terres. Mais c’est plus facile de ne rien faire et de continuer à penser avec les mêmes formules.

Est-ce que ce sont pour les mêmes raisons que la gauche italienne continue à proposer le modèle « deux peuples deux états » ?

Il est certain que la gauche italienne n’est pas courageuse. Mais elle devra changer, par force, parce que la situation sur le terrain devient catastrophique. Si Israël envahit Gaza, comme c’est dans l’ordre actuel des choses, ils tueront énormément de Palestiniens et pourtant ils ne changeront pas la réalité. Gaza est une grande prison, et il arrivera ce qui se passe dans les révoltes des prisons : l’armée rétablira « ordre et propreté », avec des coups et des tueries. Ce sera un massacre mais, quand ils repartiront, la situation sera toujours la même.

Quels résultats pourraient par contre donner la solution des deux peuples à l’intérieur d’un état unique ?

Il est nécessaire que les populations s’acceptent, que les juifs reconnaissent leurs frères et voisins arabes et vice versa. Après avoir reconnu l’histoire pour ce qu’elle est et après avoir assumé chacun ses propres responsabilités. Reconnaissance, responsabilité et acceptation. En suivant cette voie on pourra arriver à un état unique, où compte le principe « un homme une voix » et où les citoyens, même s’ils ne s’aiment pas, pourront cohabiter. C’est un projet qu’on peut atteindre si on continue à critiquer et à empêcher les crimes qui continuent à être commis par Israël, et si l’on poursuit la campagne de désinvestissement (BDS : Boycott, Désinvestissement, Sanctions, NdT), comme ça a été le cas en Afrique du Sud.

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

http://www.ilmanifesto.it/Quotidiano-archivio/23-Dicembre-2007/art36.html

 

1880-1914 : Londres, Paris et Bruxelles pratiquent l’esclavage en Afrique

 

De la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale, le travail forcé a été général sur le continent africain. Tous les colonisateurs l’ont imposé. Un phénomène dont on imagine mal l’ampleur.

 

A la veille de la colonisation, l’esclavage était-il totalement aboli sur le continent africain ?

Le commerce extérieur d’esclaves a disparu au cours du XIXe siècle ; les Africains se sont mis massivement à échanger d’autres biens que les hommes sur le marché international : produits des cultures près des côtes, au Sénégal, au Nigeria actuel, mais surtout produits de la cueillette ou de la chasse, qui supposent des transports de lourdes charges sur des distances parfois longues. C’est ainsi qu’en Afrique de l’Est, de même qu’en Angola, se forme un « pré-prolétariat » de dizaines de milliers de porteurs sur lesquels la colonisation naissante va s’appuyer. Subsistent toutefois, sur les marges du continent africain, des formes d’esclavage. D’une part, un esclavage domestique, très différent de l’esclavage tel qu’on le connaît dans le Nouveau Monde : ces esclaves sont largement intégrés dans les familles de leurs maîtres. D’autre part, un esclavage à plus large échelle, en Angola, dans les îles au large du continent africain, aussi bien du côté Atlantique que du côté de l’océan Indien (Cap-Vert, Réunion, Zanzibar). Quand ils se sont installés, les Britanniques aussi bien que les Français ou les Belges ont par ailleurs développé un système d’administration indirecte qui reconnaissait à certains chefs éminents la propriété d’esclaves. Mais cela reste marginal.

Qu’est-ce qui change avec la colonisation ?

Les colonisations donnent naissance à des formes de travail très spécifiques que nous finirons par appeler le « travail forcé ». Celui-ci apparaît à partir des années 1880 pour être progressivement légalisé au cours des deux décennies suivantes. Ce premier âge colonial, entre 1880 et 1906-1908, correspond à la conquête de l’espace territorial colonial ; c’est le moment où les États occidentaux et des particuliers commencent à confisquer des terres aux Africains. Il s’accompagne partout d’un grand nombre de massacres et de violences. Un système juridique se met en place, conforté par les théories racistes, qui refuse aux Africains les droits des citoyens européens et notamment celui de mettre leur force de travail sur un marché libre. A ces «indigènes », on va pouvoir imposer un travail obligatoire. Tout un discours idéologique se construit alors pour affirmer que les Africains n’aiment pas le travail !

Quelles formes prend ce travail forcé ?

Dans certains cas, il s’agit de travaux d’utilité publique : il faut construire des routes et des équipements, porter les affaires des troupes et des administrations coloniales qui conquièrent de nouveaux espaces. A mesure que la colonisation avance, on réquisitionne des hommes dans les villages, en privilégiant les plus vigoureux. Toute la communauté villageoise s’en trouve déséquilibrée. Les vieux, les jeunes et les femmes doivent d’une part contribuer à alimenter ces gens qui partent et, d’autre part, se substituer à eux dans leurs travaux. Cette situation que l’Europe a bien connue en temps de guerre, mais en général pour une durée limitée, est générale en Afrique pendant tout le premier âge colonial. A cela s’ajoute le travail forcé organisé par les compagnies concessionnaires. Toutes les nations colonisatrices – la France, au Congo français, Léopold II et les Belges dans l’État indépendant du Congo, les Britanniques en Afrique de l’Est et en Afrique australe, les Allemands en Afrique de l’Est et dans l’actuelle Namibie, les Portugais en Afrique centrale – ont confié à des entreprises privées des privilèges spéciaux pour exploiter économiquement les territoires. Ces compagnies concessionnaires détiennent des droits sur la terre, sur les biens, mais également des droits régaliens, dont la possession de forces de l’ordre. Un système qui va conduire évidemment à une utilisation discrétionnaire et presque toujours abusive de travailleurs. Ce système a été porté à son paroxysme dans les deux Congo français et belge, en partie parce que ce sont des régions très pauvres en hommes. Le peu de gens disponibles sont systématiquement utilisés. Et ceux qui le refusent sont sévèrement châtiés. A la fin de cette première phase, lorsque se met en place, à partir du XXe siècle, une économie, en principe plus moderne, qui repose moins sur le pillage systématique des ressources, et qui se préoccupe davantage de productions minières ou agricoles, de nouvelles formes de travail forcé sont mises en place. Dans les mines sud-africaines, sur les hautes terres du Kenya britannique, au Cameroun et en Côte d’Ivoire, partout, l’économie de traite contraint une main-d’oeuvre récalcitrante, et souvent rare, à travailler dans les plantations et les mines. Fait troublant, les entrepreneurs africains, qui ne peuvent pas, pour leur part, recourir à cette main-d’oeuvre forcée, se retrouvent en concurrence avec les colons européens. C’est dans cette bourgeoisie agraire naissante africaine qu’on rencontre, dès la fin des années 1920, les premiers critiques du travail forcé. L’un des plus virulents sera Félix Houphouët-Boigny en Côte d’Ivoire.

Que sait-on en Europe de ces pratiques ?

Quelques voix fortes se sont fait entendre. En France, dans l’entre-deux-guerres, les témoignages d’Albert Londres et d’André Gide notamment ont fait éclater le scandale du travail forcé lié à la construction des chemins de fer. Les deux voies ferrées reliant le Congo à l’océan Atlantique, le chemin de fer belge d’abord (1890-1898) et le Congo-Océan, le chemin de fer français ensuite (1921-1934), ont été de véritables cimetières pour la main-d’oeuvre africaine : « un mort par traverse », disait-on. C’est exagéré, mais on estime que la mortalité liée à ces chantiers se chiffre par dizaines de milliers.

Le travail forcé, est-ce différent de l’esclavage ?

Juridiquement, les statuts sont différents. L’esclave est le bien de son maître. Le travailleur forcé, lui, reste libre en droit. Cela dit, dans les faits, les travailleurs forcés sont réquisitionnés et maintenus au travail sous la contrainte. Ils ne touchent aucun salaire et doivent être nourris par les populations des villages qu’ils traversent. Il existe certes des formes de compensation : on donne par exemple au travailleur du sel ou du tissu. Mais ces rétributions restent tellement en dessous de la valeur du travail fourni qu’on ne peut appeler cela un salaire. Et, bien sûr, les travailleurs forcés, comme les esclaves, sont encadrés par des forces de l’ordre, des milices africaines recrutées sur le territoire même, et commandées par des Européens. On comprend que, pour les Africains, esclavage ou travail forcé, cela n’ait pas fait de différence. En Afrique centrale – qu’elle soit sous domination française, belge, allemande –, où l’esclavage interne avait été très marginal et où existaient de nombreuses sociétés minières, les gens ont vécu la mise au travail forcé comme le début d’un esclavage. Et, du côté des élites africaines, pour les instituteurs, les pasteurs, les planteurs, ceux qui savaient ce que l’esclavage avait été, il semblait clair que le travail forcé s’apparentait à de l’esclavage. Ce que beaucoup d’entre eux d’ailleurs vont combattre.

Mais il y a des élites qui collaborent ?

Oui. Les autorités en place ont pu trouver un intérêt dans la colonisation, car non seulement elles ont été maintenues en place, mais elles ont été renforcées par la colonisation. Le pouvoir des États récents, vieux d’un siècle seulement, comme les États musulmans du nord du Nigeria, a souvent été conforté. Quant aux États plus anciens, comme l’immense empire lunda en Afrique centrale, menacés par de nouvelles élites politiques apparues au XIXe siècle, la colonisation leur a offert une planche de salut. Les colonisateurs, eux, étaient prêts à fermer les yeux sur les méfaits de ces chefs dans la mesure où ces derniers leur garantissaient une offre permanente de main-d’oeuvre soumise et respectueuse. C’est le cas de toute l’Afrique guinéenne, en Côte d’Ivoire, en Gold Coast (actuel Ghana), au Togo, au Dahomey (Bénin), au Nigeria, indépendamment de la nationalité des colonisateurs. Congo-Océan : Gide accuse Dans Voyage au Congo (1927), André Gide s’indigne des conditions de la construction du Congo-Océan. « Le chemin de fer Brazzaville-Océan est un effroyable consommateur de vies humaines. [...] Les premiers contingents ont eu beaucoup à souffrir ; tant durant le trajet [...] (certains se noient dans le fleuve et nombreux sont ceux qui décèdent de pneumonie), que sur les chantiers mêmes [...]. La mortalité a dépassé les prévisions les plus pessimistes. A combien de décès nouveaux la colonie devra-t-elle son bien-être futur ? »

Peut-on donner une mesure de la ponction humaine qu’a représentée le travail forcé ?

C’est difficile. Pour les colonies qu’on connaît le mieux, le Congo français et le Congo belge, il semble que, dans les villages les plus proches des voies de communication (voies d’eau et plus tard routes), les pertes pouvaient représenter la plus grande partie des hommes valides. Beaucoup de ces villages sont d’ailleurs désertés par leurs habitants, qui préfèrent s’éloigner et, parfois, passer de l’autre côté de la frontière, pour y découvrir la même horreur, ce que racontait l’abbé Barthelemy Boganda dont la famille, basée en Oubangui-Chari (Centrafrique), a expérimenté les colonisations allemande (Cameroun) et belge (Congo-Kinshasa).

De quoi meurent tous ces hommes ?

Il y a d’abord les causes traditionnelles de mortalité. Les conditions sanitaires dans lesquelles vivent ces gens sont dramatiques, évidemment : maladies sexuellement transmissibles, mais aussi maladie du sommeil qui s’est tragiquement répandue au cours des années 1880-1910 et toutes les maladies liées à la malnutrition. Mais à ces causes traditionnelles s’ajoutent les conséquences du travail forcé. Les conditions sont très dures, les mauvais traitements parfois atroces. Le cas du Congo au temps de Léopold II, lorsque le roi belge en était le propriétaire, c’est-à-dire de 1885 à 1908 (date à laquelle le territoire est transféré à la Belgique), est particulièrement catastrophique. J’ai fait une enquête en 2003 dans la région du caoutchouc rouge, au Congo belge, pour le film de la BBC réalisé par Peter Bate, White King, Red Rubber ; Black Death (« Roi blanc, caoutchouc rouge, mort noire »). Plus de cent ans après, les évocations du travail de collecte dans les plantations de caoutchouc dans la forêt provoquent encore de véritables terreurs dans les villages. On y a gardé le souvenir des exactions. Il n’était pas rare qu’on coupe des mains ou des jambes de travailleurs quand les administrateurs considéraient la production insuffisante.

C’est une incitation au rendement par la terreur ?

Oui. Ce qui est étonnant, c’est que la France, l’Allemagne et l’Angleterre, tout en connaissant les exactions commises, ont pris le système léopoldien en modèle : ce qu’ils voyaient, c’est que le roi belge a obtenu un retour sur investissement rapide et très important. D’ailleurs, on peut dire que le système concessionnaire français s’est construit par imitation du système léopoldien. Le système allemand en Afrique de l’Est et dans le Sud-Ouest africain, la colonisation britannique en Rhodésie (Zimbabwe), contemporains du système léopoldien, sont tout aussi violents [2].

C’est la violence qui les rend rentables ?

Oui. J’imagine que l’on sait que c’est la violence qui les rend rentables, et on l’accepte comme un mal nécessaire qui apprendra aux Africains à devenir producteurs.

Jusqu’à quand ce système a-t-il duré ?

Dans beaucoup de régions le travail forcé est resté en place jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. La France est le pays qui a supprimé avec le plus d’éclat le travail forcé : en 1946, par un projet de loi proposé par Félix Houphouët-Boigny. Mais, bien qu’« officiellement » aboli, le travail forcé a pu subsister en fait, dans certaines régions, en Oubangui-Chari, au Gabon, au Congo. Et cela jusqu’à l’indépendance, quelquefois même au-delà. Car, à partir de 1945-1946, le besoin de main-d’oeuvre s’accroît avec l’ouverture de grands chantiers, notamment des ports et des équipements urbains. Parallèlement, les entreprises privées se développent, surtout en Afrique équatoriale : les compagnies forestières ou les exploitations de diamants. Elles requièrent, elles aussi, des travailleurs en nombre. On possède des textes étonnants venant des chambres de commerce d’Oubangui-Chari en Afrique équatoriale française entre 1945 et 1947, expliquant que le travail libre salarié ne convient pas à des populations aussi arriérées que celles de l’Afrique centrale !

Y a-t-il eu des résistances à cette violence du travail forcé ?

Il y a une première forme de réaction : c’est la fuite, surtout dans la première phase coloniale, au temps de la conquête, à la fin du XIXe siècle. On assiste alors à des mouvements de populations considérables : les gens passent d’une frontière à l’autre. Ils ne font d’ailleurs que renouer avec des formes de dissidence traditionnelles dans les sociétés africaines où, quand on n’était pas d’accord avec le système en place, on prenait son bagage pour aller s’installer plus loin. Les « réfugiés » d’aujourd’hui ne font rien d’autre.

Mais y a-t-il eu des insurrections ?

Bien sûr, les insurrections sont à peu près ininterrompues durant toute cette première période. On peut distinguer deux situations, les sociétés africaines étatiques et les sociétés africaines non étatiques. Dans les premières, les populations ont été habituées à une certaine contrainte de l’État. Et se sont accoutumées à des formes de soumission et d’obéissance. Dans ces sociétés-là, les résistances au travail forcé et, au-delà, à tout le système colonial sont relativement faibles, une fois les chefferies décapitées ou mises au pas. Les colonisateurs sont passés par les chefs traditionnels pour accéder à la main-d’oeuvre, limitant ainsi les résistances. Celles-ci ont été relativement faciles à briser et n’ont pas dépassé le début du XXe siècle. Les oppositions ont été beaucoup plus fortes dans ce qu’un militaire français, Gabriel Angoulvant, appelait les « sociétés anarchiques ». Il s’agit de sociétés villageoises qui s’auto-organisaient et où les habitants étaient habitués à se comporter en fonction de leur intérêt et à ne pas se soumettre à des autorités politiques permanentes. Cela concerne le sud de la Côte d’Ivoire, le sud-est du Nigeria, le sud du Cameroun et la plus grande partie de l’Afrique centrale. Jusqu’à la fin des armées 1920, la « pacification », comme on disait, de ces régions a été très difficile ; alors même que l’appareil de l’État colonial s’était renforcé, l’adhésion à l’ordre colonial est restée très superficielle. Ces territoires n’ont jamais été réellement soumis. Dès les années 1930, avec la crise économique, les manifestations de dissidence réapparaissent, dont les plus spectaculaires ont lieu en Oubangui-Chari et au Congo belge. A partir des années 1940, avec la Seconde Guerre mondiale, puis la politisation des populations africaines à partir de 1945, elles se multiplient.

Quelle forme prennent les révoltes ?

Il s’agit le plus souvent de guérilla larvée. Quelquefois, les populations donnent l’impression de se soumettre quand les commandants passent, puis reviennent à des formes de vie antérieures après leur départ. Derrière ce refus se manifeste le rejet des modes du développement économique voulu par la colonisation. Ces oppositions vont se prolonger dans beaucoup de cas au-delà de la colonisation, contre la modernisation autoritaire lancée par les États indépendants. Bien que rares, quelques grandes révoltes éclatent également. La plus significative a eu lieu au Tanganyika (actuelle Tanzanie) : c’est la révolte des Maji-Maji, contre la colonisation allemande, aux alentours de 1905-1910. C’est un soulèvement de misérables sans rapport avec des luttes entre groupes ethniques. Le refus de travailler devient une insurrection contre l’occupant allemand. Les travailleurs n’ont que des fusils de traite, mais ils opposent une résistance tellement forte qu’elle entraîne une interpellation au Parlement allemand, une commission d’enquête et une réforme : l’administration est obligée d’assouplir les conditions de travail. A la même époque, en 1904-1906, une deuxième révolte menée par les Nama et les Herero éclate dans le Sud-Ouest africain sous domination allemande. La répression a été tellement atroce que la plus grande partie de ces deux peuples a disparu : plus de 60000 personnes meurent en deux ans. On peut parler dans ce cas d’un véritable génocide2. On pourrait citer aussi la guerre de Kongo Wara (« guerre de la manche de houe ») en Oubangui-Chari, qui a vu plusieurs groupes ethniques se soulever ensemble contre le régime colonial français entre 1928 et 19313, et l’insurrection des Mau-Mau, au Kenya, sous domination britannique. Celle-ci atteint une violence extrême à partir de 1949. C’est une guerre anticoloniale qui va devenir de fait une guerre de décolonisation. Une guerre qui serait à la fois une guerre d’Indochine et une guerre d’Algérie. Elle commence en 1949, et se prolonge jusqu’en 1963, lorsque le Kenya obtient son indépendance.

Y a-t-il d’autres massacres qu’on pourrait qualifier de génocides » ?

Non. Mais il faut évoquer la répression pratiquée par les Portugais dans leur colonie en Angola. Partout où les gens se révoltent, on les massacre. Il y a également le dossier, très lourd, du Congo léopoldien et belge : la campagne anti-léopoldienne qui est déclenchée à partir de 1905 chiffre en millions de morts les massacres imputables à l’administration belge. Congo français, Oubangui-Chari, Gabon ont aussi été le théâtre de violences terribles. Au Congo français, les crimes ont été si nombreux que Pierre Savorgnan de Brazza, qui avait la réputation d’être un « bon colonisateur », et qui avait apporté le Congo à la France, à la fin du XIXe siècle, a été renvoyé en mission pour enquêter sur ces massacres. Brazza est mort au retour de sa mission et le dossier a été plus ou moins enterré. Au total, il est très difficile de faire un bilan global du nombre de morts. Certains territoires sont mieux connus que d’autres comme l’État indépendant du Congo, où les missionnaires, surtout protestants, ont dénombré les habitants. Pour l’Afrique anglaise, nous disposons des travaux d’un excellent démographe, Robert Kuczynski, qui a publié pendant la colonisation des esquisses démographiques de cet empire. Tous les documents dont nous disposons montrent un creux énorme entre 1880 et 1910, dû aux effets cumulés des violences directes de la colonisation et de ses conséquences indirectes (malnutrition, diffusion d’un certain nombre de maladies, etc.).

Peut-on parler de crime contre l’humanité à propos du travail forcé ?

En historien, pour éviter le défaut de l’anachronisme, je prendrai le point de vue des contemporains du travail forcé. Le premier est celui d’un Noir américain, George Washington Williams. On est au lendemain de l’abolition de l’esclavage aux États-Unis (1865). Il fait partie de ceux qui rêvent de civiliser l’Afrique et adhèrent au projet colonial, notamment à celui de Léopold II. Très vite, George Washington Williams va sur place, il voit ce qui se passe. En 1895-1896, il est le premier, dans une lettre ouverte à Léopold II, à utiliser l’expression de « crime contre le genre humain », expression qu’on retrouve à la même époque sous la plume d’un autre Noir américain, le missionnaire presbytérien William Sheppard. De Mark Twain à Charles Péguy, nombreux sont les représentants de l’intelligentsia mondiale de l’époque qui s’élèvent contre Léopold II, parlent de « Modern Slave Trade » (« la traite des esclaves modernes »). Ils anticipent sur ce que nous faisons aujourd’hui, en disant que la traite des esclaves a été un crime contre l’humanité. Déjà, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, beaucoup de témoins ont comparé les abus commis par Léopold II à ceux du Sultan rouge de l’Empire ottoman contre les minorités chrétiennes, notamment contre les Crétois et les Arméniens. Un courant de penseurs et d’hommes d’action s’est constitué, notamment autour du publiciste anglais Edmund Morell, auteur de nombreux ouvrages sur le Congo léopoldien et animateur d’un vaste mouvement de réforme du Congo. Les plus radicaux proposaient que les responsables et bénéficiaires du régime léopoldien soient jugés par une justice internationale pour crime contre la civilisation et les droits de la personne. Ces dénonciations n’ont cependant pas eu beaucoup de suites… La Première Guerre mondiale, de ce point de vue aussi, a été très néfaste parce que c’est sur l’Allemagne seule qu’on a rejeté l’accusation d’être un mauvais colonisateur, tandis que la Belgique, la France et la Grande-Bretagne se sentaient dédouanées et évacuaient tout débat pour adopter une politique apparemment différente, celle de la « mise en valeur ». En fait, il va falloir attendre deux ou trois générations d’historiens pour que la question apparaisse de nouveau et c’est seulement à partir de la fin des années 1960 qu’on a commencé à en parler, notamment à l’occasion des discussions sur les origines du sous-développement en Afrique et des débats sur les résistances africaines – qui étaient un moyen indirect de poser le problème des violences coloniales. Mais ce que les historiens n’ont pas vu, c’est que la violence des dominés s’inscrit toujours dans une spirale, qu’elle est une réponse à la violence des dominateurs. Et la violence des dominateurs, cette historiographie n’a pas été capable de l’intégrer parce qu’elle posait la question de l’État et du droit de résistance à l’État, au moment même où, accédant à la souveraineté internationale, la plupart des anciennes colonies se donnaient pour priorité le « développement » et semblaient accepter le maintien de l’État colonial dans ses principales caractéristiques. Aujourd’hui, je pense que ce qui rend nécessaire cette réflexion sur la centaine de la violence dans l’expérience coloniale en Afrique, c’est, d’une part, le fait que les États africains postcoloniaux sont restés très largement aussi violents que l’État colonial ; d’autre part, le fait que les sociétés africaines qui ont résisté à la colonisation, qui ont rallié l’État postcolonial pendant une dizaine, une vingtaine d’années après les indépendances, ont renoué avec la pratique de la résistance qui était celle de l’époque coloniale. La question de la violence coloniale et des réponses des sociétés africaines à cette violence est constitutive de la modernité africaine et des difficultés de l’Afrique à inventer sa propre modernité.

Elikia M’Bokolo : « le travail forcé, c’est de l’esclavage » Un entretien avec Elikia M’Bokolo, directeur d’études à l’EHESS, publié dans L’Histoire [1]. Propos recueillis par Séverine Nikel. http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2372

Notes

[1] Cf. H. Bley, South-West Africa Under German Rule, 1894-1914, Londres, Heinemann, 1971, et J. Koponen. Development for Exploitation. German Colonial Policies in Mainland Tanzania, 1884-1914, Helsinki-Hambourg, Finnish Historical Society, Studia Historica 49, 1995.
[2] N° 302, octobre 2005

La longue tradition esclavagiste et génocidaire de l’Europe

 

 

De la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination
L’auteur de «La Férocité blanche» [Albin Michel, 2001], déploie une argumentation originale et pertinente, que Césaire avait bien sentie dans son «Discours sur le colonialisme», le lien entre les politiques d’anéantissement colonial, l’ensauvagement des sociétés européennes et le choc en retour du nazisme sur ces mêmes sociétés. Afrikara publie le texte d’une communication de cette militante afrodescentante, présenté le 15 juin à Berlin dans le cadre du Forum de Dialogue organisé par la section européenne de la Fondation AfricAvenir.

 

http://www.afrikara.com/index.php?page=contenu&art=1386

Nous sommes réunis ici pour analyser ensemble le lien historique qui, comme un fil conducteur conduit de la barbarie coloniale à la politique nazie d’extermination. Il s’agit d’un effort visant à détecter au moins la plupart des facteurs qui, de manière directe ou indirecte, auraient favorisé le développement politique et l’épanouissement idéologique d’une entreprise de déshumanisation comme la barbarie nazi en Allemagne et au-delà de ses frontières.

Cette contribution est utile à toute démarche qui voudrait mettre fin à toute sorte de discrimination d’où qu’elle vienne ; à commencer par cette discrimination qui consiste à trier parmi les crimes pour ensuite, suivant l’identité des victimes ou parfois l’identité des bourreaux, sélectionner le crime qu’il faut condamner. Cette hiérarchisation des crimes et donc de leur condamnation, demeure un handicap majeur dans la lutte pour la prévention des crimes contre l’humanité dont le crime de génocide.

Esclavage et trafic d’esclaves

Il convient de préciser tout de suite que, les guerres de conquête et les crimes liés à la domination coloniale, ainsi que la réduction d’êtres humains en esclavage, étaient déjà une réalité dans les temps anciens. Par exemple, lorsque la domination des Musulmans arabes s’étend vers l’Europe, le commerce d’êtres humains est une activité millénaire parmi les Européens. Le règne de l’islam en Espagne, de 711 à 1492, a simplement dynamisé la traite d’esclaves intra européenne.1 faisant du continent un important fournisseur d’esclaves, femmes et hommes, expédies vers les pays de l’islam.

Les prisonniers, majoritairement slaves, alimentaient le commerce d’hommes entre Venise et l’empire arabo-musulman du sud de la Méditerranée. C’est ainsi que dans les langues occidentales, le mot « esclave » ou « slave » se substitue au latin «servus» pour désigner les travailleurs privés de liberté. Autrement dit, pendant plusieurs siècles, des Chrétiens européens vendent d’autres Européens à des commerçants Juifs spécialisés dans la fabrication d’eunuques.2, lesquels étaient une marchandise très prisée et fort sollicitée dans les pays de l’empire musulman.

Des chercheurs, spécialistes de l’esclavage en Europe au Moyen Âge, ont vu dans le système d’asservissement inauguré en Amérique par la domination coloniale, un lien de continuité avec les institutions esclavagistes de l’Europe. Jacques Heers dit que «C’est le mérite incontestable de Charles Verlinden, sur ce point véritable pionnier, que d’avoir remarqué que la conquête et l’exploitation coloniales des Amériques s’étaient largement inspirées de certaines expériences toutes récentes en Méditerranée et s’inscrivaient en droite ligne dans une continuité ininterrompue de précédentes médiévaux.3».

J’ai néanmoins choisi d’aborder cette analyse, à partir de 1492 lors de l’arrivée des Européens dans le continent américain. Et j’ai fait ce choix parce que, malgré ce qui vient d’être dit, la destruction des peuples indigènes d’Amérique, l’instauration de la domination coloniale et le système de déshumanisation des Noirs sur ce continent, n’avaient pas de précédent dans l’histoire. Et surtout, parce que la prolongation de cette expérience pendant plus de trois siècles, a largement conditionné la systématisation théorique des inégalités y compris l’inégalité raciale dont les conséquences restent d’actualité.

Premier génocide des temps modernes

Des historiens du 20ème siècle, travaillant sur la conquête de l’Amérique, sont parvenus à se mettre plus ou moins d’accord pour estimer le nombre d’habitants du continent américain à la veille de l’invasion. Il a donc été retenu qu’à la veille du 1500, environ 80 millions de personnes habitent dans le continent américain. Ces chiffres furent comparés à ceux obtenus cinquante ans plus tard à partir des recensements espagnols.4.

Il en ressort que vers 1550, des 80 millions d’Indigènes ne restent que 10 millions. C’est-à-dire, en termes relatifs une destruction de l’ordre de 90% de la population. Une véritable hécatombe car en termes absolus il s’agit d’une diminution de 70 millions d’êtres humains. Et encore, il importe de savoir que ces dernières années, des historiens sud-américains sont parvenus à la conclusion qu’en réalité, à la veille de la conquête il y avait en Amérique plus de 100 millions d’habitants. D’un point de vue européen, ces estimations sont inacceptables, et pour cause ! Si cela était vrai, nous serions devant une diminution de 90 millions d’êtres humains.

Mais, au-delà du nombre d’Indigènes exterminés, le comportement collectivement adopté par les conquérants chrétiens a eu des conséquences qui perdurent. Par exemple, la justification postérieure de ce génocide a conditionné l’évolution culturelle, idéologique et politique de la suprématie blanche à l’égard d’autres peuples non Européens, et finalement à l’intérieur même d’Europe.

La situation d’impunité dont bénéficiaient les conquistadores devait, fatalement, favoriser l’apparition très rapide de pratiques assez inquiétantes. Ainsi, la mauvaise habitude de nourrir les chiens avec des Indigènes et parfois avec des nourrissons arrachés à leur mère et jetés en pâture à des chiens affamés. Ou la tendance à s’amuser en faisant brûler vifs des Indigènes jetés dans des bûcher allumés pour les faire rôtir5. Ce désastre fut la première conséquence directe de ce que les manuels d’histoire continuent à appeler ‘la découverte de l’Amérique’.

La solution africaine

Après avoir vidé le continent américain de sa population, les puissances occidentales naissantes ont fait de l’Afrique noire, une pourvoyeuse d’esclaves pour l’Amérique. Cette entreprise a désagrégé l’économie des pays africains et vidé le continent d’une partie de sa population dans ce qui demeure, la déportation d’êtres humains la plus gigantesque que l’histoire de l’humanité ait connue. Ici, il convient de rappeler la situation des pays africains au moment où ils sont abordés par les Européens.

C’est un fait que, même si le mode de production en Afrique n’était pas fondamentalement esclavagiste, les sociétés y connaissaient certaines formes de servitude. Comme nous l’avons dit, au Moyen âge, l’esclavage ainsi que la vente d’êtres humains, était une pratique très généralisée et l’Afrique n’a pas été une exception. Depuis le 7ème siècle, l’Afrique noire, tout comme l’Europe depuis le 8ème siècle, approvisionne en esclaves les pays de l’empire arabo-musulman.

Il semblerait qu’à l’époque, la dimension et les modalités du trafic d’esclaves n’auraient pas été incompatibles avec la croissance de l’économie dans les pays concernés par ce commerce d’êtres humains. Il est d’ailleurs couramment admis que c’est sous le règne de l’islam en Espagne que l’Europe a commencé à sortir des ténèbres du Moyen âge. Concernant l’Afrique, on notera qu’au 15ème siècle, malgré la ponction faite par la traite négrière arabo-musulmane, les pays de ce continent jouissaient d’un bon niveau de bien être social.
Le dépeuplement du continent ainsi que la misère et l’indigence de ses habitants malades et affamés, décrits par les voyageurs qui abordèrent l’Afrique noire au 19ème siècle, contrastent avec les pays densément peuplés, l’économie fleurissante, l’agriculture abondante, l’artisanat diversifié, le commerce intense et surtout, avec le niveau de bien être social décrits par les voyageurs, géographes et navigateurs ayant abordé l’Afrique noire entre le 8ème et le 17ème siècle, et dont nous connaissons maintenant les témoignages grâce aux diverses recherches, entre autres celles de Diop Maes.6.
Entre le 16ème et le 19ème siècle, les guerres et razzias en chaîne, provoquées par les négriers pour se procurer les captifs, ont conduit à la destruction quasiment irréversible de l’économie, du tissu social et de la démographie des peuples africains. Le cumul des traites, arabe et européenne, au moyen d’armes à feu, le caractère massif, voire industriel, de la traite négrière transatlantique en accroissement constant, a causé en trois siècles, des ravages que le continent n’avait jamais connus jusque là. Ce nouveau désastre fut la deuxième conséquence de la colonisation d’Amérique.

Une entreprise de déshumanisation
Dans le cadre de la domination coloniale sur le continent américain, les survivants indigènes, dépouillés de leurs terres furent refoulés et parqués dans des réserves. Dans le même temps, des millions de femmes, d’enfants et d’hommes Africains arrachés de chez eux et déportés dans l’Amérique, furent systématiquement expulsés hors de l’espèce humaine et réduits à la catégorie de bien meuble ou de sous-homme. L’infériorité raciale des non-Blancs et sa sœur jumelle, la supériorité de la race blanche, furent inscrits dans la loi, consacrées par le christianisme et renforcées dans les faits.
Les puissances coloniales, Espagne, Portugal, France, Angleterre, Hollande, légiféraient pour se doter du cadre juridique à l’intérieur duquel la déshumanisation des Noirs devenait légale. En conséquence, chaque métropole avait un arsenal juridique pour réglementer sa politique génocidaire dans l’univers concentrationnaire d’Amérique. A cet égard, la codification la plus achevée aura été le code noir français7. Promulgué en 1685, cette monstruosité juridique est restée en vigueur jusqu’à 1848 lors de la seconde abolition de l’esclavage dans les colonies françaises.
Il est significatif que, au moins pendant les 16ème et 17ème siècles, pour autant que nous sachions, il n y eut pas une seule voix autorisée pour dénoncer et condamner l’expulsion légale des Noirs hors de l’espèce humaine. Même au 18ème siècle qui était pourtant le siècle des Lumières, aucun de ces grands philosophes n’a, formellement, exigé des autorités compétentes la suppression immédiate, réelle, sans atermoiements, des lois qui réglaient ces crimes.8.

Une idéologie unanimement partagée
On a l’habitude d’ignorer que grâce à la racialisation de l’esclavage dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, la supériorité de la race blanche et l’infériorité des Noirs sont devenues un axiome profondément enraciné dans la culture occidentale. Il faut savoir que cet héritage pernicieux de la domination coloniale européenne, combiné aux effets néfastes de la manie des Lumières de tout ordonner, hiérarchiser, classifier, a stimulé l’émergence d’une culture plus ou moins favorable à l’extermination des groupes considérés inférieurs.
Entre le 15ème et le 19ème siècle, toute la production littéraire et scientifique concernant les peuples indigènes d’Amérique, visait à justifier leur extermination passé et à venir. Après trois longs siècles de barbarie coloniale sous contrôle chrétien, un des principes validés par les catholiques espagnols, est la certitude que tuer des Indiens n’est pas un pêché.9. Cette conscience fut renforcée par les protestants anglophones, convaincus qu’un bon Indien est un Indien mort. Aussi, toute la littérature concernant la bestialisation des Noir dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, était une véritable propagande en faveur de la traite négrière et de l’esclavage des Noirs présentés comme un progrès de la civilisation.
Lorsque finalement eut lieu le démantèlement de l’univers concentrationnaire d’Amérique, le changement provoqué par les abolitions de l’esclavage eut une portée assez limitée. D’abord parce que l’essentiel des structures et des rapports sociaux et économiques mis en place par la barbarie institutionnalisée, sont restés quasiment inchangés. Et aussi, parce que le triomphe de la pensée scientifique sur la foi religieuse a donné à la race des seigneurs et aux valeurs de la civilisation occidentale, une crédibilité dont la religion ne bénéficiait plus auprès des esprits éclairés. Désormais, la colonisation et les actes de barbarie qui lui sont consubstantiels, par exemple l’extermination de groupes considérés inférieurs, se feront ayant comme support un discours scientifique.
Une culture d’extermination
Il serait utile une étude très serrée concernant le rôle des scientifiques occidentaux dans le développement de la culture d’extermination qui a prévalu au 19ème et au début du 20ème siècle dans les pays colonisateurs. Malgré son rapport étroit avec notre analyse, cela n’est pas le sujet central de cette communication. Mais, nous pouvons néanmoins dégager quelques pistes pour ceux qui voudraient reprendre le sujet et se renseigner davantage.
Au milieu du 19ème siècle, les Associations scientifiques les plus prestigieuses semblent avoir été la Geographical Society et l’Anthropological Society à Londres et aussi, la Société de Géologie à Paris. Le 19 janvier 1864, eut lieu une table ronde organisée par l’Anthropological Society sur « l’extinction des races inférieures ». Il y fut question du droit des races supérieures à coloniser les espaces territoriaux considérés vitaux pour leurs intérêts.
Dans le “journal of the Anthropological Society of London, vol. 165, 1864” fut publié un compte rendu des débats de la Conférence. Il s’agissait de savoir si dans tous les cas de colonisation il serait inévitable l’extinction des races inférieures, ou si jamais il serait possible qu’elles puissent coexister avec la race supérieure sans être éliminées.10. A l’époque, l’Angleterre avait déjà commis, outre le génocide des Indigènes en Amérique du Nord, celui des Aborigènes d’Australie dont les Tasmaniens.
En France, Albert Sarraut, tenant discours aux élèves de l’Ecole coloniale affirmait : « il serait puéril d’opposer aux entreprises européennes de colonisation un prétendu droit d’occupation […] qui pérenniserait en des mains incapables la vaine possession de richesses sans emploi. »11. De son côté, le sociologue français Georges Vacher de Lapouge, soutenait qu’il n’y avait rien de plus normal que la réduction en esclavage des races inférieures et plaidait pour une seule race supérieure, nivelée par la sélection.
Des scientifiques réticents
On remarquera que la plupart des anthropologues allemands, même convaincus de leur supériorité raciale, ne partagent pas avec leurs collègues britanniques, nord-américains et français, la conviction que les races inférieures doivent nécessairement disparaître au contact de la civilisation. Le professeur Théodore Waitz par exemple, développe entre 1859-1862 un travail pour contester le bien fondé des théories propagées par ses collègues occidentaux, engagés dans la justification scientifique des exterminations commises par leurs pays.
Par la suite, son élève George Gerland fait en 1868 une étude sur l’extermination des races inférieures. Il dénonce la violence physique exercée par les colonisateurs comme étant le facteur d’extermination le plus tangible. Et affirme qu’il n’existe aucune loi naturelle qui dit que les peuples primitifs doivent disparaître pour que la civilisation avance. Le plaidoyer de ce scientifique allemand pour le droit à la vie des races dites inférieures est un fait rarissime dans cette période de l’histoire.
En 1891 le professeur allemand Friedrich Ratzel publie son livre « Anthropogeographie » et dans le dixième chapitre sous-titré « Le déclin des peuples de cultures inférieures au contact avec la culture », il exprime son hostilité concernant la destruction des peuples indigènes : « C’est devenu une règle déplorable, que des peuples faiblement avancés meurent au contact avec des peuples hautement cultivés. Cela s’applique à la vaste majorité des Australiens, des Polynésiens, des Asiatiques du Nord, des Américains du Nord et des nombreux peuples d’Afrique du Sud et d’Amérique du Sud.
(…) Les Indigènes sont tués, chassés, prolétarisés et l’on détruit leur organisation sociale. La caractéristique principale de la politique des Blancs est l’usage de la violence par les forts sur les faibles. Le but est de s’emparer de leurs terres. Ce phénomène a pris sa forme la plus intense en Amérique du Nord. Des Blancs assoiffés de terres s’entassent entre des peuplements indiens faibles et partiellement désintégrés »12. Ce serait le dernier discours dans lequel le professeur Ratzel exprimerait un point de vue aussi peu favorable à l’extinction des peuples inférieurs.

Une évolution malheureuse
Les anciennes puissances négrières réunies à Berlin en 1884-1885, officialisent le dépècement de l’Afrique. L’Allemagne s’assure le contrôle du Sud-Ouest africain (c’est-à-dire la Namibie), de l’Est africain (correspondant aux territoires actuels de la Tanzanie, du Burundi et du Rwanda) et aussi le contrôle sur le Togo et le Cameroun.
L’entrée de l’Allemagne dans l’entreprise coloniale marque un hiatus sensible entre le discours des scientifiques allemands avant les années 1890 et celui qu’ils auront après les années de 1890 sur le même sujet : l’extermination des races inférieures ou leur asservissement suivant les besoins des conquistadores et le progrès de la civilisation.
En effet, en 1897 le professeur Ratzel publie son ouvrage «Géographie politique» dans lequel, l’auteur prend fait et cause pour l’extermination des races inférieures. Il affirme qu’un peuple en développement qui a besoin de plus de terres doit donc en conquérir «lesquelles, par la mort et le déplacement de leurs habitants, sont transformées en terres inhabitées»13.
La domination économique combinée à des méthodes racistes, a donné naissance à la suprématie blanche chrétienne. Son idéologie hégémonique règne sans partage sur la planète et connaît toute sa splendeur entre la seconde moitié du 19ème et la première moitié du 20ème siècle. Même dans les anciens pays colonisés, l’extermination des races inférieures tenait lieu de politique officielle.
Une idéologie triomphante
La plupart des pays d’Amérique sont devenus indépendants au 19ème siècle. Les classes dirigeantes de ces pays, se croient blanches parce qu’elles sont issues des aventuriers européens qui souvent violaient les femmes indigènes. Arrivées au pouvoir suite aux guerres d’indépendance, ces élites se sont toujours identifiées à leur ancêtre blanc. De fait, elles adoptèrent les méthodes d’extermination des Indigènes hérités de la colonisation.
En avril 1834, les autorités d’Argentine, pays indépendant depuis peu, déclenchent la « Campaña del Desierto » (Campagne du Désert), dont le but est l’extermination des survivants Indigènes qui occupent la pampa. Dirigée par Juan Manuel de Rosas, devenu Président d’Argentine à partir de 1835, cette campagne fut coordonnée avec le gouvernement du Chili. Le premier gouvernement constitutionnel d’Uruguay, dirigé par Fructuoso Rivera, s’est aussi joint à la Campagne qui devait transformer ces terres en espaces inhabités.
Malgré la violence extrême de la ‘Campagne’, tous les Indigènes ne sont pas morts, au grand dam du président Rosas pour qui les Indiens se reproduisaient comme des insectes. Pour remédier à cet échec, en 1878, par initiative du Ministre de la Guerre Julio Argentino Roca, le Congrès National argentin vote et approuve la loi « de expansión de las fronteras hasta el Rio Negro » (expansion des frontières). C’est le point de départ de la seconde « Campagne du Désert » qui doit définitivement vider la Pampa de sa population indigène pour faire avancer la civilisation.

Un espace vital avant la lettre
La « Campagne » a lieu au moment où les survivants Indigènes sont traqués partout dans le continent. En Amérique du Nord ils sont massacrés et refoulés afin de libérer un espace devenu vital pour l’installation de familles civilisées, c’est-à-dire blanches. En Argentine, l’objectif avoué de la « Campagne » était le même : Remplacement de la population locale par une population civilisée pouvant garantir l’incorporation effective de la Pampa et la Patagonie à la nation de l’Etat Argentin.
Quelques décennies plus tard, Heinrich Himmler défendrait le même principe de remplacement des populations lorsqu’il affirmait : « Le seul moyen de résoudre le problème social, c’est pour un groupe, de tuer les autres et de s’emparer de leur pays »14. Mais, pour le moment, cela se passait en Amérique et au détriment de populations non-Européennes. Le Ministre Roca, qui est à l’origine de la seconde «Campagne du Désert», a même gagné les élections en 1880 et est devenu Président de l’Argentine.
Bien sûr, quelques voix se levèrent pour critiquer la barbarie des atrocités commises pendant la Campagne. Mais, dans l’ensemble, l’infériorité des victimes n’était pas contestée et le gouvernement de Julio Roca appelé le conquistador du Désert, est perçu comme le fondateur de l’Argentine moderne. L’histoire de ce pays a retenu surtout, que c’est sous la Présidence de Roca que le pays a avancé vers la séparation de l’église et l’Etat, le mariage civil, le registre civil des naissances et l’éducation laïque. Une des plus grandes villes de la Patagonie porte le nom de Roca.
Il n’y a pas longtemps, l’historien Félix Luna affirmait sans rire : « Roca a incarné le progrès, il a intégré l’Argentine dans le monde : je me suis mis à sa place pour comprendre ce qui impliquait d’exterminer quelques centaines d’indiens pour pouvoir gouverner. Il faut considérer le contexte de l’époque où l’on vivait une atmosphère darwiniste qui favorisait la survie du plus fort et la supériorité de la race blanche (…) Avec des erreurs, des abus, avec un coût Roca fit l’Argentine dont nous jouissons aujourd’hui : les parcs, les édifices, le palais des Œuvres Sanitaires, celui des Tribunaux, la Case du Gouvernement »15.
Exterminables parce qu’inférieurs
On remarquera que depuis le premier génocide des temps modernes, commis par les chrétiens en Amérique à partir de 1492, la situation des peuples non Européens en général et des Noirs en particulier se trouve rythmée par les exigences de la suprématie blanche. Dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, le Noir expulsé hors de l’espèce humaine en tant que sous-homme ou bien meuble, ne fut jamais réintégré ou réinstallé dans son humanité. Et les survivants indigènes étaient massivement massacrés pour rendre inhabitées leurs terres.
En Afrique le peuple congolais, sous l’administration de ce bourreau que fut le Roi Léopold, est soumis à des formes d’asservissement causant la destruction de la moitié de la population qui est passée de vingt millions à 10 millions d’habitants.16. Dans ce même continent, l’Allemagne aussi, comme d’autres avant elle, appliquera les bons principes de la colonisation. Entre 1904 et 1906, soit en l’espace de deux ans, les Allemands exterminèrent les trois quarts du peuple Herero. Sans compter les morts des Nama, Baster, Hottentots, etc.17.
Dans le cadre de la domination coloniale allemande en Namibie, le professeur Eugen Fischer va étudier en 1908, chez les Baster installés à Rehoboth « le problème de la bâtardisation chez l’être humain ». Les recommandations du chercheur sont sans détour. On lit dans son traité à propos des métis : « Qu’on leur garantisse donc le degré précis de protection qui leur est nécessaire en tant que race inférieure à la nôtre, rien de plus, et uniquement tant qu’ils nous sont utiles –autrement, que joue la libre concurrence, c’est-à-dire, selon moi, qu’ils disparaissent.18 »
Ce travail dans lequel le professeur Fischer considérait avoir démontré scientifiquement l’infériorité des Noirs, fit la gloire de son auteur dont le prestige alla au-delà des frontières du pays. Des années plus tard, lorsqu’en 1933 Adolf Hitler arrive au pouvoir en Allemagne, tout naturellement, le professeur Fischer mettra au service de la politique raciale du nouvel Etat le prestige et l’autorité que lui conférait sa condition de scientifique de renommée mondiale. En fait, ce fut le cas de l’establishment scientifique dans l’ensemble.19.

Le danger d’être classé inférieur
C’est un fait vérifiable, à la fin du 19ème et pendant les premières décennies du 20ème siècle, l’extermination d’êtres inférieurs ou la programmation de leur disparition, était une réalité qui ne soulevait pas de grandes vagues de solidarité à l’égard des victimes. C’est pourquoi les dirigeants nazis s’appliquèrent à convaincre les Allemands que les Juifs, ainsi que les Slaves et autres groupes, étaient différents et en conséquence étaient inférieurs.
C’est dans ce contexte si favorable à l’extermination des inférieurs, que les conseillers scientifiques du plan quadriennal chargé de planifier l’économie de l’Allemagne nazie, poussant la logique de l’anéantissement plus loin que leurs prédécesseurs, et dans une combinaison aussi terrible que sinistre entre les facteurs idéologiques et les motivations utilitaires, ont programmé l’extermination à l’Est, de 30 millions d’êtres humains.
Dans leur essai « Les architectes de l’extermination », Susanne Heim et Götz Aly soulignent que les planificateurs de l’économie, choisis non pas en fonction de leur militance politique mais de leur compétence professionnelle, fondaient leur dossier sur des considérations purement économiques et géopolitiques, sans la moindre référence à l’idéologie raciale. Ils rapportent le procès-verbal d’une réunion pendant laquelle, les conseillers économiques ont expliqué en présence de Goebbels leur plan d’approvisionnement alimentaire.
Ce dernier nota dans son journal le 2 mai 1941 : «La guerre ne peut se poursuivre que si la Russie fournit des vivres à toutes les forces armées allemandes durant la troisième année de la guerre. Des millions de personnes mourront certainement de faim si les vivres qui nous sont nécessaires sont enlevés au pays.20 » En effet, ce plan devait faire mourir environ 30 millions de Slaves dans un premier temps. Mais cela devait assurer l’approvisionnement des vivres pendant une année et en plus, rendre inhabitées des terres où des familles allemandes seraient installées.

Une tradition sinistre
Ainsi, Hermann Göring, dont le père fut le premier gouverneur allemand en Namibie, pouvait dire en 1941 à son compère le ministre italien des Affaires étrangères, le comte Ciano : « Cette année, 20 à 30 millions de personnes mourront de faim en Russie. Peut-être est-ce pour le mieux, puisque certaines nations doivent être décimées.21 » Ceux qui, dans une association extrême de l’idéologie raciste et la motivation utilitaire, programmaient l’extermination de 30 millions de Slaves, pouvaient programmer sans état d’âme, l’extermination d’un autre groupe considéré aussi inférieur, dans l’occurrence les Juifs.
Ce n’est pas par hasard que le Professeur Wolfang Abel : «Chargé par le haut commandement des forces armées de réaliser des études anthropologiques sur les prisonniers de guerre soviétiques, proposa entre autres options la liquidation du peuple russe.22» Le professeur Abel fut l’élève du Professeur Fischer avant de devenir son assistant. Ensemble, ils formèrent les premiers experts scientifiques chargés de sélectionner ceux qui, coupables de ne pas être Aryens devaient être exterminés à Auschwitz ou ailleurs.23.
Quant aux Soviétiques : « Au 1er février 1942, sur les 3,3 millions de soldats de l’Armée rouge fait prisonniers, 2 millions étaient déjà morts dans les camps allemands et au cours des transports, soit 60%. Si l’on enlève les trois premières semaines de guerre, au cours desquelles les premiers prisonniers purent puiser dans leurs réserves corporelles, ce chiffre correspondait à un taux de mortalité de 10 000 hommes par jour.24 »

La tragédie des uns et le profit des autres
La très grande majorité des Allemands, heureuse de se trouver du bon côté, accepta le fait accompli, c’est-à-dire l’exclusion des non-Aryens, et en retira tout le bénéfice possible. Il va sans dire qu’à l’époque, la solidarité à l’égard des groupes considérés inférieurs ne faisait pas vraiment recette dans la culture dominante. Plusieurs siècles de matraquage idéologique pour justifier l’écrasement des peuples colonisés et asservis, n’avaient pas certainement favorisé l’humanité de ceux qui en profitaient.25.
Comme le dit si bien Aly : « Le gouvernement nazi suscita le rêve d’une voiture populaire, introduisit le concept de vacances pratiquement inconnu jusqu’alors, doubla le nombre des jours fériés et se mit à développer le tourisme de masse dont nous sommes aujourd’hui familiers. (…) Ainsi, l’exonération fiscale des primes pour le travail de nuit, les dimanches et les jours fériés accordés après la victoire sur la France, et considérée, jusqu’à sa remise en cause récente comme un acquis social. (…)Hitler a épargné les Aryens moyens aux dépens du minimum vital d’autres catégories.26.»
L’argent spolié aux Juifs d’Europe et aux pays sous occupation allemande a bien servi au gouvernement nazi pour financer sa politique sociale visant à favoriser le niveau de vie de la population aryenne. On comprend qu’après la guerre, tant d’Allemands pouvaient admettre en privé, avoir vécu la période la plus prospère de leur vie sous le gouvernement nazi y compris pendant la guerre…
Conclusion
La domination coloniale sur d’autres peuples a toujours fourni les conditions indispensables pour la mise en place de systèmes d’asservissement et déshumanisation froidement réglés. Ce fut le cas dans l’univers concentrationnaire d’Amérique, où les puissances coloniales ont inventé un système juridique à l’intérieur duquel, la bestialisation des Noirs parce que Noirs, se faisait en toute légalité. Au 19ème siècle, la colonisation britannique en Australie a renoué avec le génocide commis en Amérique du Nord.
En Afrique, les peuples congolais ont souffert leur Adolf Hitler incarné par le Roi des Belges qui non satisfait de faire mourir la moitié des populations, faisait couper la main à ceux qui chercheraient à fuir les travaux forcés.27. En Namibie, l’Allemagne coloniale a commis son premier génocide et, je peux continuer mais je peux aussi m’arrêter. Il y a assez pour comprendre que l’entreprise nazie de déshumanisation, s’inscrit dans une continuité, jalonnée sans interruption par la barbarie coloniale.
A la fin de la guerre, les puissances coloniales, victorieuses, ont décrété que le nazisme était incompréhensible et effroyable parce que derrière ses atrocités il n’y avait aucune rationalité économique. La motivation utilitaire ayant toujours servi à cautionner les entreprises de déshumanisation menées contre d’autres peuples non-Européens, il fallait absolument que l’entreprise nazie de déshumanisation soit dépourvue de toute motivation utilitaire. De là, cette approche réductionniste qui a historiquement isolé le nazisme, et focalisé l’attention sur les atrocités commises par les nazis, en faisant abstraction des facteurs sans lesquels, chacun devrait le savoir, ce désastre effrayant n’aurait jamais atteint la disproportion que nous savons.

1 A ce sujet, voir Charles Verlinden, L’esclavage dans l’Europe médiévale, Tome 1 Péninsule Ibérique, France 1955 ; Tome 2 Italie Colonies italiennes du Levant latin Empire Byzantin, 1977.
2 Verlinden, L’esclavage dans l’Europe médiévale, Tome 2, notamment dans le chapitre II La traite vénitienne et la traite juive, p. 115 et suivantes, et aussi dans le chapitre III La traite des eunuques, p. 981 et suivantes. Ce livre, devenu introuvable en librairie, peut être consulté à la bibliothèque du Centre Pompidou et aussi à celle de la Sorbonne.
3 Jacques Heers, Esclaves et domestiques au Moyen Âge dans le monde méditerranéen, Paris, 1981, p. 12.
4 A ce sujet, voir Tzvetan Todorov, La conqête de l’Amérique. La question de l’autre, Paris, 1982.

5 Voir Bartolomé de Las Casas, Brevísima relación de la destrucción de las Indias, Buenos Aires, 1966 et aussi Historia de las Indias, México, Fondo de Cultura Económica, 1951.
6 Le lecteur consultera profitablement l’œuvre pionnière de Louise Marie Diop Maes, Afrique Noire Démographie Sol et Histoire, Paris, 1996.
7 Louis Sala-Molins, Le code noir ou le calvaire de Canaan, Paris, 1987.
8 Louis Sala-Molins, Les Misères des Lumières. Sous la Raison, l’outrage, Paris, 1992
9 En 1972, en Colombie, un groupe de paysans analphabètes a dû répondre devant le tribunal pour le massacre, avec préméditation, de dix huit Indigènes hommes, femmes et enfants confondus. Les accusés ont été acquittés par un jury populaire car ils ne savaient pas que tuer des Indiens était un pêché et encore moins un délit. Voir à ce sujet Rosa Amelia Plumelle-Uribe, La férocité blanche Des non-Blancs aux non-Aryens Génocides occultés de 1492 à nos jours, Paris, 2001.
10 Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes. L’odysée d’un homme au cœur de la nuit et les origines du génocide européen, Paris, 1999.
11 Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme, Paris, 1955.
12 Lindqvist, op. cit., p. 189-190.
13 Ibid, p. 192.
14 Götz Aly et Susanne Heim, Les architectes de l’extermination Auschwitz et la logique de l’anéantissement, Paris, 2006, p. 25-26
15 Consulter Diana Lenton, La cuestion de los Indios y el ge,ocidio en los tiempos de Roca : sus repercusiones en la prensa y la politica, SAAP- Sociedad Argentina de Análisis Politico www.saap.org.ar/esp/page Voir aussi Osvaldo Bayer, le journal argentin Página/12, Sábado, 22 de octubre 2005.
16 Adam Hochschild, Les fantômes du roi Léopold II. Un holocauste oublié, Paris, 1998.
17 Ingol Diener, Apartheid ! La cassure, Paris, 1986.
18 Benno Muller-Hill, Science nazie, science de mort, Paris, 1989, p. 194.
19 Consulter Muller-Hill
20 Aly et Heim, op. cit., p. 271-272.
21 Ibid, p. 267.
22 Ibid, p. 289.
23 Muller-Hill, op. cit.
24 Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, Paris, 2005, p. 172.
25 Voir Plumelle-Uribe, op. cit.
26 Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands, p. 9, 28.
27 Hochschild, op. cit.

 

 

La « Shoah » des Tsiganes
Eva R-sistons puce2    puce2 
 

La barbarie nazie n’épargna pas les Tsiganes. Ils vécurent les mêmes épreuves que les Juifs, en pire. D’abord, parce que dans l’oubli total. Ensuite, dès 1936 ceux d’Allemagne, considérés comme des « non-personnes », furent envoyés dans des camps de concentration en Autriche ou dans leur pays.

 

Les femmes étaient stérilisées de force, car on considérait qu’elles ne méritaient pas de se reproduire. Puis commença ce qu’on appela alors  » la destruction des vies inutiles « . Dans toute l’Europe occupée, on entreprit la traque du « gibier » tsigane, d’abord en 1939, ensuite en 1941 et 1943. L’extermination des 5 à 600 000 nomades eut essentiellement lieu dans les camps polonais.

En réalité, la persécution des Fils du Vent commença avant l’arrivée des nazis au pouvoir, avec les lois de contrôle de la « plaie tsigane » dès 1926. Deux ans plus tard, la surveillance devint spécifique, et permanente. Puis vint, dès 1933, la « stérilisation eugénique », l’interdiction des mariages mixtes en 1934-35, et enfin les premiers enfermements au camp de Dachau, en 1936.

C’est à l’automne 1939 que les déportations deviennent massives ; et c’est sur deux cent cinquante enfants tsiganes que les nazis testèrent le zyklon B, au camp de Buchenwald, en février 1940. Par ailleurs, à Ravensbrück ont été pratiquées des opérations pseudo-scientifiques sur des cobayes humains, entre autres tsiganes.

Cette politique-là, les nazis l’étendirent à l’ensemble de l’Europe occupée.

Ensuite commença l’extermination à grande échelle. Si l’on en croit les nazis, la moitié de la population tsigane d’Europe fut supprimée . Tragédie supplémentaire, le nom des victimes Tsiganes ne fut même pas mentionné durant le Procès de Nuremberg ! L’oubli total…. alors qu’on ne cesse de commémorer le martyr juif. Deux poids, deux mesures – ni plus, ni moins. C’est pourquoi moi, l’amie des Tsiganes, j’ai décidé de prendre ma plume pour rappeler au monde cette énorme injustice. Il est temps de rendre hommage aux victimes tsiganes, qui d’ailleurs furent parmi les résistants les plus acharnés.

En effet, très tôt ce peuple libre et fier comprit le sort qui lui était réservé. Il accepta immédiatement de rejoindre la lutte clandestine, pour mener ce que l’historien hollandais Jan Yoors appellera la « guerre secrète des Tsiganes ». Aguerri, malin, il usera de mille stratagèmes pour déjouer la vigilance des nazis, porter des messages ou transporter armes et explosifs. De nombreux fugitifs furent sauvés grâce aux Tsiganes. On leur doit aussi de nombreuses actions terroristes de résistance à l’ennemi hitlérien.

En 1945, les nazis aux abois se livrèrent encore à de multiples massacres sur les derniers Tsiganes internés dans les camps allemands. Et plusieurs pays européens gardèrent internés pendant plusieurs mois leurs populations ! Quant aux résistants qui avaient survécu, ils ne bénéficièrent même pas, à la fin de la guerre, des promesses d’intégration sociale qui leur avaient été faites. Et ils ne trouvèrent personne pour les défendre, ni même évoquer la mémoire des disparus. Bien sûr, aucun d’entre eux ne réclama réparation pour tous les préjudices subis. Le peuple tsigane ne revendique jamais ; il subit en silence – et en musique, car chez eux l’instinct de survie et le goût pour les arts ont toujours raison des événements les plus dramatiques. Je l’ai expérimenté personnellement, en partageant leur existence misérable dans un bidonville situé sur une décharge publique madrilène. L’horreur absolue, et une joie inscrite dans les gènes pour transcender les moments les plus difficiles. Admirable peuple ! Ce séjour marqua de manière indélibile mon esprit, et scella ma carrière de journaliste.

Quelle a été la politique à l’égard des Tsiganes en France ?

Traditionnellement, les sédentaires se méfient des nomades. Dès 1912, les populations errantes se voient attribuer un carnet anthropométrique, visé dans chaque commune, à l’arrivée comme au départ. A cette époque, déjà, les Tsiganes, tout comme les juifs, sont victimes de persécutions et de discriminations.

Le gouvernement de Vichy durcit cette politique. Et, dès l’automne 1940, des Tsiganes sont internés dans des camps de concentration, à Argelès-sur-Mer et au Barcarès, dans les Pyrénées Orientales, camps créés à l’origine afin d’accueillir les réfugiés espagnols et les Juifs. Même logique d’exclusion, pour des populations pourtant différentes. Et ce sont près de trois mille Tsiganes qui auraient été internés dans l’ensemble de la France entre 1940 et 1946.

C’est en 1942 qu’est créé le seul camp d’internement réservé aux Nomades, celui de Saliers.

Le camp est situé en zone libre, sur la commune d’Arles, dans les Bouches-du-Rhône. ll s’est d’abord inscrit dans une logique de sédentarisation, puis d’enfermement. Pour commencer, trois cents nomades doivent s’entasser dans des petites cabanes inachevées, sans électricité. Les conditions d’hébergement et de ravitaillement sont lamentables. Le sort des enfants est particulièrement difficile ; ils ne sont évidemment pas scolarisés. Sans vêtements de rechange, les hébergés finissent par porter des loques. Ils sont squelettiques, mais ils résistent. Aguerris et indomptables. Finalement, le sous-Préfet d’Arles demande la fermeture du camp dès juillet 44.

Ceux qui ont survécu à l’enfer, ont gardé vivante la mémoire du camp. Mais le site n’a conservé aucune trace du lieu.

Dans les camps de concentration allemands, les Tsiganes ont été littéralement massacrés. On cite par exemple le chiffre de 20.000 pour la seule nuit du 31 juillet 1944, à Auschwitz. Le 1er août, un officier SS d’Auschwitz put écrire, après l’envoi des Tsiganes à la chambre à gaz :  » Mission terminée, traitement spécial exécuté « . Traitement spécial ! Pire encore que celui que subirent les Juifs, les handicapés, les malades mentaux, les homosexuels, les communistes, les résistants ! Et au total, pour la seule Allemagne, cinq à six cent mille Gitans, Roms, Kalderas, Manouches, auraient péri. A Dachau, les Tsiganes étaient tués le jour même de leur arrivée, ou le lendemain. Simplement parce qu’ils étaient nés Tsiganes.

Comme les Juifs, les Tsiganes ont été victimes de l’idéologie nazie, politique de la race afin de régénérer le sang allemand, et politique de l’espace pour la création d’une Grande Allemagne débarrassée des éléments impurs, étrangers, inférieurs. L’élimination des Tsiganes aura d’autant mieux été acceptée, que la mise à l’index était ancienne.

Aucune voix ne s’élève pour défendre la cause des Tsiganes discriminés, stérilisés, persécutés, spoliés, exterminés . Nulle mémoire, nulle indemnité, nulle commémoration. Rien. Le vide absolu. Ostracisme complet.

Définitif ?

Jusqu’à mon dernier souffle, je me battrai pour la reconnaissance de ce peuple admirable.

 

Publié dans AFRIQUE NOIRE : Réécrire l'Histoire, AU-DELA DES IDEES RECUES | Pas de Commentaire »

Mais si, Monsieur Sarkozy, c’est le rôle de la France qui explique l’état présent de l’Afrique !

Posté par issopha le 3 avril 2008

 Retour sur le discours sarkozyen de Dakar

le 26 juillet 2007.

Mais si, Monsieur Sarkozy,

c’est le rôle de la France qui explique l’état présent de l’Afrique !

 

Lettre ouverte au Président Nicolas SARKOZY, suite à son voyage en Afrique

Monsieur le Président,

Permettez-moi de joindre ma modeste voix à celles, nombreuses et plus autorisées, (Alpha O. KONARE, Mater A. MBOW, Doudou DIENE, Mamadou Coulibaly, etc.) qui se sont déjà exprimées après votre visite-éclair au Sénégal et au Gabon.
Votre discours de près de 50 minutes à l’adresse de « l’élite de la jeunesse africaine », dans l’enceinte même de l’Université CHEIKH ANTA DIOP, ce haut lieu de la transmission du Savoir qui a vu passer les meilleures élites du continent, a agacé, révolté, et choqué bon nombre d’Africains qui se sont sentis « insultés »par vos propos.

 
Faut-il vous rappeler, Monsieur le Président, ce que symbolise aux yeux de la jeunesse africaine le nom que porte cette haute institution universitaire ?
Première entorse à la « Teranga » sénégalaise : vous n’avez même pas daigné saluer, ou évoquer la mémoire de cet illustre et savant africain, l’un des dignes fils que la terre africaine ait jamais porté. Ainsi,vous avez profané la mémoire de tout un continent, donnant raison à tous ceux qui qualifient vos penchants et postures « d’arrogants »,de « méprisants », et d’ « insultants ». Mais, cela peut se comprendre dans une moindre mesure, car pendant plus d’un demi-siècle, une certaine élite intellectuelle française acquise aux thèses négationnistes révisionnistes, voire négrophobes n’a eu de cesse de contester et de diaboliser l’auteur de « Nations Nègres et Cultures », l’ouvrage « le plus génial qu’un Nègre ait jamais écrit », si l’on en croit le Grand Maître de la pensée historique Nègre, Aimé CESAIRE, lui-même.
Que peut-on donc retenir grosso modo de votre longue litanie de récriminations contre L’Afrique et les Africains ?
-Que ces derniers ressassaient sans arrêt le procès de la colonisation.
-Qu’ils seraient des nostalgiques du temps mythique de L’Eternel Retour, d’où leur refus d’entrer dans la modernité.
-Que des Africains ont vendu d’autres Africains aux négriers.
Avant de répondre à quelques unes de vos nombreuses charges, permettez-moi de revenir sur l’idée de rupture, socle essentiel de votre législature, et leitmotiv de tous vos discours.
Au lendemain de votre intervention de DAKAR, un grand démocrate africain, le président Alpha O. KONARE vous répondait aussitôt en ces termes : « Je suis certain que le président souhaite la rupture […] je pense que pour l’aider dans la rupture, il a besoin de mieux connaître l’Afrique et nous sommes prêts dans ces échanges avec lui. » Avant d’ajouter : « SARKOZY a besoin de mieux connaître l’Afrique ». On ne pouvait pas mieux dire. Dans un article récent, moi-même, je m’interrogeais sur votre « vraie fausse rupture ». A l’évidence, en choisissant de visiter les deux postes avancés de la « Françafrique » qui constituent votre « pré carré » (même si vous récusez ce terme) : le SENEGAL, pays en net et inquiétant recul démocratique, et le GABON, vieille terre « françafricaine » dirigée votre «ami » OMAR, peu respectueux des règles élémentaires des droits de l’Homme, vous ne faites que poursuivre la voie tracée par vos prédécesseurs. Mais cela ne peut en être autrement car, malgré vos dénégations « La France n’a pas besoin économiquement de l’Afrique », le continent noir reste un enjeu économique majeur pour le Grand Patronat Français dont vous êtes très proche, et qui contrôle diverses activités économiques en Afrique sub-saharienne, à travers certaines entreprises telles que : Bouygues, Bolloré, Areva, Elf, Total, Lafarge, Air -France, …pour ne citer que celles-là.
En somme, votre prétendue rupture s’inscrit dans la continuité de la « Françafrique », initiée par vos prédécesseurs, le style en plus.
« La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de L’Afrique. Elle n’est pas responsable de guerres sanglantes [ … ] Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication [… ]» affirmiez-vous sans ambages.
Monsieur le Président, il est curieux que votre mémoire historique ne s’arrête qu’à une seule période : celle de la colonisation. De la période néocoloniale, aucune mention, ni allusion.
Avez-vous oublié que la corruption, la dictature, le clientélisme et leurs différentes déclinaisons, avant de devenir des pratiques néocoloniales, furent d’abord des inventions coloniales ? Les chefs d’Etats africains compradores n’ont fait que « tropicaliser » les vieilles habitudes clientélistes et prévaricatrices de leurs anciens maîtres (Commandants de cercle, Gouverneurs et autres relais de la puissance coloniale). C’est dire que les bons élèves « françafricains » (BIYA, BONGO, SASSOU, EYADEMA, DEBY, HABRE, BOZIZE, WADE, HOUPHOUET, COMPAORE…) ont bien assimilé les leçons de leurs maîtres au point de dépasser ces derniers, voire d’exceller en la matière .Derrière ces africains corrompus, se profile immanquablement l’ombre de leurs corrupteurs occidentaux, dont mon ami, le regretté François- Xavier VERSCHAVE, avait en son temps, dénoncé les méthodes et pratiques politico mafieuses dans ses nombreux ouvrages dédiés entre autres, à la « France à Fric ». Quelques exemples de corruption « françafricaines » pourraient vous rafraîchir la mémoire: Affaire Carrefour de Développement, Affaire ELF, Angolagate, les Diamants de BOKASSA etc.…
Pour en revenir aux dictatures dont la colonisation ne serait pas responsable, une question, Monsieur le Président : qui a armé, mis au pouvoir et soutenu des satrapes comme AHIDJO, MOBUTU, EYADEMA, BOKASSA et les autres, tous des marques de fabrique de la colonisation franco-belge ? Que sont devenus les véritables Panafricains qui avaient de grands desseins pour l’Afrique : Sylvanus OLYMPIO, Barthélemy BOGANDA , Patrice LUMUMBA,Ruben UM NYOBE , Afandé ASSANA , Félix MOUNIE (ces trois derniers, membres- fondateurs de L’armée de Libération Nationale du Kamerun), Thomas SANKARA , Amilcar CABRAL , Eduardo MONDLANE , Mehdi Ben BARKA … ? Tous assassinés soit directement par des agents de la colonisation, soit indirectement par les suppôts locaux de la néo- colonisation, pour avoir préféré la liberté et la dignité dans la pauvreté, plutôt que la servitude et la soumission dans l’opulence corruptrice.
Quant aux crimes et génocides coloniaux, pourquoi ne parlez-vous pas du massacre des militants de L’U.P.C. (Union du Peuple Camerounais), ainsi que des Bamiléké dans le maquis en 1958 (300 à 400. 000 morts), des massacres de Sétif et de Madagascar… ? Par ailleurs, on attend toujours les rapports complets de l’ONU pour connaître le véritable rôle joué par la France mitterrandienne dans le génocide rwandais, dont quelques initiateurs ont trouvé refuge en Europe, et notamment en France.
Offense suprême à nos morts ! Vous n’avez même pas, Monsieur le Président, sur cette terre sénégalaise de sueur, de sang, et de déportation, évoqué la mémoire de ces soldats, (« chairs à canon », comme on disait à l’époque), enrôlés dans l’Armée française, pour défendre la « Mère Patrie » pendant la Seconde guerre mondiale, et qui furent par la suite, honteusement massacrés à THIAROYE. Leur seul tort était d’avoir légitimement demandé que leurs pensions de guerre fussent alignées sur celles de leurs camarades d’armes français, eux, de « vraie » souche. Une simple allusion à cette histoire douloureuse vous aurait réconcilié avec les descendants de ces « Tirailleurs », et par voie de conséquence avec toute l’Afrique.
« Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources des richesses qui ne lui appartenaient pas […]Il a construit des ponts, des routes, de hôpitaux, des dispensaires, des écoles… », Dites –vous aussi.
«La colonisation a été une grande faute » avez-vous ajouté en substance. Est-ce une repentance tardive de votre part, qui relèguerait dans les poubelles de l’Histoire la Loi du 23 février sur « les bienfaits de la colonisation » ?
Une simple « faute » la colonisation ? Pourquoi voulez-vous, Monsieur le Président, passer par pertes et profits, voire banaliser les crimes coloniaux en Afrique entre les 19ème et le 20ème siècles ? Déportations, dépersonnalisation et perte d’identité des peuples, division des familles, des ethnies et des tribus, ségrégation raciale (code de l’indigénat), balkanisation des territoires naguère homogènes, viol des cultures, assassinats et déportations des résistants à la colonisation, travaux forcés, expropriations…Voilà ce que vous qualifiez, sans sourciller de simple « faute ».
Tout cela au nom d’une certaine « Mission Civilisatrice » de la France, comme naguère, pendant la période esclavagiste.
Ces crimes coloniaux resteront des tâches indélébiles dans la profonde mémoire des Africains, tant qu’une certaine élite politique et intellectuelle française refusera d’assumer son histoire pour s’en démarquer et condamner ses postures contemporaines, au lieu de persister dans le déni de mémoire .Il ne s’agit pas de demander comme de l’aumône, une quelconque repentance. Les Africains dans leur grande majorité ne réclament pas cela, Monsieur le Président. La démarche contraire serait indigne de leur part..

Un des paradoxes, et non des moindres,de vos propos est que, tout en reconnaissant vous-même que la colonisation fut une de « grande faute »,curieusement, vous ne résistez pas à l’envie d’en faire le panégyrique. De fait, il apparaît que vous n’avez pas totalement renoncé à la Loi du 23 février qui vous colle de manière indécrottable à la peau. Lorsque vous vantez les ponts, les routes, les dispensaires, les écoles…, comme étant des « bienfaits de la colonisation », vous semblez ignorer la réalité de la colonisation en Afrique.
Bien avant les équipées coloniales en Afrique, ce continent était à l’époque, en avance sur l’Europe dans plusieurs domaines dont les traces encore visibles, sont révélées par l’archéologie, l’Anthropologie,l’Histoire et d’autres disciplines des sciences de l’Homme.
Et l’acharnement des historiens négationnistes ne peut rien changer à cette réalité historique. D’ailleurs, quelle certitude avez-vous que, sans la colonisation, l’Afrique n’aurait pas poursuivi son développement endogène, qui était déjà à son paroxysme ? Affirmer le contraire serait une insulte à l’intelligence et à l’esprit de créativité de ces peuples qui furent de grands bâtisseurs et inventeurs de tous les temps.
Aussi, les Africains qui se sont intéressés à la question sont unanimes pour reconnaître que les « bienfaits »matériels de la colonisation ne visaient qu’un seul et unique but : la satisfaction exclusive des besoins des colons et de leurs pays, à travers les captations dolosives et léonines des richesses minières, agricoles et énergétiques du continent. L’observateur averti remarquera que la plupart des ponts, routes et autres infrastructures construits sous la colonisation l’ont été en particulier dans des régions très florissantes, dans le but de favoriser plus facilement l’écoulement de certaines matières premières. On oublie trop souvent que ces infrastuctures furent l’œuvre de nos grands- parents, soumis aux travaux forcés, humiliés, et, courbant l’échine sous les fouets de féroces et impitoyables gardes-chiourmes coloniaux, assistés de leurs supplétifs locaux. Faut-il rappeler, à l’instar du regretté et talentueux Sembene OUSMANE dans son excellent ouvrage, « Les Bouts de Bois de Dieu » ,comment et dans quelles conditions fut construit le chemin de fer Dakar-Niger ? Que dire des chemins de fer « Congo Océan », « Daho-Niger », etc., où des milliers d’Africains laissèrent leur vie ?
S’agissant des hôpitaux et des écoles dont tous les adeptes de la colonisation bienfaitrice nous rabâchent sans arrêt, ils contribuaient tout simplement à soigner et à éduquer une masse de serviteurs et une main-d’œuvre corvéable, tel un cheptel que l’on entretient aux fins de rentabilité, dans lesquelles le colon pouvait puiser à satiété et sans vergogne.
Que dire également du recul des connaissances et transmissions des savoirs traditionnels (médecine et pharmacopée), et du patrimoine socio-culturel, (religion, éducation…) détruit par de multiples invasions et occupations étrangères sur le continent, au nom d’une prétendue civilisation blanche et chrétienne ?
Force donc est de reconnaître que la colonisation et son parangon, le néo-colonialisme, ont une lourde responsabilité dans l’état actuel de l’Afrique, en stoppant net ses grands progrès et son avance sur l’Europe.
Vous assénez ensuite, mutatis mutandis: « Le problème de L’Afrique […] c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, n’a jamais existé ».
N’en déplaise aux négationnistes et eurocentristes de tous poils : L’Afrique a véritablement connu un âge d’or. En effet, nous tenons du grand savant sénégalais, Cheikh Anta DIOP, propos confirmés par d’autres savants de renom, que les Sciences, les Arts, la Philosophie…, sont nés en Afrique et que la plupart des grands savants grecs qui furent à l’origine de la Pensée Occidentale, THALES, PYTHAGORE, SOCRATE, DIODORE de SICILE…, avaient eu comme Grands Maîtres, d’éminents érudits égyptiens, dont le vénérable professeur WENNOFER. « A l’époque où les Grecs commencèrent à venir en Egypte étudier aux 7ème et 8ème siècles, les philosophes égyptiens avaient déjà fondé d’immenses bibliothèques spécialisés dans l’Histoire, les Sciences, la Politique et les Religions », nous apprend le professeur MOLEFI ASANTE de L’ Université d’Etat de Philadelphie. C’est vous dire, Monsieur le Président, que cela fait des siècles et des siècles que nous étions dans la modernité. Au demeurant, celle-ci ne s’évalue pas, comme vous semblez l’imaginer, au nombre des bateaux négriers, de canons, de crimes coloniaux ayant entraîné des centaines de milliers de victimes africaines.
Il ne s’agit pas, comme vous le prétendez, de « ressasser le passé », mais d’en prendre conscience pour mieux appréhender le futur, fort en cela, de la sagesse de nos Ancêtres : « c’est au bout de l’ancienne corde que l’on tisse la nouvelle ».
« L’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur. Ce sont des Africains qui ont vendu aux négriers d’autres Africains… » Dites –vous.
Monsieur le Président, vos propos vont à l’encontre de la vérité historique et sont faciles à identifier : leur base idéologique est le négationnisme dont certains intellectuels français comme PETRE GRENOUILLEAU, BRUCKNER, FINKIELKRAUT, CARRERE-D’ENCAUSSE, ZEMMOUR…, et quelques amuseurs publics du petit écran : SEVRAN, FOGIEL…., se sont faits les chantres tout récemment.
Le but manifeste de cette entreprise de déculpabilisation est de minimiser le rôle de l’Occident Négrier, dont la France, dans la Traite Négrière, et de culpabiliser les victimes et leurs descendants.
Prétendre, comme vous le faites, de manière péremptoire et sans aucune nuance, que « les Africains ont vendu leurs frères », révèle votre méconnaissance de l’Histoire de L’Afrique. Dans toute l’histoire des guerres d’occupation et des invasions étrangères,- cela est vrai depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours- des collaborateurs, traîtres, et renégats se sont toujours mis du côté des plus forts, soit par lâcheté, soit par intérêt .En témoigne l’exemple de la France pétainiste. Pourquoi ce qui est vérité au-delà de l’Hexagone serait-il mensonge en deçà, Monsieur le Président ?
L’histoire africaine ayant été longtemps occultée des programmes scolaires et de la mémoire française, vous n’avez, sans doute, jamais retenu les noms des grandes figures anti- esclavagistes du continent : NZINGA MBEMBA, ANA NZINGA MBANDI (Royaume du KONGO) ; NAZIR AL-DIN (Sénégambie) ; AMADOR (Sao Tomé) ; TEZIFON (Royaume d’ALLADA). Point n’est besoin de revenir sur les combats héroïques et multiformes des Jagas, des Bubi, des Angolares, qui s’opposèrent vaillamment à l’infâme commerce humain entre les 17ème et 18ème siècles.
Bien entendu, il n’est pas ici question de dédouaner quelques princes et rois collaborateurs, traites à leurs peuples qui furent souvent des supplétifs ou des créations des esclavagistes occidentaux. Ces « roitelets » dont nos chefs d’Etat « françafricains » actuels ne sont que de pâles et obscures répliques, n’agissaient qu’en leur nom propre et pour leur compte personnel, comme on peut encore le constater dans les ploutocraties post- coloniales.
D’ailleurs, Monsieur le Président, les Africains conscients, n’ont pas attendu la leçon de l’Occident, anciennement négrier, pour commencer leur devoir de mémoire.
Une dernière question si vous le permettez : qui a écrit le Code Noir, cet instrument juridique, barbare et déshumanisant qui ravalait les Nègres à l’état de « bien meuble » ? Ce ne sont pas des Africains contre d’autres Africains.
Avez-vous donc oublié ce qui fit naguère la prospérité des grandes villes comme BORDEAUX, NANTES, LA ROCHELLE, LE HAVRE, SAINT-MALO etc. ? Chacune des pierres des édifices de ces anciennes villes négrières porte la marque indélébile des filles et fils des Royaumes du Kongo, Dan Xomé, Mali, Ashanti, Bénin, Mossi…

Vous déclarez avec une arrogante certitude : « le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour [ … ] Le problème de l’Afrique c’est trop souvent, elle juge le présent par rapport à une pureté des origines totalement imaginaire et que personne ne peut espérer ressusciter […] »

Monsieur le Président, ce n’est pas vous faire injure que de vous rétorquer que vos connaissances sur l’Afrique méritent d’être réactualisées, car de toute évidence, elles se sont arrêtées au milieu du 19ème siècle. Tout d’abord, n’est pas Mircea ELIADE qui veut. Ensuite, votre conseiller spécial, Henri Guaino, l’inspirateur de votre discours devrait savoir que l’auteur du « Mythe de l’Eternel Retour » dut lui-même, passer au crible de la critique le concept hégélien de la « nécessité historique », qu’il a confronté à la problématique de « difficultés de l’historisme ». Et cela, Monsieur Guaino, par méconnaissance des éloquents travaux des chercheurs africains, américains et allemands, s’en est tenu –consciemment ou non – aux thèses négrophobes du philosophe allemand HEGEL, dont les idées furent à l’époque jugées par son compatriote, le philosophe SCHOPENHAUER de : « verbiage le plus creux (…) de galimatias le plus stupide qui ait jamais été entendu, du moins en dehors de maisons de fous ». HEGEL ne pensait-il pas, comme vous, aujourd’hui, que : « l’Afrique est le pays de la substance immobile et du désordre éblouissant, joyeux et tragique de la création ? Cette partie du monde n’a, à proprement parler, pas d’histoire », affirmait-il déjà, péremptoire. Les anthropologues E.TYLOR (Britannique) et L.LEVY-BRUHL (Français) reprirent plus tard les mêmes thèses racistes « du primitif rêveur, croyant à ses rêves » ainsi que celles de « la mentalité du primitif ignorant les principes logiques ». Ce sont donc toutes ces vieilles thèses, racistes et négrophobes des philosophes réactionnaires et des anthropologues colonialistes, décriées par des chercheurs sérieux, que vous avez maladroitement parodiées, ignorant que LEVY-BRUHL lui-même est revenu depuis, sur ses propres convictions. Quoique la réponse la plus pertinente à vos propos vous ait été apportée par le professeur camerounais, Achille MBEMBE de l’Université de Johannesburg, je me permettrai de relever encore une fois une énorme contradiction entre votre discours et la pratique courante en France. Ce pays est connu pour être, de tous les autres pays d’Europe, celui qui accumule les commémorations. Quel Africain vous a jamais fait le reproche de ressasser à longueur de commémorations des dates telles que le 11 novembre, le 8 mai, le 18 juin, le 14 juillet, la libération de la ville de Paris, l’anniversaire de l’autocrate et esclavagiste de Saint-Domingue, Napoléon Bonaparte, Le baptême de Clovis…, ou de ressasser à longueur d’ouvrages scolaires, la guerre de Cent ans, ou les deux Guerres mondiales ?

Monsieur le Président, mieux que quiconque, nous Africains, savons que notre Présent ne peut s’éclairer que par notre Passé et que seules ces deux temporalités peuvent nous permettre de projeter nos innovations dans le Futur. De grands sages Africains, dont l’illustre Amadou HAMPATE BÂ nous ont enseigné que la tridimensionnalité du temps (passé présent futur) est constitutive de l’ontologie de l’Être. Cette assertion transcende même la temporalité africaine pour ainsi participer d’une commune règle universelle.
Comme le disait encore le Président Alpha KONARE, vous avez « besoin de mieux connaître l’Afrique », j’ajouterai pour ma part, mieux connaître l’Afrique, mais la profonde, la vraie, celle qui avance et innove, envers et contre les aléas et les contraintes imposés par la nature et les hommes, souvent, d’une manière inique et cynique.
Or, visiblement, nous ne parlons pas de la même Afrique. Vous qui prétendez être proche du peuple, avez-vous demandé à vos pairs de vous promener dans les quartiers populaires des grandes capitales africaines ? Vous y rencontrerez cette jeunesse africaine inventive, imaginative et créatrice, qui semble tant vous préoccuper, et que malheureusement, vous enfermez dans des stéréotypes. Ce sont surtout, des étudiants de l’université Cheikh A. DIOP ou de Bamako suivant par visioconférence des cours d’économie ou de management dispensés par les meilleures universités d’Amérique du Nord, de jeunes chômeurs de Dakar surfant sur le net et dialoguant avec d’autres jeunes d’Asie, d’Europe, et d’ Amérique, de jeunes apprentis- mécaniciens de COTONOU essayant -fait pathétique- de faire fonctionner avec les moyens du bord, presque à mains nues, des voitures Peugeot vieilles de 20 ans, dites, « venues de France » , des turfistes d’ ABIDJAN suivant en direct et en temps réel des courses de chevaux à Vincennes ou à Longchamp, des étudiantes de LOME, diplômées mais sans emploi, passant commande -grâce aux solidarités familiales- de conteneurs de tissus à UTRECHT ou à ROTTERDAM, au moyen de « texto » ou des « MSN », si elles ne décident pas elles-mêmes, de prendre le premier vol pour Pékin ou Taiwan ; ce sont enfin, des rabatteurs de taxis d’ABUJA, capables de vous donner à la minute même, les cours des principales devises étrangères, comme sur n’importe quelle place boursière d’Europe, d’Amérique ou d’Asie, pour ne citer que ces exemples.
C’est vous dire, Monsieur le Président, que la jeunesse Africaine, est loin de « ressasser » le temps passé, mais vit au diapason du même temps que leurs homologues des autres pays du monde, et ne demande que des moyens pour se réaliser pleinement sur place au lieu d’aller « cramer » dans des immeubles vétustes à Paris, de risquer sa vie sur les côtes espagnoles ,ou de devenir d’éternels assistés des services sociaux de France et d’ailleurs, avec en prime, le mépris, le racisme et la menace des avions charters, à défaut d’être « karchérisés »dans des quartiers ghettos.
Cette jeunesse là n’attend plus rien de la France, 40 ans après les indépendances nominales; elle sait qu’il lui appartient de se prendre en charge. Elle se veut créatrice de modernité, luttant avec peu ou pas de moyens. Et, c’est par désespoir et par dépit qu’elle quitte le sol natal pour d’autres cieux plus cléments, bravant les mers, les océans, les obstacles bureaucratiques les consulats, et les fils barbelés des pays nantis.
Monsieur le Président, savez- vous que « l’élite de la jeunesse africaine » n’aspire qu’à travailler chez elle, au pays ? « Le terroir ne ment jamais », professe un vieux dicton africain du Sud- Togo. Croyez-vous donc que c’est de gaîté de cœur que ces jeunes Africains prennent le large vers l’inconnu, au mépris de leur vie ? En réalité, ils ne sont que des victimes expiatoires de votre politique « françafricaine », relayée sur place par certains de vos « amis », ainsi que de la mondialisation sauvage, néo libérale, que vous appelez de tous vos vœux à travers le fumeux concept « d’Eurafrique », version dépoussiérée en trompe- l’œil de l’obsolète « Françafrique ».
Aussi, tant que les moyens économiques demeureront concentrés dans les mains d’une minorité africaine prédatrice et corrompue avec le soutien et la complicité de leurs parrains étrangers, et aussi longtemps que les redistributions des ressources planétaires resteront inégalitaires, voyez-vous, Monsieur le Président, « l’élite de la jeunesse africaine » continuera à vider le continent, et, ni l’immensité insondable des océans, ni la hauteur démesurée des fils barbelés de Ceuta et Mélilla (enclaves espagnoles), ni enfin votre politique musclée de « reconduites aux frontières » ne pourront venir à bout de la détermination de ceux qui pensent, comme les Abidjanais que :« cabri mort n’a plus peur du couteau ».
Enfin, Monsieur le Président, dans le prolongement de vos élucubrations sur le « Mythe de L’Eternel Retour », vous avez interpellé le paysan africain en ces termes « […] Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. »
Encore une fois, quelle méconnaissance des réalités de la paysannerie africaine ! Et pourtant, les agronomes travaillant dans vos instituts de recherche (ORSTOM, INRA, CIRAD, IRD…), qui ont une longue expérience du terrain africain, auraient pu vous renseigner sur les conditions d’existence quotidienne des paysans africains victimes, non seulement des aléas climatiques naturels, mais aussi et surtout de la détérioration des termes de l’échange. Vous êtes-vous tout simplement demandé, au nom de quelle logique le F.M.I. et la Banque Mondiale interdisent-ils aux pays africains toute subvention à leurs paysans, pendant que les pays développés eux, (surtout les Etats-Unis) n’arrêtent pas de subventionner leurs propres agriculteurs ? Quand l’ « Association des Producteurs de coton Africains » a tenté de défendre ses intérêts face à L’O.M.C, lors de la dernière Conférence sur le coton, ce furent les pays du Nord qui se sont, comme toujours, opposés à leurs légitimes revendications. Vous feignez d’ignorer que les prix du café, du cacao et des autres matières premières dont vivent les paysans africains sont arbitrairement fixés à la Bourse de Londres, New-York, Paris, Milan,… Alors, Monsieur le Président, vos propos sonnent comme du mépris à l’égard de toute la paysannerie africaine brimée par une certaine mondialisation inhumaine et arrogante.
Avant de terminer cette lettre, permettez-moi de soumettre à votre sagacité une dernière question qui me taraude depuis votre visite en Afrique : auriez- vous eu la même outrecuidance, face à un chef d’Etat asiatique, arabe, ou même européen, pour réécrire l’Histoire de son peuple, lui dire avec condescendance qui étaient ses ancêtres, et lui dicter les règles de conduite de sa jeunesse ? Alors pourquoi cela fut-il possible avec les Africains ce 26 juillet 2007, où vous vous êtes arrogé le droit de remonter le temps du plus vieux continent, Matrice et Mère de l’Humanité, et donner des « leçons » à ses habitants ? Peut-être qu’à vos yeux, nous sommes toujours restés d’éternels « Damnés de la Terre »ou bien, il faut interpréter votre discours comme « L’Afrique insultée par elle-même », parce que nous-mêmes n’avons rien fait, pour qu’un étranger, fut-il Président chez lui, ne vienne travestir notre Histoire multi millénaire, profaner notre Mémoire, offenser nos Ancêtres et nos Morts, et nous insulter chez nous. Si aujourd’hui, j’ai davantage « mal à L’Afrique », c’est que, depuis votre forfaiture dakaroise, aucun Chef d’Etat Africain n’a pris la moindre peine de rompre le silence, bravant l’omerta « françafricaine », pour vous apporter une réponse à la hauteur de votre impudence et de votre opprobre, ne serait-ce que pour sauver la face.Il n’empêche que les peuples Africains eux, ont déjà pris acte par- devers leurs dirigeants

Lawoetey- Pierre AJAVON : Enseignant-Chercheur, Président du Cercle d’Initiatives pour l’Afrique (CEDIPA)

 

On va rédiger un Manuel d’Histoire rien que pour Sarkozy
Adame Ba Konaré

Mais si, Monsieur Sarkozy, c'est le rôle de la France qui explique l'état présent de l'Afrique ! dans AFRIQUE de SARKOZY puce2    puce2 dans AFRIQUE de SARKOZY 
 

L’épouse de l’ex-président malien met Nicolas Sarkozy au défi.

N.B. Nous signalons l’excellent livre de Walter Rodney, Et l’Europe sous-développa l’Afrique, Analyse historique et politique du sous-développement, Editions Caribéennes, Paris 1986. A rechercher d’urgence en bibliothèques ou chez les bouquinistes! (MC)

 

BAMAKO (Reuters)
Adame Ba Konaré, historienne et épouse de l’ancien président malien
Alpha Oumar Konaré, a invité dimanche les historiens africains à participer
à la rédaction d’un manuel d’histoire sur leur continent destiné à « mettre à
niveau » les connaissances de Nicolas Sarkozy sur l’Afrique.

L’invitation, rendue publique lors d’une conférence de presse à Bamako,
fait suite aux propos tenus par le chef de l’Etat français en juillet dans
l’enceinte de la prestigieuse université Cheick Anta Diop à Dakar.

L’orateur, dont c’était la première visite en Afrique sub-saharienne depuis
son élection en juin, y avait affirmé que l’Afrique était à la marge de
l’Histoire, qu’elle était immobile, stationnaire.

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré
dans l’Histoire. Le paysan africain (…) ne connaît que l’éternel
recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes
gestes et des mêmes paroles », avait affirmé le successeur de Jacques
Chirac devant un parterre d’intellectuels sénégalais.

Pour Adame Ba, dont l’époux préside aujourd’hui la Commission de l’Union
africaine, « ce sont des affirmations qui reposent sur des poncifs, sur les
théories euclidiennes sur l’Afrique, sur l’imagerie coloniale, qui disaient
que l’Afrique n’avait pas d’Histoire, qu’il fallait venir admirer l’enfance du
monde en Afrique, que l’Africain était installé dans l’immobilisme et qu’il n’ y
avait pas de dynamisme dans les sociétés africaines… ».

L’historienne a expliqué que sa démarche, qu’elle a qualifiée de
scientifique, consistait précisément à produire des connaissances censées
s’opposer à des affirmations qui, selon elle, ne reposaient que sur des
« pseudo-théories ».

« Donc, l’objectif c’est d’inviter mes collègues historiens à produire chacun
un article dans son domaine de compétence académique avant fin 2007.
Lorsque tous les textes seront rassemblés, nous en ferons un recueil à
paraître courant 2008.

« Et nous prendrons les mesures adéquates pour acheminer un exemplaire
de cet ouvrage collectif vers le président Sarkozy et les autorités
françaises, afin de les mettre à niveau de connaissance avec l’Histoire de
l’Afrique », a ajouté l’universitaire.

De nombreux intellectuels africains avaient été choqués par le discours de
Dakar du nouveau chef de l’Etat français, dont les thèses avaient été
jugées par certains comme condescendantes et dépassées.

 

A l’occasion de la visite en France du président du Botswana M. Festus Mogae, la section française de Survival International lui a rappelé le sort tragique des Bushmen du Kalahari et a appelé le gouvernement français à intercéder en leur faveur pour qu’ils puissent retourner vivre en paix sur leurs terres ancestrales. Survival a écrit à M. Bernard Kouchner, membre du comité d’honneur de Survival France, en lui demandant d’intervenir en faveur des Bushmen, ainsi qu’au président Nicolas Sarkozy qui a décoré Festus Mogae des insignes de Grand-Croix de commandeur de la Légion d’honneur pour le « modèle de démocratie et de bonne gouvernance » que représente le Botswana.

Lors d’une conférence donnée par M. Mogae à l’Université de la Sorbonne, il a été interrogé par un porte-parole de Survival sur le sort des Bushmen et plus particulièrement sur la question de leur accès à l’eau à l’intérieur de la réserve du Kalahari central.

Une manifestation a également été organisée devant le du siège du MEDEF où avait lieu une réunion de travail au cours de laquelle le président du Botswana rencontrait des entreprises françaises.

Après avoir gagné un procès historique à l’issue duquel leur expulsion a été jugée illégale par la Haute Cour du Botswana, les Bushmen avaient espéré pouvoir retourner dans leurs anciens villages.

Mais le gouvernement redouble d’efforts pour empêcher les Bushmen de rentrer chez eux. Il refuse notamment de les autoriser à pratiquer la chasse et à accéder à un puits situé à l’intérieur de la réserve, les obligeant à parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour se ravitailler en eau.
Dans le même temps, un projet de mine de diamants d’un coût de plus de 2,2 milliards de dollars a démarré dans la réserve. La mine aura accès à toute l’eau nécessaire à son fonctionnement.

Visite du président Mogae à Paris

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Une résidence secondaire à 25 millions de dollars aux USA pour la famille Bongo ?

Posté par issopha le 1 avril 2008

 PRESSAFRIQUE 15.05.07

Une résidence secondaire à 25 millions de dollars aux USA pour la famille Bongo ?

« Omar Bongo est pour moi un ami de longue date et qui a témoigné de sa fidélité à nos idéaux communs et à notre engagement commun pour une certaine idée franco-africaine. » Jacques Chirac, allocution à Libreville le 22 juillet 1995.

« Je le connais depuis vingt cinq ans (au sujet de Roland Dumas). c’est mon ami intime. Même davantage : nos relations dépassent le simple cadre de l’amitié. Il est tout pour moi comme je suis tout pour lui. » Omar Bongo dans Confidences d’un Africain 

« Les flots d’argent qui se déversaient dans les sables d’une Afrique nominalement indépendante, loin d’assécher l’ancienne métropole, l’irriguaient, voire arrosaient du  »beau monde ». Une bonne partie des quartiers chics de Paris vivaient alors sur le miracle des liquidités repartant parfois souterrainement, aux sources. Pour les happy fews, le taux de retour de l’aide au développement  »tartinée » sur la rente, déjà bien onctueuse, du pétrole et des produits tropicaux, était mirifique. A la limite de l’écoeurement.» (Antoine Glaser et Stephen Smith, L’Afrique sans Africains, Ed. Stock, 1994).

«  J’ai écouté les conseils du président Bongo qui a une grande expérience diplomatique. Je lui ai expliqué comment se passait la campagne. J’ai recueilli ses sentiments d’amitié qui sont pour moi très importants. Je l’ai assuré également de mon intérêt pour l’Afrique, de mon amitié pour l’Afrique et de ma fidèlité pour l’Afrique. Merci à tous. » Nicolas Sarkozy en visite dans l’hôtel particulier d’Omar Bongo à Paris (mars 2007 Visite de Nicolas Sarkozy à Omar Bongo dans son hôtel particulier à Paris). 

 C’est le plus long scandale de la République. Des dictateurs françafricains ont été mis en place par les autorités françaises dans les anciennes colonies pour mieux continuer le système de prédation coloniale. Ces néogouverneurs, pour bon nombre d’anciens tirailleurs sénégalais, ont été transmués en présidents françafricains qualifiés par François-Xavier Verschave de  »gouverneurs à peau noir ». Bokassa en Centrafrique, Eyadéma au Togo, Bongo au Gabon, Déby au Tchad, Sassou Nguesso au Congon, Ahidjo puis Biya au Cameroun, Charles Taylor au Libéria… la liste est longue. Ils pillents les richesses de leur pays pour le compte de leur clan et des réseaux de la françafrique perfusant il fut un temps (révolu?) jusqu’au coeur des partis politiques français.

« Les subsides de Bongo servent à tout le monde lors des élections françaises et créent un sorte de colonialisme à l’envers ». Pierre Marion, ancien directeur de la DGSE cité par François-Xavier Verschave (Noir silence, p.201).

«Bongo est le plus vieil homme politique francophone. Il connaît tout le monde, connaît tout les secrets et a financé tous les partis». Antoine Glaser, Audition. Pétrole et éthique, rapport cité, t.I, p159. 

Pendant ce temps là, de nombreux médias français répandent une propagande négrophobe bien souvent relayée par le service audiovisuel public français selon laquelle les Africains ne seraient pas aptes à la démocratie ou à la modernité politique. Cette conception des droits de l’homme sélective partagée par bon nombre de nos hommes politiques est contraire au principe de modernité reposant en partie sur la déclaration universelle des droits de l’homme émise lors de la Révolution française, point d’accomplissement du siècle des lumières. On assiste ainsi au sein du magistère économique et politique pour justifier la perpétuation de la prédation de l’Afrique francophone par la Françafrique à une légitimation racialiste : une lecture sélective des droits de l’homme. Comment sinon comprendre que des Sarkozy, Bayrou, Kouchner, Rocard, Mitterrand, Chirac fustigent les dictatures des pays de l’est et fassent des affaires ou fréquentent sans problème de conscience les dictateurs africains tels que Sassou Nguesso, Idriss Déby, Eyadéma, Omar Bongo…dont bon nombre ont du sang sur la conscience ?  Ils ne peuvent que légitimer leurs représentations sélectives des droits de l’homme que par un discours racialiste à l’atavisme colonial envers les Africains. Cela n’est pas une conception moderne et universaliste des droits de l’homme mais une régression à une idéologie réactionnaire archaïque en passe de justifier les profits et bien mal acquis sur le dos des peuples africains que l’on musèle en soutenant des dictatures criminelles. Le silence de la presse française est éloquent et en soi racistogène de par ce qu’il sous-entend. Ainsi une émission telle qu’Arrêt sur images, remarquable par ailleurs, est toujours la première à fustiger la réception à l’Elysée par le président français de dictateurs de l’est lorsqu’ils viennent en France, ne s’est jamais offusquée qu’Omar Bongo, Sassou Nguesso, Idriss Déby, Eyadéma dont les crimes pour bon nombre dépassent largement ceux des dictatures de l’est soient reçus régulièrement au Chateau, en dit long sur leur conception relativiste des droits de l’homme. De même lorsque France Télévisions décerne son prix au Négrophobe de service qui n’hésite pas à écrire dans « Négrologie : Pourquoi l’Afrique meurt » :

« …Le clash des civilisations, celle des Africains étant d’un niveau matériel nettement inférieur,… » (p.32-33)

 » Si six millions d’Israëliens pouvaient, par un échange standard démographique,prendre la place des Tchadiens à peine plus nombreux, le Tibesti fleurirait et uneMésopopotamie africaine naîtrait sur les terres fertiles entrer Logone et le Chari. Qu’est ce à dire ? Que « les » Africains sont des incapables pauvres d’esprit, des êtres inférieurs ? Sûrement pas. Seulement leur civilisation matérielle, leur organisation sociale et leur culture politique constituent des freins au développement[...] » (p.49)

« Enfin, sur un continent qui n’a inventé ni la roue, ni la charrue, qui ignorait la traction animale et tarde toujours à pratiquer la culture irriguée, même dans les bassins fluviaux, les coopérants doivent-ils se mordre les lèvres quand, en discutant avec leurs « homologues » africains, ils ont eu le malheur d’évoquer le « retard » de l’Afrique? » (p.25)

L’année suivante le même prix a été refusé à Serge Bilé pour son livre « 

Noirs dans les camps nazis » suite à des manoeuvres scandaleuses de la part des organisateurs du prix visant à discréditer auprès du jury le contenu du livre de Serge Bilé pour de prétendues inexactitudes. Ces procédés en disent long sur la valorisation d’un discours à la limite du racisme par un certain magistère intellectuel rabaissant ainsi les peuples africains et formatant l’opinion publique à une certaine conception racialiste de l’altérité. Moralité sur le service public, un livre donnant une image dégradante à la limite du racisme des Africains est primé tandis qu’un livre voulant évoquer les souffrances que ceux-ci ont enduré au regard de l’histoire est éliminé sous pression des organisateurs. Il n’est donc pas étonnant de voir que des propos racistes diffusés par des animateurs de FT – sur l’antenne (le cas Fogiel condamné par la justice) ou hors antenne (le cas Sevran ) – n’entraînent aucune sanction de la part de la direction de cette même chaîne. Ni de voir des reportages apologétiques encensant le musée de la spoliation coloniale voulu par Nôtre bon président. Le discours racialiste et son relativisme culturel quant à la conception des droits de l’homme est consubstentiellement lié à la logique françafricaine et à ses méthodes néocoloniales.

Dans la plupart des médias, on ne retrouve pas grand chose sur la façon dont Omar Bongo fut porté à la tête du Gabon par la politique foccarto-gaulliste et soutenu à bout de bras par la France, ni sur la manière dont ce dictateur en place depuis 40 ans assure le détournement des richesses du pays pour son clan et pour les réseaux françafricains qui savent le remercier. Là-bas on pille, on détourne le fric et ici c’est la sacro-sainte loi de l’omerta pour occulter un système mis en place par la Vème République gaullienne. Tout au plus quand le président à vie du Gabon est interviewé sur France 2, lors du dernier sommet France-Afrique de Cannes – on assiste à la plus grande déférence journalistique.

« On ne compte (au Gabon) que 19 médecins pour 100.000 habitants, l’espérance de vie n’est que de 52 ans, seulement 38% des enfants sont vaccinés contre la rougeolle-contre une moyenne de 79% dans les pays en développement. Un enfant sur sept meurt avant l’âge de 5 ans…le rang du Gabon à l’indicateur du développement humain (IDH) le fait reculer de 71 places par rapport à un classement seulement basé sur la production par habitant » (PNUD, 1999).

La famille qui gouverne le Gabon a été maintes fois accusée de piller les coffres de l’Etat. En 1999, le Sénat américain a enquêté sur un transfert de 180 millions de dollars de revenus pétroliers que le président avait effectué sur trois comptes personnels ouverts à la Citibank. Il a été impliqué dans d’autres scandales et, lors d’élections récentes, on l’a accusé d’avoir utilisé la manne pétrolière pour contre carrer l’opposition (Courrier international 10.05.07 L’héritière Bongo).
Comme dernier exemple on retrouve les largesses accordées par Bongo aux siens. Aux dernières nouvelles, le fils Ali Ben Bongo Odimba aurait envoyé sa compagne acheter une maison de 25 millions de dollars à Hollywood tandis que le peuple crève sans que cela ne dérange nullement bon nombre de nos dirigeants français, fussent-ils même prétendument socialistes, plus intéressés par les sirènes des intérêts françafricains (politique et économique) que par la défense de l’universalité des droits de l’homme gravée au frontispice de notre République.

DAILY MOTION 14.05.07
Inge Bongo et sa villa
Dans une émission de la TV américaine, Inge Bongo, femme de notre ministre de la Défense, Ali Ben Bongo, fils du président Bongo (président du Gabon de puis 1967) fait ses courses en Californie et achète sa maison de 25 000 000 de dollars, alors que pendant la meme période, l’Etat Gabonais s’endette auprès de l’Agence Française de Développememnt pour 25 000 000 de dollars pour un programe d’adduction d’eau qui va aider 120 000 personnes.

 

 PRESSAFRIQUE 14.05.07

Le nouveau président de la France soutient-il les oppresseurs de l’Afrique ?

Les valises d’argent frais ont certes atterri au RPR et à l’UDF, mais aussi au PS. Et les amitiés maçonniques ont fait le reste. Pour apaiser le courroux du bienfaiteur, outré par un brûlot de Pierre Péan,  la France rose lui dépêche tour à tour le défunt François de Grossouvre, Roland Dumas – «mon ami intime» – puis le Premier ministre Pierre Mauroy. On promet même au roi des Batéké, reçu avec faste l’année suivante, une centrale nucléaire. Il compte aujourd’hui parmi ses plus ardents avocats l’ex-ministre Catherine Tasca ou Michel Rocard. Bongo puise dans une fortune colossale, bâtie avec le concours d’Elf, de quoi huiler les rouages de son pouvoir. A tous les coups il gagne. Réélu président, Omar Bongo peut compter sur la bienveillance d’une France à qui il doit tout et qui lui doit tant.
(L’Express 10.12.1998, Vincent Hugueux, L’Eternel Bingo de Bongo )

« Omar Bongo.est pour moi un ami de longue date et qui a témoigné de sa fidélité à nos idéaux communs et à notre engagement commun pour une certaine idée franco-africaine. » Jacques Chirac, allocution à Libreville le 22 juillet 1995.

 Lors de la proclamation des résultats de l’élections présidentielle, au soir du 06.05.07, le sortant-gagnant, avait déclaré qu’il serait toujours du côté des opprimés. Des déclarations démagogiques si on en juge les actions politiques du nouveau président de la France et à fortiori de la Françafrique. En effet, pour fêter son sacre, Sarkozy est allé se recueillir pour s’imprégner de la fonction présidentielle non pas dans un monastère mais sur le yacht de Bolloré au large des côtes d’un paradis fiscal en cours d’harmonisation européenne. Son voyage en Falcon subventionné par Bolloré – une famille d’entrepreneur ayant bâti une grande partie de leur fortune en Afrique avec des marchés généreusement distribués par certains dictateurs françafricains – apparaît à la fois comme un gage de garantie envers le grand capital et la Françafrique.

Les entreprises de Bolloré en Afrique contrôlent 90% du tabac africain et sont engagées dans l’exploitation forestière au Cameroun, au Congo-Brazzaville, au Libéria. Une récente émission d’Envoyé spécial sur le Libéria évoquait de manière très succinte des conditions de quasi servilité pour les employés des exploitations forestières de Bolloré au Libéria. Un autre documentaire diffusé sur France 3 intitulé « la bataille d’Abiidjan  » évoquait les transactions entre Bolloré et le criminel contre l’humanité Charles Taylor (en passe d’être jugé début juin 2007 devant un tribunal pénal international) : « Après avoir mis le pays à feu et à sang Charles Taylor arviendra même à se faire élire président au grand dam du roi américain Firestone. Taylor n’oublie pas de renvoyer l’ascenceur à ceux qui l’ont aidé : le président ivoirien Houphouët Boigny, le groupe hollandais oriental Timber corporation et le français Bolloré qui obtiennent de grandes concessions dans le caoutchouc et le bois exotique« . Avec le rachat du groupe de transport Saga de Pierre Aïm, Bolloré s’est ouvert un portefeuille de contacts avec les dictateurs africains les moins fréquentables dont le Congolais Sassou Nguesso et le Tchadien Idriss Déby. Il renforce aussi ses liens avec le monde des services secrets. Il recourt aux compétences de Jean Heinrich (ex-patron fort courtisé de la Direction générale des renseignements militaires), et s’associe très étroitement à Michel Roussin, haut retraité de la DGSE et ancien ministre français de la Coopération (Survie Campagne « Bolloré : monopoles services compris. Tentacules africaines » (2000)). On y retrouve aussi Jean-Yves Ollivier un homme d’affaires très proche du président congolais Sassou Nguesso et de Jean-Pierre Bemba. De nombreuses entreprises en situation parfois de quasi monopole sont aussi implantées en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Burkina Faso, au Cameroun, au Mali, au Togo, au Bénin, au Congo-Brazzaville, au Nigéria, en Afrique du Sud et en Angola. La stratégie consiste à contrôler toute la chaîne de transport, plus quelques filières de production hautement rentables. La vague de privatisations, imposées par les institutions financières internationales, a permi à l’entrepreneur de racheter le maximum d’infrastructures de transport et d’élargir sa gamme de produits tropicaux (cacao, coton, café, caoutchouc, huile de palme…). La gestion des réseaux ferrés s’est ajoutée à celle des ports et lignes maritimes pour maîtriser le coût du transport de marchandises (Survie Campagne « Bolloré : monopoles services compris. Tentacules africaines » (2000)). Bolloré contrôle près de 22 ports africains, soit presque la quasi-totalité de la côte ouest du continent. Même pendant la guerre civile en Côte d’Ivoire, le chiffre d’affaire des entreprises de Bolloré installées en Côte d’Ivoire était conséquent : « Saga [groupe Bolloré] CI (Manutention) a réalisé un bénéfice net de 9 milliards F CFA malgré la crise et les perspectives 2005 sont encore plus radieuses avec la création d’un nouveau quai – le quai 25 – pour traiter exclusivement les conteneurs de l’armée française.  » (Lettre du Continent, Big business pour Bolloré à Abidjan, 24.02.05).

Les présidents français passent Total et Bolloré restent. Sarkozy, ancien candidat de la coloniale et de la Françafrique , endossera-t-il l’héritage françafricain de Jacques Chirac ? Sarkozy a-t-il été initié aux méthodes françafricaines durant son voyage sur le yacht de Bolloré ? Pendant la campagne, il n’avait pas hésité à se faire adouber auprès du roi Bongo en place depuis 40 ans au Gabon (grâce à la politique foccarto-gaulliste et à celle de leurs successeurs). En témoigne un extrait du journal d’information d’AFrica TV.info en mars 2007 (voir la vidéo).

 AFRICA TV.INFO 21.03.07 (vidéo)
Visite de Nicolas Sarkozy à Omar Bongo dans son hôtel particulier à Paris.

M. Sarkozy était accompagné de son directeur de campagne M. Claude Guéant. Il va sans dire et actualité oblige que le candidat Sarkozy est allé recueillir les sages conseils du président Bongo Ondimba ainsi qu’il l’a reconnu à l’issu de leur entretien.

Nicolas Sarkozy : « J’ai écouté les conseils du président Bongo qui a une grande expérience diplomatique. Je lui ai expliqué comment se passait la campagne. J’ai recueilli ses sentiments d’amitié qui sont pour moi très importants. Je l’ai assuré également de mon mon intérêt pour l’Afrique, de mon amitié pour l’Afrique et de ma fidèlité pour l’Afrique. Merci à tous. » 

Peu après l’élection, en digne héritier du très françafricain Jacques Chirac il aurait passé un coup de fil à Omar Bongo (selon les dires de ce dernier sur RFI) pour le remercier de certains de ses conseils.     

RFI 08.05.07
Sarko a appelé Bongo

«Nicolas Sarkozy m’a dit simplement : «Merci pour certains de tes conseils», et je lui ai dit : «Félicitations pour m’avoir compris, parfois».»
Il y a les félicitations d’usage après l’élection de Nicolas Sarkozy à la présidence de la France. Les messages un peu convenus et un rien distants… Mais il y a aussi des réactions chaleureuses de la part de certains chefs d’Etat. Le Gabonais Omar Bongo Ondimba est de ceux-là. Il révèle que le nouveau président français l’a appelé au téléphone le soir de son élection. Que se sont dit les deux hommes ?…
Lire la retranscription intégrale de l’interview


Le nouveau Président va-t-il poursuivre la même politique françafricaine criminelle que son prédécesseur ? On peut légitimement se poser la question et des signes avant-coureur semblent plaider en la faveur d’une réponse positive. A suivre… 

 La Face cachée de la politique africaine de la France     

  

Aux lendemains des indépendances, la France dans ses anciennes colonies sous la houlette du président-Général de Gaulle a mis en place des gouverneurs locaux censés s’assurer que les ressources naturelles et géopolitiques de ces pays bénéficieraient toujours à l’ancienne puissance coloniale. Lorsque ces états eurent la  possibilité d’élire démocratiquement leur représentant comme au Togo ou en Centrafrique, ceux-ci  furent renversés ou/et assassinés avec l’aide de l’armée française ( Sylvanus Olympio, Abel Goumba à la suite de Boganda, Mehdi Ben Barka, Outel Bono, Ruben Um Nyombé, Félix Moumié); des pions aux mains de Foccart-De Gaulle (Eyadéma, Bongo, Déby, Bokassa…) furent portés à la tête de ces nouveaux états « indépendants » dont bon nombre sont issus des services secrets français ou de l’armée française. Ces kleptocrates dictateurs mandatés par la France ont obtenu avec le temps (pour ceux qui ont réussi à se maintenir)  une certaine autorité et autonomie au regard de la France et sont régulièrement réélus grâce à des élections présidentielles truquées sous le guidage de leurs parrains français.  C’est ce que nous appellerons des  »gouverneurs à peau noire » pour reprendre l’expression de François-Xavier Verchave .

UNE NEO-cOLONIE NOMMEE TOGO- GOUVERNEUR : EYADEMA

Le 27 avril 1958, le Togo accédait à l’indépendance. Sylvanus Olympio, est le premier président démocratiquement élu. Ce résultat contrarie les autorités françaises qui soutenaient un autre candidat, Nicolas Grunitzky. De plus, le nouveau gouvernement cherche à s’émanciper de la tutelle de l’ex-métropole… La réaction ne se fera pas attendre ! Le 13 janvier 1963, des militaires franco-togolais rentrés de la guerre d’Algérie font un putsch au cours duquel l’un d’entre eux, le sergent Eyadéma, assassine Sylvanus Olympio .

 Assassinat de Sylvanus Olympio : monsieur X raconte… Retranscription de l’émission de RFI 2002
P. Pesnot : Est-ce bien le Président Eyadéma qui a tué Sylvanus Olympio le 13 janvier 1963 ?
Le fait semble presque avéré. Ainsi je lis ceci dans le magazine Jeune-Afrique du 22 janvier 1990 : l’hebdomadaire français Paris-match du 26 janvier 1963 rapportera de ce tragique et absurde événement, la version de l’adjudant-chef Etienne Eyadéma. Il admettra avoir tiré sur Olympio qu’il entendait seulement faire prisonnier parce que celui-ci ne voulait pas avancer. [1]


Pourtant Sylvanus Olympio avait été un compagnon de la libération incarcéré pour ses convictions favorables à la France libre, il avait été décoré par le général de Gaulle à la libération. Cela n’a pas empêché le général de Gaulle via son bras droit Jacques Foccart d’assurer son remplacement par la force pour conserver la main mise sur l’ancienne colonie.

L’assassinat d’Olympio a été préparé sous l’incitation et avec la complicité d’officiels français. Le commandant Georges Maîtrier, un officier français, était alors chef de la gendarmerie nationale et conseiller du Président pour la sécurité dans le cadre de la coopération militaire franco-togolaise. Cet homme de Jacques Foccart, dont le poste était décidé par l’Elysée et qui traitait Olympio d’ « intellectuel », a été le maître d’oeuvre de l’arrestation puis de l’assassinat du président togolais. De même, l’ambassadeur français en poste au Togo, Henri Mazoyer a, en quelque sorte, supervisé tout le déroulement de ce tragique

événement, en étant en liaison avec les assaillants du président Olympio, et n’ignorant rien des événements durant toute la nuit du drame.[2] Ayant conquis le Togo par l’assassinat du président élu, Sylvanus Olympio, et la faveur de Jacques Foccart, l’homme des basses ouvres du gaullisme, Étienne Gnassingbé Eyadéma s’est instauré un régime lui permettant de gouverner à vie.
Au terme d’élections truquées, marquées par le trafic des listes et des cartes d’électeurs, par le bourrage et la confiscation des urnes, le dictateur ubuesque est régulièrement « réélu » pour un nouveau mandat [3].

Le président Chirac, qui lui a ménagé un choeur d’observateurs complices, a chaleureusement félicité son confrère et ami. Il a salué  » la volonté que vous avez exprimée de tendre la main à toutes les forces politiques de votre pays  » – c’est-à-dire de convier les inévitables adeptes de la  » politique du ventre  » à partager les miettes du pillage national. Une technique éculée. Jacques Chirac a aussi exprimé son  » espoir de voir le Togo renforcer ses échanges avec la communauté internationale et renouer une relation de confiance avec l’Union européenne « . Ce sera un peu plus difficile, car l’Union n’a même pas daigné envoyer des observateurs à cette parodie d’élection[4]. 

Le peuple togolais subit la dictature du général Gnassingbé Eyadéma, au pouvoir depuis plus de quarante ans et avec le soutien sans faille de son mentor français. Dans les années 1990, M. Eyadéma s’est opposé au processus de démocratisation pour se maintenir en place dans un climat de répression et de terreur. Suite aux élections présidentielles truquées de 1993 et 1998, le Chef d’Etat togolais s’était engagé à respecter la Constitution qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels. Mais le Parlement a supprimé cette disposition afin d’ouvrir la voie au dictateur pour le scrutin de 2003. Réélu une nouvelle fois en 2003 avec les bénédiction françaises et par l’éviction de l’élu des Togolais le fils de Sylvanus : Gilchrist Olympio, Eyadéma règne à la façon d’un gouverneur sur cette néo-colonie française.

 Togo : L’arbitraire comme norme et 37 ans de dictature (FIDH 07/06/2004)
Paris, le 7 juin 2004 – A la suite d’une mission internationale d’enquête effectuée à Lomé du 7 au 14 février 2004, la FIDH publie un rapport « Togo : l’arbitraire comme norme et 37 ans de dictature ».
Ce rapport présente un bilan alarmant de la situation des droits de l’Homme au Togo : torture systématique dans les commissariats en toute impunité, justice aux ordres du pouvoir, prisons surpeuplées, opposants et presse sous étroite surveillance, élections tronquées . La violence est omniprésente au Togo, érigée en véritable système de gouvernement. [5]


 

UNE NEO-COLONIE NOMMEE GABON. GOUVERNEUR : OMAR BONGO
 

« Omar Bongo.est pour moi un ami de longue date et qui a témoigné de sa fidélité à nos idéaux communs et à notre engagement commun pour une certaine idée franco-africaine. » Jacques Chirac, allocution à Libreville le 22 juillet 1995.

« Les flots d’argent qui se déversaient dans les sables d’une Afrique nominalement indépendante, loin d’assécher l’ancienne métropole, l’irriguaient, voire arrosaient du  »beau monde ». Une bonne partie des quartiers chics de Paris vivaient alors sur le miracle des liquidités repartant parfois souterrainement, aux sources.Pour les happy fews, le taux de retour de l’aide au développement  »tartinée » sur la rente, déjà bien onctueuse, du pétrole et des produits tropicaux, était mirifique. A la limite de l’écoeurement.» (Antoine Glaser et Stephen Smith, L’Afrique sans Africains, Ed. Stock, 1994).

Omar Bongo Odimba qui dirige le Gabon sans partage depuis décembre 1967, ne s’est pas fait prier pour changer la constitution en 2003. Ce qui lui confère désormais la possibilité de diriger ce pays pendant de longues années encore, au grand dam de l’écrasante majorité des Gabonais plutôt « fatigués de la même personne depuis quarante ans ».[6]    

 Omar Bongo en 7 dates, 30 décembre 1935 : Naissance officielle à Lewaï, Haut-Ogooué ; 1952 : Certificat d’études à Brazza ; 1953 : Jeunesses SFIO ; 1958 : Service de renseignement de l’armée ; 1959 : Le Gabon demande à devenir un département français ; 1966 : Vice-président du Gabon aux côtés de Léon M’ba ; 1967 : Il devient président de la République du Gabon.

                                             
     Pour un peu plus d’un million d’habitants, le Gabon dispose de richesses exceptionnelles : pétrole, uranium, bois, manganèse, lithium… Dès la pseudo-indépendance du 17 août 1960, la France signe des accords de coopération qui laissent à Paris le droit de s’accaparer les richesses minières du Gabon.  Léon M’Ba président vassal de la françafrique n’hésite pas à promouvoir un article faisant du Gabon une véritable chasse gardée de la France, un réservoir français de matières premières .

  Article 5 :
 
« La République française est tenue informée des programmes et projets concernant l’exploitation hors du territoire de la République Gabonaise des matières et produits stratégiques.
 « En ce qui concerne les matières premières et produits, la République gabonaise réserve par priorité leur vente aux Etats de la Communauté après satisfaction des besoins de sa consommation intérieure et s’approvisionne par priorité auprès de ces Etats
 ».
Affaires africaines, p.43, [7] 

     En février 1964 Léon M’Ba est démis suite à un coup d’état. Mais le 19 février 1964, les parachutistes français rétablissent par un putsch Léon M’Ba, le président déchu, dans ses fonctions.  Bongo est nommé aux affaires étrangères, puis au cabinet du président Léon Mba. Très vite Bongo est dans les petits papiers du  »seigneur des néocolonies » françaises  : Jacques Foccart, tandis que le président-général Charles de Gaulle le décrit comme un « type valable ». A tel point que Jacques Foccart, conseiller de Charles de Gaulle, songe à lui pour succéder à Mba, miné par un cancer. Voilà comment, en1967, après le décès de Léon M’Ba, et suite à un bricolage constitutionnel, le «type valable» de 32 ans devient le plus jeune chef d’Etat du monde. C’est d’ailleurs à Paris, dans l’enceinte de l’ambassade du Gabon, que l’élu des Français prête serment.

Albert Bongo est une pure création néocoloniale mis en place à la tête du Gabon par Jacques Foccart sous la bénédiction du général de Gaulle pour assurer le relai militaire français dans la guerre du Biafra qui fera 1 à 2 millions de morts. Dès lors la France peut accélérer ses livraisons d’armes au Biafra via Libreville avec le soutien d’Houphouët Boigny. Durant cette période comme le souligne Pierre Péan dans son livre, Affaires Africaines, Albert-Bernard Bongo n’est qu’une marionnette dépendant des services de Foccart. Si Albert Bongo vient à faire une déclaration erronée concernant le Nigéria et la sécession Biafraise, celle-ci est aussitôt rectifiée par les services du SDECE ou/et de Jacques Foccart (Affaires Africaines [7], p.81-82).

Par la suite Bongo ne cessera d’être réélu par la fraude électorale cautionnée par ses mentors de la Françafrique et fera assassiner ses opposants politiques comme Germain M’Ba assassiné par Bob Denard le 18 septembre 1971, selon Pierre Péan dans Affaires Africaines ([7]p.13). Le Gabon sera considéré par Foccart et ses successeurs comme une plate-forme pétrolière, militaire et financière. « Les troupes françaises au Gabon sont constituées des 600 hommes du 6ème BIMa (Bataillon d’Infanterie de Marine, ex-coloniale) et d’une compagnie tournante de l’armée de l’Air. Créée par Bob Maloubier la garde présidentielle est encadrée par des militaires français plu sou moins détachés, tels les généraux Roland Meudec puis loulou Martin. Equipée de blindés légers, renforcée par des éléments marocains, c’est la meilleure unité combattante du pays. Quant à la DGSE, elle dispose bien évidemment d’un chaperon auprès du président local.  »  (Noir Silence, [8] p.197).

« Le Gabon a été une excroissance de la République dirigée conjointement par Jacques Foccart, le parti gaulliste et Elf.En 1993,.le président Bongo s’est maintenu au pouvoir grâce à un  »coup d’état électoral », opéré avec la bienveillante neutralité du gouvernement français ». (Pierre Péan, Audition par la mission d’Information sur le rôle des compagnies pétrolières. Pétrole et éthique, rapport cité, t.I, p.158-159. cité par F.X Verschave dans Noir Silence, p.198).

Selon l’ancien directeur de la DGSE Pierre Marion ([8], p.201), Omar Bongo après plus de trente années de règne va devenir le plus ancien homme politique françafricain et influencer en retour la politique française par de nombreux pots de vins et moyens de pression :

« Les subsides de Bongo servent à tout le monde lors des élections françaises et créent un sorte de colonialisme à l’envers ».

Ainsi les partis politiques et les compagnies françaises telles que ELF s’enrichissaient sur le dos du peuple gabonais dont les conditions de vie étaient de plus en plus dramatique. Selon le PNUD ([8] p.194) : « On ne compte (au Gabon) que 19 médecins pour 100.000 habitants, l’espérance de vie n’est que de 52 ans, seulement 38% des enfants sont vaccinés contre la rougeolle-contre une moyenne de 79% dans les pays en développement. Un enfant sur sept meurt avant l’âge de 5 ans.le rang du Gabon à l’indicateur du développement humain (IDH) le fait reculer de 71 places par rapport à un classement seulement basé sur la production par habitant » (PNUD, 1999).

 Les valises d’argent frais ont certes atterri au RPR et à l’UDF, mais aussi au PS. Et les amitiés maçonniques ont fait le reste. Pour apaiser le courroux du bienfaiteur, outré par un brûlot de Pierre Péan (2)

, la France rose lui dépêche tour à tour le défunt François de Grossouvre, Roland Dumas – «mon ami intime» – puis le Premier ministre Pierre Mauroy. On promet même au roi des Batéké, reçu avec faste l’année suivante, une centrale nucléaire. Il compte aujourd’hui parmi ses plus ardents avocats l’ex-ministre Catherine Tasca ou Michel Rocard. Bongo puise dans une fortune colossale, bâtie avec le concours d’Elf, de quoi huiler les rouages de son pouvoir .
A tous les coups il gagne. Réélu président, Omar Bongo peut compter sur la bienveillance d’une France à qui il doit tout et qui lui doit tant [10] 

On ne s’étonnera pas de voir Bongo Odimba, le facétieux, être réélu grâce au trucage des élections made in France :

 

 « Pour la Saint-Nicholas, on ressort la machine électorale made in France. La machine vote massivement Bongo. Le miracle informatique, rodé en maints pays d’Afrique, multiplie à volonté les électeurs et les votants, transforme une minorité en majorité, une défaite ou un ballottage en victoire. Avec 4 chiffres significatifs : 66,55%. Bingo pour Bongo ! Pourquoi lésiner ? [8], p.201.


UNE NEO-COLONIE NOMMEE TCHAD : GOUVERNEUR IDRISS DEBY


«
Le choix de N’Djamena comme base aérienne française a pour objectif l’efficacité militaire d’abord et ensuite le soutien au président Déby dans ses efforts dans la consolidation de la paix civile, le développement démocratique et le renforcement économique du pays ».
Ministre de la Défense,
Alain Richard, 30.07.1997, cité par François-Xavier Verschave dans Noir Silence[8], p.167.

« La France soutient la position du président Deby qui a été élu démocratiquement et

par deux fois, elle salue le fait que l’Assemblée nationale, à une majorité supérieure

à celle qui d’habitude soutient le gouvernement, a approuvé la révision de la Constitution ».
(
visite au Tchad de Xavier Darcos ministre de la Coopération et délégué à la francophonie, vendredi 28.05.2004, AFP).


Le Tchad est un pays d’Afrique du Nord créé de toutes pièces par la France à l’issu d’une
véritable conquête militaire. Le régime d’Idriss Déby a été installé fin 1990 par la France,son armée et ses services secrets, sur fond d’enjeu pétrolier. Il s’est depuis signalé par lasystématisation de la terreur, la banalisation de la torture et du viol, la répétition desnettoyages et massacres ethniques – des crimes contre l’humanité avec la mansuétude des autorités politiques françaises. Idriss Déby a suivi les cours de l’Ecole de Guerre à Paris et obtient, à son retour, le poste de conseiller militaire du président Hissène Habré lui-même imposé à son peuple avec la mansuétude de la métropole. Hissene Habré sera chassé du pouvoir le1er décembre 1990 en raison de ses nombreux crimes contre l’humanité 1 et de son refus de mettre en place un multipartisme préconisé parFrançois Mitterrand au sommet de la Baule, mais surtout en raison de son intention ostensiblement avouée de renégocier les accords dits de coopération signés avec la France et de fermer toutes les bases de l’armée coloniale française sur le sol national. Pour la France cela est inacceptable et son ex-protégé doit quitter le pouvoir[10].

Idriss Déby prend donc le pouvoir avec l’aide de la France, qui maintient son dispositifmilitaire. Accompagné de l’officier de la DGSE Paul Fontbonne, il conquiert N’Djaména sans guère rencontrer de résistance. Hissène Habré s’enfuit avec les liquidités publiques. Idriss Déby après avoir été, jusqu’en 1989, l’un des piliers du régime d’Hissène Habré est donc porté au pouvoir par la France avec l’aide de la DGSE .

Il se maintiendra au pouvoir par le trucage des élections de 1996 puis de 2001 puis par la modification de la constitution afin d’envisager sa réélection en 2006 avec les mêmes mansuétudes françaises .

UNE NEO-COLONIE NOMMEE CENTRAFRIQUE. GOUVERNEUR :  BOKASSA Ier.
Une résidence secondaire à 25 millions de dollars aux USA pour la famille Bongo ? dans FRANCE A FRIC EN AFRIQUE 863bokassa

1958 (1er décembre)  Proclamation de la République centrafricaine. Barthélémy Boganda est président.
1959 (16 février)  Mort de Barthélémy Boganda dans un accident d’avion. Abel Goumba est président par intérim.
30 avril 1959, l’instituteur David Dacko, cousin éloigné de Bokassa, évince abel Goumba indépendantiste, avec l’appui des planteurs français du pays garantissant leurs intérêts.
1960 (13 août) Indépendance de la République centrafricaine.
1960 (14 août) David Dacko est élu à la présidence de la République (seul candidat en lice).
1960 (décembre) le principal parti d’opposition de Boganda et Goumba est interdit.
1962 suppression du multipartisme
1966 (1 janvier) Coup d’Etat militaire. Le colonel Jean-Bedel Bokassa prend le pouvoir.
1967-1970, Centrafrique : Bokassa craignant un coup d’Etat, la France lui envoie une compagnie de parachutistes.
1978 (1er août) , à Franceville, au Gabon, c’est l’entrevue dramatique avec Bokassa, qui s’accroche au pouvoir. Giscard a décidé que l’Empereur doit partir : le massacre des lycéens a fait déborder la coupe. Et c’est Journiac qu’il charge de cette délicate mission. « Cette fois, Monsieur, dit-il à l’Empereur, ça ne passera pas ! II faut vous en aller. » Bokassa, gris de rage, brandit sa canne d’ébène…
1979, Centrafrique : opération Barracuda. Deux compagnies de parachutistes aident David Dacko à renverser Bokassa.
Sources : Bokassa 1er un empereur Français Géraldine Faes et Stephen Smith. L’Express.

     Nous revenons ici sur la période de l’indépendance de la centrafrique et la manière dont Bokassa a été placé sur  le trône de la centrafrique. Sans surprises, on retrouve le même mode opératoire que dans les néo-colonies françaises. Un militaire plutôt rustre sans grande éducation faisant partie de l’armée coloniale française est placé à la tête de l’état centrafricain, pure création coloniale française, anciennement dénommé Oubangui-Chari. C’est avec le rang de capitaine qu’il quitte l’armée française pour devenir chef d’état-major de la jeune république centrafricaine en 1964 à la faveur d’un coup d’état ayant reçu la bénédiction de Jacques Foccart : « Après tout Bokassa était un militaire très francophile ». Là encore le même mode opératoire un militaire devient président-général et chef d’état-major avec le soutien de la Vème république. Jean-Bedel  Bokassa est l’homme de la situation, formé dans l’armée française, ancien de l’Indochine il sera toujours présent pour servir les intérêts français face au président David Dacko qui semble prendre quelque peu ses distances avec son mentor français en se rapprochant avec la Chine. D’autres part le pouvoir de Dacko semble partir en déliquescence et cela pour Paris, dans son pré-carré de choix, n’inaugure rien de bon. David Dacko est lui aussi une création néo-coloniale, il fut constamment entouré de conseillers militaires français.
     Dacko a été porté au pouvoir par les riches planteurs français pour évincer le représentant du peuple Abel Goumba successeur de Boganda hostile aux intérêts français. Toujours conseillé par les militaires français, il interdit le parti de l’opposition de feu Boganda et de Goumba pourtant seuls à avoir été élu par le peuple puis interdit le multipartisme pour consacrer la politique du parti unique (mode opératoire retrouvé constamment dans les néo-colonies françaises). Une politique souvent préconisée par les conseillers français à leurs gouverneurs et poulains. Lorsqu’en 1964 Dacko finit par reconnaître la Chine populaire en appelant à une étroite collaboration entre Bangui et Pékin c’en est trop pour l’ancienne puissance coloniale qui le remplace par le tout jeune et inexpérimenté jean-Bedel Bokassa.

 Bokassa, ce cher parent des présidents français. Bokassa se voulait le  » papa « de tous les Centrafricains mais le fils de Charles De Gaulle. Il vénérait son  » cher parent «  Valéry Giscard d’Estaing qu’il couvrait de plaquettes de diamants à chacun de ses passages à Bangui. Si Jean-Bedel Bokassa, officier de l’armée française, maréchal président à vie, premier empereur de Centrafrique, était considéré par tous, comme le  » bouffon nègre «  de l’Afrique, c’est aller vite en besogne sur une chose : cette  » bouffonnerie tropicale «  a été soutenue, financée, organisée pendant treize ans par la France, trop soucieuse de perpétuer un siècle de présence en Centrafrique. De 1966 à 1979, treize ans de règne sanglant, de détournements financiers à peine maquillés, en somme une  » dictature ordinaire «  menée par un soudard mégalomaniaque et infantile. Pendant cette période, la France ne fera aucun commentaire sur le régime. Seules comptent la  » santé financière de l’Etat, et celle, excellente à l’époque, des expatriés européens sur place « . [11]


 

Pour Géraldine Faes et Stephen Smith, Bokassa Ier n’est ni plus ni moins que l’  » l’archétype de toute une génération de dirigeants dans les anciennes colonies françaises du continent « ,  » un satrape assez ordinaire de la Françafrique, ce continent fusionnel dont on parle tant depuis qu’il n’existe plus (sic) « . (Bokassa Ier, un empereur français.- Par Géraldine Faes et Stephen Smith- Éditions Calmann-Levy). Stephen Smith va jusqu’à qualifier le sacre de Bokassa Ier de « bouffonnerie française  ».

Il vaut donc mieux considérer ces pays comme inaptes à la démocratie car l’on pourrait finir par accuser certains décideurs au plus haut niveau d’instigation,  de cautionnement ou de légitimation de crimes contre l’humanité (pillage, assassinats, tortures, soutien aux dictatures, instrumentalisation de l’ethnisme). Heureusement que tout cela vient de l’atavisme légendaire des africains et de leur archaïsme inscrit dans leur culture .

La Françafrique une longue généalogie du crime qui se maintient idéologiquement grâce au racialisme et au mépris des peuples africains, une idéologie d’extrême droite au co eur de la république .

Faut-il préciser qu’actuellement la Centrafrique est quasiment un protectorat français où un important dispositif militaire français est installé dans la région de Bangui ? Ces protectorats sont souvent dirigés en sous-main  par des gouverneurs à « peau claire » comme le très influent Paul Barril. Selon Alison Desforges, le protectorat centrafricain aurait servi à entraîner nos amis génocidaires du Hutu power (ayant perpétré le génocide au Rwanda) en 1995 pour constituer une force supplétive au service de la France et de ses intérêts dans toute l’Afrique.

On peut chasser les gouverneurs noirs à l’aide de coup d’état, la constance et la continuité est assurée par leurs supérieurs de la métropole.

REFERENCES :

1. Assassinat de Sylvanus Olympio : monsieur X raconte…Retranscription de l’émission de RFI 2002

2. Eyadéma-Olympio : le dernier rendez-vous . ¨ Par Jesse Anansi. Nouvelle Afrique-Asie. Septembre 1998
3. Le vrai visage du régime Eyadéma. UFC Togo .
4.
TOGO : Touche pas à mon despote ! (suite) Eyadéma dictateur à vie, Chirac complice  ! Survie. 10.06.03 .
5.
Togo : L’arbitraire comme norme et 37 ans de dictature . FIDH 07/06/2004
6.
Dérive autocratique la dictature se renforce en Afrique francophone. Par A Mbog Pibasso. La Nouvelle Expression
. 02.06.04
7. Affaires Africaines, p.43, Pierre Péan, Ed. Fayard.
8
. Noir Silence, François-Xavier Verschave.
9.
L’Eternel Bongo de Bongo par Vincent Hugueux. L’Express. 10.12.98
10. Deby dans quel état se trouve le président Tchadien ? Alwihda. 24.07.04
11.La Françafrique mise à nu : Bokassa Ier un empereur français . Par Esther del Pinto.  Afrik.com.06.07.2000.

Pressafrique

1 La Commission d’enquête sur ses crimes et exactions, présidée par le magistrat Mahamat Hassan Abakar, dénombrera 40 000 personnes tuées ou disparues de 1982 à 1990. Une grande partie des

troupes d’Hissène Habré ayant participé au massacre furent dirigées personnellement parl’actuel Président Idriss Déby alors chef d’Etat major des armées.

 

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1940 : des coloniaux dans l’armée régulière et dans la Résistance

Posté par issopha le 23 mars 2008

1940 : des coloniaux dans l’armée régulière

et dans la Résistance

Plus de détails en cliquant sur le lien suivant :

 http://www.histoire-immigration.fr/index.php?lg=fr&nav=19&flash=0

Enrôlés dans les troupes qui seront de tous les combats, en particulier au moment de la Libération, faits prisonniers par l’Occupant dans les frontstalag, engagés dans la Résistance, les coloniaux ont payé leur tribut à la guerre contre l’Occupant de la France.

L’appel aux soldats de l’Empire

178 000 Africains et Malgaches et 320 000 Maghrébins sont appelés en 1939-1940.

Selon les chiffres du sous-secrétariat d’État aux Anciens combattants, 21 500 Africains et Malgaches, et 16 600 Maghrébins sont tués entre 1939 et 1945. Environ 25 000 Africains et Malgaches et 18 000 Algériens sont fait prisonniers et restent bloqués en métropole durant toute la durée de la guerre, d’abord dans des frontstalag allemands en France, puis transformés en “travailleurs libres”, et enfin “recrutés” par l’organisation Todt pour construire des fortifications sur la côte méditerranéenne.En 1945, les troupes Nord-africaines sont de tous les combats pour la libération du continent, entre autres durant la campagne d’Italie, à Monte Cassino, où s’illustrent les tirailleurs algériens, tunisiens et marocains, ainsi que dans la plaine des Flandres, sur les bords du Rhin ou à Marseille, libérée par les tabors marocains.

 

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Affiche “Pour la défense de l’Empire”. © Éric Deroo

Les Indochinois dans les usines de guerre

Les Indochinois sont quant à eux recrutés pour faire tourner cette fois encore les usines de guerre.

20 000 sont envoyés en France, réquisitionnés ou travailleurs volontaires.

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 Indochinois travaillant dans une usine d’obus en 1944. © BDIC

Organisés militairement en compagnies dépendant du service de la Main-d’œuvre indigène (la MOI, à ne pas confondre avec la Main d’œuvre immigrée, l’organisation communiste qui regroupe les résistants étrangers), ils sont capturés lors de la défaite et emprisonnés pour une bonne part d’entre eux dans les frontstalag Á partir de 1942, les 14 000 qui sont encore en France sont mis au service de l’armement de guerre de l’occupant.

La Résistance

5 000 tirailleurs africains et malgaches, déserteurs ou évadés des camps de prisonniers, gagnent les rangs des FFI (Forces françaises de l’intérieur).

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  1. 1 – Soldats indochinois.

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  1. 2 – Tirailleur marocain.

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  1. 3 – Tirailleur sénégalais.

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  1. 4 – Soldat F.F.I.

On en trouve au combat dans les maquis de 38 départements métropolitains. De même, on dénombre 52 tirailleurs sénégalais dans les maquis du Vercors, qui sont de tous les combats et participent à la libération de Romans-sur-Isère le 22 août 1944, puis du quartier de la Part-Dieu, à Lyon, le 3 septembre 1944. On comptera 14 Africains parmi les 1030 compagnons de l’Ordre de la Libération, la plus prestigieuse des décorations de la France libre.

 

De même, des militants nord-africains de la cause indépendantiste se battent pour la liberté universelle aux côtés des Français durant l’Occupation. Sahli-Mohand Chérif, par exemple, militant du Parti du peuple algérien de Messali Hadj en 1937, édite en métropole durant la guerre El Hayat, une feuille clandestine de résistance à l’occupant de la France, avant de reprendre son combat pour l’indépendance algérienne après 1945.

Il faut citer également le martyr du militant communiste algérien Mohamed Lakhdar, ouvrier métallurgiste, engagé dans les FTP en 1942, arrêté en 1943 par la police française et exécuté, mort pour que vive la France et la liberté de l’homme.

Voir les séquences du film liées à ce dossier:

Le tirailleur Addi Bâ

Né en 1923 à Conakry (Guinée), Addi Ba arrive jeune en France, à Langeais (Indre-et-Loire). Il s’engage dès le début de la guerre dans le 12e Régiment de tirailleurs sénégalais, avant d’être capturé, en juin 1940, avec presque toute sa compagnie.Il est conduit à Neufchâteau, dans les Vosges, d’où il s’évade avec quelques camarades africains. Dès octobre 1940, il entre en contact avec le réseau “Ceux de la Résistance”. En mars 1943, il participe à l’établissement du premier maquis des Vosges, baptisé “Camp de la Délivrance”, qui abrite quatre-vingts réfractaires français au STO (Service du travail obligatoire), dix-huit Russes et deux Allemands, tous déserteurs de la Wehrmacht. Le maquis est attaqué en juillet : traqué par la police allemande, aisément reconnaissable, Addi Ba est arrêté le 15 juillet et conduit à Épinal. Là, il est atrocement torturé mais ne parle pas alors qu’il n’ignore rien des réseaux de la Résistance dans les Vosges. Il est fusillé le 18 décembre 1943 sur le plateau de la Vierge, à Épinal. Une rue de Langeais porte son nom depuis 1991.

« »

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Le tirailleur Addi Bâ.

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Jean-Marie-Bockel, secrétaire d’Etat à la Coopération, a bien été sanctionné par l’Elysée pour ses déclarations sur la « Françafrique »

Posté par issopha le 21 mars 2008

LES CONFIDENTIELS du NOUVELOBS

NOUVELOBS.COM | 21.03.2008 | 08:56

JEUDI 20 MARS

Remaniement. Jean-Marie-Bockel, secrétaire d’Etat à la Coopération, a bien été sanctionné par l’Elysée pour ses déclarations sur la « Françafrique » et évacué comme secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants lors du remaniement du gouvernement. En février, il avait demandé au président Sarkozy de concrétiser sa promesse de rupture et de signer « l’acte de décès de la Françafrique », ce qui avait suscité la colère de certains chefs d’Etat africains, dont le Gabonais Omar Bongo et le congolais Denis Sassou Nguesso. Jean-Marie Bockel avait demandé à Nicolas Sarkozy de ne plus « céder à un certain nombre de caprices (…) de certains pays qui ont (…) une rente pétrolière qu’ils ne consacrent pas aux investissements qu’ils nous demandent de financer ». Omar Bongo et Sassou N’Guesso se sont sentis directement visés et ont demandé la tête de Bockel à l’Elysée. Bernard Kouchner, chef de la diplomatie et ministre de tutelle de Jean-Marie Bockel -et comme lui ministre « d’ouverture et de rupture » venu du PS – ne l’a pas soutenu. Un UMP bon teint, Alain Joyandet, a été nommé à la Coopération. « Pour nous, c’est un signe intéressant », s’est réjouit le porte-parole du gouvernement gabonais René Ndemezo Obiang. (Jean-Baptiste Naudet)

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Reportage sur les biens d’Omar Bongo en France : le Gabon proteste

NOUVELOBS.COM | 07.03.2008 | 14:04

L’enquête diffusée lundi soir portait sur les biens immobiliers en France du président Omar Bongo. Le gouvernement gabonais « se réserve désormais le droit de réagir contre cet acharnement médiatique ».

Omar Bongo

Omar Bongo
(c) Reuters 

Un reportage de France 2 sur les biens immobiliers en France du président Omar Bongo Ondimba a suscité mercredi 5 mars les protestations du Gabon, qui « réfléchit à la suite à donner aux relations franco-gabonaises ».
Le gouvernement gabonais a « convoqué » l’ambassadeur de France pour lui exprimer son « étonnement sur la diffusion » d’un reportage concernant « les biens immobiliers en France » du président Bongo, a indiqué le ministère gabonais des Affaires étrangères.
« Dans ce contexte », le Gabon « se réserve désormais le droit de réagir contre cet acharnement médiatique (…) conformément aux principes de réciprocité et réfléchit actuellement à la suite à donner aux relations franco-gabonaises », a souligné le ministère dans un communiqué.
Un allié sûrLe Gabon exprime également « son étonnement sur la diffusion par l’audiovisuel d’Etat d’un dossier qui a fait l’objet d’un non-lieu de la justice française pour ‘infraction insuffisamment caractérisée’ ».
Il estime que cette diffusion, s’est faite « au mépris » des « intérêts mutuels, de l’excellence des relations qui lient » la France et le Gabon, alors que « le Gabon est toujours demeuré un allié sûr pour la France ».
Le ministère relève également que « la vive et hostile campagne de presse » sur les biens d’Omar Bongo s’est « intensifiée à l’ensemble des medias publics français ».
Important patrimoine immobilier

Un reportage a été diffusé lundi soir sur France-2, portant sur l’important patrimoine immobilier que détient le président Bongo en France. Selon des procès-verbaux publiés en janvier par le quotidien français Le Monde, Omar Bongo disposerait de trente-trois appartements ou maisons dont un hôtel particulier de 18 millions d’euros à Paris, acheté en juin 2007 par une société civile immobilière associant deux enfants du président gabonais.
La protestation intervient dans un contexte qui s’est tendu ces derniers jours après la reconduite aux frontières par la France de deux étudiants gabonais et une protestation « indignée » du Gabon qui a menacé « d’appliquer la réciprocité » à l’égard des Français en situation irrégulière au Gabon.
Le ministre de l’Intérieur précise que cela peut concerner « beaucoup de Français » présent au Gabon, estimant que « 5 à 10% » des quelque 10.000 Français qui y sont installés ne sont pas en règle.

Piliers de la Françafrique

Au pouvoir depuis 40 ans, Omar Bongo est des piliers de la Françafrique. Désormais doyen des chefs d’Etat du monde, il a connu tous les présidents de la Ve République française.
Il a été un des principaux relais du système « françafricain » où s’entremêlaient raison d’Etat, lobbies et réseaux politico-affairistes, permettant à la France de maintenir son influence sur le continent.
La France possède une base militaire à Libreville et Nicolas Sarkozy s’est rendu au Gabon en juillet, lors de son premier voyage en Afrique subsaharienne en tant que président français.
La base militaire de Libreville a accueilli les étrangers évacués de N’Djamena par la France après l’attaque rebelle de début février sur la capitale tchadienne.

AVIS D’INTERNAUTES

Ruthene
Omar rouge…
… ainsi donc notre très cher ami est rouge de colère à la vue du reportage de France 2.
Il n’a pas apprécié que soit révélée l’existence de ses propriétés et voitures luxueuses.
C’est bien dommage car cela démontre que Bongo rime avec Bingo.
Allons Omar remets-toi; en France nous sommes désormais en vraie démocratie et la télévision n’est plus aux ordres du gouvernement.
Certes ce n’est pas comme cela chez toi.
Tu excelles à mettre tes opposants au pas lorsqu’ils se font pincer.
Fais attention néanmoins, chez nous les « Omar » finissent tous dans le bouillon et le rouge marque la fin de leurs pérégrinations.
07.03 à 18h31
JL38
Bongo, et moi et moi…
Et moi et moi avec mes petits dons à MSF pour que des gens ne crèvent pas comme des chiens …
Et Bongo avec tout son fric piqué à ses concitoyens…
Et moi et moi comme un con avec mes petits dons et Bongo qui rigole …mais finalement je trouve qu’être un con c’est un million de fois mieux que d’être un Bongo , une racaille de la pire espèce J’ai déjà pas mal vécu et je n’ai pas beaucoup d’illusions sur la volonté de nos politiques d’en finir avec les dictateurs de tous poils ; mais comme finalement je suis vraiment trop con , je vais continuer à espérer.
06.03 à 22h24
COOL
à toto
En voilà une question impossible. Il vaut mieux s’adresser au Ministère des Armées!Mais le plus tôt sera le mieux, ras le bol que nos petits gars se fasse tuer pour des causes qui ne sont pas les nôtres, et pour des valeurs qui n’en sont pas!!!
06.03 à 20h17
cdéblabla
Errare !
lire Gabon, évidemment Lol
06.03 à 18h49
cdéblabla
@ Mamiwata, ambassade du Congo?
Pouvez vous communiquer le salaire officiel du président ?J’ai cru lire quelque part 15000 euros.Il gagne l’euro millions tous les 15 jours pour s’offrir, rien qu’en France ! , ces dizaines de propriétés de luxe?
Merci pour votre prochain communiqué…
06.03 à 18h46
Knock
@mamiwata
Merci.
J’avais lu votre mail de travers.
Je vous présente mes excuses.
06.03 à 18h12
campra
scandaleux
le comportement de Bongo et d’autres dictateurs africains qui s’accrochent au pouvoir pour piller les richesses de leurs pays.Le gabon, pays riche où il y a de nombreux enfants des rues , obligés de chercher leur nourriture dans les tas d’immondices! les dirigeants « investissent » en Europe pendant que leurs travailleurs immigrés envoient leurs économies en Afrique pour nourrir leurs familles. Quid des émeutes actuelles au cameroun? Seuls quelques pays comme l’Afrique du sud, le ghana ou le Mali sont exemplaires en matière d’élection car leurs chefs d’Etat ont quitté volontairement le pouvoir. L’amérique latine , il y 15,20 ans était un continent où régnait bon nombre de dictateurs. aujourd’hui, la démocratie a gagné. Espérons qu’en Afrique, les démocrates puissent un jour accéder au pouvoir et investir dans l’éducation et la santé, au lieu de l’immobilier et les grosses bagnoles à paris.
06.03 à 17h50
lorrain44
Omar Bongo
Qui a eu intérêt de diffuser ce reportage sur les » biens immobiliers » du président à vie du Gabon et ce quelques jours avant le discours de Sarkosy sur l’Afrique.Un avertissement sans frais de LElysée ou….
06.03 à 17h19
Mamiwata
Knock ou la faiblesse d’esprit…
Je vois la que j’ai affaire a un bien pietre connaisseur de l’Afrique qui se permet de juger ce qu’il ne connait pas!
Sachez qu’au lieu de me facher, vos propos m’ont amusés! hahaha
J’espere que vous allez répondre une fois de plus et jeter votre fiel sur le papier!! Cela me fera passer un bon moment que de lire vos imbécilités! :)
06.03 à 15h35
toto
@ COOL
C’est pour quand la fermeture des bases militaires en Afrique au fait?
06.03 à 14h19
COOL
à L.
Eh bien au moins c’est une bonne nouvelle, de savoir qu’on ne subventionne pas le Gabon avec l’argent de nos impôts.Et très franchement, la misère ici en France-même nous inciterait à garder plutôt les fonds pour les retraites « portion congrüe » des vieux français, pour bâtir les logements sociaux qui manquent partout, et pour trouver une solution durable aux sans abris.
06.03 à 13h12
Limasoyl
On parle souvent du Gabon
en disant qu’il s’agit d’un scandale géologique.
06.03 à 12h58
Limasoyl
Mise au point d’importance
En ce qui concerne le Gabon, ce ne sont certainement pas des subventions françaises et/ou européennes qui sont détournées. Ce pays est une éponge à pétrole, son sous-sol regorge de minerais de toutes sortes (uranium, manganèse, bauxite, fer, diamants, etc), sans parler de la forêt tropicale qui la recouvre totalement (bois précieux et exotiques). Ce pays d’un million et demi d’habitants est administré par Bongo et son clan depuis plus de 40 ans, comme une petite entreprise privée. Ces gens-là puisent dans les caisses de l’état comme des patrons voyous le font dans les caisses de leur entreprise. Ne pensez pas que vos impôts alimentent les achats de berlines de luxe de Mme Bongo et de ses enfants.
06.03 à 12h56
laverite
A quand
un reportage sur la richesse de ceux qui nous gouvernent,maitre de forge,industrie divers(parmaceutique,commerce,banque,etc..)chez nous en France et a contrario la pauvreté d’une frange de la population(personnes agées,retraités,SDF,chomeurs)
On pourrait s’apercevoir que le cas du gabon n’est pas seul.
Vous seriez surpris,non.
Quant au Gabon,les habitants ne meurent pas de faim.
Ce pays trop grand,, garni de forêts ,pour sa faible population demande des investissements énormes.
Heureusement que le pétrole ,l’uranium,les diamants permettent de monter petit a petit le niveau de vie des gabonais sinon ce serait la faillite.
Si on quite le Gabon,soyez sur que d’autres pays n’auront aucun scrupule à s’y installer et nous foutrent dehors.
Et l’uranium hein!
06.03 à 12h49
COOL
Très très intéressant …
Bien sûr grâce aux subventions, non seulement de la France, mais de l’Europe, entre autre.Une subvention a cependant une destination bien précise. Elle est attribuée pour financer un projet économique en général, s’agissant de pays en voie de développement.Il s’agit bien de détournements de fonds.Couper les subventions? Mais les dirigeants de l’Afrique crieraient au scandale,comment? les affreux jojos, anciens colonialisateurs, ne donnent plus de sous? C’est le serpent qui se mord la queue. On est déjà assez fustigés comme ça, non?

Il faut vraiment se retirer du continent africain et laisser s’arranger entre eux ces pays, ce qui ferait moins de tort aux africains eux-mêmes. Car ce n’est que de l’assistanat. Et on a trop tendance à se reposer dessus.
06.03 à 12h09

choua
c est vrai ça
laissez le tranquille ce brave homme
vous ne savez pas comment c est difficile de gruger un pays entier, cela demande beaucoup de conviction, alors laissez le acheter des villas luxueuses en France et surement autrepart pour lui se faire une petite retraite
lui n a pas bolore pour le soutenir voyons
MERCI POUR LUI
06.03 à 11h59
Vousavezdit
Et tout cela
grace aux subventions de l’ etat Français
06.03 à 11h50
mordicus
bravo à France 2 pour ce reportage courageux!
Ca fait du bien quand les journalistes commencent à faire un peu leur travail…
Continuez! On veut d’autres noms!
D’autres noms de dictateurs africain voleurs et co-responsables de la misère de leur pays!
D’autres noms de corrompus ailleurs qu’en Afrique aussi…
Des noms de corrompus en France!
06.03 à 11h48
Mamiwata
Suite persifflages
Regardez-donc autour de vous!! Etes-vous donc aveugles au point de ne pas savoir que ce ne sont pas les seuls a gagner de l’argent en France?? Mais surtout etes-vous aveugles a tel point que vous ne voyez pas qu’eux au moins viennent le dépenser en France au lieu d’investir ailleurs et de ne pas payer d’impots, comme d’autres compatriotes, eux francais, le font tous les jours??
Alors suite a tout ce linchage médiatique injuste autour de « mon président gabonais », je répondrai: « Mr le Président, réagissez, ne vous laissez pas faire et trainez dans la fange ces journalistes (si le mot existe encore) francais qui mériteraient qu’on leur rabaisse le caquet! »
06.03 à 11h45
mamiwata
A tous les persiffleurs ayant réagi a cet article
Francaise ayant grandi au Gabon, je réagis vivement a toutes ces mauvaises langues qui critiquent le president Bongo sans ne rien connaitre de la situation…
A ceux qui veulent que l’on lache l’Afrique, je répondrai: « la France s’est trop longtemps servie et essuyée les pieds sur l’Afrique pour pouvoir la dénigrer aujoud’hui! Etes-vous assez niais pour croire que la France a aidé le Gabon sans recevoir de contreparties??? Depuis quand « notre beau pays » verse dans l’humanitaire?? »
A ceux qui critiquent le fait que Mme Bongo achete des Mercedes et que le couple a 33 appartements en France, je répondrai: « de quoi vous plaignez-vous?? l’argent retourne en france, non? Ils pourraient tout aussi bien investir ailleurs ou acheter ailleurs! pensez-vous que ce soit les seuls au monde a avoir de l’argent et a venir le dépenser sur notre sol??
06.03 à 11h37

 

Nelse
Justice divine !!!
Sans être croyant, pour tous ces êtres malveillants, seule la « Justice divine » peut les punir, trop d’argent en cause pour que notre justice puisse intervenir, nos bons Français sont aussi assis sur le même banc; justice divine …utopie bien sûr.
06.03 à 11h30
Bercy
Sondages
Combien de DGFPistes présents?
06.03 à 11h30
Philw
La pointe de l’iceberg
Les 33 biens immobiliers cités sont des broutilles. Il faut lire un article paru le 22 janvier 2007 dans Libération où en résumé la question est : l?Afrique est-elle vraiment un débiteur croulant sous la dette. Pourquoi ? La fuite de capitaux est estimée à 30 milliards de dollars par an en moyenne, soit en l?espace de 10ans un montant de 274 milliards, supérieur à la dette ! Pendant ce temps, beaucoup meurent de faim, se noient en tentant de rejoindre l?Espagne pas exemple, pendant que d?autres, à côté de la fuite de capitaux, dépensent en plus pour de l?armement pour contrer des opposants au pouvoir, lesquels d?ailleurs s?ils parviennent à le prendre font ensuite pareil. Après on nous demande de les aider !
06.03 à 11h25
bobcestmoi
on peut toujours rêver
et si le Gabon commençait par rembourser ses dettes ?
06.03 à 11h20
Michel
moi ce qui me revolte le plus
Moi ce qui me révolte le plusOn me met du Darfour dans mon assiette de midi, on me dit qu’il y a beaucoup de pauvres morts, qu’il faut faire quelque chose pour les sauver et au repas du soir on me sert d’autres mets. J’observe et je vois sur France 2 toutes les richesses de Monsieur Omar Bango, des palaces construits chez nous à Paris, avec des limousines de luxe pour son épouse et sa garde royale. Nous bien sûr (mon pays et mon gouvernement) cautionnons et autorisons tout ces détournements d’argent à venir dans notre pays et par conséquent M. Omar Bango dépose une plainte contre notre chaîne nationale, pour avoir divulgué sa richesse… Alors je me demande toujours à midi, dans mon assiette, qui fait quoi ? Dans tous ces décors de marionnettes et laissant crever son peuple. et après on me parle du Darfour comme d’une pièce de théâtre,ils sont fort et culoter, ces Dictateurs que nous autorisons a faire tout leur semble bon dans notre pays Douce France.
06.03 à 11h19
NANTI
Fourmilière
Derrière tout cela je pense que la France et l’Europe essaient de se débarrasser detous ces dictateurs africains qui accaparent les richesses de leur pays et ce n’est pas facile la preuve la susceptibilité de BONGO sur des faits avérés montre qu’il n’est pas serein sur ce sujet.Mais le coup de pied dans la fourmilière risque de faire des degâts à tous les niveaux.
06.03 à 11h16
Limasoyl
Mme Bongo
Qui soit dit en passant n’est autre que la fille de Sassou NGuesso, président du Congo (grand état pétrolier) et autre cumulard immobiler à Paris. La boucle est bouclée.
06.03 à 11h04
NANTI
RMI
Le PIB (par habitant) du Gabon est égal au RMI, où passe les richesses?
06.03 à 10h50
observeur
De quel biens parle t’on !!!
Une fois de plus les idées répandus par les pseudo experts qui n’ont jamais mis pied dans ces pays !!!quel écoles?
quel routes? les pistes ouvertes à la machettes par les captifs des colons pour ramener le caoutchouc, ou pour chercher or et diamants pour orner les cou des femmes occidentales!!!la plus part des routes actuelles ne sont pas le fait des colons, mais plutôt du travail paresseux des dictateurs afin de contenter et corrompre une partie des chefs locaux, habitudes qu’ils tiennent des anciens maitres colons!Continuons à soutenir ces dictateurs et on pourra toujours parler de lutte contre l’immigration!
Comment peut on continuer à donner de l’aide financière sans garantie de remboursement? cet argent n’est pas rentabilisé dans des entreprises agricoles ou minières locales!
Tout cela va finir comme les emprunt russes, par une non reconnaissance de dette des prochaines générations!
06.03 à 10h49

regard75
a regard75
On est pareil: tu me fais rire et suis aussi à la DGFP. On est jumeaux ou jumelles…CQFD…
06.03 à 10h32
xeres
ce n’est qu’un début!!
Bravo Maîtrer BOURDON pour votre combat pour le scandale des despotes africians soutenus par notre bÔ pays de France au mérpis de la dignité de leurs peuples. Il y a des soupiers qui ont du souci à se faire : PS, ex RPR,… Les porteurs de valises dont d’anciens sous-officiers mariniers ont intérêt à serrer les fesses à Neuilly par exemple…recel d’abus de biens sociaux,…finies les rollex ? Ne rêvez pas Trop y ont mangé dans les pseudo élites de notre belle France.
06.03 à 10h12
regard75
@Davy_Xavier
Tout à fait d’accord. Il serait de bon ton que Conciléo fasse preuve de plus d’objectivités dans sa « censure ».Déjà, supprimer les posts insultants vis à vis de ceux qui en écrivent.
Ensuite, ceux n’ayant rien à voir avec l’article en question.
Enfin ne pas laisser les gens écrire sans être certifiés, car je ne suis pas le seul à être copié (même si ça me fait rire) car quand Cantalouse écrit qu’elle se verrait bien passer une nuit avec le Président, on sait bien que ce n’est pas la vraie Cantalouse…Mais bon, ce site est un géré comme la Star Ac’, on ne voit que ce qui peut faire vendre et créer la polémique. D’où la forte augmentation des visites du site et du nombre de pages lues.Personnellement, je viens sur le site au moins 20 fois dans la journée et comme je lis presque tout, je dois bien consulter pas loin de 200 pages dans la journée (quand je suis au travail, of course..). Je suppose donc que pour ceux qui écrivent plus de posts que moi c’est idem…

CQFD
06.03 à 10h11

COOL
Très intéressant
En 2007, en plus!L’Afrique a faim,l’Afrique souffre d’endémies, l’Afrique se fait coloniser par la Chine, bien plus insidieuse que l’Europe, l’Afrique continue à recevoir les subventions europénnes par charetées, elle ne garde pas ses techniciens supérieurs sur son territoire -ils émigrent pour gagner plus ailleurs-, l’Afrique nous fustige constamment…Et comme beaucoup de dirigeants africains, M.Bongo s’en met plein les poches et place « son » argent en acquisitions immobilères en Europe. Ca rappelle Bokassa, et consorts.Les Africains ont le droit de vote, non? Au lieu de voir la paille dans notre oeil, ils devraient regarder la poutre dans le leur, et arrêter de nous culpabiliser avec notre colonisation, qui leur a apporté plus de bien que de mal : écoles, hôpitaux, dispensaires, routes, ponts, accès à nos universités, bourses d’études et subventions.
06.03 à 10h07

Den
comme en france avec sarko
ce monsieur roule sur l’or pendant que son peuple crève la faim. Et si on vendait ses biens immobiliers pour donner l’argent aux pauvres de son pays, cela éviterait de nous en demander encore. Non?
06.03 à 09h53
margotjournalo
encore de l’argent d’ELF !
Encore un exemple de l’argent qui était largement distribué par ELF et ses complices. En tous cas bravo à ces journalistes qui ont eu le cran de faire ce reportage et on ne sait pas tout. Personnellement j’ai un ami (très aisé) qui possède un appartement dans la même résidence qu’un de ceux d’Omar Bongo et je peux vous dire que c’est du luxe du luxe du luxe…. un parmi beaucoup d’autres. Evidemment un reportage comme celui-là, ça gratte là où ça fait mal…
06.03 à 09h47
Lucide
Bravo France2
Félicitations à France 2 d’avoir osé dire la vérité sur les biens immobiliers d’Omar Bongo en France. Comme beaucoup de potentats dans le monde, ce type confond l’argent de l’Etat et sa cassette personnelle. Son patrimoine provient presque certainement des aides accordées par la France et la Communauté internationale pour le développement de son pays. Les pauvres et les misérables qui crèvent la faim au Gabon ne sont visiblement pas sa priorité.
06.03 à 09h34
Davy_Xavier
Merci Sarko
La France a compris qu’elle pouvait mepriser tous les pays d’afrique sauf que le Gabon est une exception. C’est la première fois qu’un pays proteste aussi vivement.
Je pense que nous en France, on a beaucoup à apprendre de ces étrangers. On nous rabache les oreilles avec l’immigration africaine mais on ne nous montre jamais qu’il ya aussi des français en situation irrégulière dans ces pays. Parfois ils sont traités comme des princes.
Il faut reconnaitre quelque chose, depuis l’arrivée de Sarko, la rébelion africaine ne cesse de monter.
Avant, on ne pouvait avoir ce genre d’incident. Je crois que nous assistons à la naissance des nouvelles relations franco africaines.
Expulsion de 2 gabonais, Reportage sur les avoirs du Khalife Bongo, on frole l’incident diplomatique. Riposte est arrivée hier de la part du Gabon: l’expulsion des français en situation irrégulières(plus 2300 environs)
Comme quoi nos politiques ont oubliés que les français pouvaient etre des clandestins.
06.03 à 09h29

 

Omar Bongo a eu la peau de Jean-Marie Bockel

Les déclarations du secrétaire d’Etat à la Coopération avaient déplu au président gabonais. Elles lui ont coûté son poste.

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« C’est un signe intéressant. » Le porte-parole du gouvernement gabonais a accueilli chaleureusement la « bonne nouvelle » du départ de Jean-Marie Bockel du secrétariat d’Etat à la Coopération. En clair: victoire par KO d’Omar Bongo qui, ayant demandé sa tête, a obtenu la dépouille du maire Gauche moderne de Mulhouse. Celui qui, dans ses voeux à la presse, appelait à signer « l’acte de décès de la Françafrique ». Vous avez dit « rupture »?…

« L’un des premiers freins au développement, c’est la mauvaise gouvernance. »

L’affaire avait fait grand bruit du côté de Libreville. A peine revenu de vacances, dans la litanie monotone des vœux, Jean-Marie Bockel avait lâché un pavé dans le marigot. Bien que réécrit par les conseillers de l’Elysée, son discours entendait marquer une certaine rupture…

« L’un des premiers freins au développement, c’est la mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l’incurie de structures administratives défaillantes, la prédation de certains dirigeants.

« Quand le baril est à 100 dollars et que d’importants pays producteurs de pétrole ne parviennent pas à se développer, la gouvernance est en question.

« Quand les indicateurs sociaux de ces pays stagnent ou régressent, tandis qu’une minorité mène un train de vie luxueux, la gouvernance est en question.

« Que deviennent ces revenus pétroliers? Pourquoi la population n’en bénéficie-t-elle pas? Est-il légitime que notre aide au développement soit attribuée à des pays qui gaspillent leurs propres ressources? »

Devant les journalistes, Bockel avançait un message très clair: fini les liens occultes des coulisses franco-africaines, vive la transparence! Le secrétaire d’Etat à la Coopération appelait même à renforcer les mécanismes d’évaluation des programmes d’aide, en les conditionnant à la « bonne gouvernance ». Une idée pas vraiment neuve (voir le discours mitterrandien de la Baule en… 1990), mais pas forcément inutile.

Dans l’après-midi de ce mardi 15 janvier, le secrétaire d’Etat fait un addendum public à son discours où -détail important- il n’a pas lâché un seul nom. Dans un entretien au Monde, Jean-Marie Bockel cite un nom, un seul, celui du « président du Gabon ». Badaboum! Au Palais du bord de mer, le sang du « sage » Omar Ondimba Bongo ne fait qu’un tour. A tel point qu’un communiqué officiel du conseil des ministres rappelle, le 17 janvier, à la France les règles de bienséance:

« De tels propos ne peuvent être mus que par l’ignorance des réalités de la coopération franco-africaine. Aussi, le gouvernement gabonais marque-t-il sa surprise face au constat suivant: à savoir que, depuis l’arrivée à la tête de la France du président Nicolas Sarkozy, soient véhiculés a un tel niveau de responsabilité des clichés méprisants faisant des Etats africains de vulgaires mendiants sollicitant sans fin l’aumône de la France.

« Le Gabon s’étonne de cette attitude d’autant plus inacceptable quand on sait les avantages que tirent la France et les autres Etats occidentaux de leurs rapports économiques avec notre pays depuis toujours, avantages mutuels par ailleurs. »

En coulisse, le syndicat des chefs d’Etat africains s’organise. Bongo, Sassou (président du Congo) et Biya (président du Cameroun) prennent leur téléphone pour réclamer à Nicolas Sarkozy la tête de l’impétrant. Les jeux sont faits.

« Tuer les petites pratiques moribondes et renouveler le dialogue avec les Africains »

Deux mois plus tard, la sanction tombe, alors même que le flamboyant Bockel s’est ravisé. D’ailleurs, le secrétaire d’Etat à la Coopération faisait preuve d’une grande modération dans sa volonté de « rupture », misant sur la volonté du président de la République:

« Pour faire évoluer les choses, on peut provoquer le conflit. Ma méthode est différente, forte et pédagogique, non idéologique. Il s’agit de conditionner notre aide à une bonne gouvernance, faire comprendre à l’opinion et aux dirigeants que ce serait plus efficace.

« Le moment est venu d’une piqûre de rappel pour aller plus loin dans la démarche de rupture et mettre nos principes en actes. Tuer les petites pratiques moribondes et renouveler notre manière de dialoguer avec les Africains. Le Président sera en Afrique à la fin de février: c’est le bon moment. »

Présomptueux… En Afrique du Sud, devant le Parlement réuni au Cap, Nicolas Sarkozy a bien proposé une révision des accords militaires. Mais de vraie rupture, point. Et surtout, il n’a pas précisé sa méthode.

Jean-Marie Bockel a-t-il été victime d’un reportage de France 2?

Un reportage diffusé sur France 2 début mars n’a sans doute pas aidé à reconduire le patron de la Coopération. Reprenant les informations mises au jour par les policiers l’été dernier, la chaîne publique montre l’étendue du patrimoine immobilier du président Bongo: 33 appartements ou maisons, un hôtel particulier de 18 millions d’euros…

Re-colère d’Omar Bongo qui, en guise de représailles, expulse deux ressortissants français. Evoquant une véritable « cabale » et un « complot contre le Gabon et son président », le porte-parole du gouvernement, René Ndemezo’ Obiang, fustige la diffusion du reportage dans un communiqué:

« En autorisant la diffusion par les chaînes publiques de reportages divulguant l’adresse privée du président de la République gabonaise en France, mettant ainsi en danger son intégrité physique ainsi que celle de sa famille, les autorités françaises ont manqué à leurs obligations de protection d’un chef d’Etat en exercice. »

Le ton menaçant et inhabituellement peu diplomatique laisse augurer des conversations houleuses échangées entre les deux palais. Deux semaines plus tard, Bockel fait ses valises pour les Anciens combattants, où il pourra méditer sa propre réponse faite au Monde, qui l’interrogeait sur le précédent de Jean-Pierre Cot, écarté en 1982 de la Coopération par François Mitterrand pour cause de réformisme trop enthousiaste:

« C’est un vieil ami. Il s’est vite isolé et n’a pas forcément fait la bonne analyse. Moi, je suis avant tout un pragmatique. Je sais gérer les gens, les budgets, les contradictions.

« Je sais qu’on ne décalquera pas du jour au lendemain notre morale en Afrique. Je sais aussi que l’Afrique est le continent de demain, et qu’il en va de l’intérêt de la France de mettre en œuvre cette rupture. La jeunesse africaine l’attend. »

Elle attendra encore un peu, la jeunesse africaine.


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Par Thiery (voyageur)

17H55    20/03/2008

Ah ! les ruptures façon Sarkozy !
Les ennuis de Bockel ne sont peut être pas seulement africains. Faut il y ajouter, pour faire ‘bon poids’, un résultat plus que mitigé de l’ouverture à gauche et du micro parti constitué pour l’occasion ?
Plus grave : Sarko avait choisi les meilleurs, rappelez vous. Qu’allons nous devenir si les meilleurs n’arrivent à rien! Pauvres de nous !!!

Par FabiendeMénilmontant (Journaleux au placard depuis la première…)

17H38    20/03/2008

C’était annoncé dans La Lettre du Continent, David :

Le « déclassement » de Jean-Marie Bockel du secrétariat d’Etat à la coopération à celui des anciens combattants est l’épilogue de la guérilla qu’il avait engagée contre ce qu’il appelle « Les réseaux de la Françafrique ». En présentant ses vœux en début d’année, Jean-Marie Bockel avait mis la pression sur Nicolas Sarkozy en lui demandant de « ne plus céder à un certain nombre de caprices (…) de demandes incohérentes de certains pays (africains) qui ont une rente pétrolière qu’ils ne consacrent pas aux investissements qu’ils nous demandent de financer ». Message reçu cinq sur cinq par le président français qui venait d’annuler 20 % de la dette gabonaise à l’égard de la France - contre l’avis du Trésor - et d’accorder une aide substantielle au Congo-B contre l’avis… de Bockel.

Mais le boomerang est revenu de Libreville. Présidé par Omar Bongo, le conseil des ministres gabonais a considéré ce discours comme « un cliché méprisant faisant des Etats africains de vulgaires mendiants sollicitant sans fin l’aumône de la France ». Les « émirs » de la région ont alors décidé de « boycotter » Jean-Marie Bockel. Ils ont fait remonter le message à Nicolas Sarkozy via l’avocat Robert Bourgi. Ce dernier a été reçu par le chef de l’Etat le jeudi 13 mars en fin d’après-midi. A l’instar de Jean-Pierre Cot sous Mitterrand en 1982, Jean-Marie Bockel a bien été sacrifié sur l’autel du Grand sorcier Omar Bongo, gardien de tous les secrets du village franco-africain. Tout comme Christian Nucci après Cot, le député-maire UMP de Vesoul Alain Joyandet, nouveau « ministre de l’Afrique », s’en remettra désormais pour tous les dossiers sensibles, à l’Elysée…

Si tu y ajoutes ces embrouilles :
http://menilmontant.noosblog.fr/mon_weblog/2008/03/gabon-la-poli-1.html
de traque aux Gaulois en réplique à Hortefeux, ça fait tache…

Fabien
http://menilmontant.noosblog.fr/

Par noubadekau

17H42    20/03/2008

Franchement pour tailler un costard à Bongo il faut soit être fou ou bien totalement idiot…
Le Gabon c’est Elf, Total…et j’en passe. Tout le monde pense tout bas que le président Bongo est totalement pourri, que lui et sa famille ont mis en coupe sombre le pays et le peuple…ouais…mais il est de bon ton de la fermer et d’empocher les dividendes pharaoniques.
Ceci dit, pourquoi croyez vous que tout le monde, j’entends nos dirigeants, se font tout petit face à ce qui se passe au Tibet?
La liberté, la dignité, ça ne compte pas beaucoup face au fric…hélas.

Par adrak

19H45    20/03/2008

Je suis d’accord avec vous pour rappeler le fond du problème, la persistance de la Françafrique, c’est-à-dire du soutien des dirigeants corrompus africains par les élites françaises (politiques et économiques).

Mais je ne suis pas d’accord avec votre équation « de gauche » = solidaire, généreux, anti-politicien, démocrate… et son pendant « de droite » = conservateur, corporatiste, petit bourgeois, conformiste, etc… qu’on retrouve trop souvent dans les commentaires sur Rue89.

Je dirais plutôt que le problème principal des réformes en cours dans la politique française actuelle, c’est que le sarkosisme manque d’humanisme. La société (citoyens français et étrangers) est considérée comme une masse d’individus interchangeables, donc ce qui compte, c’est le résultat numérique, et pas la qualité du changement apprécié par chaque membre de la société.

FRANCAFRIQUE •  Les traditions ont la vie dure 

Pour avoir voulu assainir les relations entre la France et l’Afrique, Jean-Marie Bockel, ministre de l’ouverture chère à Nicolas Sarkozy, a perdu son poste de secrétaire d’Etat à la Coopération pour rejoindre celui des Anciens Combattants. Une décision qui attriste la presse béninoise. 
   

Jean-Marie Bockel
AFP 

 

Le désormais ex-secrétaire d’Etat à la Coopération et la Francophonie et actuel secrétaire d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants Jean-Marie Bockel aura appris à ses dépens que la Françafrique a la vie dure comme la plupart des traditions. Ils sont nombreux les Africains qui avaient accueilli avec un grand enthousiasme ses déclarations sur sa vision des relations entre la France et l’Afrique. Non sans se demander si, en décidant de « signer l’acte de décès de la Françafrique », il ne risquait pas de signer sa propre sortie du gouvernement, même si Nicolas Sarkozy avait déjà annoncé dans un de ses discours une rupture avec les pratiques de la Françafrique.Pour avoir osé seulement prendre des libertés langagières vis-à-vis d’elle, la Françafrique a apprécié ses propos à leur juste valeur. Plutôt que de réclamer sa tête, elle a au contraire trouvé mieux de l’enfermer dans un bocal où on ne l’entendra plus, apprivoisé qu’il est maintenant comme un poisson sans défense. S’il s’agit d’une promotion telle que certains veulent bien le faire croire, le colonel de réserve sait mieux que quiconque qu’au secrétariat d’Etat à la Défense et aux Anciens combattants, l’obligation de réserve est de mise, à défaut de devenir muet, puisqu’il est désormais le numéro deux de la Grande Muette. En effet, on se souvient que, lors de sa présentation des vœux, Jean-Marie Bockel avait déclaré à la presse que « l’un des premiers freins au développement de l’Afrique, c’est la mauvaise gouvernance, le gaspillage des fonds publics, l’incurie des structures administratives défaillantes, la prédation de certains dirigeants ». Allusion avait été ainsi faite aux pays producteurs de pétrole. Ce qui n’a pas eu l’heur de plaire à certains dirigeants, qui y ont trouvé un crime de lèse-Françafrique.

En conséquence, l’ovni qui menaçait la survie de l’organisation commune France-Afrique a été mis hors d’état de nuire. Mais quoi qu’il en soit, Jean-Marie Bockel restera dans le cœur de nombreux Africains à travers ses déclarations, à l’instar de Toussaint Louverture lorsqu’on l’a renversé. Et l’on retiendra, entre autres, ces phrases qui en disent long tant elles sonnent vraies : « Aujourd’hui, devant vous, je vais signer l’acte de décès de la Françafrique. Je veux tourner la page de pratiques d’un autre temps, d’un mode de relations ambigu et complaisant dont certains, ici comme là-bas, tirent profit au détriment de l’intérêt général du développement. » Des ministres comme lui en France, les peuples africains en rêvent. N’en déplaisent à leurs dirigeants et à leurs complices de l’Hexagone. Car, même s’il n’est pas pour aujourd’hui, le chant du cygne finira par être entonné à l’unisson un jour, aussi bien en France qu’en Afrique.

 

Marcus Boni Teiga 

Publié dans AFRIQUE de SARKOZY, FRANCE A FRIC EN AFRIQUE | Pas de Commentaire »

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