Les stratégies utilisées par l’industrie du tabac pour contrer les activités de lutte antitabac

Posté par issopha le 10 mars 2009

Industrie du Tabac, la manipulation ou Les méthodes secrètes de l’industrie du tabac

 

Les stratégies utilisées par l’industrie du tabac
Pour contrer les activités de lutte antitabac

À l’Organisation mondiale de  la Santé


Rapport du Comité d’experts de l’OMS  sur les documents de l’industrie du tabac

Extraits du résumé d’orientation


Le contenu des documents de l’industrie du tabac révèle que les cigarettiers ont agi pendant de nombreuses années dans le but délibéré de contrer les efforts déployés par l’Organisation mondiale de  la Santé (OMS) pour lutter contre le tabagisme. Cette action subversive a été très complexe, a bénéficié d’un financement important et est généralement restée invisible. […] Bien que ces stratégies et tactiques aient souvent été mises au point au plus haut niveau des entreprises, le rôle des responsables de l’industrie du tabac dans la mise en oeuvre de ces stratégies a souvent été occulté. Dans leur campagne contre l’OMS, les documents montrent que les cigarettiers se sont dissimulés derrière divers organismes à vocation pseudo-universitaire, de politique publique ou d’affaires prétendument indépendants, mais dont les liens financiers avec l’industrie du tabac n’ont pas été dévoilés. Les documents montrent également que les stratégies mises en oeuvre par l’industrie du tabac pour saper l’action de l’OMS reposaient en grande partie sur des experts scientifiques et internationaux dont les liens financiers avec l’industrie du tabac étaient cachés. (page 2)

Il est inadmissible que de hauts responsables d’entreprises productrices de tabac se soient réunis pour concevoir et mettre en oeuvre des stratégies complexes visant à contrer l’action d’une organisation de santé publique et une telle attitude doit être condamnée. Le Comité d’experts est convaincu que les activités mises en oeuvre par les cigarettiers ont ralenti des programmes efficaces de lutte antitabac dans le monde entier et en ont gêné l’action. Compte tenu de l’ampleur des dégâts imputables au tabagisme, le Comité d’experts estime que, sur la base du volume de tentatives et d’actes réussis de subversion recensés lors des recherches limitées qu’il a effectuées, il est raisonnable de penser que l’action subversive des cigarettiers à l’encontre des activités de lutte antitabac de l’OMS a causé des torts non négligeables. Et si l’on ne pourra jamais dire précisément quel a été le nombre de vies perdues ou de maladies imputables à l’action subversive des cigarettiers, il est extrêmement important de condamner la conduite de ces entreprises et de prendre les mesures qui s’imposent. (page 2)

Le Comité d’experts invite instamment l’OMS et les Etats Membres à prendre fermement position contre la conduite des cigarettiers telle qu’elle ressort de son rapport. Ce rapport contient plusieurs recommandations visant à contrer les stratégies employées par les cigarettiers. Parmi les plus importantes figurent les suivantes : 1) les Etats Membres devraient procéder au même type de recherches concernant l’influence de l’industrie du tabac sur leurs efforts de lutte antitabac, 2) l’OMS devrait surveiller à l’avenir la conduite de l’industrie du tabac afin de déterminer si les stratégies recensées dans ce rapport sont toujours en vigueur et 3) l’OMS devrait aider les Etats Membres à déterminer quelles mesures il conviendrait de prendre pour réparer les torts causés par le passé par les cigarettiers. (pages 2-3)

Certaines entreprises productrices de tabac aux Etats-Unis d’Amérique ont publiquement fait amende honorable et déclaré avoir modifié leur comportement et donc, ne pas devoir être pénalisées pour leur conduite passée. Ces promesses, même sincères, ne doivent pas se limiter à leur action dans un seul pays. Il ne suffit pas que les cigarettiers prétendent maintenant agir « de façon responsable » aux Etats-Unis s’ils continuent d’appliquer des stratégies et des tactiques inacceptables dans le reste du monde. […] Les Etats Membres doivent évaluer avec soin l’impact des politiques passées de l’industrie du tabac sur la santé et le bien-être de leurs citoyens et envisager les mesures qu’il convient de prendre pour réparer les abus passés et décourager les abus futurs. (page 3)

Au cours de son enquête, le comité d’experts a répertorié de nombreux sujets d’inquiétude quant à l’intégrité du processus de prise de décisions international en matière de tabagisme. Les données montrent que l’industrie du tabac a agi pendant de nombreuses années dans le but délibéré de miner les efforts de l’OMS dans ce domaine. Les tentatives de subversion ont été complexes, ont bénéficié d’un financement important et sont restées généralement invisibles. Il n’est pas étonnant que les cigarettiers opposent une résistance aux projets de lutte antitabac, mais l’on sait désormais quelle a été l’ampleur de leurs efforts et, plus important encore, quelles sont les tactiques utilisées lors de ces campagnes. Pour une grande partie de la communauté internationale, la lutte antitabac peut être considérée aujourd’hui comme une lutte contre la dépendance chimique, les cancers, les maladies cardio-vasculaires et d’autres conséquences du tabagisme pour la santé. Cette enquête montre en outre qu’il s’agit bien d’une lutte contre une industrie active, organisée et calculatrice. (pages 19-20)

Recommandations[1]

Extraits

4. L’OMS doit encourager des enquêtes supplémentaires sur le comportement de l’industrie du tabac par des chercheurs indépendants et par des institutions dont les décisions peuvent avoir été compromises.

5. L’OMS doit encourager et soutenir les efforts déployés dans le but d’identifier et de rendre public le rôle de groupes tiers de façade ou d’agents travaillant sous l’influence des compagnies de tabac.

8. L’OMS doit recommander vivement aux Etats Membres d’entreprendre leurs propres enquêtes sur l’influence possible des compagnies de tabac sur les décisions et politiques nationales, et de rendre publics les rapports faisant état de leurs constatations.

49. Un-e chercheur-se qui dissimule ou donne des informations trompeuses sur les sources de son financement doit être exclu pour une période de temps appropriée de la participation aux travaux de recherche parrainés par l’OMS ou le CIRC et de publication dans les revues cautionnées par l’OMS ou du CIRC.

La commercialisation du tabac : Un écran de fumée

Document(s) 11 de 13

Linda Waverley Brigden

Une fois de plus l’industrie du tabac a recours à la tromperie pour mettre en marché un produit qui peut être mortel : c’est ce que mettent en évidence les recommandations du Conseil consultatif ministériel sur la lutte contre le tabagisme dans son dernier rapport sur l’utilisation des épithètes « légère » et « douce » sur les emballages de cigarettes.

Le gouvernement canadien a pris des mesures audacieuses pour réglementer la commercialisation du tabac. L’industrie a contesté ces lois à maintes reprises. D’ailleurs une autre cause plaidée par l’industrie canadienne du tabac devant
la Cour supérieure du Québec a marqué le début de la nouvelle année. L’industrie conteste une loi fédérale de 1997 qui restreint la publicité sur le tabac et exige l’ajout de messages d’avertissement avec images sur les paquets de cigarettes, une mesure sans précédent.

L’Union européenne et le Brésil ont déjà interdit l’utilisation des adjectifs « légère » et « douce » dans la publicité sur les cigarettes. Tous les pays n’ont pas la chance d’avoir un gouvernement aussi éclairé en la matière. La majorité des pays du tiers-monde ne disposent que de lois très sommaires pour lutter contre le tabagisme et on ne peut que blâmer la commercialisation du tabac dans bon nombre de ces pays.

L’industrie du tabac vend beaucoup plus qu’un produit, elle vend du rêve, un rêve qui vise à appâter des consommateurs qui deviendront dépendants. Une fois « accros », ces derniers ne peuvent qu’être des clients fidèles de cette industrie.

En Égypte, des personnes spécialement choisies ont reçu dernièrement une enveloppe rouge vif qui contenait une pochette de carton rigide ornée du logo de Marlboro et d’une illustration en couleur d’un cow-boy savourant tranquillement une cigarette près d’un paisible cours d’eau. La légende indiquait : « Changez de rythme! Venez passer dix jours dans un monde en harmonie avec la nature! » À l’intérieur de la pochette, on trouvait une brochure de 18 pages, également en couleur, remplie d’illustrations de cow-boys et de paysages spectaculaires. On y expliquait comment gagner un voyage au « pays de Marlboro » ou l’un des nombreux autres prix. On exhortait les concurrents : « Venez au pays de Marlboro, un pays de grands espaces où vous serez libres et découvrirez la magie de la nature! » La très grande majorité des Égyptiens ne pourra jamais s’offrir un tel voyage ni voir un tel paysage. Mais le rêve est là, à portée de la main. Il suffit de joindre la preuve d’achat de cinq paquets de cigarettes, « régulières » ou « légères ».

Toujours en Egypte, des affiches conçues par le fabricant Philip Morris, lors d’une campagne visant manifestement à restreindre le tabagisme chez les jeunes, proclamaient : « Moins de 18 ans, c’est inacceptable! » « Plus de 18 ans, c’est ta responsabilité! » Quel jeune veut attendre ses 18 ans pour choisir de son plein gré? Autant agiter une cape rouge devant un taureau!
Comme dans maints autres pays en développement, le tabagisme est une habitude bien ancrée chez les Égyptiens adultes (44 % d’entre eux fument). Si la société réprouve toujours cette habitude chez les femmes (seulement 5 % fument), l’utilisation de la chicha ou pipe à eau est de plus en plus à la mode quand elles se réunissent. Une publicité parue récemment dans le magazine de la compagnie Egypt Air montre de petites boîtes décorées de fruits frais de différentes couleurs et de feuilles de menthe et précise « saveurs de fruits, de menthe et de pomme ». Une théière placée au centre de l’annonce, juste derrière le narguilé, laisse entendre qu’il s’agit peut-être d’une publicité pour tisanes. Ce n’est certes pas une coïncidence, le thé étant un élément central des réunions en Égypte. Les efforts de l’industrie du tabac pour répandre l’utilisation de la chicha à l’heure du thé relèvent d’une stratégie soigneusement préparée visant à intégrer cette habitude aux comportements les plus courants des Égyptiens.

En outre, comme dans bien des pays en développement, les restrictions sur la vente et la promotion des produits du tabac en Égypte ne sont que partielles. La publicité sur le tabac est interdite à la radio et à la télévision, mais il n’y a aucune restriction sur la distribution gratuite de produits ou d’échantillons ni sur la vente aux mineurs. La promotion du tabagisme au moyen de concours et d’annonces dans les magazines encourage les hommes à continuer de fumer et incite les femmes à envisager un usage plus féminin du tabac. Et l’industrie prétend dissuader les jeunes de fumer à l’aide de publicités à peine déguisées.

L’exemple de l’Égypte n’en est qu’un parmi d’autres qui illustrent les astuces utilisées dans la commercialisation du tabac partout dans le monde. Mais elles se répandent de plus en plus dans les pays en développement où la population nombreuse, le faible taux de tabagisme chez les femmes et l’absence de lois se conjuguent pour offrir de nouveaux marchés à l’industrie.
En 2002, il y aura d’autres réunions de l’Organe intergouvernemental de négociation créé pour débattre de
la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte antitabac. Ce traité international, le premier lié à la santé, cherchera à établir des normes mondiales antitabac, normes qui devraient inclure l’interdiction des épithètes « légère » et « douce » dans le monde entier.

En fait, l’une des grandes questions à l’étude dans l’élaboration de ce traité touche à la restriction de la promotion et de la commercialisation du tabac. L’interdiction partielle de la publicité sur le tabac n’est pas efficace, on n’a plus à le prouver. L’industrie du tabac ne fait que réorienter ses énergies (et ses ressources financières considérables) vers d’autres formes de promotion : commandite de manifestations sportives et de concours de beauté, promotion de concerts rock ou de discothèques, distribution d’échantillons gratuits, logos sur les t-shirts, sacs à dos et autres articles populaires auprès des enfants, organisation de concours faisant miroiter l’aventure comme celui de Marlboro. Ces dernières années, l’industrie du tabac a contourné les interdictions de publicité adoptées dans certains pays en annonçant furtivement sur Internet. Tout en facilitant l’accès à la publicité sur le tabac aux jeunes qui n’ont pas l’âge requis, les sites Web qui s’adressent à eux font la promotion de soirées dansantes pour les attirer dans des endroits où ils pourront obtenir gratuitement des cigarettes et seront exposés à d’autres activités de promotion du tabagisme. L’industrie du tabac doit rejoindre les gens, et surtout les jeunes gens, avec sa publicité, afin de créer la dépendance chez la prochaine génération de fumeurs, que l’on qualifie parfois de « fumeurs de remplacement ». Les images utilisées dans la publicité sont axées sur l’enthousiasme, le dynamisme, la séduction et l’aventure. Elles ne vendent pas que des cigarettes : elles vendent le sexe, la beauté, des corps d’athlète, la prospérité et la liberté. Mais ces images de personnes jeunes, dynamiques et en santé vendent aussi la mort..
La cigarette sans danger n’existe pas. Laisser entendre qu’une cigarette « légère » ou « douce » peut réduire les risques est trompeur. Les fumeurs qui troquent des cigarettes ordinaires contre d’autres dites « légères » ou « douces » peuvent s’attendre à inhaler la même quantité de goudron cancérigène. Les Canadiens devraient féliciter leur gouvernement du courage dont il fait preuve en s’opposant à cette publicité insidieuse. Ils devraient également appuyer une action à l’échelle mondiale pour empêcher que les hommes, les femmes et les enfants d’autres pays ne soient dupés par ces qualificatifs mensongers. Il faut continuer d’appuyer le rôle de chef de file que joue la délégation canadienne dans l’élaboration de
la Convention-cadre pour la lutte antitabac* et mettre en oeuvre de vigoureuses campagnes de sensibilisation du public au pays et à l’étranger pour démystifier le jargon publicitaire et diffuser de l’information exacte.

Il est temps que cet écran de fumée se dissipe afin qu’apparaisse la vérité.

Linda Waverley Brigden est directrice exécutive du secrétariat international Recherche pour la lutte mondiale contre le tabac (RMCT) qui loge au Centre de recherches pour le développement international (CRDI), une société d’État canadienne dont le siège est à Ottawa. http://www.idrc.ca/ritc/fr/index.html

* Cette convention veille à la mise en place de mesures de réglementation uniformes en ce qui concerne la publicité sur le tabac partout dans le monde.

Source: http://issopha.unblog.fr/2007/10/24/industrie-du-tabac-la-manipulation/

Comment l’industrie du tabac a réussi à manipuler la politique du tabac en Suisse

Rapport de l’Ecole de Médecine de l’Université de Californie, préparé par Chung-Yol Lee et Stanton A. Glantz à la demande de l’OMS

 

 

A la demande de l’OMS, les chercheurs Chung-Yol Lee et Stan Glantz, de l’Ecole de Médecine de l’Université de Californie, ont étudié la façon dont la politique suisse de la santé publique a été manipulée et contrôlée par l’industrie du tabac au cours de ces dernières décennies. Leur rapport, publié en janvier 2001, est édifiant et accablant pour les cigarettiers et la Suisse.

Que de tels faits soient d’abord révélés en dehors de notre pays, et sur une commande de l’Organisation mondiale de la Santé, en dit déjà long sur l’incapacité de nos autorités face à ce grave problème de santé publique, incapacité qui est l’aboutissement de la stratégie victorieuse du lobby du tabac. Les non-fumeurs ont été les principaux perdants de cette situation, car l’offensive de manipulation de l’opinion publique orchestrée par les cigarettiers s’est concentrée sur la question du tabagisme passif. Sur ce point, le verdict du rapport de l’Université de Californie est on ne peut plus clair:

For all practical purposes, there are no effective protections for nonsmokers from the toxic chemicals in second tobacco smoke in Switzerland. [Quels que soient les aspects pratiques considérés, il n'y a pas en Suisse de protection réelle des non-fumeurs contre les composants chimiques toxiques contenus dans la fumée ambiante du tabac.](p. 14)

Les cigarettiers ont artificiellement entretenu la «controverse» sur les méfaits rééls du tabagisme passif, en jetant le discrédit sur les études scientifiques qui avaient mis en évidence ces méfaits. La Suisse est tombée dans le piège tendu par les cigarettiers; une partie de sa classe politique a été séduite au point de former un groupe électoral puissant à la solde de l’industrie du tabac. Le résultat en est que la Suisse a perdu plus de dix ans dans la lutte contre le tabagisme. A raison de près de 10’000 décès par an liés au tabagisme actif et passif, cela représente des centaines de milliers d’années-vie détruites et une quantité encore plus grande de souffrances qui auraient pû être évitées.

On peut toujours espérer qu’un jour viendra où les responsabilités de cette tragédie devront être assumées et où les principaux instigateurs seront appelés à rendre des comptes.

Nous reproduisons ci-contre le résumé en français. (Texte complet en anglais)

Résumé

L’industrie du tabac et son influence sur la politique du tabac en Suisse couronnée de succès

La consommation de cigarettes chez les personnes âgées de 15 ans ou plus en Suisse a atteint son apogée au début des années 70 avec 3,700 cigarettes par personne et par an, puis a décliné jusqu’à 2800 cigarettes par personne et par an en 1994. Pendant les années 80 la proportion de fumeurs diminua de 37% en 1980 jusqu’à 31% en 1992, mais pendant les années 90 cette proportion augmenta jusqu’à atteindre 33% en 1997. Les femmes, surtout les jeunes, les enfants et les adolescents, ont vu leur prevalence de tabagisme augmenter continuellement, malgré des efforts de prévention visant particulièrement les enfants et les adolescents.

Chaque année, plus de 10,000 personnes meurent à cause du tabac en Suisse, à peu près un sixième de la mortalité annuelle de la Suisse, rendant le tabagisme la plus importante cause prévantable de décès dans ce pays. Ce chiffre est plus de 20 fois plus important que le nombre de morts causées par les drogues illégales.

La taxe sur le tabac en Suisse est la plus basse de l’Europe de l’ouest.

Les lois gouvernant les produits de tabac, leur marketing et leur vente, sont faibles et ont peu d’effets pratiques sur l’industrie du tabac.

Il n’y a aucune véritable protection des non fumeurs contre les composantes chimiques toxiques de la fumée de cigarette, que ce soit dans les endroits publics ou sur les lieux de travail. Un sondage commissionné par Philip Morris International sur les expériences et les attitudes à propos du tabac et du tabagisme dans dix pays en 1989 démontra que les Suisses étaient conscients des effets du tabagisme passif sur la santé, mais que seulement une minorité favorisait le contrôle gouvernemental du tabac dans les restaurants et sur les lieux de travail.

Un premier programme compréhensif de prévention du tabagisme, de 1996 à 1999, émit par l’Office Fédéral Suisse de la Santé Publique, a été caractérisé par un manque de financement adéquat, d’interventions précises, de coopération entre les associations de lutte contre le tabagisme, et de gestion. De plus, le programme a ignoré le rôle que joue l’industrie du tabac.

Grâce aux événements récents aux Etats-Unis et à l’attaque montée par l’OMS contre l’industrie du tabac, le programme quinquennal proposé pour 2001-2005 identifie l’industrie du tabac comme étant un obstacle majeur dans la lutte contre le tabagisme.

Avant la fusion de British American Tobacco (BAT) avec Burrus-Rothmans en 1999, le plus important producteur de produits de tabac en Suisse était Philip Morris (PM), avec près de 50% du marché (et près de 25% pour Marlboro uniquement). Depuis cette fusion, le marché du tabac est dominé par PM et BAT, qui ont chacune entre 45% et 50% du marché.

Comme c’était le cas aux Etats-Unis dans le début des années 60, les chercheurs des laboratoires de l’industrie du tabac (dans ce cas, FTR (Fabriques de Tabac Réunies)/Philip Morris) ont accepté et discuté des effets nocifs du tabagisme sur la santé dans les communications internes des compagnies. A ce moment-là, ces chercheurs ont honnêtement essayé de trouver des moyens de réduire les effets cancérigenes des cigarettes en éliminant les éléments cancérigènes.

Contrairement à ses opinions exprimées en privé, la position publique de l’industrie du tabac en Suisse était qu’il existait encore une polémique à propos de la question de savoir si le tabagisme est nuisible à la santé.

La « polémique » fut entretenue grâce à de nombreuses conférences de presse et réunions scientifiques avec des chercheurs qui étaient soutenus par l’industrie mais qui déclaraient leur support public de la position de l’industrie sans parler de leurs liaisons avec l’industrie. Les relations entre l’industrie et ces « consultants » ou « témoins » étaient entretenues à travers des paiements directs et à travers le financement de leurs travaux de recherche.

A la fin des années 80 l’industrie du tabac avait identifié la perte d’acceptabilité sociale du tabagisme en Europe comme étant l’une des plus importantes menaces pour sa viabilité. Cette prise de conscience mena au développement d’une stratégie compréhensive visant la question du tabagisme passif. « La courtoisie et la tolérance » et les arguments économiques furent utilisés afin de détourner l’attention du public et des figures politiques des questions de santé. Ces stratégies furent souvent créées en consultation avec les cadres d’autres filiales de Philip Morris et du siège de Philip Morris International à New York. Bien au courant de leur manque de crédibilité dans le public, les compagnie de tabac accordaient des interviews aux journalistes mais les mettaient en garde de ne pas mentionner le nom de la compagnie de tabac dans leur article.

L’industrie du tabac attaqua en masse les documents officiels tels que « La mortalité due au tabac en Suisse » publié par l’Office Fédéral de la Santé Publique, le rapport sur les effets respiratoires du tabagisme passif publié par l’Agence de la Protection de l’Environment des Etats-Unis, ainsi que des articles scientifiques comme l’article publié dans American Journal of Respiratory and Critical Care Medecine sur le tabagisme passif et les symptômes respiratoires en Suisse (étude SAPALDIA) écrit par un groupe de chercheurs Suisses. Les compagnies de tabac employèrent des « consultants » et des figures politiques qui avaient des liens avec l’industrie, et qui utilisèrent les arguments standards de l’industrie.

L’un des consultants les plus actifs était Peter Atteslander, un citoyen Suisse et un professeur à l’Université d’Augsburg en Allemagne. Il écrit des livres blancs pour l’industrie du tabac et fit un compte rendu des conférences de toutes les parties du monde..Atteslander semblait être essentiellement le seul membre du « Groupe de travail pour la recherche de santé », basé en Suisse, et qui publiait ses œuvres sans révéler ses liens avec l’industrie du tabac.

Pour combattre les limites sur le tabagisme dans les restaurants et les hôtels, les compagnies de tabac développèrent leurs relations avec l’association hôtelière International HoReCa. Le secrétaire général d’International HoReCa à ce moment-là était le Dr. Xavier Frei, le président de la SCRA (probablement l’Association des Cafés et Restaurants Suisses). L’association hôtelière fit recours aux ressources de l’industrie du tabac et à maintes reprises publia les opinions de l’industrie dans les bulletins de l’industrie hôtelière, sans que les membres de l’International HoReCa ou de la SCRA ne soient avertis des liens étroits qui existaient entre leur organisme et l’industrie du tabac.

Le « programme d’accommodation, » un programme bien connu développé par l’industrie du tabac aux Etats-Unis pour empêcher que ne soient établies des lois contre le tabagisme dans les restaurants et lieux de travail, fut employé en Suisse. Le fait que même le logo était le même que celui utilisé aux Etats-Unis est un autre exemple de la manière dont les compagnies de tabac recyclent leurs stratégies et leurs tactiques dans le monde entier.

La stratégie qui consiste à détourner l’attention du public du problème du tabagisme passif en faisant appel au problème de la qualité de l’air intérieur en général était (et demeure) une des stratégies majeures employées par l’industrie du tabac pour diluer le problème du tabagisme passif avec ceux d’autres produits polluants et de la ventilation des bâtiments. A ces fins, une compagnie de contrôle de la qualité de l’air intérieur ayant des liens étroits avec l’industrie du tabac, ACVA Atlantic Inc., USA, plus tard renommée Healthy Buildings International (HBI), receuillit une large quantité de données pour l’industrie du tabac afin de l’aider à minimiser le rôle de la fumée de tabac comme polluant de l’air intérieur. Des employés de HBI furent envoyés en Suisse pour récolter des données sur les immeubles suisses, et ces informations furent utilisées dans les bulletins de HoReCa pour soutenir le programme d’accommodation et décourager les réglementations contre le tabagisme. HBI a depuis été discréditée aux Etats-Unis en tant qu’autorité impartiale sur le sujet de contrôle de la qualité de l’air intérieur.

Les compagnies de tabac essayèrent d’influencer la réglementation sur le tabagisme dans les avions à travers le financement partiel des congrès mondiaux de l’IFAA (International Flight Attendants’ Association). Cette influence fut établie en favorisant de bonnes relations avec le président de l’association, une stratégie souvent utilisée par l’industrie du tabac pour influencer les associations. Quand, suivant l’établissements des vols non fumeurs aux Etats-Unis et dans d’autres pays, Swissair imposa enfin l’interdiction de fumer sur ses vols, elle fut sévèrement critiquée dans les journaux par le « Club des Fumeurs » Suisse, et plus tard par le « Club des Amis du Tabac » Suisse, dont le président et fondateur est un ancien cadre de relations publiques pour l’industrie du tabac.

L’Association Suisse des Fabricants de Cigarettes influença la réglementation sur le tabagisme dans les trains avec succès grâce à des lettres envoyées aux éditeurs de quotidiens et des requêtes directes auprès des autorités cantonales et du directeur du réseau ferroviaire national. Deux référendums sur l’interdiction de publicité pour le tabac et l’alcool en 1979 et 1993 furent rejetés par les électeurs Suisses, malgré les sondages pré-vote positifs, à cause de l’alliance de l’industrie du tabac avec les agences de publicité et la presse écrite. Les compagnies de tabac réussirent à dissimuler leur rôle dans cette campagne afin d’éviter toute publicité négative, tout en finançant la campagne contre l’interdiction de publicité et en lui fournissant des arguments développés par des sociétés de relations publiques et des avocats à travers le centre international d’information sur le tabac, INFOTAB. Les compagnies de tabac et leurs alliés employèrent des arguments économiques et politiques, tels que la menace d’effets négatifs sur l’emploi, les revenus, les impôts, et le droit des individus et des entreprises de combattre les interdictions de publicité.

Les liens étroits entre l’industrie du tabac et les figures politiques et officielles furent développés et maintenus à travers de nombreuses réunions avec les dirigeants des partis politiques et de nombreux briefings du « comité électoral pro-tabac » au Parlement. Ce comité électoral permit à l’industrie du tabac de rester bien informée au sujet de l’agenda politique et de facilement influencer le processus politique.

Bien que la Suisse ait certains des programmes de santé publique les plus progressistes et innovateurs, la plupart des partisans de la santé publique sous-estiment le pouvoir et la force motrice de l’industrie du tabac et qu’une minorité parmi eux a confronté l’industrie directement.

Journée mondiale sans tabac = un monde sans publicité pour le tabac

L’OMS invite tous les Etats à interdire la publicite sur le tabac partout dans le monde

Il faut interdire toute forme de publicité directe et indirecte pour le tabac, y compris la promotion des produits du tabac et le parrainage par l’industrie du tabac de manifestations ou d’activités. Tel est le message que l’Organisation Mondiale de la Santé lance le 31 mai 2008 à l’occasion de la « Journée mondiale sans Tabac »

Tabac dans PARFUMS DE SCANDALES

La plupart des fumeurs commencent à fumer avant l’âge de 18 ans et près d’un quart d’entre eux ont commencé à consommer du tabac avant l’âge de 10 ans. Plus les jeunes commencent à fumer tôt, plus ils risquent de devenir des fumeurs réguliers et moins ils auront de chances de pouvoir arrêter de fumer.

Il est clairement établi que l’exposition à la publicité directe et indirecte en faveur du tabac ainsi que d’autres stratégies de commercialisation utilisées par l’industrie du tabac poussent les jeunes à faire davantage l’expérience du tabac et accroissent, par conséquent, pour eux le risque réel de consommer régulièrement des produits du tabac. L’industrie du tabac dépense des dizaines de milliards de dollars dans le monde chaque année pour commercialiser ses produits de manière efficace en faisant appel à un maximum de moyens.

Face à cette menace pour les jeunes, la Journée mondiale sans tabac de cette année met l’accent sur le message suivant:

Un des moyens les plus efficaces pour les pays d’éviter que les jeunes ne fassent l’expérience du tabac et ne deviennent des consommateurs réguliers consiste à interdire toute forme de publicité directe et indirecte pour le tabac, y compris la promotion des produits du tabac et le parrainage par l’industrie du tabac de manifestations ou d’activités.

POURQUOI FAUT-IL FAIRE CAMPAGNE EN FAVEUR D’UNE INTERDICTION TOTALE DE LA PUBLICITE, DE LA PROMOTION ET DU PARRAINAGE?
• Parce qu’environ la moitié des enfants vivent dans des pays qui n’interdisent pas la distribution gratuite de produits du tabac.

• Parce que seules des interdictions totales et complètes peuvent permettre de réduire la consommation de tabac.

• Parce que les études au niveau national comparant la situation avant et après l’interdiction de la publicité ont constaté une diminution de la consommation pouvant aller jusqu’à 16%.

• Parce que les interdictions partielles ont un impact limité ou nul sur la demande car la publicité peut utiliser d’autres médias.

La publicité directe et indirecte en faveur du tabac utilise des supports très variés: la télévision; la radio; les films; Internet; les revues; les banderoles, panneaux et affiches; le courrier; les coupons; les offres de sweepstake; l’extension des marques; les programmes de fidélisation à une marque; le parrainage d’activités sportives; le parrainage de manifestations dans les lieux fréquentés par les jeunes tels que les clubs et les bars; et les revues à circulation limitée diffusées aux personnes figurant sur les listes d’adressage importantes de l’industrie du tabac.

Appel à l’action
UNE INTERDICTION TOTALE SUR LA PUBLICITE, LA PROMOTION ET LE PARRAINAGE DES PRODUITS DU TABAC PERMET DE REDUIRE LA CONSOMMATION
Appel aux responsables politiques:
Imposez une interdiction totale sur toutes les formes de publicité, de promotion et de parrainage des produits du tabac au moyen d’une loi. Soyez conscients que les mesures facultatives n’ont aucun effet et ne constituent pas une réaction acceptable pour protéger la population et notamment les jeunes face aux moyens de commercialisation de l’industrie du tabac;
Mettez en œuvre des politiques et des programmes qui ne ciblent pas uniquement les jeunes. Les interventions visant l’ensemble de la population telles que l’interdiction de toutes les formes de publicité en faveur du tabac, l’augmentation des taxes sur le tabac et la création de milieux 100 % sans fumée sont celles qui réussissent le mieux à réduire la consommation de tabac chez les jeunes.
Appel aux jeunes:
Faites connaître votre point de vue aux responsables politiques de votre pays. Préconisez une interdiction totale de la publicité, de la promotion et du parrainage des produits du tabac dans votre pays.
Participez à une campagne d’éducation des jeunes sur les moyens utilisés par l’industrie du tabac pour vous inciter à fumer ou utiliser d’autres formes de tabac par la publicité, la promotion et le parrainage. Faites savoir à l’industrie que les efforts promotionnels coûteux qu’elle déploie n’auront aucune prise sur vous.
Appel aux ONG:
Sensibilisez les responsables politiques à l’importance d’une interdiction totale de la publicité, de la promotion et du parrainage des produits du tabac dans votre pays.
Aidez à organiser des groupes de jeunes qui puissent faire partie de la campagne et s’engager en faveur de la conception, de la mise au point, de l’application, du suivi et de l’évaluation des politiques et programmes de lutte antitabac visant à interdire la publicité, la promotion et le parrainage.
Appel au public:
Incitez les responsables politiques à interdire la publicité, la promotion et le parrainage des produits du tabac pour protéger les jeunes. 
 

Jeunesse sans tabac
Pourquoi l’industrie du tabac doit-elle séduire les adolescents et les jeunes adultes ?
Pour pouvoir survivre, l’industrie du tabac doit remplacer les usagers qui meurent ou cessent de fumer par de nouveaux usagers qu’elle doit recruter lorsqu’ils sont jeunes.
La plupart des jeunes commencent à fumer avant l’âge de 18 ans et près d’un quart d’entre eux avant l’âge de dix ans.
Plus l’enfant est jeune quand il fait l’expérience du tabac, plus le risque est grand qu’il deviendra un fumeur régulier et plus il lui sera difficile d’arrêter de fumer.
En quoi la publicité, la promotion et le parrainage constituent-ils une menace pour les jeunes ?
Plus les jeunes sont exposés à la publicité en faveur du tabac, plus le risque est grand qu’ils en consomment. L’industrie du tabac associe l’usage de ses produits avec des qualités recherchées – prestige, énergie ou séduction – ainsi qu’avec des activités passionnantes et avec l’esprit d’aventure.
La publicité très répandue en faveur du tabac banalise la consommation du tabac qui devient pour les jeunes un produit de consommation comme un autre ; ils ont ensuite du mal à comprendre les risques qu’ils encourent.
Les jeunes sous-estiment le risque de dépendance de la nicotine et les conséquences tragiques qu’elle peut avoir pour leur santé.
Pourquoi faut-il une interdiction totale de la publicité, de la promotion et du parrainage ?
L’industrie du tabac consacre des milliards de dollars chaque année à jeter ses filets aussi largement que possible de façon à piéger de nouveaux usagers, en ciblant notamment les jeunes dans les milieux qu’ils fréquentent – cinéma, Internet, revues, concerts et manifestations sportives.
L’industrie du tabac fait preuve d’une imagination croissante pour accroître ses ventes. Les panneaux publicitaires, la publicité dans les revues et sur Internet ne constituent qu’un aspect de sa stratégie complexe de marketing. Elle veille aussi à ce que ses produits soient très visibles dans les films, à la télévision et dans le monde de la mode. Les cigarettiers parrainent des manifestations sportives ou autres, distribuent des articles portant leur marque et organisent de nombreuses activités de promotion populaire afin d’attirer des clients et de les fidéliser.
Seule une interdiction totale peut mettre en échec leur stratégie de marketing. L’industrie dispose de nombreux moyens pour s’adresser aux jeunes et les interdictions partielles permettent aux sociétés de réorienter leurs ressources en remplaçant une activité promotionnelle par une autre.
Les jeunes des pays en développement sont-ils particulièrement exposés ? Qu’en est-il des jeunes femmes et des jeunes filles ?
On compte 1,8 milliard de jeunes âgés de 10 à 24 ans dans le monde. Plus de 80 % d’entre eux vivent dans des pays en développement et sont la cible de campagnes agressives en faveur du tabac. Quatre adolescents sur cinq dans ces pays déclarent avoir récemment été exposés à des opérations de marketing du tabac.
L’industrie du tabac cible spécifiquement les jeunes femmes dans leurs activités de publicité, de promotion et de parrainage. Les stratégies de marketing soigneusement mises au point encouragent les jeunes femmes et les jeunes filles à consommer les produits du tabac et cherchent à réduire l’opposition culturelle à cette tendance dans les pays où traditionnellement les femmes n’en consomment pas.
L’augmentation de la consommation chez les jeunes femmes et les jeunes filles est un aspect particulièrement inquiétant de l’épidémie mondiale de tabagisme.
L’interdiction totale de la publicité est-elle le seul moyen de protéger les jeunes du tabac ?
L’interdiction de la publicité, de la promotion et du parrainage est un important moyen de protéger les jeunes et constitue l’une des six stratégies MPOWER de l’Organisation mondiale de la Santé qui visent à lutter contre le tabagisme, principale cause de décès évitable aujourd’hui dans le monde.
Les six stratégies MPOWER permettent aux pays de protéger les jeunes d’une épidémie qui pourrait faire un milliard de morts au cours du XXIe siècle.
 

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