Victime d’un coup d’état, son « lieutenant », Blaise Compaoré, s’est installé au pouvoir.

Posté par issopha le 5 octobre 2007

Victime d’un coup d’état, son « lieutenant »,

Blaise Compaoré, s’est installé au pouvoir.

 

Jeudi 15 octobre 1987. Il est 16 heures. Des armes crépitent au Conseil de l’entente, l’état-major du Conseil national de la révolution à Ouagadougou, tout près des ministères et de la présidence. Un groupe de soldats para-commando vient de débarquer avec, à l’évidence, pour mission de liquider tout le monde.
Dans la cour, tous les gardes sont abattus. Dans un bureau, le capitaine Thomas Sankara en réunion avec des conseillers lance à son entourage : « restez-là, c’est moi qu’ils veulent ! » Le président, en tenue de sport, se précipite dehors les mains en l’air. Mais il est immédiatement fauché à l’arme automatique. Aucun de ses gardes ni conseillers ne sera épargné. En tout, une quinzaine de personnes sont abattues. Ils seront tous enterrés à la hâte, la même nuit, au cimetière de Dagnoen, un quartier de l’est de Ouagadougou.
Dans toute la zone de la présidence et du Conseil de l’entente, militaires et civils courent dans tous les sens.
Les Burkinabés qui sont au bureau ou à la maison se précipitent vers les postes transistors. Sur Radio Burkina, les programmes sont suspendus. On ne diffuse plus que de la musique militaire. Pour des Burkinabés déjà habitués aux coups d’État, c’est un signe qui ne trompe pas : le pouvoir a changé de main. La confirmation ne tarde pas. Un communiqué lu à la radio par un officier annonce notamment la démission du président du Faso, la dissolution du Conseil national de la révolution et proclame la création d’un Front populaire dirigé par le capitaine Blaise Compaoré, jusque-là numéro deux du régime révolutionnaire.

La confusion est totale. Le citoyen de base ne comprend pas pourquoi un règlement de comptes aussi sanglant entre deux leaders considérés comme « amis et frères ».
Mais les observateurs, eux, ne sont pas surpris. Depuis quelques mois, la guerre des chefs avait commencé au sommet de l’État entre les deux capitaines, numéros un et deux du régime. L’entente entre ces deux hommes, qui partageaient même des repas familiaux ensemble, s’effritait alors que la révolution déclenchée le 4 août 1983 entamait tout juste sa cinquième année.
A Ouagadougou, les rumeurs de coup d’État se faisaient de plus en plus persistantes. « Le jour que vous entendrez que Blaise Compaoré prépare un coup d’État contre moi, ce n’est pas la peine de me prévenir. Car, ce serait trop tard », avait lancé avec prémonition Thomas Sankara à des journalistes.
Il faisait ainsi allusion à la forte amitié qui le liait à Compaoré. Par naïveté ou par impuissance, le charismatique chef de la révolution burkinabé n’échappera donc pas aux balles de son entourage.

L’effet d’une bombe sur le continent

Sa mort fit l’effet d’une bombe.
Au Burkina et partout sur le continent, tout le monde est sous le choc. La consternation est générale notamment au sein de la jeunesse africaine.
Le rêve placé dans ce jeune officier de 38 ans vient de se briser. Arrivé au pouvoir 4 ans plus tôt à la suite d’un coup d’Etat mené par un groupe de jeunes officiers, le capitaine Thomas Sankara avait engagé une révolution pour changer les mentalités dans son pays, la Haute-Volta, l’un des États les plus pauvres de la planète. Il encourage ses compatriotes à compter sur leurs propres forces. Son gouvernement engage alors de vastes chantiers dans les domaines de la production, de l’éducation, de la santé, du logement, des infrastructures, etc.

Un président à convictions

Ses successeurs dresseront un bilan positif de ces quatre années de révolution.
Thomas Sankara reprend à son compte les discours panafricanistes de Kwamé Nkrumah ou de Lumumba. Il pourfend l’impérialisme dans ses discours et appelle à de nouveaux rapports entre le Nord et le Sud.
Invité au sommet Franco-africain de Vittel quelques mois après son arrivée au pouvoir en 1983, il refuse de serrer la main à Guy Penne, le conseiller de François Mitterrand venu l’accueillir à l’aéroport à Paris pour protester ainsi contre le manque de considération à un chef d’État africain.

Thomas Sankara s’attaque avec force à l’apartheid. A la tribune de l’OUA, des Nations unies, son discours dérange. « Je dis que les Africains ne doivent pas payer la dette. Celui qui n’est pas d’accord peut sortir tout de suite, prendre son avion et aller à la Banque mondiale pour payer », avait lancé le président burkinabé dans un tonnerre d’applaudissements à la tribune d’un sommet de l’OUA à Addis-Abeba.

Un président rigoureux et modeste

L’homme tranchait des autres présidents par sa simplicité et la rigueur imposée aux membres de son gouvernement. Il avait mis au garage les Limousines du parc automobile de l’Etat, imposant des Renault 5 comme voitures de fonction pour lui et ses ministres.
Pour inciter la consommation locale, il imposait des tenues en cotonnade tissée à la place des costumes occidentaux. La corruption avait disparu dans ce pays qu’il avait rebaptisé en 1984 Burkina Faso : la patrie des hommes intègres en langue locale.

La révolution multiplie les victoires mais aussi les erreurs, comme la décision de rendre gratuit durant toute une année les loyers, ou les dérives des Comités de défense de la révolution (CDR) qui faisaient la loi dans les quartiers et les services ou encore les nombreux « dégagements » de fonctionnaires pour manque d’engagement dans la révolution, ou une diplomatie régionale très critique à l’égard de ses voisins, en dehors du Ghana de Jerry John Rawlings.

Quinze ans après sa disparition, les Burkinabés gardent de lui l’image d’un homme intègre, qui a changé les mentalités de ses concitoyens et donné une dignité à son pays. Une image et un idéal qui résistent encore au temps et dont se réclament une demi-douzaine de partis politiques, détenteurs de sept sièges à l’Assemblée nationale depuis les élections législatives de mai dernier.

 

Vous trouverez sur le même sujet un chapitre intitulé « L’exécution » extrait du livre de Bernard Doza à l’adresse http://www.thomassankara.net/article.php3 ?id_article=0189. Il s’agit du premier écrit ettayant d’un certain nombre de faits l’hypothèse du complot fomenté de l’extérieur. Ce chapitre est tiré du livre « Liberté confisquée » que nous présentons à l’adresse http://www.thomassankara.net/article.php3 ?id_article=0162

Par ailleurs, un des messages postés sous cet article intitulé « THOMAS SANKARA : héros révolutionnaire, prophète et mahdî » de Amadou Diallo a été déplacé dans la rubrique « articles » compte tenu de sa qualité. Vous pouvez le lire à l’adresse http://www.thomassankara.net/article.php3 ?id_article=0153

Répondre à cet article

Forum

  • > Sa mort

    31 juillet 2007, par kinima

    pour moi, thomas sankara a été un prophète,sa mission était de montrer la voie du succès à ses frères africains, et sa mort est une preuve pour montrer que seul les africains sont coupables de ce qui arrive à ce continent et non l’occident comme on aime le dire

    Répondre à ce message

    • > Sa mort

      9 septembre 2007, par Sigur

      Kinima comment oses-tu dire que l’occident n’est pas responsable de la situtation en Afrique ? Qui as financé les seigneurs de guerre ? (Et biensur continue à le faire.) Qui détient les richesses de l’Afrique ? Qui se sert des ONG pour développer les routes et infrastructures nécessaires au développement du pillage de l’Afrique ? Je n’ai pas l’intention de développer plus, je finirais juste par cette ultime question :

      Comment se fait-il qu’il y ait plus d’armes que d’eau en Afrique ?

      Répondre à ce message

      • > Sa mort

        15 septembre 2007, par sarambé frank

        j’approuve tes propos.je suis d’accord sur le fait que tu dises que l’occident est responsable de ce qui nous arrive.mais les africains sont également en partie responsable.

        Répondre à ce message

    • > Sa mort

      10 septembre 2007, par Le Ché

      salut !je suis d’avis avec vous quand vous dites que seul les africains sont coupables de ce qui arrive à l’Afrique. Il faut donc que la jeunesse africaine se revoltent contre les chefs d’etats qui,sans aucune honte vendent notre continent aux occidentaux. Il faut un mouvement d’ensemble de notre jeunesse pour qu’enfin reviennent des presidents comme Thom Sank a la tète de nos Etats

      Sa mort

      Répondre à ce message

  • > Sa mort

    3 mai 2007, par Peace and Love

    A chaque fois que j’y pense j’ai des larmes aux yeux.A quand le reveil de l’AFRIQUE ?Je ne n’arrive point a comprendre un tel acte ignoble de la part de ses tombeurs qui fremissent toujours quand ils entendent son nom.J’aimerais bien signaler que l’occident n’est pas le seul coupable de la misere que nous vivons ;les africains et surtout nos gouvernants sont aussi coupables et complices des occidentaux qui ont jure de toujours avoir la main mise sur notre continent.Cette revolution de l’apres independance fut de courte duree cependant je puisse vous assurer que le continent africain connaitra et doit connaitre une seconde revolution si rellement ces fils et filles veulent reellement leur independance et etre consideres comme des humains en entier et non coe sous humains.. »Un SANKARA est mort des SANKARA SONT NES ».Vive l’Afrique et que Dieu benisse l’Afrique .Peace and Love

    Répondre à ce message

    • > Sa mort

      8 août 2007, par MARC

      Salut Votre message est passé il faut se rebeller de façon optimiste pour faire changer notre chère continent. Je suis fanatique Sankaris j’ai des idées et compte sur ma jeunesse pour les appliquer…

      Répondre à ce message

    • > Sa mort

      30 août 2007

      je suis burkinabée et je ne cesse de couler des larmes depuis que j’aie lu les discours et la procédure de disparition de notre chèr capitaine ; a la fin de la lecture , je me suis dis dans quel monde je suis maintenant et automatiquement penser au suicide car on a tout perdu ;mais j’essayerai de m’adapter à la situation car la majorité des Burkinabés s’est préparée avec une mentalité forte pour la construction du pays et l’Afrique tout entière. C’est triste mais il est tard pour nous. Que son âme répose en paix !

      Répondre à ce message

  • > Sa mort

    31 mars 2007, par van

    Rien ne susprend-moi car togolaise que je suis ;je me suis dite que les bonnes choses n’existent pas en AFRIQUE. ce n’est pas de notre volonté mais de la volonté de rester des fournisseurs gratuits de l’EUROPE et des consommteurs riches qui veulent payer plutard ses dettes qui augmentent chaque an.

    DEla pourquoi n’élimineront-nous pas celui qui ne veut plus payer de dettes

Publié dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE, THOMAS SANKARA | 1 Commentaire »

L’Homme Thomas Sankara : biographie , oeuvre , politique et chronologie

Posté par issopha le 5 octobre 2007

 

 

 

L’Homme Thomas Sankara

Né à Yako le 21 décembre 1949, en Haute-Volta (actuel Burkina Faso), Thomas SANKARA fait d’abord une carrière militaire, notamment à Madagascar, où il assiste à la révolution qui renverse le régime néocolonialiste.
Ici, naissent ses idées d’une  » révolution démocratique et populaire « .
De retour en Haute-Volta, il est d’abord secrétaire d’Etat à l’information sous le régime de Saye ZERBO (1981) d’où il démissionnera.

Il devient Premier ministre sous la présidence de Jean-Baptiste OUEDRAOGO (1983). Dans son discours d’investiture, le mot  » peuple  » revient 59 fois !
Il rencontre aussi en 1983, à New-Dehli Fidel CASTRO et Samora MACHEL (alors Président du Mozambique).
Cette même année, OUEDRAOGO emprisonne SANKARA, mais il est libéré par son ami Blaise COMPAORE et devient Président.

Commencent ici ses ouvres pour redonner au Burkina Faso une dignité, une autonomie et une indépendance économique (le fameux  » consommons Burkinabé « ) de par ses actes et ses discours (Thomas SANKARA fût très tôt contre l’injustice) : contre la domination historique des grandes puissances sur son pays et pour la participation du peuple au pouvoir, le mot d’ordre est que le pays doit vivre de ses propres forces et au niveau de ses propres moyens.

Ses grandes actions furent : . campagne massive de vaccination des Burkinabé qui fera chuter le taux de mortalité infantile alors le plus haut d’Afrique, . construction considérable d’écoles et d’hôpitaux, . campagne de reboisement : plantation de millions d’arbres pour faire reculer le Sahel, . grande réforme agraire de redistribution des terres aux paysans, élévation des prix et suppression des impôts agricoles,, . institution de Tribunaux Populaires de la Révolution (TPR), . grandes mesures de libération de la femme (interdiction de l’excision, réglementation de la polygamie, participation à la vie politique, etc.), . aides au logement (baisse des loyers, grandes constructions de logement pour tous), et tant d’autres.

Il est assassiné suite à un coup d’état orchestré le 15 octobre 1987.
Toute la population Burkinabé défile dans les rues pour pleurer l’enfant chéri et les jours suivants, des milliers de personnes se rendent sur sa tombe et condamnent ainsi le crime.
Ses grands discours  » Tant qu’il y aura l’oppression et l’exploitation, il y aura toujours deux justices et deux démocraties : celle des oppresseurs et celle des opprimés, celle des exploiteurs et celle des exploités.
La justice sous la révolution démocratique et populaire sera toujours celle des opprimés et des exploités contre la justice néo-coloniale d’hier, qui était celle des oppresseurs et des exploiteurs.  »
3 janvier 1984, ouverture des 1ères assises des TPR –  » Il n’y a pas de révolution sociale véritable que lorsque la femme est libérée. Que jamais mes yeux ne voient une société où la moitié du peuple est maintenue dans le silence. J’entends le vacarme de ce silence des femmes, je pressens le grondement de leur bourrasque, je sens la furie de leur révolte. J’attends et espère l’irruption féconde de la révolution dont elles traduiront la force et la rigoureuse justesse sorties de leurs entrailles d’opprimées. »

8 mars 1987, Ouagadougou
 » Le pillage colonial a décimé nos forêts sans la moindre pensée réparatrice pour nos lendemains  »

1983, Paris, Conférence Internationale sur l’arbre et la forêt
 » Il faut proclamer qu’il ne peut y avoir de salut pour nos peuples que si nous tournons radicalement le dos à tous les modèles que tous les charlatans de même acabit ont essayé de nous vendre 20 années durant. Il ne saurait y avoir pour nous de salut en dehors de ce refus là. Pas de développement en dehors de cette rupture là. Il faut ranimer la confiance du peuple en lui-même en lui rappelant qu’il a été grand hier et donc, peut-être aujourd’hui et demain. Fonder l’espoir.  »
 » La plus grande difficulté rencontrée est constituée par l’esprit de néo-colonisé qu’il y a dans ce pays. Nous avons été colonisés par un pays, la France, qui nous a donné certaines habitudes.
Et pour nous, réussir dans la vie, avoir le bonheur, c’est essayer de vivre comme en France, comme le plus riche des Français. Si bien que les transformations que nous voulons opérer rencontrent des obstacles, des freins. »
A un journaliste américain –  » L’esprit de liberté, de dignité, de compter sur ses propres forces, d’indépendance et de lutte anti-impérialiste [.] doit souffler du Nord au Sud, du Sud au Nord et franchir allègrement les frontières. D’autant plus que les peuples africains pâtissent des mêmes misères, nourrissent les mêmes sentiments, rêvent des mêmes lendemains meilleurs.  »
Août 1984, Conférence de presse –  » Nous n’avons pas compris comment ils [Jonas SAVIMBI de l’Angola et Pieter BOTHA d’Afrique du Sud, pro Apartheid] ont eu le droit de parcourir la France si belle et si propre. Ils l’ont tachée de leurs mains et de leurs pieds couverts de sang. Et tous ceux qui leur ont permis de poser ces actes en portent l’entière responsabilité ici et ailleurs, aujourd’hui et toujours.  »
Novembre 1986, discours fait à François Mitterrand, en visite à Ouagadougou :
.-  » Parce que de toutes les races humaines, nous appartenons à celles qui ont le plus souffert, nous nous sommes jurés de ne plus jamais accepter sur la moindre parcelle de cette terre le moindre déni de justice .  »

Source : Rastafusion

Répondre à cet article

Forum

  • > Biographie

    6 août 2007, par femme actuelle

    sankara a ete le seul president qui a lutte pour son peuple.il a acepte la mort comme jesus

    Répondre à ce message

    • > Biographie

      18 septembre 2007, par foromine

      En fait je le considère comme le Sauveur qu’il fallait pour les Burkinabè d’aujourd’hui. Puisqu’il ne combattait rien d’autre que ce que nous sommes devenus aujourd’hui. Mais je pense qu’avec ses idéologies dans nos esprit, celles-ci resteront notre foi et nous donneront le salut un jour.

      Sankara notre Sauveur

      Répondre à ce message

  • > Biographie

    5 août 2007

    N’oubliez pas que les premiers cadavres politiques du faso sont de du fait de sankara..Voila un dictateur qui est presente comme un hero…N »importe quoi !!!

    Répondre à ce message

    • > Biographie

      16 août 2007, par Abe verdic

      Meme s’il a une part de responsabilite dans les premiers assassinas politiques au faso,cela ne justifie pas sa mort.Il doit etre considerer comme un hero car il est de tout les chefs d’etat africain le seul qui a vraiment lutte pour la liberte de son peuple.Ses assassins n’ont fait que mettre le Burkina en retard.

      Répondre à ce message

    • > Biographie 03 septembre 2007

      3 septembre 2007

      N’importe quoi. C’est surement un voltaique qui a oublié ce que LAMIZANA a fait à Ouahigouya en assassinant cet autre Capitaine valeureux Moumouni OUEDRAOGO en présence de son propre père. Merci

      Répondre à ce message

    • > Biographie

      12 septembre 2007

      Peut être mais ça m’étonnerais. ce que je sais c’est que seul, SANKARA ne pouvait la révolution, il avait un numéro 2 et d’autres collaborateurs qui vivent encore aujourd’hui. Combien d’hommes sont morts sous la révolution de SANKARA ? combien sont morts pour la rectification ?! SANKARA était, est, et demeure un grand homme qui restera dans l’histoire du Burkina Faso, mieux dans celle de l’Afrique.

      Répondre à ce message

    • > Biographie

      17 septembre 2007, par TAPSOBA Pascal dit DECODEUR

      Chacun y va de son commentaire, mais de grace n’essayez pas de salir ce qui représente la mémoire du peuple Burkinabè. Le Président SANKARA mort, c’est la dignité et l’intégrité du Bukina Faso qui sont enterrées. Avec le peuple victoire pour le peuple, la Patrie ou la Mort, nous vaincrons.

      Répondre à ce message

  • > Biographie

    8 juin 2006, par un frére

    oh frer papadam, ne gache pas un si beau hommage !! mettons de coté ces rivalités entre africains, nous sommes ensemble dans la mm barque, allons dans le mm sens !! sinon gandaogo, merci pour cette biblio c plus qu’émouvant ! merci

    Répondre à ce message

  • > Biographie

    8 juin 2006, par papadam

    Bonjour un bon article et il est tres emouvant,mais pourquoi ne pas dire un seul mot sur sa formation au togo ? cela vous embette vraiment… ?

    Répondre à ce message

 

CHRONOLOGIE

 

1949-1979

 

-  21 décembre 1949 : Naissance de Thomas Sankara à Yako, Haute-Volta.

-  11 décembre 1958 : La République de Haute-Volta, État membre de la Communauté française (1958-1960), est proclamée. Maurice Yaméogo en est élu président en décembre 1959.

-  5 août 1960 : Proclamation de l’indépendance.

-  3 janvier 1966 : Manifestations de masse à Ouagadougou contre la politique d’austérité de Yaméogo. Il est renversé et remplacé par le gouvernement militaire du colonel plus tard général Lamizana.

-  1966 : Sankara entre à l’école militaire de Ouagadougou d’où il sortira en 1969.

-  1970 : Sankara entre à l’académie militaire d’Antsirabé (Madagascar).

-  1972 : Sankara assiste à Madagascar à la Révolution de mai qui renverse la régime néo-colonial de Tsiranana. Il rentre en Haute-Volta la même année, puis va faire un stage de parachutisme en France, à Pau.

-  Décembre 1974 – janvier 1975 : Premier conflit frontalier Mali / Haute-Volta.

-  17-18 décembre 1975 : Grève générale en Haute-Volta ; augmentations de salaires et réductions d’impôts pour les fonctionnaires.

-  1976 : Sankara prend le commandement du centre de formation de commandos de Pô qui vient d’être créé.

-  Janvier-mai 1978 : Sankara en stage à l’école des parachutistes de Rabat au Maroc. Il s’y lie avec Blaise Compaoré.

-  24-31 mai 1979 : Grève lancée par quatre centrales syndicales voltaïques ; elle obtient la libération des syndicalistes emprisonnés.

 

1980

-  1er octobre – 22 : novembre Grève des enseignants contre la baisse du pouvoir d’achat, qui devient par deux fois grève générale, les 4-5 octobre et 4-5 novembre.

-  25 novembre : Un coup d’État renverse le gouvernement Lamizana ; le colonel Saye Zerbo prend la tête d’un Comité militaire de redressement pour le progrès national (CMRPN).

 

1981

-  9 septembre Invité par Saye Zerbo à prendre le poste de secrétaire d’État à l’information, Sankara refuse d’abord, puis finit par accepter.

 

1982

 

-  Avril : La Confédération syndicale voltaïque (CSV) lance une grève de trois jours contre l’interdiction du droit de grève par Saye Zerbo.

-  12 avril : Le secrétaire d’Etat à l’information Sankara démissionne en signe de protestation contre les atteintes aux libertés ; il est aussitôt envoyé dans la garnison éloignée de Dédougou. Le capitaine Zongo démissionne du CMRPN et le capitaine Compaoré du Conseil des Forces armées voltaïques ; ils sont également envoyés dans des garnisons éloignées.

-  1er novembre Le CMRPN reconfirme l’interdiction de faire grève.

-  7 novembre : Un coup d’Etat militaire dont le véritable initiateur est le colonel Somé Yoryan renverse Saye Zerbo ; après de longues discussions, le nouveau Conseil provisoire du salut du peuple (CPSP, plus tard Conseil du salut du peuple, CSP) désigne le médecin-commandant Jean-Baptiste Ouédraogo comme président. Sankara et ses amis officiers n’ont pas participé au coup d’État.

 

1983

-  10 janvier : Le CSP nomme Sankara Premier ministre.

-  7-12 mars : Sankara au sommet des Non-alignés de New-Delhi, où il rencontre notamment le président cubain Fidel Castro, le président mozambicain Samora Machel et le premier ministre de Grenade Maurice Bishop.

-  26 mars : [Discours de Sankara à un meeting de masse à Ouagadougou. -> art26]

-  30 avril : Visite de Khadafi à Ouagadougou.

-  15 mai : Discours anti-impérialiste de Sankara à Bobo-Dioulasso.

-  16 mai : Arrivée à Ouagadougou de Guy Penne, conseiller du président Mitterrand pour les affaires africaines.

-  17 mai : Coup de force dirigé par Somé Yoryan ; arrestation de Sankara, du commandant Lingani ; Zongo, qui a échappé à l’arrestation le matin, doit se rendre, mais Compaoré peut s’échapper et rejoindre la base des commandos de Pô dont il a le commandement et y entrer en dissidence.

-  20-22 mai : Dans les rues de Ouagadougou, d’immenses manifestations réclament la libération de Thomas Sankara. Le 27, J.B. Ouédraogo est contraint d’annoncer qu’il va libérer les prisonniers politiques, mais en fait, ils restent en résidence surveillée, et la protestation continue.

-  Juin-août : A Pô où Compaoré résiste toujours, les partisans de Sankara affluent et reçoivent une formation militaire accélérée.

-  4 août : Compaoré avec 250 hommes marche sur Ouagadougou, libère Sankara et les autres détenus ; le gouvernement de J.B. Ouédraogo est renversé. Le Conseil national de la révolution (CNR) prend le pouvoir et désigne Sankara comme président. Dans [son premier discours radiodiffusé au pays -> art27], le nouveau président appelle à la formation immédiate et partout de Comités de défense de la révolution (CDR)-

-  5 août : Grande manifestation populaire de soutien au nouveau régime à Ouagadougou.

-  7 août Nouvelle manifestation de soutien au CNR.

-  30 septembre : A Pô, Sankara rencontre Rawlings, chef d’Etat du Ghana.

-  2 octobre : Sankara présente au nom du CNR le [Discours d’orientation politique (DOP)->art51].

-  31 octobre : La Haute-Volta élue membre non-permanent du Conseil de sécurité de l’ONU pour deux ans.

-  4-8 novembre :Manoeuvres militaires communes Ghana – Haute-Volta.

-  Décembre : Signature d’un accord de coopération scientifique,économique et technique avec Cuba.

-  21 décembre : Le président angolais Eduardo dos San tos est àOuagadougou.

 

1984

-  3 janvier :[Première session des Tribunaux populaires de la révolution (TPR)->art28]. Parmi ceux qui comparaissent se trouve l’ex-président Lamizana,

qui sera acquitté. Les audiences sont radiodiffusées.

-  Février : Le CNR abolit tous les payements et corvées obligatoires

envers la chefferie.

-  10-12 février : Rawlings se rend en visite officielle à Ouagadougou. 20-21 mars-Grève du Syndicat national des enseignants africains de Haute-Volta (SNÉAHV) à la suite de l’arrestation de trois personnes

accusées de subversion.

-  22 mars : 1 500 enseignants sont licenciés par le CNR.

-  31 mars : Sankara part pour un voyage officiel en Algérie, Mauritanie et République arabe sahraouie démocratique.

-  8 avril : Distribution de terrains à construire à Ouagadougou pour faire face à la crise du logement.

-  26 avril : Lancement du projet de la vallée du Sourou qui a pour objectif l’irrigation de près de 16 000 hectares.

-  27 mai : Un voyage officiel en Cote d’Ivoire est annulé à la suite du refus d’Houphouët-Boigny d’autoriser Sankara à rencontrer les étudiants et travailleurs voltaïques à Abidjan.

-  26-27 mai : Découverte d’un complot contre-révolutionnaire ayant des liens avec Joseph Ki-Zerbo, qui vit en exil ; sept des comploteurs sont exécutés peu après.

-  23 juin : Sankara part pour un grand voyage officiel en Afrique et se rend successivement en Éthiopie, en Angola, au Congo, au Mozambique, au Gabon et à Madagascar.

-  12 juillet :Institution du service militaire obligatoire.

-  4 août 1er : anniversaire de la révolution avec défilé des milices populaires à Ouagadougou. La Haute-Volta change de nom et devient le Burkina Faso, ou Pays des hommes intègres (mots empruntés aux deux langues les plus parlées, le mooré et le dioula). La terre et les ressources minières sont nationalisées.

-  19 août : Le premier gouvernement est dissous. Un autre sera formé peu après.

-  22 septembre : Journée de solidarité avec les ménagères à Ouagadougou. Les hommes sont invités à accomplir les tâches ménagères jusque-là réservées aux femmes et à faire le marché pour se rendre compte des conditions de vie des femmes.

-  25-30 septembre : Première visite de Sankara à Cuba où il reçoit la distinction de l’Ordre de José Marti.

-  Octobre : Sankara devient président de la Communauté économique d’Afrique de l’Ouest (CEAO).

-  ler octobre : Le CNR abolit l’impôt de capitation et lance le Programme de développement populaire, qui s’étend jusqu’à décembre 1985.

-  4 octobre : [Discours de Sankara à la Trente-neuvième session de l’Assemblée générale des Nations unies.-> art7]

-  5-9 novembre : Sankara visite la Chine.

-  12-15 novembre : Sankara au sommet de l’OUA à Addis-Abeba où il se bat pour la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD).

-  25 novembre : Début d’une campagne de 15 jours de vaccination de tous les Burkinabè de moins de 15 ans contre la méningite, la fièvre jaune et la rougeole, avec la participation de volontaires cubains. 2 500 000 enfants sont vaccinés.

-  3 décembre : Conférence nationale sur le budget à Ouagadougou avec la participation de 3 000 délégués. Elle adopte la proposition de réduire les salaires des hauts fonctionnaires de l’équivalent d’un mois de salaire, ceux des autres fonctionnaires de l’équivalent d’une quinzaine, pour assurer le financement des projets de développement.

-  31 décembre : Sankara annonce la suppression des loyers pour l’année 1985 pour les logements d’habitation et le lancement d’un programme de construction de logements.

 

1985

Lancement d’une campagne de reboisement : 10 millions d’arbres à planter en 1985 pour enrayer l’avancée du Sahara vers le sud.

-  ler février : Début de la bataille du rail pour construire un nouveau chemin de fer de Ouagadougou à Tambao dans le nord.

-  12 février : Sankara participe à la réunion du Conseil de l’entente à Yamoussoukro (Côte d’Ivoire) où il est acclamé par la population.

-  1-8 mars : Conférence nationale pour la promotion de la femme avec 3 000 déléguées.

-  17-23 mars : Manoeuvres militaires communes avec le Ghana.

-  4 août Second anniversaire de la Révolution, célébré par un défilé féminin pour souligner les progrès vers l’égalité des femmes.

-  10 septembre : Réunion extraordinaire du Conseil de l’entente à Yamoussoukro, où se manifeste l’hostilité des gouvernements conservateurs de la région à l’égard du Burkina et du Ghana.

-  11 septembre Discours [LA REVOLUTION BURKINABE EST AU SERVICE DES AUTRES PEUPLES ->art31]

-  25 décembre : Seconde guerre Mali / Burkina, avec bombardements aériens par le Mali ; plus de 100 morts de part et d’autre.

-  Le 29 décembre, le cessez-le-feu est signé.

 

1986

-  3 février :Sankara libère tous les prisonniers de guerre maliens.

-  Février-avril : Campagne d’alphabétisation en langues nationales qui concerne quelque 35 000 personnes dans les zones rurales.

-  31 mars – 4 avril : lère Conférence nationale des CDR.

-  4 août : 3e anniversaire de la révolution ; le lancement prochain d’un plan de développement quinquennal est annoncé.

-  27 août : Le président du Nicaragua Daniel Ortega arrive pour une visite officielle à Ouagadougou.

-  3 septembre : Discours de Sankara au 8e Sommet du Mouvement des pays non-alignés à Harare (Zimbabwe)

-  6-12 octobre :Sankara visite l’Union soviétique.

-  8 novembre : Nouvelle rencontre avec Fidel Castro à Cuba ; Sankara se rend au Nicaragua et prend la parole à Managua pour le 25e anniversaire du la fondation du Front sandiniste de libération nationale et le 10e anniversaire de la mort au combat de son principal fondateur Carlos Fonseca. Sankara parle au nom des 180 délégations étrangères présentes.

-  9 novembre : Sankara est décoré de l’Ordre de Carlos Fônseca. Au retour, nouvel arrêt à Cuba pour des entretiens avec Fidel Castro.

-  17 novembre : [Le président de la république française, François Mitterrand, à Ouagadougou. Devant lui, Sankara critique les liens de la France avec le régime de l’apartheid en Afrique du Sud ->art32].

 

1987

 

Au début de cette année, le programme de lutte contre l’onchocercose mené avec l’aide de l’ONU donne des résultats : la maladie est sous contrôle.

-  8 mars : [Discours de Sankara à l’occasion de la Journée internationale des femmes.->art40]

-  30 mars – 4 avril : 2e Conférence nationale des CDR.

-  11 avril : Une déclaration de Sankara annonce le lancement de l’Union nationale des paysans du Burkina (UNPB).

-  4 août : [Le 4e anniversaire de la Révolution est célébré à Bobo-Dioulasso.->art42]

-  2 octobre : [Discours de Sankara à Tenkodogo pour le 4e anniversaire du Discours d’orientation politique.->art41]

-  8 octobre : Discours de Sankara pour l’ouverture d’une exposition marquant le 20e anniversaire de l’assassinat de « Che » Guevara en Bolivie.

-  8-11 octobre : Conférence panafricaine anti-apartheid Bambata à Ouagadougou, où sont représentés 29 pays et 40 organisations. Discours de clôture de Sankara.

-  15 octobre : Vers 4 heures et demie de l’après-midi, Sankara et 12 de ses collaborateurs sont assassinés par un détachement militaire ; Blaise Compaoré prend le pouvoir, dissout le CNR qu’il remplace par un prétendu Front populaire du 15 octobre. L’appel à des manifestations de soutien tombe dans le vide. Au contraire, le lendemain matin et les jours suivants, des milliers et des milliers de Burkinabè se rendent sur la tombe de Sankara et condamnent ainsi le crime.

 

Sources : Thomas Sankara – L’espoir assassiné
Valère Somé

Répondre à cet article

Forum

  • > La chronologie

    22 septembre 2006

    Pourquoi vous cherchez à disculper les Sankara et compagnies du coup d’Etat de 1982 ? Qui vous a dit que ce ne sont pas eux qui ont tout ficelé ?

    Répondre à ce message

    • > La chronologie

      23 septembre 2006, par jaffre

      Voilà une question intéressante En réponse à votre question, je vous livre ce que Sankara décalirat en juillet 83 au cours d’un entretien qui à l’époque n’était pas destiné à être rendu public :

      « Notre participation personnelle était modeste dans le coup d’état du 7 novembre. Ce n’est pas un combat populaire ni de classe. Notre cause a été utilisée pour réussir ce coup d’état au profit de ceux qui dirigent aujourd’hui. Il s’agissait seulement d’un clan anti-CMRPN en faveur du retour de la 3 ème république, d’autres étaient regroupés autour de Somé Yorian. Ce n’était pas un objectif suffisamment sérieux. On a parlé de quelque chose de plus acceptable. Nous sommes entrés dans le régime. Nous avons essayé de défendre notre ligne dans des conditions de compromis, voire de compromissions, voire d’incohérence, mais nous ne pouvions pas faire autrement. Le CSP n’était pas progressiste. »

      Vous avez le texte complet de cette interview dans ce même site à l’adresse http://www.thomassankara.net/article.php3 ?id_article=0210

      Bruno Jaffré

      Répondre à ce message

  • > La chronologie

    8 juin 2006, par papadam

    Mes chers amis soyez justes, pour un homme juste qu etait T.Sankara , parlez de sa visite au Togo pays le plus proche ,ou du moins mentionnez cela… bref en faite je suis burkinabe.

    Répondre à ce message

Publié dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE, THOMAS SANKARA | Pas de Commentaire »

L’ère Compaoré : crimes, politique et gestion du pouvoir

Posté par issopha le 5 octobre 2007

 

 

 

L’ère Compaoré : crimes, politique et gestion du pouvoir 

  

  

Auteur  : Vincent Ouattara

 

décembre 2006, 288 pages, Klanba Editions

 

 

ISBN 2-915494-25-8

 

Vous trouverez aussi une longue interview de Vincent Ouattara à propos de cet ouvrage et d’autres sujets à l’adresse http://www.thomassankara.net/article.php3 ?id_article=0333

 

Contact Edition :

 

Monsieur Ngoran Kwamé

 

3, avenue Villemain 75014 Paris 

Fax 01 45 40 47 36 

Tél : 01 40 33 09 11 

Adresse courriel : klanba.editions@laposte.net

 

Lieux de vente à Ouagadougou :

 

Les libraires de Ouagadougou pratiquant tous l’autocensure probablement par crainte de représailles, le livre est vendu à Ouagadougou aux lieux suivants : 

- la bourse du travail
- le centre de presse Norbert Zongo
- Le siège du MBDHP (mouvement burkinabé des droits de l’homme et des peuples en face du ciné Burkina)
 
 

Présentation  (4 ème de couverture)

 

Rares sont les ouvrages scientifiques qui se lisent tel un roman ; c’est le cas de celui-ci, qui, clair et limpide renseigne sur la tumultueuse période du Burkina qui va de 1983 à 2004. 

Comme l’écrit, le préfacier, Halidou Ouédraogo, Président de l’Union Interafricaine de Droits de l’Homme, « fine analyse et saisine millimétrique de la vie sociale, politique et économique au Burkina Faso, tel est le gigantesque travail auquel s’est attelé Ouattara Vincent. Dès que l’on ouvre les premières pages du livres, on ne les referme que pour soupirer et secouer la tête… de manière intense, suivie, de façon têtue, Ouattara Vincnet assène les faits… l’auteur rappelle dans leur cruauté les interrogations et les préoccupations qui ont entouré l’assassinat tragique du capitaine Thomas Sankara le 15 Octobre 1987 et les avatars de la rectification » Cependant, ce dernier n’est pas épargné. Ouattara Vincent retrace lucidement et analyse froidement, c’est en cela que cet ouvrage est et restera un ouvrage incontournable pour la réflexion sur la politique en générale et la politique en Afrique en particulier 

  

L’auteur  (4 ème de couverture)

 

Né à Bobo Dioulasso (Burkina Faso), Ouattara Vincent est titulaire d’un master of Art en journalisme international, d’un P.h.d en Culturologie et d’un certificat d’enseignant de la langue russe. 

Actuellement enseignant, il écrit romans et essais pour contribuer à la construction de la paix dans son pays et en Afrique. 

Il a déjà publié :  

-   Procès des putschistes à Ouagadougou, Imprimerie du Progrès, Ouagadougou, février 2004 

-   Idéologie et tradition en Afrique noire, 160 pages, L’harmattan, janvier 2002  

- L’aurore des accuses et des accusateurs  L’Harmattan, juin 1994  

- La situation linguistique et le processus ethnique au Burkina Faso, in sociolinguistic review, College Trinidad, Université de Dublin, 1992 

  

  

  

Table des matières 

Préface 

Panorama du Burkina Faso 

Avant propos 

Introduction 

  

Chapitre 1 : De la révolution à la rectification 

  

Chapitre 2 : La métamorphose de l’Etat et la lutte pour la conquête du pouvoir politique 

- L’adoption de la constitution 

- Le printemps des partis politiques et la fronde au sein du Front Populaire 

- Le comité de concertation avec les autorités coutumières et religieuses 

- La rencontre avec les centrales syndicales 

- La rencontre avec les Organisations Non Gouvernementales 

- La cooptation de al chefferie traditionnelle 

- Le gouvernement de transition (16 juin 1991) 

- Les élections et la victoire entachées de sang 

- Le forum de réconciliation nationale 

- Blaise Compaoré décoté docteur Honoris Causa 

- La dislocation de la Concertation des Démocratiques (CFD) 

  

Chapitre 3 : Les nouveaux crimes sans châtiment 

- La résurgence de nouveaux crimes et répression 

- La mort de David Ouedraogo 

- La mort de Norbert Zongo et ses compagnons 

- La journée nationale du pardon 

- Le temps de l’accalmie 

- Le nouveau bal des alliances 

  

Chapitre 4 : Une lecture sociologique de la gestion du pouvoir du Naaba Tigré au président Blaise Compaoré 

- Les signaux du démon ethniciste et régionaliste 

  

Chapitre 5 : Quelques fondements socio-anthropologiques du pouvoir 

- Le fétichisme et le maraboutage 

- La capitalisation des liens de parenté 

- La capitalisation du prestige : le règne des nouveaux narcisses 

  

Chapitre 6 : La faillite d’un système de gestion 

- Négociation de la dette et l’ajustement structurel 

- La société burkinabé des Ciments et matériaux 

- L’usine de textile (FASO FANI) 

- La société de recherche minière du Burkina (SOREMIB) 

- Quelques réflexions sur l’économie 

- Les débuts de prospérité de l’ère Compaoré 

  

Conclusion 

  

Annexe  

  

Nos Commentaires  

Voilà un livre qui sonne comme le réveil des intellectuels burkinabé après il faut reconnaitre un long silence. Il y eu certes quelques livres collectifs dans lesquels s’exprimaient des enseignants burkinabés mais souvent avec cette retenue propre aux ouvrages universitaires, si ce n’est une complicité avec le pouvoir actuel. Car il est temps de dénoncer les ressorts du pouvoir burkinabé actuel et ses nombreux scandales et assassinats qui sont venus entacher voir dénaturer, les institutions mises en place qui se veulent pourtant démocratiques et qui le seraient effectivement si le pouvoir s’était effectivement départi de ses origines militaires. Mais en réalité il n’en est rien. 

On entre tout de suite dans le vif du sujet avec la relation des premiers assassinats qui commencent dès le CSP1. Sans dédouaner le pouvoir révolutionnaire, l’auteur montre aussi qu’il apparaît facile de coller tous les méfaits de la révolution à Sankara une fois qu’il aura été éliminé. Mais il prend soin de souligner la caractère humaniste de Sankara pour mettre en doute sa responsabilité directe dans les assassinats ou d’autres exactions. 

Puis au fil des pages, d’un ton parfois tantôt acerbe, tantôt ironique, l’auteur décrypte froidement et sans concession les fondements réels du régime de Blaise Compaoré tout autant que la complicité d’une bonne partie la génération de la classe politique issue de la révolution. Une complicité par exemple qui fut fatale, à Clément Ouedraogo dirigeant politique du Front Populaire à qui l’on va demander de justifier l’exécution de Jean Baptiste Lingani et d’Henri Zongo devant le corps diplomatique, ce qu’il acceptera de faire, faute de pouvoir refuser, se justifiera-t-il ensuite en privé. Il sera néanmoins lui-même assassiné par une grenade lancée sur sa voiture, alors que comprenant sans doute qu’on s’était joué de lui, il commençait à dénoncer l’hégémonie de ce qui deviendra aujourd’hui le CDP, la parti au pouvoir dont le véritable « Chef » n’est autre que Blaise Compaoré qui fait et défait les carrières politiques des uns et des autres à sa guise selon les services rendus et les allégeances plus ou moins affirmées. Cet exemple n’en est qu’un parmi d’autres de la gestion froide et sans pitié du pouvoir actuellement en place et de son double visage alors qu’il se veut aujourd’hui pourtant le fer de lance de la lutte des producteurs de coton. 

Un double visage à l’image de la ville de Ouagadougou avec son incroyable quartier d’Ouaga 2000, dont on dénonce par ci par là le luxe inégalé tout autant que provocateur alors que la misère est présente dans de nombreux quartiers de la ville et notamment à sa périphérie. 

Ce livre est bien sur d’un grand intérêt à l’extérieur alors que le Burkina est souvent présenté comme un exemple de bonne gouvernance, mais l’autre intérêt c’est la volonté de s’adresser principalement aux burkinabé, qu’il s’agit de réveiller, notamment par un emploi régulier du nous. 

Mais ce n’est pas tout. Faisant appel à sa formation universitaire Vincent Ouattara analyse aussi en profondeur les aspects quelque peu cachés de la vie politique, l’utilisation de la chefferie traditionnelle dans le monde politique qu’il dénonce comme un moyen d’asseoir le pouvoir mais comme un danger réel pour l’avenir de ce pays, l’utilisation de clivages ethniques pour mieux diviser et faire appel aux sentiments les plus rétrogrades quand il ne s’agit pas du recours à la sorcellerie. Autant d’aspect qui peuvent à moyen terme s’avérer particulièrement dangereux. 

En fin d’ouvrage l’auteur revient sur les scandales économiques cette fois qui ont éclaboussé le régime actuel, scandales sur lesquels enquêtaient d’ailleur le journaliste Norbert Zongo. 

Cet ouvrage a déjà connu quelque péripéties lorsque les douaniers ont tenté de retenir le manuscrit ce qui a entrainé une réaction unanime de la presse, du moins celle qui n’est pas inféodée au pouvoir, et qui doit son existence pour beaucoup au sacrifices de Norbert Zongo, assassiné alors qu’il enquêtait sur la mort du chauffeur d’un employé de François Compaoré le frère du président, mais aussi à la formidable révolte qui s’ensuivit qui a permis quelques avancées démocratiques dont les limites sont visibles puisqu’un jugement récent a conclu au non lieu et que deux journalistes viennent d’être condamnés pour diffamation pour avoir évoqué la responsabilité éventuelle de François Compaoré dans l’assassinat de Norbert Zongo. 

La conclusion est sans appel : « Une société où les lois ne fonctionnent pas est une société sans repère, où rien ne peut se construire correctement. Il faudrait pouvoir cultiver l’excellence, l’amour du travail et la méritocratie dans une société qui voit le succès et la réussite dans la tricherie, le vol, le détournements, la calomnie et les flatteries des hommes au pouvoir et les réseaux d’alliance et de parentés, le maraboutage« . 

Ce tableau déjà bien noir, serait presque complet s’il n’y manquait la dénonciation des interventions du Burkina Faso de Blaise Compaoré dans les pays voisins, y compris en envoyant ses militaires comme au Libéria, et des trafics divers, dont a été accusé le Burkina dans différents rapports de l’ONU. Il y a donc place pour d’autres ouvrages.  

C’est bien un livre de toute première importance que cet ouvrage de Vincent Ouattara, non seulement pour dénoncer les véritables ressort du pouvoir de Blaise Compaoré mais salutaire pour l’appel qu’il lance auprès de son peuple. 

  

BJ 

Publié dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE | Pas de Commentaire »

Faut-il avoir peur des tests ADN ?

Posté par issopha le 26 septembre 2007

Faut-il avoir peur des tests ADN ?

 

FRANCE – 23 septembre 2007 – par GEORGES DOUGUELI

 

La nouvelle loi sur la maîtrise de l’immigration suscite, à tort ou à raison, une tempête de protestations essentiellement morales.

Après des débats tendus à l’Assemblée nationale, le projet de loi sur la maîtrise de l’immigration a été adopté le 20 septembre, au petit matin, par les députés français. Critiqué jusque dans les rangs de la majorité, ce texte autorise « le demandeur d’un visa pour un séjour d’une durée supérieure à trois mois, […] ressortissant d’un pays dans lequel l’état civil présente des carences » à « solliciter son identification par ses empreintes génétiques afin d’apporter un élément de preuve d’une filiation déclarée avec au moins l’un des deux parents ».

Faut-il avoir peur des tests ADN ? dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE

Autrement dit, un étranger résidant régulièrement en France peut, s’il souhaite faire venir auprès de lui l’un de ses enfants, recourir à un test ADN pour accélérer la ­procédure en établissant la preuve de sa filiation. Cette disposition controversée – un député de la majorité la juge même « raciste et discriminatoire » – a été quelque peu atténuée dans sa mouture finale : elle ne sera mise en œuvre qu’à titre expérimental, jusqu’au 31 décembre 2010. À cette date, le gouvernement devra soumettre au Parlement un bilan de son application. Brice Hortefeux, le ministre de l’Immigration et de l’Identité nationale, a également décidé que les tests ADN seraient, en cas d’octroi du visa, remboursés par l’État. Dans la proposition initiale de Thierry Mariani, le député auteur de l’amendement, ils étaient entièrement à la charge du candidat au regroupement familial.

Même adoptée par l’Assemblée, la loi Hortefeux continue de diviser l’opinion. Tout le monde s’accorde sur la nécessité de maîtriser l’immigration, mais un certain nombre de scientifiques et d’associations n’en sont pas moins embarrassés, voire choqués, par ce recours à une solution contraire à la tradition française. Pour l’instant, seuls les étrangers sont visés – ce qui est déjà beaucoup -, mais demain ? La loi de bioéthique de 1994 et l’article 16-11 du code civil n’autorisent les tests génétiques qu’à des fins scientifiques et médicales. Un père de famille n’a, par exemple, pas le droit, sans le feu vert d’un juge, de faire réaliser un test ADN pour s’assurer qu’il est bien le géniteur de ses enfants.

Ceux qui s’opposent aux tests génétiques pour des raisons éthiques s’indignent de ce « retour en arrière ». Directeur de l’Institut Cochin de génétique moléculaire, Axel Kahn explique : « En règle générale, les enfants procèdent biologiquement de la mère et d’un père. Mais il n’en est pas toujours ainsi. La femme peut être inséminée avec un sperme de donneur ; les enfants peuvent être adoptés ; le père légal peut être différent du père biologique sans que cela remette en question le lien familial. » Que fera-t-on, par exemple, si une femme désirant rejoindre son époux a trois enfants, dont un d’un père différent ? « La mère sera-t-elle contrainte d’abandonner cet enfant illégitime ? » s’interroge le Pr Kahn. Selon les généticiens, entre 3 % et 8 % des enfants français de souche sont adultérins. Ces chiffres sont sans nul doute beaucoup plus élevés dans le cas d’une famille dont le père réside depuis longtemps à l’étranger.

Reste que, scandaleux ou pas, les tests génétiques ont pour but essentiel de lutter contre la fraude et les défaillances de l’état civil dans certains pays d’immigration. Et que de nombreux autres pays occidentaux y recourent sans complexe. Une étude commandée par le Sénat et publiée au mois de juin confirme l’existence d’une « fraude documentaire endémique ». À la suite du « scandale des visas » au consulat de France à Moscou, en août 2006, le sénateur UMP Adrien Gouteyron a enquêté au Congo (Pointe-Noire), à Madagascar (Toamasina, Antananarivo), en Russie (Moscou, Saint-Pétersbourg) et en Turquie (Ankara, Istanbul). Il a constaté que les consulats de France reçoivent de nombreux dossiers de demande de visa (entre 30 % et 80 %, selon les pays) constitués de faux documents. Et que les pressions des élus, des cabinets ministériels et des acteurs économiques pour favoriser tel ou tel dossier ne sont pas rares.

Au consulat de Pointe-Noire, il relève « trop d’exemples de regroupement familial dont il avait été démontré que le lien de filiation avait été falsifié ou de jugements de naturalisation avec des identités usurpées ». À en croire son rapport, la pratique est également courante dans des pays comme le Sénégal, la RD Congo, les Comores et la Côte d’Ivoire.

Sur le terrain, en Afrique, les agents consulaires n’ont pas attendu le rapport Gouteyron pour tenter d’endiguer la fraude. En général, ils demandent aux services de l’état civil de certifier que le document présenté dispose d’une « souche » dans les registres de la commune de naissance du demandeur. Mais les agents de l’État ne sont pas tous irréprochables et transmettent souvent de fausses informations aux consulats. Conscients des limites du procédé, les Américains utilisent pour leur part les services d’un auxiliaire de justice assermenté, qui se rend dans les mairies et les centres d’état civil pour constater de visu l’existence des souches.

Tandis que l’opinion se focalise sur le recours aux tests ADN – qui doit encore être examiné par le Sénat -, d’autres dispositions de la loi Hortefeux sont passées complètement inaperçues. Ainsi, les demandeurs d’asile déboutés n’ont désormais plus que quinze jours pour saisir la Commission des recours des réfugiés, au lieu d’un mois auparavant. Par ailleurs, afin de prendre « la mesure de la diversité des origines des personnes », l’interdiction de tout recensement sur des bases ethniques a été supprimée. Et si l’ADN n’était finalement que l’arbre qui cache la forêt ?

Publié dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE, QUESTIONS DES MINORITES | Pas de Commentaire »

Quand Sarkozy déclare la guerre à l’Afrique

Posté par issopha le 22 septembre 2007

Quand Sarkozy déclare la guerre à l’Afrique 


 

Transmis par adminKMM2 le 18 septembre 2007 à 11:59:10 CEST
Contribution de
Anonyme

Le 26 juillet 2007, à Dakar (Sénégal), le Président Français Nicolas Sarkozy prononçait un discours injurieux sur l’Afrique. Le président Sarkozy, prétextant avoir le langage de vérité, a osé  dévoiler  le fond d’une pensée qui semble être  la parole officielle française. Un mois après, ce discours continue de faire couler beaucoup d’encre et de salive en Afrique. Pour certains comme  Jean François Bockel, secrétaire d’Etat à la francophonie, le discours du président français, permet de réactualiser le débat sur l’Afrique. Quant à  Dominique de Villepin, ancien Premier ministre français, critique vis-à-vis de la politique africaine de Nicolas Sarkozy, trouve  que certains propos « tenus à Dakar sur l’homme africain qui n’entrerait pas suffisamment dans l’avenir »[i] sont affligeants. Au surplus, les vives réactions des intellectuels africains et l’émoi suscité par ce discours vont incontestablement le ranger dans les annales de l’histoire. L’arrière plan du discours au goût raciste,  très  nombriliste et plein de mépris mérite une réponse claire et musclée de la Nouvelle Jeunesse Africaine (NJA). Pour la France, l’Afrique est sous-développée à cause des nombreux conflits, de la corruption et du manque de savoir faire. Au regard de ce discours qui s’inscrit dans une anthropologie raciste où la France de Sarkozy méprise les africains, il convient de relever la gravité des allégations et les dispositions à adopter.

Le substrat idéologique du discours du 26 juillet

L’émotion passée, on se rend compte que le discours oh combien injurieux du président Français a un fond idéologique. Prétextant s’adresser aux « jeunes d’Afrique », Sarkozy, sans contrition, dans l’amphithéâtre de l’université Cheikh-Anta-Diop décide de proclamer ironiquement son amour du continent : « J’aime l’Afrique, j’aime et je respecte les Africains », a-t-il dit. La vérité c’est que  le président Sarkozy ne respecte pas les africains, à commencer par notre culture. En choisissant  de parler de « l’homme africain » dans une université qui porte le nom du savant africain, Cheikh-Anta-Diop, le Président Sarkozy tentait ainsi à travers des sentences définitives et globalisantes, à forte teneur culturaliste, voire essentialiste, remettre en question l’œuvre de ce savant. Or déjà Cheikh-Anta-Diop démontrait, avec brio, que l’Égypte antique était peuplée d’Africains noirs et que la langue et la culture égyptiennes se sont ensuite diffusées dans l’Afrique de l’Ouest. Ainsi, pour le professeur Jean Vercoutter[ii] : « l’Égypte était africaine dans son écriture, dans sa culture et dans sa manière de penser ». Le professeur Leclant a reconnu ce même caractère africain dans le tempérament et la manière de penser des Égyptiens. Selon Günter Bräuer[iii], les fossiles humains sont d’autant plus anciens qu’ils se trouvent en Afrique, au cœur de l’Afrique. Si l’Afrique est « le berceau de l’humanité », alors non seulement l’Afrique a un passé, mais aussi l’histoire de l’Afrique serait inaugurale, voire matricielle. L’homme d’aujourd’hui y a expérimenté les plus anciennes techniques culturelles avant d’aller conquérir la planète. C’est ainsi que la fabrication d’outils (lithiques), la poterie, la sédentarisation, la domestication, l’agriculture, la cuisson, etc. sont attestées en Afrique antérieurement à tout autre endroit du monde. L’Afrique était au cœur de l’histoire lorsque les puissances esclavagistes d’Europe (Portugal, Espagne, Angleterre, France, Hollande, etc.) ont connu l’Afrique. Nous étions au cœur de l’histoire lorsque  l’Europe, par une occupation coloniale, a balkanisé et émietté  notre continent.

 En affirmant : que « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’Histoire (…). Jamais il ne s’élance vers l’avenir (…). Dans cet univers où la nature commande tout (…), il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. », C’est sous estimer les africains et leur riche histoire. Se peut-il que le président Sarkozy n’ait pas une vision nette de l’histoire de l’Humanité car notre histoire n’est pas celle qui est enseignée dans les écoles occidentales mais celle qui est écrite par les africains.

La justification de la colonisation

Avec habileté, le président Sarkozy insulte la mémoire de nos ancêtres, en justifiant son refus de repentance. Pour lui, « Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.

Il a pris mais je veux dire avec respect qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu fécondes des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n’étaient pas des voleurs, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs ». Dans son discours aux allures ostentatoires, superfétatoires, au delà des fastes cérémonials et du caractère  incantatoire, c’est la volonté de tronquer et de travestir l’histoire qui irrite.

En  falsifiant l’histoire, le président français, par un effort dont lui seul a le secret, arrive à transformer la victime en coupable, le bourreau en bienfaiteur. Cette manière indigne et malhonnête de traiter la colonisation finie par convaincre sur les motivations d’un personnage aux discours, parfois superficiels. Le président Sarkozy a oublié de citer Jules Ferry, pour qui, « la colonisation est fille de l’industrialisation ». La colonisation a permis à l’Europe de satisfaire ses besoins en matières premières et de trouver de marchés et d’espace d’investissement. L’Afrique devenait ainsi un réservoir de matières premières et un déversoir de produits manufacturés. C’est grâce à cette colonisation que le Sénégal se spécialisa  dans la production de l’arachide pour alimenter les huileries et savonneries de Marseille.  C’est la colonisation qui a fait de la Côte d’Ivoire, un pays producteur de café et de cacao, les matières premières indispensables à la fabrication du chocolat.

L’objectif premier de la colonisation n’était pas de construire des écoles et des hôpitaux à des  « indigènes » mais de piller leurs ressources naturelles et minières. Pour transporter les ressources pillées, il fallait construire des ponts, des routes etc.  Pour éduquer les traitres, les relais entre le colon et les populations locales, il fallait construire des écoles pour leur instruction.  Pour donner les premiers soins aux colons sur place et leurs auxiliaires, le colonisateur construisit des dispensaires et des hôpitaux. S’il est vrai qu’après le départ des colons, ces infrastructures ont bénéficié aux populations locales, le terme  d’effet positif de la colonisation est impropre. Dans ce cas, on parle plutôt d’externalité positive. Il est temps que monsieur Sarkozy laisse aux historiens la responsabilité d’évaluer l’impact de la colonisation sur le développement de la France et de l’Afrique, au regard des mutations sociales, politiques et culturelles qu’elle a induite dans les progrès économiques respectifs. Personne ne peut écrire l’histoire de l’Afrique à la place des Africains. L’heure est venue de repenser l’Afrique autrement qu’avec des rapports condescendants. Le locataire de l’Elysée gagnerait à lire Paul Bairock[iv], pour qui le sous-développement est un phénomène historique car « jusqu’à la fin du 17e siècles, les écarts dans les niveaux de développement économiques et techniques des divers pays étaient peu important ». C’est la colonisation qui a désarticulé et retardé notre développement. Mieux vaut peut-être méditer sur les leçons de l’histoire car le voile des verbiages pleutres et intéressés est levé.

Les vraies causes du retard de l’Afrique

Nul ne peut contester,  que l’Afrique a sa part de responsabilité dans son retard toutefois, les occidentaux n’ont pas de leçon à donner aux africains. Pour Sarkozy, l’Afrique est en retard parce que : « Le paysan africain [.] dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine ni pour l’idée de progrès. ». Une telle affirmation serait peut-être la preuve d’une ignorance complète de l’histoire économique et politique de l’Afrique. Pour Sarkozy, l’Afrique est la terre des « génocides » de la « corruption », de la « violence » et des « guerres ethniques ». Il est vrai que les conflits constituent une entrave importante au développement socio-économique des pays africains. Selon les spécialistes, l’Afrique a connu depuis 1945 environ 80 conflits et 53 coups d’états depuis 1952 ; au nombre des causes, il convient de noter que la décolonisation et la balkanisation de l’Afrique n’ont engendré que des micro-Etats, des États artificiels, sans cohésion, sans viabilité. Monsieur Sarkozy  a oublié que les multinationales françaises instrumentalisent des conflits régionaux ou locaux pour obtenir ou conserver des marchés et des concessions. Coups d’Etat en Guinée-Bissau (septembre 2003) et à Sao-Tomé-et-Principe (juillet 2003), tentatives de putsch au Burkina Faso et en Mauritanie (octobre 2003), renversement de M. Charles Taylor par une rébellion au Liberia (août 2003), remous politiques au Sénégal (année 2003), déstabilisation de la Côte d’Ivoire (depuis septembre 2002)… Le président français a peut-être oublié qu’au nom des prétendus accords de défense signés au moment des indépendances ,dans  le cadre de la coopération militaire entre la France et huit pays(Côte d’Ivoire (Avril 1961), Centrafrique (Août 1960), Djibouti (Juin 1977), Gabon (Août 1960), Sénégal (1960 et mars 1974), Cameroun (novembre 1960 et février 1974), Comores (1973 et novembre 1978), Togo (juillet 1963)), ses soldats agissent comme des mercenaires, pour imposer la majorité des satrapes au pouvoir en Afrique. Depuis des décennies, les compagnies pétrolières interviennent dans la vie politique et économique des pays concernés. Si ce n’est pas la mise en place ou le cautionnement des régimes responsables de violations massives des droits humains ou l’alimentation et encouragement des circuits de corruption, à l’étranger (surtout en France). Qu’a t-il à redire de la corrélation entre la volonté des nigériens de contrôler leur Uranium et la rébellion subite, étrange du nord du pays ? Qu’a t-il à redire de la guerre que la France fait subir à la Côte d’Ivoire ?

En imposant des présidents corrompus au pouvoir, ces derniers qui n’ont de cesse de piller les ressources financières de l’Afrique au profit de comptes occultes et biens immobiliers somptueux, la France ne peut se placer en donneuse de leçon. Le président français a t-il oublié que le pillage organisé de nos ressources naturelles et minières nous prive de moyens de financement de nos économies ? Ne sait-il pas qu’Elf et le nouveau groupe TotalFinaElf tirent respectivement environ 70 % et 40 % de sa production sur le continent africain ? Le président est-il devenu amnésique au point d’occulter que les stars du CAC 40 s’enrichissent en Afrique ? Est-il besoin de rappeler que le  monstre industriel Total-Fina-Elf est surtout actif en Asie (notamment en Birmanie) avec Total, en Afrique du Nord (particulièrement en Libye) avec Fina et en Afrique noire (Angola, Congo, Gabon, Cameroun, Tchad…) avec Elf. Alors que leurs richesses sont honteusement pillées, selon le classement des Nations unies, le Nigeria et l’Angola, les deux principaux producteurs africains de pétrole se trouvent actuellement au rang des nations les plus pauvres, plus précisément les plus appauvries par trois décennies d’exploitation pétrolière.

Sarkozy, défenseur de la Françafrique et de la Mafiafrique

Peut-on encore croire à monsieur Sarkozy qui, la main sur le cœur jurait en finir avec les réseaux occultes entre l’Afrique et la France. Lors de la présentation de son programme en matière de politique étrangère, monsieur Sarkozy déclarait : «   L’Afrique n’est pas notre pré-carré  » et   » Il nous faut les (Africains) débarrasser des réseaux d’un autre temps, des émissaires officieux qui n’ont d’autres mandats que celui qu’ils s’inventent. Le fonctionnement normal des institutions politiques et diplomatiques doit prévaloir sur les circuits officieux qui ont fait tant de mal par le passé. Il faut définitivement tourner la page des complaisances, des secrets et des ambiguïtés, notamment avec nos partenaires africains et arabes ». Ses liens d’amitié avec M. Bongo, défenseur des intérêts pétroliers français mais peu soucieux de transformer les richesses de son pays pour son développement, accrédite le constat d’une certaine inertie de la politique africaine de la France, loin de la rupture revendiquée. Ses accointances avec M. Sassou  Guesso, le dictateur congolais inquiète autant que ses relations avec M. Kadhafi. Les jeunes africains ne sont pas dupes, Sarkozy s’inscrit dans la Françafrique, cette coalition hétéro*****e composée de présidents africains et de multinationales dont le but final est de maintenir au pouvoir des dirigeants corrompus afin d’orchestrer le pillage systématique des fabuleuses richesses de l’Afrique. Ce système d’origine réactionnaire, droitière, conservatrice, arrière-gardiste, qui est en vérité un instrument de la stratégie néocoloniale française, a la sympathie du Zorro français.

La nécessité d’un divorce entre l’Afrique et la France 

Si les allégations du Président français ne témoignent pas d’une méditation attentive, il n’en demeure pas moins qu’elles doivent permettre à l’Afrique de prendre ses distances vis-à-vis de la France.  Celui qui ose dire que « l’africain ne s’élance jamais vers l’avenir » a sans doute oublié que depuis l’aube de l’humanité jusqu’à l’orée du 3e millénaire et cela en passant par les grandes étapes de l’histoire et l’évolution des civilisations, « l’homme africain » n’a jamais fait l’économie de son génie. Certes, il faut négliger les observations pittoresques et les analyses simplistes d’un homme au caractère agité et impulsif toutefois, c’est l’occasion pour les Etats africains de montrer à la France qu’elle ne pèse pas un grain de sénevé sans l’Afrique. Dans sa volonté d’agonir l’Afrique d’injures, monsieur Sarkozy oublie de reconnaître que le pillage de nos ressources nous empêche d’investir dans l’éducation, la santé, la recherche et développement, facteurs essentiels à la croissance et le développement. Depuis les indépendances, l’élite africaine, cette élite à la conduite licencieuse, de connivence avec les milieux d’affaires français ont détourné les ressources financières  destinées au développement. C’est donc le moment pour les pays africains, de remplacer les sociétés pétrolières et minières occidentales, par des sociétés nationales ou les nationaliser le cas échéant.  C’est ce qu’ont fait les pays d’Amérique Latine, appelés aujourd’hui pays émergents. C’est ainsi qu’en dépit des prédictions apocalyptiques de monsieur Sarkozy, l’Afrique se positionnera durablement sur le chemin du développement. C’est en tournant le dos à la France que les pays africains établiront l’acte de naissance de leur développement. Il suffit de comparer les pays anglophones d’Afrique à leurs homologues francophones pour  se rendre compte que leur mariage avec la France n’a apporté que  désolation  et malheur. L’Afrique doit aujourd’hui prouver son existence en marchant et non en regardant marcher, en se réappropriant de façon péremptoire son système de production, aux mains des nébuleuses occidentales.

Vive l’Afrique libre et prospère !

Prao Yao Séraphin

Président du MLAN

www.mlan.fr

contact@mlan.fr
 


[i] Entretien avec la radio Europe 1, le Lundi 3 septembre 2007

[ii] Jean Vercoutter est un égyptologue français, né le 20 janvier 1911 et mort le 16 juillet 2000

[iii] Günter Bräuer, paléo-anthropologue de l’Université de Hambourg (Allemagne)

[iv] Paul Bairock, Le tiers-monde dans I ‘impasse. (Paris 1971) pp. 172-3
les extraits du discours du 26 juillet 2007 sont sur le site suivant : http://www.elysee.fr/elysee/elysee.fr/francais/interventions/2007/juillet/allocution_a_l_universite_de_dakar.79184.html

Publié dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE, AFRIQUE : Ceux qui luttent | Pas de Commentaire »

Le complot du FMI contre l’Afrique

Posté par issopha le 22 septembre 2007

Le complot du FMI contre l’Afrique
 

Transmis par adminKMM2 le 10 septembre 2007 à 21:15:09 CEST
Contribution de
Anonyme

Le candidat de l’union européenne à la tête du Fonds Monétaire International(FMI), le « socialiste » Dominique Strauss Kahn, s’apprête à devenir le futur patron. Au moment où le débat s’enfle sur une nécessaire réforme de cette institution pour prendre en considération les desideratas des économies émergentes, il semble opportun de revenir sur les relations tumultueuses entre l’Afrique et la dite institution. A tort ou  à raison, les institutions internationales n’ont jamais eu une bonne presse dans un continent où  à vrai dire toutes les interventions du FMI ont précipité dans l’abîme des économies déjà fragiles. Nous présenterons primo, un bref historique de cette institution, secundo les conséquences de ses interventions en Afrique et tertio, le comportement à adopter par les pays africains.

La création du FMI et ses bases théoriques floues

Depuis 1914, l’étalon-or d’avant guerre n’a cessé de susciter bien des envies. Tant dans la période de l’entre-deux-guerres que dans la période d’après-guerre, on a assisté à un effort concerté au niveau international pour rétablir des systèmes de taux de change fixes, qui apparaissaient souhaitables au vu de l’expérience de l’étalon-or[1]. Cependant, si l’époque de l’étalon-or avant 1914 a constitué l’exemple de santé monétaire internationale, la période de l’entre-deux-guerres est apparue comme une période de fortes turbulences. Les balances de paiements et les taux de change ont connu des mouvements chaotiques à la suite de deux grands chocs, la première Guerre mondiale (1919-1923) et la Grande crise (1931-1934). Après la première guerre mondiale, les pays européens faisaient face à une avalanche d’inflation et d’instabilité politique. Leurs monnaies étaient devenues inconvertibles pendant la guerre, vu que leurs taux d’inflation étaient très élevés que celui des Etats-Unis,  le nouveau patron au niveau financier.

En France, les différents gouvernements se montrèrent incapables de réduire les dépenses publiques ou d’augmenter les impôts pour diminuer les déficits budgétaires, qui durent être financés par des émissions de nouvelle monnaie. L’Italie connaissait une situation similaire. Quant à Allemagne, la masse monétaire, les prix et le coût des devises furent tous multipliés par plus d’un trillion entre 1922 et 1923. Le 19 septembre 1931, la Grande Bretagne abandonna l’étalon-or, laissant varier librement la livre sterling. La gravité de la situation a conduit les chefs de file monétaires des puissances alliées à réfléchir sur un meilleur système. C’est ainsi que la conférence de Bretton Woods, dans le New Hampshire a eu lieu, en juillet 1944, une conférence monétaire et financière des Nations Unies réunissant, les représentants des 44 nations signataires de la charte de l’ONU. Des deux plans en présence, celui de John Maynard Keynes et d’Harry Dexter White, c’est celui du dernier cité qui sera remanié et retenu. Les principales dispositions de l’accord portent sur les points suivants :

  • chaque pays devra progressivement assurer la convertibilité de sa monnaie avec le dollar et les autres monnaies ;
  • le dollar est rattaché à l’or au taux fixe de 35 dollars l’once d’or. Le lien avec l’or est donc conservé, mais de façon indirecte pour la plupart des monnaies ;
  • les taux de change doivent être fixes. La quantité de monnaie échangée contre une unité de monnaie étrangère ne doit pas varier dans le temps de façon significative. Les pays disposent d’une marge de fluctuation de 1%, c’est-à-dire que les banques centrales doivent intervenir pour maintenir la parité de leur monnaie lorsque celle-ci monte ou descend de plus de 1% par rapport au dollar. La dévaluation, constat d’échec dans le maintien de parités stables, ne doit être qu’exceptionnelle. Si le déséquilibre est temporaire (déséquilibre conjoncturel), les pays peuvent demander à bénéficier de crédits particuliers, les moyens de paiement internationaux mis à leur disposition permettant de financer les déficits extérieurs. Les pays peuvent de même utiliser les Droits de Tirages Spéciaux (DTS), crées par le FMI. Ces DTS représentent un droit, calculé au prorata de la quote-part[2], de recevoir des liquidités internationales dont une faible partie seulement devra être remboursée.

Si les deux plans souhaitaient que le monde se dote d’une nouvelle banque centrale, capable d’allouer aux pays déficitaires des réserves pour surmonter leur déséquilibre temporaire, celui de White, proposait en outre que des pressions internationales soient exercées sur les gouvernements nationaux afin qu’ils changent leur politique macroéconomique de façon à servir l’objet d’un équilibre dans les paiements internationaux. Aujourd’hui le FMI compte plus de 150 pays.

Des bases théoriques floues à l’épreuve du temps

Le système de Bretton Woods a vraiment fonctionné à partir du retour à la convertibilité des monnaies européennes en 1958. Mais avec le taux d’inflation de l’économie  américaine, la confiance dans le dollar s’en trouve affectée à tel point que les marchés de changes ont connu à la fin des années 60 d’énormes mouvements de fluctuation du dollar. Dans l’impossibilité de stopper ces fluctuations, les Etats Unis durent mettre fin à la convertibilité du dollar en or, le 15 Août 1971. La marge de fluctuation passe de 1% à 2,25%. En 1973, les banques centrales européennes refusent de continuer à soutenir le dollar et renoncent désormais à être rattachées au dollar. Ce fut la fin du système de changes fixes organisé autour de l’étalon-dollar et l’avènement du flottement généralisé des monnaies[3]. L’échec du système de Bretton Woods présageait celui du FMI. Dans un discours prononcé le 13 juillet 1982, Jacques Larosière (ancien directeur du FMI) précisait que le FMI « est une institution monétaire contribuant à l’ajustement économique dans ses pays membres et dans le monde entier »[4]. Ceci revient à dire que lorsqu’un pays connaît un grave déficit de sa balance des paiements[5], mettant en cause sa monnaie, il peut faire appel au FMI  afin que ce dernier lui accorde les moyens financiers nécessaires au rétablissement de sa situation extérieure. Cependant au niveau théorique, le FMI s’est éternisé à croire que le déséquilibre des taux de change venait que du compte des transactions courantes.

Or les spécialistes des questions de changes s’accordent à reconnaître que les fondamentaux du taux de change n’expliquent pas parfois les fluctuations de ces derniers. Aujourd’hui, il convient de prendre en compte le bas de la balance des paiements (le compte capital et le compte financier) plutôt que le haut(le compte de transactions courantes). Les crises financières  (le Mexique au début de 1995, l’Asie en 1997, la Russie en 1998 et le Brésil en 1998) ont fini par convaincre de l’inaptitude du FMI à jouer son rôle de gardien du système monétaire international.

Le FMI et l’Afrique

La crise de la dette  a promu le FMI au rôle de tuteur  des politiques économiques des pays en développement et de médiateurs entre créanciers et  débiteurs. Le mariage entre l’Afrique et le FMI a commencé avec les programmes de rééchelonnement de la dette couplé à des programmes de réduction de l’absorption d’inspiration monétariste dans les années 83. Cette politique a échoué car les rééchelonnements n’ont pas restauré la capacité de remboursement et d’emprunt des pays. Les banques ont refusé de prêter autrement que dans des plans concertés avec la caution du FMI. Même avec les plans Baker et Brandy, le FMI devait être une caution privilégiée des pays en développement et surtout africains. C’est ainsi que les pays développés avec la complicité des institutions internationales comme le FMI se sont accaparés de manière scientifique et organisée du système économique africain. Les grandes entreprises étatiques porteuses d’espoir ont été cédées aux multinationales occidentales parfois à un franc symbolique. En même temps, des rapports officiels de l’OMS, du FMI et de la banque mondiale inquiètent. Sur une population de 940 millions d’habitants, le revenu moyen annuel est de 600 dollars. 350 millions d’habitants en Afrique subsaharienne vivent avec moins d’un dollar par jour. Ces rapports disent que la faim tue deux fois plus que le sida et la tuberculose ; selon l’OMS, dans le « classement global du système de santé » sur une échelle de 1 à 191, tous les pays africains se situent dans le bas du tableau : Tchad 178, Angola 187, Nigeria 187, République démocratique du Congo 188, Sierra Leone 191…

Ces pays sont pourtant des pays dont le sous sol est riche. L’Afrique est le continent le plus touché par le travail des enfants : 41% des enfants de 5 à 14 ans, soit 80 millions d’enfants. Pour l’OIT, ce nombre va croître pour s’établir à 100 millions en 2015. En 2004, l’Afrique a connu 46 conflits armés, soit 52% au niveau mondial. L’espérance de vie moyenne est passée 49 ans à 45 ans entre 1980 et 2006[6]. Devant ce drame gigantesque et rocambolesque qui frappe l’Afrique, une question revient sans cesse sur les lèvres : qui est responsable ? C’est vrai que l’incompétence, le manque de stratégie et de vision de certains dirigeants africains sans oublier  la corruption de l’élite africaine expliquent en partie la disette de l’Afrique. Mais le véritable goulot d’étranglement demeure la dette galopante injuste qui prive les Etats de ressources financières, les privatisations tous azimuts et le pillage systématiques des ressources naturelles de l’Afrique. Pour que la dette étrangle l’Afrique et retarde son développement, les pays occidentaux ont cherché à contrôler notre système de production afin de piller les ressources de l’Afrique.

C’est ainsi que le FMI, par le truchement de ses programmes d’Ajustement Structurel (PAS) a obligé les pays africains à privatiser les grandes entreprises africaines. Selon l’ONU, les trois quarts des prêts et des crédits n’étaient accordés qu’à condition de privatiser…Entre 1990 et 2000, plus de 3000 entreprises sont passées du secteur public au secteur privé, soit une moyenne de six privatisations par an et par pays. Pour la période de 1990 à 1995, le nombre d’entreprises publiques est passé en Afrique subsaharienne de 6069 à 4058, soit une chute de 33%. En Guinée par exemple, seuls 600 emplois sur 4000 ont été préservés. Même en Afrique du Sud, plus d’un million d’emplois ont disparu en dix ans. Depuis 2005, le FMI exige encore la privatisation des entreprises restantes, des banques et des assurances, s’opposant même parfois à l’utilisation des recettes pétrolières versées au Fonds de régulation des recettes (FRR). Le FMI s’oppose aussi à l’augmentation des salaires et à la reconstruction par les investissements publics.

En vérité, toute cette gesticulation mediatico-scientifique vise à maintenir encore une fois l’Afrique dans l’indigence, dans la colonisation. Avec l’aide du FMI, à travers ses privatisations, depuis l’extraction de la première goutte de pétrole, les compagnies anglo-américaines, françaises et Malaisiennes ont empoché 653 milliards de dollars laissant aux Tchadiens que 62 millions de dollars. Le Nigeria qui est deuxième producteur de pétrole en Afrique, avec des réserves de 2500 millions de barils enregistre 80% de sa population avec moins d’un dollar par jour. La Côte d’Ivoire illustre bien la confrontation des intérêts entre des multinationales comme Bolloré, Bouygues et la volonté du pays à contrôler son système de production. Pourquoi Areva pille l’Uranium du Niger. Pourquoi, le Guinéen ne mange pas à sa faim alors même que son sous-sol est honteusement exploité.

L’alibi de la bonne gouvernance

Pour contrôler donc le système de production des pays en développement et surtout africains, le FMI utilise ses fameuses conditionnalités. Les publications du FMI la définissent en ces termes : « la conditionnalité se rapporte à l’obligation, imposée par le Fonds aux pays membres qui désirent recourir à ses ressources, d’adopter des politiques d’ajustement économique (…). Le lien entre le financement et l’ajustement est au centre de la conditionnalité ».  En clair, « la conditionnalité vise à assurer que les mesures prises par le pays membre conduisent, dans des délais raisonnables, à une balance des paiements viable et à une croissance économique soutenable ». Même la conclusion d’un accord de prêts privés nécessite l’aval du FMI ; en effet « l’existence d’un accord de confirmation avec le Fonds est souvent posée comme condition à la conclusion d’accords de prêts privés avec des pays membres du Fonds (…). Les prêteurs privés s’appuient sur les accords de confirmation, parce qu’ils considèrent la conditionnalité du Fonds comme la garantie que le pays membre a élaboré un programme jugé suffisamment satisfaisant par le Fonds pour justifier l’appui du programme au moyen des ressources du Fonds ». Derrière cette fable économique se cache une volonté manifeste du FMI de contrôler les économies africaines au profit des pays industrialisés et leurs multinationales.  Les conditionnalités ne sont ni plus ni moins la prise en main de la politique économique d’un pays par les pseudos experts du FMI, remettant ainsi en cause l’indépendance et la souveraineté de ce pays. De plus en plus, les conditionnalités ont pris la forme de bonne gouvernance. Pour le FMI, « le cœur d’une bonne gouvernance » s’appelle « le libre accès au marché ». 

Pour Daniel Kaufman, directeur de la gouvernance mondiale à l’institut de la banque mondiale, « les pays qui entreprennent des reformes constatent que la bonne gouvernance est reconnue par les investisseurs étrangers, les bailleurs de fonds, les responsables gouvernementaux et le grand public comme primordiale ». La difficulté des institutions internationales à définir clairement le terme de bonne gouvernance montre bien leur volonté d’user de l’émotion et de jolis mots  pour avoir l’adhésion des populations à leur supercherie. Pour s’en convaincre, il suffit de comprendre l’aveu de Michel Camdessus qui déclarait que  le FMI a toujours visé à pousser les pays « à entreprendre des réformes clés concernant le commerce, le marché du travail et d’autres réformes des marchés ».  La bonne gouvernance, selon nous, est la volonté d’assurer la participation plus large de tous les citoyens et des organisations, bref des forces vives d’un pays à la conception et à l’application des politiques. La bonne gouvernance, c’est refuser que la richesse d’un pays se concentre entre les mains de quelques individus, laissant les masses populaires dans la paupérisation.

Ce que les pays africains doivent faire

Aujourd’hui, de l’aveu même du FMI et de la Banque mondiale, les thérapies prescrites aux pays en développement ont étés un désastre sur le plan économique et social. Les PAS ont renvoyé les pays africains à l’époque de la colonisation, voire même de l’esclavage puisqu’ils se battent pour rembourser indéfiniment des dettes. Si l’africain n’arrive pas à se soigner correctement, c’est parce qu’on a licencié les médecins, les infirmiers et privé les Etats d’investir dans le public. C’est aussi le cas dans le secteur de l’éducation et de la recherche. Sans honte, les institutions internationales annoncent « un plan de lutte contre la pauvreté » dans le cadre des objectifs du Millénaire (réduction de 50% de la pauvreté pour l’Afrique d’ici à 2015). Dans cette optique, pour réduire la dette des pays, le FMI met en place un mécanisme assorti des mêmes conditionnalités que les PAS. Si le FMI ne parle plus de PAS, mais de Documents Stratégiques pour la Réduction de la Pauvreté (DSRP), le contenu demeure le même. Parfois aussi, on nous rabâche les oreilles que la bonne gouvernance est la solution au décollage de l’Afrique. L’Afrique n’a pas de leçon à recevoir des experts du FMI ou d’une quelconque institution internationale. Le cas Paul Wolfowitz (ancien directeur de la banque mondiale), coupable de népotisme et de favoritisme n’a t-il pas convaincu plus d’un sur la manque de rigueur de ces institutions internationales ? Le moment est venu pour que les pays africains prennent en main leur destinée. Pour éviter les interventions meurtrières des institutions internationales comme le FMI, les pays africains doivent de moins en moins s’endetter, gérer au mieux les ressources financières tirées de l’exploitation des richesses naturelles.

Dans le cas de la zone franc CFA, c’est le lieu de réfléchir sur un régime de change capable d’empêcher le déficit des balances de paiements, au regard des chocs subis. Les pays en développement et ceux de l’Afrique en particulier doivent approfondir l’idée du président Chavez au sujet d’une Banque du Sud. D’ailleurs, la nouvelle architecture financière internationale (NAFI), définie en juin 1999 sous l’égide du G7 et mise en œuvre, depuis, par le FMI, en réponse aux crises systémiques des années 1990, n’a pas clos le débat sur la raison d’être du FMI. A la lumière des torts que subissent les pays africains, on se demande ce qu’ils font en étant membre de ce « Fonds de Misère Instantanée » car comme le rappelait Joseph TCHOUDJANG POUEMI « le FMI devient une institution inopérante, presque formelle. Ses décisions sont adoptées par les grands pays avec une totale inattention à l’égard des pays du tiers monde. Les débats du comité intérimaire sont entièrement des matières de protocole, sans signification aucune »[7]. Les pays africains doivent refuser d’exécuter les politiques économiques dévastatrices prescrites par le FMI car cette institution est devenue un instrument de torture et de désordre économique.

Dieu bénisse l’Afrique !

Prao Yao Séraphin[8]

Président du MLAN

www.mlan.fr

contact@mlan.fr

  
[1]  L’étalon-or est apparu en 1870 avec le concours de certains accidents historiques en Grande Bretagne. La livre sterling est lié étroitement à l’or depuis la fin du XVIIe siècle. Dans un régime de l’étalon-or, le gouvernement de chaque pays fixait la valeur de sa monnaie par une quantité d’or bien spécifiée. 
[2] Chaque pays membre verse une cotisation au FMI. Elle est constituée pour un quart en or et pour les trois quarts de monnaie nationale.
[3] Le système de change flottant aura un regain d’intérêt depuis les accords de la Jamaïque en 1976,marquant officiellement la fin du système de change fixe.
[4] Article tiré du bulletin du FMI du 26 juillet 1982.
[5] Les transactions d’un pays avec le reste du monde sont résumées par un dispositif comptable appelé la balance des paiements.
[6] Ces chiffres sont de la « VERITE », une revue théorique de la 4e internationale, n° 53, décembre 2006, p.77-78.
[7] Extrait du livre Monnaie, Servitude et Liberté, 2e édition, Editions MENAIBUC.
[8] L’auteur est également doctorant au CEPSE de l’Université Pierre Mendès  France de Grenoble. La plupart des citations de ce texte sont extraites du bulletin du FMI : numéros du 14 juin 1982, du 26 juillet 1982, du 6 septembre 1982, du 14 mars 1983, du 9 mars 1988, du numéro spécial de septembre 1988 ,  la LETTRE DE LA VERITE du 24 juillet 2007.

Publié dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE | Pas de Commentaire »

Introduction sur la dette (récupérée sur le site d’EURODAD)

Posté par issopha le 22 septembre 2007

  

Introduction sur la dette

 

La dette est en même temps le symptôme d’un système financier global faussé et la cause d’inégalités et de pauvreté. La dette a longtemps été utilisée pour maintenir les relations de pouvoir des gouvernements à l’égard des individus. Eurodad considère la dette comme n’étant pas uniquement une question financière mais aussi comme étant un problème politique et éthique. Nous tâchons de faire pression pour une annulation de la Dette en mettant en exergue les responsabilités des créanciers et en soutenant les changements durables à l’architecture financière internationale. Un grand nombre de pays ont été pris dans le piège de la dette, ces trente dernières années. Tandis que les campagnes de la société civile ont eu un impact et ont assuré l’annulation de certaines dettes, le nœud du problème n’a pas été réglé par les initiatives actuelles et les mécanismes comme par exemple l’initiative Pays Pauvres Très endettés (PPTE). Les gouvernements des pays riches ainsi que les institutions créancières tels que le Club de Paris, la Banque mondiale et le FMI disposent encore de trop de pouvoir.

Dans ce contexte, le travail d’Eurodad sur la dette se focalise sur différents points :

  • Jouer un rôle de catalyseur pour mener des campagnes internationales qui demandent l’annulation de la dette multilatérale de tous les pays qui en ont besoin ;
  • Surveiller et analyser la dette bilatérale, la dette commerciale et les agences de crédit à l’exportation. Eurodad en appelle à des contrats de prêts qui soient justes et transparents.
  • En ce qui concerne la dette illégitime, Eurodad en étroite collaboration avec des groupes du Sud et du Nord travaille pour que soit reconnu le fait que de nombreuses dettes sont illégitimes et que la responsabilité de telles dettes devrait être assumée par les créanciers
  • En ce qui concerne la soutenabilité de la dette, Eurodad défend une approche basée sur les besoins qui remplacerait la politique actuelle basée sur les capacités de remboursement

News.

Latest 5 articles on Debt overview

28.02.07: Eurodad
Testons la Crédibilité des Tout-Puissants : Action Concrète pour l’Environnement et le Développement!

30.01.07: Eurodad
La dette du Liban continue d’enfler : les donateurs promettent des fonds, dont une partie est en fait constituée de prêts

Publié dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE, SAVOIR C'est déjà  POUVOIR | Pas de Commentaire »

Critiques sévères de Gertrude Mongella contre Gordon Brown 22.09.2007

Posté par issopha le 22 septembre 2007

Critiques sévères de Gertrude Mongella contre Gordon Brown
22/09/2007
 
Critiques sévères de Gertrude Mongella contre Gordon Brown 22.09.2007 dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE transparent
Ce dernier menace de boycotter le sommet UE Afrique qui se tiendra en décembre à Lisbonne si Mugabe est présent
transparent dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE
 
Par PANAPRESS artbasright

pixelorange pixelorange
transparent
pixelorange
 

transparentforumpuce artphototopleft artphototopright
transparent transparent 9402 transparent transparent  
transparent transparent Gordon Brown
© bbc.co.uk
transparent transparent  
artphotobasleft artphotobasright
transparent transparent

transparent
La présidente du Parlement panafricain, la Tanzanienne Gertrude Mongella, en visite de travail jeudi à Bruxelles, a sévèrement critiqué le Premier ministre britannique, Gordon Brown, qui a décidé de boycotter le Sommet Afrique/Europe du 8 décembre à Lisbonne, si le président Robert Mugabe du Zimbabwe y est invité.

Reçue au Parlement européen, la présidente du Parlement panafricain a accusé le chef du gouvernement britannique d’user à tort, des mesures de rétorsion contre le président élu d’un pays indépendant, le Zimbabwe.

Mme Mongella a été invitée par le Parlement européen dans le cadre des préparatifs du Sommet de Lisbonne au cours duquel les parlements panafricain et européen présenteront une déclaration commune aux chefs d’Etat et de gouvernement africains et européens. Les menaces de Gordon Brown contre le Sommet Afrique/Europe sont largement reprises dans la presse européenne.

Dans le quotidien britannique « The Independent » daté de jeudi, Gordon Brown publie un article intitulé « It’s him or me », pour dire « c’est Mugabe ou c’est moi à Lisbonne ».

Dans cet article, l’homme politique anglais menace de pratiquer « la politique de la chaise vide » à Lisbonne si le président Mugabe y assiste, alors que le Portugal s’apprête, sous la pression des dirigeants africains, à envoyer une invitation au président Robert Mugabe.

Londres reste farouchement opposé au président Robert Mugabe parce que ce sont les descendants des colons britanniques qui sont les principales victimes de la politique de réforme agraire accélérée pratiquée au Zimbabwe.

En vertu de cette politique, les fermiers blancs sont dépossédés de leurs exploitations agricoles qui sont remises aux Noirs, essentiellement des vétérans de la ZANU-PF, le parti au pouvoir.

Publié dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE | Pas de Commentaire »

Quand Adame Ba Konaré défie Nicolas Sarkozy

Posté par issopha le 22 septembre 2007

Quand Adame Ba Konaré défie Nicolas Sarkozy
21/09/2007
 

 

Quand Adame Ba Konaré défie Nicolas Sarkozy dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE transparent
Ex-première dame du Mali et historienne, Adame Ba Konare appelle les historiens africains à produire un ouvrage scientifique pour répondre au président français
transparent dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE
 
Par Redaction Grioo.com

pixelorange

transparent
pixelorange
 

Appel aux Historiens
transparentforumpuce artphototopleft artphototopright
transparent transparent 9395 transparent transparent  
transparent transparent Adame Ba Konare
© quaibranly.fr
transparent transparent  
artphotobasleft artphotobasright
transparent transparent

transparent
Le discours du président de la République française, Monsieur Nicolas Sarkozy, lors de sa visite à Dakar le 26 juillet 2007 n’a pas manqué de soulever une vive réprobation dans une large partie de l’opinion africaine, par son ton, par ses références à des poncifs vieux de plus d’un siècle que l’Europe tenait sur l’Afrique avant la colonisation, une Afrique alors méconnue et fantasmatique. Les poncifs les plus saillants du discours « sarkozien », directement hégéliens mais révolus depuis et qui heurtent le plus l’historien de l’Afrique, proclament, entre autres, ceci : (…)

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. Dans cet univers où la nature commande tout, l’homme échappe à l’angoisse de l’histoire qui tenaille l’homme moderne mais reste immobile au milieu d’un ordre immuable où tout semble être écrit d’avance.

Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. Le problème de l’Afrique et permettez à un ami de l’Afrique de le dire, il est là. Le défi de l’Afrique, c’est d’entrer davantage dans l’histoire. C’est de puiser en elle l’énergie, la force, l’envie, la volonté d’écouter et d’épouser sa propre histoire. Le problème de l’Afrique, c’est de cesser de toujours répéter, de toujours ressasser, de se libérer du mythe de l’éternel retour, c’est de prendre conscience que l’âge d’or qu’elle ne cesse de regretter, ne viendra pas pour la raison qu’il n’a jamais existé.

Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance. (…) La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes (…) »

pixelorange pixelorange
 

transparent
pixelorange
 

transparentforumpuce artphototopleft artphototopright
transparent transparent 9396 transparent transparent  
transparent transparent Jean-Marie Bockel
© lepoint.fr
transparent transparent  
artphotobasleft artphotobasright
transparent transparent

transparent
Le récent article de Monsieur Jean Marie Bockel, Secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires Etrangères et Européennes, chargé de la Coopération et de la Francophonie, paru dans le journal « Le Figaro » du 4 septembre 2007, qui tente de recadrer le discours du Président français, en rajoute au malaise :

« l’Afrique interroge, passionne, interpelle. Enfin ! Premier résultat et non des moindres : le continent africain est de nouveau à l’ordre du jour. Depuis l’intervention du président de la République, l’Afrique est sortie du cénacle des technocrates des « bailleurs de fonds » pour s’inviter à la grande table du débat populaire. En choisissant à dessein de parler librement, Nicolas Sarkozy a libéré la parole. (…) Prenons acte du retour de l’Afrique dans le débat d’idées. »

De telles déclarations sont révélatrices d’un fait : après plus de cent ans d’histoire partagée avec la France et près de soixante ans de collaboration après les indépendances, l’Afrique se rend compte brutalement que son principal partenaire a d’elle une vision étonnamment statique, alors même que foisonnent depuis maintenant plusieurs décennies, moult écrits et moult débats sur elle et sur son sol. Face à une telle situation, nous sommes, nous historiens africains, interpellés en premier lieu car ce sont nous, fondamentalement, qui avons la charge de gérer la mémoire de l’Afrique.

transparentforumpuce artphototopleft artphototopright
transparent transparent 4229 transparent transparent  
transparent transparent Cheikh Anta Diop
© ankhonline.com
transparent transparent  
artphotobasleft artphotobasright
transparent transparent

transparent
Intervenir dans ce débat est un devoir à la fois scientifique et militant pour nous. Si nous nous taisons, ce sera l’histoire qui nous jugera du haut de son tribunal. Si nous nous taisons, ce sera ne pas faire honneur à la mémoire de tous nos devanciers, parmi lesquels Joseph Ki-Zerbo et Cheik Anta Diop, qui se sont lancés corps et âme dans la bataille de la réhabilitation de l’histoire africaine.

S’assumer et assumer notre part de responsabilité face à l’histoire, face aux générations montantes, face à la jeunesse, voilà ce que je vous propose, voilà ce que je nous propose. Réfléchissons, échangeons, partageons sur la base du volontarisme, en adoptant une posture scientifique dépouillée de toute émotion, autour des thèmes suivants que nous retenons dans les débats en cours : « L’Africain et la reproduction du temps mythique. » ; « L’Africain et la corruption. » ; « Ce que la colonisation a apporté à l’Afrique. » ; « L’Africain et la raison. » ; « L’Africain et le règne de la nature. » ; « L’Africain et les droits de l’homme, la démocratie, la liberté et la justice. » ; « L’Africain et l’enfermement sur soi. »

Je propose que chacun d’entre nous, dans son domaine de compétence académique, produise un article au plus tard pour fin décembre 2007, en introduisant, si nécessaire, des grilles de lecture comparative avec d’autres sociétés pour un raccordement juste et équitable à l’histoire universelle. Cette liste n’est pas exhaustive. Vous voudrez l’enrichir par de nouvelles propositions. Le recueil, validé par un comité scientifique, fera l’objet d’un ouvrage collectif à paraître courant 2008 et sera versé dans le dossier du partenariat France/Afrique. Une fois le livre paru, les auteurs, pour ceux qui le désirent, se dissoudront avec moi dans un comité, le Comité de Défense de la Mémoire de l’Afrique (CMAD).

transparent
Ce comité, j’entends le lancer et en faire un instrument de veille et de vigilance pour la sauvegarde de la mémoire de l’Afrique. Toute suggestion de votre part sera la bienvenue.
A vous tous qui adhérez à mon projet, et pour toute autre réaction de votre part, vous pouvez me joindre et envoyer vos articles et correspondances au contact suivant : 

memoireafrique@yahoo.fr

Confraternellement, Professeur Adame Ba Konaré

Publié dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE | Pas de Commentaire »

« L’Afrique est vaccinée contre les remèdes miracles »

Posté par issopha le 18 septembre 2007

DIEUDONNE GNAMMANKOU

« L’Afrique est vaccinée contre les remèdes miracles »

 

Historien béninois, Dieudonné Gnammankou a la réputation d’être l’un des analystes profonds des dynamiques de la diaspora africaine. Dans l’entretien qu’il a accordé à Intégr’Afrique*, il donne sa position par rapport aux nouveaux défis qui interpellent le continent africain à l’aune de la mondialisation.

Lire p.2-3.

*INTEGR’AFRIQUE  Trimestriel d’informations et d’analyses sur les dynamiques d’Intégration régionale en Afrique, Yaoundé-Cameroun
N°004, novembre 2001 – janvier 2002 (Une et pages 2-3)

Interview réalisée par Joseph FUMTIM,
Directeur de la publication

Dieudonné GNAMANKOU, depuis quelques temps, on a l’impression que l’Afrique vit une sorte de procès ; qu’elle se regarde dans une espèce de miroir pour mieux diagnostiquer sa situation, qu’elle se réconcilie avec sa mémoire. C’est du moins ce que l’on peut penser face aux récents débats sur l’esclavage à Durban, sur l’UA (ancien OUA) et la nouvelle initiative africaine, sur le Pacte africain contre le terrorisme. Quelles réflexions le Béninois, l’historien, le politologue que vous êtes, portez sur ces questions ?

Il est heureux de constater que l’Afrique s’interroge. Sur elle-même, sur son passé, sur son présent, sur ses relations anciennes et actuelles avec les autres régions du monde, mais aussi et surtout sur son avenir. Ce qui est important, c’est que l’Afrique trouve sa voie en tirant les leçons du passé. Les débats sur l’esclavage à Durban ont d’abord révélé une chose : les opinions publiques en Afrique ont réinvesti le champ de la mémoire historique collective et montré qu’elles étaient conscientes de ses enjeux. A Durban, côté africain, on a entendu deux voix, celle des dirigeants politiques et celle de la société civile. Et on a constaté qu’elles n’étaient pas toujours convergentes. Il y avait parfois un décalage entre les positions exprimées par certains dirigeants et les représentants d’organisations venues de leurs propres pays. Cela montre que les Africains sont libres de dire ce qu’ils pensent de leur passé ou de leur avenir en prenant en compte leurs intérêts.

J’aurais souhaité une telle implication des opinions publiques africaines lorsqu’il a été question de l’Union africaine et de la Nouvelle Initiative Africaine. Car les Africains ont le droit de s’interroger : étant donné les échecs des politiques de développement menées par nos dirigeants dans leurs Etats respectifs, que pouvons-nous attendre d’eux dans le cadre de l’Union Africaine? Pouvons-nous leur faire confiance?

S’il est heureux de voir que nos Etats ont décidé de prendre en main leur destin en élaborant eux-mêmes leurs programmes de développement au lieu de continuer à ingurgiter les potions magiques – très amères – imposées par les institutions financières internationales, il faut aussi être conscient des limites de ces grands projets. Sans une participation effective des populations, ils resteront lettre morte. Quand au Pacte contre le terrorisme, pourquoi a-t-il fallu attendre la tragédie du 11 septembre? De nombreuses populations africaines sont victimes d’actes de nature terroriste et vivent dans l’insécurité absolue depuis tant d’années… Le devoir premier des Etats est de protéger leurs populations contre toutes formes d’agression intérieure ou extérieure. Or combien de citoyens africains en Afrique ou hors du continent ont-ils le sentiment qu’ils peuvent bénéficier de la protection de leurs Etats le jour où leur sécurité serait menacée?

Votre arrivée sur la scène intellectuelle africaine s’est faite de façon fracassante, notamment avec des publications tout à fait iconoclastes sur l’origine africaine et camerounaise de Pouchkine à travers son aïeul noir Abraham Hannibal. Vous avez également été très actif dans l’organisation des manifestations de Ouidah relatives à la célébration du cent cinquantenaire de l’abolition de l’esclavage. On peut comprendre que vous faites partie des intellectuels du continent, soucieux de la construction de nouvelles balises pour un meilleur devenir de l’Afrique. Ne trouvez-vous pas que trop souvent on se perd dans une sublimation du passé ? Mieux, ne faudrait-il pas, comme le dit Soyinka, « que le passé parle à son présent » ? Comment donc opérationnaliser ces leçons dans la praxis africaine d’aujourd’hui ?

L’Afrique a trop de problèmes à résoudre, trop de retard à rattraper pour perdre son temps dans l’auto-sublimation. Mais notre passé fait partie intégrante de notre présent et de notre futur. Nous devons donc l’étudier en ayant toujours à l’esprit que si notre histoire doit nous servir à savoir d’où nous venons, elle doit aussi nous aider à préparer notre avenir en tirant les leçons du passé. A quoi cela servirait-il d’étudier aujourd’hui l’histoire de la traite négrière en Afrique par exemple, s’interrogent certains? Je répondrai ceci : tant que les Africains et leurs dirigeants n’auront pas tiré les leçons de cette douloureuse période de notre histoire, on ne pourra pas tirer un trait dessus. Si l’Europe a pu imposer à l’Afrique du XVIe siècle au XIXe siècle l’odieux commerce des hommes qui a dépeuplé et sous-développé notre continent, c’est parce que les Etats africains, les pouvoirs en place et les systèmes politiques de l’époque ont été incapables de protéger leurs territoires et leurs citoyens. Si ensuite, à la fin du XIXe siècle, l’Europe a pu coloniser l’Afrique sauf  l’Ethiopie, c’est aussi pour les mêmes raisons. Pourquoi l’Ethiopie n’a-t-elle pas été colonisée? Parce qu’elle a su résister militairement à l’invasion italienne. L’Afrique est-elle aujourd’hui capable de protéger ses populations?

Cette analyse de notre passé ne nous renvoie-t-elle pas à notre présent? A notre retard technologique? A la question très actuelle de la protection des populations, et donc au Pacte contre le terrorisme dont nous parlions tantôt? A l’émiettement de nos Etats qui fragilise les populations et constitue un obstacle à notre développement, donc au projet d’Union Africaine? Personnellement, je suis partisan d’un projet de fédération ou de confédération des Etats africains. Mais il faut que le processus de démocratisation se poursuive ainsi que le renouvellement profond de la classe politique.

Quelle est finalement la conséquence la plus dramatique, la plus préjudiciable de la colonisation ?

L’Afrique a perdu confiance en elle-même. L’histoire de l’Afrique au XXe siècle montre cependant qu’elle a réussi à trouver la force pour se libérer du joug colonial beaucoup plus tôt que ne l’avaient imaginé les puissances coloniales pourtant solidement installées sur le sol africain. Lorsque survient le moment du doute, tous les peuples du monde se tournent vers certaines périodes de leur passé pour y puiser en toute lucidité des forces et de l’assurance pour transcender le présent et bâtir l’avenir. Aujourd’hui, le miroir de notre passé nous renvoie des raisons d’espérer en notre avenir. C’est pour cela que certains considèrent que nous sommes entrés aujourd’hui dans la phase historique de notre renaissance dont nous seuls pouvons êtres les moteurs.

Dans le contexte de  mondialisation actuel, les leaders africains prennent de plus en plus conscience des enjeux des regroupements régionaux. Mais tout cela se passe dans une grande ambiguïté dans la mesure où les élans sécessionnistes (Cameroun, Congo Démocratique, Sénégal, Soudan, Algérie…) s’activent au jour le jour. C’est ce qui a conduit nombre d’observateurs à dire que la mutation de l’OUA à l’UA n’est rien d’autre qu’un changement sémantique. Quelle est votre opinion à ce sujet ?

Il était temps que les leaders politiques africains s’engagent résolument sur la voie de la création d’ensemble régionaux. On peut cependant regretter que ce soit la conjoncture internationale et l’exemple de l’Union Européenne qui aient accéléré cette prise de conscience du caractère inéluctable de ce processus. Quand on sait que Kwame N’Krumah prônait la création des Etats-Unis d’Afrique à la veille des indépendances et qu’en 1960 Cheikh Anta Diop proposait la création d’un Etat fédéral africain! Pour que la mutation de l’OUA à l’UA ait tout son sens, il faudrait que les citoyens africains jouissent de la plénitude de leurs droits et libertés et que les Etats, au lieu d’être des instruments de confiscation des richesses au profit d’une minorité, soient des instruments de redistribution au profit de tous. Les velléités sécessionnistes ont souvent deux causes : le ressentiment d’une région ou d’une partie de la population à l’égard d’un pouvoir qu’ils accusent de mener une politique d’exclusion de leur groupe, ou au contraire qu’ils accusent d’exercer à leur encontre une politique d’uniformisation culturelle ou religieuse ; deuxième facteur de crise, les frontières héritées de la colonisation. En 1963, en adoptant l’article de la charte de l’OUA sur l’intangibilité des frontières issues de la colonisation, les dirigeants africains de l’époque ont cru qu’ils préserveraient l’Afrique des guerres. L’histoire ne leur a pas donné raison…

En même temps, on a l’impression que le processus de regroupements régionaux évolue à plusieurs vitesses, selon qu’on se trouve en Afrique de l’ouest ou en Afrique centrale, pour ne prendre que ces cas. Qu’est ce qui, à votre avis, explique cette disparité ? Y aurait-il des contraintes propres à chaque sous-région ?

Les disparités entre l’Afrique de l’ouest et l’Afrique centrale en termes d’intégration régionale peuvent s’expliquer par différents facteurs dont l’un des plus important me semble être la volonté politique des dirigeants.

Au lendemain des indépendances, il y a eu des rivalités entre différents chefs d’Etat qui ont nui au progrès de l’idée de l’intégration africaine. On se souvient des antagonismes qui ont éclaté au grand jour en Afrique de l’ouest entre Houphouët et Nkrumah ou encore entre le premier et Sékou Touré. D’autres dirigeants se méfiaient du grand Nigéria qui aurait pu avaler leur pays en une bouchée. De plus, l’aliénation née de la colonisation a aussi un certain temps exacerbé des antagonismes linguistiques entre prétendus pays « anglophones » et « francophones » comme si un Yorouba du Bénin était devenu différent du Yorouba du Nigéria du simple fait que l’ancienne puissance colonisatrice parlait anglais ou français. Il est vrai que l’histoire nous apprend qu’au temps de la colonisation, sur les champs de bataille de la première guerre mondiale en Europe à des milliers de km de chez eux, des Africains « allemands » et des Africains « français » s’étripaient entre eux…

Mais les rivalités et les peurs ont été surmontées par la realpolitik qui dicte que de petits Etats sous peuplés ne sont pas viables et qu’il faut construire de grands ensembles régionaux pour se développer. Il y a eu en Afrique de l’Ouest par exemple, la création du Conseil de l’Entente, de la CEDEAO, de l’UEMOA, etc. Je crois qu’en Afrique centrale cette volonté politique s’est affirmée plus tard…Mais l’essentiel aujourd’hui est que le processus soit en marche.

A quel degré situez-vous le rapport entre « La Nouvelle Initiative Africaine » (NIA) des Présidents Wade, Mbeki et Bouteflika et l’intégration africaine ?

L’Union Africaine telle qu’elle a été ratifiée par la plupart des pays africains est la nouvelle forme, disons, structurelle, de l’intégration africaine. La Nouvelle Initiative Africaine est un programme de développement de l’Afrique né de deux projets concoctés par un groupe de chefs d’Etat africains. Le nouveau secrétaire général de l’Union Africaine n’était-il pas le mieux indiqué pour présenter un tel programme au nom de l’intégration africaine? Tous les Etats africains et leurs populations se reconnaissent-ils dans ce programme?

Quelles sont les chances de succès de cette NIA ? Quelles sont les chances de ses initiateurs d’échapper aux désillusions que connurent Boganda, Nkrumah, Hailé Sélasié et bien d’autres encore ?

La volonté de quelques dirigeants éclairés ne me paraît pas suffisante pour engager l’Afrique sur la voie d’un développement durable si les populations ne se sentent pas concernées. La NIA réussira si ses promoteurs parviennent à mobiliser tous les Africains. Pour cela, les hommes politiques au pouvoir en Afrique devront prouver aux populations qu’ils ont enfin compris que leur rôle consiste d’abord à améliorer les conditions de vie réelles du peuple. Dans les nouveaux Etats démocratiques qui se mettent en place un peu partout en Afrique, les hommes politiques doivent savoir qu’ils seront jugés au terme de leurs mandats à l’aune de leurs réalisations : au nombre de villages reconstruits, électrifiés et dotés en eau potable et en centres de santé, à la progression du nombre de médecins pour 1000 habitants, au taux de scolarisation des filles et garçons et au taux d’alphabétisation des adultes dans les langues nationales, au nombre d’emplois nouveaux créés grâce à la transformation locale des ressources agricoles ou minières, au nombre de km de routes bitumées et restaurées, à l’augmentation du PNB par habitant, au respect des libertés individuelles, etc., etc.

Si la NIA parvient à engager très vite les Etats dans un tel processus, alors cette initiative transformera l’Afrique. Dans le cas contraire, on nous proposera dans deux ou trois ans un nouveau projet de développement de l’Afrique. Or l’Afrique est vaccinée contre les remèdes miracles…

Interview réalisée par Joseph FUMTIM, Directeur de la publication.

©Intégr’Afrique, Yaoundé-Cameroun.

Publié dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE | Pas de Commentaire »

1234
 

Kabylie News |
Ensemble, Préservons Rognac... |
Elections 2008 Municipales ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Transferring the UNITED NAT...
| l'Algérie au quotidien
| Yüzyıla Ağıt