Justice : ouverture du procès de l’«Angolagate»

Posté par issopha le 10 octobre 2008

Justice : ouverture du procès de l’«Angolagate»
06/10/2008
 
Justice : ouverture du procès de l’«Angolagate» dans FRANCE A FRIC EN AFRIQUE transparent
Le procès des ventes illégales d’armes à l’Angola, s’ouvre ce lundi à la 117ème chambre du tribunal correctionnel de Paris, dix ans après son instruction. Pas moins de 42 personnalités françaises sont appelés à comparaître dans cette affaire.
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Par Rachel Kesseng

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transparent transparent Pierre Falcone, Arcady Gaydamak, Charles Pasqua et Jean-Christophe Mitterrand (lire de gauche à droite et de haut en bas) transparent transparent  
transparent transparent Pierre Falcone, Arcady Gaydamak, Charles Pasqua et Jean-Christophe Mitterrand (lire de gauche à droite et de haut en bas)
© AFP
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Parmi les personnalités françaises appelées à se présenter devant la cour, l’ancien ministre de l’Intérieur Charles Pasqua et Jean-Christophe Mitterrand, fils de l’ancien président de la République. Il demeure toutefois incertain que les deux principaux accusés, Pierre Falcone et Arcady Gaydamak, soient présents.
Le milliardaire franco-brésilien, âgé de 54 ans et l’Israélien d’origine russe 56 ans, sont accusés d’avoir organisé depuis paris, et par le biais de la société Brenco, une vente illicite, d’armes avec l’Angola, sans autorisations préalables nécessaires au gouvernement français. On leur reproche aussi d’avoir versé des pots-de-vin à des personnalités françaises et angolaises pour faciliter les contrats.

Ce procès devrait durer 5 mois au regard de la complexité des faits. Les accusés risquent cinq ou dix ans de prison selon les cas, pour « commerce illicite d’armes, trafic d’influence et abus de biens sociaux ». Malgré l’ouverture des audiences ce lundi, il n’est pas évident que Arcady Gaydamak fasse une pause dans sa carrière politique des milieux d’extrême droite israéliens pour venir être jugé à Paris. Quand à pierre Falcone, actuellement à Pékin où il dirige un bureau d’études spécialisé dans les projets sino-africains, sa présence n’est pas plus sûre.
Dans cette affaire les noms du président José Eduardo dos Santos et de l’ancien ambassadeur à Paris, Elisio de Figueiredo, ainsi que d’anciens ministres et militaires, sont souvent évoqués, mais il faut noter qu’aucun angolais n’est cité à comparaitre.

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Le scandale de l’automne 2000
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transparent transparent Philippe Courroye, le juge a signé le 5 avril une ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris des 42 personnes soupçonnées d'être impliquées dans l'affaire «Angolagate». transparent transparent  
transparent transparent Philippe Courroye, le juge a signé le 5 avril une ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de Paris des 42 personnes soupçonnées d’être impliquées dans l’affaire «Angolagate».
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Les principaux faits remontent en 1993. Le président angolais se sent obligé de se procurer de l’armement pour venir à bout de la rébellion de l’Unita menée par Jonas Savimbi. Edouard Balladur premier ministre Français de l’époque, qui cohabite avec le président Mitterrand, choisit l’option d’un règlement pacifique et négocié du conflit, plutôt que celle des armes. L’Angola va néanmoins se ravitailler en armements, mais par d’autres intermédiaires. Luanda se procure ainsi 420 chars, 150 000 obus, 170 000 mines, 12 hélicoptères et six navires de guerre entre autres fournitures.

Pierre Falcone et Arcady Gaydamak, se serait procurés l’armement ; du vieux matériel soviétique, grâce à la société ZTS Ozos, située à Bratislava, pour ensuite le revendre au gouvernement angolais. Un marché évalué à 790 millions de dollars et qui aurait permit aux deux associés de toucher des bénéfices très importants. Des sociétés écran à Paris, Genève, Tel-Aviv, Jersey, Iles Vierges et Monaco ont également été utilisées selon l’accusation.

Le pot aux roses est découvert l’automne 2000. Le 29 novembre de cette année-là, Pierre Falcone passe une année en détention provisoire à la prison de la Santé où il a été écroué pour trafic d’armes. D’autres seront également emprisonnés ; Jean-Christophe Mitterrand, libéré près de trois semaines après avoir été écroué et versé une caution d’environ 700 000 euros. En 2001 et 2002, d’autres suspects, sont mis en examen à l’instar de Charles Pasqua

Au banc des accusés…
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transparent transparent Tribunal correctionnel de Paris
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Jean-Christophe Mitterrand, 61 ans, fils ainé de l’ancien président français, aurait touché 2,6 millions de dollars pour servir d’intermédiaire entre les vendeurs d’armes et les autorités angolaises. Jean-Bernard Curial 69 ans, spécialiste des questions africaines du PS, également prévenu dans cette affaire.

Charles Pasqua, âgé de 81 ans, ancien ministre de l’Intérieur de 1986 à 1988 puis de 1993 à 1995. Il doit répondre des accusations de « recel d’abus de biens sociaux » et « trafic d’influence ». Son conseiller Jean-Charles Marchiani, 65, ancien préfet, et lui-même auraient perçu des fonds des sociétés de Pierre Falcone, pour financer ses activités politiques, en échange de son lobbying. Tous les deux risquent également 10 ans de prison, mais Charles Pasqua jouit d’une immunité en tant que sénateur.

Jacques Attali, 64 ans, économiste et ancien conseiller du président François Mitterrand, aurait quant à lui reçu 160 000 dollars, de 1997 à 1999, pour user de son influence auprès des ministères des Finances et des Affaires étrangères, en faveur de Falcone et Gaydamak, étant donné que leur société ZTS Ozos faisait face à des problèmes fiscaux. L’économiste est aussi soupçonné, aussi, de trafic d’influence, tout comme l’écrivain Paul-Loup Sulitzer, 62 ans, et de nombreux employés de la société Brenco, dont la sœur de Falcone, Josée Lyne. Le magistrat Georges Fenech, 62 ans, et l’ancien journaliste Jean-Noël Tassez, ex-président de Radio Monte-Carlo, 52 ans, sont aussi appelés à comparaitre.

Ce procès devrait susciter de l’intérêt également chez les autorités angolaises. L’instruction, ouverte il y a dix ans, a causé des tensions dans les relations diplomatiques entre l’Angola, et la France. En visite à Luanda en mai dernier, Nicolas Sarkozy avait proposé à José Eduardo dos Santos une « nouvelle ère » dans les relations en les deux Etats.Le procès s’annonce délicat.

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LES FAILLES DU DISCOURS SUR LA RENAISSANCE AFRICAINE : Chapitre 1

Posté par issopha le 9 octobre 2008

 LES FAILLES DU DISCOURS SUR LA RENAISSANCE AFRICAINE 

Ou Comment sortir de l’incantatoire et du  flou paradigmatique. 

Par ISSOPHA 

http://issopha.unblog.fr 

Octobre  2008 

Avant-propos 

Il est des concepts du langage commun, autopsie de  Pascal DURAND dans son propos introductif à l’ouvrage collectif Les Nouveaux Mots du Pouvoir (Ed. Aden , mars 2007) , des concepts , disions-nous ,  «  forgés de toutes pièces , plus ou moins généalogiquement corrects(…) dont le sens se trouve infléchi , gauchi, vidangé (…) vecteurs d’une emprise sur les représentations , les imaginaires , les stratégies , les décisions de ceux qui les prennent ou les subissent- ( …) mots dont l’aire d’emploi se trouve étendue , restreinte ou déplacée (…) tous implantés ou  réimplantés dans le trafic du discours social , sous la double pression de leur récurrence ( qui les porte et les prouve ) et de la légitimité (…) des pouvoirs , des partis et personnalités politiques , des gouvernements , des organisations nationales ou internationales qui en font large usage »

  

Le concept de la Renaissance Africaine nous semble être de ces mots là. Sujet casse-cou, s’il en est ! 

Les observations qui suivent procèdent des réflexions d’un jeune africain de la Diaspora (1),  embarqué au forceps dans une « aventure ambiguë » émaillée d’incompréhensions et de questions récurrentes sur la part africaine de soi, la fixation de son identité ou appartenances socio-culturelles, la place et le sens du « soi africain » en regard des questions identitaires de repli ou de mélange qui se posent parfois à la communauté diasporique native d’Afrique. Questionnements aussi sur le corpus de voies et moyens à susceptibles de remettre le continent africain sur la selle de la modernité, diversement considérée, et de l’action réfléchie et  efficace. Occasion enfin d’inviter le lecteur à réinterroger le concept flou  de «  Renaissance  africaine », à renouveler sa problématique, à envisager une manière alternative de poser le problème africain. Matrice de théorisation du réveil d’un continent à l’agonie depuis si longtemps , ce concept revêt pour ses ardents promoteurs  la condition , l’amorce , l’annonce de l’avènement des  « Afriques »  avec lesquelles le monde pourra et devra désormais compter. 

Voici donc une réflexion globale sur le requestionnement du discours de la Renaissance africaine que nous avons éclaté en 5 parties ; chacune fera l’objet d’un ou deux articles à chaque fois. 

Une mise en garde avant toute chose 

Renaissance africaine…L’usage de cette expression nous incommode  particulièrement. Elle nous semble traduire les indéboulonnables cécité et réductionnisme qui font écho – ô paradoxe -  à la généralisation abusive (du type  holiste durkheimien) des faits sociaux en Afrique. Elle traduit bien plus encore une double tendance à  la simplification  et à l’homogénéisation qui éludent hélas l’extrême complexité des situations socio-historiques et ethno-régionalistes propres à chaque pays africain. Tous travers qui pervertissent trop souvent  les réflexions et débats sur  les problèmes des « nations » du continent  ainsi que les solutions  préconisées pour en sortir. Autrement dit : «  un portrait bien trop global pour une Afrique  si diverse » (2) En conséquence, pertinence, compréhension et intérêt pratique de ladite notion s’en trouvent amoindris. Ce que déplore le présent article. Toutefois,  pour les besoins de l’argumentation, nous allons sacrifier à cette « répugnance » et suggérons pour faire plus court les sigles RAF pour Renaissance Africaine

INTRODUCTION : 

Sortir de la Renaissance Africaine et promouvoir les Afriques en Renaissance 

Risquons d’entrée de jeu les mots qui fâchent : les discours  sur la  RAF charrient un nombre incalculable d’idées éculées, imprécises, générales, extrapolées et souvent en  marge du réel (3). 

 Douces omissions,  demi vérités ou « petits mensonges » qu’il convient de déconstruire, d’éclaircir, de redéfinir  pour rentrer de plain-pied dans le processus de régénération d’un continent hors jeu depuis tant de siècles. Une réflexion critique donc sur ces logos redondants, doublée d’une invitation à un éclairage conceptuel massif et indispensable,  le prétexte du présent article. 

L’idée, dans le détail ,   est de fixer et d’interroger  les constantes des discours lus et entendus  chez de nombreux auteurs africains, africanistes ou afrocentristes, plumes éminentes ou de moindre envergure, sur la problématique de la RAF. Face à l’insuccès bégayant  des Afro-revivals antérieurs  (politique, économique, culturo-spirituelle…), le concept dans sa formulation actuelle  pose question. Nous postulons que l’inefficience pratique de l’idéologie de la RAF tient pour beaucoup au diagnostic bâclé et à son corollaire, la prescription des solutions résolument analgésiques, qui  n’annihilent donc en rien les causes profondes du mal-être et du « mal-avoir » du continent. (3) 

Aussi, dans l’optique de renforcer le crédit du concept, une analyse en profondeur et une critique épistémologique sont-elles impératives. 

Prenons donc un peu de recul… 

  

Quelle réalité recouvre l’adjectif «  africaine » de cette notion ? Comment peut-on résoudre l’équation de l’africanité, condition nécessaire à l’intelligibilité du concept forgé en 1948 par le Pr Cheikh Anta Diop ? Comment peut-on fonder une unité de sens et de pratique de l’africanité en dehors ou au-delà des différences et des diversités plurielles qui caractérisent fondamentalement l’Afrique ? Une Renaissance Africaine, telle que  posée aujourd’hui, est-elle seulement possible compte tenu de l’extrême complexité des situations socio-historiques propres aux unités étatiques actuelles ? Si oui, à quelles conditions concrètes ?  Comment associer la base (les populations diluées dans le « Struggle for life » quotidien)  à l’idéologie du rebond des pays africains, en dépit des simplifications, homogénéisations et généralisations imprudentes qui prostituent les discours  afrocentristes ?   

Nous prendrons déjà le risque  de suggérer  des expressions alternatives, plus pragmatiques, en lieu et place d’une notion au versant théorique aussi flou que la RAF. Il en va ainsi de : « Afriques en Renaissance » ou « renaissances africaines locales », somme de révolutions conduites principalement  en interne dans une logique progressivement fédérative. La difficile  et lointaine unité  des peuples africains est érigée ben souvent en  condition nécessaire à l’émergence de ce renouveau total. 

Est-ce  même seulement un préalable possible,  plausible et viable? 

Sortons des allants-de-soi… 

Il faut voir à travers ces interrogations l’urgence d’une réorientation idéologique claire, précise, forte et pragmatique à même d’impulser des actions et  pratiques concrètes, qui tiennent compte de l’extrême complexité et diversité  des « 53 Afriques ». Penser une véritable pédagogie de la Renaissance Africaine comme résultat du processus des renaissances locales .Sortir la RAF de l’ornière de l’utopie…l’émanciper de la discussion autour du sexe des anges ! 

Remontons un instant la généalogie de l’idée de la Renaissance africaine. 

Le Professeur Théophile Obenga (célèbre égyptologue et  épigone de Cheikh Anta Diop), dans son exposé inaugurant  la première conférence des Intellectuels d’Afrique et de la Diaspora organisée par l’Union Africaine du 6 au 9 octobre 2004, nous instruit  que la RAF a toujours  été une grande préoccupation  des « africains ». Il fait remonter la généalogie du concept de la Renaissance de l’Afrique et des Noirs au 18e siècle ; évoquant la  Geste révolutionnaire du général haïtien Dominique Toussaint Louverture (1743-1803), fondateur de  « la première République africaine, indépendante et souveraine des Temps modernes »*

Puis la Renaissance de Harlem aux USA entre 1917 et 1940 (Langston Hughes, Alain Locke, James Baldwin, Dorothy West…)  qui verra éclore « un mouvement culturel et artistique complet, comprenant des peintres, compositeurs, musiciens, chanteurs, poètes, romanciers, dramaturges, traitant de tous les problèmes, fierté raciale, identité culturelle, héritage, genre et sexualité, politique, relations raciales. »* 

Quelques  séquences phares et mouvements ayant illustré  la longue marche de la RAF : 

La « West African Students’ Union » (WASU), 7 août 1925, organisation étudiante qui réunissait  des étudiants (Ladipo Solanke, Kusimo Soluade, Olatunde Vincent, Ekundayo Williams, M.A. Sorinola Siffre…)  originaires du Nigéria, du Ghana, de sierra Leone et de Gambie. L’idée était de créer dès les années 1920 les  Etats-unis de l’ouest-africain. 

La « Féderation des Etudiants d’Afrique Noire en France » (FEANF) créée en 1950 (Félix Moumié, Seyni Niang, Alpha Condé…) 

La création de « Présence Africaine », en 1948, par Alioune Diop qui a offert par ce biais  une « plate-forme internationale aux productions littéraires, romanesques, poétiques, critiques, scientifiques, philosophiques, religieuses, etc., de l’intelligentsia africaine, du continent comme de la diaspora (…) solides assises d’une véritable Renaissance Africaine »*. 

L’article « Quand pourra-t-on parler d’une Renaissance Africaine ? » signé du Pr Cheikh Anta Diop  à qui l’on attribue la paternité de cette expression forgée dès 1948.  

La création à Addis-Abeba de l’Organisation de l’Unité africaine en 1963 inspirée de la philosophie du panafricanisme porté par  le jamaïcain Marcus Garvey , l’afro-américain W.E.B  Dubois , le ghanéen Kwame Nkhrumah… 

Terminons par ce  rapide survol historique  du Pr Obenga : « Ont aussi milité, pour la Renaissance Africaine, au 20e siècle : 

-          Chancellor Williams, auteur de The Rebirth of African Civilization, 1961 ; 

-          Malcolm X, on Afro-American History, 1967: aux
U.S.A.
 

-          Sur le continent, on peut mentionner Stephen Biko (1946-1977), avec son mouvement de « Black Consciousness» ; et…  

-          Amilcar Cabral (1924-1973), qui a des réflexions fort originales sur la libération nationale et culture : « La libération nationale est nécessairement un acte de culture« . C’est-à-dire la vie même. On se libère pour vivre, créer, produire, se développer, accomplir son destin. Se libérer, c’est renaître. La libération, c’est la renaissance, et non le maintien des frustrations coloniales. »* 

La RAF du 21e siècle s’est offerte de nouveaux habits mais un contenu qui n’a pas fondamentalement changé : L’Union Africaine, créée à Lomé  au Togo en 2000. 

Et depuis 1998, le désormais ex-président sud-africain Thabo MBEKI en a fait un axe majeur de ses deux mandats, reprendre possession de soi  et se réinventer un destin qui rende à l’Afrique la place de choix qu’elle a occupé par les temps immémoriaux. 

PARTIE 1 : 

LA NECESSAIRE RECONFIGURATION DE LA PROBLEMATIQUE 

SUR  LA RENAISSANCE AFRICAINE 

Une analyse de contenu  attentive des  discours sur la RAF révèle quelques traits majeurs qui constituent ses failles les plus importantes et quelques unes des explications de ses errances. 

TITRE 1 : CARACTERISTIQUES DU DISCOURS  DE LA RENAISSANCE AFRICAINE : 

Chapitre 1- LE CULTE DES GENERALITES 

A – Un ancrage dans la vaine spéculation 

D’abord sur la forme. 

Le passage en revue de l’importante littérature liée au concept « Renaissance africaine »  ainsi qu’une recherche d’occurrences sur le web (dans le moteur de recherche Google par exemple), nous a permis de dégager les constantes suivantes : 

·         Une tendance  aux superficialités, généralités, homogénéisations et généralisations abusives. 

Ce qui pose  immanquablement un problème de précision du champ théorique, de délimitation conceptuelle, renforçant le cantonnement de  la Raf  à un flou paradigmatique, une notion désespérément  incantatoire. 

Qui doit faire quoi, où, comment, quand, avec quoi et avec qui, et à quelle cadence, pour sortir les pays africains  (et non pas l’Afrique) de leurs marasmes,  compte tenu  des spécificités, de la gravité, la complexité, la variété, la variabilité  et la profondeur  des problématiques de chacun ? 

Question  centrale qui manque cruellement de réponses claires  de la part des afrocentristes. Les réflexions de nos penseurs flirtant trop souvent avec la généralité, la spéculation  que portent cependant de consistants arguments  mais qui, par trop passionnés, se ferment aux réalismes du quotidien. Ajoutant à cela  des superficialités qui originent  fatalement des diagnostics approximatifs. Il en résulte des médications peu efficientes. Cela dit, comment pallier à cette tentation du militantisme aveugle ?  Un effort patient de réflexion s’impose  qui appelle un effort patient de délimitation conceptuelle, travail sérieux et profond de définition. Définir quoi ?  Le champ de réflexion ou cadre de référence, le périmètre sociologique et modalités d’action…connaître en somme les sujets de sa «  Révolution ». Démarche préalable nécessaire. Il s’agit de se défaire du flou paradigmatique auquel les défenseurs de l’afrocentricité, avec certes de bons sentiments, apportent de leur essence. 

Les questions et leurs formulations sont bien plus importantes  que les réponses et tracent les  lignes stratégiques à adopter et la nature des actions à engager. Pourtant, nous noterons que les discoureurs de la RAF s’obligent assez peu souvent à la distanciation critique nécessaire  à toute réflexion qui se veut crédible (scientifique). Une réflexion débarrassée des oripeaux déroutants des jusqu’auboutismes militants. L’idée étant de ne pas céder à son tour aux obsessions suprématistes dénoncées chez des historiens africanistes européens, convaincus pour certains de  l’éternelle bêtise des peuples noirs. 

B – L’Africanité en questions 

Nous avons sélectionné quelques  questions qui servent de fil  conducteur au travail de maturation de la RAF. Voici quelques éclairantes : 

Que recouvre l’adjectif « AFRICAIN » pour les « penseurs » de la RAF qui se recrutent pêle-mêle entre tenants de l’afrocentricité et africanistes africains de tous bords ? 

Qui sont les « Africains » de la Renaissance ? 

De qui, à qui et  au bénéfice de qui parle-t-on  à travers la RAF ? Autrement dit, quel est le périmètre ethno-culturel au sein duquel tend à  se déployer la scansion « RAFricaine » ? 

Pense-t-on à  la mosaïque des peuples vivant et se mouvant sur un bloc de terre et de mer appelé  AFRIQUE, toutes spécificités ethno-régionalistes et historiques  confondues (Noirs, Blancs, Métis, arabes, kabyles, Indo-européens…) ?   

Que nenni ! Il s’agit bien souvent des populations noires d’Afrique. Comme si la négrité se diluait nécessairement dans l’africanité et, de la même façon,  comme si l’africanité était automatiquement soluble dans la négrité. Une quête du  typique, souligne Kossi EFOUI (5), d’une authenticité excluante, « le rêve fou d’un monde sans autrui », ironise Achille Mbembé (6),  qui font faire aux Afrocentristes  le jeu de l’Occident colonial et postcolonial. Sylvie CHALAYE  (7) le redit en ces termes: « l’africanité est une idée que se fabrique l’Occident pour circonscrire une altérité qui e rassure, retrouver l’enclos zoographique du temps des villages ». 

En admettant que les sujets de l’Afrocentricité  soient  avant tout NOIRS… 

S’agit-il de Noirs s’auto-identifiant, se revendiquant  et s’assumant comme tels, conscients d’appartenir à un cadre de référence culturel  traduit par une vision du monde spécifique  et immergeant leurs pratiques et schèmes de pensée  dans ces référentiels ?  Autrement dit des Noirs qui se réclament de ce que  l’historien Pap NDIAYE identifie comme étant une  « identité noire épaisse » (8)?   

Ou faut-il y voir un ensemble d’individus  culturellement disparates assignés de fait à la catégorie ethno-raciale « Noir » par des groupes tiers, généralement dominants et racialement différents ?   

Les débats alternent  souvent entre ces deux lectures dans un embrouillamini conceptuel  qui perdrait le fraîchement adepte de la RAF. 

Ne se perd-on  d’ailleurs pas dans un dangereux distinguo entre les « natifs historiques » du continent (les «  Soudanais » ou  « Africains de souche », autrement dit les Noirs se vivant en peuple naturel du continent)  et les « immigrés de longue date » que seraient Arabes, kabyles, les colons européens et autres marchands d’Asie devenus malgaches, comoriens, etc ? 

Revenons un moment sur la notion de l’identité noire

Par identité épaisse, le sociologue américain Tommie Shelby, cité par Pap Ndiaye  in La Condition Noire. Essai sur une minorité française, Ed Calmann-Levy, 2008, pp48-49,  entend une « identité fondée sur une culture, une histoire, des références communes, une langue qui marquent une différence nette entre ceux qui en sont les porteurs et les autres. L’identité épaisse renvoie à des groupes circonscrits , en quelque sorte intentionnels , qui ne procèdent pas d’injustices subies mais sont appuyés sur des éléments de culture communs ». 

L’identité épaisse s’oppose à l’identité fine  qui « délimite un groupe qui n’a en commun qu’une expérience de l’identité prescrite, celle de Noir en l’occurrence, qui a été historiquement associée à des expériences de domination subie, et qui peut s’accompagner de la conscience du partage de cette expérience. Cette notion d’identité fine paraît pertinente pour caractériser les populations noires dans leur plus petit  dénominateur commun : le fait d’être considérées comme noires, avec un ensemble de stéréotypes attachés à elles. 

A la question : «  qui est noir ? » il convient de ne répondre ni par des arguments de nature ( qui renverraient à une conception ‘’biologisante’’ de la ‘’race’’ ) ni par des arguments de culture ( qui renverraient à l’infinie variété des différences culturelles entre les hommes et des identités qui leur sont attachées ) , mais par des arguments socio-politiques : dans les sociétés où ils sont minorés , sont noirs celles et ceux qui sont réputés tels ; est noire, a minima , une population d’hommes et de femmes dont l’expérience sociale partagée est d’être considérés comme noirs. Il y a donc des Noirs (des Blancs aussi ou des Jaunes ou des ‘’Basanés’’) par accord social tacite. Les Noirs en commun de vivre dans des sociétés qui les considèrent comme tels. Ils n’ont pas le choix d’être ou de ne pas être tels qu’on les voit. Ils ont en revanche le choix d’assumer leur identité racialisée, ou de la rejeter comme impropre à leur être profond. Ce choix n’est pas susceptible de modifier radicalement la prescription raciale ». 

C – Ce que l’Africanité doit pouvoir dire… 

A quoi tient  la notion d’africanité qui suppose en toute logique la transcendance des particularismes nationaux et ethno-régionalistes (peulhs, bantous, sémites…) ? 

Nous postulons qu’elle tiendrait à la conscience claire de son appartenance à un ensemble supranational qui correspond aux frontières du Continent africain

En fait d’ensemble, nous entendons un groupe plus ou moins homogène que caractérise un ensemble de manières, conscientes ou non, de faire , d’agir, de sentir, d’être à soi et au monde, de penser. Les individus constitutifs du groupe sont fixés ou se meuvent sur un espace géographique donné du continent africain.  Ils sont conduits, volontairement ou non, à cohabiter plus ou moins pacifiquement, puis à construire et partager une vision, mieux, un regard endogène sur le monde, une philosophie de l’être et de la vie, et une relation à l’Autre influencée par moult facteurs. 

Elle tiendrait aussi , pensons-nous ,  au partage d’une mémoire commune construite autour des traumatismes  et expériences douloureuses liés à  la Traite négrière, l’esclavage, la colonisation , les problématiques actuelles des économies malades , des  situations d’anomies socio-politique  et de profonde crise des valeurs morales , sociales et sociétales , de l’élargissement du fossé entre les élites politiques et le peuple…des phénomènes  qui drainent des transformations permanentes et en profondeur des sociétés africaines contemporaines et des personnalités individuelles. 

Pour autant, malgré cette esquisse de définition non-exhaustive, nous peinons à comprendre et donc à enclore le concept d’Africanité dans une substance. Qu’est-ce donc qu’être Africain, nom de nom ? L’être dioula est-il soluble dans l’être zoulou ? Et l’être kabyle est-il possiblement encastrable  dans l’être Mérina de Madagascar, en dépit des similitudes dialectales  mises en évidence par la linguistique analytique et comparée ? Les Afrocentristes, le Pr Molefi Kete Asante  en tête, promoteur du concept de l’Afrocentricité,   postulent cette possible unité des peuples noirs, dans une notable ignorance de l’Autre Afrique, l’Afrique Alter-nègre, disons les Non-Noirs  natifs du continent. De ceux-là, qu’est ce qu’on en fait ? 

La thèse de l’Afrocentricté prétend réinventer l’univers culturel et ontologique de l’Africain. Mais L’Afrique en tant que unité géopolitique, économique et juridique ou comme conscience d’appartenance à un ensemble continental qui se pose en se distinguant d’autres unités territoriales, cette Afrique-là préexiste-t-elle à l’arrivée des  Conquistadores Portugais, Espagnols et autres marchands d’Orient sur les rives du continent ? Non, non, assurément. Plutôt des civilisations au large rayonnement ( Egypto-nubienne , Gao , Bénin , bantou…) , des  Royaumes «  africains »  de prestige  , disséminés ça et là, vivant en bonne intelligence, commerçant  ensemble,  se métissant et perpétuant les dynasties par des stratégies matrimoniales ;  ou se livrant de farouches batailles ; hors d’un sentiment commun d’appartenance à une culture continentale. Hors donc  d’une sorte de Panafricanisme avant l’heure. 

Le foyer d’origine des « kémites », selon les Afrocentristes, est certes Egyptien, mais l’Afrique comme unité géopolitique, puis comme conscience d’une union impérative des territoires et des cultures diverses en regard des défis à relever, naît  à partir  des premiers voyageurs d’explorateurs Outre-Africains , semant souvent sur leurs passages mort et désolation. Nous doutons que L’Afrique ait pu  exister culturellement, comme unité culturelle et historique , comme entité globale, panafricaine,  et sous les traits de cette conscience collective incarnée, avant le contact avec l’Autre , venu d’un ailleurs inconnu ( Europe , Asie, Pacifique…). Et de la même façon, cet Autre n’a pas une connaissance claire et homogène de ce bloc de terre lointain, l’Afrique, avant ses grandes odyssées.  Et ce n’est pas faire le jeu des révisionnistes et suprématistes occidentaux que de le reconnaître. Nous ne prétendons pas que l’Afrique soit entrée dans l’Histoire par le temps des grandes conquêtes et donc par l’Etranger, loin de nous cette pensée, l’antériorité des splendides civilisations nègres  a depuis longtemps été prouvée par le Pr Cheikh Anta Diop. En revanche, l’Afrique dont nous avons aujourd’hui hérité (ses appellations, réalités démographiques et ses frontières intérieures actuelles) naît, d’une part, des effets conjugués  des convoitises et annexions de l’Autre, le Colon (voir la conférence de Berlin entre 1884-1885 sur le découpage de l’Afrique  entre puissances occupantes en zones d’influence). L’Afrique naît, d’autre part, par la prise de conscience du soi malmené par l’agresseur, par la prise de conscience  et la mise au pas des « soi » voisins et donc du  caractère collectif de cette agression, puis les luttes de résistances et les efforts de réinvention de soi  menés par l’Autochtone. 

L’Africanité, à supposer qu’elle existe, serait donc d’invention assez récente. Et vu l’extrême complexité des situations en présence déjà évoquée, vu la très grande variété des trajectoires historiques et origines ethniques des peuples d’Afrique, ce concept devient, en conséquence, théoriquement difficile à arrêter et circonscrire ; car « comme toute identité humaine, elle est en devenir et d’autant plus en devenir que l’identité africaine a été violemment chahutée par la rupture historique que représente la colonisation » (Sylvie CHALAYE). 

De plus , s’il est  difficile  d’un côté de postuler le primat de l’identité supranationale sur l’identité nationale ou ethnique et inversement (ces notions s’interpénètrent) , l’ on ne peut de l’autre , minorer l’idée que  l’africanité est avant tout une affaire de perception et d’appréciation personnelles, une notion à géométrie variable qui par les manœuvres de l’Histoire , mute avec le temps, avec les gens , avec  l’espace et les mouvements de populations qui s’y déploient , les  réalités et  conditions historiques propres à chacun selon ses origines et ses trajectoires de vie.  Et pour cause : « L’identité de l’Africain est une identité sans doute déplacée de son axe d’origine, une identité culturelle est nécessairement métissée (…) et les images archaïques de l’Afrique ancestrale appartiennent au même pittoresque passéiste pour un Africain que ‘’ Tirez la chevillette et la bobinette cherra’’ pour le petit Parisien d’aujourd’hui à qui on lit les contes de Perrault » 

D – Etre africain : un relativisme qui se conçoit et se comprend 

Serions-nous camerounais avant d’être africain ? Membre d’un groupe ethnique avant d’être citoyen d’un pays ? Comment les multiples identités psychosociologiques de soi s’articulent-elles, en convergence ou en divergence ? En quoi ce sentiment d’appartenance  à moult « tribus » favorisent-elles ou entravent-elles l’élan solidaire, l’appréhension et la revendication de l’idéal afrocentriste ? 

Les réponses, chacun peut les esquisser selon ses conditions historiques propres * 

Toutefois,  nous pouvons arguer déjà qu’on n’est pas et ne se vit pas africain de la même façon hier , aujourd’hui ou demain  , en 1619 , 1948 et 2008* ; Et puis selon qu’on est gambien du Nord , Algérien de Kabylie , Comorien d’Anjouan , ou casamançais du Sénégal ,  Afars d’Éthiopie  ou natif de  l’État d’Orange en Afrique du Sud, le sentiment d’appartenance à un ensemble géopolitique par des liens culturels ou historiques  variera autant . Moult variables s’invitent dans la définition de l’africanité et la gradualité de son « perçu » en tant que africain. Il y a donc lieu de  s’interroger sur les facteurs qui gouvernent les fluctuations dans la weltanschauung (vision du monde) des individus qui peuplent  le continent. 

Que postule la philosophie africaine dite ethnophilosophie à propos de l’ « identité africaine » ? Peut-on portraiturer avec clarté cette identité sur l’aspect collectif de laquelle repose l’avenir, le caractère fédérateur, et la raison d’être de la RAF ? 

Tentons d’ores et déjà  la paraphrase : 

On ne naît pas africain, aussi vrai qu’on ne naît pas noir. On le subit ou on le choisit. Mais on le devient

Ce postulat posé, où commence mon africanité et où s’arrête-t-elle ?  

Commence-t-elle avec le fait d’être  Noir par prescription, assignation ou hérédité (identité noire fine) ? Le fait de se réclamer Noir (choix  assumé sur fond de militantisme ou prise de conscience de sa négrité et des situations sociales qui en découlent) ? Le fait d’être natif et habitant du continent ? Le fait de mon ascendance née sur le continent ? Le fait d’avoir  avec ceux  qui  se sont choisis ou se subissent  Africains au Sud du Sahara  des liens culturels et un passé à fond commun ?   

Tentons quelques observations avec l’historien Pap NDIAYE dans sa réflexion sur la minorité noire de France : « Parler des Noirs ne serait-il pas un abus de langage, dans la mesure où les différences culturelles et de classe entre personnes noires ou réputées telles sont si notables qu’il faudrait renoncer à parler des Noirs en général ? (…)Comme les autres acteurs sociaux, les personnes réputées noires ont à leur disposition un éventail identitaire qui ne se résume en rien à leur apparence noire. Les différentes identités sociales, culturelles, professionnelles, nationales, ethniques, raciales, peuvent être en tension les unes avec les autres. Elles sont aussi dépendantes de la manière dont les personnes sont identifiées. Une combinaison identitaire fait ainsi référence à une nationalité ( française , malienne ou ivoirienne par exemple , à une ethnie ( wolof , mandingue ) , à une identité  régionale ( martiniquaise , parisienne), à une « race » (noire) et à d’autres choses encore. Les personnes combinent ces éléments identitaires chacune à sa manière. » 

Ainsi donc, il y a autant de manières d’être Noir  qu’il y a d’individus concernés  peu ou prou par ces problématiques identitaires. Force est de constater que les questions identitaires se posent avec virulence dans les sociétés en effet où les populations dites noires sont minoritaires numériquement ou sociologiquement. Les porteurs des discours sur la fierté noire en France  aujourd’hui par exemple sont bien souvent soit Antillais ou « domiens » vivant en métropole et confrontés donc aux problèmes sociologiques de discrimination et autre traitement différentiel en regard  des valeurs sacro-saintes valeurs de la République ; soit ressortissants africains  confrontés aux mêmes problématiques. 

Or, l’individu immergé en permanence sur le continent dans sa culture, dans sa société, avec ses semblables, du point de vue de la race, ne se pose point de question d’identité au sens d’identité raciale ou ethnique. 

D’ailleurs, si mon petit confort de vie parisien me permet de me poser ces  questions  (étant donné que nous nous sommes découverts inattendument notre négrité dans le regard de l’Autochtone Blanc, dès qu’arrivés en terre de France, la question de mon identité ne se posant qu’en termes de frontière ethnique dans notre Cameroun natal) , la même interrogation n’agitera pas forcément, sinon très peu, la conscience de ceux à Bobo-Dioulasso, Moloundou, Koufra  ou Mbabane qu’oppressent l’aiguillon de la faim  et l’urgence des vitales  nécessités. On peut comprendre que la rudesse de la vie  les éloigne, à tort ou à raison, des questions « philosophiques » d’identité de soi, fussent-elles nécessaires. 

Somme toute, résoudre l’équation de l’africanité c’est avoir déjà clair à l’esprit les raisons du sabordement du sens de la communauté, de la solidarité  et de la fraternité qui sévit sur le continent à l’heure actuelle. Il en est ainsi de la chasse à l’étranger dans les ghettos de Soweto (Johannesburg) en mai 2008, l’expulsion musclée des candidats à l’immigration par les autorités libyennes et marocaines. Tous ces événements  posent question et rudoient  l’idéal de solidarité à l’africaine. Le leadership naturel de l’Afrique du Sud dans la conduite de la politique de la RAF depuis 1997 * n’a en rien imprégné les pratiques des populations autochtones des notions de solidarité fraternelle. La conséquence logique qui découle de tout ce qui précède, c’est l’appréhension relative et la compréhension somme toute faible  du concept de la RAF par les jeunesses africaines (des villes et campagnes) principalement visées par le discours, du moins dans son volet philosophico-historique. 

Aussi,  comment rendre intelligible pour tous ceux qui  se sont « choisis »,  ceux qui « se subissent » africains et ceux qui ont opté pour un juste milieu,  l’impératif d’une RAF, étant entendu qu’elle n’interpelle  pas, ni de la même façon ni avec la même importance,  toutes les couches populaires  et classes sociales des « 53 Afriques » ? 

La non prise en compte de ces questions peut expliquer en partie les échecs des tentatives d’unification des pays du continent qui se sont succédé. Elles suggéraient des pistes de réflexion sur les raisons de la difficile cohabitation entre groupes ethniques ou sociaux qui ont été, pour certains, « forcés » à vivre ensemble, à la faveur des découpages arbitraires des frontières au plus fort des conquêtes coloniales. Ces groupes aux profils si divers n’ont donc pas toujours demandé à vivre ensemble. Disensus ethniques souvent entretenus par les politiques en mal de légitimité populaire (tribalisme d’État). 

Refermons cette parenthèse sur l’africanité par les mots du sociologue et journaliste Ndongo Mbaye(9) : « Une première réalité s’impose de manière flagrante : (l’africanité) est seule. Que véhiculent les concepts (si tant soit peu qu’ils existent ?) d’européanité, d’américanité, d’asiaticité, d’océanité ? Rien. Ou en tout cas rien de palpable tant dans une dimension et une perspective historique, sociologique, économique que culturelle et politique. Dès lors, l’africanité ne serait-elle pas une sorte de monstre du LLoch Ness, d’Arlésienne dont on parle, mais que personne n’a jamais vu ? N’est-elle pas une simple commodité lexicale dont la signification chercherait en vain son sens ? Et à supposer même qu’elle  existe, il faudrait  poser les fondements de la réalité de se représentation et de son auto-représentation(…)Etant entendu que la vision de l’Africain sur son ‘’Africanité’’(supposée ou présupposée) ne sera sûrement jamais la même que celle dont on l’affuble , aussi riches et scintillants qu’en soient les oripeaux , que peut signifier ‘’africanité’’ pour les paysans de l’Afrique profonde , pour les éleveurs des contreforts du Fouta-Djallon , pour le commerçant dioula , pour le pêcheur lebou ou pour le Dogon ? Parlez-lui de valeurs et de traditions africaines eu égard à son ethnie, à sa tribu , à son aire de vie , à son cercle d’us et coutumes : il vous comprendra mieux. »  

En guise de conclusion pour ce chapitre 

A tout prendre, à trop déconsidérer des spécificités qui apparaissent sans doute infinitésimales,  mais pas négligeables pour autant aux yeux des louangeurs de la RAF,  en privilégiant  une approche globale qui trop embrasse mal étreint, en excluant celui qui ne nous ressemble pas du point de vue de la culture et de la morphologie, le concept rencontre finalement si peu d’écho favorable. Auprès de qui ? Auprès de ceux qui, comme nous, sommes convaincus que l’africanité est nécessairement métissée et toujours en train de se  faire et se défie aujourd’hui d’une quête du absolu et excluante du typique ou de l’authentique. Le temps et les gens s’inscrivent dans la dynamique, le changement, moteur de l’Histoire. Une certaine base, fût-elle minoritaire, partage cette conviction, émancipée qu’elle est des extrémismes militants et autres suprématismes de mauvais ton. Cette base minoritaire reste mêmement convaincue que le combat en lui-même reste valable, noble et nécessaire. Et l’histoire nous enseigne que sans la base, toute révolution reste vaine. 

Bien plus , à trop souvent évoquer et associer  la RAF à l’histoire des seuls Noirs et  à la reconquête des  splendeurs évanouies de la civilisation égypto-pharaonique (négroïde comme on le sait ) , l’on entérine  un  risque important d’ostracisme  du fait de la racialisation  , ou à tout le moins ,  de la  coloration mélanique des espaces, des temps et des acteurs de la RAF. On peut déplorer, à la décharge des  afrocentristes anti-Maghreb, la faible volonté de certains pays arabes du continent à se fédérer à la cause des peuples subsahariens (noirs), et l’on ne saurait forcer des gens à vivre ensemble s’ils n’en manifestent pas le désir ni n’en voient l’intérêt. Soit. Mais on pourrait  aussi pousser plus loin le vice  en relativisant les critiques virulentes des afrocentristes vis-à-vis des populations noires réfractaires à l’unité* ; car nombre de groupes ethniques ont été « forcés » à cohabiter, nolens volens, sur des espaces géographiques  colonisés, transmués en  un ensemble d’États en carton, à la faveur des découpages arbitraires des frontières initiés par l’Internationale Coloniale à la Conférence de Berlin en 1885. 

Proto-nations, nations en construction mais déjà en déliquescence , délitement des Etats  sous la pression de la dictature des marchés , le primat des intérêts nationaux sur les urgences d’ordre continental , telles sont entre autres problématiques celles  qui rendent plus qu’incertaines l’avènement d’une Union politique , économique et socioculturelle des 53 Afriques.  Nous reviendrons ultérieurement sur l’importance relative (à notre avis) de l’unité comme préalable à la mise en branle de la machine RAF

Terminons ce chapitre en soulignant combien la récurrence de ces « douces omissions » dans le langage commun qui construit le concept Renaissance Africaine  portent un discrédit à cet idéal  qui prétend au fédéralisme. Ce qui n’est pas la moindre faille de ce discours qui peine à se renouveler, en dépit de la cadence soutenue des changements sociaux sur le continent. 

Notes de bas de page : 

1. La diaspora africaine, involontaire, souligne le Pr Obenga, est d’invention occidentale, au sens où elle ne constitue pas une communauté ayant en partage un sentiment fort d’appartenance à un groupe homogène fixé sur le continent africain  et capable de se muer en force de changement, moteur des dynamiques externes. 

2. Myriam Houssay HOLZSCHUCH ( Lyon-ENS-LSH) in Faut-il chercher la Renaissance africaine à la ville ou à la campagne , www.cafe-geo.net 

3. voir le chapitre 2 : L’obsession afrocentrique des genèses, là où il est question de l’évocation récurrente d’un passé qui traduit la grandeur d’une civilisation nègre antérieure  dont l’héritage peut servir de matrice de réinvention de soi) 

4. La Renaissance Africaine en gros s’entend de l’expression d’une identité  collective singulière couplée à la production d’un espace de sens et d’un imaginaire régional africain, matrice de référents aux comportements des acteurs, en vue de sa matérialisation et de son institutionnalisation. Son but c’est principalement de revaloriser le passé de l’Afrique, réhabiliter les sociétés africaine, projeter une image positive de l’Afrique, combattre l’afro-pessimisme, militer pour la reprise en main de leur propre destinée par les africains et repositionner le continent sur la scène internationale en repensant le rapport  des pays africains  aux grandes puissances sur une base égalitaire. (La «  Renaissance Africaine » : Un discours sud-africain ? par Ivan Crouzel) 

5. Kossi EFFOUI, « Le théâtre de ceux qui vont venir demain », préface de l’entre-deux rêves de Pitagaba…acoria, Paris, 2000. 

6. Achille Mbembé, L’Africanité en Questions in Revue Africultures, 2001. 

7. Sylvie CHALAYE, « Les enfants terribles des indépendances : théâtre africain et identité contemporaine », L’Afrique noire et son théâtre au tournant du 20e siècle, Presses universitaires de Rennes, 2001, pp.17-24 

8. Pap NDIAYE est historien, spécialiste de l’histoire du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis, Maître de Conférences à L’2cole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, membre du comité scientifique du CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires de France). Il vient de commettre un travail d’importance qui comble  un vide qui sévissait jusqu’ici dans le domaine des études ethnographiques ou sociologiques  sur les Noirs de France en France  et la question vivace des discriminations raciales : LA Condition Noire. Essai sur une minorité française, Editions Calmann-Lévy, 2008, 436 pages. 

9.Ndongo Mbaye , extrait de l’article « A la recherche de l’Africanité » in l’Africanité en questions in Revue Africultures, 2001 

Prochain chapitre :     

L’obsession des genèses souvent au mépris d’une Afrique en mutation 

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Angolagate :Les pressions politiques exercées au nom des intérêts économiques français ne doivent pas entraver la justice

Posté par issopha le 6 octobre 2008

Angolagate


 

Les pressions politiques exercées au nom des intérêts économiques

 français ne doivent pas entraver la justice

 

Communiqué de Survie, le 6 octobre 2008

A l’heure où s’ouvre le procès dit de l’Angolagate, Survie dénonce les manœuvres politiques qui n’ont d’autre rôle que d’amener la justice à enterrer ce dossier. Pour Survie, la justice et le droit doivent primer sur les ambitions économiques de quelques entreprises françaises en Angola.

L’Angolagate, affaire des ventes d’armes présumées à l’Angola entre 1993 et 2000, est un des plus gros scandales de « trafic » d’armes de ces dernières années. Ses protagonistes, notamment les hommes d’affaires français Pierre Falcone et israélo-franco-russe Arcady Gaydamak, sont soupçonnés d’avoir organisé la livraison de chars, d’hélicoptères, de navires de guerre et de munitions au régime du président José Eduardo Dos Santos pour un montant de 790 millions de dollars, sans l’autorisation des autorités françaises, afin d’alimenter une guerre civile qui, de 1975 à 2002, a fait plus de 500.000 morts. Pierre Falcone et Arcady Gaydamak auraient perçu la moitié des 790 millions de dollars rapportés par ces ventes, avant d’en redistribuer une partie pour asseoir leur influence en France. Une quarantaine de personnes, dont Charles Pasqua, Bernard Guillet, Jean-Christophe Mitterrand, Jacques Attali, Jean-Charles Marchiani ou l’ex député UMP Georges Fenech, impliquées dans cette affaire, sont également soupçonnées d’avoir bénéficié de juteuses rétro-commissions. Du côté angolais, les noms de plusieurs personnalités – non poursuivies – sont apparus, dont l’actuel président José Eduardo Dos Santos.

Depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République, la France cherche coûte que coûte à lever l’hypothèque de l’Angolagate qui empoisonne les relations entre les deux pays. Attirée par le nouveau statut de l’Angola devenu 1er producteur de pétrole en Afrique (sans oublier le juteux marché de la reconstruction d’un pays dévasté par vingt-sept ans de guerre civile), la France aimerait tirer un trait sur cette affaire. En déplacement à Luanda le 23 mai dernier, Nicolas Sarkozy a donné le ton : « Nous avons décidé de tourner la page des malentendus du passé » en promettant, par ailleurs, au président angolais que ce procès ne déboucherait pas sur de nouvelles mises en cause de personnalités angolaises. Le 11 juillet, dans une lettre adressée à l’avocat de Pierre Falcone, le ministre de la Défense Hervé Morin affirmait que le trafic d’armes n’était pas constitué puisque celles-ci n’ont pas transité par le territoire français. Ce n’était pas l’avis de son homologue Alain Richard (du gouvernement Jospin) à l’origine de la plainte en 2001, plainte jugée tout à fait valable puisque la signature des contrats d’armements a bien eu lieu en France. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris avait d’ailleurs validé la quasi-totalité de l’enquête menée par les juges Courroye et Prévost-Desprez. Enfin le 23 juillet 2008, à quelques semaines de l’ouverture du procès, la Chancellerie annonçait également la réintégration dans la magistrature de l’ex-député UMP Georges Fenech, l’un des prévenus.

Le solde du contentieux de l’Angolagate aurait bien des avantages économiques. Il permettrait d’ouvrir de meilleures perspectives pour les firmes françaises en Angola. Total y a d’importants intérêts et son directeur général, Christophe de Margerie, était de la délégation présidentielle lors du voyage de Nicolas Sarkozy en mai dernier. Areva s’intéresse quant à elle aux gisements d’uranium, tandis que le groupe Thalès s’apprête à fournir un système de communications sécurisées au gouvernement angolais.

Dans ce contexte, l’association Survie s’inquiète fortement des manœuvres et pressions politiques dans un dossier aussi grave où il est question de trafic d’armes, de trafic d’influence, de corruption et de financement illicite d’une guerre civile avec son cortège d’atrocités et ses milliers de morts. Non seulement le politique ne doit pas entraver la justice et s’immiscer dans le prétoire, mais les réseaux de la Françafrique à l’œuvre dans l’Angolagate doivent être jugés. C’est tout le sens de la rupture qu’avait proposée Nicolas Sarkozy en 2007.
En outre, il nous paraît dangereux que la France, en faisant primer ses intérêts économiques et géopolitiques sur le droit et la justice, poursuive cette politique qui tend à défendre les oppresseurs, les criminels et les trafiquants. Une bien sombre image de notre pays en Afrique et dans le monde.

Pour plus d’informations sur cette affaire, télécharger la fiche Angolagate. Quand la politique entre dans le prétoire, la justice en sort, téléchargeable (lundi 6 octobre à 9h30) sur :
http://survie.org/spip.php?action=redirect&id_article=1253

Afin d’interpeller l’opinion sur la « diplomatie business » de la France en Afrique et ses graves conséquences en terme de soutien aux dictatures et de pillage des ressources naturelles, Survie publie un dossier intitulé Diplomatie, Business et Dictatures. L’Afrique prise au piège françafricain, téléchargeable (lundi 6 octobre à 9h30) sur :
http://survie.org/spip.php?action=redirect&id_article=1254

Contact presse : Oliver Thimonier olivier.thimonier@survie.org Tél. : 01 44 61 03 25

--  Olivier Thimonier Secrétaire général olivier.thimonier@survie.org  Association Survie 210, rue St Martin 75003 Paris Tél. : 01 44 61 03 25 Fax. : 01 44 61 03 20 http://survie.org

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SCIENCES ET INITIATIVES POUR L’AFRIQUE : cycle de conférences du 04 au 18 octobre 2008

Posté par issopha le 2 octobre 2008

SCIENCES ET INITIATIVES POUR L’AFRIQUE :  

Cycle de conférences tous les samedis du 04 au 18 octobre 2008

  

COMMUNIQUE

SIA vous convie à participer à une initiative citoyenne. 

Comment ? En participant à l’éveil des jeunes africains du continent et de la diaspora aux sciences. 

L’objectif ? un développement maîtrisé POUR et PAR les peuples africains et leurs descendants.  

Dans l’immédiat, vous pouvez apporter votre soutien et contribution pour le financement de la caravane scientifique qui se déroulera très prochainement en Côte d’Ivoire, dès la fin octobre 2008. 

Les deux éditions de la caravane scientifique de SIA au Mali du 23 juillet au 11 août 2007 puis récemment du 26 juin au 28 juillet 2008 ont permis de passer de la parole à l’acte. 

Cette initiative concrète qui a rencontré un succès retentissant auprès des élèves, parents d’élèves, professeurs et des institutions éducatives est vivement souhaitée et désormais attendue sur place pour se poursuivre tout le long de l’année scolaire 2008-2009 en se basant sur l’implantation d’une maison de la science à Bamako et d’une maison de l’astronomie à Sangha en pays DogonAfin de poursuivre la caravane scientifique dans d’autres pays africains, dont Côte d’Ivoire, en cette fin d’année 2008, nous avons besoin de rassembler des fonds qui nous permettrons de disposer de moyens logistiques pour une durée de 2 semaines de caravane scientifique en Côte d’Ivoire.   SIA, dans un avenir proche, c’est aussi :  Construire des maisons des sciences bien équipées dans différents pays d’Afrique et de sa diaspora (à commencer par la maison de la science de Bamako dès l’année 2009), pour aboutir in fine à la création d’instituts de recherche panafricains.  

Participer ou favoriser le financement de recherches médicales (vaccins contre le paludisme, sida, drépanocytose…), archéologiques, …  Repérer les élèves les plus méritants (ce que permet aussi la caravane scientifique) et leur octroyer des bourses d’étude.  

Sciences et Initiatives pour l’Afrique
Association SIA, N° de compte à La Banque Postale : SCE 61 571 11 C
 

Conférence du 4 octobre 2008 SIA - La Science en Afrique
Conférence du 11 octobre 2008 SIA - La Science en Afrique

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Economiquement l’Afrique reste tres rentable pour les entreprises françaises

Posté par issopha le 31 août 2008

Comment vont les entreprises françaises en Afrique

Economiquement l’Afrique reste tres rentable

pour les entrepreneurs

 

 

Linternationalmagazine.com – Emmanuel Tixier , publié le 23/04/2008

Economiquement l'Afrique reste tres rentable pour les entrepreneurs
 

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Pour son 19ème rapport, le Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN) souligne la richesse indiscutable du continent le plus pauvre au monde et l’opportunité d’y investir. Malgré des zones d’ombres persistantes, à commencer par la corruption…

Un continent qui séduit malgré ses « vieux démons »

36 milliards de dollars d’investissements directs étrangers (IDE) en 2006… Jamais on n’avait autant misé sur le continent le plus pauvre du monde ! En 2004, le montant des IDE en Afrique était moitié moins élevé.

La preuve que l’attrait pour le Continent noir se confirme et s’accélère ces dernières années. La raison ? L’intérêt pour les richesses naturelles généreuses du continent s’est considérablement accru, et le climat économico-politique s’y améliore.

Les chiffres (2007) de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) inaugurent le rapport 2008 du Conseil français des investisseurs en Afrique (CIAN) sur un air étonnamment positif. Mais ne pas s’y tromper : en réalité, pour sa 19ème édition, le document du CIAN, publié par Le Moci, se veut « sévère, mais juste ». Car après les bonnes nouvelles – un taux de croissance continental à 5,7 % en 2006 (soit plus du double de la croissance de la zone euro, à 2,7 %) et des Etats, notamment pétroliers, qui n’ont jamais été aussi riches – vient le temps de la nuance et de la leçon : l’Afrique va mieux, mais elle pourrait aller davantage si le climat des affaires s’y normalisait sérieusement. Si les chiffres de la Cnuced sont positifs, tous ces indicateurs « sont valables à un instant T », précise l’organisation patronale.

La particularité du rapport du CIAN est surtout de refléter le sentiment des entrepreneurs français installés sur le Continent, et de laisser présager de leur confiance, ou pas, dans la pérennité de leurs affaires. Or cette année, le baromètre CIAN, auquel ont participé près de 400 entrepreneurs affiliés, révèle « une image très moyenne et souvent médiocre de l’environnement qui accompagne les affaires en Afrique ». « L’osmose du développement n’est possible qu’avec un secteur privé dynamique et un Etat fort qui fait respecter le droit », souligne Anthony Bouthelier, vice-président du CIAN.

Ce sont donc les Etats « prédateurs » qui sont visés par le rapport. La carte des contrôles fiscaux, réalisée à partir des appréciations faites sur place par les entreprises, définie trois zones : le Maghreb et l’Afrique australe, où les contrôles fiscaux sont effectués sans « problème majeur » ; et entre ces deux régions, une zone où le fisc fait du zèle, voire agit de façon « complètement démentielle », à raison parfois de trois à quatre contrôles dans la même année, indique la carte. Des pays comme le Cameroun, le Mali, la Côte-d’Ivoire, la République centrafricaine ou encore la République démocratique du Congo (RDC) sont ainsi épinglés pour leur tendance au « harcèlement fiscal ».

Une Afrique toujours très plurielle

Outre les abus commis par ces autorités, se cache encore et toujours la corruption. « Finalement, le « harcèlement fiscal » est le résultat pernicieux des règles anti-corruption, qui sont de plus en plus strictes », analyse Stephen Decam, secrétaire général du CIAN. Afin de compenser leur manque à gagner, certaines administrations se montreraient plus subtiles dans l’exercice de leurs prérogatives de contrôle fiscal…

Dans le haut du tableau des pays où la corruption se fait le plus sentir : le Bénin, le Nigeria, le Tchad, la RDC, le Congo-Brazzaville, le Cameroun, le Kenya, la Côte-d’Ivoire, et même le Maroc, qui reçoit par ailleurs l’une des meilleurs notes pour son environnement propice aux affaires.

En terme d’infrastructures, le rapport observe que le réseau routier demeure faible en Afrique centrale, alors qu’il s’améliore au Maghreb. Quant aux chemins de fer, ils sont « satisfaisants » au Maghreb, mais insuffisants en Afrique de l’Ouest. Les infrastructures aéroportuaires et portuaires sont globalement convenables en Afrique de l’Ouest et au Maghreb, tout comme les télécommunications. Pour l’ensemble de l’Afrique, le rapport se satisfait de la bonne implantation du secteur bancaire.

Mais au final, le Maghreb donne la meilleure impression d’environnement favorable, suivi de l’Ouest, de l’Afrique australe, et enfin de l’Afrique centrale, qui cumulerait travail « informel », et un haut degré de corruption et de fraude.

Le paradoxe d’un continent qui séduit

Mais même dans les lieux où l’environnement économique et social semble peu propice, les entrepreneurs français font des affaires. En Côte-d’Ivoire, cinq ans après le début de la rébellion, la grande majorité des entreprises tricolores voient leurs chiffres d’affaires repartir.

Et l’intention d’investir dans ce pays a augmenté de 20 % entre 2006 et 2008. Car le contexte souvent difficile « n’empêche pas les opérateurs, moyennant de gros efforts de gestion, de poursuivre des activités prospères aux résultats plutôt satisfaisants », note le rapport, qui évoque une promesse africaine fondée sur les ressources naturelles, humaines, et le grand potentiel de croissance du continent. Ainsi, le Cameroun ou le Mali offrent « de bonnes perspectives aux entreprises ».

Selon la Cnuced, 400 milliards de dollars auraient été détournés du Continent noir, en l’espace de trente ans, soit le double de sa dette. De quoi « s’interroger sur l’impact de l’aide publique à l’Afrique », observe le président du CIAN, Gérard Pélisson.

Selon le Conseil français des investisseurs en Afrique, ce chiffre est l’occasion de réaffirmer combien le secteur privé contribue au développement. « Néanmoins, nous ne sommes pas des agences de développement, tient à rappeler Stephen Decam. Mais pour des investisseurs, l’environnement doit être attractif, et garantir la pérennité des activités. Cela passe par un développement qui doit être durable. »

Six mois d’enquête, à travers 49 pays

Pour son 19ème rapport, le CIAN a, comme chaque année, envoyé un questionnaire aux 1 000 établissements français présents en Afrique et affiliés à l’organisation patronale. 400 d’entre eux ont répondu aux 37 questions portant sur le climat des affaires, en notant de 0 à 5 l’état des infrastructures, des administrations ou encore le coût des facteurs de production. Chaque entreprise a également renseigné l’évolution de son chiffre d’affaires, de ses résultats et de ses investissements.

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Commission d’enquête citoyenne sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda

Posté par issopha le 11 août 2008

Commission d’enquête citoyenne

sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda 

 Dossier réalisé par l’association SURVIE FRANCE

Plaintes visant des militaires français

 Compte rendu de la Conférence de presse organisée le 10 Mai 2006 à la LDH 

Six personnes qui s’estiment victimes d’actes accomplis au Rwanda, en 1994, par des militaires français de l’opération « Turquoise » se sont constituées parties civiles devant le Tribunal aux Armées de Paris. La LDH et la FIDH se sont constituées parties civiles à leur côté. 

Le 10 mai 2006, les avocats (M. Antoine Conte, M. Michel Tubiana, et M. Antoine Bernard) de ces parties civiles ont tenu une conférence de presse au siège de la LDH. Ils ont dénoncé le comportement du Parquet militaire qui cherche à paralyser l’instruction de ces plaintes – conformément à la volonté manifeste du Gouvernement. Le déroulement de la procédure témoigne de cette volonté. 

Les plaintes avaient été déposées le 16 février 2005 entre les mains du Juge d’instruction militaire. 

Dès le 27 avril, le ministère de la Défense faisait connaître son avis : tout en niant toute participation de militaires français à des crimes internationaux, le Ministère se disait disposé à apporter toute l’aide requise par la Justice. Cependant, le 7 juillet 2005, le Parquet militaire faisait savoir qu’il trouvait les plaintes peu vraisemblables et, conformément aux dispositions de l’article 86 du Code de procédure pénale, il demandait qu’avant toute ouverture de l’instruction, le Juge d’instruction entendît les plaignants pour vérifier leur crédibilité. Les plaignants personnes physiques ont donc été convoqués à Paris. 

Or, ceux-ci se trouvaient dans l’impossibilité absolue de se rendre en France n’en ayant pas les moyens financiers. En conséquence, le 6 octobre 2005, le Parquet militaire prenait des réquisitions demandant à ce que le Juge d’instruction  - soit délivrât une commission rogatoire internationale aux autorités rwandaises pour que ces autorités entendent à sa place les plaignants ; - soit se transportât sur les lieux, au Rwanda, afin de les entendre lui-même dans les conditions prévues à l’article 86 du Code de procédure pénale. On notera que, l’instruction n’étant pas encore ouverte puisque l’on en était encore à vérifier la « crédibilité » des plaignants (v. art. 86 Code de procédure pénale), ce Juge ne pouvait pas délivrer de commission rogatoire (v. art. 151 Code de procédure pénale). 

Dans ces conditions, il ne lui restait que le second terme de l’alternative – le transport sur les lieux – pour satisfaire le Parquet militaire. Le Juge d’instruction a donc décidé, par une ordonnance du 12 octobre 2005, de se rendre sur les lieux, conformément aux demandes du Parquet. Le Juge d’instruction s’est rendu au Rwanda entendre les plaignants au cours du mois de novembre 2005, malgré les mises en garde que le ministère de la Défense lui avait adressées en invoquant les « dangers » auxquels sa personne s’exposerait à Kigali. 

Enfin, le réquisitoire du Parquet militaire qui permettait l’ouverture effective de l’information a été pris le 23 décembre 2005. 

Toutefois ce réquisitoire ne concernait que deux des six plaintes. En effet, dans le même acte, le Parquet militaire requérait du Juge d’instruction qu’il déclarât les quatre autres plaintes « irrecevables » car le « préjudice » invoqué par les plaignants n’aurait pas été suffisamment caractérisé. Passant outre à cette partie du réquisitoire, le Juge d’instruction déclarait par une ordonnance du 16 février 2006, que les six constitutions de partie civile déposées par les six plaignants individuels, étaient recevables. 

Depuis lors, le Parquet militaire a lancé deux sortes d’offensives. D’abord, il a fait appel de l’ordonnance du 16 février 2006 en ce qui concerne les quatre constitutions de partie civile qu’il estime irrecevables. Son argument essentiel contre la recevabilité – à savoir l’absence de préjudice caractérisé  - est incompatible, en droit, avec la jurisprudence de la Cour de cassation. 

De plus il est scandaleux de contester que des personnes réchappées d’un génocide puissent éprouver un préjudice en raison de la perte de leurs proches et de leurs blessures personnelles. L’appel a été plaidé devant la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris qui rendra son arrêt le 29 mai. Si, par extraordinaire, la Chambre de l’instruction devait suivre le Parquet militaire et déclarer les quatre constitutions de partie civile irrecevables, il ne serait plus question d’instruire ces quatre plaintes. Ensuite, le Parquet militaire a requis la nullité du transport du Juge d’instruction à Kigali. 

Il vise, de la sorte, à remettre en cause toutes les constitutions de partie civile individuelles – et non pas seulement les quatre dont il conteste, par ailleurs, la recevabilité. En effet, le Parquet espère sans doute que, dans l’hypothèse où il aurait gain de cause, il lui serait possible de solliciter l’annulation de toute la procédure consécutive à la descente sur les lieux de novembre 2005. Au soutien de sa requête, il fait valoir qu’en territoire étranger et en l’absence de convention internationale d’entraide judiciaire, le Juge français n’avait pas le pouvoir d’entendre lui-même les plaignants, n’hésitant pas à se contredire, lui même en ayant fait la demande au Juge. Son argumentation n’est pas sérieuse car, en l’absence de traité, le consentement de l’État étranger suffit à lever l’obstacle que la souveraineté de cet État oppose à l’accomplissement de la mission du Juge d’instruction français. 

Ce consentement n’a pas à revêtir de formes particulières. Or, en l’espèce, on ne peut pas sérieusement contester que les autorités rwandaises aient consenti puisque le Juge d’instruction, après les avoir informées de sa mission, a obtenu leur visa et a été reçu par elles, à plusieurs reprises, à Kigali. Cette question devrait être plaidée fin mai devant la Chambre de l’instruction de la Cour d’appel qui rendra son arrêt à une date encore inconnue. 

Les avocats ne se sont pas contentés de décrire les étapes de la procédure en pointant les faiblesses et les incohérences de l’argumentation du Parquet militaire. Ils ont également insisté sur deux points. D’abord, ils ont souligné le refus du Gouvernement – auquel est subordonné le Parquet – de voir, non seulement jugés, mais même simplement instruits à charge et à décharge, les faits reprochés aux forces françaises. 

Tout continue de se passer comme si les autorités civiles et militaires françaises redoutaient que la moindre lumière puisse être faite sur le soupçon d’implication française dans le génocide et les crimes qui l’ont accompagné. Ensuite, ils ont effectivement rappelé que les militaires qui sont immédiatement visés par les plaignants ont agi dans le cadre des missions que leur avaient assignées leurs supérieurs conformément aux décisions arrêtées au sommet de l’État. C’est donc à ce niveau que se situe la responsabilité première des faits dont le Tribunal aux Armées de Paris est saisi. 

C’est sans doute pour cela que le Parquet militaire met tant de zèle à paralyser le déroulement de l’instruction. 

Survie France  http://survie.org/Genocide-des-Tutsi-au-Rwanda-Revue 

Génocide des Tutsi au Rwanda (Revue de presse Nov 2005-Janv 2006) mercredi, 1er février 2006 

La france au Rwanda : exercice d’autodéfense Des témoignages accablants pour l’armée française lors de l’Opération Turquoise, en 1994 qui déclenchent une offensive médiatique. Le Soir, 21 janvier 2006 Kigali, envoyée spéciale 

Pierre Péan n’était pas un tireur isolé. Son pamphlet (1) faisait partie d’une offensive médiatique généralisée, prenant pour cible le régime de Kigali et son président, Paul Kagame. En effet, une demi douzaine de livres ont été publiés quasi simultanément, (2) reprenant tous les mêmes thèmes, la responsabilité du FPR dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, présenté comme l’élément déclencheur du génocide, les massacres commis par le FPR à l’encontre des Hutus, ce qui mène à la thèse du double génocide. Tous ces auteurs, qui visiblement se connaissent, s’épaulent et s’inspirent, puisent aux mêmes sources, l’enquête du juge anti- terroriste Bruguière, présentée comme achevée depuis deux ans et qui n’est connue que par des « fuites » privilégiées et le témoignage d’un transfuge du FPR, Abdul Ruzibiza, qui se définit comme un membre du « network », le commando tutsi qui aurait abattu l’appareil présidentiel et qui a été amené de Kampala à Paris par les services français qui l’avaient rencontré lors de l’Opération Artemis en Ituri en 2003. A Kigali on se demande quelle est la raison de ce tir groupé, onze ans après la fin de la guerre. Une tentative de déstabilisation serait-elle en préparation, précédée par un lynchage médiatique en bonne et due forme ? Essaierait-on de miner la légitimité du régime en assurant que, désireux de conquérir tout le pouvoir, Kagame et les siens auraient délibérément sacrifié les Tutsis dits de l’intérieur ? La raison de ce déchaînement révisionniste est peut-être plus simple, et plus embarrassante pour une armée française désormais sur la défensive. En effet, le procureur du Tribunal aux armées de Paris, seule instance habilitée à juger les militaires en mission à l’étranger, a ouvert une information judiciaire pour « complicité de génocide ». C’est l’aboutissement d’une plainte déposée en février dernier par six Rwandais victimes du génocide, qui ont mis en cause le comportement de l’armée française entre juin et août 1994. A ce moment, l’Opération Turquoise, autorisée par les Nations Unies, avait permis aux Français de créer une « zone humanitaire sûre » (ZHS) dans le sud-ouest du pays. L’objectif officiel était de protéger les Tutsis victimes du génocide. En réalité, cette opération fut contestée dès le départ, le FPR la considérant comme un ultime soutien aux forces gouvernementales en déroute, qui se rassemblèrent d’ailleurs dans la ZHS avant de traverser la frontière en direction des camps du Kivu. Aujourd’hui les langues se délient au Rwanda et les témoignages se multiplient, décrivant les ambiguïtés de l’attitude des militaires français. La juge d’instruction du Tribunal aux armées de Paris, Brigitte Raynaud, s’est rendue au Rwanda en décembre dernier pour y auditionner des plaignants. Les témoignages portent plus particulièrement sur la tragédie qui s’est déroulée sur les collines de Bisesero, où les militaires français auraient attendu trois jours avant de venir secourir des Tutsis survivants et à Murambi, où l’une des plaignantes, Auréa Mukakalisa a assuré à la juge que « des miliciens hutus entraient dans le camp et désignaient des Tutsis que les militaires français aidaient à sortir du camp ». L’information judiciaire ouverte en France ne concerne que deux des six plaintes déposées, les autres n’ayant pas été jugées recevables par le procureur. Ce premier pas a déjà suscité de vives réactions en France : la Ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a jugé « inadmissibles » les dénonciations du comportement des militaires français, l’un des responsables de Turquoise, le colonel Hogard a publié un ouvrage défendant l’action de ses hommes (3) et le général Lafourcade, qui dirigeait l’Opération Turquoise, s’est également justifié dans la presse. La juge Raynaud, bien que démissionnaire, poursuivra cependant ses investigations, même si, avant de se rendre au Rwanda le Ministère de la Défense lui avait fait savoir qu’il jugeait ce déplacement inopportun pour des raisons de sécurité, invoquant la publication imminente de deux ouvrages qui allaient remettre le Rwanda sous les feux de l’actualité (ce qui démontre d’ailleurs que la publication de ces livres n’était pas fortuite). 

Au Rwanda, des rescapés se pressent désormais devant le bureau du Procureur, désireux de faire entendre leur version de l’histoire. Nous livrons ici quelques uns de ces témoignages, dont certains ont été communiqués à la juge française lors de son séjour à Kigali et dont d’autres sont inédits. Colette Braeckman (1) Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs, édition Mille et une nuits (2) Lieutenant Abdul Joshua Ruzibiza, Rwanda, l’histoire secrète, éditions du Panama, 

(3) Charles Onana, avec préface de Pierre Péan, Les secrets de la justice internationale, enquêtes truquées sur le génocide rwandais, éditions Duboiris, Sous la direction du même auteur : Silence sur un attentat, le scandale du génocide rwandais, éditions Duboiris, Jacques Hogard, Les larmes de l’honneur, 60 jours dans la tourmente du Rwanda, éditions Hugo.doc Alors que la France célèbre avec émotion le 10eme anniversaire de la disparition de François Mitterrand, le génocide au Rwanda, qui eut lieu à la fin de son « règne » suscite une étrange fièvre éditoriale. Certes, aucun commentateur n’a le mauvais goût de rappeler que le défunt chef d’Etat, vénéré des Français, défendit jusqu’au bout le régime Habyarimana, envoyant même un avion spécial à Kigali pour ramener à Paris sa veuve et ses enfants, qu’il fut l’un des premiers à évoquer « le double génocide », thème favori des révisionnistes et que c’est le Premier Ministre Balladur qui, à l’époque de la cohabitation, freina les ardeurs guerrières d’un chef d’Etat qui voulait à tout prix empêcher le FPR de conquérir Kigali.  Cependant, si le Rwanda est biffé de toutes les cérémonies du culte mitterrandien, il est curieusement présent sur le plan éditorial. Comme si, onze ans après, il était urgent d’allumer des contre feux. Pour quel incendie ? Car enfin, si la juge des armées vient à conclure que des soldats français engagés dans l’Opération Turquoise se sont mal comportés et doivent être sanctionnés, pourquoi toute l’institution militaire devrait elle se sentir visée ? On ose croire que, lorsque certains militaires fraternisaient ou collaboraient avec les extrémistes hutus, ils agissaient à titre individuel et non pas sur ordre de leurs supérieurs. Rappelons que, lorsqu’il se confirma que des militaires belges avaient commis des exactions en Somalie en 1993, ces hommes furent sévèrement sanctionnés mais sans que l’armée belge ou l’Etat ne se sentent ébranlés pour autant. (Il en alla autrement lors de la mort des Casques bleus en 1994 et de l’abandon du Rwanda par la Belgique officielle…) Faut il croire que lorsqu’un militaire français est mis en cause, c’est la France, en tant qu’Etat, qui se sent attaquée ? Si tel était le cas, notre grand voisin ne différerait guère des Etats-Unis, qui refusent pour leurs soldats la juridiction de la Cour pénale internationale… En dressant des rideaux de fumée pour masquer ses ambiguïtés au Rwanda ou ailleurs, en refusant de regarder en face les compromissions du passé, en refusant toute forme d’excuse, la France s’enfonce dans son malentendu avec l’Afrique. Ce n’est pas une loi qui dira les bienfaits de la colonisation, cette reconnaissance là doit venir des peuples eux-mêmes. Les Africains devraient, sans arrière pensées, pouvoir rejoindre Paris dans son légitime combat pour l’exception culturelle et contre l’uniformisation du monde. Mais en se solidarisant avec les erreurs commises hier au Rwanda, la France d’aujourd’hui donne le sentiment qu’elle n’a pas changé et fournit elle-même des arguments à ses rivaux en Afrique. Constater cela, avec tristesse, ce n’est pas être hostile à notre grand voisin. C’est croire, au contraire, que ce pays là vaut mieux que ceux qui le défendent aujourd’hui si maladroitement.  Colette Braeckman 

Des témoins parlent et accusent la France 

  • Bernadette Mukonkusi, violée par le domestique des militaires français 

En 1994, je vivais à Kigali. Dès les premiers jours du génocide, mon mari avait été assassiné. Je m’étais cachée et j’avais été séparée de mes deux enfants. Après la victoire du FPR en juillet, lorsque je sortis de ma cachette, on me dit que les enfants avaient fui en direction de Gikongoro et se trouvaient dans la zone Turquoise, contrôlée par les Français. Lorsque je suis arrivée à Gikongoro, des Interhahamwe m’ont encerclée, interrogée. Une femme qui travaillait avec eux est allée chercher deux militaires français. Ils ont commencé par me poser beaucoup de questions, d’où je venais, ce que je faisais là. Entretemps, un des Interhahamwe m’a dit que mes enfants se trouvaient dans le camp de Kibeho. Les Français m’ont demandé où je comptais passer la nuit. Ils avaient établi leurs quartiers dans les installations de SOS Villages à Gikongoro. Ils ont accepté de m’embarquer dans leur jeep après avoir terminé la bière qu’ils prenaient avec les Interhahamwe. En arrivant, ils m’ont désigné une espèce de trou, un abri dans lequel on se cache en cas d’attaque. En me jetant une natte, ils m’ont dit que je pouvais dormir là. J’y suis restée jusqu’au soir, le camp était très éclairé. Soudain un Rwandais est venu me rejoinder dans l’abri et il a commencé à se déshabiller. J’ai eu peur, je suis sortie, mais les Français m’ont dit de retourner d’où je venais. Le type était sur la natte, il a voulu me prendre de force, je l’ai repoussé, j’ai crié. Un Français est venu voir ce qui se passait mais il n’est pas intervenu. L’homme m’a violée, avec brutalité, puis s’est endormi. Moi, je me suis enfuie, pendant que le Français me criait » mais où vas tu ?  » J’ai alors compris que mon violeur était le domestique des militaires français et qu’ils lui avaient fait un « cadeau ». 

  • Jean-Marie Vianney Nzabakurikiza 

En 1993, j’étais à Kibuye et je voyais que les Français étaient aux barriers pour contrôler les Rwandais. En 1994, je les ai vus donner des grenades offensives aux Interhahamwe. Ces derniers s’en servaient pour débusquer les Tutsis : ils lançaient ces grenades vers les bois, les massifs où nous étions cachés, et les rescapés étaient alors obligés de sortir de leur cachette, ce qui permettait de les tuer facilement. A Kibuye, avant de fuir vers le Congo, les Interhahamwe o,t systématiquement pillé la ville, ils ont tout détruit, et les Français qui étaient présents ont laissé faire, ils ne sont pas du tout intervenus pour les empêcher. 

  • Nshiyimana Gilbert 

Moi aussi je suis de Kibuye, né à Ruhengeri. J’étais présent lors de l’opération Turquoise et honnêtement, je ne peux pas dire que j’ai vu des Français sauver des gens. Lorsqu’ils découvraient des rescapés cachés dans les bois, ils les prenaient c’est vrai, mais c’était pour les confier ensuite aux Ihterhahamwe, pas pour les mettre en lieu sûr. Car les Interhahamwe tuaient ceux qu’on retrouvait. Depuis le début, lorsque j’avais vu les Français trier des gens aux barriers et arrêter avec l’artillerie l’offensive du FPR, je me suis dit que ces gens là n’étaient au Rwanda que pour servir de bouclier à Habyarimana, pour mener la guerre au FPR ; Moi, ma maison a été entièrement détruite à Kibuye, sous le regard des Français qui n’ont absolument pas bougé. Et vous voudriez me faire dire qu’ils étaient là pour le protéger ? 

  • Kayumba Bernard, ancien séminariste : à Bisesero, les Français nous ont désarmés 

En avril 1994, je me suis dirigé vers Bisesero. Nous marchions de nuit, allant de cachette en cachette. Bisesero est un endroit sur la hauteur, où d’où les Tutsis n’ont jamais été délogés. A mon arrivée, il y avait là plus de 50.000 personnes. Nous avions des armes traditionnelles, des arcs et des flèches, des lances, des couteaux, et nous tentions ainsi de repousser les Interhahamwe venus de Kibuye envoyés par le préfet Clement Kayishema. Nous avions même 13 fusils mais puisque personne ne savait s’en servir nous avions préféré les enterrer. Les Interhahamwe montaient vers nous avec des chiens, pour débusquer ceux qui se cachaient dans les buissons. Nous avons tenu jusqu’au 27 juin, nous avions faim, les blessés étaient nombreux. Le 27 juin, les Français sont arrivés, guidés vers nous par les Interhahamwe. Ils nous ont dit d’appeler ceux qui étaient cachés. Les gens sont sortis et ont demandé aux Français de les emmener. Les militaires français ont refusé, car ils n’étaient pas assez nombreux, et ont promis de revenir dans trois jours. En réalité, ils étaient venus avec une dizaine de camions, ils avaient des communications radio, et Kibuye n’était qu’à 30 km de là. Je leur ai alors demandé de nous tuer tout de suite, proprement, au lieu de nous abandonner aux Interhahamwe qui attendaient de nous massacrer à l’arme blanche. Après leur départ, la population a convergé vers nous : les Interhahamwe, avec des renforts venus de la ville, les civils avec des machettes. On devait entendre les cris, les explosions, les coups de feu jusque Kibuye. Nous avons perdu beaucoup de monde car au moment de l’assaut nous étions déjà très affaiblis. Lorsque les Français sont revenus le 30 juin, ils ont enlevé leurs armes traditionnelles à ceux qui survivaient encore. Arraché les arcs et les flèches, pris les lances, les bâtons et même les 13 fusils enterrés. C’étaient des armes auxquelles nous tenions, elles venaient de nos parents. A ce moment, nous n’étions plus que 1300 survivants, nous étions comme des animaux. Les Français nous ont alors donné à manger et nous ont emmenés vers Kibuye. Durant le trajet, j’ai vu qu’ils laissaient les Interhahamwe filer vers la forêt de Nyungwe avec leurs armes, pour qu’ils puissant s’y réorganiser. Lorsque nous avons choisi de rejoindre les lignes du FPR, notre évacuation s’est faite dans l’hostilité ; on nous a entassés dans des camions bâchés, nous manquions d’air et avons failli étouffer. On sentait bien qu’ils nous en voulaient. 

  • Nsengyumva Hamada, ancien militaire, actif dans les services de renseignement 

Alors que tous les Français étaient censés avoir quitté le Rwanda en décembre 2003, en mars 1994 il y avait encore trois Français au camp Bigogwe. Ils nous apprenaient l’usage de fusils de chasse et de lunettes de vision nocturne.  J’ai appris à tirer avec l’aide des Français. Dans nos exercices, il y avait des cibles en carton. Cela, c’était classique et normal. Mais sur les collines où avaient lieu les exercices, on nous pénalisait si nous visions ces cibles en carton. Les vrais objectifs, qui nous valaient des points et de l’avancement, nous devions les atteindre sur les vaches des pasteurs Bagogwe (un groupe de bergers apparentés aux Tutsis) Le sport pour nous, c’était d’avancer, couverts par les tirs de mortier des Français, de nous approcher des vaches et de leur tirer une balle entre les deux yeux… A la fin de l’Opération Turquoise, j’ai fui avec toute l’armée. Les Français nous ont laissés passer au Zaïre et là j’ai fait le grand tour du pays : je suis allé du Kivu jusque Tingi Tingi près de Kisangani, un camp de réfugiés qui abritait également des militaires, puis nous sommes allés à Lubutu, Obiro, Opala, Ubundu. Puis de Mbandaka, la capitale de l’Equateur nous sommes passés au Congo Brazzaville. La tactique était toujours la même : nous devions garder avec nous des populations civiles, comme une sorte de bouclier. Tout au long de notre odyssée à travers le Congo, lorsque nous fuyions les forces de l’AFDL (Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Congo) soutenues par le Rwanda, il y avait des Français avec nous, ils nous donnaient des habits militaires et des armes. 

  • Samuel Zirimwabagabo, ancien gendarme à Kibuye 

En 1994, j’étais gendarme à Kibuye, sur les bords du lac Kivu. Lorsque les Français arrivèrent à bord d’hélicoptères, c’était la joie, la population chantait et dansait, les autorités célébraient l’évènement. Travaillant à l’état major, je participais à des factions devant l’entrée du camp. Je voyais les Interhahame qui circulaient avec des épées, des houes, ils étaient vêtus de feuilles de bananiers, portaient des plumes de coqs. Ils cherchaient les Tutsis qui se cachaient encore aux alentours de la préfecture. Les troupes françaises se sont entretenues avec les chefs de la gendarmerie, afin de voir comment organiser la collaboration et maintenir la sécurité. Pour la journée, on cherchait des gendarmes qui parlaient bien le français, ils triaient les prisonniers selon leur région d’origine, puis on emmenait ces gens à l’économat technique ou dans un hangar. On les laissait là durant la journée et on leur donnait de l’eau. Quelques gendarmes entraient parfois pour les battre mais c’était tout. Après une semaine, nous avons vu des rescapés que l’on amenait, attachés par des cordelettes militaires, très solides. Le sous-lieutenant Emmanuel Ndajagimana collaborait souvent avec un militaire français appelé Sartre, qui venait boire avec lui dans le mess. Vers minuit, les lieutenants et sous lieutenant Ndagajimana et Masengeso étaient appelés . Ils amenaient au camp des gendarmes Abakiga (originaires du Nord, la région du président Habyarimana) Ces derniers commençaient alors à tuer les prisonniers. Nous on restait à l’extérieur et on suivait ce qui se passait. Tout allait vite, un seul cri et c’était fini : ils tuaient les déplacés en un seul coup sur la tête, avec des crosses, des bâtons. Les corps étaient évacués dans des camions couverts d’une sorte de toile de tente, pour camoufler le chargement. Les Français étaient aussi postés aux barrières, ils participaient au contrôle des gens. Les Interhahamwe étaient derrière eux et lorsqu’un Tutsi était attrappé, ils s’en chargeaient. Au retour, ils étaient couverts de sang. Avant leur départ de Kibuye, fin août 1994, les Interhahamwe ont commencé à piller la ville, à tout détruire. Les Français n’ont rien fait pour s’y opposer…Au contraire, ils levaient le pouce comme pour saluer leurs alliés et ils leur donnaient des habits, des morceaux d’uniforme. Sartre leur a même donné des armes, des munitions. 



Ce qui a manqué à l’opération « Turquoise », par Patrick May Point de vue 

LE MONDE 12.01.06 Le général Jean-Claude Lafourcade signe dans Le Monde du 5 janvier une défense des soldats de l’opération « Turquoise » au Rwanda en 1994, dont il était le commandant. Le général ne se trompe pas de cible, il se trompe de combat. Sans doute, l’opération « Turquoise » ne fut pas parfaite et elle a comporté des lacunes, comme l’affaire de Bisesero entre les 27 et 29 juin 1994, où des Tutsis sont morts faute d’un secours des Français, pourtant informés du danger qu’ils couraient. On peut deviner que ce n’est pas le seul endroit du Rwanda où l’armée française a fait preuve d’un manque de rigueur. Ce qui ne veut pas dire « complicité de génocide », sauf si l’on devait découvrir que c’est sciemment que les Français ont abandonné les Tutsis de Bisesero. L’honneur des soldats français n’est donc pas, dans l’état actuel du dossier, à mettre en cause ici. En revanche, ce que le général omet de dire, lorsqu’il cite les faits, c’est que la France a voté le 21 avril 1994 la résolution 912 du Conseil de sécurité des Nations unies, préconisant le retrait des casques bleus du Rwanda, s’alignant ainsi sur la lâcheté de la Belgique et des Nations unies et abandonnant les Tutsis à leurs bourreaux. Alors, un procès des défaillances de l’ONU et de ses responsables, comme le suggère le général ? Oui, si l’on inclut la France dans ces derniers. Ce que le général omet également de dire, c’est que l’opération « Turquoise » fut décidée en fin de génocide, dans la troisième semaine de juin 1994, lorsqu’il est apparu que le FPR, contrairement à toutes les prévisions, pourrait gagner la guerre (l’aéroport de Kigali était tombé depuis un mois). 

Ce que le général omet encore de dire, c’est que la France avait un passé chargé de coopération militaire avec le régime d’Habyarimana, lequel a imaginé, organisé et préparé le génocide des Tutsis. Dans ces conditions, l’ambiguïté de l’opération « Turquoise » était patente. Alors, venir affirmer que « seule la France a eu la volonté politique et militaire d’intervenir pour arrêter les massacres » relève de la farce de mauvais goût. Sans doute le général et ses soldats étaient-ils sensibilisés par le drame des Tutsis, mais il n’est pas crédible que la diplomatie française l’ait été. Laisser faire un génocide pendant deux mois et demi après avoir retiré les casques bleus et s’arroger les lauriers de la sensibilité humanitaire parce que l’on a monté tardivement une opération tampon entre belligérants, quoi de plus cynique ? On peut certes, avec Hubert Védrine, refuser de croire que la France ait eu la moindre intention de soutenir le génocide des Tutsis, mais elle a soutenu des gens qui l’ont orchestré, même si elle a exhorté – vox clamans in deserto – le régime Habyarimana à s’ouvrir à la démocratie. Le devoir de la France, depuis la création de la Radio-télévision libre des mille collines, la radio de haine anti-Tutsis du pouvoir, au printemps 1993, soit un an avant le génocide, aurait été d’avoir la lucidité de comprendre que le régime Habyarimana était sur le point de commettre l’irréparable et d’essayer de s’y opposer. Ce qu’elle n’a pas fait – pas plus que quiconque – alors qu’elle était la nation la mieux placée à l’époque au Rwanda pour le faire. (D’après certains témoins, elle aurait même fait le contraire, équipant les FAR longtemps après le début du génocide, faits qui ne sont pas absolument établis mais sur lesquels la France ne s’est jamais expliquée.)  Si la France avait eu des préoccupations humanitaires, elle aurait mis son veto à la résolution 912 et, le cas échéant, aurait monté son opération « Turquoise » fin avril et non fin juin. En mélangeant diplomatie et action militaire, le général Lafourcade espère peut-être atténuer, par la vertu de ses soldats, la responsabilité de la France politique dans les événements tragiques du Rwanda en 1994. Patrick May est le coauteur, avec Yolande Mukagasana, de La mort ne veut pas de moi (éd. Fixot, 1997). 



Enquête sur les « bavures » des soldats français au Rwanda Journal l’Humanité Rubrique International 

Article paru dans l’édition du 26 décembre 2005. Génocide . Le procureur du Tribunal aux armées de Paris a ouvert vendredi une information judiciaire pour complicité dans les massacres de 1994.  « La manifestation de la vérité, s’agissant du comportement de certains militaires français pendant le génocide, est maintenant possible », a estimé samedi William Bourdon, avocats de six plaignants rwandais. Après des mois de tergiversations, le procureur du Tribunal aux armés de Paris (TAP), seule instance habilitée à juger des militaires en mission à l’étranger, a ouvert vendredi une information judiciaire contre X… pour « complicité de génocide ». Cette décision est l’aboutissement d’une plainte déposée en février dernier par six Rwandais victimes du génocide de 1994, dans lequel ont péri près d’un million de Tutsi et de Hutu modérés. Les plaignants mettent en cause le comportement de l’armée française entre juin et août 1994. À cette époque, les Français sont retournés sous mandat onusien au Rwanda, pour créer au sud-ouest du pays une zone humanitaire sûre (ZHS). C’est l’opération « Turquoise », dont l’objectif officiel était la protection des victimes des tueries. Une version réfutée par les plaignants qui accusent les Français d’avoir laissé des miliciens hutu massacrer les Tutsi et même dans certains cas d’avoir eux-mêmes exercé des violences contre les rescapés. Les plaintes portent tout particulièrement sur les collines de Bisesero, où les témoins racontent que les militaires français ont assisté sans bouger au massacre de rescapés en fuite. L’autre cas est celui du camp de Murambi. Dans ce lieu présenté comme un refuge pour les survivants, « des miliciens hutu rentraient et désignaient des Tutsi que les militaires français obligeaient à sortir », a raconté une des plaignantes, Auréa Mukakalisa. L’ouverture de l’information judiciaire n’est pourtant qu’une « demi-mesure », a précisé Me Bourdon. Ce dernier parle d’information « pour l’instant incomplète » et de « dernières résistances incompréhensibles du procureur » qui n’a jugé recevables que deux des six plaintes déposées. Les quatre autres plaignants « ne peuvent se prévaloir d’un préjudice personnel et direct », a expliqué le procureur Jacques Baillet pour justifier sa décision. Mais au-delà de l’argument juridique, force est de constater que l’État français et son représentant, le procureur Baillet, ont tout fait pour stopper l’avance de la procédure. La juge d’instruction du TAP, Brigitte Raynaud, n’a été autorisée qu’au début d’octobre par le procureur à se rendre au Rwanda pour y auditionner les plaignants. Et quinze jours avant son départ, elle recevait encore une note du ministère de la Défense jugeant son déplacement à Kigali inopportun alors que la publication de deux ouvrages (voir ci-dessous) remettait le Rwanda sous les feux de l’actualité médiatique. En décembre, la ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, était même personnellement montée au créneau en jugeant « inadmissible que les militaires français puissent être accusés de cette façon et de choses qui la plupart du temps sont farfelues ». Puis il faudra attendre encore un mois entre le déplacement de la juge fin novembre et l’ouverture de l’information judiciaire, entraînant les protestations pour « déni de justice » de Me Comte, deuxième avocat des plaignants. Camille Bauer 



Un exemple caricatural de « négationnisme » Journal l’Humanité  Rubrique International/Article paru dans l’édition du 26 décembre 2005. Dans son livre Noires fureurs, Blancs menteurs, Pierre Péan déclare la guerre à tous ceux qui mettent en doute le discours élyséen sur le génocide. Présenté comme le livre qui établit enfin « la » vérité historique sur le génocide de 1994 et l’opération« Turquoise » au Rwanda, l’ouvrage de Pierre Péan (aux éditions des Mille et Une Nuits) vise essentiellement à faire contrefeu aux révélations publiées ces dix dernières années concernant les jeux plus que troubles de l’Élysée entre 1990 et 1994. La thèse structurant l’ouvrage est issue du discours officiel de Paris, celui là même que Monique Mas, auteur de Paris-Kigali 1990-1994 (Éditions L’Harmattan), résumait par cette formule en sous-titre : « Lunettes coloniales, politique du sabre et onction humanitaire pour un génocide en Afrique »… Seulement cette « onction » a désormais du plomb dans l’aile et ne peut plus servir comme vérité d’évangile. Pierre Péan choisit donc une autre tactique, héritée de l’extrême droite française d’avant-guerre, celle d’un Léon Daudet ou d’un Lucien Rebatet, multipliant les sous-entendus personnels à l’encontre de tel ou tel adversaire afin de déconsidérer son discours et, si possible, de le déshonorer personnellement.  Quelques exemples tirés de cet indigeste pavé aux relents racistes. Deux auteurs français, François Dupaquier et Jean-Paul Gouteux, sont déclarés hors jeu par cette « révélation » se voulant assassine : « marié avec une Tutsi ». Jean Carbonare – qui avait, l’année précédant les massacres, dénoncé la préparation méthodique de ceux-ci par les autorités alors en place à Kigali, sous les yeux des coopérants militaires français – « a recouvré d’anciens réflexes, ceux qu’il avait quand il militait pour le FLN et contre la France ». Bref un homme venu de « l’anti-France », jadis vitupérée par Michel Debré. Le chercheur Jean-Pierre Chrétien, « idéologue pro-Tutsi », n’est rien d’autre que « le cachet universitaire des sornettes du FPR ». François-Xavier Verschave (récemment décédé), un « paranoïaque ». Un délire qui s’étend aux institutions : RFI est-elle bien toujours « la voix de la France ou (celle) de Kagamé ? », s’interroge Pierre Péan, relevant que, outre Monique Mas, y officient « deux Rwandais d’origine tutsi ». Jusqu’au général des casques bleus Roméo Dallaire, dont on insinue qu’il ne restait pas insensible au charme des femmes tutsi. Il est vrai que l’officier canadien a publié un témoignage où il se montre critique sur le rôle de Paris comme sur les complaisances et hésitations onusiennes… La seule raison de parler ici d’un tel livre ne tient pas à son contenu (une compilation de ragots et de rumeurs distillés par des personnes proches de divers services occidentaux), mais à la campagne de promotion accompagnant son lancement. Sans doute n’est-ce pas seulement une coïncidence si celle-ci survient à un moment où la vie politique est agitée par certaine loi vantant les « bienfaits » de la colonisation française. Jean Chatain 



La France accusée de complicité de génocide au Rwanda Une information judiciaire contre X ouverte au Tribunal des armées de Paris.  Par Christophe AYAD, samedi 24 décembre 2005 La France n’en a pas fini avec le génocide rwandais de 1994 qui lui colle aux doigts comme un mauvais sparadrap. Le procureur du Tribunal aux armées de Paris (TAP), Jacques Baillet, a ouvert vendredi soir une information judiciaire contre X pour « complicité de génocide » à la suite d’une plainte de rescapés rwandais visant l’armée française. Six Rwandais tutsis avaient porté plainte contre X, par l’entremise de Me Willaim Bourdon et Me Antoine Comte pour « complicité de génocide et/ou complicité de crime contre l’humanité » en février 2005 devant le TAP. Témoignages. Dans un premier temps, le procureur avait jugé les plaintes insuffisantes pour ouvrir une instruction. Fin novembre, la juge d’instruction du TAP Brigitte Raynaud s’était déplacée au Rwanda pour compléter leurs témoignages. Ces derniers avaient accusé des soldats français d’avoir commis des viols, des meurtres, et laissé des miliciens hutus enlever des réfugiés dont ils avaient la protection, lors du génocide de 1994 qui a causé 800 000 morts, surtout tutsis. La plainte vise l’opération Turquoise, durant laquelle 2 500 militaires français, sous mandat de l’ONU, ont formé une zone humanitaire sûre dans le sud-ouest du pays. Couteaux. Dans son réquisitoire introductif, le procureur rejette la recevabilité de quatre des six plaignants, considérant qu’ils « ne peuvent se prévaloir d’un préjudice personnel et direct ». Auréa Mukakalisa, 27 ans au moment des faits, avait indiqué : « Des miliciens hutus entraient dans le camp et désignaient des Tutsis que les militaires français obligeaient à sortir du camp. J’ai vu les miliciens tuer les Tutsis qui étaient sortis du camp (…) Je dis avoir vu des militaires français tuer eux-mêmes des Tutsis en utilisant des couteaux brillants d’une grande dimension. » Innocent Gisanura, 14 ans en 1994, a évoqué les exactions commises à Bisesero : « Nous avons été assaillis et pourchassés par les miliciens [hutus], et j’affirme que les militaires français assistaient dans leurs véhicules à la scène sans rien faire. » La juge Raynaud va désormais enquêter. 



PARIS (AFP) – 24/12/2005 10h32 - Me William Bourdon, avocat des six rescapés rwandais qui accusent des militaires français, notamment de viols et de meurtres durant le génocide, estime que l’information judiciaire ouverte vendredi « est incomplète » du fait de l’irrecevabilité de 4 des 6 plaignants. « C’est une demi-mesure. Cette information reste pour l’instant incomplète du fait des dernières résistances incompréhensibles du procureur à permettre des investigations sans réserve », a expliqué samedi matin à l’AFP Me Bourdon, défenseur avec Me Antoine Comte des six plaignants. « Mais c’est un pas important et l’élargissement des investigations aux faits dénoncés par les quatre autres plaignants est inexorable », a ajouté l’avocat. 

Concernant la date d’ouverture de cette information, à la veille de Noël, l’avocat juge que « la volonté caricaturale de discrétion est assez dérisoire ». « Ce qui est important c’est que la manifestation de la vérité s’agissant du comportement de certains militaires français pendant le génocide est maintenant possible », a également indiqué Me Bourdon.  L’avocat ne juge « pas pensable » le recours au secret-défense. « Chacun sait que les travaux de la mission parlementaire (en 1998, ndlr) ont buté notamment sur le secret défense. La gravité des faits dénoncés et l’exigence de vérité ne rend pas pensable que le secret défense soit opposé à l’autorité judiciaire lorsqu’il sera question, et c’est nécessairement pour bientôt, d’avoir accès à l’ensemble des archives militaires et civiles pertinentes ». Le procureur du tribunal aux armées de Paris (TAP) a ouvert vendredi soir une information judiciaire contre X pour « complicité de génocide » confiant l’enquête à la juge Brigitte Raynaud. Six personnes, membres de la minorité tutsie du Rwanda, rescapées du génocide de 1994, âgées de 25 à 39 ans, ont porté plainte contre X pour « complicité de génocide et/ou complicité de crime contre l’humanité » en février 2005. Entendus fin novembre au Rwanda, ils avaient accusé des militaires français d’avoir, lors du génocide, commis des viols, des meurtres, et laissé des miliciens hutus enlever des réfugiés dont ils avaient la protection. 



Rwanda : la juge Raynaud va enquêter sur le rôle de l’armée française Par Emmanuel PARISSE 

PARIS, 23 déc 2005 (AFP) – Le procureur du tribunal aux armées de Paris (TAP) a ouvert vendredi soir une information judiciaire contre X pour « complicité de génocide » à la suite d’une plainte de rescapés rwandais visant l’armée française, confiant l’enquête à la juge Brigitte Raynaud. Six personnes, membres de la minorité tutsie du Rwanda, rescapées du génocide de 1994, âgées de 25 à 39 ans, ont porté plainte contre X pour « complicité de génocide et/ou complicité de crime contre l’humanité » en février 2005 devant le TAP. Les six plaignants entendus fin novembre au Rwanda par la juge d’instruction du TAP Brigitte Raynaud avaient accusé des militaires français d’avoir, lors du génocide de 1994, commis des viols, des meurtres, et laissé des miliciens hutus enlever des réfugiés dont ils avaient la protection. Dans son réquisitoire introductif, le procureur Jacques Baillet s’est prononcé contre la recevabilité de quatre des six plaignants, considérant que ces « personnes ne peuvent se prévaloir d’un préjudice personnel et direct, d’après l’exposé qu’elles ont fait devant la juge », a indiqué à l’AFP la même source judiciaire. 

« Elles ne peuvent se prévaloir de faits, à les supposer avérés, susceptibles de constituer le crime de complicité de génocide », a précisé cette source. Seuls les cas de deux rescapés du génocide, Innocent Gisanura et Auréa Mukakalisa, respectivement âgés de 14 et 27 ans en 1994, sont recevables aux yeux du parquet du TAP. Brigitte Raynaud est l’unique juge d’instruction du tribunal aux armées de Paris, dont les locaux se trouvent dans la caserne de Reuilly à Paris (XIIe arrondissement). Cette juridiction est la seule habilitée à instruire et juger des affaires impliquant des militaires français à l’étranger. 

La plainte vise l’opération militaro-humanitaire Turquoise (2.500 hommes, fin juin à fin août 1994), au cours de laquelle l’armée française, sous mandat de l’Onu, avait été chargée de former une zone humanitaire sûre (ZHS) dans le sud-ouest du Rwanda. Le génocide a fait près de 800.000 morts, selon l’Onu, essentiellement au sein de la minorité tutsie mais aussi parmi les opposants hutus.  Dans son témoignage recueilli par Mme Raynaud, Auréa Mukakalisa indiquait notamment : « Des miliciens hutus entraient dans le camp et désignaient des tutsis que les militaires français obligeaient à sortir du camp. J’ai vu les miliciens tuer les Tutsis qui étaient sortis du camp ». « Je dis et c’est la vérité, avoir vu des militaires français tuer eux-mêmes des Tutsis en utilisant des couteaux brillants d’une grande dimension », poursuivait-elle. Peu après le retour de la juge d’instruction du Rwanda, les avocats des plaignants, Mes William Bourdon et Antoine Comte, avaient dénoncé « un déni de justice » en l’absence d’ouverture d’information judiciaire.  Selon une source judiciaire à Paris, « l’affaire nécessitait une analyse juridique précise, et un examen précis de la plainte et donc du temps pour aboutir à une décision ». emp/sst/sd AFP 232122 DEC 05 



Les protestants et le Rwanda 

Réforme n°3156, 22 déc 2005 – 4 janv 2006. Non à la désinformation A propos de « Rwanda : protestants interpellés » (Réforme n° 3155, 15-21 décembre). La réponse de Jacques Maury, ancien président de la Fédération protestante de France, et de Marcel Manoël, actuel président du Conseil national de l’Eglise réformée de France. Tous deux démentent quelque implication des Eglises que ce soit. Non, Pierre Péan, pas cela ! 

Dans son dernier livre Noires fureurs, blancs menteurs, Pierre Péan prétend défendre l’honneur de notre pays, mis en cause à propos du rôle du gouvernement français et de notre armée lors du génocide de 1994 au Rwanda. La France s’en serait rendue complice par son soutien prolongé au régime du président hutu Habyarimana, dont l’assassinat fut le signal du déclenchement du génocide des Tutsis et des opposants hutus. Et lorsque, devant l’ampleur du drame et pour protéger les victimes, elle décida l’envoi d’un détachement militaire sous le nom d’opération Turquoise, des lenteurs inexpliquées dans le déploiement de ces troupes auraient encore alourdi sa responsabilité. Dans le développement de son « enquête », Pierre Péan ne craint pas de mettre en cause les institutions du protestantisme français. Par l’intermédiaire de Jean Carbonare, elles se seraient laissées manipuler par le gouvernement tutsi et son président, M. Kagamé, au point de faire partie d’un véritable complot « anti-France ». L’accusation pourrait faire sourire si elle n’était pas aussi insensée. C’est pourquoi, avec l’accord et le soutien des présidents actuels de la Fédération protestante de France, de la Cimade, de l’Eglise réformée de France et du Département français d’action apostolique (Defap), je tiens à exprimer cette sévère protestation contre des insinuations aussi malveillantes que gratuites.  Nos Eglises et institutions, lorsqu’elles sont interpellées sur des questions politiques et sociales, ont certes l’habitude de donner la parole à ceux qui veulent les voir dénoncer des injustices, mais de ne se prononcer, éventuellement, qu’après les avoir écoutés. En ce qui concerne le Rwanda, elles ont assurément entendu des témoins des réalités effrayantes du génocide. Mais on ne trouve dans le livre de Pierre Péan aucun texte les engageant officiellement, qui puisse corroborer les accusations de l’auteur. Mais il y a plus grave encore : Pierre Péan ne recule pas devant la mise en question de l’honneur de bien des personnes, et notamment de deux chargés de mission de nos Eglises et institutions : 

  • en premier lieu, Jean Carbonare (fidèlement assisté de son épouse), ancien équipier de la Cimade et du Conseil œcuménique des Eglises affecté à la direction du chantier de reboisement du Constantinois en 1962, immédiatement après la fin de la guerre d’Algérie ; il a été ensuite et pendant des années personnellement engagé au service du développement agricole de l’Afrique, en particulier au Sénégal. C’est alors qu’envoyé au Rwanda au début des années 1990, comme membre d’une équipe d’enquête de la Fédération internationale des droits de l’homme, il est devenu un partisan passionné de ceux qui lui paraissaient les plus menacés dans les conflits de cette période, comme l’a, hélas, confirmé le génocide des Tutsis. Je ne peux accepter que cet homme généreux soit mis au pilori comme il l’est, de manière acharnée, dans le pamphlet de Pierre Péan ; 
  • également accusé, sans preuve et à coup d’insinuations aussi malveillantes qu’absurdes : Gérard Sadik, chargé par la Cimade des relations avec l’OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), c’est-à-dire de l’accompagnement et de la défense des demandeurs d’asile devant cet organisme. Tâche dont il s’acquitte avec une compétence, une honnêteté et une persévérance exemplaires. Pierre Péan ne craint pas de l’accuser, avec deux autres, de porter une attention toute particulière à ce que l’OFPRA ne délivre pas le statut de « réfugié à des Rwandais qui n’ont pas leur agrément » (c’est-à-dire l’agrément des maîtres actuels du Rwanda). Avec cette mise en cause d’une intégrité professionnelle, dans un domaine aussi lourd de conséquences que celui des demandes d’asile, on est vraiment au niveau de l’insulte. On comprendra assurément que je m’en tienne là et me refuse à entrer dans une polémique généralisée sur tous les détails d’une « enquête » qui prétend défendre l’honneur de la France mais qui, par ses procédés, ne fait guère honneur à son auteur. 

Jacques Maury, pasteur, président d’honneur de la Cimade 

Rien dans les archives de l’Eglise réformée Puisque Pierre Péan, dans son livre, accuse nommément l’Eglise réformée de France d’avoir participé à une campagne de désinformation antifrançaise, j’ai parcouru nos archives à la recherche de ce qui pourrait motiver – déclaration synodale ou du Conseil national – cette affirmation.  Pendant la période incriminée, 1997-1998 : rien. Au lendemain du génocide, au synode régional 1994 Centre-Alpes-Rhône, un témoignage de Marguerite Carbonare – membre du synode – qui a été transmis aux Eglises locales de la région. Ni une prise de parti, ni une quelconque accusation antifrançaise, mais le tragique constat de la participation active aux massacres des Eglises rwandaises et de beaucoup de leurs membres, avec un appel à la vigilance et à la prière. Bref, si quelqu’un fait là de la désinformation, c’est Pierre Péan.  Le seul regret que j’éprouve, c’est de ne pas avoir suffisamment écouté les témoins courageux qui tentaient de nous alerter sur un génocide dont nous n’arrivions pas alors à réaliser la terrible dimension. Marcel Manoël, président du Conseil national de l’Eglise réformée de France. 



Rwanda Réforme n°3155, 15 – 21 déc 2005. Depuis quelques jours, la consternation se répand dans les institutions protestantes. Habitués à la discrétion, voilà que les protestants se trouvent interpellés et malmenés par le dernier livre de Pierre Péan, Noires fureurs, blancs menteurs. Eléments de la controverse. 

Des protestants interpellés Selon le journaliste et essayiste Pierre Péan, contrairement à l’idée communément admise, le Front patriotique rwandais (FPR) et son chef, Paul Kagamé, portent une responsabilité dans le déclenchement du génocide qui a frappé les Tutsis pour avoir programmé l’assassinat du président Habyarimana, l’événement qui suscita la répression hutue. Plus spécifiquement, Pierre Péan réévalue le rôle de l’armée française et de l’opération Turquoise, récusant l’idée que la France se serait rendue complice des responsables du génocide. Et dénonce, dans le même mouvement, des courants d’opinion qui, dans notre pays, pratiqueraient une véritable « haine de la France ». Au titre de ces derniers, des protestants et, en premier lieu, Jean Carbonare, fondateur et président de l’association Survie, qui aurait, selon Pierre Péan, entraîné les institutions protestantes – le Defap, la Cimade et même la Fédération protestante de France – dans une escalade politique visant à accréditer l’idée que la France se serait rendue complice du génocide au moyen de l’opération militaire baptisée « Turquoise ». Une situation complexe Soucieux de vérifier les allégations de Pierre Péan, nous avons sollicité les représentants de diverses institutions protestantes. Et là, surprise, peut-être peu habitués à être ainsi durement mis en question, nos interlocuteurs ont d’abord paru tétanisés, sinon très hésitants à se prononcer et nous renvoyant à une réponse collective et officielle à venir. Reprenons, en attendant, les faits. 

Il s’agit tout d’abord de l’honneur d’un homme qui paraît mis en cause. Jean Carbonare, paroissien de l’Eglise réformée de Dieulefit, est très vivement attaqué. Considéré par Pierre Péan comme un agent du FPR et, à ce titre, manipulateur capable de retourner et de manipuler une opinion trop crédule et sensible. Cet homme de conviction se tait pour l’instant, bouleversé, ne sachant comment répliquer. André Honneger, pasteur à Dieulefit au début des années 90, se souvient d’un militant très actif depuis qu’en 1992 la Fédération internationale des droits de l’homme l’avait désigné comme l’un des membres de la commission d’enquête sur la situation au Rwanda. « Lorsque le génocide a eu lieu, rappelle-t-il, Jean Carbonare et son épouse Marguerite ont multiplié les voyages là-bas. Chaque fois qu’ils revenaient, horrifiés par ce qu’ils avaient découvert, ils nous faisaient partager leur émotion. Ils défendaient la cause des Tutsis mais aussi celle des Hutus modérés, eux aussi massacrés par les escadrons de la mort. » Et le pasteur de souligner que les époux Carbonare ont toujours privilégié le dialogue au rapport de force, cherchant, certes, à mobiliser l’opinion, mais pour favoriser une aide humanitaire plutôt que pour encourager les conflits. « Jean et Marguerite Carbonare vivent leur engagement avec intensité mais aussi avec sincérité, confirme François Cassou, actuel pasteur à Dieulefit. Même si l’on peut comprendre que chacun d’entre nous ne soit pas capable de partager leur profonde implication, leur engagement mérite le respect. » Jacques Küng, secrétaire général de l’Eglise de Suisse romande, qui a formé des pasteurs au Rwanda pendant les années 80 et côtoyé les époux Carbonare, évoque leur dévouement, leur énergie à apporter une aide aux populations menacées. Mais pas question pour lui de les soupçonner d’être des agents du FPR, comme le laisse entendre Pierre Péan. Emportés par la force de leur conviction, Marguerite et Jean Carbonare auraient-ils cependant sous-estimé la complexité de la situation ? « Il est très difficile, quand la tragédie de l’Histoire est en marche, de garder l’esprit froid », réplique Jacques Küng. Du côté des instances protestantes Une telle implication a-t-elle pu emporter l’adhésion des instances protestantes ? Jean Tartier, président de la Fédération protestante de France au moment du génocide, reconnaît le rôle déterminant des époux Carbonare – et de leur collaborateur François-Xavier Verschave – dans la diffusion des sources : « C’est eux qui nous informaient sur la situation au Rwanda, dit-il. J’ai très vite eu le sentiment qu’ils avaient des convictions, mais pas au point de les considérer comme des partisans aveuglés. » La Fédération protestante aurait-elle été manipulée ? Ou au moins usé de naïveté dans cette affaire rwandaise, comme le suggère Pierre Péan ? « Certainement pas, souligne Jean Tartier. Lorsque j’ai pris connaissance de ce qui se passait là-bas, j’ai insisté sur la nécessité d’une concertation avec les protestants belges et suisses, très présents au Rwanda, afin de recouper les renseignements que nous recevions. Il est ressorti de nos échanges que la situation n’était pas aussi manichéenne que voulait le dire la presse, même si la responsabilité de Hutus dans le génocide ne faisait aucun doute. De la même façon, la responsabilité de l’armée française dans cette affaire me paraissait obscure. Elle méritait, selon nous, de faire l’objet d’une enquête. Cependant, nous sommes restés extrêmement prudents dans nos affirmations. » 

Jacques Maury, ancien président de la Fédération protestante, ne dit pas autre chose, qui réfute catégoriquement l’idée que les institutions protestantes auraient pu être manipulées par Marguerite et Jean Carbonare. Et auraient pris parti pour le FPR et Paul Kagamé. Il apporte aussi le plus vif démenti à l’idée que la Cimade, par l’intermédiaire d’un de ses équipiers dénoncés par Pierre Péan, aurait refusé d’accueillir des réfugiés hutus. Plus nettement encore, il s’insurge contre l’hypothèse d’une dénonciation de l’armée française par les instances protestantes. « Je mets au défi quiconque de trouver, parmi les déclarations officielles de nos représentants, de telles insinuations », souligne-t-il. Reste l’appui moral indéfectible que l’ancien président de la Fédération protestante continue d’apporter à Jean Carbonare, que Jacques Maury qualifie de « chargé de mission » pour les Eglises protestantes. Il conteste là aussi les hypothèses de Pierre Péan qui s’emploie en effet sur de longues pages à discréditer Jean Carbonare en soulignant les failles personnelles de celui dont il conteste les idées. Cette méthode n’éclaire pas le débat sur la responsabilité de Paul Kagamé dans la guerre civile au Rwanda ou sur le rôle qu’y jouèrent certains militaires français. Mais elle atteint profondément le cœur d’un militant sincère de la cause des droits de l’homme, selon Jacques Maury. Une atteinte à laquelle les protestants ne sauraient être indifférents. Frédérick Casadesus 



Pierre Péan, une vieillesse française. Le Gri-Gri International, 15 décembre 2005. Il est des critiques de livres que l’on se réjouit de faire. Il en est d’autres que l’on préfèrerait ne pas avoir à faire. Tel est précisément le cas. C’est que de Noires fureurs, blancs menteurs, le livre en questions, il n’est guère à tirer, excepté l’outrance et le fumet nauséeux. Saisi d’effroi au bout de quelques pages, le lecteur initié aura bien du mal à aller jusqu’au terme de sa lecture. Quant au novice, il finira rapidement épuisé, tant Pierre Péan, l’auteur, semble avoir une pensée à l’image de sa plume : confuse et hachée. 

En quelques mots, que veut démontrer Péan ? Deux points basés sur un postulat. Le postulat ? L’histoire récente du Rwanda est truquée. Sur cette seule base, ressortant de l’acte de foi, le voici lancé à la poursuite de ses deux obsessions : 1/ les victimes du génocide ne sont pas les victimes, mais les coupables ; 2/ François Mitterrand, alors responsable de la politique française, était un humaniste méconnu. Le problème, c’est que tout au long de cette soi-disant « enquête » (tel est l’intitulé du livre retenu par l’éditeur), l’auteur franchit allégrement, et avec une inconscience sidérante, toutes les lignes rouges. Sur un fond haineux, il n’hésite à aucun moment à tordre le cou aux faits, à mélanger la plus pure affabulation à quelques éléments factuels déjà connus, ou à broder d’imaginaires interprétations. Il ne s’agit visiblement pas pour Péan d’enquêter mais de démontrer. A tout prix. Au prix même du risque de la propagande. Deux remarques à l’appui. Pierre Péan ne s’est pas rendu au Rwanda, ce qui est gênant quand l’on prétend démontrer une « immense manipulation ». De même, tout à sa volonté de stigmatiser une prétendue « cinquième colonne » – dont l’auteur de ces lignes – il n’a pas pris la peine de décrocher son téléphone avant de mettre en cause ses « cibles ». Le résultat est écœurant et ressort du libelle, ces petits écrits à caractère diffamatoire qui pullulèrent en Europe dans la première partir du XXème siècle. Le général Dallaire, patron des forces de l’ONU au Rwanda est ainsi décrit comme un homme qui « méprise les africains francophones » et à la partialité avérée car il aurait « hébergé une Tutsi sous son toit ». Madeleine Mukamabano, journaliste de RFI, ayant perdu une partie de sa famille lors du génocide, aurait, elle « parfaitement » usé et joué du « rôle de rescapée de la barbarie hutu » afin de « séduire et convaincre les personnalités françaises ». Quant à Imma T. (une Tutsi, bien sûr), supposée mystérieuse espionne, Pierre Péan expédie son cas en quelques mots d’une redoutable et exécrable violence : elle « parlait bien et pleurait facilement ». 

L’auteur, tout à sa tâche et à sa volonté de violence, exprime également sur un ton qui se voudrait de l’évidence les pires clichés : les Tutsi, victimes du génocide, sont ainsi supposés constituer une « race » dont un trait de caractère serait l’immémoriale « culture du mensonge ». Cette « race » serait également parvenue à former « un lobby Tutsi » à la redoutable efficacité puisqu’elle dirigerait ses « très belles femmes » vers « les lits appropriés ». L’outrance de l’ensemble est telle que l’on en finit par se demander si la véhémence et la provocation ne sont pas volontaires. L’émotion, la polémique et le scandale visiblement recherchés par Péan créent nécessairement un trouble. Et ce trouble à l’immense avantage de permettre de gommes toutes les épineuses questions de ce dossier, dont la moindre n’est pas celle du rôle de la France au Rwanda. Finissons-en là. Pour relever deux points qui resteront longtemps – cela est écrit – source d’étonnement et de réflexion : 1/ sans le moins du monde s’interroger, une partie de la presse française a largement ouvert ses micros et ses colonnes à Pierre Péan ; 2/ selon le Canard Enchaîné, la « perception » par « l’entourage de Villepin » de la crise rwandaise « n’est pas éloignée de celle de Péan ». Patrick de Saint Exupéry. 



Ces plaintes rwandaises qui font gémir les armées Le Canard enchaîné, mercredi 14 décembre 2005 La réaction de Michèle Alliot-Marie est à la mesure de l’inquiétude de l’état-major, après la publication de plusieurs témoignages de Rwandais accusant les militaires français de passivité, voire de complicité lors du génocide de 1994. « Il est inadmissible que les militaires puissent être accusés de choses qui, la plupart du temps, sont complètement farfelues », a pesté la ministre de la Défense. 

« La plupart du temps », peut-être. Mais le reste du temps suffit, semble-, t-il, à semer la panique. La preuve, le ministère, épaulé par le procureur du tribunal aux armées, a tout tenté pour empêcher la juge d’instruction Brigitte Raynaud de recueillir ces témoignages. Six personnes, déjà citées par « Le Monde » (10/12), qui affirment avoir vu certains officiers se dérober au lieu de porter secours aux Tutsis massacrés par les miliciens hutus. Ou même prêter main-forte aux tueurs, voire profiter du chaos pour violer de jeunes réfugiées. Six témoins, cela ne fait certes pas une vérité révélée sur une tragédie qui s’est soldée par des centaines de milliers de victimes. Mais c’est peut-être assez pour chercher à connaître un peu mieux la vérité. Le zèle de Kigali  Dernier coup imaginé par le ministère pour bloquer les investigations de la juge d’instruction : ne pas lui délivrer de réquisitoire. L’instruction en cours a été ouverte sur des plaintes avec constitution de partie civile. Ce qui enclenche automatiquement l’action de la justice. Mais, en principe, le procureur doit alors requérir la poursuite de l’information. Faute de quoi la procédure risque d’être boiteuse. Cette astuce avait été précédée de deux autres manoeuvres de retardement. Le ministère de la Défense avait fabriqué une note, faussement attribuée aux services de renseignement et émanant en fait du bureau dit « des affaires réservées » (qui dépend directement du cabinet de la ministre et où se traitent les patates chaudes), attirant l’attention de la juge sur les prétendus dangers d’un voyage à Kigali. Ensuite, lorsqu’elle a passé outre, Brigitte Raynaud a été avisée, alors qu’elle était déjà sur place, par le zélé procureur du tribunal aux armées qu’il existait un doute sur la validité des auditions auxquelles elle était en train de procéder. C’est ce qu’elle raconte dans le « procès-verbal de transport » qu’elle a rédigé le 2 décembre après sa mission au Rwanda. Précisant, en outre, que les magistrats rwandais « attendent les commissions rogatoires internationales qu’ils mettront à exécution après la délivrance du réquisitoire introductif en France ». En clair, les Rwandais se montrent très désireux d’aider la justice française. Et souhaitent vivement qu’elle bouge.  Ces divers épisodes ne vont pas améliorer les relations entre Paris et Kigali. Le gouvernement rwandais a réservé le meilleur accueil à la juge, car il est ravi de voir s’allumer un contre-feu après la charge sans nuance de Pierre Péan, qui, dans son livre paru récemment, accuse les actuels dirigeants tutsis d’avoir massacré autant, sinon davantage, que les Hutus. L’accumulation de naines est telle que vouloir chercher la vérité, c’est déjà trahir un camp. Ou l’autre. Ou même les deux. Brigitte Rossigneux 



Rwanda : lourdes accusations contre des militaires français  Le Figaro Patrick de Saint-Exupéry (avec AFP) 

[12 décembre 2005] L’OUVERTURE d’une instruction judiciaire, après le dépôt au Tribunal des armées de Paris (TAP) d’une plainte contre X pour « complicité de génocide », semble aujourd’hui inéluctable. La teneur des témoignages recueillis, gravissimes puisque des militaires français participant à l’opération « Turquoise », déclenchée en juin 1994 au Rwanda, se voient accusés d’avoir assisté passivement à des exactions et même d’avoir tué des réfugiés, ne laisse guère d’échappatoire. Les dépositions des plaignants ont été enregistrées sur procès-verbal le 22 et 23 novembre à Kigali par la juge d’instruction Brigitte Raynaud, du Tribunal des armées de Paris (TAP). Six Rwandais, cinq hommes et une femme, ont alors confirmé leurs témoignages. Reproduites en partie dans la presse, les accusations sont terribles. « Nous avons été assaillis et pourchassés par les miliciens et j’affirme que les militaires français assistaient dans leurs véhicules à la scène sans rien faire », déclare Innocent Gisanura, 14 ans en 1994. Un autre plaignant, Auréa Mukakalisa, une femme âgée de 27 ans en 1994, assure avoir assisté aux événements suivants au camp de Murambi : « Des miliciens hutus entraient dans le camp et désignaient des Tutsis que les militaires français obligeaient à sortir du camp. J’ai vu les miliciens tuer les Tutsis qui étaient sortis du camp. » 

Réagissant à ces mises en cause, le ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, a déclaré trouver « inadmissible que les militaires français puissent être accusés de choses qui, la plupart du temps, sont complètement farfelues ». Il devrait donc revenir à la justice de faire le tri entre de possibles « éléments farfelus » et d’éventuels éléments plus sérieux. Pour ce faire, l’ouverture d’une information judiciaire paraît s’imposer. Pression sur la juge Cette affaire est extrêmement sensible. Voici moins d’un mois, le ministère de la Défense était directement intervenu auprès du juge Brigitte Raynaud, afin de la dissuader de se rendre au Rwanda, où elle entendait, compléter et enregistrer sur procès-verbal les témoignages déposés à Paris. L’ambassadeur de France à Kigali, Dominique Decherf, avait alors dû intervenir pour rendre possible le déplacement du magistrat. La plainte déposée le 16 février par deux avocats, Antoine Comte et William Bourdon, vise l’opération « Turquoise », déclenchée en juin 1994, mais aussi le rôle de Paris au Rwanda de 1990 à 1994, années durant lesquelles « la présence française » au Rwanda « est à la limite de l’engagement direct », a constaté en 1998 une mission d’information de l’Assemblée nationale. La plainte n’épargne pas les responsables au plus haut niveau de l’Etat français. Une note, datant du 28 avril 1994 et émanant du conseiller Afrique de l’Elysée, est ainsi citée. Tout comme une autre, datée du 6 mai 1994, rédigée par le chef d’état-major particulier (EMP) de François Mitterrand. 



Un livre réécrit l’histoire du génocide rwandais 

Dans un pamphlet sans nuances, Pierre Péan dénonce le « mauvais procès » fait à la France pour son attitude au Rwanda. La Croix, 12 décembre  Les ouvrages de Pierre Péan font toujours du bruit, et celui qu’il consacre au Rwanda ne fait pas exception. L’« enquêteur écrivain » procède, par un effet de miroir, au démontage systématique de tout ce qu’il appelle l’« histoire officielle ». Il revisite certains faits méritant enquête, comme l’attentat qui coûta la mort aux présidents rwandais et burundais ou les crimes commis par le Front patriotique rwandais (FPR), mais surtout, et c’est là que le bât blesse, une majorité de faits avérés, dont le génocide lui-même. Dès le préambule, le lecteur découvrira par exemple au détour d’une phrase que « le nombre de Hutus assassinés par les policiers et les militaires » du FPR « est bien supérieur à celui des Tutsis tués par les miliciens et les militaires gouvernementaux » : « 280 000 » tout au plus, et non 800 000 comme l’affirme l’ONU. Sur quoi s’appuie cette affirmation à l’emporte-pièce ? Sur un témoignage anonyme, lui-même rapporté par un témoin sujet à caution (p. 277). « La culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les Tutsis et, dans une moindre part, par imprégnation, chez les Hutus. » C’est à l’aune du sens de la nuance recelé par cette phrase que Pierre Péan donne sa version du drame rwandais et de ses racines. Non en enquêtant sur le terrain, non en donnant la parole à des analyses et à des témoignages divergents, mais uniquement en s’attaquant violemment à ce qu’il appelle le « cabinet noir » du FPR de Paul Kagamé, aujourd’hui au pouvoir au Rwanda. Un cabinet bien rempli, formé des journalistes ayant couvert le génocide, à l’exception du seul qui défende les mêmes thèses que l’auteur, et plus globalement de ceux qui ont osé affirmer que le rôle de la France avant et pendant le génocide n’avait pas été dénué d’ambiguïtés et de fautes. Sur ce point, il faut noter que les conclusions de la mission parlementaire d’information sur le Rwanda (1998) qui, malgré des manques criants, avait étayé certains de ces errements, sont ignorées comme l’est un autre rapport de référence, « Aucun témoin ne doit survivre », cosigné par Human Rights Watch et la FIDH. L’auteur néglige tout ce qui pourrait aller à l’encontre de sa thèse, mais prend pour argent comptant les plus improbables « messages secrets » du FPR censément captés par les Forces armées rwandaises (FAR) ou le témoignage d’un individu, Abdul Ruzibiza, publié par ailleurs. Le retournement de l’« histoire officielle » ne serait pas parfait si le camp des génocidaires n’était pas lavé de tout soupçon, voire glorifié. Pierre Péan réussit ce tour de force, au prix d’une révision de l’histoire rwandaise puisée aux sources les plus partiales et d’une impasse totale sur tous les faits démontrant la préparation minutieuse du génocide, qui passa notamment par la formation des milices de tueurs Interahamwes et l’achat massif de machettes. « Pour comprendre la stratégie rwandaise, écrit l’auteur, il faut constamment avoir en tête les frustrations, la colère et l’amertume des responsables d’un régime constamment méprisé, humilié par la communauté internationale. » Exploitant des archives de l’Élysée et du ministère des affaires étrangères, Péan s’emploie à démontrer la tiédeur de Paris à soutenir ce régime si injustement accusé.  Les erreurs involontaires passent au second plan, mais on ne résistera pas au devoir de signaler à l’auteur que l’ancien président Bizimungu, s’il est prénommé Pasteur, n’est en rien ministre du culte protestant. Plus sérieusement, on rappellera à celui qui enquête à distance, officiellement par crainte d’« être contraint de serrer la main » ou même de parler à l’une des nombreuses victimes de lynchage de ce livre, que les journalistes qui enquêtèrent sur le moment ne furent en rien « encadrés » par le FPR ou par quiconque. Et c’est bien le problème de fond qui justifia sans doute l’écriture de ce livre.Beaucoup, à l’image de Patrick de Saint-Exupéry dans son ouvrage L’Inavouable (Les Arènes, 1994), ont témoigné de ce qu’ils ont vu. La précision de leurs accusations, la qualité des responsables désignés appelait immanquablement une riposte, mais celle-ci, incarnée par l’ouvrage de Péan, tombe à plat, victime de ses outrances. L’histoire des crimes commis par le FPR, l’histoire du génocide et celle de l’implication française dans ses prémices restent à écrire. 



Des témoins du génocide rwandais accusent l’armée française (Reuters 10/12/2005) Six survivants du génocide de 1994 au Rwanda, déposant devant une magistrate française, ont accusé des soldats français d’avoir aidé les massacreurs à débusquer leurs victimes et d’avoir eux-mêmes commis des crimes, déclare leur avocat, Me William Bourdon. Ces dépositions ont été recueillies au Rwanda par la juge Brigitte Raynaud, chargée par le parquet de Paris de mener des vérifications préliminaires après le dépôt de plaintes par ces six personnes en février dernier. Me Bourdon a estimé que le parquet n’avait plus d’autre choix que d’ouvrir une enquête approfondie. « L’ouverture d’une information judiciaire s’impose encore plus aujourd’hui. C’est plus qu’une confirmation des accusations initiales, c’est accablant », a-t-il dit à Reuters. 

Les six témoins, cinq hommes et une femme de l’ehtnie tutsie, qui ont déposé plainte pour « complicité de génocide et complicité de crimes contre l’humanité », mettent en cause des soldats français engagés dans l’opération Turquoise, menée entre juin et août 1994 au Rwanda sous mandat de l’Onu. Huit cent mille Tutsis et Hutus modérés ont été massacrés d’avril à juin de cette même année par les milices et les militaires d’un régime que soutenait Paris. Dans leurs dépositions publiées en partie dans Le Monde daté de samedi, des plaignants accusent des militaires français d’avoir aidé les miliciens « Interahamwe », principaux auteurs du génocide, à agir dans le camp de réfugiés de Murambi, au sud de Gikongoro. Les Français laissaient entrer ces miliciens et des gendarmes dans le camp, a affirmé l’un d’eux. Ces miliciens désignaient des personnes que les militaires français auraient parfois tuées eux-mêmes au couteau. Les soldats français sont aussi accusés de viols. Des prisonniers auraient par ailleurs été emmenés en hélicoptère par des Français vers une destination inconnue. 

D’autres plaignants accusent des soldats français d’avoir, en juin à Bisesoro, incité plusieurs dizaines de milliers de Tutsis à sortir de leurs caches, avant que des miliciens hutus ne surviennent et ne les massacrent. Depuis 1994, la France a été mise en cause par plusieurs ONG pour son soutien au régime responsable du génocide. Une version pourtant très discutée, d’autant que le régime de Paul Kagamé, arrivé au pouvoir après le génocide, est lui-même accusé d’exactions. Une mission d’information du Parlement français a conclu en 1998 que la France avait bien sous-estimé la nature criminelle du régime rwandais mais n’avait eu aucun rôle dans le génocide.  Les autorités françaises soulignent que la France a été, avec l’opération « Turquoise », le seul pays à agir pendant le drame, alors que l’Onu et les autres membres du Conseil de sécurité ordonnaient le retrait du contingent de casques bleus présent sur place avant 1994. © Copyright Reuters 



Rwanda : les plaignants contre l’armée française ont maintenu leurs accusations devant la juge  9 décembre 2005 PARIS (AP) – Les six Rwandais qui ont porté plainte en février dernier contre l’armée française pour « complicité de génocide » ont confirmé fin novembre devant la juge d’instruction du tribunal aux armées de Paris (TAP) les accusations qu’ils avaient portées contre les militaires, a-t-on appris vendredi de sources judiciaires. Les avocats des six plaignants, Mes William Bourdon et Antoine Comte, réclament désormais qu’une instruction soit ouverte dans les plus brefs délais. 

Déposées le 16 février dernier, les plaintes n’avaient pas été jugées suffisamment étayées par le parquet du TAP pour lancer une information judiciaire. Il a cependant autorisé l’unique juge d’instruction du TAP, Brigitte Raynaud, à se rendre au Rwanda pour entendre les plaignants. Sur place les 22 et 23 novembre derniers, la juge a donc recueilli les témoignages des six plaignants, qu’elle a ensuite transmis au procureur. Il appartient désormais à ce dernier de prendre des réquisitions en vue de l’ouverture d’une enquête. Devant la juge d’instruction, les six plaignants ont confirmé leur version des faits. Ils accusent notamment les soldats français chargés d’accueillir les Tutsis dans la « zone humanitaire sûre » d’avoir facilité l’enlèvement de leurs « protégés » par les génocidaires hutus, d’avoir violé des femmes rwandaises et même d’avoir aidé à tuer des Tutsis. Selon « Le Monde », qui reproduit les procès-verbaux des auditions dans son édition de samedi, l’un des plaignants aurait vu dans le camp de Murambi, tenu par les Français, « une dizaine de Tutsis embarqués dans les hélicoptères » de l’armée française « dont les portes étaient toujours ouvertes ». 

Un autre plaignant a raconté le tri opéré par les soldats à un barrage routier à l’entrée de Kigali : « les Hutus ont pu regagner le minibus pour entrer dans la ville, alors que les Tutsis étaient mis de côté » afin d’être évacués par les Forces armées rwandaises. La France était la seule puissance étrangère présente au Rwanda lors du génocide en 1994 avec l’opération Turquoise, une opération humanitaire sous mandat de l’ONU. Certains l’accusent aujourd’hui d’avoir prêté main forte aux génocidaires plutôt que d’aider les victimes.  Le TAP est seul compétent pour juger des crimes ou des délits commis par des soldats français en France ou à l’étranger. Michèle Alliot-Marie a jugé « inadmissibles » et « complètement farfelues » ces accusations. « Je peux vous dire, pour avoir discuté avec un certain nombre de militaires et d’officiers qui ont été au Rwanda à cette époque, qu’ils sont profondéments marqués par ce qu’ils ont vu et qu’en aucun cas les accusations qui sont portées contre certains d’entre eux ne peuvent correspondre à la moindre vérité », a déclaré la ministre de la Défense lors de l’émission « Le franc parler » sur France-Inter et I-Télé. Michèle Alliot-Marie a noté que le procureur qui a reçu les témoignages des six Rwandais « n’a pas jugé bon d’ouvrir une instruction » et « a demandé au juge d’aller sur place pour écouter les témoins » en raison de l’absence « d’élément suffisamment précis pour pouvoir ouvrir une enquête ». « Il n’y a pas de déni de justice », a-t-elle affirmé.  « Dans cette affaire, il y a eu beaucoup de passion. La justice est là pour permettre d’éviter que ces passions n’entraînent encore des agitations inutiles, laissons-la faire », a poursuivi la ministre de la Défense. Elle a redit sa confiance aux militaires français « qui ont un grand sens de l’éthique, de leur devoir ». AP der/cb/egp/sb 



« J’ai vu des militaires français tuer eux-mêmes des tutsis » (VERBATIM) PARIS, 9 déc 2005 (AFP) 

  • Voici des extraits des dépositions, recueillies en novembre 2005, des six plaignants rwandais ayant entamé une procédure sur le rôle de l’armée française dans le génocide rwandais en 1994, dépositions auxquelles a eu accès l’AFP. 
  • Innocent Gisanura, 14 ans en 1994, à Bisesero : « Nous avons été assaillis et pourchassés par les miliciens et j’affirme que les militaires français assistaient dans leurs véhicules à la scène sans rien faire. (…) Il s’agissait de Français de toute façon, ils parlaient français, ils étaient blancs, avec le drapeau français sur la manche ». Au camp de Kibuyé : « En général les militaires français résistaient aux demandes de la milice de livrer des tutsis, sauf une fois quand le préfet Kayishema est entré dans le camp avec la milice (hutu, ndlr). (…) on lui a donné un jeune homme pour le tuer ». 
  • Auréa Mukakalisa, 27 ans en 1994, au camp de Murambi : « Des miliciens hutus entraient dans le camp et désignaient des tutsis que les militaires français obligeaient à sortir du camp. J’ai vu les miliciens tuer les tutsis qui étaient sortis du camp. Je dis et c’est la vérité, avoir vu des militaires français tuer eux-mêmes des tutsis en utilisant des couteaux brillants d’une grande dimension ». « Ces tutsis arrivaient à bord de véhicules au camp (…) ils ont été tués à l’entrée du camp au niveau de la barrière ». 
  • François Bagirubwira, 22 ans en 1994, au camp de Murambi : « A l’intérieur du camp les miliciens hutus désignaient aux militaires français les tutsis et j’ai vu personnellement une dizaine de tutsis embarqués dans les hélicoptères dont les portes étaient toujours ouvertes. Certains avaient les mains attachées dans le dos, on leur attachait aussi les jambes ». 
  • Bernard Kayumba, 25 ans en 1994, à Bisesero : « Le militaire français auquel je m’adressais nous a dit que ses hommes n’étaient pas prêts et qu’ils allaient revenir, mais de ne pas nous inquiéter. (…) Quand les Français sont revenus le 30 juin 1994 (trois jours plus tard, ndlr), ils ont vu des cadavres partout et les blessés. » 
  • Aaron Nshymiryayo, 19 ans en 1994, au camp de Murambi : « Je peux (…) ajouter aujourd’hui pour compléter ma déclaration initiale que des militaires français ont également violé des jeunes filles tutsis à l’intérieur du camp dans leurs abris ». « Je me souviens très bien d’une jeune fille, Jacqueline (…) qui était une jolie fille. Cette fille a été abusée par plusieurs militaires français et à plusieurs reprises. (…) Elle était menacée avec des couteaux et d’autres fois ils lui donnaient des biscuits et de l’argent. (…) Elle est décédée il y a cinq ans du sida ». 
  • Eric Nzabihimana, 28 ans en 1994 : « Je ne pense pas que les militaires français aient été surpris en arrivant à Bisesero car ils connaissaient ce qui se passait dans le pays et de toute façon il y avait des cadavres entre Gishyta et Bisesero le long de la route ». 



Un pamphlet teinté d’africanisme colonial, par Jean-Pierre Chrétien (Point de vue) LE MONDE 08.12.05 L’ouvrage de Pierre Péan se présente sans ambages comme une somme conduisant à une révision du discours habituel sur le génocide des Tutsis au Rwanda. Revisiter un domaine de recherche est un travail familier aux historiens. Il suppose une discussion sérieuse des écrits antérieurs, complétée par une argumentation fondée sur des documents nouveaux ou des approches nouvelles. Ce n’est pas la « méthode » choisie dans ce pesant pamphlet. La sélection et l’utilisation des sources sont stupéfiantes. Leur choix est pratiquement unilatéral : acteurs politico-militaro-policiers rwandais ou français impliqués dans la politique de Kigali entre 1990 et 1994 ; quelques auteurs fascinés par les a priori ethniques ou raciaux dans le traitement des sociétés africaines ; pamphlets des amis… Des centaines de publications sont jetées aux orties. 

Le rapport fondamental rédigé par l’historienne Alison Des Forges (Aucun témoin ne doit survivre) est ignoré, peut-être parce qu’elle a le tort d’être américaine. Les références sont souvent incomplètes ou inexactes (des textes non datés), on fait dire à des auteurs ce qu’ils ne disent pas exactement, pour mieux « prouver ». Des archives fermées au public (celles de la présidence de la République pour les années 1990) sont brandies et non scientifiquement exploitées dans le cadre d’un débat contradictoire. L’histoire du Rwanda se réduit à l’étalage des clichés raciaux les plus obsolètes de l’ »africanisme » colonial et de l’idéologie « hamitique » (vieille doctrine, produit de l’africanisme du XIXe siècle, qui tend à opposer des « vrais » Africains aux populations mêlées venues du Proche-Orient ou de la région du Nil) : au lieu des travaux fondamentaux publiés durant les dernières décennies, le lecteur a droit à un mémoire présenté au Tribunal pénal international pour le Rwanda pour la défense d’un bourgmestre génocidaire par un Rwandais décrété « historien » et à un opuscule publié en 1940 par un administrateur colonial belge qui expliquait que « les grands Tutsis n’étaient pas des vrais nègres ». La complexité de cette tragédie appelle des réponses complexes, elle relève ici du schéma simpliste d’une histoire complot. La sensation prime sur la réflexion, et elle est des plus douteuses. Les auteurs, chercheurs, journalistes, équipes scientifiques et associations humanitaires qui ont contribué à identifier, analyser et dénoncer le génocide de 1994 sont disqualifiés à moindres frais, à coups d’attaques personnelles, dérisoires et sordides, d’insultes et de « citations » partiales tirées de leur contexte. 

Effets de manches et sabre d’abattis. Jadis les « chers professeurs » étaient vitupérés par des politiciens que tout le monde a oubliés, aujourd’hui ils sont des « idiots utiles » et des « agents du Front patriotique rwandais (FPR) » : nouvelle variante de « l’anti-France » ! Un autre aspect est stupéfiant, quand on connaît la propagande rwandaise, qui, entre 1990 et 1994, a préparé et accompagné le génocide, telle qu’elle ressort de collections exhaustives de journaux et d’enregistrements dont l’existence accablante suscite, on le comprend, la colère de certains. Les propos de cet auteur sont comme en écho avec ce discours de la haine : réduction ethno-raciale du débat politique ; bréviaire raciste sur le don congénital des Tutsis dans le mensonge et sur leur instrumentalisation des femmes ; dénonciation des démocrates hutus qui s’étaient engagés courageusement contre la dictature et le carcan ethniste comme autant de vendus ; fantasme d’un complot régional hima-tutsi, ressassé depuis quarante ans par des cercles extrémistes et digne du montage des Protocoles des sages de Sion ; culture de violence et de mensonge où le génocide était à la fois justifié et nié. Comme disaient l’organe raciste Kangura ou la Radio des Mille Collines, ces Tutsis se suicident… Dans sa furie contre les « agents du FPR », l’auteur n’hésite pas à se fier aux dires d’un ancien fondateur du parti extrémiste Coalition pour la défense de la République, aujourd’hui en France et qui à l’époque s’était exprimé dans ces médias. 

Le débat est normal sur les conditions et les causes, lointaines ou proches, du génocide, sur la sociologie des tueurs, sur les zones d’ombre du contexte politico-militaire, au Rwanda comme à l’extérieur. Des enquêtes transparentes et publiques sont nécessaires, y compris, évidemment, sur l’attentat du 6 avril 1994 (contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana et son homologue burundais Cyprien Ntaryamira) et sur les hypothèses et les « révélations » qui sont périodiquement distillées ou annoncées. L’ambiance de guerre secrète qui entoure ces questions graves est intolérable. La défense de la France en Afrique est vraiment mal partie si elle doit s’appuyer sur le livre de M. Péan, qui, par ailleurs, semble étrangement dédaigner les apports (limités, mais réels) de la Mission parlementaire d’information de 1998. En guise de « révision », on découvre donc une étonnante passion révisionniste, qui participe au flot actuel de manifestations débridées de mépris à l’égard du passé et du présent des Africains. L’auteur mesure-t-il à quel point il meurtrit les rescapés du génocide et leurs proches, déjà tenaillés par la culpabilité d’avoir survécu ? 

Mais se préoccupe-t-il du sort des Rwandais, Hutus comme Tutsis, et de leur avenir ? Venu s’ajouter à la vague des « experts » improvisés sur ce terrain, connaît-il ce peuple par-delà le théâtre d’ombres qu’il met en scène ? Si l’on veut aider le Rwanda à sortir de l’ambiance obsidionale et policière que chacun observe, si l’on veut aider ses élites, à l’intérieur comme à l’extérieur, à se défaire de leurs obsessions manichéennes, ne faut-il pas d’abord isoler le virus raciste qui piège ce pays depuis des décennies ! Les concepteurs du génocide ont cherché à en faire triompher la logique en mobilisant massivement les uns dans un « travail » d’extermination des autres. Faut-il, en Europe, leur donner raison ? Et dans quels buts obscurs ? Le génocide des Arméniens ne se négocie pas avec les intégristes turcs. Celui des Tutsis au Rwanda ne se négocie pas avec des nostalgiques ou des attardés du « Hutu power », qu’ils soient noirs ou blancs… Ce livre de Pierre Péan cherche un effet de scandale, il finit par être accablant pour ceux qu’il prétend défendre. Jean-Pierre Chrétien est spécialiste de l’histoire de l’Afrique au CNRS, où il est directeur de recherches. Il est l’auteur de L’Afrique des Grands Lacs. Deux mille ans d’histoire (Flammarion, 2003). 



Rwanda, l’enquête inachevée, par Colette Braeckman (Point de vue) LE MONDE 08.12.05 Autant être clair : le génocide des Tutsis au Rwanda, d’avril à juillet 1994, n’est pas un sujet de polémique. C’est une réalité, confirmée par d’innombrables témoignages, enquêtes et rapports, par des récits, des accusations, des aveux. Les faits sont précis, concordants, vérifiés : plus de 800 000 Tutsis ont été mis à mort en trois mois, de manière systématique, grâce à des listes, des dénonciations, des chasses à l’homme, avec des armes à feu et des machettes qui avaient été depuis longtemps distribuées à des miliciens formés pour tuer. 

Cette histoire, qui voit les Tutsis, minoritaires, être considérés comme des étrangers dans leur propre pays, ne remonte pas à 1994, ni à 1990, lorsque des exilés déclenchent la guerre aux frontières : elle date de 1959, lorsque les Hutus, encouragés par le colonisateur belge, sont poussés à une « révolution » qui, au lieu de les dresser contre leurs maîtres européens, est détournée contre leurs compatriotes tutsis devenus suspects depuis qu’ils ont eu l’audace de revendiquer l’indépendance. Depuis cette date, à chaque fois que les Tutsis exilés tentent de revenir les armes à la main, à chaque fois qu’à l’intérieur du pays ils s’efforcent de regagner du terrain sur le plan social ou politique, la réponse du pouvoir hutu est identique : des civils sont massacrés. Durant des décennies, c’est au nom d’une légitimité fondée sur le concept de « majorité ethnique » que les Belges puis les Français ont appuyé les régimes rwandais successifs. Lorsque, en 1990, le Front patriotique rwandais (FPR) lance une offensive au départ de l’Ouganda, les Belges s’effacent devant une France qui ne ménage pas son soutien politique et militaire au pouvoir de Juvénal Habyarimana. Sans rien ignorer de la dérive génocidaire inscrite au coeur du régime hutu. Deux ans plus tard, directeur des affaires africaines, Paul Dijoud va jusqu’à mettre en garde Paul Kagamé (chef tutsi du FPR et actuel président rwandais) et les siens, les prévenant du risque qu’ils font courir à leurs familles. Consciente des dangers, la diplomatie française prône la négociation, le partage du pouvoir. Mais la coopération militaire, elle, s’engage sans cesse plus avant : elle arme et entraîne soldats et gendarmes, elle dresse les plans des batailles et barre au FPR la route de Kigali. Des soldats français participent aux manoeuvres et on les retrouve même aux points de contrôle, triant les citoyens rwandais en fonction de leur ethnie, inscrite sur les documents d’identité. 

Lorsque, en décembre 1993, le contingent français se retire, cédant la place aux 500 casques bleus censés faire appliquer les accords de paix d’Arusha, il laisse au Rwanda des « coopérants militaires » en civil (25 officiellement et sans doute le double) dont on ignore à quoi ils s’occupent aux côtés de leurs alliés hutus. Malgré l’embargo, les livraisons d’armes se poursuivent, non seulement jusqu’à la veille du génocide, mais bien après qu’il a commencé : des observateurs onusiens relèvent que les avions de l’opération Amaryllis, venus pour évacuer les expatriés, déposent des caisses d’armes sur le tarmac de l’aéroport. Même lorsque ses alliés hutus se lancent dans le massacre systématique des Tutsis et que les corps s’amoncellent, enlevés dans les rues de Kigali par les bennes de la voirie, la coopération militaire française ne désavoue pas ses alliés : en mai encore, six semaines après le début du génocide, le général Huchon promet à un émissaire rwandais, le colonel Ephrem Rwabalinda, de lui livrer non seulement des munitions, mais des postes sécurisés, afin d’assurer les communications directes entre l’état-major français et ses alliés, dont les troupes passent plus de temps à massacrer et à piller qu’à se battre. Rappeler tout cela, ce n’est pas adopter une position antifrançaise : c’est aligner des faits réels, observés sur le terrain, c’est s’interroger sur la pertinence et les raisons d’un tel soutien. Ces questions n’occultent en rien le fait qu’en face, la guerre menée par le FPR fut impitoyable, qu’elle charria des crimes et des massacres dont l’ampleur ne se révéla qu’au fil du temps. Aujourd’hui encore, Pierre Péan (dans son livre Noires fureurs, blancs menteurs, éd. Mille et une nuits, 544 p., 22 ¤) tente de « retourner l’image » de la tragédie rwandaise en occultant la spécificité du génocide – cette entreprise d’extermination dont les Tutsis ont été victimes -et en soulignant les crimes de guerre commis par le FPR à l’encontre des Hutus. Occultant le soutien militaire apporté par la France aux militaires et miliciens auteurs du génocide, accompagnés jusque dans les camps du Kivu où ils représentèrent un élément de déstabilisation durable pour toute la région, il met l’accent sur les aspects humanitaires de l’opération « Turquoise ». Sans relever que, si le premier but de cette opération avait été de secourir des civils, il aurait peut-être mieux valu amener en Afrique des camions et des ambulances plutôt que des Mirage et des hélicoptères de combat, des infirmiers plutôt que des fusiliers marins et des commandos… 

Tout à son entreprise de réhabilitation, M. Péan, qui a cherché la vérité dans les tiroirs de l’Elysée au lieu de se rendre sur le terrain, ne craint pas de se mettre en porte-à-faux avec la France d’aujourd’hui ; dans son ambassade à Kigali, une plaque rappelle désormais les employés tutsis abandonnés en 1994. Il faut évidemment parler de l’attentat : le tir de missiles qui a abattu l’avion ramenant de Dar es-Salaam le président Habyarimana et son homologue du Burundi fut l’élément qui déclencha un génocide depuis longtemps préparé. Le véritable scandale est que, onze ans après l’assassinat de deux chefs d’Etat en exercice, aucune enquête internationale digne de foi n’ait encore été diligentée. Pierre Péan, lui, se fonde sur l’enquête du juge Bruguière – un magistrat dont lui-même dénonçait en 2001 le « côté barbouze » et les « méthodes expéditives » – pour dénoncer la responsabilité du FPR. Il est vrai qu’au cours des années, le silence persistant de Kigali, le refus de communiquer tout élément d’information au sujet de l’attentat ont donné à cette hypothèse-là plus de poids qu’elle n’en avait en 1994. Mais il n’empêche que d’autres témoignages, qui avaient amené à une lecture des faits différente, n’ont jamais été pris en compte…  Multipliant les attaques personnelles recopiées au départ de fiches de renseignement, la méthode de Péan insulte les victimes et salit une France mitterrandienne que l’auteur croit avoir défendue, mais qu’il a réussi à amalgamer avec les tenants du pouvoir génocidaire. Colette Braeckman est journaliste au quotidien belge Le Soir. Spécialiste de l’Afrique des Grands Lacs, elle a écrit plusieurs livres sur le Rwanda. 



Un livre important et contestable, par Claudine Vidal (Point de vue) LE MONDE 08.12.05 

Le livre de Pierre Péan sur le Rwanda fourmille d’erreurs, d’approximations. Pour n’en citer qu’une : affirmer que la mission d’information parlementaire française a « oublié » de s’intéresser à l’attentat du 6 avril 1994 perpétré contre l’avion du président rwandais, c’est révéler qu’il n’a pas lu le rapport de la mission dont un chapitre est précisément consacré à une enquête minutieuse sur l’attentat. Il s’inscrit sans nuance dans une vision ethniciste très largement partagée : la certitude qui fait nécessairement dépendre les conflits politiques africains des identités communautaires, ethniques, voire raciales. J’ai eu bien des discussions avec des amis tutsis, qui, loin d’avoir le sentiment de diriger le pays, se disent opprimés par les autorités du Front patriotique rwandais (FPR) comme n’importe quel autre citoyen rwandais. Il pratique des amalgames insensés. Par exemple, il associe Alison Des Forges au « cabinet noir du FPR » (ce groupe qui soutient le FPR jusqu’à nier systématiquement ses exactions). Enorme contresens ! L’historienne du Rwanda Alison Des Forges est, depuis des années, l’une des bêtes noires de Kigali en raison de son acharnement à découvrir la vérité sur les crimes massifs commis depuis 1990, y compris par le FPR. Bref, abondent les manquements au souci d’exactitude et à l’exigence de distance critique, sans lesquels l’activité enquêtrice risque de tourner en discours propagandiste. Mais, alors, que reste-t-il de cet ouvrage ? Pierre Péan a eu accès à des archives (ministère de la défense et présidence de la République) jusqu’alors non exploitées. Ainsi, il apporte des indications incontestablement neuves sur ce que savaient ou ne savaient pas les responsables politiques et militaires français. Il a conduit des investigations sur la réussite de désinformations fabriquées par le FPR à l’attention de la communauté internationale. Son apport le plus original, à mon sens, est d’avoir reconstitué les liens entre les autorités de Kigali, victorieuses, et leurs relais européens, les « Blancs menteurs », lobby qu’il surnomme « cabinet noir du FPR », et dont il dénonce les mensonges et les pratiques d’intimidation, montrées en acte sur des cas précis. Incontestablement, l’enquête de Pierre Péan a le mérite d’ouvrir des pistes à explorer. Il sort, et je lui en sais gré, du système des répétitions infinies plombant tant d’ouvrages qui prétendent faire la lumière sur le génocide des Rwandais tutsis et sur les responsabilités de la France. C’est pourquoi il serait contraire à la vérité d’affirmer qu’il s’agit d’un livre sans autre importance que celle du scandale qu’il a suscité. 

Je pense cependant que l’auteur a lui-même forgé les armes de détracteurs qui n’appartiennent pourtant pas au « cabinet noir ». Par précipitation, sans doute. Mais surtout, à mon sens, parce qu’il s’est laissé enfermer dans la logique tranchée des camps propagandistes. En effet, depuis 1994, un climat très années 1950, fertile en dénonciations staliniennes, en accusations délirantes, en « versions de l’histoire » d’une radicale simplicité, caractérise, en France, les débats les plus bruyants sur le Rwanda. Pierre Péan a foncé là-dedans, tête baissée. Il pratique le « deux poids, deux mesures » : pour maximiser la politique d’extermination des Hutus, il minimise le génocide des Tutsis (il parle de 280 000 Tutsis massacrés et plus d’un million de Hutus tués depuis 1990) en s’abritant derrière un seul témoin rwandais (p. 276). Pour défendre les autorités françaises, il oublie qu’elles ont soutenu, trop longtemps, « un régime autoritaire, ethnique et raciste », selon les termes de la mission d’information parlementaire. Bref, il se cantonne à un parti pris. Comme s’il fallait minimiser le génocide des Tutsis pour pouvoir dénoncer l’actuel régime tyrannique de Kigali, son rôle dans les massacres systématiques de civils commis avant et après la victoire. Comme s’il fallait assimiler au « cabinet noir » tous ceux qui enquêtent sur les responsables rwandais du génocide. Comme si critiquer la politique menée par les autorités françaises au Rwanda de 1990 à 1994 (et, au simple vu de ses résultats, elle est critiquable) révélait nécessairement une haine de la France. A plusieurs reprises, Pierre Péan cite le lieutenant Abdul Ruzibiza, dont j’ai préfacé le livre (Rwanda. L’histoire secrète, Editions du Panama, 400 p., 22 €). Il serait regrettable de considérer leurs ouvrages comme les deux versions d’une même histoire, l’une écrite par un Rwandais, l’autre par un Français. Le lieutenant Ruzibiza rend compte des massacres qu’il qualifie de « génocide des Hutus », mais il restitue, avec autant de rigueur, l’accomplissement du génocide des Tutsis. Ce Rwandais nous invite à vouloir une histoire complète de la tragédie. Sociologue, Claudine Vidal est directrice de recherche émérite au CNRS. Elle est l’auteur de Sociologie des passions : Rwanda, Côte d’Ivoire (Karthala, 1991). 



Journalisme et raison d’Etat JP Marthoz Le Soir 07/12/2005 Le journalisme a toujours eu ses sténographes du pouvoir. Mais qui se souvient d’eux ? En France, la plupart sont très vite passés des lustres de la République aux oubliettes du métier. Paradoxalement, alors que le pouvoir s’agace des plumes rebelles et s’évertue à les disqualifier, l’histoire officielle finit presque toujours par les réhabiliter. Emile Zola ou Albert Londres ne se sont jamais mis au service de la raison d’Etat, mais c’est d’eux que s’enorgueillit, depuis des décennies, la « France reconnaissante ». 

Quel maître le journaliste sert-il : les citoyens ou le pouvoir ? « Nous sommes là pour embêter le monde, répondait Horacio Verbitzky, l’un des plus célèbres journalistes argentins. Nous mettons du sel dans les blessures et des cailloux dans les chaussures. Nous cherchons le mauvais côté des choses car du bon côté, les attachés de presse s’en chargent. » Que penser, dès lors, de journalistes qui prennent ostensiblement le parti du pouvoir ? Le livre très controversé de Pierre Péan sur le génocide de 1994 au Rwanda nous offre une occasion de réfléchir aux rapports complexes que la presse entretient avec des gouvernants qui sont, tour à tour, ses meilleures sources et ses meilleures cibles. S’il charge lourdement le Rwanda de Kagame, l’auteur semble tout aussi empressé de voler au secours d’un autre Etat, la France. Ponctué de dénonciations des « professionnels de l’anti-France », dénué de toute distance critique par rapport aux cercles officiels de la « Mitterrandie », son ouvrage débouche sur un étrange retournement du journalisme d’investigation : conçu par ses praticiens les plus éminents comme une couverture indépendante du pouvoir, il se transforme en défense et illustration d’un Etat. Et pas n’importe lequel : la thèse qu’il adopte d’une France généreuse, intelligente et irréprochable en Afrique centrale recouvre d’un voile de vertu l’histoire à tout le moins méandreuse de la Françafrique. La proximité avec le pouvoir d’Etat serait-elle une fatalité du journalisme dont « l’élite, notait le politologue français Rémy Rieffel, s’identifie aux sujets qu’elle est censée surveiller » ? Illustrant cette thèse, les Etats-Unis ont eux aussi offert quelques exemples désolants de journalisme d’Etat. Ainsi, lors de la préparation de la guerre en Irak, en 2002 et 2003, Judith Miller a systématiquement relayé dans le New York Times les assertions non fondées des milieux néoconservateurs et d’exilés irakiens sur la présence d’armes de destruction massive en Irak. En polluant les puits de l’information, elle a contribué à promouvoir la guerre et a gravement entaché la réputation de son journal. D’autres, à Fox News ou ailleurs, n’ont guère fait mieux, préférant la logique du pouvoir au pouvoir de la logique. 

Toutefois, dans la culture journalistique américaine, subsiste une tradition qui veut que le « sens de l’Etat » implique souvent une mise en cause de la raison d’Etat. Un journaliste défend l’honneur de son pays non pas en vilipendant ceux qui critiquent les fautes des gouvernants, mais bien en soumettant ces derniers, comme le disait James Reston, du NY Times, « à un tir de barrage incessant ». La critique fait partie du système, elle est la condition même de son bon fonctionnement. Ainsi, en 1966, lors de la guerre du Vietnam, le président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, William Fulbright, avait fait l’éloge de ceux qui mettaient en doute le bien-fondé de l’intervention américaine. « Critiquer son pays, s’exclama-t-il, c’est lui rendre un service et lui faire un compliment. C’est lui rendre service parce que la critique peut pousser le pays à faire mieux ; c’est lui faire un compliment car c’est croire que le pays peut mieux faire. La critique est davantage qu’un droit, c’est un acte de patriotisme. » Aux Etats-Unis, la critique de la politique étrangère est un genre journalistique à part entière et une voix royale vers le prix Pulitzer. Stephen Kinzer, auteur d’enquêtes sobres et fouillées sur le rôle de la CIA en Iran ou au Guatemala, fait partie du « système ». Samantha Power, qui publia une étude cinglante sur la passivité américaine face aux génocides du « siècle des génocides », a été recrutée par l’université de Harvard. Et Seymour Hersh, qui révéla le massacre de My Laï au Vietnam et qui enquête aujourd’hui sur les abus commis par les militaires américains en Irak, publie dans le New Yorker, l’un des magazines les plus prestigieux du pays.  En France, par contre, la mise en cause de l’Etat et surtout de sa politique étrangère semble rester une entreprise hasardeuse. Les journalistes qui osent contester la diplomatie gouvernementale risquent à tout moment d’être taxés de déloyauté. A l’instar des Mauriac, Bourdet, Vidal-Naquet ou Servan Schreiber qui, lors de la guerre d’Algérie, osèrent critiquer les brutalités de l’armée française et la « déraison d’Etat ». Le « journalisme officiel » constitue, pourtant, un danger pour les intérêts fondamentaux d’une démocratie. La guerre en Irak a démontré tragiquement que le conformisme d’une grande partie de la presse américaine avait empêché que soient portées sur la place publique les objections émises non seulement par l’opposition, mais aussi par des institutions sommées de se taire, comme le Pentagone ou le département d’Etat. En 1961, lorsque la CIA préparait l’invasion de Cuba par des exilés anticastristes, John Kennedy était intervenu auprès du New York Times pour empêcher (en vain) la publication d’une enquête de Tad Szulc sur cette opération « clandestine ». Après un échec cinglant sur les plages de la Baie des Cochons, le président admit que si la presse avait fait son devoir, c’est-à-dire si elle avait davantage informé, contraignant le gouvernement à testerses propres postulats, elle aurait épargné une défaite humiliante à l’Amérique. « S’il y a une attitude franchement incompatible avec notre profession, s’exclamait Marcel Trillat de France 2 lors de la première guerre du Golfe, c’est le garde-à-vous. » C’est aussi l’attitude la plus incompatible avec l’esprit et l’intérêt d’un Etat démocratique. 



Péan, un libelle sur le Rwanda   Le Figaro, 07 décembre 2005 En quelque 500 pages, Pierre Péan entend démonter dans Noires fureurs, blancs menteurs, un ouvrage consacré à la tragédie traversée par le Rwanda en 1994, les deux points nodaux de ce qui serait, selon lui, une immense « manipulation ». L’histoire, affirme-t-il, aurait été « truquée ». Le voici donc lancé à l’assaut de la question du génocide des Tutsis du Rwanda. A le lire, l’auteur cherche visiblement à établir que rien n’est simple, ce que nul ne conteste. Partant de ce postulat, Pierre Péan parcourt un chemin bien périlleux puisqu’il l’amène à formuler des propos outranciers. L’ancien chef de la rébellion, Paul Kagamé, aujourd’hui président du Rwanda, serait ainsi « un Führer (…) devenu directeur de Yad Vachem, le musée de la Shoah ». Quant aux Tutsis, victimes de ce génocide, les voici campés au rang d’une « race » dont un trait de caractère serait l’immémoriale « culture du mensonge » et dont l’objectif « final » serait de réduire au rang « d’Untermenschen » (sous-hommes) une communauté hutue, touchée elle aussi par la tragédie de 1994. Ces principes posés, Pierre Péan poursuit son chemin pour en arriver à la question du rôle de la France, un rôle contesté et discuté puisqu’il fut objet de nombreuses enquêtes et d’une mission d’information (qui dura plusieurs mois) de l’Assemblée nationale. Au terme d’innombrables philippiques, Péan assure démonter tout cela de manière définitive. Il n’y aurait là que faux procès et malsaines insinuations alimentés par une cinquième colonne entrée sous influence d’un « lobby tutsi » qui aurait su diriger ses « très belles femmes » vers « les lits appropriés ». Voilà le complot.  Arrivé à ce point, le lecteur est saisi. Mais Péan enchaîne. Dans ce qui ressemble à un dérapage incontrôlé, il fait feu de tout bois : Juifs, francs-maçons belges, protestants français seraient ligués dans ce complot et bénéficieraient de l’appui de journalistes (dont l’auteur de ces lignes, accusé de s’être « prêté à une grave manipulation »), organisations humanitaires et défenseurs des droits de l’homme, tous ralliés, tous aveugles. Que dire alors ? Se taire, juste se taire. Le laisser, seul, assumer ses propos. Patrick de Saint-Exupéry 



Les témoignages qui accusent l’armée française au Rwanda Justice La juge d’instruction du tribunal aux armées a entendu à Kigali six rescapés du génocide rwandais de 1994 

Le Monde, 2 décembre Cinq hommes et une femme, rescapés du génocide rwandais, viennent de livrer des témoignages qui mettent en cause de manière grave l’armée française, lors de l’opération « Turquoise » sous mandat de l’ONU, en 1994. Ces récits consignés sur procès-verbal se trouvent depuis le lundi 5 décembre entre les mains du procureur du tribunal aux armées de Paris (TAP), qui doit décider de l’ouverture d’une enquête. Ils ont été recueillis par la juge d’instruction Brigitte Raynaud, les 22 et 23 novembre à Kigali. « Tout retard à l’ouverture d’une enquête serait un déni de justice au vu de la concordance et de la gravité des témoignages  », explique Me William Bourdon, avocat des victimes. Contacté jeudi 8 décembre, le ministère de la défense s’est dit prêt à coopérer avec la justice. Le 16 février, ces six Tutsis avaient déposé plainte pour « complicité de crimes contre l’humanité » et « complicité de génocide ». Le parquet du TAP l’avait estimée insuffisamment motivée. Le ministère de la défense avait déconseillé à la magistrate de se rendre au Rwanda, pour des raisons de sécurité. Peu sensible à cette pression, Brigitte Raynaud a fait le voyage malgré tout. Les plaignants, âgés de 25 à 39 ans, ont raconté leur parcours d’avril à juillet 1994, pendant le génocide qui a causé près de 800 000 morts. Ils ont livré à la juge Raynaud des indications précises, qui devront être étayées par d’autres éléments dans une instruction éventuelle, sur l’attitude de certains militaires français qui devaient assurer l’accueil des réfugiés tutsis dans la « zone humanitaire sûre » (ZHS). 

Dans les camps de réfugiés. Tenu par les Français, le camp de Murambi devait servir de lieu de refuge pour les survivants tutsis. Les témoins accusent les militaires d’avoir facilité les enlèvements de Tutsis par les milices « interahamwe » hutues. François Bagirubwira, 33 ans : « A l’intérieur du camp, les miliciens hutus désignaient aux militaires français les Tutsis, et j’ai vu personnellement une dizaine de Tutsis embarqués dans les hélicoptères, dont les portes étaient toujours ouvertes. (…) J’ai vu de mes propres yeux les militaires français mettre dans les hélicoptères des Tutsis ainsi ligotés.  » Ce récit est confirmé par celui d’Auréa Mukakalisa, violée, à 27 ans, par des miliciens hutus avant son arrivée dans le camp. « Des miliciens hutus rentraient dans le camp et désignaient des Tutsis que les militaires français obligeaient à sortir  », dit-elle. C’est ainsi que son frère Féliciena disparu. Mais la jeune femme porte des accusations encore plus graves :« Je dis, et c’est la vérité, avoir vu des militaires français tuer eux-mêmes des Tutsis, en utilisant des couteaux brillants d’une grande dimension. Ces Tutsis arrivaient à bord d’un véhicule au camp, un soir, alors que j’étais présente depuis environ une semaine. Ils ont été tués à l’entrée du camp au niveau de la barrière. » Aaron Nshymiryayo, 30 ans, affirme qu’il a vu des militaires français emmener un homme et deux femmes dans un abri : « J’ai entendu crier à l’intérieur et j’ai vu ressortir les trois corps dans trois sacs. Je ne sais pas si à ce moment-là les Tutsis étaient vivants ou morts. Je peux citer deux noms de témoins qui ont vu la scène comme moi (…). Les corps étaient ensuite attachés à l’hélicoptère de couleur sable, pouvant transporter environ huit personnes. » 

Aaron Nshymiryayo évoque aussi des viols répétés commis sur une jeune femme, Jacqueline, dont il connaissait le père. Selon lui, « elle était menacée [par les militaires français] avec des couteaux, et d’autres fois ils lui offraient des biscuits ou lui donnaient un peu d’argent ». La jeune fille serait morte dusida, selonM. Nshymiryayo. Cette accusation de viol est reprise par François Bagirubwira. « J’ai été témoin personnellement, au début du mois de juillet 1994, du fait que trois militaires français ont traîné une jeune fille prénommée Rose, d’une vingtaine d’années, qui était de la préfecture de Butaré, jusqu’à l’entrée du camp pour la prendre de force dans leur abri », a-t-il expliqué. Un autre témoin a aussi évoqué, dans le camp de Kibuyé, les visites du militaire « chargé des affaires sociales », qui venait choisir des jeunes filles pour les autres Français. Sur la colline de Bisesero. Fin juin 1994, des milliers de Tutsis se sont réfugiés – souvent en vain – dans la forêt de cette zone pour échapper aux milices hutus.Unpremier détachement de militaires français est arrivé le 27 juin, raconte Eric Nzabihimana, 39 ans. Ils « nous ont donc dit de rester cachés, et que, pour leur part, ils demanderaient au préfet de Kibuyé d’arrêter les attaques », a-t-il précisé. Ce même jour, Innocent Gisanura, 25 ans, a surtout découvert la passivité des Français. « Nous n’avons pas vraiment discuté avec les militaires français, explique-t-il. Nous avons été assaillis et pourchassés par les miliciens, et j’affirme que les militaires français assistaient dans leurs véhicules à la scène sans rien faire. » Présence française avant1994. Bernard Kayumba, 37 ans, a évoqué devant la juge Raynaud l’implication de l’armée française avant 1994 aux côtés du régime hutu. Le 5 octobre 1992, à Rutongo, il voit les militaires français participer à la reconquête de Byumba, tombée aux mains des rebelles du Front patriotique rwandais (FPR), aujourd’hui au pouvoir. En octobre 1993, alors qu’il arrive près de Kigali, son minibus est arrêté à un barrage. « Les militaires français demandaient à chaque occupant si on était tutsis ou hutus. Les Hutus ont pu regagner le minibus pour entrer dans la ville, alors que les Tutsis, en particulier moi-même, étaient mis de côté », afin d’être évacués en camion, selon lui, par les Forces armées rwandaises (FAR). Il aurait eu la vie sauve grâce à l’intervention de la Croix-Rouge. « Les militaires français accusaient les Tutsis d’être forcément des infiltrés du FPR », explique-t-il. « Il y a une grande différence entre les soldats français présents avant 1994, dans une logique de cobelligérance avec les FAR, et ceux qui ont découvert le génocide lors de « Turquoise » », note Me Antoine Comte, avocat des parties civiles. a 

VERBATIM « Je leur ai demandé de nous tuer » Voici des extraits du témoignage de Bernard Kayumba, 36 ans, recueilli par la juge d’instruction Brigitte Raynaud, à Kigali, le 23 novembre. Dans la campagne de Bisesero, fuyant vers le Burundi, il raconte sa rencontre avec le premier contingent français, le 27 avril 1994. « Beaucoup ont cru que nous allions être sauvés, mais nous étions, y compris moi-même, partagés sur l’intention exacte des militaires français,car nous connaissions leur implication auprès des FAR[Forces armées rwandaises] depuis longtemps. Nous étions étonnés que les Français n’interviennent que trois mois après le début du génocide, alors qu’ils n’ignoraient rien des préparatifs et du déroulement du génocide. (…)  Enfin, nous étions équipés d’une radio qui nous avait permis de suivre la façon dont les militaires français étaient accueillis par les FAR, la population hutue et le pouvoir en place, qui proclamait à la radio que les Français étaient venus dans le cadre de l’opération « Turquoise  » pour aider les FAR à chasser les derniers Tutsis et [les rebelles du] FPR. (…) [Les militaires français annoncent qu’ils reviendront dans trois jours.] Je leur ai demandé au nom de moi-même et des autres, car nous étions peu nombreux à parler français, de nous tuer tout de suite au lieu de nous laisser aux mains des miliciens et de leurs tortures. J’avais 25 ans à l’époque, et s’il restait peu de Tutsis parlant français, c’est parce que les FAR et les miliciens avaient éliminé en priorité les Tutsis riches ou cultivés. (…) [Après le départ des Français, les massacres s’intensifient.] Nous étions attaqués avec des fusils, des grenades, des machettes, parfois des bombes, qui ont frappé aussi bien les hommes, les femmes et les enfants. (…) Quand les Français sont revenus le 30 juin, ils ont vu les cadavres partout et les blessés. Piotr Smolar 



Génocide : contre-offensive française La Libre Belgique, le 01/12/2005 Marie-France Cros 

Pierre Péan publie un livre pour défendre le rôle joué par la France au Rwanda avant et pendant le génocide. Kigali accuse Paris d’y avoir participé « directement ». Au printemps 2005, le journaliste français controversé Pierre Péan nous avait téléphoné pour connaître les circonstances dans lesquelles « La Libre Belgique » avait obtenu, en juin 1991, la première interview de Paul Kagame, aujourd’hui président du Rwanda et alors chef de la rébellion, essentiellement tutsie, du Front patriotique rwandais (FPR). Notre confrère allait, en effet, nous expliqua-t-il, « commencer une enquête pour montrer que la France n’avait pas été complice du génocide » comme elle en est accusée par le Rwanda et par diverses publications et ONG. Une enquête dont on connaît les conclusions avant même de l’avoir menée, cela s’appelle de la propagande. Et c’est bien de ce registre que relève le dernier livre de Pierre Péan (1), ultime avatar d’une série d’ouvrages publiés en France depuis le 10eanniversaire du génocide, en 2004, et visant à innocenter celle-ci ou à accuser le FPR de génocide. Il faut se rappeler que ce 10eanniversaire avait été marqué par la publication du livre du journaliste du « Figaro », Patrick de Saint-Exupéry, « L’inavouable – La France au Rwanda ». « Déchiré », le journaliste y racontait comment il avait découvert, en plusieurs années, que la France avait aidé les génocidaires rwandais « avant, pendant et après » le génocide et comment une part de l’armée française, appuyée par le président Mitterrand et une section de la droite politique, avait utilisé le pays des Mille Collines comme un « laboratoire » pour « tester » sa théorie de la guerre révolutionnaire, élaborée en Indochine et « mise en oeuvre en Algérie » avant que le général de Gaulle y mette « un coup d’arrêt ». « La doctrine ne cessera pourtant d’être repensée et perfectionnée » au sein de l’armée française et, appliquée au Rwanda, permit « de transformer une intention de génocide en acte de génocide », accusait Saint-Exupéry. 

La parution de ce livre entraîna la mise sur pied d’une « Commission d’enquête citoyenne » et le dépôt, devant le Tribunal aux armées, de six plaintes visant des militaires français. Le prestige personnel de l’auteur de ce livre, détenteur des prix de journalisme « Albert Londres » et « Bayeux des correspondants de guerre », le nom glorieux de notre confrère, neveu d’Antoine de Saint-Exupéry -mort aux commandes de son avion durant la Seconde Guerre mondiale et auteur du « Petit prince »- ajoutaient à la rage de ceux qui approuvent la politique française au Rwanda. Il fallait donc déclencher la grosse artillerie pour répliquer. C’est ce que fait Pierre Péan. Celui-ci écarte l’ouvrage qui gêne d’un « inutile de feuilleter les 288 pages du livre : elles reprennent grosso modo tous les poncifs » des « pro-FPR » (NdlR : ce qui est inexact : la thèse de Saint-Exupéry est originale), pour s’appesantir exclusivement sur une date qu’il conteste et qui est l’un des enjeux des plaintes déposées devant le Tribunal aux armées. Dans ce long ouvrage, parfois confus, Pierre Péan défend la thèse des extrémistes hutus. Voyons plutôt. 

1. « Les Tutsis sont menteurs ». « Le Rwanda est aussi le pays des mille leurres, tant la culture du mensonge et de la dissimulation domine toutes les autres chez les Tutsis et, dans une moindre part, par imprégnation, chez les Hutus », écrit l’auteur. Il n’explique cependant pas pourquoi, dans ce cas, il s’appuie tant sur le témoignage d’un déserteur du FPR, Abdul Ruzibiza, qui est Tutsi, pour soutenir la thèse selon laquelle c’est le FPR qui a abattu l’avion du président hutu Habyarimana, attentat qui fut le signal de départ du génocide. 2. « C’est le FPR qui est le responsable du génocide des Tutsis ». C’est le seul point sur lequel Pierre Péan diverge légèrement de la thèse des extrémistes hutus. Bravant l’abondance d’indications sur une préparation du génocide, ces derniers affirment que les massacres généralisés de Tutsis et des Hutus qui s’opposaient à cette mise à mort furent dus à une manifestation de colère « spontanée » de la population hutue après qu’on eut tué son Président. Notre confrère français complique ce refus de culpabilité : il dit tout à la fois que « Kagame a planifié l’attentat,donc planifié aussi sa conséquence directe : le génocide des Tutsis perpétré en représailles » ; que le FPR a manipulé le gouvernement et « les nationalistes » hutus pour qu’ils commettent des massacres afin que Kagame puisse prendre le pouvoir ; et enfin, en même temps, que ce dernier « a fait croire que les Hutus qu’il a fait massacrer en grand nombre étaient des Tutsis ». 3. « Le FPR utilise les femmes tutsies pour manipuler tout le monde ». L’accusation figurait déjà dans le « Manifeste des Bahutu », considéré comme un document préparatoire au génocide. Pierre Péan la reprend telle quelle, notamment pour expliquer des « dysfonctionnements dans le dispositif français » au Rwanda avant le génocide, en soulignant « l’infiltration de femmes tutsies auprès de nombreux Français ». Qui vérifiaient l’ethnie des séductrices sur leur carte d’identité avant de succomber à leurs charmes ? 

4. « La Belgique est complice du FPR ». Là où les extrémistes hutus se contentent de l’affirmer, notre confrère français fignole avec une décoiffante démonstration : les coupables sont les libéraux francophones de Jean Gol, assoiffés de pouvoir, eux aussi, qui appuient le FPR pour faire chuter le gouvernement « de leurs ennemis de la démocratie-chrétienne ». Au bout du compte, « l’impulsion qu’il (Jean Gol) donna, reprise après sa mort, le 18 septembre 1995, par Alain Destexhe et Guy Verhofstadt, a finalement balayé les sociaux-chrétiens tant abhorrés de la (sic) CVP et a remis la famille libérale au pouvoir en 1999 ». Les Belges, eux, se souviennent que Jean-Luc Dehaene est tombé, en 1999, sur la crise des poulets à la dioxine. Plus insidieux : Péan laisse entendre -sans avancer le moindre indice- que ce sont plusieurs des paras belges assassinés aux débuts du génocide par les extrémistes hutus, dont le lieutenant Lotin, qui avaient amené à Kigali les missiles qui ont abattu l’avion du président Habyarimana. Plus généralement, on est frappé par le goût de Pierre Péan pour les attaques ad hominem, rédigées comme des fiches de renseignement, destinées à nuire à ceux qui ne défendent pas sa thèse (des « anti-France » s’emporte-t-il) et parfois basées sur des inventions -si j’en juge par les quelques lignes qui me sont consacrées. Notre confrère semble coutumier du fait : s’il encense aujourd’hui le juge Bruguière qui, sur base du témoignage du déserteur Ruzibiza, accuse le FPR de l’attentat contre l’avion présidentiel, Péan, en 2001, dans son livre « Manipulations africaines », accusait le même magistrat -qui avait alors le tort de soutenir une autre thèse que la sienne sur les auteurs de l’attentat de 1989 contre un DC 10 d’UTA- d’utiliser des méthodes « expéditives » et décelait « un côté barbouze » chez M.Bruguière, dont les affaires se révélaient « vides ou mal ficelées ». 

Bref, s’il doit bien se trouver du vrai dans la littérature de M.Péan, il est enfoui dans une telle panade qu’on ne le reconnaît plus. Oui, le FPR a commis des massacres et peut-être est-il l’auteur de l’attentat contre l’avion de Juvénal Habyarimana. Mais l’ouvrage de notre confrère français manque sa cible : il ne nous fait pas oublier que ce sont les extrémistes hutus qui ont préparé et exécuté le génocide d’un million de personnes et ne nous convainc pas que la France -dont un officier commandait l’armée hutue à partir de février 1992- n’y est pour rien. (1) « Noires fureurs, blancs menteurs – Rwanda 1990-1994 », de Pierre Péan. Éd.des Mille et une nuits, 544 pp, 22€. © La Libre Belgique 2005 



Rwanda. Ténèbres  Libération. Editorial Par Patrick SABATIER, le 29 novembre 2005 Dix ans après les faits, il est normal que les spectres du Rwanda continuent de nous hanter. Il faut oeuvrer bien sûr à ce que toute la lumière soit faite sur un génocide dans lequel des centaines de milliers de Rwandais ont trouvé la mort en raison de leur seule appartenance à l’ethnie tutsie. Le besoin de plonger au coeur de ces ténèbres de l’Histoire africaine est d’autant plus impérieux que les inconnues sont considérables sur les origines, les motivations et les mécanismes précis d’une tragédie bien plus complexe qu’une simple manifestation du Mal. Procès, commissions et enquêtes journalistiques peuvent tous apporter des pièces au dossier. Mais l’Histoire n’est pas toujours bien servie quand des journalistes, plus soucieux de défendre une thèse, de redresser un tort ou de nourrir une polémique, prétendent l’écrire. L’actuel régime rwandais de Paul Kagame a utilisé le génocide, dont les Tutsis ont été les principales victimes, et les Hutus les principaux auteurs et instigateurs, pour faire oublier ses propres exactions. De là à en faire le coupable principal du génocide, il y a un pas qu’on ne peut franchir sans risque de se discréditer. Plus grave encore est la négation de la spécificité du génocide . Toute guerre civile, et il y en avait une au Rwanda, dans laquelle les Tutsis avaient leur responsabilité, s’accompagne de massacres. Mais l’appel à exterminer une ethnie entière est autre chose. De même, la rivalité, réelle, entre les Etats-Unis et la France en Afrique centrale n’exonérera jamais Paris de sa responsabilité pour avoir fermé les yeux sur la dérive du régime qu’elle soutenait, et avoir ignoré le programme génocidaire des extrémistes hutus par obsession de contrer l’« Empire américain ». 



Rwanda. A charge contre Kagame, à décharge pour la France 

Le livre fait de l’actuel président rwandais le vrai responsable du génocide. Par Christophe AYAD, le 29 novembre 2005. Libération. Dans Noires fureurs, blancs menteurs, Pierre Péan n’ambitionne pas moins que présenter une nouvelle histoire du génocide rwandais, une histoire qu’il fait débuter en 1990 et non le soir du 6 avril 1994. Décryptage des quatre principaux points de la démonstration de Péan. L’attentat du 6 avril 1994 et l’absolution des extrémistes hutus 

Péan se fonde sur son enquête personnelle et sur les conclusions de l’instruction menée par le juge Jean-Louis Bruguière pour affirmer, avec certitude, que le Falcon 50 transportant le président rwandais Juvénal Habyarimana et son homologue burundais a été abattu par des hommes du Front patriotique rwandais (FPR). Mais cette hypothèse est largement fondée sur le témoignage d’Abdul Ruzibiza (1), un ancien soldat du FPR qui aurait fait partie du commando Network ayant abattu l’avion. Kigali conteste à Ruzibiza, aujourd’hui réfugié en Norvège, toute légitimité, l’accusant d’être un sous-fifre qui exagère son rôle. D’autres remettent en cause l’authenticité des tubes lance-missiles trouvés sur place et incriminent les réseaux extrémistes hutus dans l’attentat. La responsabilité de Paul Kagame dans l’attentat du 6 avril est certes possible, voire vraisemblable. Là où la thèse de Péan devient contestable, c’est dans sa volonté d’absoudre, par là même, le régime Habyarimana du génocide. Comme si, avant l’étincelle, il n’avait pas fallu toute une préparation : formation de milices, mise en place de listes de Tutsis et d’opposants hutus à éliminer, propagande conditionnant la population, achats d’armement, de machettes, etc. Le génocide minimisé 

En décidant d’ouvrir son enquête en 1990, Pierre Péan entend prendre en compte les crimes commis par le FPR dans les zones qu’il contrôlait. S’il est vrai que cette enquête reste à faire, tout comme celle sur les exactions du FPR dans les mois et années qui ont suivi son arrivée au pouvoir en juillet 1994, Péan minimise systématiquement la spécificité du génocide des Tutsis, qu’il estime connu de tous, pour s’étendre longuement sur les massacres commis par le FPR. Il en arrive à évoquer le « martyre des Hutus (…) réduits au statut d’Untermenschen ». Cette sortie, doublée de considérations sur le caractère duplice et secret de l’éducation donnée aux enfants tutsis, puise aux pires clichés de l’analyse « ethniciste » du Rwanda. « Peut-on encore, s’interroge Péan, parler du génocide des Tutsis alors que, depuis 1990, le nombre de Hutus assassinés par les policiers et militaires obéissant aux ordres de Kagame est bien supérieur à celui des Tutsis tués par les miliciens et les militaires gouvernementaux ? » L’historien Gérard Prunier, auteur de l’histoire la plus complète du génocide (2) et à l’origine de l’estimation de 800 000 à un million de morts tutsis et hutus modérés, nous expliquait récemment être en train de revoir nettement à la hausse le nombre de Hutus tués par le FPR. Sans arriver malgré tout à une telle assertion. La défense et illustration de la France Péan ne fait pas que défendre le rôle de la France avant et pendant le génocide, il le salue. Dans un prétoire, on appellerait cela une défense de rupture. Manifestement « briefé » par l’entourage de François Mitterrand, et alimenté par les archives de son fils Jean-Christophe, il entreprend une défense et réhabilitation d’un des épisodes les plus troubles et contestables de sa présidence. Il insiste longuement sur les pressions qu’aurait exercées Mitterrand sur Habyarimana, allant jusqu’à le dépouiller de ses pouvoirs à partir d’avril 1992. En revanche, il ne s’étend pas sur la coopération militaire entre Paris et Kigali, sans nier les affrontements directs entre soldats français et rebelles tutsis. Péan omet ainsi que des soldats français ont été amenés à opérer un tri ethnique à des barrages. Et que toute la formation de la gendarmerie rwandaise a joué un rôle moteur dans le génocide, comme les livraisons d’armes aux ex-Forces armées rwandaises (FAR) alors que l’embargo était en vigueur. 

Les seuls dignes de blâme, aux yeux de Péan, sont l’ONU et l’administration Clinton, ainsi que la Belgique, où le lobby pro-Kagame aurait sévi sans retenue. Selon lui, si seule la France a été clouée au pilori, c’est pour la simple raison qu’elle n’a pas présenté d’excuses au Rwanda, contrairement à l’ONU, aux Etats-Unis et la Belgique ! Péan y voit un complot « des stratèges de l’Empire [américain, ndlr] pour lesquels l’affaiblissement de la France en Afrique reste un objectif prioritaire… ». Le « complot médiatique » Pour Pierre Péan, la victoire du FPR n’aurait pas été possible sans l’aide d’un puissant lobby d’activistes, d’humanitaires, d’universitaires et de journalistes « droits-de-l’hommistes » qui auraient constitué l’arme la plus efficace de Kagame. Dans son dernier tiers, Noires fureurs, blancs menteurs se transforme en brûlot aux relents nauséabonds. Des listes sont dressées, des personnalités définies par leur origine ethnique, le choix de leurs compagnes (tutsies évidemment), leurs engagements politiques (« militant sioniste ») ou personnel (franc-maçon, protestant, etc.). Péan y voit toute une génération de « messieurs Bons sentiments », d’« idiots utiles » qui auraient fait gober leur « désinformation » et leur « imposture humanitaire » à la terre entière, à commencer par l’ONU, qui a instauré le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Comme si les tenants d’une autre vision de l’histoire, tel l’historien belge Philippe Reyntjens ou le Français Bernard Lugan, avaient été interdits de publier… (1) Rwanda, l’histoire secrète, lieutenant Abdul Joshua Ruzibiza, éditions Panama, novembre 2005. (2) Rwanda : 1959-1996, éd. Dagorno, 1997. 



Enquête sur le génocide rwandais : le ministère de la défense met en garde la juge Raynaud LE MONDE 04.11.05 Le billet d’avion de Brigitte Raynaud à destination du Rwanda a été acheté. Plus rien ne s’oppose à ce que la juge d’instruction du tribunal aux armées de Paris s’y rende prochainement, afin d’interroger les parties civiles qui ont déposé une plainte en février auprès du tribunal, mettant en cause l’armée française pour « complicité de crimes contre l’humanité » et « complicité de génocide » . Toutefois, le ministère de la défense a alerté la magistrate sur les risques que présentait un tel déplacement.  » J’attire votre attention sur le fait que nous ne disposons pas dans cet Etat des moyens militaires de protection que nous avons pu vous assurer en Côte d’Ivoire » , écrit la directrice des affaires juridiques du ministère à Mme Raynaud, dans un courrier daté du 27 octobre. 

Le ministère à joint à cette missive une note blanche « des services de renseignement » relevant de la défense, qui estime que le déplacement de la juge d’instruction dans le courant du mois de novembre « pourrait s’avérer inopportun du fait de l’actualité médiatique et judiciaire » . Il risquerait de « radicaliser la position des autorités rwandaises » et d’entraîner des « pressions importantes » , voire des « menaces » . « PRINCIPAL TÉMOIN » Cette actualité est détaillée dans la note. Le 23 novembre, le journaliste Pierre Péan doit publier un livre « mettant en avant la responsabilité du FPR [Front patriotique rwandais] dans le déclenchement du génocide ainsi que les complicités occidentales dont il a bénéficié », précise la note, en ajoutant : « ce livre devrait aussi mettre en valeur les forces françaises engagées sur le terrain de 1990 à 1994″ . Un autre ouvrage à paraître sera signé par Abdoul Rouzibiza, « principal témoin dans l’enquête menée par le juge Bruguière » . Ce dernier est sur le point de conclure son instruction, assure la note. L’enquête « pourrait aboutir dans les prochaines semaines à une mise en cause de Kagamé [le président rwandais] pour son implication dans l’attentat commis contre l’avion du président rwandais en 1994″ , qui avait donné le signal de départ du génocide, dans lequel près de 800 000 personnes ont été tuées. 

La note mentionne aussi la possible saisine de l’Audience nationale espagnole, à la suite d’une plainte déposée contre l’entourage de M. Kagamé. Le procureur du tribunal aux armées de Paris, Jacques Baillet, a signé des réquisitions, le 6 octobre, permettant à la juge Brigitte Raynaud de se rendre au Rwanda. Le procureur ne souhaite pas ouvrir une information judiciaire tant que la plainte contre X… n’est pas plus étayée (Le Monde du 8 octobre).  Ce courrier d’avertissement du ministère de la défense n’émeut pas les avocats des parties civiles, Mes William Bourdon et Antoine Comte. « Les livres cités sont annoncés depuis longtemps, souligne ce dernier. Tout cela ressemble à une nouvelle tentative pour décourager la juge d’instruction dans son travail. » Piotr Smolar 



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La Françafrique de A à Z

Posté par issopha le 21 juillet 2008

La Françafrique de A à Z

 

 

La Françafrique de A à Z dans FRANCE A FRIC EN AFRIQUE barre-africamaat

 

Contribution de Natakamani Tanga pour meilleure compréhension de la situation économique désastreuse de l’Afrique pour les seuls Africains.

La Françafrique de A à Z

Première publication : le 8 septembre 2007

La Françafrique est un terme qui a été conceptualisé, il y a quelques décennies par l’ancien Président de la République Ivoirienne Félix Houphouët Houphouët-Boigny en 1955 qui a employé cette expression pour désigner les « bonnes relations » entre l’Afrique et la puissance coloniale dont il était député tout en militant pour l’indépendance de la Côte d’Ivoire.

Les objectifs de cette politique sont multiples : le maintien du rang de la France à l’ONU avec un cortège d’Etat clients ; l’accès aux matières premières stratégiques comme le pétrole (Congo-Brazzaville, Angola, Nigéria …) ou l’uranium (Niger) ; le financement occulte des activités politiques du gaullisme, par la suite, de tous les partis de gouvernement ; et enfin le maintien – dans le contexte de Guerre froide – des pays africains dans l’orbite occidentale. Dans un premier temps, nous présenterons le système mis en place par Foccart, ensuite, il sera question de l’internationalisation du système avant de mettre en évidence les connexions militantes pour combattre la françafrique.

I- La Françafrique, le bébé de Foccart :

En 1960, l’histoire accule De Gaulle à accorder l’indépendance aux colonies d’Afrique Noire. Cette nouvelle légalité internationale proclamée fournit la face émergée, immaculée : la France meilleure amie de l’Afrique, du développement et de la démocratie. En même temps, Foccart, conseiller Afrique du tout nouveau chef de l’Etat le Général Charles de Gaulle, est chargé de maintenir la dépendance, par des moyens forcément illégaux, occultes, inavouables.

Il sélectionne des chefs d’État «  amis de la France  » par la guerre (plus de 100 000 bamiléké, partisans de l’UPC, massacrés au Cameroun), l’assassinat ou la fraude électorale. À ces gardiens de l’ordre néocolonial, il propose un partage de la rente des matières premières et de l’aide au développement. Les bases militaires, le franc CFA convertible en Suisse, les services secrets et leurs faux-nez (Elf et de multiples PME, de fournitures ou de « sécurité ») complètent le dispositif.

Qui est Jacques Foccart ?

Jacques KOCH-FOCCART était secrétaire général de l’Elysée chargé des affaires africaines et malgaches. On a déjà une ébauche de la vision colonialiste du fameux conseiller puisque Madagascar est dissocié de l’Afrique. En 1952, il participe à l’Union Française censée gérer les relations entre la France et ses colonies.

Comme disait François – Xavier VERSCHAVE, dans son célèbre ouvrage Noir Silence, « Il était le principal géniteur de la Françafrique. Tissée sous la IV° République, en soutien d’un gaullisme écarté du pouvoir, la Françafrique a été centralisée de 1958 à 1974 par le jacobin FOCCART, en charge officielle des affaires africaines. Elle s’est familiarisée et privatisée – presque aussitôt africain, par paliers côté français.

On est passé du superintendant Foccart aux frères et neveux de Giscard, aux fils de Mitterrand et de Pasqua ; les Elf, Bouygues, Bolloré ont pris leurs aises ; les membres et correspondants des services secrets se sont taillés des fiefs rivaux ( Général Jean-Claude MANTION au Tchad, à Djibouti, à Khartoum, à Kinshasa ; Bob Denard aux Comores … ) ou des sociétés de mercenaires comme Paul Barril et sa société SECRETS (pour « Société d’Etudes de Conception et de Réalisation d’Equipements Techniques de Sécurité ») ».

Pour que ce système perdure pendant autant de décennies, il a fallu éliminer les opposants comme Ruben UM NYOBE, Ernest OUANDIE, Félix MOUMIE, Barthélémy BOGANDA, Sylvanus OLYMPIO, Patrice LUMUMBA (avec l’aide de la CIA et des services secrets belges), Dulcie SEPTEMBER (membre de l’ANC) assassinée en plein Paris et en pleine journée qui a désormais une place à son nom dans le X° arrondissement.

C’est donc l’illégalité la plus totale érigée en système, l’infraction constante et sans vergogne de «  l’indépendance  » proclamée. Qui dit illégalité dit secret, mécanismes cachés.

Les meilleurs éléments capables de pouvoir effectuer des opérations dans le plus grand secret pour le compte de l’Etat sont les agents secrets. Ils forment une des parties les plus importantes du système. De plus, il est important de savoir que Foccart a mis en place des bureaux de liaison et le chef du bureau de liaison local (par exemple implanté en RDC, au Congo-Brazzaville ou au Tchad) était le deuxième personnage du pays après le Chef de l’Etat, ce qui permet à la France « amie de l’Afrique » de tenir les pays « indépendants ».

Ce chef du bureau local du SDECE (ancêtre de la DGSE) avait carte blanche avec « le Président de la République » du pays fraîchement indépendant. Ces militaires qui sont friands de faire carrière en Afrique viennent de diverses agences comme la Direction Générale de la Sécurité Extérieure (la DGSE), la Direction du Renseignement Militaire (la DRM), la Direction de la Surveillance du Territoire (la DST) et la Direction de la Protection et de la Sécurité de la Défense (la DPSD).

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Ces personnes se croient tout permis en Afrique et dépassent sans cesse les budgets qui leur sont votés en ayant des accroches avec les narcotrafiquants et la mafia. On retrouve l’appât du gain qui a fait fureur chez les négriers européens et arabes entre le XV° et le début du XX° siècle. Depuis quatre décennies, sous la houlette des Services français, une République souterraine à dominante néogaulliste a ponctionné sur les ventes d’armes et le pétrole africain, entre autres, des sommes faramineuses.

Dans la région des Grands Lacs, la DGSE, et plus encore la DRM, ont répandu le mythe des « Khmers noirs » tutsis, et l’ont diffusé dans les médias parisiens. Le millier de militaires du Service Action de la DGSE provient du 13° Régiment de dragons parachutistes (RDP) de Dieuze, en Moselle, et du 1er Régiment parachutiste d’infanterie de marine (RPIMa), de Bayonne.

Tout ce petit monde compose le 11° Bataillon de parachutistes de choc (11° choc), créé en 1946, dont Foccart fut le « patron hors hiérarchie ». Il faut savoir que ce bataillon a écrit quelques-unes des pages les plus sombres de la Guerre d’Algérie.

Bruno GOLLNISH et Bernard COURCELLE furent officiers du DPSD, Direction de la Protection et de la Sécurité de la Défense adepte des habilitations « défense ». Ce dernier a créé le … DPS (Département Protection Sécurité), milice du Front National. Bernard COURCELLE a fait ses armes dans la « coloniale », au 6° RPIMa. Ce personnage a d’ailleurs proposé ses services à un MOBUTU en fin de règne, en 1996.

Des militants et responsables sont partis instruire des armées africaines : Bob Denard aux Comores en 1995, Christian Tavernier dans l’ex-Zaïre en 1996-1997, au Congo-Brazzaville lors de l’épuration ethnique de la région du Pool qui a permis le retour en grâce de Sassou II en 1997, 1998 et 1999. Le monde politique français n’est pas étranger à cette situation du « tout-est-permis » en Afrique.

Le Président de la République, le Premier Ministre et le Ministre de l’Intérieur, de droite comme de gauche, sont indifférents à l’acharnement dont font preuve tous ses acteurs françafricains. Le conseiller diplomatique de Lionel Jospin, Serge Telle, disait à propos de la « guerre civile » au Congo-Brazzaville en juin 1998 : « Les problèmes des Congolais relèvent de la seule responsabilité des Congolais ». (Il faut savoir que beaucoup d’anciens ministres de Jospin et de responsables socialistes font partie du Groupe de Bilderberg, lui – même faisant partie des Illuminati qui sont à l’origine des concepts des Etats-Unis d’Amérique et des Institutions Internationales comme l’ONU, l’OMC, l’OCDE…).

Pour en revenir au sujet qui nous intéresse, tous ces politiques sont « victimes » de chantage et de pressions de la part de responsables des Services, on imagine qu’il y en a eu d’énormes pour préparer le génocide rwandais, la « kriegsspiel » du Congo-Brazzaville. Dès lors que les gaullistes ont quitté le pouvoir en 1974, les libéraux proches de Giscard vont jouer la carte de la continuité dans le système françafricain et vont monter leur propre réseau. Cela commence en 1976 avec la requête de Giscard de fournir l’UNITA de Jonas SAVIMBI en armes et en instructeurs parallèlement à la CIA.

Denard fait partie du voyage. A Paris, le lobby pro-Unita s’organise autour des héritiers de Giscard : François Léotard, Gérard Longuet, beau-frère de Vincent Bolloré, Claude Goasguen, Jean-Pierre Binet l’autre beau-frère de Vincent Bolloré. Cet épisode va propulser la carrière industrielle de Vincent Bolloré. Le Groupe BOLLORE est leader mondial du papier mince pour livres et cigarettes, mais aussi des condensateurs. Après Elf-Total, dont je parlerai plus tard, le groupe Bolloré est le deuxième conglomérat françafricain.

Sa fabuleuse histoire commence par le rachat de l’armateur Delmas-Vieljeux. Le groupe impose sa suprématie dans le secteur du transport maritime en Afrique, élargit son domaine aux ports, aux chemins de fer (notamment le CFCO, le Chemin de Fer Congo-Océan), aux routes. Il reprend le groupe Rivaud qui abritait la banque du RPR et quelques cent mille hectares de plantations coloniales. Voici un des bienfaits du colonialisme ! Il s’impose avec succès dans la cigarette, étend ses concessions forestières, entre en force dans le cacao et guigne celui du coton.

C’est un baron de l’Afrique francophone et « latine ». Venons-en au mastodonte de la françafrique. Voici pour vous ELF ! L’affaire ELF a permis de faire la lumière sur le pillage de plusieurs milliards d’euros de rentes pétrolières africaines passés par les comptes en Suisse. Le plus gros distributeur, Alfred Sirven, qui voulait « mettre la République à feu et à sang » à emporter tous ses secrets dans la tombe. André Tarallo et d’autres anonymes ont été mis en examen. D’importants bénéficiaires ne sont toujours pas inquiétés par la justice française.

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La justice française est-elle la même pour tout le monde ? Cet argent est le fruit d’une longue histoire rythmée par des guerres civiles « venues d’ailleurs », des putschs, la corruption, des assassinats. L’article du site africamaat intitulée « la Férocité Blanche » présente une liste exhaustive d’assassinats de leaders panafricains qui se battaient pour Kamita. Malgré sa privatisation et ses bonnes résolutions énoncées à ce moment – là, force est de constater que Elf n’en a pas fini avec la Françafrique de douloureux épisodes comme le Congo-Brazzaville, l’Angola, le Gabon, le Tchad et le Cameroun sont là pour nous fournir une preuve tangible. L’arrivée de Total, allié en Birmanie à une narcodictature dopée par le travail forcé, n’est pas de nature à remettre en question les mœurs pétro-françafricaines. Le nouveau groupe, plus puissant, sera apte à faire la pluie et le beau temps et à faire changer d’avis plus d’un récalcitrant en deux temps trois mouvements.

La Banque FIBA, banque du RPR et de la nomenklatura congolo-gabonaise qui servait de transit aux redevances pétrolières et aux ventes d’armes, a été dissoute lors du rachat d’ELF par Total. Cette prouesse a un parallèle avec le rachat de la Banque Rivaud par le groupe Bolloré qui a trouvé beaucoup de comptes perso des neveux du RPR. Une équation s’est installée dans la tête des kamites : ELF=Françafrique.

Son premier président, Pierre Guillaumat, a mis en place un service de renseignement capable de changer le cours de l’histoire. En 1977, Marien Ngouabi, mécontent du contrat passé entre son pays, le Congo-Brazzaville, et la compagnie pétrolière, le fait savoir en augmentant la fiscalité sur le pétrole. Elf n’apprécie pas et Guillaumat asphyxie l’économie du pays et fait assassiner Marien Ngouabi en Mars 1977, ainsi que son prédécesseur Alphonse Massembat-Débat qui était en discussion avec Ngouabi pour revenir au pouvoir d’un commun accord.

Ngouabi projetait de rendre le pouvoir à une personnalité du sud du pays, ce qui déplaisait aux tribalistes en chef que sont les agents de la DGSE comme j’ai pu le dire plus haut. Les agents de la DGSE ont pour mission secrète de raviver les flammes allumées au début de la traite négrière entre les clans en Afrique comme le racisme anti-Bamiléké au Cameroun, « le Hutu power », l’acharnement contre les gens originaires du Pool au Congo-Brazzaville. Située très à droite, le Grande Loge Nationale de France (la GLNF) est la seule grande obédience française rattachée à la très puissante franc-maçonnerie américaine.

Presque tous les ’’présidents’’ agréés par la Françafrique y ont été initiés (Bongo, Sassou N’Guesso, Biya, Déby, Compaoré…) ainsi qu’un panel de plus en plus déterminant de personnalités françaises de la politique, la finance, les industries sensibles (c’est-à-dire ?), l’armée, les services secrets, les médias (TF1 en tête), la justice. Vous avez pu remarquer que depuis que le « nabo » est à l’Elysée, on a pu voir revenir sur les plateaux télé : le très pimpant Charles Pasqua. Il a été le vice-président du SAC et Pierre Le Dizet en fut le Directeur.

Michel Debré et Jacques Foccart n’était pas loin de cette création pour contrôler les adversaires du gaullisme en France qui pourrait regarder de trop près les activités « inavouables » du régime gaullien en Afrique. Je voudrais mettre l’accent sur un pan de la modernisation du système foccartien qui se transforme. Je veux parler de la Mafiafrique.

II- De la Françafrique à la Mafiafrique :

Ce qu’offre aujourd’hui l’Afrique à toutes les mafias, c’est la mise à disposition d’États de complaisance par des cliques dirigeantes retranchées sur les positions prédatrices qu’elles peuvent encore exercer, c’est l’aventurisme de ses guérillas mercenaires. La mafiafrique est syro-libanaise, belge, ukrainienne, américaine, russe, israélienne, saoudienne, émirat, anglaise, indo-pakistanaise, française, chinoise. La mafiafrique est même afghane : selon le journaliste portugais Gustavo Costa, dans un article publié dans L’Express en novembre 2001, Luanda est devenu à la fin des années 1990 le cœur d’un trafic de contrebande de biens divers organisé par les milieux trafiquants afghans de Dubaï en contrepartie du blanchiment de l’argent de la drogue. Dans l’autre sens s’organisait, suivant les réseaux rôdés de l’« Angolagate », l’approvisionnement en armes du régime taliban. La mafiafrique est planétaire.

Mais, pour des raisons historiques, la mafiafrique est assez largement française. De son vaste empire africain, de ce grand mythe vécu d’un lien charnel entre la France et ses anciennes colonies, qui ne fut jamais aussi fort qu’après la décolonisation des années 1960, la France a hérité d’un capital relationnel avec les élites africaines et maghrébines et d’un savoir-faire qui font aujourd’hui merveille, bien au-delà du pré carré colonial, sur tous les terrains de la mafiafrique.

Le « système Foccart » verrouillait la Françafrique, exerçant un contrôle politique et policier sur le continent pour le compte du camp occidental et contre l’Union soviétique. Ce rôle planétaire n’a pas été sans bénéfices secondaires spécifiquement françafricains : au travers des mécanismes maintenant à peu près connus de la circulation perverse de l’aide au développement et des flux de l’économie rentière, la Françafrique a joué un rôle essentiel dans le financement de la vie politique française, pour le camp présidentiel et même au-delà, avec l’habitude prise de la cohabitation.

La politique africaine ne pouvait donc pas être discutée sur la place publique, comme pouvaient l’être les relations avec l’Allemagne, la Russie ou les États-Unis. Le  » foccartisme « , celui de Jacques Foccart comme de ses successeurs, Jacques Toubon, Jacques Godfrain et Jacques Chirac (ils peuvent au moins partager un point commun qui n’aura échappé à personne), fermait le débat en France aussi. Évident sur la scène politique, cet étouffement a également longtemps prévalu – et cela est moins connu – dans le monde universitaire. Ce n’est nullement le fruit du hasard si la France compte relativement peu de bons spécialistes de l’Afrique contemporaine et du Maghreb. Ce qui n’a pas empêché de faire germer une pléthore de spécialistes de l’Afrique.

Dans certains organismes de recherche publics (comme l’ORSTOM), il était tout simplement interdit aux chercheurs de s’occuper de questions politiques au sens le plus académique du terme, la science politique : ils étaient soumis à une censure préalable. Et dans le même temps, des professeurs de droit ont écrit les constitutions africaines sans être trop regardants sur leur application dans des régimes policiers de parti unique…

À partir de 1981, l’arrivée de la gauche au pouvoir a brièvement permis un certain dégel intellectuel, en ouvrant le champ de l’expertise reconnue, y compris autour de l’Élysée, à des universitaires d’un genre que l’on n’avait jamais vu jusqu’alors sous les ors de la République : pendant quelques mois, ils ont côtoyé le patron de la DGSE (Pierre Marion) et les conseillers spéciaux de l’Élysée (comme Guy Penne et Jean-Christophe Mitterrand).

Mais la tendance était lourde et les experts indépendants sollicités par l’État au début des années 1980 ont été ensuite tenus à l’écart dès lors qu’ils entendaient rester indépendants. La politique de développement, héritière des combats anticolonialistes et tiers-mondistes, que la gauche victorieuse transportait dans ses valises pesa peu face aux liens d’argent qui fondaient les pouvoirs africains, via la redistribution clientéliste, et contribuaient largement au financement des partis politiques français via les  » rétro commissions « . L’expulsion de l’intrus Jean-Pierre Cot de la scène françafricaine prouva rapidement que tout allait continuer comme avant, mais avec des partenaires supplémentaires.

Pour fin septembre 2008, les États-Unis rassembleront leurs activités militaires en Afrique (sauf en Égypte) sous un seul commandement. Leur objectif : le contrôle complet des matières premières africaines.

La décision a été dévoilée au début de ce mois et montre bien l’importance stratégique de l’Afrique pour les États-Unis. C’est la première réorganisation de la structure de commandement de l’armée américaine sur le plan mondial depuis 1946. La nouvelle structure a été baptisée African Command et reprend une partie des tâches de l’EUCOM, le commandement installé à Stuttgart. Le pétrole est une des raisons importantes du regain d’intérêt des Américains pour l’Afrique.

La seconde est la présence accrue de la Chine en Afrique comme le disent les experts américains du Council on Foreign Relations : « La Chine a modifié la situation stratégique de l’Afrique. Sur tout le continent, elle est en quête de richesses naturelles, elle dame le pion aux entreprises occidentales dans les grands travaux d’infrastructure, elle fournit des prêts avantageux. » Actuellement, plus de 25 % des importations chinoises en pétrole viennent déjà d’Afrique. Ces dernières années, le commerce entre la Chine et l’Afrique est passé de 3 à 55 milliards de dollars ( cf. reportage des « Dessous de la carte » sur les relations sino-africaines sur le site Africamaat), faisant de la Chine le troisième partenaire commercial de l’Afrique après les Etats-Unis et la France.

III La mobilisation contre la prédation mafieuse à Kamita et en France :

La montée en puissance des mouvements africains issus de la société civile africaine semble aujourd’hui un phénomène irréversible. L’ « appel d’air démocratique »issu des conférences nationales des années 1990 interrompues brutalement dans certains pays comme le Congo-Brazzaville par la Françafrique, l’essor de la presse libre dans certains pays, la naissance du mouvement altermondialiste et j’ajouterai l’émergence en Europe d’une génération de kamites fiers de leurs glorieux ancêtres quelle que soit l’endroit d’où ils viennent (Guadeloupe, Martinique, Guyane, Haïti…) prêts à créer des passerelles entre la diaspora et Kamita pour une véritable et durable Renaissance africaine.

Au Mali, la Coalition des alternatives Dette et Développement (CAD Mali) créée à l’occasion du Jubilé 2000 pour l’abolition de la dette, regroupe des dizaines d’organisations. Elle organise depuis 2001 un contre-G8 des Pauvres délocalisé à Bamako. La question des relations franco-africaines fait partie de ses préoccupations premières, comme l’a démontré l’organisation à Bamako du sommet alternatif France-Afrique de décembre 2005.

Au Tchad, le Comité de suivi de l’Appel à la Paix et à la Réconciliation regroupe des organisations qui militent depuis 2002 pour obtenir des conditions favorables à la pacification et à la démocratisation de leur pays. Le comité suit de près l’évolution des relations entre la France et le Tchad et participe à des actions de plaidoyer menées auprès des autorités françaises.

Au Burkina Faso, des ouvrières en grève nt réussi à obtenir gain de cause face à Yves Rocher tandis qu’au Mali le syndicat Cocidirail, qui plaide pour la restitution et le développement intégré du rail malien harcèle la filiale du groupe Bouygues qui a racheté le chemin de fer Bamako – Dakar.

Au Togo, une coalition de mouvements de la société civile s’est organisée en avril 2005pour observer les conditions de déroulement du scrutin présidentiel et pouvoir dénoncer la fraude. Leurs appels et le résultat de leurs travaux ont été largement diffusés par leurs partenaires associatifs, en Afrique et en France. Ce n’est qu’à cause du soutien du Président français au candidat frauduleusement élu du clan Gnassingbé que cette mobilisation n’a pas pu aboutir. Le terrain syndical est en pleine expansion et laisse peu de répit aux multinationales françaises qui pillent allègrement les ressources naturelles et humaines du continent.

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En Côte d’Ivoire, l’omniprésence des investisseurs français dans tos les secteurs économiques, les soupçons de financement de la rébellion par des groupes hexagonaux ont attisé le sentiment anti-français d’une partie importante de la société ivoirienne, dans un climat marqué par l’interventionnisme militaire de la France dans le pays (opération Licorne). A Abidjan, la colère contre l’ancienne puissance coloniale a pris un tournant lors des évènements lors des évènements de Novembre 2004.

Le sentiment anti-français s’est déplacé au Togo après l’élection de Faure Gnassingbé en Avril 2006, le débat sur le rôle positif de la colonisation puis sur l’immigration choisie et a gagné une grande partie de l’opinion africaine.

Je voudrais, pour finir, parler de la mobilisation des artistes contre la Françafrique. La plume du Martiniquais Aimé Césaire, du Camerounais Mongo Béti, la voix du Kongolais Franklin Mukaka, du Nigérian Fêla Kuti ont été autant d’armes au service de l’émancipation de l’Afrique. La mobilisation reprend tout son sens grâce au rap, au reggae mais aussi à la littérature et au théâtre ; après la génération perdue des années 1970-1980, dont je voudrais vous parler avant de conclure.

Le journaliste burkinabé Norbert Zongo dirigeait l’hebdomadaire le plus lu au Burkina Faso, « L’Indépendant ». Amoureux de la nature, il avait créé une réserve de faune au sud de pays. Il s’y rend en voiture le dimanche 13 décembre 1998, avec un chauffeur et deux de ses collaborateurs. Le véhicule est retrouvé incendié le long de la route, les quatre occupants sont morts, leurs corps sont plus ou moins carbonisés. Les positions contestataires du journaliste, les rumeurs de complot à son égard ainsi que les traces de balles retrouvées dans la porte arrière suggèrent immédiatement une mise en scène. Il enquêtait sur le scandale de pesticides Saphyto, fournis par la Sofitex, la plus grande entreprise burkinabé qui encadre toute la production cotonnière du pays puis la commercialise via sa maison – mère parisienne, la CFDT.

Il enquêtait aussi sur le trafic des parcelles à bâtir, un système de corruption et d’escroquerie à l’encontre des candidats à l’acquisition d’un lotissement. Au premier des personnes impliquées, le maire de Ouagadougou, Simon Compaoré. Tiens !?

Le régime de Paul Biya qui passe pour être le plus corrompu du monde. Le combat pour une presse libre, résistant aux constantes pressions du pouvoir : tentatives de corruption ou d’étranglement financier, censure, interdiction, menaces, brutalités. Pius Njawé a réussi à traverser toutes ses épreuves. Il est directeur du « Messager » à Douala.


la Francafrique ( piankhy.com)
envoyé par www-Piankhy-com

Il a été condamné à deux ans de prison pour avoir diffusé un article qui relatait les problèmes de santé du Président Biya survenus lors d’un match de football. A sa sortie de prison, il a bénéficié d’une solidarité extraordinaire, de ses confrères du monde entier jusqu’ aux citoyens français, des lycéens alsaciens précisément.

Narléjy Yorongar qui a récemment publié un livre en vente aux Editions Menaibuc intitulé « Tchad – Le Procès d’Idriss Déby ». Il est député et responsable du parti fédéraliste, le Front d’Action pour le Renouveau. Il a félicité Nicolas Sarkozy pour son accession à la magistrature suprême (sic).

CONCLUSION :

En guise de conclusion, nous pouvons nous demander pourquoi l’on nous ressasse à longueur de journée que l’Afrique est pauvre alors que la somme des transactions réalisées avec l’Afrique est de l’ordre de 800 milliards de dollars, d’après un article du site africamaat sur les relations sino-africaines. Les personnes viennent de toutes les régions du monde pour faire des affaires en Afrique mais ceci n’empêche pas les médias de nous abreuver de reportages sur les africains qui meurent sur les rives méditerranéennes, les bébés qui souffrent de malnutrition…

On passe sous silence le fait que la population africaine va rejoindre la Chine et l’Inde. Depuis quelque temps, on entend ici ou là : «  Il faut aider l’Afrique car elle ne pourra pas assumer toute la population car elle n’a pas toutes les ressources nécessaires pour pouvoir satisfaire tous enfants » (Journal de RFI en Juillet dernier).

L’Afrique a toutes les ressources pour satisfaire ses enfants mais des intrus viennent s’enrichir dans le plus grand secret, à l’insu des populations africaines. Je reste optimiste pour Kamita car je vois que ses enfants sont en train d’ouvrir les yeux et s’organise pour préparer la Renaissance africaine chère à l’Osiris/Cheikh Anta Diop qui est assis à la droite d’Amon.

L’avenir appartient à l’Afrique et la vision spirituelle africaine peut, de près et de loin, éclairer l’humanité. Tous ces faits que j’ai pu relater ci – dessus ont des origines qui remontent à la traite négrière lorsque les leucodermes et les sémites sont arrivés en Afrique pour disséminer des armes à feu pour empêcher les royaumes africains de créer de véritables Etats africains. (cf. « La traite négrière européenne : Vérité et Mensonges »).

ANKH OUDJA SENEB

Sites à consulter pour compléter votre lecture :

- www.survie-france.org

- www.globalwitness.org

- www.stop-francafrique.com

- www.cellulefrancafrique.org

- www.liberationafrique.org

- www.bdpgabon.org

Livres traitant de la Françafrique :

- La Françafrique, le plus long scandale de la République de François – Xavier VERSCHAVE, 1998, Ed. Stock

- Noir Silence de François – Xavier VERSCHAVE, 2000, Ed. Les Arènes

- Noir procès : offense à chefs d’Etat de François-Xavier VERSCHAVE, Laurent BECCARIA, 2001, Les Arènes

- Noir Chirac de François-Xavier VERSCHAVE, 2002, Les Arènes

- Négrophobie. Réponse aux « négrologues », journalistes françafricains et autres falsificateurs de l’information, de François-Xavier VERSCHAVE, Odile TOBNER-BIYIDI et Boubacar Boris DIOP, 2005, Les Arènes

- De la Françafrique à la Mafiafrique de François-Xavier VERSCHAVE, 2004, Tribord

- Au mépris des peuples : Le néocolonialisme franco-africain de François-Xavier VERSCHAVE, Philippe HAUSER, 2004, La Fabrique

- Le choix volé des Togolais. Rapport sur un coup d’Etat électoral perpétré avec la complicité de la France et de la communauté internationale, coordonné par l’association SURVIE, 2005, L’Harmattan

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Mugabe ou L’Esprit Zimbabwéen Contre l’Orage Qui s’Annonce

Posté par issopha le 21 juillet 2008

Mugabe ou L’Esprit Zimbabwéen Contre l’Orage Qui s’Annonce

 

Mugabe ou L’Esprit Zimbabwéen Contre l’Orage Qui s’Annonce dans AFRIQUE : Ceux qui luttent barre-africamaat

Molefi Kete Asante qui a enseigné au Zimbabwé et formé les premiers journalistes du pays, s’indigne du climat d’hostilité médiatique actuel contre Mugabe.

 Mugabe ou L’Esprit Zimbabwéen Contre l’Orage Qui s’Annonce

Avant-propos d’Africamaat

Comme vous avez pu le constater, depuis quelques mois, les média occidentaux ont accentué leur pression médiatique sur le régime de Mugabé en le présentant aux masses mondiales comme un dictateur sanguinaire tout en passant sous silence leurs agissements diaboliques contre l’Afrique et les Africains.

Compte tenu du fait, que des jeunes panafricains aux Antilles et ailleurs, pourraient tomber dans le piège occidental de l’embrigadement médiatique, contre les pères de l’indépendance africaine (au sens strict du terme) qui ont tous été liquidés par puissances impérialistes car ces derniers voulant une Afrique et ses richesses appartenant aux seuls occidentaux, nous allons donc faire sur africamaat.com de cette problématique « Mugabe », un cas d’école, un dossier d’étude, un exemple de l’imagination machiavélique impérialiste occidentale afin qu’à l’avenir, nous ne soyons plus les jouets des média du nord.

Nous redemandons encore à France 24 de diffuser et de mettre sur le web notre débat télévisé sur Mugabé tenu face à des personnalités américaines et anglaises toutes anti-Mugabé, que nous avons enregistré dans leurs locaux afin que le public soit bien informé. Car quand on a rien à cacher, on n’agit pas de la sorte !

Le mensonge aura beau courir une année, la vérité le rattrapera en un seul jour !

Allocution du frère Molefi Kete Asante sur son expérience au Zimbabwé et la cambale médiatique occidentale contre Zimbabwé…

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Le déploiement de l’initiative anti-zimbabwéenne de la Grande-Bretagne et du gouvernement des États-Unis est une partie de l’idéologie raciste de l’Occident contre le Zimbabwe libre et indépendant. En tant qu’Africain Américain qui a travaillé et a habité au Zimbabwe juste après le deuxième Chimurenga [1]je suis consterné par l’absence de discernement chez ceux des Zimbabwéens qui soutiennent les activités du Mouvement pour le Changement Démocratique (MDC ), un parti financé par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne.

En effet, Samora Machel disait que «  la lutte pour la libération est une université. » Le seul problème est que beaucoup de personnes ne sont jamais allées à la guerre pour leur libération. Harriet Tubman a dit qu’elle aurait pu sauver mille esclaves au lieu des 300 qu’elle conduisit à la liberté si elle eut pu les convaincre qu’ils étaient des personnes asservies.

En fait, ce que nous voyons au Zimbabwe est la tentative de la part des groupes conservateurs américains alliés à des groupes britanniques d’introduire un cheval de Troie au sein de la nation zimbabwéenne. Ceci est prévisible. C’est le modèle de la déstabilisation et c’est une honte que plusieurs de nos propres chefs aux Etats-Unis n’aient pas compris l’intention de sanctions contre le Zimbabwe.

Morgan Tsvangirai est une création des fermiers blancs du Zimbabwe. Par leur argent, comme on le voit avec l’appui que reçoit Tsvangirai du fermier blanc Roy Bennett, trésorier du MDC [2], et d’autres blancs, le MDC a pu acheter des voix, influencer les populations paysannes dans les secteurs ruraux, et créer le chaos.

J’ai formé des journalistes au Zimbabwe à ZIMCO dans les années 1980 et je fus responsable de sa première promotion de diplômés. J’ai été irrité par la propagande continue des médias occidentaux contre les libertés des Zimbabwéens.

Nous tous condamnons les actions des crétins qui attaquent les personnes innocentes, mais nous réservons notre plus grande condamnation aux crétins politiques qui sont comme des oncles Tom mendiant le pain à leurs anciens maîtres. Ils vendront leurs mères et l’héritage de leurs pères pour l’argent de l’Occident.

Le MDC est un instrument des impérialistes occidentaux dans leur plus concrète expression. Le MDC reçoit son argent, ses ressources, et son appui des éléments les plus réactionnaires dans les pays occidentaux et il s’est montré opposé aux intérêts généraux du peuple.

Les personnes éprises de liberté perçoivent la tentative des médias occidentaux de peindre le Zimbabwe comme un gouvernement escroc, déconnecté du peuple. Il n’y a aucune raison pour le peuple du Zimbabwe d’être découragé parce qu’il y a beaucoup d’amis de la liberté et de l’indépendance qui voient le battage des médias britanniques et américains comme partie d’une orchestration plus large de la tentative de l’entreprise impérialiste de miner l’agence africaine.

Sur CNN aux Etats-Unis, Jesse Jackson a dit le 24 juin que Robert Mugabe fut un héros mais ne l’était plus. C’est une hérésie.

Qu’a fait Mugabe pour être rétrogradé de sa stature de héros ?

Il a donné sa jeunesse et sa vie d’adulte pour lutter dans la jungle contre les occupants blancs de la terre de ses ancêtres. Mugabe sera toujours un héros aux yeux des Africains Américains épris de liberté. La réforme foncière de Mugabe pour redonner aux légitimes propriétaires la terre volée a causé une campagne orchestrée contre Mugabe et son gouvernement. Mais le catalogue ne s’arrête pas là. Il a capturé et a mis en prison un groupe d’aventuriers militaires qui planifiaient de renverser le gouvernement d’une nation africaine. Nombre de ces aventuriers ont des liens avec la communauté blanche en Grande-Bretagne.

Je vois la position de Jesse Jackson comme un élément de l’effort international de faire pression sur le peuple zimbabwéen pour qu’il se soumette à l’intervention et à la pression internationale. Même Nelson Mandela était en Grande-Bretagne où il a condamné Mugabe pour la tragédie du leadership. Cette condamnation est une preuve de la puissance du système politique occidental.

Quand Mandela était en prison, Mugabe a permis l’utilisation de son propre pays et de ses ressources propres pour faciliter les combattants de l’ANC dans leur tentative pour renverser le régime minoritaire en Afrique du Sud. Mandela a-t-il oublié ceci ou quelqu’un a-t-il manqué de le lui dire ?

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R. Mugabe et la Reine d’Angleterre en très bon termes durant la période où Mugabe acceptait le timing et la fourberie anglaise

Je pense que les éléments progressistes de la communauté Africaine Américain doivent rassurer le peuple zimbabwéen qu’il a beaucoup d’amis en Occident et dans le monde, qui comprennent vraiment la raison de la souffrance au Zimbabwe et savent que le MDC est employé pour raffermir les éléments raciste et orchestrer le racket de ce pays.

Les Zimbabwéens sont les seules personnes qui peuvent résoudre leurs problèmes ; cependant, le peuple zimbabwéen doit savoir que leurs ennemis travaillent vingt-quatre heures sur vingt-quatre pour miner le fonctionnement légitime de leur gouvernement.

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Morgan Tsvangirai, opposant de R. Mugabé

Depuis le mouvement de réforme foncière, les éléments réactionnaires blancs et noirs aux Etats-Unis, en Australie, en Afrique du Sud, et en Grande-Bretagne cherchent un levier interne au Zimbabwe pour miner la volonté puissante, engagée et déterminée du peuple zimbabwéen.

Si le MDC se retire de l’élection, celle-ci doit continuer parce que le nom de Tsvangirai est déjà sur les bulletins. L’union africaine a des observateurs dans le pays et Mugabe a sagement maintenu hors du pays la nation les individus qui voulaient entrer au Zimbabwe pour espionner, miner ou pour créer le chaos en essayant de trouver des ennemis du gouvernement.

Le MDC se retire de l’élection parce qu’il sait qu’il ne peut pas gagner. Ils essayeront de convaincre le monde que les décisions des personnes sont forcées, mais les Zimbabwéens doivent se tenir debout, avec leur héroïque histoire et refuser de permettre aux forces extérieures de voler l’indépendance de leur pays. Longue vie aux héros du Chimurenga !

Honneur aux camarades qui ont donné leurs vies dans les montagnes et les vallées du beau Zimbabwe.

La danse européenne et américaine vers l’intervention à l’intérieur du Zimbabwe est une partie de la même hypocrisie que l’Afrique a éprouvée depuis toujours. Si Morgan Tsvangirai croit que son attachement à l’Occident et à ses intérêts dans le soutien des propriétaires fonciers blancs minoritaires au Zimbabwe l’amènera au pouvoir, il a absolument tort.

Les masses des Zimbabwéens comprennent que quand 4000 blancs ont tenu 75 % des terres arables au Zimbabwe il n’y avait aucun outrage de la part des Européens et des Américains.

Ces masses doivent pouvoir serrer leurs ceintures, restreindre leurs besoins matériels afin de maintenir leur liberté pendant que la Grande-Bretagne et l’Amérique activent leurs sanctions.

Au cas où le Zimbabwe succomberait aux intérêts de la minorité blanche contre les masses de ses propres personnes ce serait sûrement la plus mauvaise forme d’esclavage apparue en Afrique australe. Le fait que Mugabe, à la tête de la ZANU était un leader militaire signifie qu’il sait ce qu’était la situation dans son pays avant l’élévation du MDC-T et de ses défenseurs de la droite américaine et britannique.

Aussi longtemps que le peule élira le gouvernement du ZANU-PF il devrait rester au pouvoir comme avant-garde de la révolution. Si les Zimbabwéens, sans coercition de l’extérieur, choisissent un autre parti, le ZANU-PF devrait quitter le pouvoir.

Il n’y a aucune surprise qu’une enquête auprès de jeunes Africains il y a deux ou trois années a placé Robert Mugabe au premier rang du leadership devant tout autre dirigeant africain.

Vive Robert Mugabe ! [3]

Molefi Kete Asante

Président, Association of Nubian Kemetic Heritage

Auteur de The History of Africa

www.asante.net

A télécharger

Déclaration officielle de l’ONU Par rapport au Zimbabwe

PDF - 137.1 ko

Ecoutons notre prophète Bob Marley exprimer ses mots que les bouches zimbabwéennes muselés par l’occident ne peuvent plus prononcer (Titre : Zimbabwe).

Vie, Santé, Force Osiris Marley, Jah Rastafary !

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Références bibliographiques:

[1] Chimurenga est un mot de la langue Shona du Zimbabwe. Il signifie révolte ou rébellion. La première Chimurenga est la révolte des Zimbabwéens en 1896 et 1897 contre les agresseurs colonialistes anglais de la British South Africa Company. Les Zimbabwéens perdirent et la colonisation britannique reprit de plus belle, avec l’objectif clairement annoncé d’exterminer tous les Noirs que les colons anglais qualifièrent de « brutes », comme l’explique l’écrivain suédois Sven Lindqvist dans son livre « Exterminez Toutes Ces Brutes – L’odyssée d’un homme au cœur de la nuit et les origines du génocide européen » (Paris : Le Serpent à Plumes, 1998).

Le 4 mai 1898, au lendemain de la victoire des colonialistes britanniques, le projet d’extermination des Noirs est explicitement énoncé dans un discours du Premier Ministre anglais de l’époque, Lord Salisbury (né le 3 février 1830 ; décédé le 22 août 1903) de son vrai Robert Arthur Talbot Gascoyne-Cecil, troisième marquis de Salisbury.

La deuxième Chimurenga fut déclenchée par Robert Mugabe et ses camarades patriotes en 1966, exactement 70 ans après la première et seulement quelques mois après la Déclaration Unilatérale d’Indépendance de Ian Smith, faite le 11 novembre 1965. La deuxième Chimurenga dura 14 ans. Quatorze années de lutte acharnée, durant laquelle les Zimbabwéens, militairement sous-équipés et peu préparés, affrontèrent héroïquement l’armée de Ian Smith que soutenait directement ou indirectement tout l’Occident, ainsi que l’Afrique du Sud de l’Apartheid, Israël, et l’Iran du Shah. Malgré ces handicaps, les Zimbabwéens remportèrent victoire : la deuxième Chimurenga se solda par l’indépendance du Zimbabwe en 1980.

[2] Le MDC est le parti dirigé par l’opposant Morgan Tsvangirai.

[3] En 1960, R. Mugabe crée avec son ami Josuah Nkomo, le Zimbabwe African Peoples Union (ZAPU), qui fut immédiatement interdit par le gouvernement blanc de Ian Smith (1er Ministre) qui souhait appliquer l’apartheid sud-africain au Zimbabwe. En 1964, Mugabe est arrêté avec d’autres chefs de file nationalistes et jeté en prison pendant 10 ans. En 1966, on lui refuse une permission pour aller enterrer son fils décédé. Libre en 1974, il se réfugie au Mozambique où il prend la direction de la branche militaire de la ZANU, la ZANLA (Zimbabwe African National Liberation Army), pour préparer la guerre contre le gouvernement de Ian Smith qui extermine les Noirs. Après maintes tergiversations et tentatives de compromission de noirs initiées par Ian Smith pour conserver la main mise anglo-saxonne sur le Zimbabwe, en décembre 1979, le pays redevient la colonie britannique de Rhodésie du Sud. Les accords de Lancaster House de fin décembre 1979, finalisèrent l’octroi de garanties économiques et politiques pour la minorité blanche et des élections multiraciales prévues 10 ans après (1980). Après une campagne électorale agitée, Mugabé devint Premier Ministre en 1980. En 1987, Mugabe devint Président et mit un terme au rôle politique des blancs dans son pays. En 2008, Les Anglais, qui ont violé leur propre contrat sur 10 ans qui stipulait qu’il devait remettre les terres aux Zimbabwéens, refusent de dédommager les fermiers blancs et veulent même récupérer les terres agricoles et naturellement certains gisements de minerais stratégiques. Pour cela, ils recrutent le leader du MDC comme cheval de Troie. Aidé des USA qui l’offrent plus de 30 millions de dollars pour financer sa campagne contre Mugabe, le voila promut garant de la démocratie au Zimbabwe. Mais quelle farce !!!!

 

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Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la LibrAfrique

Posté par issopha le 21 juillet 2008

 Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la LibrAfrique

 

Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la LibrAfrique dans ACTIONS CITOYENNES barre-africamaat

Nous voulons que le monde nous accueille comme nous sommes, tels que nous sommes et non comme la France veut que nous soyons ou que l’Europe voudrait que nous soyons.

Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la LibrAfrique

Réponse de Mamadou Koulibaly à Sarkozy :

« Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la LibrAfrique »

Par

Mamadou KOULIBALY

Président de l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire

Le président de la République française est venu, comme De Gaulle, et il a parlé aux Africains. Qu’a-t-il dit au juste ? Il nous a fait une série de propositions et d’analyses. Écoutons-le :

« Ce que la France veut faire avec l’Afrique, c’est une alliance, c’est l’alliance de la jeunesse française et de la jeunesse africaine pour que le monde de demain soit un meilleur monde ».

Le nom de cette alliance est Eurafrique.

La France s’est mariée à l’Europe et nous vous apportons cette Europe de même que nous vous apportons à l’Europe. L’Afrique sera dans la corbeille de mariage de la France avec l’Europe et dans la corbeille de l’Europe avec le monde. Je suis venu vous proposer une place, comme la France sait le faire habituellement. Souvenez-vous, par exemple, des DOM-TOM.

Mais, comme vous le savez, l’Afrique est très différentiée. Il y a l’Afrique du Nord. Et il y a l’Afrique noire. En Libye, donc en Afrique du Nord où je suis passé, j’ai signé des contrats juteux d’exploitation de centrales nucléaires et d’uranium. Des contrats portant sur la défense et autres affaires hautement stratégiques pour mon pays. Avec l’Afrique du Nord, on ne parle ni de morale, ni de développement. On ne donne pas de leçons, mais on passe des contrats. On ne lance pas d’appels aux Libyens de l’étranger pour leur retour dans leur pays. On ne fait pas de promesses d’aides publiques françaises à la Libye. On parle affaires. Des contrats, des contrats et encore des contrats. Sur l’uranium, sur la défense, sur le nucléaire. Trade not aid, telle est notre règle.

Avec l’Afrique noire, avec vous, que dire ?

Je vous ai fait mal, mes bébés. Hum !

N’en parlons plus.

Mais ne me demandez surtout pas de repentance, puisque vous-mêmes, vous êtes coupables de vous être laissés battre par mes ancêtres. En plus, quand mes ancêtres arrivaient chez vous, vous vous décimiez vous-mêmes déjà sans notre aide. Vous êtes plus coupables que nous.

Nous avons commis des crimes contre l’Humanité. Oui, mais vous n’avez rien fait pour nous empêcher.

En tout cas pas suffisamment pour nous convaincre que ce que nous avions l’intention de faire était criminel. Vous êtes coupables de non-assistance à personne dangereuse et d’assassinat de caractères. Ne rêvez surtout pas à un retour en arrière pour rejoindre votre prétendu âge d’or qui aurait existé dans le passé. Vous n’avez jamais eu d’âge d’or. N’en rêvez pas. Le monde ne marche pas à reculons, mais progresse vers l’avenir. L’histoire a un sens.

La colonisation a été un crime contre l’humanité, mais mes parents ont proposé aux vôtres l’indépendance, qu’ils ont acceptée.

La colonisation c’était l’exploitation de l’homme par l’homme ; l’indépendance est exactement le contraire.

Vos historiens et autres anthropologues vous mentent. Je vous le dit ici à vous, les jeunes d’Afrique, à l’Université Cheikh Anta Diop.

Devant vos chefs.

Devant vos profs.

Devant votre classe politique, gouvernement et opposition réunis. Devant vous étudiants, hommes de maintenant et hommes de demain.

Arrêtez de rêver d’un futur qui puisse être le vôtre, à vous tout seuls. Maintenant, vous m’appartenez définitivement. Arrêtez d’avoir la nostalgie d’un passé qui n’a jamais existé.

Je vous propose l’Eurafrique.

Vous entrez avec moi dans les bonnes grâces de l’Europe.

Je vous apporte l’Europe comme hier je vous ai apporté l’Esclavage.

Je vous apporte l’Europe comme hier je vous ai apporté la Colonisation.

Je vous apporte l’Europe comme hier je vous ai apporté l’Indépendance.

Je vous vois stupéfaits, n’est-ce pas ? Mais je vous apporte aussi les moyens qui vous seront propres pour inventer, vous-mêmes, votre avenir. Oubliez le passé.

Maintenant, vous ne serez plus seulement à la France, mais à l’Europe. La France, c’est votre héritage occidental. La colonisation vous l’a apporté. Aid not trade. Telle est mon offre.

Ne vous coupez pas de cet héritage. La civilisation européenne vous appartient. A vous aussi.

Renoncez à la tentation de pureté comme nous le faisons en Europe.

Ne répondez pas au racisme de la France par le racisme.

Ne répondez pas à l’intolérance de la France par l’intolérance.

Je sais, je vous ai fait mal, mais laissez tomber.

Allons ensemble dans l’avenir.

Renoncez à la maladie de l’intelligence.

Si vous voulez venir chez nous, pas de problème, nous négocierons votre migration. Nous déciderons ensemble, pour vous, comment vous viendrez.

Pas en citoyens libres, mais en immigrés.

Vous rêvez de la Renaissance africaine ? Pourquoi pas ! Après tout, vous avez eu, semble-t-il, l’Egypte et d’autres brillantes civilisations que mes ancêtres ont battues à plate couture et soumises depuis des siècles. Oubliez le passé peu glorieux que vos ascendants vous ont laissé.

Nous vous aiderons à la bâtir, cette renaissance, si tel est votre désir.

Commencez déjà par prendre notre civilisation comme héritage.

Vous voulez la liberté, la démocratie ? Bien. Mais savez-vous que l’Europe est bâtie sur l’égalité, la justice, le droit, la liberté, la démocratie et la libre propriété ? Je vous apporte ces valeurs universelles. Et n’allez pas chercher ailleurs. Tout ce que vous voulez, commandez et je vous livre tout de suite. Nous sommes généreux, nous vous aimons. Ce n’est pas de la pitié, mais c’est notre intérêt.

Ainsi nous a parlé Nicolas Sarkozy, le président de tous les Français. Que lui dire ?

Merci Sarkozy.

Merci pour tes propositions.

Mais nous, on veut aller dans le monde par le marché et non sous la protection de qui que ce soit. Nous connaissons le chemin.

Le monde, ce n’est pas que la France ; le monde, ce n’est pas que l’Europe. Le monde, c’est aussi l’Afrique, c’est aussi l’Amérique, c’est aussi l’Asie. Le monde, c’est ailleurs. Nous voulons choisir librement notre méthode d’y entrer, notre façon d’y participer. Ce n’est pas par dégoût, mais c’est notre intérêt et rien que cela.

L’Eurafrique ? Très bien merci. Mais ça sera vraisemblablement comme par le passé.

Il y a déjà les sommets franco-africains.

Il y aura des sommets eurafricains.

Il y aura une bureaucratie eurafricaine, comme il y a celle des UE-ACP.

Nous n’avons plus du temps à perdre à négocier lors de sommets de chefs d’Etat.

Nous allons directement sur les marchés librement avec nos besoins et nos moyens.

Nous ne voulons plus être des marchés captifs de qui que ce soit.

Nous voulons redevenir libres.

Il ne s’agit pas d’un retour à un quelconque âge d’or. Il ne s’agit pas d’une option pour nous, mais de notre survie.

Il s’agit d’être simplement des humains, de vivre comme tels et d’être traités comme tels.

Nous ne voulons pas de traitement de faveur.

Nous voulons avoir notre liberté de choix.

Nous voulons tirer profit des droits imprescriptibles que nous avons d’être propriétaires de nous-mêmes en tant qu’humains.

Nous voulons être libres dans la mondialisation, comme nous ne l’avons jamais été sur les marchés des esclaves. Sur les marchés coloniaux. Dans le pacte colonial.

Nous ne voulons pas aller sur les marchés mondiaux enchaînés par des accords protectionnistes ; ni avec la France, ni avec l’Europe.

N’est-ce pas vous qui avez dit que l’Afrique ne comptait pas pour la France ?

N’est-ce pas vous qui dites aussi que le Niger, avec son uranium, compte énormément pour la France ?

Savez-vous que le Niger est un pays d’Afrique ?

La duplicité de votre langage ne nous rassure guère. Vous parlez d’amour là où le monde parle d’intérêt et d’intérêt là où le monde parle d’amour.

Nous ne voulons plus de cette protection infantilisante qui vous donne le droit de vouloir tout faire pour nous.

Tout faire avec nous.

Tout faire par nous.

Tout faire sans nous.

Et au bout du compte, tout faire contre nous.

Nous ne voulons plus des accords léonins qui, sous prétexte de vouloir nous aider, nous font plus de mal que de bien.

Nous voulons que Sarkozy nous laisse faire, nous laisse passer.

Nous voulons que la France nous laisse faire, nous laisse passer.

Nous voulons que l’Europe nous laisse faire, nous laisse passer.

Nous voulons que le monde nous accueille comme nous sommes, tels que nous sommes et non comme la France veut que nous soyons ou que l’Europe voudrait que nous soyons. Nous connaissons le mode d’emploi de la mondialisation. Aucun épouvantail ne nous fera renoncer sur la route de la liberté.

L’Eurafrique ? Pourquoi pas. Merci pour votre offre. Mais nous sommes déjà dans le monde sous le couvert de l’Europe qui agit par procuration de la France. Nous ne voulons pas de la mondialisation des servitudes.

Nous voulons celle des libertés.

Nous voulons simplement :
- de l’économie de marché.
- de la société ouverte.
- de la société de droit.

Ni plus, ni moins.

Sarkozy pourrait-il nous aider dans ce sens ?

A nous libérer des accords précédents ?

Ceux des indépendances ?

Pour enfin nous libérer du carcan post colonial ?

Nous ne voulons pas aller dans le monde comme hier nous sommes allés dans l’Europe par la France.

Nous ne voulons pas de votre liberté en double standard, et sous surveillance.

Nous ne comprenons pas que nos avoirs extérieurs nets en devises soient déposés au Trésor public de chez vous.

Nous ne comprenons pas que nous soyons perçus comme des contribuables par l’Etat français, alors que vous nous ressassez que la colonisation est terminée depuis belle lurette ?

Nous ne voulons plus de vos accords de coopération qui ne règlent rien, mais qui pillent tout.

Nous voulons être libres de choisir nous-mêmes notre destin.

Libres de choisir nous-mêmes qui nous accompagnera et pour quoi.

Merci de votre sollicitude.

Tu veux que je décide librement ? Soit.

Mais je ne veux pas que tu sois là.

Tu veux que je décide librement ? Mais soit.

Je ne veux pas décider avec toi. Je veux décider seul.

Tu veux que ma volonté se réalise pleinement ?

Oui, je le veux aussi. Mais je ne veux pas réaliser mon destin avec toi. Je veux le faire moi-même, sans guide, ni parrain, ni gourou.

Tu veux t’associer avec moi ? Oui, mais ne me demande pas d’être exclusivement à toi. D’être ta chose.

Je veux être libre de m’associer avec qui je veux et comme je le veux et quand je le veux.

La mondialisation telle qu’elle est faite pour moi ne me plaît pas. C’est vrai. Je veux la démocratie. Je veux le droit. Je veux la justice. Je veux la propriété libre. Je veux la liberté.

Mais je veux aussi la responsabilité.

Nous avons payé trop cher les mirages de la coopération franco-africaine depuis de longues années.

Cette coopération est étatiste.

Cette coopération est collectiviste.

Cette coopération est monopolistique.

Cette coopération est jacobine et rétrograde.

Je crois que l’échange libre est bénéfique et qu’il doit être la règle de mon jeu dans la mondialisation.

Je crois que la concurrence est un moyen et qu’elle est mon meilleur atout pour réussir à m’enrichir et à prospérer dans la mondialisation.

Les pires des prédateurs qui nous cachent de la mondialisation sont ceux qui viennent s’apitoyer sur mon sort et me considérer comme un grand naïf auquel ils proposent altruisme, protection, aide publique et humanitaire, mais jamais de commerce responsable.

Le plus grand des prédateurs pour nous est celui qui nous rassemble dans un enclos que l’on appelle le Pré-carré, ou le Champ et nous propose de jouer soit au loup et à l’agneau, soit au renard dans le poulailler.

Nous croyons que la liberté économique annonce et conditionne la liberté politique.

Nous croyons que les esclaves ne peuvent échanger que leurs chaînes. Que le marché est le propre de l’Homme. Que nous sommes des hommes et que nous voulons échanger autre chose sur des marchés libres d’accès et de sortie.

Nous croyons à l’économie de marché. Vous vous trompez à notre sujet lorsque vous affirmez le contraire.

Nous croyons au laisser faire et nous nous méfions de toutes les barrières à la concurrence.

Vous craignez l’immigration de la jeunesse africaine en France et en Europe ?

Vous avez tort.

L’immigration subie ou l’immigration choisie ?

Vous posez mal le débat.

L’immigration relève du droit individuel de circuler et est pour nous une des bases de la liberté que nous recherchons.

La France devrait se demander comment une telle liberté pour nous peut devenir un fléau social pour les Français.

Pour nous, l’étranger a droit au respect de sa vie, de sa dignité et de sa propriété.

Mais nous savons et nous admettons que l’étranger ne peut avoir tous les droits, car nous savons et admettons qu’il n’y a pas de droits sans devoirs.

L’étranger doit se soumettre aux règles sociales de la société qui l’accueille.

Vous avez le sentiment que certains étrangers ne respectent pas les règles de votre société et ont des comportements anormaux ?

Mais ce n’est pas notre faute à nous qui vivons ici dans les pays d’origines de ces immigrés. Les repousser à vos frontières, contrôler leur entrée et sortie de chez vous sont de fausses solutions coûteuses, humiliantes et inefficaces. Pour vous en sortir, laissez-nous vous donner des conseils d’amis et d’alliés.

Abandonnez votre Etat-providence, car c’est lui qui attire l’immigré que vous craignez. Les forces d’attraction de chez vous sont aussi fortes que les forces de répulsion d’ici.

De nombreux immigrés apportent à la France leur travail, leur talent, leur argent.

Nombreux aussi sont ceux qui fuient les dictateurs et les autres régimes liberticides que vous installez chez nous.

Mais les plus nombreux, ceux qui sont supposés vous faire le plus de mal, sont ceux qui arrivent chez vous, pour profiter comme de nombreux Français de souche, du parasitisme offert par votre Etatprovidence.

Je présume que vous le savez déjà.

Ceux-là vont en France pour toucher des allocations, pour se livrer à de petits et à de grands trafics, pour profiter des cadeaux qu’offre l’Etat français à ses propres parasites.

Les places sont gratuites chez vous et elles rapportent plus que chez nous, car votre Etat-providence est plus généreux que les nôtres, et plus riche aussi.

Nous croyons que par des relations de travail libre, par l’échange marchand, par le libre échange entre la France et nous, l’immigration trouvera solution. Or vous nous proposez de nous méfier du laisser-faire pour nous accrocher au protectionnisme offert par nos Etats-providence rentiers, pâles copies du vôtre.

Nous voulons que les immigrés qui arrivent chez vous vous donnent plus qu’ils ne vous prennent, mais votre Etat-providence leur propose la gratuité pour tout ce qu’ils peuvent avoir.

Nous aimons la France pour sa sécurité sociale. Elle nous épargne de faire de grands efforts d’adaptation au monde moderne, d’éduquer correctement nos enfants qui y naissent. Elle nous propose le RMI, les allocations logements, les prestations familiales. Elle nous propose des revenus à peine suffisants pour vivre de façon médiocre sans travailler chez vous. Mais tout cela, vous le savez déjà.

Parmi vos immigrés qui viennent de chez nous se trouvent les plus pauvres des immigrés, les plus mal éduqués, les plus délinquants, les plus mal aimés, les plus mal logés.

Votre Etat-providence nous offre une couverture sociale complète dans des ghettos, des foyers bruyants et violents que vous appelez “logements sociaux”.

Les enfants d’immigrés africains vont dans des écoles où l’on n’apprend presque plus rien, pas même la politesse et le savoir-vivre français que nous admirons de loin, nous qui sommes restés ici au pays.

L’école française ne leur apprend pas même la vertu du travail bien fait, pas même le respect des autres.

Nous voulons commercer avec une société française compétitive. Mais votre Etat nous propose des monopoles, des statuts figés, des services publics, des entreprises protégées.

Les Africains de qualité comprennent de plus en plus que vivre chez vous, sous la protection de l’Etatprovidence les sclérose ; ils vont ailleurs pour être plus compétitifs et faire face aux enjeux du monde actuel. Ça aussi, vous avez dû le constater.

Nous pensons que seules des relations marchandes entre la France et l’Afrique révèleront les opportunités d’embauches en qualité et en quantité chez vous comme chez nous. Mais vous semblez avoir peur du marché libre.

Nous ne pensons pas qu’il soit dans les prérogatives de l’Etat-providence de dire qui est qualifié pour entrer et s’installer en France pour bénéficier des droits sociaux. Nous croyons au partenariat direct entre les peuples, entre les jeunes, entre les entreprises. Vous aimez plutôt les rencontres au sommet.

Nous immigrons en grand nombre chez vous, parce que notre vie ici, du fait de votre protection bienveillante et providentielle, est misérable. Nous pensons que si vous nous donnez plus de liberté de choix, plus de libertés économiques, la source principale de cette immigration artificielle disparaîtra.

Pour vaincre l’immigration qui vous fait tant peur, brisez les enclos dans lesquels sont enfermés les peuples d’Afrique esclaves de votre générosité.

Un pays comme le Sénégal a perdu dans les mers plus d’hommes candidats à l’immigration que la Côte d’Ivoire avec sa guerre ces cinq dernières années.

L’immigration est aussi un fléau pour nous tant qu’elle sera organisée par votre Etat-providence.

Pour vaincre l’immigration, abandonnez les Etats-providence, abandonnez les accords de coopération rétrogrades et étatistes. Pour vaincre l’immigration, nous vous offrons la liberté économique. Au lieu de l’Eurafrique, nous voulons la Librafrique.

Dans la mondialisation, nous savons que les économies nationales sont en compétition. Nous envisagions d’aller en compétition avec ce que nous avons. Si vous le voulez bien, alors laissez-nous faire.

Nous envisagions de préciser les droits de propriété de base sur nos terres et nos entreprises d’Etat et les rendre aux entrepreneurs privés. Si vous voulez nous aider, alors laissez-nous faire.

Nous rêvons d’adopter des politiques macroéconomiques qui nous évitent les humiliations du surendettement et des déficits budgétaires insupportables. Si vous voulez le faire avec nous, alors laissez-nous faire.

Nous voulons arrêter de tourner nos vues vers le passé. Nous voulons regarder l’avenir avec sérénité.

Pour cela, nous rêvons de politiques de croissance fondées sur une épargne domestique capable de nous rendre aptes à financer nos besoins d’investissements risqués. Pour cela, nous rêvons d’un système bancaire moderne qui rompe avec la tradition protectionniste de contrôle des changes et des banques centrales non indépendantes des zones CFA. Si vous voulez nous aider, alors laissez-nous faire.

Nous voulons plus de flexibilité sur nos marchés du travail. Si vous nous aimez, alors laissez-nous faire.

Nous pensons que la lutte contre la corruption est primordiale mais qu’elle ne peut réussir qu’en prenant de vigoureuses mesures et en donnant des exemples qui ne mettent personne au-dessus du droit. Si vous voyez ce que nous voulons dire, alors laissez-nous faire.

Nous voulons que notre prospérité soit bâtie en amitié avec tous les peuples du monde et sans exclusivité. Si vous pensez que le monde est un village planétaire et que la mondialisation est beaucoup moins une affaire d’Etat qu’une affaire de liberté d’échanges, alors laissez- nous faire.

Si vous voulez un véritable discours de rupture, Monsieur le président de la République française, alors, en plus de définir la politique africaine de la France, il vous faudra désormais intégrer la politiquefrançaise de l’Afrique.

C’est de la rencontre de ces deux visions sous la contrainte de nos autres relations que naîtra le monde meilleur souhaité par la jeunesse africaine et pour lequel elle est prête à travailler avec toutes les jeunesses du monde. Pour cela, il faut que vous nous laissiez faire.

Les libertés et les Droits de l’Homme ne se négocient pas.

L’autodétermination des peuples est un droit.

Vous ne pouvez pas garder les démocraties pour vous et cultiver les autocraties chez nous. Arrêtez de le faire.

Le marché ne peut pas être pour l’Europe et les bureaucraties pour l’Afrique.

Arrêtez de le concevoir.

Encore une fois merci d’être venu et d’avoir parlé comme vous avez parlé.

Votre discours avorté de rupture donne une occasion de rupture effective à la jeunesse d’Afrique si discourtoisement interpellée par vous à Dakar le 26 juillet 2007. Les désirs de rupture d’avec les vues de vos prédécesseurs ne nous intéressent pas, d’autant qu’ils n’iront jamais jusqu’à la remise en cause des fondamentaux de la traditionnelle politique africaine de la France. Par contre, nous avons, avec la mondialisation, l’occasion de rompre avec le modèle de coopération que la France nous propose. Merci de nous avoir donné l’occasion de vous le dire. Parce que nous avons compris que, si pour le moment, la rupture, ce n’est pas pour vous, nous vous indiquons que c’est avec vous, nouvelles et anciennes élites françaises, que nous, jeunes d’Afrique, nous rompons.

Mamadou Koulibaly

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L’association Survie dénonce la visite de Bongo à l’Elysée

Posté par issopha le 3 juillet 2008

DIPLOMATIE FRANÇAISE

L’association Survie dénonce la visite de Bongo à l’Elysée

 

NOUVELOBS.COM | 02.07.2008 | 18:57

Pour l’association, la visite du président gabonais Omar Bongo, au pouvoir depuis 41 ans, illustre le manque de cohérence de la diplomatie française puisque son homologue zimbabwéen Robert Mugabe est considéré comme « infréquentable » par Bernard Kouchner.

Nicolas Sarkozy et Omar Bongo, le 27 juillet 2007 à Libreville

Nicolas Sarkozy et Omar Bongo, le 27 juillet 2007 à Libreville (c) AFP

L‘association Survie dénonce mercredi 2 juillet dans un communiqué la visite à l’Elysée du président gabonais Omar Bongo, au pouvoir depuis 1967. Nicolas Sarkozy a reçu son homologue à 14h30 à l’Elysée ce même jour. La structure, qui milite pour un assainissement des relations entre la France et l’Afrique, rappelle que le ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner a déclaré lundi que le dictateur Robert Mugabe, à la tête du Zimbabwe, n’était pas « fréquentable ».

« Considération d’intérêts particuliers »

La structure exige « que cette règle de morale s’applique sans exception avec la même vigueur à tous les potentats ». L’association constate « une fois de plus que la politique africaine de la France est établie non sur des principes de morale politique bien définis mais sur la considération d’intérêts particuliers ». L’association indique que le président gabonais a interdit de sortie de territoire Marc Ona Essangui le 6 juin dernier alors qu’il s’apprêtait s’envoler aux Etats-unis pour une conférence sur la transparence des contrats en Afrique.
Le communiqué rappelle également qu’Omar Bongo soutient Robert Mugabe, réélu le 27 juin président du Zimbabwe, sur un score de 90,2%. Le scrutin avait pourtant été boycotté par l’opposant Morgan Tsvangirai en raison des violences, alors qu’il était arrivé en tête au premier tour avec 47%. Le dirigeant gabonais a déclaré lundi en marge du 11e sommet de l’Union Africaine que Robert Mugabe « a été élu, il a prêté serment, il est là avec nous, alors il est président ».

Publié dans AFRIQUE de SARKOZY, AFRIQUE DES PREDATEURS D'AILLEURS | Pas de Commentaire »

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