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Actualité de l’œuvre de Cheikh Anta Diop face au racisme scientifique et aux défis de l’Afrique

Posté par issopha le 30 mai 2008


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Actualité de l’œuvre de Cheikh Anta Diop face au racisme scientifique et aux défis de l’Afrique 

                                                                     Aziz Salmone Fall 

GRILA

février 2006 

  

photo anténor firmin 

À la mémoire d’ Anténor Firmin, avocat haïtien qui répliqua à Gobineau dans des termes que Diop parachèvera un siècle plus tard!

Thèmes Clés:

Dans le sillage de Diop: racisme scientifique; intelligence innée et hiérarchie raciale;QI;Eugénisme (proto-eugénisme, eugénisme moderne, post-eugénisme); génocracie et racisme du gène; origine monogénétique de l’humain et mise à jour des trouvailles du 21e; origine africaine de la civilisation, mise à jour d’Egyptologie;legs de l’Afrique, de l’histoire ancienne à l’inégale  insertion dans le système monde capitaliste; pistes panafricanistes et progressistes pour une régénération africaine… 

  

Dans le cadre du mois de l’histoire des noirs 2006, cette conférence commémore le vingtième anniversaire de la mort de Cheikh Anta Diop. Elle fait ressortir l’actualité et la pertinence de son œuvre, au regard de la résurgence du racisme scientifique et d’une urgente redynamisation de l’Afrique, dans ce que je nomme la régénération africaine. Comme le disent ses disciples : 

 « Son oeuvre convie l’humanité à regarder en face son véritable passé, à assumer sa mémoire, afin de rompre avec les génocides, avec le racisme, pour sortir enfin de la barbarie et entrer définitivement dans la civilisation»[1]

Je renvoie donc ceux qui veulent en savoir plus sur lui sur le numéro de Ankh qui lui est consacré ou sur le livre de Pathé Diagne qui remarquablement synthétise l’essentiel.[2] 

Je souhaite attirer l’attention sur son combat en le mettant en rapport avec la fulgurante et insidieuse résurgence de l’eugénisme en Amérique du Nord et ses relents à travers le monde. Je m’excuse auprès des personnes qui reconnaîtront des passages que j’ai dû brandir, il y a trois mois lors de l’affaire Mailloux, (ce psychiatre canadien qui a clamé sur les ondes l’infériorité génétique de l’intelligence des noirs et des amérindiens). Je reprends ici, en note de recherche et revue historique de la littérature scientifique raciste, des éléments qui permettront de revenir sur l’apport de l’œuvre de Diop corroborée par des récentes trouvailles scientifiques.  

  

L’idée qu’il existe des groupes ethniquement supérieurs et plus intelligents, et la négation des apports intellectuels de peuples entiers au nom de nouvelles interprétations des percées scientifiques, semblent gangrener bien des espaces académiques et autre média. Davantage qu’au 19 ème et au 20 siècle, les dérives eugénistes seront, dans de nouvelles physionomies politically correct, individualisées  et socialement intériorisées, un des enjeux fondamentaux du siècle actuel. Le délire du pedigree humain, donc de perfectionner les uns et de détruire les autres,  reste fondamentalement la quintessence de l’eugénisme. C’est ce qu’exprimera le premier grand congrès eugéniste, sous la direction du quatrième fils de Charles Darwin, Leonard président de la société Eugéniste[3]. Il y a fort à croire que notre siècle usera ou abusera de ces méthodes de QI  quotient intellectuel eugénique,  mais aussi de la médecine prédictive et des disparités de la biologie moléculaire pour discriminer les groupes humains.

Actualité de l’œuvre de Cheikh Anta Diop face au racisme scientifique et aux défis de l’Afrique  dans CHEIKH ANTA DIOP 20me3

Il est donc probable que le recours au QI et autres méthodologie de différenciation iront en se sophistiquant, autant dans le domaine de l’emploi que dans tous les circuits civiques mues par cette quête inlassable d’une élite cognitive, idéalement racée. Pour l’eugénique forcené, ceux qui pourront travailler seront ceux capables de rivaliser contre la machine, car la technologie se sera passée des travailleurs laborieux, et les relèguera au chômage. Pour lui, ils n’en sortiront que s’ils réussissent exceptionnellement des tests de QI que leurs gènes ne les prédisposeraient pas de toute façon à faire! 

  

Mais disons bien cyniquement, que cet eugénisme biotechnologique est la cerise sur le sundae infect de la mondialisation néo-libérale. Entre temps, celle ci achève plus efficacement, dans la misère et la frustration et à chaque année, des millions de gens à travers le monde. Tant d’enfants, de femmes, d’hommes vulnérables meurent de la marginalisation économique, du chômage entretenu, du pillage, de  la famine à l’eau rare ou souillée, des maladies aux guerres, et de plus en plus des nombreuses catastrophes environnementales découlant de nos moyens de production et de consommation. C’est justement la conjonction entre cet ordre mondial injuste et prédateur et une science marchandisée, raciste et élitiste, qui constitue le plus grand danger pour la planète.

  

Le débat sur l’inné et l’acquis, l’intelligence et son hérédité, les différences entre les «races » et leur hiérarchies se trouvent de nouveau relancés avec de récentes percées scientifiques de la biotechnologie que nous survolerons ici. Alors que s’achève le déchiffrage du génome humain, les média, les universités et précisément les intellectuels, et le politique ont plus que jamais une responsabilité et un rôle social déterminants sur ces dimensions où le racisme latent ou explicite côtoie la légitime curiosité scientifique.  

  

 L’intelligence est davantage une résultante sociale dans son contexte historique et environnemental qu’une disposition innée. Et même si l’héritabilité d’une telle disposition intellectuelle pouvait être prouvée dans le futur, rien n’empêche que la modification du milieu ne puisse pallier aux disparités, d’autant qu’une telle disparité génétique intellectuelle entre classes sociales, voire groupes ethniques ne pourrait être qu’infinitésimale à l’échelle de l’humanité.

  

20me4 dans GALERIE DES GRANDS HOMMES

Avec des mesures sociales politiques économiques et psycho-culturelles résolues, entreprises pour surmonter les écueils que les adultes dressent pour leur connaissance,  nous donnerons à nos enfants les chances d’épanouissement de leurs potentialités, au lieu de paralyser ces dernières avec nos errements stériles.

Le racisme s’édifie par l’éducation et l’irrationnel, en cultivant la peur et le rejet de l’autre. La lutte contre le racisme aussi s’articule sur l’éducation et l’affect xénophile, encore faudrait- il que les structures politiques et de communications le favorisent.  Entendre des scientifiques clamer l’existence de races et les classifier de façon hiérarchique ne datent pas d’aujourd’hui, comme nous le verrons. Même dans leur tour d’ivoire, les scientifiques sont le reflet de leur société. De plus en plus marginalisées par l’avancée scientifique, les rebuffades et autres démonstrations de forces des eugénistes ne sont pas des épiphénomènes. Ils sont, entre autres, l’expression de mouvements politiquement organisés qui les financent. Cela va paradoxalement de la promotion de mouvements créationnistes, à l’intelligent design[4], aux mouvements véhiculant de virulentes thèses racistes. 

Ce type de provocation a toujours plus d’effet dans les cycles de modernité où les modèles s’épuisent ou se cherchent, comme c’est le cas à la faveur de la mondialisation. Cette dernière a du mal à cerner l’intelligibilité du lien civique et social autant transnational que local. Ce type de provocation amène alors des déchirures douloureuses, mais parfois aussi des catharsis salutaires, lorsqu’il advient dans une phase de crise. 

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« Possibilité et limites du génie génétique« .Fondation GenSuisse

  

A l’instar de la crise de civilisation et de l’individu, typiques du règne de l’individualisme propre au mode de production capitaliste. Des savants qui déchiffrent le génome humain ont pu arracher, pour l’instant, le génome, patrimoine de l’humanité, à la rapacité des multinationales. Mais elles n’ont cependant pas dit leur dernier mot. Ce mode en est aux dernières étapes de la marchandisation du vivant, ce qui touche donc au plus haut point l’enjeu du post-eugénisme. Ce mode de production capitaliste, dans sa phase actuelle, alterne autant le progrès et le confort pour une portion significative- mais toujours très minoritaire de l’humanité- alors que la rareté, la souffrance et la frustration sont le lot d’une trop grande multitude.

  

L’Afrique, dans ces six dernières siècles, n’a que trop connu les affres de tels phénomènes. Elle garde paradoxalement, autant sur la terre mère que dans ces diaspora, une paradoxale force de caractère, malgré les vicissitudes de la vie. Son endurance aux épreuves et calamités, comme l’esclavage, la colonisation et l’impérialisme, dans des proportions qu’aucun groupe humain n’a pourtant enduré, est une véritable énigme. Le secret, son vitalisme. Il reste toujours un sourire et une joie de vivre, le sens du commensal de la solidarité, même derrière le plus douloureux des rictus ou des drames.

  

Galerie de masques africains kwele achat vente art africain premier primitif afrique noire

  

  

L’angoisse du lendemain ne l’a pas complètement envahi peut être, et l’optimisme existentiel est encore horizontalement enraciné dans nos sociétés et cultures, tel que l’avait bien cerné Cheikh Anta Diop.

 Ce n’est pas de l’insouciance ou un manque de rationalité. C’est une force dynamique, se transmettant par la culture.  C’est dans ses cosmogonies, ses cultures qu’elle puise cette force, mais aussi dans l’expérience d’avoir été le berceau de l’humanité et la mère des civilisations. C’est donc animé de cette vitalité africaine que je m’adresse à vous, en intercédant au nom de tous les sans voix qui ont été meurtris récemment et qui le seront encore par la peste raciste.

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Dans mon exposé, vous tolérerez des incursions multidisciplinaires dans le sillage de Diop pour traiter de son actualité face au racisme scientifique. Je ne ferais d’ailleurs qu’en survoler de grands pans en suggérant de revenir d’abord sur les sources et l’évolution de l’eugénisme. Je parlerai de cette génétique de l’intelligence et des pseudo sciences qui y sont reliés, mais aussi de la science véritable qui ouvre à l’humanité de nouvelles pistes de connaissances, hélas aussi malléables pour des forces bienveillantes que malveillantes.

Au regard de telle situations, et du racisme rampant ou explicite,  s’impose une mise à jour sur l’odyssée de la race humaine et de quelques legs des peuples noirs à l’humanité.  Faisons le donc, non pas par social narcissisme, ni d’ailleurs en n’exhibant que les hauts faits. C’est en rendant d’abord hommage à la multitude des gens communs qui, davantage que tous les autres souffrent du racisme, que je veux m’attarder sur quelques réécritures de l’histoire. Ceci afin d’armer scientifiquement et politiquement les uns, de faire réviser les autres avec des instruments qui, s’ils ne sont pas brandis et utilisés, individuellement  et collectivement, s’étioleront dans cette ère de désarroi,  d’apathie et de perte de sens.

C’est pourquoi, l’enjeu de savoir si les disparités entre QI sont d’ordre génétiques ou de l’ordre du milieu me semble secondaire par rapport à l’essentiel. L’essentiel c’est le rapport de force politique qui au niveau socio-économique organise inégalitairement la division internationale du travail et les moyens de production, et la division entre cols blancs et cols bleus (white collar job et blue collar job), comme on dit ici. Un rapport qui ne peut être changé que par une rupture plus égalitaire et révolutionnaire. Une rupture déterminée à structurer équitablement l’ordre social, quelque soit les différences génétiques présumées. Cette rupture est au coeur du décryptage de la nature de notre système monde et de la régénération panafricaniste à mener pour sortir l’Afrique de sa condition.

  

  

  

  

  

I Racismes, entre science et pseudo-science

  

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La loi semble bien lacunaire pour contrer les tendances et les dérives du racisme scientifique.

  

 Il est important de connaître les fondements structurels du racisme scientifique pour mieux le combattre.

  

 Par commodité, on distinguera à travers l’œuvre de précurseurs, ses formes précoces, l’eugénisme (galtonien et moderne) et le post-eugénisme qui caractérise notre ère.

-Le proto-eugénisme 

  

Il est probablement propre à plusieurs civilisations antiques, l’idée mythique de parfaire l’humain et de sélectionner uniquement le meilleur, d’avoir les enfants les plus beaux et les plus intelligents et d’être convaincu de la certitude que c’est possible, comme l’atteste l’élevage des animaux racés. Mais, c’est dans la Grèce antique que ce fut le plus explicite. François-Xavier Ajavon, qui a construit le premier site pré galtonien sur le Web  montre dans une remarquable ouvrage, comment sous l’impulsion de Platon, fut  consacrée Callipolis, cité politique idéale.

  

«L’homme, né de la divinité, atteint un niveau de perfection supérieur ; et cela dans le sens où sa reproduction ne s’est pas effectuée selon le hasard ou le destin, mais selon une justice rationnelle. Dans sa législation eugénique, Platon ne tendra pas à un autre but» [5] 

  

Pour la République, est proposé de trier et de marier «eugéniquement» les procréateurs des générations à venir. Elles pourront enfin s’épanouir dans ce lieu du savoir, où le travail était de toute façon considéré vulgaire, et du ressort des esclaves.

Aristote, soutenait que les esclaves n’avaient pas d’âme, ni de libre arbitre en n’étant que l’instrument et le prolongement de la volonté de leurs maîtres. Que l’homme (à l’exclusion des femmes) était un «animal politique» dont l’essence l’autorise à la participation au politique. Il considérait d’une part, que c’est le mâle qui engendre l’être alors que la femelle  n’est que porteuse, et surtout d’autre part, que les descendants d’élite ont toutes chance de continuer à l’être, car «noblesse est excellente souche». Il ignorait ainsi Hippocrate, qui presque un siècle avant lui, considérait pourtant dans son ouvrage Le livre de la géniture de l’homme, que l’homme comme la femme secrètent une semence qui émane surtout du cerveau et qui se mélangent, afin que l’influence d’esprits chauds et froids donnent la chair.

  

 En dehors de la Grèce, à travers le monde, les modèles politiques, antiques et médiévaux axés sur la classe sociale et sur les caste, ont toujours su exceller à privilégier une certaine endogamie afin de préserver leur lignée.

«Même au temps de l’extension de l’esclavage antique, nous trouvons des ressemblance plus ou moins grandes dans l’organisation et la situation des diverses économies esclavagistes et des États esclavagistes de l’antiquité, mais non une communauté de vie économique».[6]

En Chine, il ne semble pas que les dynasties royales chinoises des Hia et des Chang, ou Yin, du XXIIè au XIè siècle av. J.C. St aient connu l’esclavage. Ce n’est qu’au 3ème siècle après J.C que les empereurs autorisèrent les familles pauvres à vendre leurs enfants aux gens plus nantis,  pour des corvées domestiques. Acheté au plus jeune âge , l’enfant devenait esclave domestique à vie dans la cellule familiale[7]. Au 9è siècle après J.C, Wang Mang tenta en vain d’abolir l’esclavage. Peut être le caractère prématuré et la rapide maturité du féodalisme chinois dispensèrent cette civilisation de la pratique esclavagiste à grande échelle.

 Au Japon, ou les pratiques reproduisaient les modèles chinois, il fallut attendre le 18è siècle, pour voir l’abolition. Elle fut d’ailleurs sans effet durant la période quasi féodale de l’empire.[8]

En Inde, malgré les enseignements de Krishna- « Ne soyez pas les destructeurs de vous-même. Élevez-vous à votre véritable Etre, et alors vous n’aurez plus peur de rien. »-  les Hindous, ne pouvant contester leur prédéterminée condition ici bas, font des castes et de  la coercition les fondements de leur ordre social. 

En Amérique, certains indiens des côtes nord ouest des Amériques disposent d’esclaves que le maître entraîne avec lui dans la mort, quand il succombe. 

Ailleurs, dans les sociétés islamiques, se fondant peut être sur un passage du coran où le musulman peut disposer « d’esclaves , hommes et femmes» (sourate 4; 24-25),  la tolérance de la captivité et de l’esclavage permet de perpétuer le phénomène esclavagiste sur toute la façade orientale du continent africain et dans le golfe arabe. Les Arabes y distinguent leurs esclaves noirs ou abd (mis en servitude dans des labeurs astreignants des mines et des champs ) de leur esclaves blancs (mamelouk, corvéables au foyer). Pourtant, témoins de la magnificence de Ghana et de son peuple,  que les Almoravides mirent un siècle à envier et à conquérir finalement en 1076, ils changent d’avis en Afrique de l’ouest, une fois l’espace conquis ou coopté. En effet, c’est dans la longue occupation Almoravide de la péninsule ibérique, où régnait une grande tolérance entre les trois croyances monothéistes, que les exégètes musulmans contribuèrent à construire le mythe du noir, sauvage faible d’esprit et sans civilisation. Un préjugé qui persista après leur défaite en Europe.

Les Africains quant à eux, qui historiquement ont eu des sociétés pratiquant l’esclavage ou la captivité de guerre, disposaient –par contre de moyens sociaux inclusifs pour les associer à la vie politique ou sociale. L’esclave demeurait toujours cependant soumis, quelque soit le caractère d’inclusion, à la parenté que ce soit par l’adoption, la cooptation ou le mariage. 

  

Le glissement, à l’effet de savoir si une élite est plus évoluée, racée, intelligente, varie donc considérablement selon les cultures du monde. Mais on ne note pas de systématisation du phénomène de la supériorité raciale en dehors du mythe.  

En Europe Augustin de Hippo (354-430) était persuadé que l’esclavage était une variante des punitions des péchés de l’homme au paradis. St Thomas d’Aquin dans son ouvrage  De regimine principium arguait que certains naissaient naturellement esclaves et dépendaient du maître pour leur libre arbitre. Tacite dans Germanie, rédigé autour de 98 après J.C, prétend que les Germains sont des indigènes et qu’ils constituent une race pure, inaugurant un mythe aryen qui aura la vie longue.  La pratique de la conquête génocidaire des non-blancs et principalement de  l’Afrique, de l’Amérique latine durant 3 siècles et demi, suffira à conforter les futurs développements théoriques de l’eugénisme. Après tout n’avait-on pas asservi les Amérindiens et les Africains à un point tel, qu’on pouvait désormais douter de leur intelligence et être rassuré de l’intelligence supérieure du conquérant. Ni le siècle des lumières, ni le positivisme scientifique du 19 è siècle n’y changeront grand-chose.

Rosa Amelia Plumelle-Uribe montre, dans son ouvrage, combien ce long épisode a

 «profondément modifié les rapports des européens aux autres. Le pas entre différence et supériorité a vite été franchi. La hiérarchisation raciale illustre la débâcle morale de l’Europe»[9] 

  

A l’exception des Éthiopiens, chrétiens et alliés dans la foi déjà accueillis au Portugal à Venise et Rome, le reste des noirs sont désormais des sous-hommes. En 1402, Jean Duguesclin de Béthencourt capture vend et déporte des Guanches, peuplade Amazigh qui n’existe plus aujourd’hui.

« il semblerait que le premier acte négrier fut posé par le rapt de dix Africains, perpétré par une expédition militaire portugaise menée par Nuno Tristan et Antam Gonsalves, les «meilleurs esclaves» furent offerts à Gabriel Condulmer dit Eugène IV, 205ème Pape de l’église catholique, apostolique et romaine».[10]

En 1442, les portugais bâtissent un fort sur l’île d’Arguin entre le Sénégal et la Mauritanie d’où ils évacuent, grâce à des maures,  des esclaves vers leurs plantations de sucre aux îles Canaries et à Madère. Quand en 1445, Joan Fernandez ramène 9 jeunes noirs achetés à des maures, des nobles portugais se moquèrent de lui, car cela faisait déjà un moment qu’ils en chassaient comme distraction.

  

  

Davantage que le texte biblique, ce seront les exégèses de cette période qui  sauront transformer la malédiction des descendants des fils de Cham en octroyant une version rationnelle et religieuse à l’inégalité raciale, et en datant à ce moment, l’avènement des noirs à jamais damnés. [11]  Après que Sem eut l’Asie, Japhet l’Europe et Cham l’Afrique,  la bulle Inter Cetera du Pape Alexandre VI, amenda encore la géographie humaine biblique et divisa en 1493, l’espace païen en deux : l’Ouest aux espagnols et l’Est aux portugais.  L’année suivante, le traité de Tordesillas y ajoute le Brésil pour les portugais. C’était dans le monde entier, la fin d’une période où, pendant plus de quatre millénaires, une conception non exclusivement raciale de l’esclavage s’estompait.

Dans ce climat de décadence, la hiérarchisation sociale lentement mais sûrement se défaisait du mythe. En Europe, les différences entre races et entre sexes intriguent les chercheurs. L’enjeu de la procréation surtout habite les esprits des chercheurs et des religieux. En 1677,  le docteur de Graaf cerne le rôle des ovaires, et cinq ans plus tard, Louis de Ham découvre avec un microscope rudimentaire, «l’animalcule» qu’on n’appellera que plus tard spermatozoïde.  Mais ces percées sur le mécanisme de la procréation et de l’hérédité ne connaîtront de développements que plus tard, presque au XIX. Il est en tous cas paradoxal de constater que c’est le siècle dit des lumières et tous ses acquis, qui jusqu’à présent constitue nos horizons d’idéaux, qui fut aussi celui où la science de la race et l’idéologie de préjugés se sont constituées.

  

«Avant le XVIII nous avions des racismes formulés dans le langage du mythe, à partir du XVIII è siècle nous avons un racisme qui prétend parler celui de la science».[12]

  

François Bernier (1625-1688), physicien, explorateur et disciple de Pierre Gassendi, ramène de ses pérégrinations une classification hiérarchique des races. Elle aura d’autant d’influence qu’elle est dite fondée sur ses expériences de visu[13].

Carl Von Linné, et son  Systema Naturae  inventera la taxinomie, classifiant les espèces vivantes, dont l’homme qu’il scinde en 6 races, par ordre d’importance intellectuelle : européens, américains, asiatiques , africains, sauvages, et dégénérés.

Johann F. Blumenbach réinterprétera cette classification, en montrant que la race blanche est originelle, et il forgera d’ailleurs le terme de caucasien, arguant que toutes les autres en sont issues mais n’en sont que des dégénérescences.[14]Magnanime, il était cependant persuadé que même les noirs pouvaient comporter des exceptions et brandissait quelques livres écrits par eux, prouvant que quelques uns pouvaient être égaux aux caucasiens.

Le comte de Buffon (1707-1788), détracteur de Linné, pour qui le «nègre est à l’homme ce que l’âne est au cheval » fut lui un prolifique encyclopédiste ( Histoire naturelle en 36 volumes), dont l’intuition, sur les caractères anatomiques, demeurait en avance sur son temps. Convaincu des modifications qu’entraînent l’adaptation, il projetait  d’interchanger un groupe de danois et de sénégalais dans leur milieu d’origine et de les cloîtrer pour observer leur métamorphose. [15]

C’est dans l’univers de la médecine que les problèmes de débilités, de tares, de l’épilepsie,  et autres anomalies suscitèrent l’intérêt des médecins.  Le médecin, impuissant devant la mortalité, la morbidité ou la répétition de naissances d’enfants affligés du même mal, se préoccupe désormais de les prévenir. Pour Catherine  Bachelard-Jobard, c’est dans ce corps professionnel qu’il faut rechercher les premières traces de systématisation eugénique:

  

« La systématisation de l’idée eugénique est l’œuvre des médecins. Leurs écrits, traitant de l’art de perfectionner l’espèce humaine par des mariages judicieux, se multiplient. Cette littérature médicale a été étudiée par Anne Carol ["Histoire de l'eugénisme en France, les médecins et la procréations, XIX-XX ème siècle"] qui démontre l’existence, en France, d’un eugénisme médical spécifique prégaltonien. D’une manière générale, les médecins, pour justifier la nécessité de mesures que l’on peut qualifier d’eugéniques ( mais le mot n’existe encore pas ), fondent leurs théories sur la dégénérescence de l’espèce humaine qu’ils constatent autour d’eux»[16]

  

David Hume (1711-1776), économiste réputé, abonda dans le sens de ces prétentions pré-galtoniennes: 

«Je suspecte les Nègres et en général les autres espèces humaines d’être naturellement inférieurs à la race blanche. Il n’y a jamais eu de nation civilisée d’une autre couleur que la couleur blanche, ni d’individu illustre par ses actions ou par sa capacité de réflexion». 

Voltaire (1694-1778) lui soutenait qu’il fallait juste s’assurer de la mesure du  cerveau humain pour constater que les Nègres d’Afrique sont inférieurs en intelligence aux Blancs d’Europe. Alors que Bernardin de St-Pierre[17] s’insurgeait contre le traitement fait aux  noirs, Montesquieu (1669-1776) clamait mordicus que, puisqu’il n’avaient ni âme ni raison, les noirs étaient naturellement destinés à l’esclavage.  Thomas Robert Malthus  dans Un Essai sur le Principe de Population (1798) était si obsédé par les risques de surpopulation des ouvriers,  qu’il suggère pour eux  « l’abstinence sexuelle » puisque ces classes « inférieures et pauvres seraient  responsables » de leur condition. Le contrôle des naissances  pour freiner la propagation démographique était envisagé et existe encore.  Dans la même année, Kant produit  Anthropologie, essai misogyne, moins connu que ses œuvres phares, où il traite les juifs d’escrocs et confine les noirs au raz des hiérarchies pseudo-biologiques. 

Il a fallu attendre l’approche du 19 è siècle pour voir esquisser les premières théories sophistiquées de la supériorité ou l’infériorité intellectuelle. Elles vont gagner une redoutable efficace, en enseignant une hiérarchie des races dans les écoles et même les universités, mais aussi en traversant l’africanisme eurocentrique jusqu’au vingtième siècle.

  

  

20me8 dans VISAGES DE LA RESISTANCE

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

  

Francis Galton (1822-1911)

  

  

20me9

  

-L’eugénisme galtonien

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En étudiant principalement le monde animal Charles Darwin publia en 1859 Les Origines des Espèces par la Sélection Naturelle ou la Préservation des Races Favorites dans la Lutte pour la Vie. Dans le contexte de  la Grande Bretagne conquérante, et du capitalisme sauvage, ce livre aura des incidences socio-politiques majeures. Il construit l’idée que seuls les meilleurs survivent et détaille les processus de modification et de différenciation.

  

Darwin, en lisant Malthus, greffa ses propres vues dans un autre ouvrage phare, l’origine de l’Homme. Ces éléments seront les briques essentielles d’un nouvel évolutionnisme. Mais Darwin ne dispose pas des derniers éléments des trouvailles de Mendel pour expliciter tout le mécanisme de l’hérédité. Autant il permettait une révolution, défaisant irréversiblement les croyances créationnistes, autant ce potentiel porteur allait être détourné vers d’autres préoccupations plus racistes.

  

Darwin était d’ailleurs très réservé sur les développements que faisaient les futurs eugénistes de ces théories. Il semblait considérer utopique leur projet plaidant plutôt pour l’éducation que la coercition[18]. Il était toutefois probablement raciste, ou du moins colportait les idées de son temps[19], en prônant l’éradication de «toutes les lois et toutes les coutumes qui empêchent les plus capables de réussir» et méprisait les canadiens français comme le rappelle Des Rosiers.[20] 

  

 C’est en scrutant les prisonniers, que Francis Galton (1822-1911), un cousin germain de Darwin[21], va perfectionner les recherches sur la dégénérescence et systématiser l’eugénisme. En se préoccupant de l’hygiène du corps social, il s’agit de promouvoir le patrimoine génétique sain, en privilégiant un interventionnisme étatique en la matière. Au départ, sa philosophie se nomme viriculture, mais très vite il forge du grec eu et gennân- bien engendrer ou bien naître-, la première idéologie de la science; l’eugénisme.

L’eugénisme vise à sélectionner l’excellence humaine et à se débarrasser de tout ce qui pourrait lui nuire ou la flétrir. Son ouvrage Hereditary Genius est un plaidoyer pour l’intelligence héréditaire. Convaincu que les génies naissent eux-mêmes de grands hommes, il tente de le démontrer, en recensant 48 éminents fils de 100 éminents personnages, sans même se questionner sur l’influence de leur classe sociale d’où ils proviennent tous. Galton était convaincu que les noirs étaient de deux degrés moins intelligents que les anglo-saxons (qu’il qualifie de «the half-witted nature of the race). Il cherche cependant à relever le mental et la stamina des britanniques, afin de leur faire éviter la situation qu’il dit avoir constaté durant son voyage en Amérique où la population américaine est fragilisée au contact des noirs. Le rôle de la science est  donc d’améliorer la race douée et de décourager la propagation des êtres inférieurs. Dans son ouvrage utopique I can’t say where I il idéalise la société qu’il appelle de ses vœux et se préoccupe du bonheur collectif plutôt que le bien être individuel. L’eugénisme devint donc un préjugé racial déguisé en science appliquée de l’hérédité, dans l’intérêt de la race blanche. 

  

  

Gregor Mendel, dès1865, en étudiant les végétaux et particulièrement les pois, calcule un ratio constant de 3 :1 entre des plants de grandes et de petites tailles et découvre que l’hérédité procède de facteurs existant en pairs dans les plantes. Il fonde ainsi les connaissances sur la transmission héréditaire. Trop avant-gardistes, ce n’est que plus tard que ces travaux seront reconnus. Par contre, parce que probablement encore enracinés dans le mythe, c’est dans la même période, que les retentissants travaux du Comte de Gobineau (1816-1882) tracent les bases théoriques les plus fondamentales du racisme scientifique.  Essai sur l’Inégalité des Races Humaines permet d’affirmer la supériorité et la suprématie des aryens. Cette noblesse raciale serait mise en danger par les risques inhérents à la prolifération des races inférieures. En Allemagne, où ses thèses trouvent vite écho, parut un an après sa disparition, son ouvrage Enquêtes sur les Facultés Humaines. C’est la première pierre angulaire des croyances en l’hérédité des dispositions mentales. Le Grand Dictionnaire universel du XIX è siècle de Larousse, lancé dès1866, qualifiant de philanthrope les prétentions d’égalité entre humain nie les facultés intellectuelles du nègre et avec assurance proclame « Un fait incontestable, et qui domine tous les autres, c’est qu’ils ont le cerveau plus rétréci, plus léger et moins volumineux que l’espèce blanche..» En 1882 aussi  Francisque Sarcey commente froidement l’ouvrage de A. Bertillon, Les Races sauvages et déclare : 

« Ces affreux bipèdes, à face simiesque, gambadant et voraces, gloussant de cris inarticulés, sont nos frères, … ou les frères de ceux qui furent nos ancêtres préhistoriques !… Quelques races mieux douées se dégagèrent de cette animalité barbare, se cultivèrent , s’affinèrent, formèrent l’homme civilisé, plus éloigné d’un pauvre australien que cet australien n’est éloigné d’un gorille. D’autres ne se sont pas développés, toujours aussi dénués de sens moral et de raison…Toutes ces tribus sauvages vont disparaître, exterminées par des peuples supérieurs ou s’éteignant d’elles-mêmes…Ce ne sera pas dommage»[22]

  

 Karl Pearson, disciple de Galton, dans son livre  The Grammar of Science soutient en 1882 qu’il est vain de tenter de connaître l’essence des choses en science et qu’il vaut mieux se contenter d’appliquer les mathématiques et la statistique pour parvenir au même résultat. Il lance en 1901 un journal, Biometrika, qui appliquera à la lettre ses principes statistiques bio métriques et rejettera trente ans durant les articles relevant de la génétique   Les recherche sur les cellules, le noyau et la cytologie apportent un cortège de savants comme Weismann, Nussbaum, Kölliker dont les vues confortent les perspectives d’hérédité. Le chrirugien Paul Broca (1824-1880) spécialiste de l’encéphale, où il avait repéré le seuil de l’aphasie, considérait que le cerveau avait une masse plus importante chez les grands personnages que les gens simples. Il soutenait «que jamais un peuple à la peau noire, aux cheveux laineux et au visage prognathe n’a pu s’élever spontanément jusqu’à la civilisation»[23]. Le cocktail de ces œuvres produisit en grande partie le darwinisme social d’où s’épanouira l’eugénisme. En réplique à Gobineau, un avocat haïtien Anténor Firmin publie en 1885, tragique année du congrès de Berlin,  L’égalité des races humaines : essai d’anthropologie positive[24] . On peut dire que Diop est une sorte de réincarnation scientifique de Firmin qui a plaidé, avec verve et les moyens de son temps, l’égalité des humains et le caractère négroïde des égyptiens antiques. Hélas sa voix ne fut guère entendue, et cet homme qui mérite des statues dans tous les pays d’Afrique est encore aujourd’hui injustement méconnu. Les pangermanistes un groupe suprémaciste et l’association Gobineau, lancée deux ans après la mort de ce dernier, firent de l’activisme avec les thèses du savant raciste. Steward Houston Chamberlain un anglais naturalisé allemand proclama en 1899 dans La Fondation du Dix-Neuvième siècle en Allemagne que les allemands étaient les plus purs des aryens et qu’ils étaient au dessus de la pyramide, au bas de laquelle sont les races inférieures et dégénérées, juives, noires etc..

  

«L’Eugénisme, le Darwinisme Social et l’Hygiène Raciale se tinrent alors par la main. Seul l’Eugénisme entreprit de se désigner lui-même comme une « science » et .. fusionnèrent si fortement qu’il serait vain d’essayer de les différentier».[25]

  

August Weismann, un des cytologiste nommé plus haut, s’acharnera à couper les queues de souris et constater que leurs descendants naissaient néanmoins avec des queues. Au lieu de conclure à l’évidence, il conclut que l’environnement n’influençait pas les cellules et que les caractères acquis ne pouvaient être héréditaires. Une  classification en vogue se fit en Allemagne avec Ernst H. Haeckel qui publia, en 1868, une hiérarchie de 36 races  humaines  comptant 12 espèces ayant au sommet, les anglo-saxons, les hauts allemands, suivis ensuite des aryens, indiens, grecs et…albanais. 

Le mouvement eugénique se répandit dans le monde occidental, comme le démontre la thèse de Hardwick.

  

« Eugenics movements developed early this century in more than 20 countries, including Australia. However, for many years the vast literature on eugenics focused almost exclusively on the history of eugenics in Britain and America. While some aspects of eugenics in Australia are now being documented, the history of this movement largely remained to be written. Australians experienced both fears and hopes at the time of Federation in 1901. Some feared that the white population was declining and degenerating but they also hoped to create a new utopian society which would outstrip the achievements, and avoid the poverty and industrial unrest, of Britain and America»[26]

  

Au Canada, le phénomène a tout aussi bien pris racine. Les préjugés et exactions contre les indiens, le système de féodalité et la consanguinité y ont donné un terreau fertile. Mc Laren illustre dans son étude que l’eugénisme était très répandu avec une peur des  dégénérés[27]. L’auteur montre combien le racisme est latent dans les milieux intellectuels les plus divers, et pourtant progressistes, comme les féministes. L’Alberta constitue à elle seule un cas préoccupant, où la mise en pratique des principes eugéniques a laissé de graves séquelles.[28]Si dans l’espace francophone, l’eugénisme aussi existait, le catholicisme a constitué un antidote à la diffusion de l’hygiène raciale. Les britanniques inspirés par leur résolution du problème amérindien imposent en Afrique australe le modèle de réserve en 1894 (Glen Grey Act impôt obligeant tout noir habitant à travailler 3 mois pour un blanc) e,t en collaboration avec les Boers, introduirent en 1911 la colour bar, freinant à jamais les chances sociales et professionnelles des non-blancs et particulièrement des noirs, ainsi que l’immorality Act de 1927 qui criminalise les relations sexuelles et mariages entre blancs et noirs. 

  

  

  

  

  

  

L’eugénisme moderne 

  

  

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Le socle de l’eugénisme moderne était désormais solide pour l’envolée de l’idéologie scientifique pendant au moins cinquante ans. Elle va s’évertuer, en articulant des préjugés, des postulats indémontrables et des jugements de valeurs, à solliciter tout l’arsenal scientifique de l’époque pour hiérarchiser les humains.

  

 Lorsque le ministère de l’instruction publique confie à Binet la mission d’évaluer le niveau mental des écoliers, pour déterminer leur chance de succès scolaire, il forge un instrument de mesure pour lequel, en 1906, il met en garde sur le fait que ce n’est pas un instrument de mesure de l’intelligence;

  

« l’outil que je viens de développer n’est pas une mesure de l’intelligence.»

  

  

Mesure de l’indice nasal aryen (Hulton Deutsch Coll.)

  

  

Mais la réputation de Binet, comme premier concepteur du test d’intelligence, l’emporte.  Un test repose sur la description du résultat d’une mise en situation où un individu, mis dans des conditions prédéfinies en référence à un groupe type qui connaît les mêmes, doit répondre à des questions. Les variables psychologiques ou culturelles du sujet ne peuvent pas être toutes répertoriées, ce qui rend au fond assez aléatoires les conclusions. Mais on ne s’en préoccupe pas beaucoup, d’autant que la  redécouverte du travail de Mendel change les perspectives. Simon et Binet élaborent un système mesurant l’intelligence. On sait probablement déjà, qu’on ne mesurera qu’une fraction de l’intelligence. Néanmoins on commence en fait à s’éloigner des préoccupations de la dégénérescence physique et mentale, pour tenter de décrire des traits sensés concourir aux processus intellectuels. Le tout est enrobé d’idéologie et rhétorique pointues. Alors qu’on inaugure en grande pompe, en 1904, la chaire d’eugénisme à l’University College de Londres, on cherche frénétiquement la mesure de la disposition mentale qui confère l’aptitude, le caractère de cet intelligence. En France, Georges Vacher de la Pouge (1854-1936) déterre les boîtes crâniennes des cimetières et mesure les têtes des passants, pour déterminer l’indice céphalique prouvant que les blonds dolicéphales sont au sommet de la race humaine. 

Wilhem Johannsen un botaniste danois, qui n’était pas eugéniste, à qui l’on doit d’ailleurs le terme gène, distingue en 1909 le génotype, soit le stock génétique du phénotype l’ensemble des caractères. Mais comme il n’existait  pas de moyens de percer le secret de ces gènes, la préoccupation scientifique, en dehors de moyens génétiques, ne pouvait s’articuler que sur la formalisation statistique et sur le mythe racial. C’est ce qui déboucha sur une pseudo science, comme l’atteste ce passage de Christophe Jensen :

           

« En 1900 le fondateur de « l’hygiène raciale » en Allemagne, Dr. Alfred Ploetz participa a un concours d’essais parrainé par l’industriel Alfred Krupp. Il attribuerait un prix au meilleur essai sur le sujet : Que pouvons-nous apprendre des Principes du Darwinisme dans leurs Applications au Développement Politique Intérieur et aux Lois de l’Etat ? Wilhem Schallmeyer, qui gagna le premier prix, interpréta la culture, la société, la moralité, même « bonne » ou « mauvaise », en termes de lutte pour la survie. … le Dr Alexander Ploetz, approuva la totalité de l’essai et soutint la supériorité de la race Caucasienne de laquelle, bien sûr, il excluait les Juifs. Il suggéra par exemple qu’en temps de guerre seules les personnes racialement inférieures soient envoyées sur le front pour épargner le « meilleur » segment de la population. Comme les soldats du front sont ceux qui sont tués en premier, cela empêcherait la part la plus pure de la race de s’affaiblir inutilement. Il suggéra aussi qu’un panel de médecins soit présent à la naissance de chaque enfant afin de juger si celui-ci est suffisamment fort et digne de vivre, sinon, de le tuer »[29] 

  

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affiche raciste contre un soldat noir de la première guerre mondiale 

  

Le prix Nobel 1913, Charles Richet publie La sélection humaine, et abonde dans ce sens. Il prévient des risques encourus par l’aristocratie que représente les blancs exposés aux «détestables éléments ethniques» asiatiques et  africains.

  

Pourtant, ce sont là les mêmes «détestables» qui viendront se battre pour l’Europe, au nom de la liberté et l’égalité durant la première guerre mondiale. Autant furent reconnaissants maints européens libérés, autant les racistes furent outrés de les voir se lier d’amitiés avec des blancs et des blanches. Ils les calomnièrent oubliant que ce sont eux qui furent les premiers sur la ligne de front, ou oubliés dans les tranchés de la«drôle de guerre» d’où on les déguerpira à coup de gaz pour lesquels les masques disponibles, le plus fréquemment, n’étaient que pour les soldats blancs. 

  

Si ces extrémismes se vérifieront dans la vie pratique des années qui suivent, des développements plus subtils existent aussi. Il est d’ailleurs faux de croire que la séduction des eugénistes ne se fit qu’à la droite du spectre politique. Il y eut bien des gens et des institutions de gauche partisans de ces thèses, comme le socialiste Ploetz -l’auteur de la précédente citation- qui créa une organisation secrète pour appliquer son motto Rassenhygiene- hygiène raciale- pour la sauvegarde des aryens, où il incluait cependant curieusement les juifs déjà métissés.  Il y avait aussi une portion de la gauche britannique, à l’instar de Carlos Blacker secrétaire général de la société eugénique. 

Outre Atlantique, en Amérique, la mise en pratique de l’hygiène social et de l’eugénisme est des plus drastiques. De nombreux psychologues américains cautionnent l’entreprise. Allan Chase dans The Legacy of Malthus illustre comment 63 678 personnes furent stérilisées manu militari entre 1907 et 1964 dans une trentaine d’Etats, et un nombre similaire d’Etats légiférèrent contre les mariages mixtes. Ceci exclut des centaines de milliers de stérilisations dites volontaires, mais médicalement conseillées- sous la coercition de perte d’avantages sociaux-, à un taux entre 100 000 et 150 000 stérilisés par an, selon le Juge Gerhard Gesell, qui statuait sur un recours collectif de victimes. Un taux qui n’a rien à envier à l’Allemagne Nazi. 

  

  

Hans F. Günther publie en 1922 un best seller Rassenkunde des deutschen Volkes ( Études raciales du peuple allemand) dans la lignée des eugénistes, avec une emphase particulière sur la nordicité des européens à préserver. Il adhère au parti nazi. L’idéologie Deutsche Physik peut s’épancher dans toute l’Allemagne révélant combien la science aussi est capable de jouer une partition macabre. On commença à expurger l’Allemagne de ses tarés, malades mentaux, et autres grands malades. Mais, si on suivait les lois de Mendel, il ne suffisait pas seulement de freiner la procréation des tarés, mais aussi leur parenté. Mais comment les repérer. Pourtant Morgan et Muller, appliquant à l’homme les expériences de Mendel, sont convaincus qu’il est pour l’instant impossible de génétiquement repérer les retardés mentaux. Peu importe, on dresse des listes de maladies obligeant la stérilisation de leur porteur en Allemagne, sous le label de l’hygiène sociale. En Angleterre, la société eugénique hérite une fortune d’un certain éleveur australien du nom de Twitchin et décuple ses moyens d’action. Elle s’acharne désormais à vouloir enchâsser dans les lois la stérilisation des déficients mentaux. En 1907 dans l’Iowa, en Amérique, un projet de loi d’euthanasie pour les enfants difformes ou retardés est présenté au Congrès, mais il est renversé. L’Amérique comptait bien des apologistes des eugénistes comme Madison Grant qui édita The passing of the Great Race en 1916, que cite à témoin Hitler dans son Mein Kampf. Il sera un des maître d’œuvres du Immigration Restriction Act de 1924 aux Etats-Unis sensé freiner la route aux races inférieures.[30] Le manifeste des généticiens d’Edimbourg avertit des dérapages des nazis, tout en maintenant le cap de la préservation raciale et de la promotion des doués. Dans Le meilleur des mondes (1932), Julian  Huxley sonne l’alarme et  se distance des nazis qui vont trop loin. Soudaine lucidité de cet eugéniste, convaincu de l’hérédité de l’infériorité de l’intelligence des nègres, et qui à la fin du second conflit mondial sera récompensé comme…Directeur général de l’UNESCO. 

http://www.sickvids.150m.com/

Adolph Hitler 

 Dans We Europeans : a Survey of «Racial» Problems, Huxley  récidive, défait le mythe de la supériorité aryenne et le mensonge d’une race pure. Mais les idées de K.K Günther théorisant la race trouvent leur consécration avec Hitler qui accéda au pouvoir en 1933 et tenait à concrétiser son Mein kampf, par une gestion autoritaire du social. Six ans plus tard, il signait un décret pour achever les malades incurables et soulager l’Etat de leur charge[31].  En l’espace de deux ans, on en avait euthanasié 70 000. Ils furent les terrains d’expérimentations des camps de concentration et des génocides contre les opposants, les gitans, les socialistes et surtout de la Shoah. Envieux des allemands, Dr René Martial écrit lui, en 1934, La race française où il hiérarchise bio chimiquement le sang des  populations et préconise pour  préserver la race française de «retenir les A et O, éliminer les B, ne garder les AB que si l’examen psychologique et sanitaire est favorable»[32] En 1935, Le médecin Alexis Carrel, dans l’Homme, cet inconnu prévient de l’affaiblissement qualitatif de la race blanche face aux races extra-européenne :« la suppression de la sélection naturelle a permis la survie d’êtres dont les tissus et la conscience sont de mauvaise qualité. La race a été affaiblie par la conservation de tels reproducteurs». 

  

  

Les affres de la guerre, la déclaration des droits de l’homme, différentes générations des droits de la personne et l’irruption des pays décolonisés dans la vie internationale; diverses luttes locales et internationales; la lutte contre la ségrégation raciale en Amérique; l’affirmation des amérindiens et la lutte contre l’apartheid auront toutes redonné un élan aux peuples opprimés. Mais le racisme est tenace et devient plus insidieux face aux victoires remportées contre lui. Ses fondements scientifiques sont ébranlés toutefois, mêmes si des cycliques parutions, parfois sournoises ou anonymes,  viennent tenter de contredire  le consensus. Race et intelligence[33] prétend par exemple sans sourciller que «les noirs correspondent à des européens leucotomisés* de par leur absence de jugement de sens de synthèse»

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L’UNESCO émet en 1978[34]  une déclaration sur la race et les préjugés raciaux où le racisme est décrit comme :

« toute théorie faisant état de la supériorité ou de l’infériorité intrinsèque de groupes raciaux ou ethniques qui donnerait aux uns le droit de dominer ou d’éliminer les autres, inférieurs présumés, ou fondant des jugements de valeur sur une différence raciale»

  

Un certains consensus intellectuel abonde dans ce sens, et des travaux de plus en plus nombreux dans les champs des sciences exactes et humaines vont tempérer considérablement l’arrogance des cercles eugéniques. Parmi eux, ceux de Boas, Montagu[35], Lewontin, Jacquard auront contribué à faire  reculer les conceptions génétiques de la race. La taxonomie et l’idée de race elle-même s’étiolent, d’autant qu’on découvre que les différences génétiques entre deux groupes ethniques sont aussi grandes que celles entre membres d’un même groupe ethnique. Aucune hiérarchie ne s’avère biologiquement, quoique des démarcations biologiques parcellaires  permettent encore de parler de différences entre groupes humains.  Ainsi à l’époque, les classifications s’attardent sur le degré de mélanine- l’écran au rayonnement ultraviolet ( à l’exception notable des Pygmées et Inuits moins exposés pourtant aux UV)- qui demeure concentré ou qui se dilue voire disparaît. Quatre à cinq gènes permettent cette synthèse de la mélanine, différencient les humains en groupes phénotypiques noirs, jaunes et blancs. La tolérance ou l’intolérance du lactose, et la présence ou non de l’enzyme de la lactase qui permet sa digestion, départagent principalement les européens des asiatiques et africains.  Dernière disparité,  celle au niveau des groupes sanguins et du système rhésus dont le contrôle génétique est situé dans 3 espaces de chromosomes constitués chacun de deux familles de gènes. On détermine 8 combinaisons, « l’une d’elles, dites Ro, n’est présente à fréquence élevée qu’en Afrique noire; une autre, dite r, est très rare en Asie et dans le pacifique mais elle a une fréquence élevée et sensiblement constante d’une population à l’autre, en Afrique et en Europe»[36]

  

En l’absence de toute hiérarchie possible dans ces différences, le débat s’était entre-temps transposé sur les aptitudes de l’intelligence entre les humains. Les expériences allaient bon train partout, notamment à Montréal, où on procéda au long des années 50 au Allen Memorial Institute à de sinistres expériences au profit de la CIA américaine sur des patients canadiens! Mais la vraie bombe survint en 1969, lorsque Arthur Jensen rédigea un article[37] et prétendit que dès l’âge de 8 ans, l’enfant a atteint son potentiel d’intelligence. Il peut être mesuré et permettrait de différencier hiérarchiquement les blancs des noirs, et que le milieu ne pourra rien n’y changer à cela. Induit en erreur par les conclusions de Burt, il se trompe puisque « l’héritabilité*, qui analyse les écarts entre individus appartenant à une même population, ne peut en aucune façon être utilisée pour analyser les écarts entre populations»[38]  Eysenck [39] dans la lignée de Cattell abonde dans le sens de Jensen et entame le refrain du QI hérité et de l’infériorité génétique innée de l’intelligence des noirs.  Convaincu que le facteur g de l’intelligence est repérable et mesurable, comme l’affirme Spearman, Eysenck est le principal responsable de l’idée que « l’intelligence a une base physique qui s’est révélée être fortement héréditaire» et, surtout, de l’exagération du fait que le génotype produirait différents phénotypes selon des milieux divers.

Dans cette période des années 70 et 80, malgré l’acharnement de ces auteurs racistes, il se dégage en général le consensus dans la communauté scientifique que sans doute le patrimoine hérité des parents, autant que l’environnement détermine l’intelligence de l’enfant. Que cette dernière fait intervenir tellement de lieux et de réseaux au sein du cerveau, qu’il est vain de localiser un siège spécifique de l’intelligence. Que ce n’est pas tant l’individu, mais plutôt le gène qui se reproduit, en se transmettant d’une génération à l’autre, non pas par  une série de caractères, mais par une série de gènes contrôlant les caractères.

  

  

  

-Le post-eugénisme

  

« Comme toujours, les spécialistes de la race recherchent un vaste public pour leur propagande, et le danger demeure donc que leurs prétentions soient reçues telles quelles, pendant que les groupes fascistes espèrent, de leur côté, que l’idéologie du racisme sera un jour acceptée comme une «donnée scientifique», car à ce moment là seulement leur heure viendra».[40]

  

 La grande différence que je note, entre ce que je nomme le post-eugénisme et l’eugénisme moderne, c’est que c’est un triomphe subtil de l’eugénisme positif où le bonheur collectif passe après le bien être individuel. La somme de choix individuels, orientés vers une finalité similaire à celle de l’eugénisme positif, est atteinte par des adultes consentants. Ils sont frileux de leur liberté et des palettes de choix possibles pour réguler leur être, comme leur progéniture. Cela est probablement un signe de l’évolution de la société capitaliste individualiste,  mais aussi de l’évolution individualisée des biotechnologies, et de la médecine prédictive. Les dérives de ces dernières s’avèrent être aussi éthiques que politiques. Le spectre de l’eugénisme embrasse un champ plus large du social et de la science. De la mère porteuse à la procréation assistée, au dépistage,  à l’embryon sélectionné en passant par le contrôle des informations génétiques sur la santé individuelle et collective; la liberté de choisir permet une brèche au post eugénisme. Mieux, le capitalisme agressif du néo-libéralisme impose des normes de plus en plus sévères de croissance et d’efficacité, afin de susciter des rendements toujours plus performants. Il devient difficile pour les travailleurs de s’ajuster à cette frénésie. Une division raciale du travail- à la faveur des fuite de cerveaux et des travailleurs laborieux vers les pôles de prospérité, parallèlement à une chute de la natalité de ces sociétés plus aisées- entraîne des réflexes sociaux d’un autre âge. Le renouveau raciste qui en découle est plus subtil, moins explicite, diffus et non affirmé ou déclaré. A chaque fois d’ailleurs qu’il s’exprime publiquement, un brouhaha de désapprobation collective atteste de réflexes relativement automatisés de la société civile non raciste. Une désapprobation plus sur la forme que sur  le fond, d’une part.  D’autre part, la société est peu  au fait de ce qui se trame dans les laboratoires de génétiques et autres instituts de recherche. Le déchiffrage du génome humain y a entrouvert une révolution pour l’humanité. On a pu se rendre compte de la complexité des notions et de la nécessité de passer au dessus de nos conceptions un peu vieillottes de la génétique. Comme dit de façon imagée Exama, auteur d’un ouvrage sur la question et invité de notre émission de Radio Amandla,   génétiquement le concept de race n’a aucun fondement scientifique puisque:

  

«- L’être humain a moins de bagage génétique qu’un grain de riz;  Les Européens modernes descendraient d’un groupe d’à peine quelques centaines d’africains; les Suédois descendraient des Nigérians; Les humains sont identiques à 99.9%; Il n’y a pas de différence statistique entre les peuples – il y a plus de différences génétiques entre deux frères québécois (même père et même mère) qu’entre le peuple québécois d’un côté et le peuple haïtien de l’autre; La différence entre blancs, jaunes et noirs n’est pas génétique (ils ont les mêmes gènes pour la couleur); L’expression de la couleur est soumise à l’influence d’un jeu d’enzymes; Une chatte de couleur foncée a donné naissance par clonage à un chaton blanc»[41]

  

Mais bien qu’ayant considérablement relativisé l’enjeu du débat entre inné et acquis au niveau de l’intelligence et démystifier l’idée de race, l’avancée biogénétique offre de nouvelles perspectives à l’eugénisme qui s’essouflait.

Il y eut d’abord un pic noté par la parution de l’ouvrage post eugénique de Charles Murray[42] et Richard Hernstein « The Bell Curve » (la courbe en cloche) 1994. Autant que les recherches  de Burt et Howard, Holzinger sur les QI[43] et le génotype intellectuel, il ne construit pas un modèle la dominance génotypique. 

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Le controversé ouvrage, s’articule principalement sur les travaux d’extrême droite de Arthur Jensen, John Hunter, Frank Schmidt, Malcom Ree. Au-delà des préjugés qu’il tente de conforter, il apporte surtout des développements sur la fiabilité du QI. Le QI comme indicateur de corrélation sociale d’abord. Il révèle le fait que la société américaine est depuis cinquante ans structurée sur la base du QI[44] qui dorénavant la hiérarchise. C’est donc davantage un ouvrage politique qui sous-entend la localisation du facteur g comme siège de l’intelligence.

L’étude se fonde sur une base de données (The National Longitudinal Study Youth) pour procéder à une analyse régressive. La base est considérée fiable sans preuve, alors qu’elle est principalement constituée de questionnaires d’entrée à l’armée, alliant des questions de formation générales ou de mathématiques rébarbatives pour des jeunes faiblement scolarisés. La courbe en cloche soutient que l’intelligence est innée (le QI aussi[45]) et que qu’il vaudrait mieux ne pas gaspiller tant d’argent à soutenir les politiques socio-économiques de discriminations positives à l’endroit des noirs, et des moins intelligents. Ils sont de plus en plus marginalisés par le fossé technologique  sous la houlette de l’élite cognitive (celle qu’il faut encourager pour maintenir la croissance capitaliste), et argue le fait que la force de travail est de moins en moins requise dans les systèmes productifs.

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Les noirs seraient donc les moins intelligents et de surcroît affaiblissent le niveau moyen de la population. Avec force statistique, est illustré combien les Noirs auraient un QI moins élevé que la moyenne de la population, ce qui justifierait le pourquoi de leur statut économique et social (il montre aussi que les blancs pauvres sont ceux qui ont un faible QI.). On insiste pour dire qu’il est vain de tenter de relever le QI d’enfants issus génétiquement de parents ayant un faible QI. Le glissement sur la condition pauvre, résultant de leur infériorité intellectuelle et génératrice de criminalité, n’a de cesse de revenir dans les proclamations racistes. A l’instar de la récente déclaration du Sénateur William Bennett «Si vous voulez réduire le crime, vous pourriez faire avorter chaque bébé noir de ce pays et faire chuter ainsi le taux de criminalité»[46]! Dans le contexte du criminel retard dans l’assistance aux victimes pauvres et noirs de l’ouragan Katrina, ces propos ont eu un écho terrible aux USA, et ont dû être désavoués même par les faucons de la droite! 

  

Plusieurs écrits ont tenté de démontrer les fins politiques suprémacistes derrière La courbe en cloche, dont les auteurs sont proches du Mankind Quaterly et du Pionner Fund  Cette dernière finança Rushton, le canadien d’origine sud Africaine, autre raciste académique, notoirement connu pour ses recherches sur «la petitesse du cerveau des noirs et la longueur de leur pénis» . Il est désormais Président du Pionner Fund. Est-ce Murray, Rushton ou Suzuki et Gutkin que le Professeur Larrivée de Montréal a suggéré en lecture à Mailloux, pour qu’il profère ces insanités? Peu importe.

«…le test d’intelligence n’est pas une simple opération de mesure, ni l’intelligence une simple grandeur mesurable, comme l’admet le «bon sens« positiviste, mais qu’ils sont tous deux, bien plus profondément, un rapport social. Rapport qui n’a donc pas plus de chance d’être compris en dernière analyse à partir de la génétique que la valeur de la monnaie ne peut l’être à partir de l’analyse chimique des métaux précieux»[47] 

Howard Gardner, professeur en science de l’éducation à Harvard retient que le quotient intellectuel ne peut traduire l’intelligence. Sans endosser sa classification, je considère qu’on peut démultiplier ces catégories. Où classer le chaman, le féticheur, le chasseur  dans celle-ci..etc.. Ainsi pour Gardner «chaque individu possèderait, à des degrés divers, sept formes d’intelligence qu’il convient de mesurer séparément :

  • L’intelligence musicale qui prédispose à la musique ;
  • L’intelligence du geste notamment chez les danseurs et les sportifs ;
  • L’intelligence logico-mathématiques mesurée par les tests de QI ;
  • L’intelligence linguistique des poètes et des écrivains ;
  • L’intelligence spatiale qui permet de se repérer dans l’espace ;
  • L’intelligence interpersonnelle qui est l’apanage des personnes intuitives ;
  • L’intelligence intra personnelle qui permet de mieux se connaître soi-même.»[48]

  

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Les eugénistes reviennent récemment à la charge. Le problème avec les énoncés de La courbe en cloche, ou ouvrages du même acabit, est leur volonté de rendre singulière l’intelligence qui par essence est multiple, autant dans ces sièges cérébraux que ses manifestations. De nouveaux développements apparaissent. Ainsi en juin dernier l’ontarien Rushton et le psychologue Arthur Jensen de l’ Université de Californie lancent une étude dans  Psychology, Public Policy and Law, où ils présentent 10 catégories de preuves axées sur des tests militaires et académiques, la taille des cerveaux et des études sur l’adoption, prouvant que les Est-asiatiques ont génétiquement bénéficié de l’évolution par rapport aux blancs, que ces derniers le sont par rapport aux noirs. 50 à 80% du fossé dans le QI seraient redevables à la génétique (l’étude sous estime l’environnement les facteurs du milieu, l’alimentation, l’éducation familiale et sociale etc..) 

  

  

  

Rushton dans une entrevue déclare: 

 «You absolutely have to accept that Chinese people are going to be under-represented on the basketball team, and that black people are going to be under-represented in high school graduates».

20me17

Il va falloir que Rushton lise l’étude de l’université Mc Gill qui fait des jeunes noirs la catégorie la plus diplômée au Québec. L’étude de statistique Canada vient démontrer l’importance des facteurs environnementaux dans l’accès à l’emploi, le niveau de revenu, malgré le haut niveau de scolarité des «minorité visibles»[49] (en passant, ce terme est en soi une forme latente de racisme). Les chances sociales sont déterminantes dans la croissance intellectuelle des enfants. Demandez le à James Meredith,  qui en 1962, sous le président Kennedy dût franchir l’entrée de l’université protégé par la garde républicaine contre la horde de racistes qui s’y opposaient! 

  

  

Cover image, Cell, December 29, 2004; illustrator, Sean Gould Photo 

La recherche récente soutient que le cerveau continue de se transformer. Différenciation complexe du cerveau d’abord entre primates et rongeurs. Évolution encore plus marquée dans le groupe de gènes responsables de tout le système nerveux. L’évolution phénotypique du cerveau dans l’origine de l’homo sapiens est notée par une progression moléculaire marquée dit  l’équipe du Dr Bruce Lahn, de l’université de Chicago.  Elle observe deux gènes (« Les 2 gènes seraient : la variante microcéphale apparue lors de l’émergence de la musique, de l’art, des pratiques religieuses et des outils plus sophistiqués ; l’autre, appelée variante ASPM, serait apparue au moment de l’émergence de l’agriculture et des villes, de même que des langues écrites[50]»)

«Based on the analysis of human polymorphism patterns, we found evidence that some of these genes are experiencing ongoing positive selection in modern humans, suggesting that the human brain is still evolving actively toward new and more adaptive forms»[51].   

  

La même sélection naturelle qui a permis de favoriser la séparation entre l’humain et les simiens, se poursuivrait au niveau des séquences d’ADN  de ces 2 gènes.  Pour sonder la fréquence de l’haplotype D entre groupes humains, un échantillon de 1000 personnes révèle des variations présentent chez 30%, soit la même distribution d’haplogroupes dans l’humanité. La microcéphale de l’haplogroupe D serait apparue autour de 37 000 ans dans l’humanité, coïncidant avec les premières formes culturelles. L’ASPM autour de 5800 ans, coïncidant avec la diffusion de l’agriculture et les premières agglomération et l’écriture. La question est de savoir si les gènes qui contribuent à réguler la taille du cerveau concourent à ces connaissances en étant  la cause de ces développements culturels, ou si il y a influence réciproque. L’équipe spécule sur la distribution des haplogroupes présente davantage dans les autres groupes humains qu’en Afrique, sans pour l’instant tomber dans les élucubrations racistes. D’ailleurs, l’équipe de Lahn mentionne qu’il serait incorrecte d’ interpréter les résultats comme l’illustration de l’évolution d’un groupe plus qu’un autre, et que les différence notées entre groupes humains sont infinitésimales comparée aux grandes différences de caractères d’intelligence au sein d’un même groupe :

«One can make guesses, but our study doesn’t reveal how these positively selected variants arrived » … « They may have arisen in Europe or the Middle East and spread more readily east and west due to human migrations, as opposed to south to Africa because of geographic barriers. Or, they could have arisen in Africa, and increased in frequency once early humans migrated out of Africa.”..

Le grand problème est qu’il faudra expliquer historiquement comment la domestification des plantes et les première traces de pratiques agraires comme de villes (les nomes) et d’écriture  naissent en Afrique, bien avant  que dans le reste du monde, malgré cette faible représentation d’haplogroupe ? 

  

20me19Albert Einstein 

Les glissements des interprétations sont toujours possibles dans l’ère post eugéniste. Ainsi par exemple, les juifs qui ont longtemps été historiquement victimes de racisme, probablement d’abord à cause du mythe du peuple élu, seraient désormais partagés au niveau de leur intelligence. Une composante juive se dégagerait des autres composantes juives. Le QI des juifs Ashkenazes ( comme Freud ou Einstein ) serait de loin supérieurs aux autres. Gregory Cochran, Jason Hardy, Henry Harpending[52] se demandent comment, alors qu’ils ne forment que 3% de la population américaine, est-ce qu’ils constituent 27% des prix Nobel, ou la moitié des champions d’échecs ( dans la projection de la comparaison entre européens et Azkhénazims il y a peu de différence dans la moyenne, mais dans les QI supérieurs à 140, on note 4  pour 1000 pour les uns et 23 pour 1000 pour les autres..) 

Cette aptitude serait due selon eux à une mutation génétique: 

«Ashkenazi literacy, economic specialization, and closure to inward gene flow led to a social environment in which there was high fitness payoff to intelligence, specifically verbal and mathematical intelligence but not spatial ability. As with any regime of strong directional selection on a quantitative trait, genetic variants that were otherwise fitness reducing rose in frequency. In particular we propose that the well-known clusters of Ashkenazi genetic diseases, the sphingolipid cluster and the DNA repair cluster in particular, increase intelligence in heterozygotes.Other Ashkenazi disorders are known to increase intelligence»[53] 

  

Les auteurs en viennent à considérer l’hypothèse que quiconque portant le sphingolipide ou toute autre des déficiences génétiques engendrant de telles mutations devrait mieux performer que la moyenne des gens aux tests de QI. Est-ce depuis 1000 ans la promiscuité, l’endogamie et le contact à certaines maladies, ajoutées aux exigences professionnelles financières et religieuses, et l’oppression raciste qui auraient favorisées de telles mutations chez ce groupe affecté de cette anomalie génétique ? Cette mutation suffit –elle à rendre quelqu’un plus intelligent ou stimule-t-elle un caractère de cette intelligence dans les séquences qui font intervenir les réacteurs au sens logique, ce qui prédispose à réussir des tests axés majoritairement sur des questions logiques ? On en est à l’exploration, et possiblement à la merci de charlatans fabricant un jour des pastilles… activant le sphingolipide.

Pour l’essentiel des scientifiques, l’intelligence relève majoritairement du cheminement personnel que de l’hérédité. Personne ne nie le legs des parents. Mais ce potentiel aussi riche soit-il ne peut suffire à lui seul. Interchangez l’enfant d’un dit doué Azkhénaze  de Harvard avec celui d’un homme simple qui vit dans le dénuement d’une famille nomade d’un oasis en plein désert, et on verra bien qui aura les chances de se retrouver à Harvard. Les tests d’intelligence s’attardent sur l’intelligence abstraite (verbomotion, raisonnement, imagination, positionnement spatial..). Ils ne peuvent mesurer d’autres pans de l’intelligence dite intuitive ou sensible ( l’émotion, l’affect -saisir ses émotions et celle des autres- dextérité pratique, la sensibilité artistique, la traduction des sens, l’inspiration etc..). Le post eugénisme en cherchant désespérément le siège de l’intelligence et son origine innéiste, sous-estime la complexité de la machinerie cérébrale et l’ampleur des connectivités. 

20me20

 Comme le dit savoureusement Michel Duyme :

«Pour prendre une image, si une ampoule électrique s’allume, il faut que l’ampoule fonctionne mais également que la douille, le fil électrique l’interrupteur fonctionnent correctement. L’ensemble de ces paramètres sont requis pour qu’au final la lumière apparaisse…» [54] 

  

Les généticiens, à mesure qu’ils déchiffrent le génome, arrivent à plusieurs conclusions. Après 13 ans d’exploration, le grand projet nous apprend que les êtres humains ont en commun 99,9% du même stock génétique.

  

20me21

Autre révélation qui devrait conduire le laborantin qui dissèque sa souris à plus d’humilité, son stock génétique est à peine supérieur à celui de sa victime. Nous n’avons pas 100 000 gènes[55] mais une trentaine de milliers au plus, du moins pour l’instant à l’état de nos connaissances[56]. Au lieu de s’attarder sur ce qui nous rassemble, les post eugéniques se sont empressés, au nom de la science et de la découverte des tares génétiques, de fureter sur ce qui nous différencie soit la variation de l’ordre de la fraction de milliards dans le génome ! Sans être eugéniques bien des scientifiques sont intrigués par le fait que nous soyons si identiques à tous les autres mammifères, voire disposons d’un génome plus réduit que l’essentiel des spécimens du règne des organismes. 

  

20me22

Certains savants doivent à présent justifier notre présumée supériorité sur les règnes du vivant, non plus sur le nombre de gènes, mais sur de fines métamorphoses.

Celles qui autorisèrent un dispositif génétique aussi limité que le notre à générer un cerveau aussi complexe que celui de l’humain. 

Dès lors, si ces mutations avec des gènes codant ou non des protéines sont l’explication de nos degrés de complexité, on déduit la nouvelle aubaine des eugénistes. Il leur suffira désormais de spéculer sur l’infériorité et la supériorité des uns et des autres, en fonction des mutations survenues dans des groupes humains et qui, modifiant l’environnement cellulaire, autoriseraient de telles hiérarchies.

C’est par le canal des maladies et tares que ce glissement surtout se fait. 

 On  recense  des milliers de mutations responsables de maladies chez l’humain. Mais les mutations d’un fondateur originel sont relativement spécifiques et c’est elles que l’on traque. On entend par fondateur originel, un ancêtre porteur d’une erreur génétique qui a perpétué sa mutation dans sa descendance devenue un groupement humain. Il est important de situer quelques autres récentes trouvailles, relevant de la génétique aux mutations fondatrices qui permettent de distinguer les humains entre eux. Si elles ouvrent de nouvelles pistes pour la médecine, elles autoriseraient aussi des dérives eugénistes.

Par exemple dans la lutte contre le SIDA. Il est soutenu que les ravages plus grands de cette pandémie chez les  africains, par rapport aux européens, proviendraient du fait que ces derniers ont développé une résistance alors que leurs ancêtres ont été confrontés à l’épidémie de peste de 1346. Dès 1996, l’équipe de Kroup a porté cela à l’attention de la communauté scientifique.[57] Jusqu’à présent, les laboratoires n’ont pas trouvé d’africains porteurs de gène anti VIH héterozigote ou homozygote ( les porteurs héterozygotes héritent d’un gène normal CKR-5 d’un parent et CKR-5 mutant, mais protecteur de l’autre parent.). Les porteurs du gène mutant disposent de récepteurs secrétant des chemokines qui assistent le système immunitaire contre le virus, selon Richard Kroup du  Aaron Diamond AIDS Research Center .  La composante caucasienne elle-même n’est pas à l’abri du phénomène puisque :

«Researchers estimate that perhaps 1 percent of the white population carries this inborn protective mutation. They speculate that, perhaps centuries ago, the defect protected against some other viral invader and thus gained a toehold in the population. HIV immunity has also been observed in rare cases among african american although a mechanism other than CCR5 appears to be at work.» 

 Il existe d’autres mécanismes subtils, tout aussi intrigants cette fois ci dans certaines populations noires. Ainsi, pourquoi certaines prostituées (5%) de Nairobi au Kenya porteuses du virus ne contractent pas la maladie et disposent d’anticorps pour la combattre. Ou alors elles l’a contractent bel et bien et la combattent, soutient Larry Gelmon, chercheur principal de l’ Université du Manitoba et l’Université de Nairobi[58].  Au Kenya, 16 personnes meurent à toutes les heures du Sida  et plus de 13% de la population du pays, soit 1,9 million de personnes, est atteinte par le virus HIV. On comprend toute l’importance du succès d’un vaccin en test à partir des mécanismes de protection de ces femmes, surtout  contre cette sous-catégorie A du virus VIH.[59] Hélas, des luttes de pouvoirs au niveau des brevets et des droits de compensation  retardent ce projet et bien d’autres d’ailleurs.[60]

plantu10Plantu.13.10.1990

Le «post eugénisme positif» permet désormais de faire apparaître de nouvelles formes de thérapies personnalisées et propres à certains groupes ethniques. La question étant, est ce que la recherche peut tenter de la rendre accessible aux autres groupes humains ou cela va-t-il demeurer propres à ceux qui l’ont à leur disposition. Les thérapies génétiques sont d’autant révolutionnaires qu’elles ne s’attardent plus seulement sur les symptômes, mais vont dépister et tenter d’extirper la maladie d’origine génétique qu’elle soit du domaine du cancer ou d’affections neurologiques ou cardiovasculaires…Prévision des potentialités et des conséquences, la voie de la révolution moléculaire ouvre une ère royale pour  «l’utopie génomique». Le patrimoine génétique de l’humanité deviendra t-il le patrimoine politique et économique de quelques-uns? Assiste-t-on nous à la revanche feutrée de l’eugénisme? 

  

bidil heart failure race 

On saurait depuis 1980, que le BiDil par exemple serait un médicament pour le cœur plus efficace sur les noirs que les autres populations lorsque utilisé en combinaison avec d’autres médicaments selon la compagnie fabricante[61]. Cela proviendrait du fait que les patients cardiaques noirs auraient une plus grande déficience en oxyde nitrique que les blancs. L’étude du FDA sur l’efficacité du produit a constaté, avant même la fin du dépôt de son rapport, 43% de réduction de mortalité parmi les patients qui prennent ce médicament. 

Le 16 juin 2005, la FDA à l’unanimité de son panel, autorise pour la première fois dans l’histoire américaine, l’administration de ce médicament basé sur la «race».  Les implications de telles conclusions sont nombreuses. Une médecine génétique et ciblée peut elle redevenir universelle? Qu’en est il de la plus grande disparité génétique au sein des noirs eux-mêmes, qu’entre eux et les autres groupes humains? N’y aurait il pas d’autres facteurs extra génétiques, relevant du stress, de l’alimentation, du mode de vie qui entreraient en ligne de compte? N’est ce pas plus le milieu que les gènes qui sont réellement en cause? Pourrait on tester le BiDil sur des africains du continent? Personnellement, je ne serai pas surpris que les africains-américains, vivant sous davantage de stress, une culture du stress, et un mode de vie et une histoire qui y prédisposent, aient plus de séquelles d’oxydation dans leur cellule que les africains du continent. Le calcul économique de cibler une clientèle entre -t-il en ligne de compte dans le choix de telles recherches? L’universalité du médicament, à priori devrait rapporter plus, mais la spécificité aussi rapporterait autant. Selon Jonathan Kahn, éthicien médical à la  Hamline University School of Law au  Minnesota, Nitromed, la compagnie pharmaceutique n’a de toute façon testé son médicament que sur des noirs pour obtenir les brevets. En fait, elle  disposerait au moins de deux brevets, l’un pour usage général qui expire en 2007, et l’autre spécifique aux noirs n’expirant qu’en 2020. Kahn de conclure .

« If you wanted a scientific basis for approving a race-specific drug, you would enroll more than one race [in the clinical trial]. If you wanted a commercial basis to bring BiDil to the market as a race-specific drug, then you would only enroll one race because you ensure, that if it is shown to work, it will be shown to work in just one race, » he said. « That may be good commerce but it is not good science»[62]

Une autre maladie offrant des perspectives de relance pour le post-eugénisme est l’anémie falciforme ou drépanocytose. Plusieurs mutations dans l’histoire ont produit un polymorphisme génétique. Quelques groupes de populations présentent des hémoglobines anormales à des niveaux significatifs en Afrique de l’ouest (HbC) en Arabie (HbO), en Inde (HbD) le sud ouest asiatique (HbE) et quelques aires dispersées de la méditerranée (thalassémies séquences variées de a et b).  L’apparition de la mutation se serait faite sous cinq différents haplotypes, soit à cinq périodes et endroits différents dans l’histoire. On constate que ces cas hétérozygotes présentent une résistance marquée au paludisme et une plus faible mortalité , en tous cas 2,17 moins de chance que les homozygotes de contracter le paludisme.  Quand on sait que la malaria tue 2 millions de personnes par an, on voit tout l’intérêt pour les 400 millions de porteurs du plasmodium de bénéficier des avantages qu’ont les anémiens falciformes.[63]  En retour, s’ouvrent des possibilités de soins par la greffe de moelle allogénique pour ces derniers. 

Les juifs Azhénazim, qu’on a déjà évoqué, sont sujets plus que tout autre groupe humain à la maladie de Tay-Sach qui attaque le système nerveux. Un enfant atteint en général ne survit pas à l’âge de 4 ans. Une politique systématique d’avortement dès le diagnostic du fœtus a permis d’éradiquer la maladie en Israël. On ne signale qu’un cas en 2003 dans ce pays, et à New York où la communauté est importante, selon le Dr Desnick de l’hôpital Mt-Sinaï de Manhattan, sur les 10 cas de bébés recensés en Amérique aucun n’était juif.[64]

Dans le cas de greffe osseuse, les antigènes HLA sont en général plus disponibles au sein du même groupe ethnique. Certains patients peuvent se retrouver sur des listes d’attentes interminables dans l’attente d’un donneur provenant de leur groupe ethnique.[65] Dans le cas d’hémachromatose héréditaire, dont la mutation remonte à un ancêtre commun en Europe, les patients ont une tendance de si bien absorber le fer, qu’il leur devient malsain voire fatal, entraînant même parfois la mort. Là aussi la génétique offre des perspectives. 

De la fibrose kystique, au gène de cancer  à l’hémophilie, la liste des maladies génétiques propres aux groupes ethniques s’allonge. Avec le brassage des populations et leur métissage, le post eugénisme dispose d’instruments susceptibles de repérer des groupes ethniques et des individus à risque etc. Ce n’est plus de la science fiction que d’envisager que la médecine recourra à la génétique pour traquer systématiquement et détruire à l’embryon les humains aux gènes déficients. Une «génocratie» se profile, fabricant le nouvel humain du berceau à sa croissance et à sa préservation dans la vieillesse. L’assistance médicale à la procréation, permet la fabrication d’un individu sur mesure. Père du premier bébé éprouvette français, Testard envisage plusieurs dérives, je n’en mentionne qu’une qui touche notre objet et reproduis in extenso sa mise en garde et le commentaire de l’article :

20me24

Également nommée «diagnostic génétique préimplantatoire» (DPI) cette technique consiste à produire de nombreux embryons qui vont ensuite être observés et triés afin de conserver celui qui est considéré comme le meilleur. Interdite en Suisse, elle est déjà utilisée dans certains pays pour éviter d`avoir un enfant hémophile ou parce qu`il y a un risque que le futur bébé ait un gène de cancer. Le fait que le DPI soit utilisé non plus lorsqu`il y a la certitude d`une pathologie grave, mais dans les cas où seul le risque de maladie est présent «Parce que cela va contre la biodiversité» «Lorsque les parents devront choisir leur futur enfant, ils demanderont au médecin de sélectionner ce qu`il y a de mieux et ce dernier prendra un embryon conforme à l`époque. Tout le monde deviendra pareil.»  Mais ce que le spécialiste redoute encore plus ce sont les effets contre l`altérité. En effet, il y aura quand même des individus porteurs de certaines tares. Le risque est grand qu`ils soient très mal considérés parce qu`ils représenteront une sorte d`insulte au progrès qui aurait pu mieux les créer. Par ailleurs une «police génétique» pourrait s`instaurer obligeant les individus à faire des démarches de normalisation pour ne pas coûter au système de santé et d`aide sociale. Une forme de racisme particulièrement pernicieuse pourrait également voir le jour un «racisme du gène» à base scientifique et démontré statistiquement»[66] 

  

20me25

Les dérives sont nombreuses et concernent les droits de la personne. Autant au niveau de la prédiction médicale, du clonage, adjonction de chromosomes naturels ou artificiels, tous compatibles avec l’individualisation des choix.  Les banques d’empreintes génétiques se grefferont aux données rétiniennes, déjà en vogue dans le délire sécuritaire.   On pourra ainsi, au nom de la prévention de la santé, répertorier le profil individuel et collectif et, dépendamment de la nature totalitaire du régime politique, imaginer bien des scenarri d’horreur. Est-il possible qu’en plus de la discrimination raciale apparaisse la discrimination génétique? Une seule réponse concrète contre tous ces problèmes et dérives, le rééquilibrage des chances sociales et un système de droit ferme et transparent, au profit du patrimoine commun de l’humanité. 20me26 


  

II De quelques contributions de l’Afrique à la civilisation  

  

  

On ne peut passer en revue ce que l’Afrique a apporté à l’humanité. En général on s’attarde sur les legs culturels, principalement de la musique à l’art plastique. Retenons ici seulement pour la pertinence de notre sujet quelques autres faits saillants. La première contribution est involontaire et relève de l’évolution humaine; l’humanité est monogénétiquement d’origine africaine. La seconde a trait à des legs de civilisations africaines. La troisième renvoie à l’insertion défavorable de l’Afrique à la mondialisation. 

  

 L’humanité monogénétique

  

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Vérifiant la tradition orale des anciens africains, qui situait l’avènement de l’humanité aux pieds des monts de la lune, une poignée de chercheurs dont Cheikh Anta Diop[67], a fait écho à l’intuition de Darwin et à la thèse monogénétique de Leakey qui a compris, en 1959, ce que le reste de l’intelligentsia dominante s’est évertuée à ne pas reconnaître; à savoir, que l’Afrique avait bel et bien été le berceau de l’humanité. La signification d’une telle affirmation, devrait, pour être appréciée, être replacée dans le contexte raciste et colonialiste de l’époque. 

  

Il n’ y a aujourd’hui aucune gloire à reconnaître cette maternité à l’Afrique, ni à en tirer un quelconque narcissisme afrocentriste. L’objectif devrait plutôt être de proclamer l’unicité du genre humain, l’absurdité du racisme et le droit à tous et à toutes au développement et à l’évolution. Mais la lutte pour s’approprier le chaînon manquant a amené bien des nations à rivaliser. Des britanniques en ont fabriqué un par exemple. En 1912, Charles Dawson exhibe un faux composé d’éléments d’un crâne humain et d’une mâchoire d’orang –outang. Il sera enseigné dans les livres et les universités comme le maillon entre l’homme et le singe ; l’ancêtre des britanniques et des premiers européens. Une double fausseté dénoncée par Alvan Marston en 1953. Ce n’est qu’aujourd’hui , avec le recul, qu’on voit combien tant d’écoles eurocentriques sciemment ou involontairement erronées ont induit le monde et la science en erreur. La plupart ont été décrypté et ont disparu du champ scientifique. Deux écoles s’affrontent désormais sur le terrain de la véracité scientifique, une thèse polycentrique ( modèle multirégional issu des années 30 et le modèle intermédiaire années  90) et une thèse monocentrique ( années 50 et dans sa variante biologique-out of Africa-1988). Nous verrons que graduellement et patiemment cette dernière reconstitue le plus fidèlement notre évolution.

  

  

  

  

  

  

  

  

  

20me28 

C’est de façon caricaturale que l’on prétend que l’homme descend du singe. En réalité, nous ne sommes que des cousins éloignés de certaines espèces de singes avec qui nous partageons plus de 90% du stock génétique ( 99% avec le chimpanzé). Chose d’autant plus surprenante le Gorille, l’orang-Outang et le Chimpanzé ont 48 chromosomes, l’humain en a 46, et cette différence apparaît encore plus tenue si on comparait ces chromosomes l’un après l’autre: l’homme a 2 chromosomes de ces singes imbriqués à leur bout et qui n’en constituent en fait qu’un seul .

En tous cas, nous dûmes appartenir à un ancêtre commun, évoluant par la suite dans des lignées différentes. Preuve vivante, le bonobo, un chimpanzé de la ceinture du fleuve Congo est un remarquable spécimen qui fascine les chercheurs par son intelligence, sa faculté de marcher debout même en terrain escarpé, sa dextérité et ses capacités industrieuses. La seule observation de cet animal pourrait convaincre bien des sceptiques. 

  

  

 A l’origine, les simiens apparaissent il y a 60 millions d’années. Parmi eux, seuls les catarhiniens il y a 35 millions d’années participeront en Afrique à l’évolution vers l’humanité. La paléontologie, se basant sur plusieurs gisements fossilifères, (avec des récoltes de plus de 200 000 fossiles, rien qu’en Afrique s’étendant de la source du Nil au reste de l’Afrique orientale et australe) est parvenue à reconstituer les grandes étapes de l’hominisation, Ainsi, selon les paléontologues, l’observation des fossiles montre que la série commence avec l’aegyptopithèque trouvé à Fayoum en Égypte. Commence donc des lignés de purgatorius sortes de petits singes. Il en descend une espèce légèrement plus grande, le proconsul il y a environ 17 millions d’années, et dans son rameau le Kenyapithèque, daté de 15 millions d’années.

  

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Les paléontologues distinguent, dans la lignée des hominidés, que la séparation avec les grands singes remonterait à environ 15 millions d’années. Des fossiles vieux entre 8 et 4 millions d’années étaient très rares, hormis les traces de pas de Laetoli, les débris de dents et de mâchoires de Tabarin, Lukeino au Kenya.. Il y a environ 7 millions d’années, la divergence entre hominidés et grands singes inaugure l’évolution humaine, principalement à la suite de la cassure qui survient dans la vallée du Rift. En 1994, deux grandes découvertes viennent bouleverser les théories généralement acceptées. 

  

  

D’abord dans l’Awash, sur un site nommé Aramis au Nord-Est du lac Turkana en Éthiopie, 17 fragments d’un spécimen daté de 4,4 millions d’années sont récoltés. C’est Ramidus ou Ardipithécus, l’australopithèque le plus ancien connu jusque là. Il fait office de chaînon manquant, alors que certains préfèrent le reconnaître comme un voisin du chimpanzé, parce qu’ il semblait être moins capable de bipédie que de se déplacer dans les arbres, et tellement l’émail de ses dents est fin comme un mangeur de fruit.. A partir de 3,8 millions d’années, les australopithèques différents se succèdent. Mais Ronald Clark de l’université de Witwatersrand en Afrique du sud a daté, en début d’année 96, des ossements de pied qu’il a pu reconstituer à partir d’une trouvaille faite en 1981. Il indique que ce spécimen. plus vieux de 500 000 ans que le bipède de Laétoli (3,6 millions d’années). savait marcher.. Le plus célèbre australopithèque sensé ouvrir sans conteste la route de notre évolution est sans doute Lucy, femelle afarensis datée de 3,18 millions d’années et capable de marcher droite, malgré ses genoux prononcés de primate. D’autres trouvailles récentes sont intéressantes: Homo rudolfensis, homo ergaster.

  

La seconde découverte majeure s’est faite par l’équipe franco-tchadienne de Michel Brunet de l’université de Poitiers à 2500 km de la fracture de l’Afrique orientale nommée Rift valley, à Koro Toro au Tchad actuel. Comment Abel, dont on a daté la mandibule et les 7 dents a 3,5 millions d’années, a-t-il pu aboutir là? Est-ce l’exception qui confirme la règle , puisque les fossiles de cette génération ont tous été trouvés à l’Est de la vallée du Rift ? Sinon existait -t-il des contemporains aux australopithèques d’Afrique orientale? Ouvrons une parenthèse pour évoquer cette question. L’évolution humaine ne serait pas aussi simple qu’on aurait pu le croire, et l’hypothèse d’un bouquet de pré-humains coexistant sur une plus grande latitude à l’échelle du continent n’est plus à exclure. On semblait de plus en plus considérer, que c’est peut être la qualité exceptionnelle des structures sédimentaires et orogéniques de la zone de la Rift valley qui est responsable de l’abondance des fossiles qu’on y trouve. Voilà qu’on n’exclut pas que des contemporains de ses fossiles, ailleurs sur le continent dans des zones plus boisées ou plus arides, aient pu exister. On cherche. De nouveau un fantastique coup de théâtre vient soutenir cette possibilité ! 20me30 Toumaï le plus ancien représentant de la lignée des pré humains est récemment  découvert  par l’équipe de Brunet dans le désert du Djourab au Tchad.

Il est biochronologiquement daté par la faune alentour autour de 7 millions d’années [68].

Un autre spécimen est dévoilé. Orrorin est daté de 6 millions d’années.

Ces découvertes attestent que l’envergure des zones de pérégrination des pré-humains est plus étendue qu’on le croyait. 

  

  

  

  

Sterkfontein find

Ici, il faut aussi revoir la thèse classique qui invoquait les conditions climatiques comme la sécheresse et la déforestation qui auraient incité les pérégrinations et accéléré la marche debout. Phillip Tobias et son équipe de l’université de Witwatesrand[69] ont exhumé à Sterkfontein en 1998 un pré-humain de 1 m22 de haut, probablement bipède, plus vieux que l’enfant de Taung , et qui serait de 500 000 ans plus vieux que tout fossile trouvé plus au Sud de la Tanzanie. 

Certes, debout, l’insolation est moins forte, et des études thermographiques montrent que même à l’ombre, le corps répartit différemment la chaleur, selon que l’on soit accroupi, assis, ou debout.

Une autre piste s’ajouterait à la raison de la station debout[70]. En recourant à la l’orthopédie dento‑maxillo‑faciale, Marie Josée Deshayes et Anne Dambricourt-Malassé proposent de répondre au pourquoi de la station debout, de la différence entre le singe et l’homme quant à la réduction du prognathisme, de l’emplacement plus prononcé sous le cerveau du canal occipital et l’accroissement du volume logeant le cortex. Ce serait dans le développement embryonnaire que se trouverait la réponse à ces questions et non pas uniquement dans le hasard, la sélection naturelle, ou l’environnement. Il existerait une dynamique d’évolution ontogéniquement inscrite- nommée attracteur – se perpétuant selon un plan vertical et transversal , selon deux pantographes, que Dambricourt‑Malassé a appelé contraction cranio-faciale :  

< Le double pantographe permet de modéliser le développement architectural de la base du crâne , chez tous les primates, depuis les stades les plus précoces. Il montre une loi générale selon laquelle, plus les os de la face et les deux mâchoires sont glissés sous le front et élargis, plus les tissus osseux situés en avant du trou occipital sont redressés. Notre thèse est que cette loi traduit une dynamique initialement embryonnaire obéissant à une logique de contraction qui perdure et se réitère depuis l'apparition des primates, voici 60 millions d'années>.[71]

  

La recherche départagera sous peu ces apports qui, s’ils rejoignent sur l’essentiel, divergent sur des aspects importants au niveau métaphysique (ici par exemple dans  le caractère déterminé à l’avance de cette évolution humaine-style Teilhard de Chardin et intervention divine- ou alors le hasard et l’œuvre de la matière).

  

Mais revenons à notre arbre phylétique. De nombreuses autres découvertes commencent aussi à faire douter que l’homo erectus, autour de 1,4 à1,6 millions d’années, a été le premier grand aventurier qui ira à la conquête des autres continents . A Java, en Indonésie, en 1970 avaient été trouvés deux fossiles. En 1994, Garnis Curtiss refait les datations. Celui de Mojokerto est daté 1,8 millions d’années par potassium argon, l’autre de Sangiron est daté 1,6 millions. 

Sur le site de Longgupo en Chine est retrouvée une forme proche d’Homo erectus datée de 1,9 millions d’années. Russel Chichon de l’Université d’Iowa, après examen des dents,  conclut qu’il s’agit d’une forme plus primitive qu’erectus . Est-il possible de reculer la date du départ des premiers globe- trotters, soit les Homo erectus à 2 millions d’années, ou est ce tout simplement Homo habilis le premier aventurier? Tout porte à croire pour l’instant que Homo erectus a bien colonisé le premier la planète. 

  

C’est en Espagne depuis 1995 que l’on découvre des traces d’hominidés vieux de 800 000 à 1 millions d’années, corroborant la thèse des pérégrinations d’Homo erectus pas seulement vers l’Asie, mais aussi vers l’Europe. A Atapuerca, en Espagne, des équipes sont  à l’œuvre à la recherche de preuves supplémentaires. Un site à Pakefield dans le Suffolk anglais en décembre 2005 a révélé des outils vieux de 680 000 ans, ce qui en ferait une trace de colonisation précèdent de loin Homo Heidelbergensis, daté de 500 000ans. 

Skull Science

  

http://news.bbc.co.uk/olmedia/745000/images/_745080_sk300.jpg 

Le squelette d’une adolescente daté autour de 1,7 millions d’années a été retrouvé à Dmanisi en Géorgie. Ce serait les traces les plus anciennes d’un pré-humain du type de Homo ergaster, qui est arrivé d’Afrique et dont la lignée européenne s’est effacée face aux homo sapiens.

  

  

La découverte exhume aussi des outils de pierre du genre acheuléen  et des ossements d’animaux. David Lordkipanidze, du musée d’Etat de la république de Géorgie est excité par cette découverte majeure qui signifierait que le peuplement africain de l’Europe s’est fait plus tôt qu’on le croyait. On a un bel intervalle temporel entre ces premier européens et ces autres spécimens d’érectus d’Europe, comme le tibia retrouvé à Boxgrove en Angleterre et daté de 500 000 ans, ou l’Erectus de Tautavel en France vieux de 450 000 ans. Toutes ces découvertes viennent rafraîchir l’étalonnage des arbres phylétiques et nuancer les propositions des paléontologues. 

En effet, l’arbre phylétique des paléontologues, se basant sur les datations au carbone 14, même améliorée par la spectrométrie de masse, est contesté par les biologistes. 

La biologie pour prouver l’évolution africaine de l’humanité 

  

 Bien que ne disposant pas pour l’instant d’une échelle temporelle complétée sur la base de leurs éléments biochimiques, les biologistes font remonter la séparation des grands singes des hominidés à 5 millions d’années, en se basant sur un arbre phylogénétique datant de 30 millions d’années. Il est vrai, à la décharge des biologistes, qu’entre 11 millions et 4 millions d’années, subsiste un vide fossile. Toujours est il que, pour Wilson, Sarich et d’autres, la variation des changements biochimiques est quasi nulle, ce qui suppose que l’horloge moléculaire (molecular clock) démarrant de la divergence entre humain et chimpanzé, excluait ramapithécus des fossiles humains le réduisant à un sivapithécus ancêtre des orangs-outans[72]. Quelque soit la controverse à ce stade entre paléontologues et biochimistes, elle allait se raviver à mesure que l’on essayait d’établir le début de l’humain moderne. 

  

Cheikh Anta Diop considérait à ce titre, que les hominidés néanderthaloïdes devaient être soumis à « des critères sévères de datations radiométriques « .[73] C’est qu’il soutenait que l’origine du néandertalien serait probablement africaine plutôt qu’européenne. La découverte d’un néanderthaloïde à Broken FER (Zambie) âgé de 110 000 ans, ainsi que d’un autre en Égypte prouverait selon toute vraisemblance l’existence de spécimens plus anciens que le würmien européen classique âgé de 80 000 ans à 100 000 ans. Non seulement l’anthropaléontologie européenne exhibe des dates allant de 200 000 voire 300 000 avec l’exemple de Sierra de Atapuerca en Espagne, en voulant y voir un Néanderthal plutôt qu’une forme d’Homo erectus, mais elle a la décence de reconnaître que ses traces partent de Gibraltar vers l’Asie. Mais Gibraltar à cette période de glace est connectée à l’Afrique. Alors il faut trouver mieux. Voilà que l’on découvre un homme de Néanderthal de 30 000 ans seulement à Zafarraya en Espagne alors qu’ils sont normalement éteints 5000 ans plus tôt. Nous attendons toujours des datations plus sérieuses de ce spécimen.. En admettant qu’il soit vrai, qu’est ce que cela signifie? Deux scénarii sont au moins possibles: 

-         soit il a co-existé une espèce de Néanderthal jusqu’à cette époque là avec des africains homo sapiens, et là se pose la question de savoir pourquoi ne se seraient ils pas métissés (une réponse serait par exemple par incompatibilité génétique). Dambricourt-Malassé. dans son analyse embryologique des capacités crâniennes trouvait d’ailleurs que l’Homo néanderthal n’était pas sapiens [74]‑;

-         soit pendant 10 000 ans les deux espèces ont vécu en Espagne avec invasion des homo sapiens et de leur métissage naquirent les leucodermes actuels. Cela contredirait la thèse retenue habituellement de la transformation sur place des négroïdes grimaldiens.[75] De plus en plus, une certaine paléontologie occidentale dans un élan anthropomorphe fait des Néanderthaliens des humains pratiquement égaux à ceux d’aujourd’hui à l’instar de l’ouvrage de James Shreeve[76]. En quête d’une paternité autre qu’africaine (car n’admettant pas la possibilité de néanderthalien africain) Fred Smith de l’Université d’Illinois soutient  » qu’ils étaient pleins de ressources, intelligents. Ce n’étaient pas des brutes. Ils étaient nous, seulement différents’ [77] 

  

«L’hominidé qui suit» le néandertalien est l’homo sapiens et précisément le sapiens sapiens africain «homme doublement savant) qui est allé peuplé les autres continents. Par adaptation et sélection, Diop suggérait qu’il se serait différencié au mésolithique avec l’apparition de la brachycéphalie, et au néolithique avec les caucasoïdes, les mongoloïdes et enfin les leucodermes. Ces derniers seraient le prototype du Cromagnon, issu de la transformation pendant 20 000 ans du négroïde grimaldien en Europe. La thèse monogénétique signifie que de 70 000 jusqu’à il y a 10 00 ans, l’humanité africaine a peuplé en trois vagues successives le reste du Monde, ne pouvait être vérifiée que sur la base de vestiges fossiles. Une fois de plus, la biologie moléculaire semble venir à la rescousse de cette thèse. 

  

  

  

  

  

Mitochondrie.png

  

Schéma descriptif de la structure mitochondriale
1 :membrane interne. 2 : membrane externe.
3 : espace inter-membranaire. 4 : matrice (source : wikipedia.org
[78]

  

  

En effet, l’arbre évolutif a connu une autre retouche, à la faveur des études sur les mitochondries de l’ADN. (Il s’agit d’organites cytoplasmiques synthétisant l’adénosine triphosphate en énergie essentielle à la cellule nucléique- le génome mitochondrial est de 16569 paires). L’ADN mitochondrique a la particularité de ne regrouper que 37 gènes, et ne se transmet que par la mère.

  

20me34

Lorsqu’on étudie des espèces proches comme l’humain et le chimpanzé, on parvient à mesurer ses modifications biochimiques, en général rapide dans le temps, et à en déduire d’assez prés la période de leur séparation. Avant de décéder, le biologiste Allan Wilson crée l’effet d’une bombe iconoclaste. Avec son équipe, ils calculèrent les mutations survenues dans l’ADN mitochondrial en déduisant leurs étapes s’échelonnant sur une périodicité régulière jusqu’à la branche la plus éloignée de l’arbre évolutif ( soit environ 3% de mutation de l’ADN mitochondrial sur un million d’années). 

  

Considérant que parmi les humains actuels, les africaines sont les plus différents génétiquement et sont donc ceux ayant le moins mutées, ils soutinrent qu’une africaine (ou plusieurs africaines), il y a 200 000 ans, serait l’ancêtre commun de l’humanité contemporaine[79]. Notre arrière grand-mère de 10 000 générations!

Une autre étude menée par Cavalli Sforza de l’université de Padua démontre que les peuples d’Éthiopie, de la péninsule arabe et les dravidiens de l’Inde ont eu un ancêtre commun africain il y a 55 000 ans.

Ornello Semino de l’université de Pavia, et  Peter Underhill de Stanford , Californie ont aussi testé l’ADN Y de1007  hommes de 25 différentes régions d’Europe et du Moyen Orient. Ils constatent 3 vagues de migrations africaines vers l’Europe : 40,000, 22,000, et 9,000 ans.  95% de ces  européens descendent d’un groupe de  1 à  10 ancêtres masculins. Plus de  80% de ces européens héritent d’ADN Y d’ancêtres de l’ère du paléolithique qui vécurent entre 25,000 à 40,000 ans en Europe, les derniers 20% descendraient de fermiers du néolithique qui y vécurent entre 9000 à 10000.[80] 

Les multirégionaux contre-attaquent en août 2002[81] citant le cas d’une patiente de 28 ans qui aurait reçu de son père 90,5% de son ADN mitochondrial. Cette possibilité extrêmement rarissime leur a été considérée suffisante pour mettre en doute la régularité de l’«horloge moléculaire». La thèse polycentrique se débat comme elle peut, les autres thèses s’étant toute effacées devant celle de l’origine monocentrique, (son processus par clades à partir d’un rameau unique il y a moins de 200 000 ans, et redaté plus précisément à 143 000 ans) on comprend l’acharnement de ceux qui refusent d’admettre l’unicité du genre humain. Pour eux, les homo erectus graduellement et dans chaque espace géographique d’Asie et d’Afrique évoluent graduellement, sur place, pour donner les homo sapiens. Au mieux certains plus ouverts admettent la probabilité d’un mélange. 

La recherche de Gerard Lucotte du Collège de France démontre que les pygmées Aka d’Afrique centrale, si on se fonde sur le chromosome Y (haplotype 13) sont nos ancêtres vivants. [82]

Un autre coup fatal aux thèses monocentriques a été apporté par une équipe internationale de chercheurs qui a fait paraître son étude dans Nature Genetics. Elle montre que nos ancêtres vivants sont en Afrique australe au Soudan et en Éthiopie et que, si on se fie au chromosome Y d’un échantillon de 1062 personnes provenant de 22 zones géographiques dispersées de par le monde, on obtient une surprenante confirmation.  L’origine africaine de l’humain moderne est attestée, mais ne date dans sa variante masculine que de 59 000 ans. Comment expliquer l’écart de près de 80 000 ans entre cet Adam et Eve africain? Probablement  que notre stock génétique s’est différencié en bouquet ou  en mosaïque à travers le temps et la dispersion géographique. 

Peter A. UnderHill et Peter J. Oefner de l’Université Stanford se basant toujours sur le chromosome Y dessinent un arbre généalogique remontant à un Adam africain avec 10 branches. Les trois premières sont exclusivement africaines. De cette troisième branche un lignage se rendit en Asie et donna naissance à la descendance 4 à 10 qui se dispersa. La branche 4 vers la mer du Japon, la cinq vers l’Inde du nord, la descendance 6 et 9 vers le sud de la Caspienne. 

L’étude des premiers Australiens, du fait de leur insularité permet de constater une très faible variation de l’ADN mitochondrial et du chromosome Y. Les variations sont de l’ordre de 150 000 à 200 000 pour l’ADN mitochondrial et de 60 000 à 100 000 pour le chromosome Y. Là où on obtient une variabilité maximale c’est en étudiant les populations de la corne de l’Afrique, où il n’y a pas d’ancienneté, attestant l’unicité du genre humain. 

  

Un point toujours intrigant concerne la dépigmentation de l’homo sapiens négroïde et sa transformation en couleurs différentes par sélection et adaptation jusqu’à l’autonomisation. Cheikh Anta Diop a toujours invoqué la loi de Gogler. On sait maintenant qu’une centaine de gènes interviennent dans les phénomènes de pigmentation. Il se trouve que c’est par hasard, en étudiant le cancer par l’entremise de poissons zébrés Golden que des chercheurs de l’université de Pennsylvanie[83] ont identifié un des gènes lié à couleur humaine.  Selon eux, la mutation d’un acide aminé dans le gène SLC24A5 aurait contribué à la transformation de la peau plus claire des européens par rapport à leurs ancêtres africains. Le gène, une mutation d’une lettre dans la séquence de 3,1 milliards de lettres de notre génome, serait responsable pour au moins du tiers de la perte de pigmentation du noir vers le blanc. 

«The evolutionarily conserved ancestral allele of a human coding polymorphism predominates in African and East Asian populations. In contrast, the variant allele is nearly fixed in European populations, is associated with a substantial reduction in regional heterozygosity, and correlates with lighter skin pigmentation in admixed populations, suggesting a key role for the SLC24A5 gene in human pigmentation». 

Déjà se font jour des spéculations sur l’usage de ces trouvailles pour bronzer ou pour se décolorer la peau sans dommage, ou pour contrer le cancer de la peau. On ne fait de toute façon que commencer à dévoiler la pointe de l’iceberg en terme de potentialités sur le gènome humain.[84]

  

Tous ces nouveaux éléments viennent conforter la thèse monocentrique. La toute dernière trouvaille relève du tracé des migrations humaines reliées au goût de  l’amertume. Il se trouve que 75% des humains perçoivent le PTC (phénylthiocarbamide) comme très amer. Les 25% ne détectent pas du tout cette amertume. Cette faculté de détection devrait remonter à des temps immémoriaux où nos organismes instinctivement nous protégeaient de l’ingestion de plantes toxiques.

Je paraphraserai ici  fidélement Dennis Drayna et ses collègues qui ont analysé cela. Ils découvrent que la combinaison de trois changements produisent la physionomie du gène récepteur de la non détection du PTC. Cette mutation génétique est advenue chez un ancêtre fondateur qui l’a légué à sa lignée. L’altération génétique est enchâssée dans une très courte séquence d’ADN ancestral, soit quelques 30 000 paires bases chez certains porteurs, révélant  une ancienneté de l’ordre de plus de 100 000 ans. Plusieurs études ont montré que les populations de l’Afrique subsaharienne sont porteuses de 7 différentes formes du gène PTC. Mais seule les formes de gènes (major taster et major non taster)  goût prononcé et goût incapable d’être détecté, se retrouvent à l’extérieur des populations africaines. Sur les 5 formes restantes, une est retrouvée occasionnellement dans des populations non africaines (et jamais chez les amérindiens), alors que les quatre autres sont exclusivement africaines. L’information suggère qu’un groupe d’Africains est bien sorti du continent autour de 75 000 pour se répandre à travers le monde, confirmant l’origine monogénétique. Mieux, la forme non taster –incapacité de détection du goût- résout la question du métissage entre homo sapiens et homo erectus. Ces derniers auraient dû avoir leur propre formes de PTC pour détecter les plantes toxiques de leur environnement. En cas de métissage, il y aurait donc dû avoir différentes formes de gènes PTC en Asie du Sud Est, de l’Est et en Europe. Mais, il y a une remarquable absence de telles variations, attestant qu’il n’y a pas eu de croisements avec résultats entre homo sapiens et autres pré-humains.[85] Ni la thèse de la transformation multirégionale –erectus se métamorphosant localement- ni la thèse réticulaire, métissage- ne sont compatibles désormais avec cette trouvaille confirmant la thèse «Out of Africa». 

« Founder mutations now add a new dimension to DNA studies : calibrating the haplotype length dates the mutation, and calculating the frequency of the haplotype in the population measures the geographic spread of the founder’s descendants. Each of us bears biochemical witness to the fact that all humans are indeed members of a single family, bound together by the shared inheritance of our genome»[86]

Espérons que des chercheurs émérites comme Yves Coppens, à qui on doit beaucoup dans ce débat, se ravisent sur certaines de leurs hypothèses de métissages entre sapiens et erectus ou d’évolution en grades. Cro-magnon est bien le premier leucoderme issu du négroïde grimaldien. 

 Sur l’évolution à partir du rameau africain, il y aura toujours des savants comme Carleton Coons[87] pour trouver le moyen d’y voir là plutôt le signe que les africains représentent des espèces moins avancées, comme s’ils seraient les derniers à avoir évolué vers l’humain moderne. Pour lui l’humain moderne est né en Asie où en Europe et se serait constitué indépendamment de l’influence africaine. Les relents de racisme, derrière ces thèses polycentriques, sont de toutes façons ridiculisées par les trouvailles énoncées plus haut. D’autant plus que la race n’existe pas, et c’est le grand mérite de Cheikh Anta Diop que de l’avoir compris parmi les premiers[88]:

« Le problème est de rééduquer notre perception de l’être humain, pour qu’elle se détache de l’apparence raciale et se polarise sur l’humain débarrassé de toutes coordonnés ethniques« . 

  La race n’existe pas car l’humanité est une et a les mêmes capacités intellectuelles. Il n’y a aucune différence significative, ni anatomique ni au niveau du cerveau qui puisse permettre d’établir une quelconque hiérarchisation.

  

Cette remarque est importante notamment en ce qui concerne la genèse de la civilisation égyptienne dont on devra garder à l’esprit que malgré le brio et l’époustouflante prouesse technologique et historique qu’il s’agissait de société foncièrement inégalitaire, et hautement hiérarchisée. Elle ne semblait pourtant pas connaître ni la traite esclavagiste ni l’univers carcéral. 

  

  

  

  

  

20me35 Egyptologie et quelques contributions africaines à la civilisation universelle. 

  

L’Égypte, lieu naturel de propagation à partir de la vallée du Rift des premiers humains négroïdes, est la mère des civilisations humaines. L’Égypte nègre qui domestiquait les plantes au néolithique et qui cultivait l’orge au paléolithique. Cette Égypte qui bâtit le premier État d’une odyssée de 3000 ans était d’abord noire, comme  les autres habitants de l’Afrique 

  

En Afrique c’est dès le début des années cinquante, que Diop a soutenu cette thèse[89]. D’abord en 1948, et dans la première parution de la voix de l’Afrique en 1952, puis dans l’œuvre majeure de l’époque « Nations nègres et culture » et des textes suivants. Dans sa lancée, Obenga, Sall, Sertima, Johanson, Ela, Wonyou, Pfouma, Finch et quelques autres se sont fait les avocats de l’africanité nègre de l’Égypte pharaonique.   

  

Géographiquement l’Égypte est un prolongement de la vallée du Rift, dont les développements morphologiques aboutirent par les transferts d’alluvions à la formation de terrasses elles mêmes correspondants à l’adaptation du Nil au niveau de la mer comme le comprirent très tôt, Rushdi Said, Arkell et Sandford [90] . L’Égypte est caractérisée par la primauté de la haute Égypte (zone s’étendant du delta -limite du Caire -à juste après la première cataracte-près d’Assouan-) sur le Delta. Depuis Homo érectus, et son industrie lithique acheuléenne, jusqu’aux premiers instruments paléolithiques et néolithiques, une présence toujours africaine caractérise l’humanisation de la région. A l’ouest et au sud de l’Egypte actuelle et du Nil s’est forgée la civilisation égyptienne. Les premiers égyptiens ont dû dompter les caprices du fleuve par les drainages, les digues et les irrigations pour créer cette fantastique civilisation s’étendant sur plusieurs dynasties. Ankh nous apprend que

«…Jacques LABEYRIE, ancien directeur du Centre des faibles radioactivités du CEA-CNRS, à Gif-sur-Yvette, indique que les résultats de ces datations établissent que le mouvement de la civilisation égyptienne du Sud vers le delta du Nil est corrélé à l’abaissement du niveau de la mer et recoupent parfaitement la tradition rapportée par les Anciens..»» [91] 

  

Les chercheurs belges de l’équipe de Vermeersch découvrent au site de Nazlet Khater  un gisement fossilifère magnifique avec une industrie lithique datée de 32 000 BP (BP signifie avant 1950). Non loin de là, un squelette difficilement datable à cause de sa faible proportion en charbon organique. Mais fait capital, cet homme à la boîte crânienne de 1400 cm3 serait plutôt nègre, si l’on s’en tient à sa cavité praenosale et ses maxillaires en saillies.[92] C’est à ce jour le premier égyptien connu. Zaborowski, sans trop s’aventurer dans le caractère négroïde des égyptiens, avait montré parmi les premiers qu’ils étaient bien des autochtones et non d’hypothétiques étrangers débarquant en Afrique.[93]  Tout porte à croire en effet que se sont les mêmes hommes, qui à Ouadi Koubanya au paléolithique supérieur, soit il y a 18000 ans, pratiquaient les premières techniques agraires au monde, avec de l’orge, des lentilles du blé des pois.[94]. En Nubie «le Ballanien est daté de -14000 et le Halfien (2è cataracte) de 16000 av. J.C»[95]. La révolution néolithique semble s’être bel et bien déroulée dans cette vallée du Nil. Le développement des techniques agraires a généré des formes de communalisme et de divisions du travail de plus en plus spécialisées se parachevant dans l’Égypte pharaonique. Cette dernière, aussi loin que l’on peut remonter, naît sur place de ses indigènes et non par quelque hypothétique invasion ou influence asiatique.  La période allant du néolithique aux premiers égyptiens est encore pleine de secrets. Une approche conceptuelle proche de la méthodologie « paléthnologique » de Leroi-Gouran ( fouilles et recherches systématiques pour l’appréhension de la vie de l’homme à travers ses manifestations culturelles politiques, économiques, sociales, religieuses, linguistiques) permet néanmoins de considérer la vallée nilotique et le peuple Anou comme fondement de l’Égypte pharaonique. La source de l’Egypte pharaonique est méridionale, éthiopienne et nubienne. L’emphase de recherches futures sur la protohistoire égyptienne nous éclairera certainement sur les débuts de l’odyssée égyptienne. Une chose est sûre, c’est que l’origine de cette civilisation n’est ni asiatique, ni moyen-orientale, mais bien d’un espace qui correspond au Soudan et à l’Éthiopie actuels. Aucune trace matérielle de civilisation indo-aryenne, rappelant la spécificité égyptienne à ce moment n’existe ailleurs, pour conforter un métissage possible. Aucun apport significatif de peuple migrant des espaces euro-asiatiques n’est décelé. Par contre, la civilisation existait déjà en Afrique, dans les cités Etats de Nagada, Thinis, Abydos, et attisait l’admiration de peuplades environnantes. Quostul en zone nubienne semble avoir été un creuset des premières formes étatiques. Quelques rois forgent l’ossature de l’appareil d’Etat à venir, mais les connaissances de ces systèmes demeurent fragmentaires. On cite les rois Scorpion I, Scorpion II, Ka, Iry Hor).[96] La première forme d’organisation politique connue remonte au moins à Ménès ou Narmer, premier chef d’Etat et conquérant ayant réussi à façonner le premier royaume, dès la fin de la période prédynastique. Parti de la Haute Egypte, son royaume  parachève l’unité de la vallée du Nil.  Quand Djeser qui fonde la 3ème dynastie égyptienne, autour de 2650 avant JC, monte sur le trône, l’essentiel du système politique égyptien est rôdé depuis plus 650 ans, et il est toujours authentiquement africain. 

  

  

  

20me36 

Mentouhotep -2100 

Moret est catégorique :

  

« Nulle part ailleurs les conditions naturelles n’avaient favorisé au même degré qu’en Égypte le développement d’une société humaine ; aussi nulle part ne retrouve-t-on une industrie néolithique d’une technique comparable. 

 D’ailleurs , il n’existe en Syrie et en Mésopotamie, à part quelques stations néolithiques de Palestine d’âge imprécis, aucune trace de l’homme antérieurement à 4000 avant J.C. A cette date, les égyptiens entraient presque dans la période historique de la civilisation.

  

Il convient donc d’attribuer au génie propre des premiers habitants de l’Egypte, et aux conditions exceptionnelles présentées par la vallée du Nil, leur précoce développement : rien ne prouve que celui ci soit dû à une invasion d’étrangers plus civilisés, dont l’existence même ou tout au moins la civilisation serait à démontrer»[97]

  

  

20me37

C’est donc bien à partir du site de El-Amrah vers le Nagada que débute l’Égypte prédynastique et que se forgent l’infrastructure et la superstructure du phare des civilisations, à l’instar des premières pyramides et de ses pharaons. 

20me38  20me39  20me40

Momie et statues de Toutankhamon 

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20me41

L’Égypte pharaonique est la source des civilisations comme l’ont reconnu une pléiade de Grecs qu’il faut opposer aux théories sciemment amnésiques qui s’évertuaient à faire des Égyptiens des blancs. De Hérodote à Volney, les anciens et les classiques conséquents qui ont évoqué l’Égypte ont qualifié les premiers Égyptiens de noirs. Les premiers leucodermes indo-européens n’apparaissent-ils pas sur les murales égyptiennes comme des captifs de guerres des indigènes noirs ? Dans aucun des espaces eurasiens il n’a existé de civilisation contemporaine du début de l’Égypte ni susceptible de lui être antérieur ou l’ayant l’influencé. Ces peuples ont été attirés par la magnificence de l’Égypte pharaonique et s’y sont rendus et s’y sont métissés. En dehors de cela, il n’existe qu’une lutte idéologique pour s’approprier l’exceptionnel de cette civilisation. Ce que tant de nations et de cultures continuent d’ailleurs de faire. Mais seule l’Afrique aujourd’hui peut exhiber une continuité historique en amont et en aval de l’Égypte pharaonique. 

  

Comme on ne peut nier l’évidence géographique, on ne peut ne pas reconnaître l’existence d’Africains aux traits dits fins et sans prognathisme comme les Bishari, les Somalis, les Mututsi, les Tigréens, qui fils authentiques de l’Afrique, avant les incursions arabes ou asiatiques sont tout aussi africains que les enfants du Nil. 

La langue pharaonique démontre comment les égyptiens se qualifiaient eux mêmes. Kmt ou le pays des noirs est le nom dont l’Égypte ancienne se paraît. Même si l’hypothèse que privilégient certains auteurs, à savoir le pays noir comme référence à la couleur de la terre de la vallée, pourrait s’avérer crédible, un simple bon sens interdit les acrobaties visant à vouloir appliquer la même règle en ce qui concerne les humains et les Dieux. Car comment expliquer s’étonne Diop que la plupart de la hiérarchie de la cosmogonie égyptienne utilisait ce qualificatif Kmj ou le grand noir pour Osiris; Set Kemet la femme noire pour Isis; Kem sit lou la Noire pour la prêtresse d’Athor; ou Km qui qualifiait aussi Apis, Min, Mot. De plus observons que l’égyptien est davantage représenté sous des traits négroïdes. Qu’y a t-il de plus nègre que Sphinx, portrait probable de Kephren le pharaon noir dont le nez est encore captif à Londres. Il n’y a qu’à voir les lithographies, les ouvrages d’architectures, les fresques, des antiques égyptiens et de la représentation qu’ils se faisaient de leurs voisins asiatiques ou indo-européens, pour se convaincre que leurs artistes n’ont fait que restituer le profil d’authentiques africains aux ancêtres des actuels Bishari, et des coptes aux relents de physionomies nègres. Ce n’est que bien après que l’essentiel de la civilisation égyptienne ait été édifiée, ne serait ce que les quatre premières dynasties, que les mélanges avec les différents peuples d’Asie  et du Sahara commencèrent. 

  

  

momie 

L’équipe de Sakuji Yoshimura  de l’université de Waseda de Tokyo a exhumé en Janvier 2005 cette momie de 3500 ans en parfait état d’un fonctionnaire à Dachour. La qualité de cette momie, et la noirceur de son masque pourrait donc bien se prêter à une analyse dermique. On pourrait l’appliquer pour faire taire les éminents egyptologues qui argue de la rousseur du pharaon noir. Coloration récente de Ramsès, due en fait à l’irradiation qu’il a subi pour tuer les champignons qui le rongeaient. 

  

Cheikh Anta Diop au niveau de l’anthropologie physique s’est évertué en vain[98] à obtenir quelques mm2 d’une des grandes momies africaines, afin de les soumettre à un test divulguant la mélanine. L’italien Rabino Massa sans révéler la teneur en mélanine a cependant procédé à l’étude d’égyptiens prédynastiques. Il note que « l’analyse histologique du tissu épithélial a permis de mettre en évidence la stratification typique de l’épiderme et de relever la présence de granules de mélanine dans le cytoplasme de la couche basale.[99]. 

Les disciples de Diop au sein de Ankh signalent que dans 

«A molecular approach to the study of Egyptian History« , de Svante Pääbo et Anna Di Rienzo de l’Université de Berkeley ouvrent des pistes prometteuses pour décrypter l’origine des anciens égyptiens. Eric Crubézy, professeur d’anthropologie à l’Université Paul Sabatier à Toulouse, signale dans un article intitulé « Les surprises de l’ADN ancien – Une technique miracle à manier avec précaution« , l’analyse de l’ADN de deux corps inhumés dans la nécropole d’Adaïma, en Egypte, 3700 ans avant J.-C. : »Celui-ci [l'ADN] les apparente aussi à des populations d’origine subsaharienne, ce que confortent des éléments morphologiques et épidémiologiques concernant l’ensemble de la population »»[100] 

  

D’autres éléments confirment l’africanité nègre de l’Égypte pharaonique selon Diop. Il s’agit de la parenté génétique des langues africaines avec l’égyptien que l’on ne peut désormais se borner de qualifier de langue chamito-sémitique. C’est son mérite d’avoir dégagé des bases linguistiques communes, où le hasard et l’acculturation ne pourraient expliquer autant de similitudes au niveau de la phonétique, de la sémantique, de la morphologie. Ses développements permettront à Obenga de qualifier de « nègro-égyptien » cette langue archaïque commune. A l’instar de sa magistrale présentation lors de notre conférence conjointe de Montréal, commémorant le 10 ème anniversaire de la mort de Diop, il dresse une typologie des trois grandes familles [101] linguistiques africaines soit le nègro-égyptien, le berbère et le Khoisan. L’égyptien s’enracine dans le nubien, puisque le démotique qualifié de « synchronie’ de l’ancien égyptien reprend plusieurs caractères de l’écriture méroïtique nubienne.

  

«Ainsi, la civilisation, pharaonique appartient en totalité au monde culturel négro-africain. L’Egypte pharaonique n’était pas sémitique encore moins indo-européenne dans son écriture, dans sa culture et dans sa manière de penser : elle était africaine, comme la Nubie, l’Abyssinie, Zimbabwe, Ghana, Benin (Yoruba), bref comme toutes les autres civilisations bâties autrefois sur le continent africain par des Noirs africains»[102]

  

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Les sceptiques pourront consulter le chapitre consacré au Soudan méroitique et à l’Égypte dans Nations nègres et culture.

Les développements sur la parenté avec le wolof à l’instar de la conjugaison du morphème Kef (empoigner, saisir sa proie) ou du tableau suivant atteste de l’opérationnalité de la méthode diachronique de Diop.  Et même sans l’appliquer, j’ai retrouvé des dizaines de surprenantes similitudes avec les mêmes sens entre l’égyptien antique et le parler contemporain wolof (ser le grand, mais aussi celui qui est clairvoyant pour serin qui désigne le chef religieux; ren le nom, patronyme ren u maam le nom des ancêtres; oup ouvrir oubi ; maat équilibré, égal mat ; maâ offrir may; Âa grand Yaa; Haty  le chef haté (le chef qui départage); hem le serviteur jam ; bin le mal bon; renpet neferet -bonne année pour ren ne refet; akhet l’inondation  de la saison des pluies  et nawet; ta la terre et ta rel mettre à terre; sekhet le champ, la poussée de la plante et sekh; per maison ker; hapy la crue et la saturation  sapy; ren dem couper  tailler rendi égorger; kherouy les testicules  khouryi ; hounet jeune fille et/ ou pupille de l’oeil qui donne khouli bet- expression de la belle jeune fille  à qui la dévisage; Âqa, exact, précis Ahqan; kherd enfant khalé; nehep copuler niehp; sebet dévoiler les dents en riant et seben; Âq ib pour l’amitié-celui qui pénètre dans le coeur- xarit Âq; iour enceinte et jiour donner naissance; sa le fils et sat la fille et sat le petit fils ou fille..) 

  

Dans cette optique les développements entre autres de Obenga sur les systèmes graphiques, les éléments de méthodologies et les parallèles avec le Pulaar de Aboubacry Lam ainsi que l’étude de Gilbert Ngom établissant la parenté génétique avec le Duala du Cameroun sont des plus encourageants.[103] 

  

Tous ces éléments illustrent qu’une telle ressemblance avec les langues africaines ne peut être fortuite comme le martèle Obenga : 

  

«En revanche, nous avons pu reconstruire le négro-égyptien, (voir Tableau çi-dessous) soit la langue primitive commune aux langues historiquement attestées que sont les langues égyptienne, couchitique, tchadique, nilo-saharienne, nigéro-kordofanienne, toutes langues anciennes et modernes, parlées par les peuples noirs d’Afrique, depuis la vieille Égypte pharaonique, et toutes unies génétiquement lorsqu’on les compare de façon serrée et adéquate sous tous les angles, phonétique, phonologique, morphologique, grammatical, lexicologique»[104]

  

  

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John Coleman Darnell, un égyptologue de Yale, et son épouse Deborah ont découvert ce qui semble être le plus vieil alphabet connu sur une façade de calcaire à des inscriptions sur des falaises de calcaire, à Ouadi El hol l’ouest de Louxor.[105] Son déchiffrage révélera probablement l’explication du pourquoi il ne s’est pas imposé. 

  

Si l’écriture et les papyrus restent l’une des grandes empreintes d’une civilisation des plus évoluée, leur contenu témoigne de la vocation universelle de l’Égypte.

  

Ainsi du ressort des sciences exactes, différents problèmes sur les papyrus Rhind, Kahoun, de Moscou, Ebers, Smith prouvent le caractère hautement avancé de la science égyptienne et nous donne une idée de l’impact qu’elles auront sur le futur monde moderne. 

  

  

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C’est le cas de l’épitaphe qu’Archimède s’était lui même choisi et qui figure comme problème no 10 dans le papyrus de Moscou S= 2π R2, comme calcul de la surface d’une demi-sphère. 

Ce problème a été découvert plus de 1500 ans avant Archimède. Ce dernier, comme nombre de ses semblables, s’est instruit en Égypte. Il est de notoriété que l’on doit aux égyptiens d’avoir découvert tant de choses que nous utilisons comme issues de l’univers hellène.  La géométrie égyptienne est aussi rigoureusement exacte nous révèle l’ouvrage de Obenga.[106]. Des théorisations qui mirent par exemple en pratique le levier qui servit à bâtir les colossales pyramides. Contentons nous de résumer Diop qui détaille l’ampleur des emprunts[107]. Il y eut ainsi des calculs comme la surface du cercle, du triangle; le volume du tronc de la pyramide, le prétendu théorème de Pythagore dont les égyptiens n’ignoraient pas les tenants et les implications; les premiers rudiments de la trigonométrie avec sinus, cosinus, tangente et cotangente, des séries mathématiques, l’algèbre qu’ils nommaient Aha, sans parler des équations du premier et du second degré. Des calculs qui avaient leur application dans le mythe comme les fractions avec l’œil d‘Horus déchiqueté ou dans la vie quotidienne pour la construction des monuments, l’arpentage, l’irrigation des champs, l’impôt… 

  

De même, la chronologie de leur calendrier de 1461 ans soit l’écart temporel entre les 2 levers héliaques (le cours de l’étoile Sirius influencée par sa consœur qui évolue en dehors de notre système. L’héritage unique de cette évolution de Sirius A, ( la plus brillante étoile de l’hémisphère nord  et Sirius B indécelable à l’œil nu, d’apparente magnitude de 8.7) survit encore au sein du peuple Dogon. Le calendrier fondé sur Sirius reste des plus valables de nos jours (365 et 365 jours un quart).

«Les Dogons prétendent, en premier lieu, connaître depuis longtemps deux étoiles compagnes de Sirius qui est l’étoile la plus brillante du ciel…»… Mais à l’œil nu, on ne peut apercevoir qu’une seule étoile et ce n’est qu’en 1862 que, l’astronome américain Alvan CLARKE découvrit, grâce à un télescope puissant, la deuxième étoile qui fut nommée alors: Sirius B . Cependant les Dogons eux affirment qu’il existe une troisième étoile, que nous pourrions nommer Sirius C, et ils nous disent surtout que leurs ancêtres seraient justement venus, il y a des millénaires, d’une planète en orbite autour de cette troisième étoile que nous ne connaissons pas encore. 

  

  

  

Ils affirment que Sirius possède d’abord un compagnon plus petit et surtout plus lourd qu’ils nomment PO Tolo ou Po-Digitaria du nom d’une graine de céréale, africaine très petite et très lourde qu’ils utilisent régulièrement. ««Les derniers travaux menés par les astronomes jean-Louis Duvent et Daniel Benest de l’observatoire de Nice qui utilisèrent des simulations numériques d’ordinateurs, semblent renforcer l’hypothèse de l’existence du 3ème corps d’une masse très faible, de 0,5 fois au plus la masse solaire et de magnètude apparente de 5 à 10 fois plus faible que Sirius A.

Mais surtout les Dogons savent que Sirus B (Po-tolo) boucle son orbite elliptique autour de Sirius A en 50 ans et c’est pour cela que ces Dogons célèbrent tous les cinquante ans, la  » fête de Sigui  » dont les cérémonies visent à régénérer le Monde, mais aussi pour que les récoltes des Dogons soient bonnes. 

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C’est d’abord l’allemand Bessel qui fut le premier, en 1844, à soupçonner l’existence de cette 2ème étoile, pour expliquer les oscillations insolites du mouvement apparent de Sirius A, alors que l’orbite théorique de cette étoile Sirius B, on le sait, invisible à l’œil nu, fut calculé par Peter en 1851 et sa période de révolution fut précisé de 50090 ans par Van Den Bas en 1960. Les Dogons le savaient déjà! Mais comment ont-ils su que la période de révolution était justement de 50 ans. »».. Ils connaissent les différentes phases de Vénus, qui sont à peu près analogues à celles de la Lune et ils ont donné 6 noms différents aux divers aspects que présente, d’après eux, cette planète comme s’ils avaient su comment faire pour l’observer de l’extérieur. D’autre part, ils divisent le Ciel en 22 parties égales et en 266 constellations et ils disent aussi que Venus possède un compagnon, qui pourrait être sans doute l’astéroïde Toro, récemment découvert entre la Terre et Vénus. Ils connaissent aussi les 4 plus gros satellites de Saturne pourtant invisibles à l’œil nu, mais ils ignorent cependant les planètes au delà de Saturne donc Uranus, Neptune et Pluton alors qu’ils connaissent les compagnons stellaires de Sirius. Il est donc évident que ces Dogons n’ont pas pu , par eux même, acquérir leurs connaissances et ils ne peuvent en avoir eu la révélation, que par des initiateurs cosmiques.»[108]

  

L’auteur, que je n’ai pas identifié,  est fidèle dans cette description. Mais il abonde par contre dans le sens du mythe des Dogons. Comme eux, il semble  croire que ce savoir provient d’une source extra-terrestre venue par le Nommo. Mais ce savoir ne provient que des égyptiens et de la propre longue observation du ciel par les prêtres astronomes dogons. En Égypte, ce  calendrier était en usage 3200 ans avant Diogène Laerce, et 3800 ans avant Jésus Christ. C’est dans cette foulée que naquît la première horloge solaire connue soit le gnomon, (planche graduée où sont fichés un fil et une tige), alors qu’on utilisait le soir dans les salles et les enceintes, les horloges de type clepsydre (le temps y est mesuré par le déversement d’eau dans un récipient gradué). 

 Le papyrus Carlsberg dévoile avant quiconque l’évection de la lune. Il n’y a qu’à voir l’exact conformité des faces des pyramides avec les astres de la voûte du ciel d’antan et les points cardinaux pour se convaincre de la perspicacité astronomique des prêtres égyptiens, qui calculèrent leur pronostics sans l’aide de mythiques extraterrestres. 

 

La médecine égyptienne personnalisée par Imhotep vizir de Djeser de la 111 ème dynastie, a influencé toute la méditerranée. Si certaines thérapies étaient empreintes d’un cachet magico-religieux, la plupart s’avèrent en accord avec nos procédés contemporains. N’est ce pas Hyppocrate, dont les médecins du monde  font le serment, qui plagia dans le papyrus de Carlsberg No 4 le diagnostic de la femme stérile à partir de l’ail ? De même la chirurgie était des plus avancée, esquissant des diagnostics et des interventions aussi utiles dans la préservation de la vie terrestre que celle après la mort. En effet la momification témoignait d’une bonne connaissance du système sanguin, mais surtout d’une dextérité des praticiens ainsi que la finesse de leur instrumentalité-ils extrayaient le cerveau par le nez et savaient prélever les viscères sans endommager les tissus- sans parler de leur connaissance chimique pour la conservation de toutes ces momies qui nous contemplent. 

  

Enfin, comment ne pas au moins mentionner que l’Égypte a façonné les premiers États connus. Ils étaient structurés sur une base fiscale, théiste théocratique, et bureaucratique. C’était socialement une société de castes autoritaire et inégalitaire. Le citoyen égyptien est par contre celui qui construisit les pyramides, et non de mythiques esclaves. Il était assailli par l’impôt et le travail forcé ou volontaire. Mais Diop pense que l’Etat ne s’est pas pour autant immiscé dans sa vie privée : 

 « On sait que la structure de la vallée du Nil a exigé de la population dès l’installation de celle‑ci, des entreprises et une activité générale communes de tous les nomes et de toutes les villes, pour faire face à des phénomènes naturels tels que les crues du fleuve. L’obligation de briser le cadre étroit , isolateur de la famille primitive, c’est à dire le clan, la nécessité d’un pouvoir central fort, transcendant les individus, et coordonnant le travail, l’unification administrative et culturelle, la notion d’État et de ‑nation, tout cela était impliqué dans les conditions matérielles &existence. Aussi les clans primitifs fusionnèrent‑ils, très tôt, pour n’être plus que des divisions administratives (les nomes). L’État apparut avec son appareil de gouvernement perfectionné jusque dans ses moindres détails, sans que l’on puisse saisir, fut‑ce à travers la légende, l’existence antérieure d’une période de vie nomade. Et ceci est valable pour l’Égypte, l’Éthiopie et le reste de l’Afrique Le sentiment patriotique est avant tout , un sentiment de fierté nationale. L’individu est subordonné à la collectivité, car c’est du bien public que dépend le bien individuel‑, donc le droit privé est subordonné au droit public. Ce qui ne veut pas dire que l’individu est une quantité négligeable et que les civilisations méridionales, par opposition au nordiques, font très peu cas des unités humaines, de la personnalité humaine »[109] 

  

De l’invention du verre aux pronostics astronomiques, tous ces chefs d’œuvre, dont nous ne donnons qu’un bref aperçu, Diop, Obenga et Sertima entre autres auront eu le mérite de nous les rappeler et je vous y renvois.

L’Égypte fut la première des grandes civilisations à avoir eu à influencer si significativement le monde moderne. Son influence en Afrique est surprenante- le matriarcat, les modèles monarchiques, les cosmogonies et le totémisme, les castes, les patronymes, diverses pratiques  culturelles- ne commence qu’à être compris. Si la civilisation égyptienne a été négroafricaine, tous les africains n’y ont pas participé, et certaines n’étaient pas plus civilisés que certains de leurs contemporains asiatiques ou européens. Prouver l’étendue des emprunts de la Grèce à l’Égypte, avait comme objectif d’illustrer qu’il s’agit plus que d’une influence, qu’il s’agit en réalité de la source majeure d’inspiration. Ce travail de réhabilitation n’a qu’une ambition déclarée: construire un meilleur avenir grâce à la connaissance du passé. Restaurer la conscience collective africaine, traumatisée et frappée d’amnésie, pour générer l’élan de créativité essentielle, qui ne lui fit défaut que dans des époques récentes, afin d’entrer de plein pied dans le progrès de l’humanité.

  

  

  

L’Afrique :  de l’histoire récente à  la tourmente néo-libérale

  

“L’Afrique doit opter pour une politique de développement scientifique et intellectuel et y mettre le prix ; sa vulnérabilité excessive des cinq derniers siècles est la conséquence d’une déficience technique. Le développement intellectuel est le moyen le plus sûr de faire cesser le chantage, les brimades, les humiliations. L’Afrique peut redevenir un centre d’initiatives et de décisions scientifiques, au lieu de croire qu’elle est condamnée à rester l’appendice, le champ d’expansion économique des pays développés ”. Cheikh Anta Diop, 1960

Pour comprendre l’évolution de l’Afrique, et pourquoi en réalité elle pourrait être davantage une solution qu’un problème au monde d’aujourd’hui, il faut d’abord appréhender sa contribution historique au système monde. Il faut ensuite saisir son dynamisme par le fait qu’elle résiste de diverses façons par ses valeurs à la mondialisation. Dans une grande mesure, l’Afrique pourrait apporter justement à cette mondialisation ce qui lui fait défaut, notamment contre l’aliénation marchande et la destruction inconsidérée de la nature. Mais sur ces deux plans, la poursuite hybride du mode de production capitaliste est entrain d’y défigurer nos sociétés. C’est sur ces éléments qu’il faut se replier lorsque l’on cible des solutions. Certaines des valeurs et mœurs qui semblaient acquises, quoique encore vivaces, sont partiellement compromises. Ce qui subsiste, et qui demeure dominant et largement répandu à travers le continent, pourrait être encore utile à l’humanité et à la modernité si elles daignaient l’écouter.

Au lieu de cela, la mondialisation veut obliger l’Afrique par l’ajustement structurel et le pillage à s’insérer unilatéralement à ses exigences dans un corset étriqué. Cette insertion se fait à rebours de certaines valeurs fondamentales traditionnelles qui seraient, je le répète, une panacée contre le système dominant prédateur.

En Europe, en Amérique, des générations d’africains, aujourd’hui déracinés du continent et acculturés, luttent de toutes sortes de façons en aspirant à l’égalité, face à la remontée de valeurs xénophobes reflets de la mondialisation néolibérale. C’est un rapport à l’existence et l’érosion de nos valeurs- humanisme, chaleur humaine, sens, entraide-solidarité-famille- qui sont au cœur des combats des exclus des banlieues des périphéries d’Afrique, comme des centres d’Europe et d’Amérique. En Afrique, la destruction de l’essentiel des projets de développement progressistes a cédé le pas à une mise en coupe réglée du continent, à la reconfiguration du rôle de l’Etat, et la cooptation de l’élite politique. Celle qui ne l’est pas se borne  courageusement à la gestion de la crise. Il est impérieux que l’intelligentsia engagée décuple et canalise ses efforts, pour une repolitisation démocratique dans le sens des aspirations populaires.

  

  

 Un peu d’histoire. 

L’Afrique dans les périodisations des cycles historiques a été jusque là sous analysée. Disséminés à partir de l’Égypte à travers toute l’Afrique, dès le sixième siècle avant J-C, des peuples africains fusionnèrent et fondèrent de grandes civilisations.

Pétrie de civilisation égyptienne, dans la haute vallée du Nil,1000 ans avant J.C,  Kouch la  fabuleuse  convoya vers l’intérieur de l’Afrique,  son commerce et son savoir. L’Empire qui selon les périodes aura comme capitales Napata et Méroé dirigera même l’Égypte. Elle fut aussi parfois gouvernée par les Candaces, reines au grand pouvoir politique. 

Il y a 814 ans avant JC, Carthage, la redoutable république maritime qui fait trembler l’Europe et rivalise avec l’empire romain.

Axoum à partir du 3 ème siècle, frappe monnaie et fait rayonner le christianisme dans la corne de l’Afrique. Son climat de tolérance est tel que quelques amis du prophète Mohamed s’y réfugient. C’est sur son socle, que plus tard, s’épanouira l’Éthiopie orthodoxe du XIII au XVIème, avec son système administratif et clérical. 

Le Monomotapa et l’énigme de ses murailles dès le XII consacrent le Grand Zimbabwe dont la magnificence de l’organisation politique sociale et économique émerveilla ses contemporains.

De la fin du III e au XI ème siècle, alors que l’Égypte est en déclin, l’Afrique de l’Ouest vit au rythme de l’empire du Ghana. Il a la taille de l’Europe,  atteint de hauts degrés de sophistication politique et sociale, et son or change les cours à travers le Monde. Ghana marchande avec la méditerranée et l’Asie.  Bien des produits qui aboutissent en Europe aiguisent la convoitise pour cette route des épices de l’or et de la soie des Indes. Mais ce n’est pas que d’Asie que proviennent ces richesses. Seuls certains Amazighs et Arabes connaissent en réalité l’origine de cet or, de ce sel et de ces épices. Quand les Almoravides finalement pillent Ghana, leur suprématie leur permet alors d’occuper l’Afrique du Nord et le sud européen (ailleurs aussi le rayonnement du pouvoir musulman s’affirme dans les espaces Ghaznévides, Delhi, Moghol). Au XI ème siècle, les Almoravides introduisent de la péninsule ibérique les bases de la révolution maritime et industrielle en Europe. La brique, le filage, le tissage, les moulins, l’arithmétique et l’algèbre, la poudre à canon, la caravelle, la boussole,  l’astrolabe, le gouvernail pour la navigation long cours et bien d’autres atouts  feront plus tard la grandeur et la force de l’Europe, une fois défaits les descendants des Almoravides. Ce sont les Almoravides qui permettent vraisemblablement les premières formes de l’Etat tributaire-concentrant le surplus et sa redistribution étatique- dans l’espace ibérique qui affleurent dès la reconquête et se reproduisent à l’échelon européen. Ce tournant crucial de la renaissance au capitalisme est sous analysé comme contribution majeure à l’avènement du système monde capitaliste.

 Entre-temps, sur le continent dès 1242 avec l’empire du Mali, puis Songhaï et l’épopée du Kanem Burnou, c’est toute l’histoire de l’islamisation qui est en branle. 

  

 En termes d’influences, d’échanges de produits, d’idées, de techniques de connaissances, il y a 5000 ans jusque 2000 de notre ère, l’Afrique  a participé au système monde ancien (Egypte, Nubie, Carthage…). On ne fait que commencer à réaliser l’impact de ses modes économiques, ses systèmes politiques, ses valeurs philosophiques, scientifiques et culturelles. 

Changuu, petite île corallienne au large de Zanzibar, qui abrite une ancienne prison d’esclaves, ainsi qu’une colonie de tortues géantes

Changuu, au large de Zanzibar, abrite une ancienne prison d’esclaves. (Photo Jasmina Sopova) 

  

Le souvenir des rares formes tributaires de grands Etats centralisés de Ghana et du Mali  s’est estompé. L’Afrique stagne alors dans des formes communautaires et la fragmentation de formations sociales dont quelques unes ne commencent qu’à évoluer vers des formes centralisées de l’Etat. Désormais vulnérable, les six derniers siècles  feront que l’Afrique sera sollicitée négativement par la mondialisation. Les contrées Yorouba, Bénin, Ashanti, du Fouta Djalon, Kongo, Luba, Zoulou, interlacustres subiront le génocide de l’esclavage comme toutes les façades maritimes du continent. L’esclavage kidnappa les meilleures forces- les plus jeunes et les plus compétentes-.Autant il a contribué au capitalisme, autant il a enclenché la désintégration des circuits

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http://www.africamaat.com/article.php3?id_article=342

Jean Philippe Omotunde, La Traite Négrière Européenne : Vérité et Mensonges, Menaibuc 

économiques et politiques du continent et son anémie sociale. Le crime contre l’humanité que fut la traite, exacerbé par l’appétit capitaliste naissant et nos fratricides, inaugure la déchéance du développement de l’Afrique. Il a eu d’autant plus de prégnance que (sans nier que la violence existait, ou prétendre que la guerre épargnait des pans du continent), la constante communautaire dominante était la paix, l’abondance issue de l’autosuffisance et d’une nature généreuse qui conviaient à une philosophie optimiste, idéaliste et à la joie sociale. Il ne s’agit pas d’embellir une réalité historique, mais bien de constater que l’essentiel des besoins étaient réunis autant dans les peuples sédentaires que nomades. Animés de leur croyance animiste ou même syncrétique, ils avaient des pactes d’harmonie et de stabilité entre le vivant visible et invisible, et se devaient de le traduire culturellement et psychologiquement en harmonie sociale et individuelle ; et politiquement en modes de régulation contre les abus du prince. Ces dispositions survivront tant bien que mal, malgré les métissages et l’aliénation jusqu’en sol d’esclavage outre atlantique. 

     

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 En diaspora, Yanga mène les révoltes noirs au Mexique dès 1609. De Quilombo, aux révoltes des Marrons à Toussaint Louverture, la révolte et l’organisation politique des opprimés rendent ingouvernable la périphérie de l’Europe qui cherche aussi à s’en émanciper. L’Europe doit désormais se rabattre sur le continent africain.

Les épiques luttes de résistance ou les collaborations aux entreprises d’annexion européennes ont encore davantage fragmenté les tissus sociaux et territoriaux et déstructuré les modes de régulation et de reproduction économiques et politiques.

  

  

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La colonisation brutale qui a suivi a spécialisé les sphères dominées, en les intégrant défavorablement dans le système capitaliste mondial et en instaurant localement la polarisation,  l’acculturation et l’aliénation d’importantes franges sociales. L’enrichissement de l’Europe sera incalculable, et la défiguration de l’Afrique et son acculturation irréversibles. Les intermèdes que constituèrent les entre-guerre mondiales, malgré les inestimables coûts humains pour l’Afrique, constituèrent des moments de maturation politiques et sociaux. Les luttes pour l’égalité et contre l’oppression coloniale sont allées partout grandissantes. Se défaire de l’aliénation psychologique et culturelle a dû être probablement la chose la plus difficile pour ceux et celles qui ont vécu dans cette période. Le racisme a infiltré toutes les strates sociales, son insidieuse marque est quasiment indélébile dans certaines. Le syndrome avait partout atteint des proportions qui ne pouvaient mener qu’à la violence et au rejet de l’occupant colonial et de ses sbires locaux. Pas forcément par la lutte de libération comme en Algérie, mais suffisamment violent pour que le colon se rende compte que l’ordre colonial n’est plus gérable. La lecture de l’œuvre immortelle de Frantz Fanon est à recommander ici.[110]

  

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 Cartes Philippe Rekacewicz La nouvelle « guerre des parrains » en Afrique, Monde Diplomatique Mai 2000

  

Sankara, Thomas (Werner Gartung/Woodfin Camp and Associates, Inc.)

Thomas Sankara 

  

Dès la fin des années 50, le rêve de Bandoeng, les indépendances négociées, voire les luttes de libération nationale ont donné lieu à la création de micronations, à des politiques nationalistes, voire populistes, le plus souvent enserrées dans le joug précèdent de la division internationale du travail DIT. Les nouvelles conditions d’insertion dans le capitalisme ne changeaient pas fondamentalement ses termes les plus défavorables. L’impérialisme va profiter, jusqu’en 1973, de l’or africain (surtout sud-africain) essentiel au Gold Exchange standard, du système monétaire international d’alors. L’indépendance et le mode néo-colonial de croissance ne vont privilégier que les régimes qui ne contestaient pas les balises de cette DIT. L’économie d’endettement, l’incapacité d’une souveraineté et d’une accumulation autocentrée, ajoutée à la gestion prédatrice d’élites confisquant le changement politique, ont généré une stagnation du continent. La lutte des colonies lusophones entraîne la révolution des œillets au Portugal. Ce souffle d’espoir de 1974 est vite interrompu. Mêmes les demandes, capitalistes et  modérées, pour un nouvel ordre économique international et un nouvel ordre mondial de l’information sont ignorées par l’ordre dominant.

Mais la résistance  s’organise. La révolte des enfants de Soweto de 76 marque un tournant irréversible dans le mouvement contre l’apartheid dont le glas sonne à la bataille de Cuito Cuanavale.

La compradorisation a été, en général, la réponse la plus prisée par les régimes politiques. Le refus antisystèmique et les expériences révolutionnaires ou endogènes ayant été combattu partout, de la plus sanglante façon, par l’impérialisme. De Lumumba à Cabral, de Thomas Sankara[111] à Maurice Bishop, l’histoire contemporaine de l’Afrique et de ses diaspora est constellée de martyrs.

  

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 La victoire des résistants en Afrique du Sud et l’avènement de l’ère post-apartheid et ailleurs les sursauts populaires, qualifiés de démocratisation, ont ouvert une autre brèche d’espérance.

  

Elle a été aussitôt investie par les tenants de l’intégration au forceps à la division capitaliste du travail.

  

Pour autant, un développement extensif du capitalisme n’y a toujours pas eu lieu, alors que dans les années 90, les institutions de Bretton Woods se sont ingéniées à favoriser, à renfort de conditionnalités,  l’intégration dans l’économie mondiale par l’ajustement structurel.

A peine 2%, voilà la part de l’Afrique dans les marchés mondiaux et les flux d’investissements. Cette libéralisation s’est raffinée par un resserrement des conditionnalités et par les mesures de gestion capitaliste de la crise.

Mandela et une bande dessinée en son honneur

REUTERS/Siphiwe Sibeko

  

A la fin des années 80, ces ajustements structurels ont échoué et depuis sont en passe d’achever le malade. Accompagné de governance et de capacity building, adouci de filets sociaux, l’ajustement des jumelles de Bretton Woods persiste à adapter l’Etat au profit des exigences de la mondialisation néo-libérale. Reconfiguration étatique au profit du privé et d’une société civile dépolitisée et par la réduction de la marge de l’Etat à des prérogatives administratives et techniques. Mais l’Etat résiste, tout comme la société, et  contourne ces manœuvres, probablement parce que son mode d’accumulation et de redistribution, hélas souvent clientèle, est compromis. Le résultat a été un dépérissement catastrophique de l’Etat africain dont le passif de souveraineté et de réformes sociales était déjà passable. Accablé, anémié, il n’a pu protéger ses sociétés d’Etats bradées ou abandonnées à elles mêmes. En effet les secteurs jugés moins productifs ont été réduits et ponctionnés, et leurs ressources alloués à des sphères plus immédiatement rentables. Ainsi les systèmes de santé (le SIDA peut ainsi ravager des sociétés entières), d’éducation, de protection civique et civile, la défense nationale (ce qui ne veut pas dire l’armement, mais la défense de l’intégrité territoriale), la préservation des ressources et l’équilibre environnemental ont été laissés en pâture aux rapports de forces dominants, ou alors délaissés. La mondialisation a aggravé les statistiques connues de l’inégale répartition des richesses dans le monde. Les données de ce schéma dit de la coupe de campagne du PNUD 1993.- ont été aggravées depuis. 20me56                                    http://bv.cdeacf.ca/documents/HTML/2003_18_0026.htm

  

L’Afrique subit plus la mondialisation qu’elle ne parvient à l’influencer. Une passivité qui s’explique par l’asymétrie de son insertion. Cette dernière est exacerbée de surcroît par de nouvelles règles du jeu qui la défavorisent, et la prédation de classes-Etat complices ou incapables d’infléchir les tendances dans le sens des aspirations populaires. La paupérisation dès lors s’accroît. Plus personne n’y croit que les fameux objectifs du millénaire de 2015 seront atteints.  Dans un tel contexte de quart-mondialisation du continent, il n’est pas surprenant de voir des éléments de la classe politico –économique de certains pays africains rivaliser, en usant de toutes les fins, ne répugnant pas aux crimes de sang et à la guerre. Dans les deux dernières décennies, l’Afrique a connu les fratricides pour l’appropriation des moyens d’enrichissement, de contrainte, et autres moyens d’autorités. Ces moyens d’autorité bien que prisés, font eux même l’objet de crise d’autorité. L’«instrumentalisation du désordre» et la prolifération de chefs de guerre liés à des multinationales juniors et autres réseaux maffieux s’étend dans plusieurs formations sociales. L’Etat apprend à se régénérer en utilisant la démocratisation électorale sans alternance, et même quand exceptionnellement cette dernière advient, elle ne peut remettre en cause fondamentalement les choses. Il y a des lourdeurs structurelles qui y prédisposent et qui sont bien décodées et utilisées par certaines élites politiques.

Il ne s’agit pas d’être alarmiste, mais il importe de sonner l’alarme et cibler ces dangers qui persistent et leurs tendances lourdes. Ils contribuent à l’édification d’un système monde inégal, mais défavorisent l’Afrique.

  

 D’abord, les jumelles de Bretton Woods (le FMI, la Banque mondiale), et l’OMC.

En prétendant sauver le malade, ces institutions risquent de l’achever. Leurs politiques visent à combler le paiement de la dette et à leur obtenir de nouveaux emprunts au détriment des dépenses publiques.  En  maintenant les portions utiles du continent sous perfusion, chaque argent frais permet en retour une ponction plus grande, à la faveur des privatisations et avantages des libéralisations. Les jumelles, qui n’ont plus de rôle significatif à remplir dans les pays du centre, vivent des misères des périphéries. Elles y imposent l’ordre générateur du chaos. Leur pensée unique cachant les impasses où elles confinent les économies fragiles, se régénère de nos meilleurs cadres, qu’elles cooptent, s’abreuvent de leur discours et de leur compétence pour mieux arriver à leurs fins. Les esclaves finissent par forger eux mêmes leurs chaînes. Voilà pourquoi tout change sans que pour autant le cadre économique global ne change. Il est seulement plus déguisé. On parle d’appropriation, d’endogénéisation des mesures. Même affublés du terme DSRP (document stratégique de réduction de la pauvreté) avec une emphase de lutte contre la pauvreté qu’ils ont aggravé, les ajustements structurels altèrent la position de l’Etat dans le réseau de structures du pays. Bien sûr, quelques enclaves décentralisées  réparties dans quelques collectivités, ONG et associations profitent de ce revirement. Mais  les PAS, DRSP, renforcement institutionnel et governance remodèlent les fonctions techniques idéologiques et politico-économiques de l’Etat parallèlement à une réforme de son  personnel. Bien que le cadre d’accumulation demeure restreint, c’est un changement des pratiques de reproduction du capital qui est recherché. Malgré un taux de 4% en moyenne de croissance continentale, asphyxié, l’Etat africain a pu récemment bénéficier, dans certain cas, de réduction substantielle de sa dette, entre HIPC et autres mesures d’effacement articulées sur des conditionnalités toujours plus lourdes. De nouveaux acteurs émergent de ces aménagements de segments du capital plus proches du capital étranger issues des privatisations. Il y a désormais d’avantage de membres du pouvoir d’Etat recyclés dans les entreprises. Mais plus subtilement, il y a aussi au sein de la haute bureaucratie, un noyau d’experts souvent en charge de la négociation, de l’évaluation ou de la mise en œuvre des programmes, qui ont, en amont et en aval d’eux, une foule de bénéficiaires. C’est «l’expertocratie». Elle peut discourir à l’instar de la rhétorique de la Banque, côtoie les consultants, voire dispose du même statut et tente de se démarquer des circuits d’accumulation étatiques forgés dans la phase néo-coloniale. Ne disposant pas des moyens de la reproduction technologique, mais possédant le savoir faire, les ‘expertocrates’ sont parmi les seuls capables de décrypter les nouvelles formes d’accumulation possibles, ce qui les rend attrayants et stratégiques pour la Banque Mondiale et le FMI, mais aussi pour certains paliers plus occultes de l’Etat  tentant de les utiliser pour l’enrichissement illicite. En charge de projets et programmes, ces nouvelles strates pilotent au sein de l’Etat de véritables enclaves où toute une hiérarchie de cadres et d’agents dépend d’eux. Si certains membres de cette élite ne répondent pas aux tentations prédatrices, d’autres y sont soumis d’autant qu’ils sont favorisés par de nouvelles règles du jeu qui leur sont intelligibles. La réponse à la question de savoir si cette frange constitue une masse critique, à même de remplacer la couche dite patrimonialiste ou compradore, ou à se substituer complètement au pouvoir d’Etat semble prématurée, alors qu’il n’est pas exclu que se forgent des alliances, et des clivages. En charge de gérer l’Etat minimum, les expertocrates doivent appliquer les panacées de la Banque et du FMI, en symbiose avec la reproduction étatique préexistante ou alors contre elle. Cette catégorie d’agents n’est que le reflet local d’une autre qui a l’échelle mondiale gère les actifs, dans ce qu’il est convenu d’appeler la financiarisation de l’économie monde. En effet, quelques 300 millions d’actionnaires, principalement répartis dans les pays du centre, escomptent de la tendance individualiste qui les a généré, que des gestionnaires de portefeuille fassent fructifier leur capital à des taux avoisinant les 15%, alors que le taux de croissance de leur économie n’est que de l’ordre de 3%. De ce difficile grand écart, la spéculation engendre un enrichissement colossal, qui ne peut être durable ni endurable pour la planète et qui a besoin de l’oppression, le pillage et la guerre pour prospérer.

  

 Il n’y a pratiquement pas de réformes possibles. Ce qui se passe au niveau des institutions internationales, en passe de perdre pied dans leur propre travail de reproduction internationale face aux forces transnationales, est à surveiller. Avec l’aide de certains pays dominants, l’ONU est vidée de ses attributs, et on empêche sa réforme dans le sens de la réalisation de son mandat de paix, de développement et d’adaptation aux nouvelles réalités mondiales. Il y a peu chance de voir dans un avenir proche une réforme des jumelles et leur sœur mercantiliste, toujours déterminées à poursuivre l’administration de leur thérapie de choc.

Dessin de Plantu (tous droits réservés)

dessin de Plantu

Arrimé à leur stratégie, le libre échange qui fait office de sentier du développement est un espace tronqué. C’est à Marrakech, au Maroc en 1994, que les africains, qui pour la plupart n’ont pas participé à l’Uruguay round,[112] se laissent duper, et voient créer l’OMC. Leurs préoccupations sont ignorées, leurs maigres réalisations régionales et d’intégration piétinées. On leur déconseille les subventions à l’agriculture, alors que les agriculteurs du nord bénéficient de 300 milliards de $.   Il est probable que, malgré les réductions ou annulations de dette annoncées pour certains pays pauvres,  la baisse des barrières douanières et les autres exigences de libéralisation et de déréglementation risqueront de coûter plus d’un milliards de $ par an, ne serait ce qu’en perte d’exonérations fiscales, recettes d’exportation, droits d’assises et de douanes sur les importations. Les dispositions commerciales existantes, ou réarrangées, ne parviennent pas à changer les termes de l’insertion. Le sommet de Hong Kong de 2005 vient une fois de plus prouver que les plus pauvres se font flouer à ce jeu, et les perspectives de changements promis pour 2013 ne font que repousser l’échéance d’un monde commercial plus équitable. Pourtant, l’Afrique ne cesse d’ouvrir son commerce. Elle exporte plus en volumes et gagne toujours moins. La valeur de ses exportations est tombée de moitié dans la dernière décennie. Les ajustements contraignent la plupart des pays à démanteler les mécanismes de protection de leurs industries. L’ouverture du marché américain, sous le growth opportunity act, sensée favoriser les exportations comporte tant de critères de sélection, que peu de pays peuvent se qualifier. En général, le Nord demeure protectionniste. Il impose des tarifs moyens, trois à quatre fois plus élevés, pour les produits africains que ceux en provenance des autres pays du centre.  La compétitivité sans merci oblige les pays africains à un effort de qualité, à la possibilité de réduire certains coûts de production et à un plus grand sérieux dans le traitement de leurs opérations. Mais cette rigueur est freinée par l’incapacité de concurrencer les produits plus nombreux et moins chers des transnationales qui se répandent dans ses marchés. Pour l’instant, l’Afrique n’accueille pas plus de 1,5% des investissements internationaux. Elle n’en réinvente pas moins localement des marchés, capables tout autant de se détourner à la fois de l’Etat et du marché formel. L’essentiel de la société survit dans un système informel de débrouille. Cette situation hybride se reflète aussi dans le secteur des communications. Le 16 Novembre 2005 à Tunis, sous un régime des plus policiers, s’est tenu le sommet mondial de l’information de l’ONU sur le fossé numérique et l’accès équitable. En Afrique, 0,8 % de la population a accès à Internet, pendant que l’essentiel des campagnes sont dénuées d’électricité On comprend le défi. L’économie d’information offre cependant à l’Afrique un saut qualitatif, si le fossé numérique se résorbait quelque peu, par un meilleur accès et  utilisation de ces technologies pour mieux transformer ses économies.  

  

  

 Alternant avec les conditionnalités politiques et économiques, une certaine conception dépolitisée de la société civile est aussi encouragée, dans la foulée des mouvements sociaux qui, à la faveur de la crise, ont aspiré à plus de progrès, mais aussi a plus de justice et d’efficacité. Toute une industrie du développement ( principalement dénommée ONG), à la remorque des partenariats mondialisés, est née. L’appui extérieur est conditionnel à ce que la participation, dite populaire, n’implique pas pour autant de réformes majeures susceptibles d’entraver le marché. Cet appui extérieur boude donc l’essentiel des demandes  sociales, à l’instar de celles du forum social mondial tenu à Bamako en Janvier 2006.

  

Dans tous les pays africains sous perfusion, autant les groupes d’intérêts à l’échelle du pays que les pays eux mêmes s’acharnent au niveau politique, à louvoyer, à différer les changements trop compromettants pour leurs intérêts, et à négocier leur position subalterne aggravée par les conditionnalités, tout en tentant d’en camoufler l’ampleur à leur opinion publique. Certains mouvements sociaux se constituent en groupes d’intérêt pour influencer le rôle de l’Etat ou alors s’en démarquer. D’autres sont tentés par des replis culturalistes, intégristes, régionalistes ou simplement religieux ( on constate d’ailleurs un notable regain du religieux, la prolifération de sectes en raison du désarroi). L’impérialisme en profite pour prévenir toute incartade, au nom de la croisade contre le terrorisme. Cela lui permet un nouveau tri des pays amis, et suscite des allégeances et des alignements géostratégiques.

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Philippe Rekacewicz, Monde Diplomatique, Mai 2000

  

Paradoxalement, à l’heure des grands ensembles, l’Afrique n’a pu proposer que le NEPAD. L’analyse critique de ce partenariat, que j’ai faites ailleurs, n’est pas à l’endroit des concepteurs.[113] Le plus souvent patriotes et sincères, ils ont tenté de prendre au mot les bailleurs de fonds dans un rapport de force défavorable. Le rêve de l’Etat fédéral de Diop m’apparaît toujours pertinent, encore qu’aujourd’hui s’impose davantage  l’exigence d’un espace confédéral continental. Il a été courageusement proposé par le Sénégal  et la Libye à l’Union Africaine et il faut encourager cet élan. Ce qui manque et doit être construit c’est un plan de développement de l’Afrique. Pas un plan de partenariat avec le monde, mais 

  

un plan d’intégration africain réelle réponse aux défis afin que l’Afrique  dans sa crise ne se déchire plus cycliquement par endroits. La phase néolibérale a ravivé le repli ethniciste et l’implosion étatique, elle exacerbe l’instabilité et la guerre.

  

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Dans ces 15 dernières années, le bilan a été lourd, probablement de l’ordre de plus de 6 millions de morts. Géopolitiquement plusieurs hypothèques pèsent sur le futur. Le Sahara occidental stagne dans les conciliabules stratégiques et les tractations affairistes; l’Ethiopie est fractionnée et l’Erythrée est en crise larvée et leur brouille toujours explosive n’empêche pas qu’elles soient devenues toutes deux des pièces maîtresses dans la nouvelle politique de Washington; la Somalie implosée n’en finit pas de se recomposer tout en prouvant la vitalité de son peuple luttant seul contre les affres du Tsunami; le Libéria et la Sierra Leone sortent de l’horreur et se reconstruisent péniblement; l’Angola n’a pas fini  de payer le prix  de la contra Savimbienne ; dans les grands lacs –Ouganda, Burundi Rwanda-  nouveaux acteurs du containment soudanais entrepris par le Pentagone profitent du lâchage du modèle néo-colonial franco-belge et basculent le Congo dans le génocide, le dépècent et le pillent. La première guerre interafricaine a eu lieu. Le Soudan est sous la coupole de divers faucons de guerre qui y sont les artisans de paix calculées; la Côte d’ivoire havre de paix succombe à la schizophrénie de l’ivoirité et des avatars du mode néo-colonial de croissance; la Guinée est menacée du même sort; le Zimbabwé déterre les travers de Lancaster House pour cacher ses errements autocratiques. le Centrafrique, le Togo, le Congo renouent avec des turbulences sporadiques; Le Burkina perpétue l’impunité et l’implication dans les conflits régionaux.;lLe Tchad, la Guinée équatoriale sont ponctionnés de leur pétrole, et ne sont plus à l’abri de luttes aiguës de pouvoir…

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Guy Tillim

  

  

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De l’extérieur, les forces dominantes décernent des certificats de démocratie, de governance, de promotion de la société civile, maquillant leur coopération internationale. Dans le milieu d’affaires, certaines firmes sont devenues même irréprochables comme Shell qui, après avoir pollué pour mille ans le delta nigérian et fait pendre les leaders Ogoni avec Ken Saro wiwa, fait aujourd’hui la promotion de l’écologie. Talisman et bien d’autres multinationales profitent de la situation pour piller ou soutenir des valets locaux avant de vendre et repartir. D’autres restent se redéploient ou arrivent (Elf au Congo, au Cabinda, au Cameroun, en Guinée équatoriale, ou des opérateurs chinois du Soudan au Cameroun).  L’exploration minière connaît un boom spectaculaire en Afrique. Avec la libéralisation des codes miniers, le drainage des ressources locales augmente. Les royalties, et autres dividendes des fluctuations des prix des matières premières permettent un siphonage en règle où les bénéficiaires africains récoltent des miettes.

  

 Le Coltan s’est vendu jusqu’à 500$ le kg. L’Afrique assure l’essentiel du marché mondial de ce produit. Les acteurs du pillage sont des agents ou des compagnies secondaires. Des pays comme le Burkina, le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi ont exporté ainsi du diamant volé au Congo. Des opérateurs du Burkina et du Mali en font de même pour le diamant en Côte d’Ivoire. Maintes fois le code directeur de l’OCDE a été violé lorsque des multinationales occidentales ont pillé l’Afrique. Mêmes les experts de l’ONU doivent revenir sur leurs accusations au Congo. Le Tchad, le Soudan, la Guinée équatoriale espoirs pétroliers de l‘OMC et de la Banque sont exploités sans code d’éthique des multinationales. Quelles seront les retombées sociales de ces eldorado? Les codes miniers sont refaits à la hâte, bradant la souveraineté et l’avenir des générations futures. Une trop grande proportion  de diamants or, plomb, nickel, germanium, bauxite, lithium, cadmium, vanadium, tungstène, zinc, coltan, nobium, uranium, phosphate, platine disparaît  sans qu’on en voit de retombées significatives.  Le Canada compte plus de deux cent projets miniers en Afrique.[114] 20me60

Philippe Rekacewicz, Un secteur minier convoité, monde Diplomatique, Mai 2000

  

  

  

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 La guerre autour des enjeux miniers a défiguré le continent. Réfugiés et déplacés rejoignent les chroniquement  pauvres. La solidarité africaine est mise à l’épreuve.

«Sur les 50 pays les plus pauvres du monde, classés selon l’indicateur de développement humain (IDH) du PNUD, 33 sont situés en Afrique subsaharienne. Malnutrition, pauvreté, illetrisme, situation sanitaire désastreuse… le continent est la première victime du creusement des inégalités dans le monde. Si de 1960 à 1980, les pays d’Afrique ont enregistré des progrès sensibles en matière de développement économique et social, ces progrès se sont ralentis, notamment du fait des effets désastreux des plans d’ajustement structurel menés par les institutions financières internationales

Sources : World Resources Institute (WRI), Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Banque mondiale, Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). 

http://www.monde-diplomatique.fr/cartes/pauvreteindimdv51

Les pauvres ont vu surgir, aussi ce que la Banque et le Fonds ont secrété et décrété  «nouveaux pauvres». C’est le terme pudique que les spécialistes utilisent pour les distinguer de ceux qui l’étaient déjà en permanence. Leur état dit provisoire s’est éternisé. Les jumelles ne savent plus que faire d’eux, maintenant que leurs dimensions sociales de l’ajustement et leur programme pour soulager la pauvreté ont échoué. Les ajustements à visage humains existent, ils sont seulement grimaçant de douleur. Ils paupérisent.

20me62 Croupir dans les affres du sous-développement est le lot d’un nombre croissant de gens. Les enfants comme d’habitude sont les plus vulnérables. Enrôlé dans la guerre, les réseaux de prostitution les bandes de délinquants, le tourisme, les réseaux de marché informel, aspirés par les perspectives qu’offrent l’exil, l’enfant africain est aussi de plus en plus sollicité par le stress, l’argent. Des bandes d’enfants désœuvrés squattent les rues. Les plus «chanceux» ont un emploi comme domestiques, manœuvres et un salaire de misère. Le travail des enfants interdit ne fait que fleurir sous la mondialisation. La survie passe avant tout. Leur ingéniosité est mis à profit  par tous, autant les artisans que les trafiquants.

  

La mondialisation crée des ghettos de richesses comme de pauvreté.  En Afrique, chose inhabituelle, de plus en plus de riches vivent cloîtrés détonnant des habituels «social narcisse» et ostentatoires trains de vie. La richesse se consomme entre pairs, à l’abri des envieux, dans des univers somptueux de plus en plus clos et relevés de barbelées, de hauts murs, et où pullulent des gardes de sécurité. Les milices de surveillance ont connu un boom dans toutes les capitales africaines.

Les classes moyennes qui commençaient à peine à se constituer sous les indépendances sont laminées. Elles gèrent la précarité, le plus souvent sans protester de peur de perdre de minces acquis. Cette défense impose un égoïsme frileux, et incite les classes moyennes à ne pas se révolter contre l’intolérable. Les déflatés et autres départs volontaires de la fonction publique ont la plupart du temps mal tournés. Les exemples de réussite exhibés sont des exceptions.

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Lieve Blancquaert

En général, les jeunes adolescents sont bloqués par les perspectives sombres d’emploi et d’études, le manque de possibilité d’épanouissement.  Les plus riches ou à l’aise sont pour beaucoup déracinés. Beaucoup ont une identité capitaliste planétaire axée sur la consommation commune de biens transnationaux. Ils voyagent étudient, se côtoient, se ressemblent. Ils vivent de plus en plus dans un univers virtuel, échappant à la réalité de leur terroir. S’offrir un constant plaisir ludique, du sexe, des drogues sert de modèle à des milieux variés de jeunes envieux. La plupart des autres jeunes les imitent mais ne vivront que la contre-façon de cet univers.  Partir vers les pôles de prospérité est devenu l’impératif. Tous les moyens sont bons et tentés.

Le sport d’élite ou de masse, et le Hip-hop ne peut servir d’exutoire à tous. L’exil est une solution prisée où beaucoup échouent.  Le drainage des compétences et des cerveaux est un problème qui va en s’aggravant et augure de perspectives sombres pour la relève. Il n’existe plus un seul secteur de l’économie monde où n’excellent des compétences africaines. De ceux qui partent,  beaucoup ne reviennent seulement que si ils sont à l’aise. En général, cet exode est long et demeure inestimable pour le continent.  

Les femmes africaines sont les premières victimes de la quart-mondialisation. Elles ont le plus souffert des coupures dans l’emploi, la santé et l’éducation le bien être social . Souvent, elles cumulent un emploi à celui de ménagère pour remplacer celui que le mari a perdu ou qui s’avère insuffisant. La femme africaine travaille une moitié de temps plus que les hommes, en ville comme au champs. Sa production et sa reproduction sont sous-valorisées. La recherche de l’eau et du bois, lorsque les installations d’infrastructures font de plus en plus défaut, aggrave sa condition. Les ingéniosités pour nourrir avec un revenu de plus en plus faible des familles fragilisées les frustrent. La  tyrannie de l’argent ou simplement la survie en obligent beaucoup à la prostitution et à divers trafics. Certaines certes réussissent et sont citées en exemple. Elle pourraient l’être davantage avec un changement des mentalités masculines et des politiques plus hardies en faveur de la condition féminine.

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gravure. art-girot (Walli)

On constate que les femmes forment le lot des converties aux nouvelles sectes évangélistes et autres. Recherchant un sens devant le désarroi, elles trouvent dans ces organisations un sentiment d’unité et de reconnaissance.  

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Les aléas de l’économie politique et non l’infériorité de la prétendue race doivent être invoqués pour justifier la condition de l’Afrique. Pour ne plus demeurer en pâture à la mondialisation prédatrice et aux racismes institutionnels et implicites qui les maintiennent dans leur condition, les africains et africaines doivent massivement davantage s’organiser et opter pour un développement autocentré. Cela a réussi dans les rares moments où de telles manœuvres ont eu lieues (ailleurs dans l’histoire l’autocentrage a réussi en Chine, au Japon, même l’Amérique et l’Allemagne y ont recouru pour s’émanciper et se développer).  Les exigences d’un développement autocentré progressiste dépassent les initiatives du style NEPAD qui, en prenant au mot la rhétorique des bailleurs de fonds, ne parviennent pas à se démarquer suffisamment  de leur paradigme et ne peuvent alors constituer  la voix et la voie des africains. Ses paradigmes postulent profitable la forme de mondialisation en cours et revendiquent un partenariat accès sur la réalisation des infrastructures essentielles à la croissance du capital. Le grand capital semble  bien peu disposé à ce partenariat. Aussi l’Afrique doit faire volte face et comprendre qu’il faut plutôt privilégier une stratégie de sortie de crise axée sur une intégration véritable qui doit relever entre autres les défis suivants :

- Renforcement institutionnel et progressive rétrocession de pans de souveraineté pour la construction de l’Etat confédéral et populaire.

-L’autosuffisance alimentaire, la réforme agraire, la modernisation agricole, et une politique systématique de reboisement continental et de préservation volontariste de l’environnement. Sauvegarde des ressources naturelles et environnementales, par un comportement civique et écologique. Inventaire et sauvegarde de la biodiversité et de la pharmacopée.

–Recension, surveillance, gestion, exploitation et préservation des ressources naturelles. Protection des populations les jouxtant.

-Grands travaux  hydrauliques et  traitement des eaux accessibles aux populations.

-l’industrialisation légère complémentant l’agriculture et le réseau halieutique.

-Le rééquilibrage du revenu ville /campagne avec des politiques volontaristes à l’endroit des plus vulnérables.

- -Diversification économique dans une perspective de complémentarité régionale et de péréquation. Protection des espaces économiques les plus vulnérables.

-Le panafricanisme véritable, l’intégration régionale et continentale accélérée, pour bâtir une économie intérieure, un marché intérieur de biens de consommation de masse pour la satisfaction des besoins essentiels avant de plus s’ouvrir au monde. Profiter de cette déconnexion par défaut que connaît l’Afrique, pour la transformer en désengagement sélectif profitable.

- Une Banque africaine centrale et une monnaie continentale.

- En misant sur les brevets frappés d’obsolescence, virage  technologique à notre portée et moyens (biogaz, solaire, éolien, ) Valorisation et modernisation de savoirs faire traditionnels, intensification des relations sud-sud.

- Voies de communication fluviales et terrestres (routes et ferroviaires), voies de communications électroniques continentales.

-Une armée continentale de défense et un corps de casques blancs civils pour la reconstruction et la prévention de conflits.

-Systèmes de santé intégrés et décentralisés, campagne d’hygiène, de médecine préventive et de proximité, gestion continentale des pandémies et des catastrophes.

-Une coopération interafricaine contre l’enrichissement illicite, et en conjonction avec les pôles solidaires sud/sud et aux nord qui partagent ces préoccupations. Lutter collectivement pour refuser de payer la dette et réformer les institutions internationales monétaristes. Une gestion patriotique des deniers publiques et anti-corruption; le rapatriement des profits d’enrichissement illicites placés hors d’Afrique (y compris ceux des dirigeants corrompus disparus).

-Code d’éthique des transnationales et ONG transnationales et internationales et portion des profits réinvestie dans des secteurs productifs du continent.

-Œuvrer pour une coopération internationale plafonnée à 0,7% et la plus non liée possible, et  une réorientation dans le sens Sud/Sud.

-Repolitisation démocratique des masses et leur auto-organisation, libertés d’association et de participation à la décision et à l’exécution.

-Criminalisation de l’exploitation et de l’oppression des femmes. Changements des mentalités masculines et émancipation des femmes. Politiques discriminantes en faveur des filles et des femmes, jusqu’à la parité et l’égalité des chances sociales.

-Construire un front uni des travailleurs. Programme volontariste de formation et d’emploi  pour la jeunesse ( Grands travaux civiques et au salaire minimum pour le lumpen prolétariat désœuvré des villes-désensablement et dallage des villes, canalisations, travaux d’hygiène et de recyclage, de compostage, de biogaz, bassins de rétention et irrigation dans les campagnes etc..). Un jour mensuel de labeur citoyen obligatoire pour tout majeur.

-Programmes gratuits intra-africain de formation académique collégiale et professionnelle, avec bourse de mérite continentale. Restauration et promotion de la conscience historique et des langues africaines.

-Changements des comportements irresponsables consuméristes et ostentatoires chez les riches et redécouvertes des schémas de solidarité là où ils s’étiolent ou font défaut (journée mensuelle de solidarité civique et nationale)

-La lutte contre l’impérialisme, les régimes compradore et les comportements anti-progressistes. Favoriser le retour des populations africaines d’immigration ou de la diaspora du déracinement historique et leur réinsertion.

-La lutte contre l’impunité sous toutes ces formes, et la mise en pratique d’une cour interafricaine des droits de la personne et des peuples.

-Liberté d’expression et d’association

-La lutte contre l’ethnicisme, les régionalismes et l’aliénation culturelle, la libre circulation intrafricaine et le brassage et métissage des populations

- La coopération scientifique culturelle et technique et la sauvegarde des savoirs traditionnels par l’échange et la permutation des chercheurs du Sud et des internationalistes. Science fondamentale et appliquée et accès aux ressources internationales.

- Oeuvrer collectivement pour un monde humaniste progressiste et polycentrique en promouvant nos valeurs africaines.

                                                                                                               muchos_ninos

 maison des enfants du monde 

                                             

Je propose de penser et d’agir autour de ces pistes- et il y en a d’autres cernés par Diop -, en les fondant dans le sens de la régénération africaine. Il ne s’agit pas de nostalgie, mais d’un saut qualitatif dans une utopie réalisable et culturellement tradi-moderne ( en ce sens que la culture fondamentale demeure arrimée dans ses traits humanistes, mais articulée et adaptée aux défis de notre temps).  Donc de nous reconstruire, en nous débarrassant des carcans d’aliénation et d’oppression. Permettre à nos peuples de s’épanouir,  grâce à leurs valeurs positives. Régénérer celles qui ont été altérées et préserver au maximum celles qui existent. C’est un projet révolutionnaire basé sur la conscience de soi, sur l’ouverture internationaliste au monde et sur un désengagement sélectif de l’oppression capitaliste mondialisée, pour un système de développement autocentré, équitable et endurable. Il faut s’évertuer à montrer et consolider l’unité culturelle, psychique, linguistique de l’Afrique. Autant d’atouts pour, soit un avenir fédéral et unitaire, soit plusieurs grands ensembles susceptibles de cristalliser la nation africaine et de l’arrimer à ses diasporas. 

 Prendre la mesure que nos masses sont prêtes et que leur ingéniosité politique, leur auto-organisation, leur courage, humour et pugnacité quotidiens en sont des indicateurs, au-delà des idéologies et des jeux politiques de leur leaders, dont ils ont appris à décentraliser et à manœuvrer les décisions. C’est justement là que la démocratisation la plus poussée doit se faire. Celle qui pourrait déconstruire certains rapports de clientèles et de patronages verticaux et horizontaux informels qui tiennent lieu de faits politiques, et qui peuvent mener jusqu’à l’inversion de nos valeurs et à la guerre. Ces rapports, si manipulables de l’extérieur,  qui perpétuent des relations de pouvoir et de subordination en toute impunité, empêchent les peuples de repérer la nature des défis et confortent au pouvoir des dirigeants qui n’ont pas à cœur les intérêts de l’Afrique, et donc la défense de la condition de leur peuple.

Une démocratie qui ne se concrétisera que si les dirigeants sont prêts à s’opposer au contrôle externe de leur pays. La régénération africaine que je propose s’articule, on l’aura compris sur les acquis historiques de l’humanisme africain, de sa xénophilie, de sa solidarité, de sa compassion, de son commensal, en maniant l’autocritique et le refus des déviances et dérapages découlant de manœuvres politiciennes. Ce projet basé sur le respect des autres et surtout de soi, par l’élévation de la conscience et la foi en l’équilibre animiste ontologique africain, nous replace dans notre rapport à nous, aux autres et à la nature. Une redécouverte et une réinvention de nos histoires,  imaginaires et modes de régulation et d’équilibre traditionnels, à l’instar du Maat originel de l’Afrique pharaonique, seront alors le moment véritable de la  régénération. Refondation qui permet d’être invulnérable aux racismes et aux affres du néolibéralisme mondialisé.

  

 En vous remerciant de votre attention je vous laisse sur ces citations : 

  

« In the end, we will remember not the words of our enemies, but the silence of our friends. »

Martin Luther King, Jr. 

  

« Il n’y a pas eu de changement significatif dans le génome humain au cours des dix mille dernières années. Mais il sera sans doute complètement remodelé dans le prochain millénaire. Bien sûr, beaucoup de gens diront que l’ingénierie génétique sur des êtres humains devrait être interdite. Mais j’ai quelques doutes sur la possibilité d’y parvenir. L’ingénierie génétique sur les plantes et les animaux sera autorisée pour des raisons économiques et quelqu’un essaiera de l’appliquer aux hommes. À moins d’avoir un ordre mondial totalitaire, quelqu’un forgera des humains améliorés quelque part» 

 Stephen Hawking. 

  

«Il nous faut donc nous élever à des niveaux qui rendent possible la cristallisation de contre stratégies des forces populaires, tant dans leur vision de la globalité de leurs interdépendances mondiales que dans leurs expressions segmentaires et locales.

Samir Amin 

  

«L’Africain qui nous a compris est celui-là qui, après la lecture de nos ouvrages, aura senti naître en lui un autre homme, animé d’une conscience historique, un vrai créateur, un Prométhée porteur d’une nouvelle civilisation et parfaitement conscient de ce que la terre entière doit à son génie ancestral dans tous les domaines de la science, de la culture et de la religion 

Cheikh Anta Diop 

  

  

  

Aziz Salmone FALL 

  

  

  

  

  

  




[1] Editorial L’oeuvre de Cheikh Anta Diop un héritage vivant Ankh No 1, p 22 

[2] Diagne Pathé, Cheikh Anta Diop et l’Afrique dans l’Histoire du monde, Sankoré/l’Harmattan, Paris, 1999 

[3] « Eugenics, as Sir Francis Galton termed the study of the agencies under social control that may improve or impair the racial qualities of future generations, presents, it was stated, problems of the utmost social importance. At present the most urgent need is for more knowledge, both of the facts of heredity and of the effects of social institutions in causing racial change. As knowledge accrues, it must be disseminated and translated into action»  Leonard Darwin, in  Problems in Eugenics, Papers communicated to the 1st International Eugenics Congress, University of London, Jul 24th to 30th, 1912, The Eugenics Education Society, Adelphi, W.C., 1912, pB2 et  aussi R. C. Punnet « The aim of the Eugenist, on the other hand, is to control human mating in order to obtain the largest proportion of individuals he considers best fitted to the form of society which he affects.»  Genetics and Eugenics, in  Problems in Eugenics , p137

[4] mouvement nord américain visant à transformer le système éducatif et plus largement la société dans le sens de la reconnaissance d’une intervention divine, il est animé par la droite religieuse.

[5] Ajavon François-Xavier, L’eugénisme de Platon, Paris, l’Harmattan , 2002, p 96

[6] Luxembourg Rosa, Introduction à l’économie politique (les tendances de l’économie mondiale), 1907

[7] http://www.sinistra.net/lib/bas/progco/qilu/qiluecibof.html

[8] Testart Alain L’esclave, la dette et le pouvoir : Etudes de sociologie comparative. 2001, Paris : Errance, 238 p

[9] Plumelle-Uribe Rosa Amelia, La férocité blanche, des non-blancs aux non aryens, Génocides occultés de 1492 à nos jours, Albin Michel Paris, 2001, 334p

[10] http://blogs.nouvelobs.com/medaho/index2.php?afficheFichier=18794_20050509_medaho

[11] Cham père de Canaan et  fils de Noé vit son père  ivre qui s’était dénudé. Il en fit part à ses deux frères Sem et Japhet qui « prirent un manteau et le mirent , à eux d’eux, sur leur épaule, puis ils marchèrent à reculons et couvrirent la nudité de leur père. Leur visage étant tourné en arrière, ils ne virent pas la nudité de leur père. Noé s’éveilla de son vin et apprit ce que lui avait fait son plus jeune fils. Il dit :«Maudit soit Canaan! Il sera pour ses frères l’esclave des esclaves! Puis il dit : « Béni soit Iahvé, le Dieu de Sem, et que Canaan lui soit esclave! Qu’Elohim dilate Japhet et qu’il habite dans les tentes de Sem! Que Canaan leur soit esclave!» L’ancien Testament, Genèse, IX 

  

[12] Delacampagne Christian, Une histoire du racisme , des origines à nos jours, LGF, Paris, 2000, p142

[13] Largent mark A., ed, Race, Racism and Science, ABC clio,  Santa Barbara, Clio, 2004, p 15 

[14] Voir ces intéressants développements dans Girod Michel, Penser le racisme, Calmann-Levy, Paris, 2004, pp36-40

[15] Michel Girod remonte la généalogie de ces mythes et pseudo sciences que nous lui empruntons de son remarquable ouvrage , Penser le racisme. De la responsabilité des scientifiques, Calmann-Levy, 2004, pp36-72

[16]   Bachelard-Jobard Catherine, L’eugénisme, la science et le droit , PUF , Paris, p. 18

[17] Bernardin de Saint-Pierre, 1737-1814, Mouans-Sartoux, PEMF, 2002. (Coll. « Regards sur les lettres ».)

[18] sur l’abondante bibliographie sur Darwin quelques ouvrages: Hawkins Mike, Social Darwinism in European and American Thought, 1860-1945, Cambridge, Cambridge University Press 1997; Jones Greta, Social Darwinism in English Thought, Brighton, Sussex, UK : Harvester 1980; Browne Janet, Charles Darwin: the Power of Place, NY, Knopf, 1995 

[19] «Quand on voit ces hommes, c’est à peine si l’on peut croire que ce sont des créatures humaines…On se demande souvent quelles jouissances peut procurer la vie à quelques-une des animaux inférieurs; on pourrait se faire la même question, et avec beaucoup plus de raison relativement à ces sauvages» écrit en 1882 par Darwin dans Le voyage d’un naturiste autour du monde, ce passage parait dans l’ouvrage de  Virole Benoît, Le voyage intérieur de Charles Darwin. Essai sur la genèse psychologique d’une œuvre scientifique, Paris Editions des archives contemporaines, 2000 et il est cité par  Girod ibid, p44

[20] Joël Des  Rosiers dans sa réplique au Doc Mailloux rappelle que dans son ouvrage phare Darwin consacre «une page pour renforcer la thèse d’une infériorité congénitale du peuple canadien-français. Ces préjugés liés à une époque eurent leur funeste suite dans les règlements de l’armée canadienne et de la GRC qui limitaient la promotion du soldat canadien-français au grade de sergent, au motif d’un quotient intellectuel inférieur»

[21] ils auraient le même grand –père mais qui aurait eu deux épouses dont sont issues chacune de leur lignée

[22] cité dans Albert Jacquard, La science face au racisme, ibid pp36-37

[23] Girod Michel, Penser le racisme, de la responsabilité des scientifiques, Calmann Levy, Paris, 2004, p50

[24]Anténor Firmin,  De l’égalité des races humaines (anthropologie positive). Paris: F. Pichon, 1885; Paris: L’Harmattan, 2003; Montréal: Mémoire d’encrier, 2005, voir aussi

http://www.alliance-haiti.com/culture/literrature/antenor-firmin.htm

Voir les développements intéressants de  Christoph Jensen, De Malthus à l’Eugénisme, à l’Hygiène Raciale, au Nettoyage Ethnique, Groupe Gn3, 2001 

[26] Wyndham, Diana Hardwick. Striving for National Fitness: Eugenics in Australia 1910s to 1930s. Thèse. University of Sydney, History. 1996: 

[27] Angus McLaren, Our Own Master Race: Eugenics in Canada, 1885-1945, Toronto, Ontario, McClelland & Stewart, 1990. voir aussi Dowbiggin, Ian. Keeping America Sane: Psychiatry and Eugenics in the United States and Canada, Cornell University Press, 1997 

[28] Cairney, Richard. »‘Democracy was never intended for degenerates’: Alberta’s Flirtation with Eugenics Comes back to Haunt it », Canadian Medical Association Journal, vol. 155, no 6, 15 September 1996, p. 789-792. 

[29] Jensen  Christophe, De Malthus à l’Eugénisme, les hommes derrière Hitler, http://atos.ouvaton.org/article.php3?id_article=63

[30] Jackson John P, Weidman Nadine M., Race Racism and Science, ABC-Clio, Santa Barbara, 2004, p111 

[31] Voir les intéressants  développements de Weingaryt Peter, German Eugenics between Science and Politics» Osiris 5, 1989;260-282 et Weindling Paul, Weimar Eugenics : The Kaiser Wilhem Institute for Anthropology, Human heredity and Eugenics in Social Context». Annals of Science 42, 1985; 303-318 

[32] cité par Jacquard ibid p 38

[33] Race et intelligence, Edition Copernic, 1977

*lobotomie partielle d’une portion du cerveau

[34] il y eut auparavant en 1950 et en 1961 consensus sur la question. Voir par exemple UNESCO, Race and Science: The Race Question in Modern Science, New York: Columbia University Press, 1961.   

[35] Mankind’s Most Dangerous Myth: The Fallacy of Race, 1942 

[36] Jacquard Albert, La science face au racisme, in Racisme , science et pseudo-science, Unesco, 1982, pp28–30 

[37] Jensen Arthur » How much can we boost IQ and scholastic Achievement, Harvard Educationnal Review,39; 1-123 1969 

[38] Jacquard op cit p 43, ; * sur l’héritabilité Jacquard montre que ce mot «recouvre trois concepts distincts : mesure de la ressemblance parents-enfants, rapport soit de la variance génétique globale, soit de la variance des effets additifs des gènes à la variance totale».

[39] Eysenck H.J., Psychology is About People, Allen Lane, London 1972; The Inequality of Man, Temple Smith, Londres, 1973 

[40] Michael Billig, L’internationale raciste, de la psychologie à la science des races, Maspero, Paris, 1981, p175

[41] Aroll Exama. Jusqu’où va la différence ?  Éditions de la francophonie.

  

[43] QI de 110 à 120 : intelligence légèrement supérieure ou « bien doués » : 11 à 17 % de la population ; QI de 90 à 110 : intelligence normale ou moyenne : 45 à 60 % ; QI de 80 à 90 : lenteur d’esprit, intelligence bornée : 15,3 à 17 % ; QI de 70 à 80 : zone marginale d’insuffisance : lenteur, débilité, zone limite de l’arriération mentale : 6 à 7,4 % ; QI<70 : arriération mentale vraie (In Doctissimo).

  

[44]«Depuis près de 50 ans, le QI ne représente plus ce rapport, mais un écart par rapport à une moyenne théorique de 100. La distribution des scores obéit à une représentation d’une courbe en cloche (ou courbe de Gauss) dont l’axe de symétrie est basée sur l’axe 100.
Ainsi, il y a autant de personnes qui ont un QI supérieur à 115 que ceux qui ont un QI inférieur à 85. Enfin, une troisième version du QI a récemment été créée ; elle est le résultat d’un savant calcul qui ne tient pas compte de la totalité des réponses aux tests. Ainsi, il est bien difficile de savoir de quel type d’indicateur il s’agit». Le schéma et l’explication sont de Doctissimo, http://www.doctissimo.fr/html/sante/mag_2000/mag1110/dossier/sa_2933_mesurer_intelligence.htm

Tally’s Corner: A Study of Negro Streetcorner Men : A Study of Negro Streetcorner Men (Legacies of Social Thought) de Elliot Liebow 

[46] if you wanted to reduce crime, you could you could abort every black baby in this country and your crime rate would go down 

[47]  Lucien Sève, la trilatérale du quotient intellectuel, préface de l’ouvrage de James Lawler, Intelligence Génétique Racisme, le quotient intellectuel est il héréditaire, éditions sociales, paris, 1978, p13

[48] http://www.doctissimo.fr/html/sante/mag_2000/mag1110/dossier/sa_2933_mesurer_intelligence_02.htm

[49] Jack Jedwab,   Les théories concernant l’infériorité de la population noire ne sont autres que du‘camouflage’ pour masquer les barrières sociales 

http://72.14.207.104/search?q=cache:mURndE97jMgJ:www.acs-aec.ca/Polls/MaillouxetLarivee-fr.pdf+&hl=fr

  

[50] http://www.radiocanada.ca/nouvelles/Santeeducation/nouvelles/200509/09/002-cerveau-evolution.shtml

[51] http://www.hhmi.org/research/investigators/lahn.html

[52]Natural History of Ashkenazi Intelligence, Départment of Anthropology University of Utah, http://homepage.mac.com/harpend/.Public/AshkenaziIQ.jbiosocsci.pdf

  

[53]Natural History of Ashkenazi Intelligence, ibid 

 http://homepage.mac.com/harpend/.Public/AshkenaziIQ.jbiosocsci.pdf 

[54]http://www.doctissimo.fr/html/sante/mag_2000/mag1110/dossier/sa_2939_coup_pied_qi_02.htm

[55] Comme le laissait croire les premières estimations de Gilbert W. qui postulait 100 000 gènes en divisant par la taille d’un gène les 3 milliards de paires de base sensés représenter la longueur de notre ADN. 

[56] Il existe des gènes qui ne sont pas répertoriés dans les 25000 habituellement retenus pour notre génome, surtout des gènes qui ne codent pas de protéines et qui produisent de l’ARN. Les processus de régulation génétiques vraisemblablement révéleront des synthèses  protéiques de l’ARN qui feront dépasser les 300 plus ou moins recensés pour l’instant. 

[57] http://www.sfaf.org/treatment/beta/b32/b32hist.html, voir aussi Cohen, AIDS Research: Receptor Mutations Help Slow Disease Progression, Science 1996 273: 1797-1798; 

[58] http://www.affairesuniversitaires.ca/Francais/issues/2005/may/_print/partenaires_pandemie.html 

[59] http://72.14.207.104/search?q=cache:CF6AgyJWij4J:www.aegis.com/news/afp/2000/AF0012C0_FR.html+prostitu%C3%A9s+kenya+sida&hl=fr 

[60] Béatrice Hahn, de l’Université de l’Alabama, vient de découvrir que le virus VIH-1 du sida existe depuis toujours chez les chimpanzés d’Afrique centrale. Les primates ne semblent pas en être affectés, ce qui implique qu’ils disposent eux aussi d’un mécanisme de résistance. Comme le bagage génétique de l’homme et celui du chimpanzé sont identiques à 98%, on pourrait s’inspirer de ce modèle animal pour développer un autre vaccin»

http://www.cybersciences.com/cyber/3.0/N1066.asp

[61] NEW ORLEANS, La. (November 8, 2004)– Results from the African American Heart Failure Trial (A-HeFT) to be presented today at the American Heart Association’s Late-Breaking Scientific Sessions indicate that African American patients with heart failure experienced a 43 percent improvement in survival after taking BiDil®, the nitric-oxide enhancing, fixed-dose combination of isosorbide dinitrate (I) and hydralazine (H), in addition to standard heart failure therapy (P=0.01), as compared with patients in the study receiving standard heart failure therapy plus a placebo. A 10.2 percent death rate was shown in the placebo group compared to 6.2 percent of patients in the fixed-dose I/H group (P=0.02). Trial results also confirm a 33 percent reduction in first hospitalization for heart failure (P=0.001) and an improvement in the quality of life (P=0.02) for African American heart failure patients taking the fixed dose I/H therapy. http://www.nitromed.com/11_08_04c.shtml

[62] http://health.dailynewscentral.com/content/view/1082/0

[63]http://www.univ-tours.fr/genet/gen001700_fichiers/htm/ch8b/gen12ch8bec7.htm

[64]http://jewishweek.org/news/newscontent.php3?artid=10405&print=yes

[65] http://72.14.203.104/search?q=cache:OkgFAqi6iVUJ:www.kacvtv.org/local/organdonor/sbone.html+&hl=en 

[66] Poget Noemie, Quels seront les bébés du futur? Le courrier 20 Octobre 2001

[67] Les premiers développement dans «Histoire primitive de l’humanité: évolution du monde noir» in 

Bulletin de l’IFAN T XXIV No 3‑4, Université de Dakar, 1962, p450

[68] http://www.nature.com/nature/ancestor/index.html

[69] South African Journal of Science, December 1998 

[70] Il existe plusieurs hypothèses de la bipédie, incluant même une arguant de l’origine aquatique de l’humanité.

[71]  Dambricourt‑Malassé Anne, Nouveau regard sur l’origine de l’homme, La recherche 286 avril 1996,

[72] Wilson A, Cann R L, Stoneking M, Mitochondrial DNA and Human Evolution;, in 

Nature Vol 325, No 6099, January 1987, pp3l‑36 

[73] Diop Cheikh A, Apport de 1 Afrique à la civilisation universelle, in Actes du Colloque Centenaire de la Conférence de Berlin Brazzaville, 1985, Présence Africaine, Paris, Dakar, p46

[74] 5 Dambricourt‑Malassé A, op cit p54

[75]  Wolpoff MiIford, Thorne Alan, The Case Against Eve, in New Scientist Vol 13 0, No 1774, June 22,1991, p37 

[76] James Shreeve The Neandertha énigme : solving the mystery of modem human origins, W Morrow, 19 

[77] (in National Geographic, January 1996)

[78] «Le matériel génétique (ADN mitochondrial) de la mitochondrie (qui est la seule partie des cellules animales à posséder son propre ADN, en plus du noyau) n’a subi que très peu de modifications depuis le début de l’évolution et sert souvent dans les recherches phylogénétiques

[79] «Dans le même temps, d’autres chercheurs publiaient des résultats (revue Nature, décembre 2000) confirmant que l’espèce humaine actuelle aurait pris résolument ses racines en Afrique. Une équipe de l’université d’Uppsala (Suède) a étudié l’ADN mitochondrial (transmis par la mère) de 53 individus de différentes ethnies, allant des Inuits aux Kikuyus. Ceci leur a permis d’élaborer une sorte d’arbre généalogique, qui montre que leur ancêtre commun a vécu en Afrique pendant une période comprise entre 221 500 ans et 121 500 ans. Il y eut ensuite séparation entre Africains et non Africains, entre 79 500 et 24 500 ans. Ces travaux suggèrent donc que l’homme moderne serait sorti du continent africain plus récemment que l’on ne croyait (100 000 ans). Cette équipe suédoise croit pouvoir, dans un futur proche, disposer de données dérivées du génome humain, encore plus précises. L’ADN mitochondrial étant en effet un élément qui ne reflète que l’histoire génétique des femmes». Schéma et commentaires 

http://www.snv.jussieu.fr/vie/documents/adnancient/adnmt.htm

[80] http://www.duerinck.com/migrate.html

[81] Marianne Schwartz and John Vissing, ‘Paternal Inheritance of Mitochondrial DNA,’ New England Journal of Medicine, august 2002 et aussi 

  http://www.darwinism-watch.com/scientific_american_tattersall.php 

[82] Lucotte Gérard, < Origin of Modern Human: Evidence from Y‑Chromosom Specîfic Polymorphic DNA 

[83] SLC24A5, a Putative Cation Exchanger, Affects Pigmentation in Zebrafish and Humans, Science 16 December 2005, Vol. 310. no. 5755, pp. 1782 – 1786; voir aussi Michael Balter , GENETICS: Zebrafish Researchers Hook Gene for Human Skin Color, Science 16 December 2005: 1754-1755 

  

[84] Suivre les travaux du A haplotype map of the human genome, The International HapMap Consortium

[85] Drayna Dennis, Founder Mutations, Scientific American, October 2005, pp82-83 

[86] ibid p 85

[87] Anthropologue à l’université de Pennsylvanie Coon a écrit The Origin of Races

[88] cf l’apparition de l’homo sapiens, in Bulletin de l’IFAN, TXXXII Série B, No 3, Université de Dakar,

[89] l’Egyptologie eurocentrique sans tenir des métissages ultérieurs persiste à nier ces faits et tentent d’infirmer ces faits sur les ossements des egyptiens :
http://www.geocities.com/enbp/, les crânes  qu’ils disent proches éloignés des africains de l’ouest et du sud –C. Loring Brace http://www.geocities.com/enbp/physanth.html; les dents plus proches des nord africains que des subsahariens (Irish, 1997, 1998) les cheveux lisse ou délicatement bouclés  ( Titlbachova et Titlbach, 1977) et sur les gènes des travailleurs – 2600, prouvant que ce sont les descendants des actuels égyptiens http://www.geocities.com/enbp/genetics.html
 

[90]  Sandford K., Arkell S,, Prehistoric Survey of Egypt and Western Asia, Paleolithic Man and the Nile 

[91]Dans le chapitre 5, « Légendes, histoires, niveaux de la mer », du livre L’homme et le climat (Paris, Éditions Denoël, 1985) de cité dans   http://www.ankhonline.com/egypte1.htm 

  

[92] Vermeersch, P, Pai ulissen E., et ai, Haute Égypte, L Anthropologie 88, 1984 pp231‑233 et aussi Le 

Paléolithique de la vallée du Nil égyptien, 1 Anthropologie 94, 1990, p435 et suite

[93]  Zaborowski M., Races préhistoriques de l’ancienne Egypte, « Bulletin et mémoires de la société d`anthropologie  » de Paris 9, IV‑ 1898, 597‑612

[94] Wendorf Fred, Schuld Romuald, Close Angela in Science Novembre,1982. 

[95] Sall Babacar, Hommes et cultures du Sahara ancien», Ankh 6/7

[96] Baud Michel, Djéser et la troisième dynastie, Pygmalion, 2002, p9 

[97] Moret, Des clans aux Empires, 1923, cité dans Diagne Pathé, Cheikh Anta Diop et l’Afrique dans l’Histoire du monde, Sankoré, L’Harmattan, 1999, p59

[98]J’ai moi-même rencontré la même difficulté pour avoir accès à des momies de l’Université McGill où j’enseignais

[99] Actes du premier colloque d’anthropologie physique des anciens Egyptiens, in Bulletin et mémoires de la société d’anthropologie de Paris, T8, XIII ème série, Doin, Paris, Septembre 1981 

[100]http://www.ankhonline.com/ankh_acquis_10ans.htm 

[101] Obenga Théophile, L Afrique dans 1’Antiquité, Présence africaine, Paris, 1973, p323

[102] Obenga Théophile, Origine commune de l’égytien ancien, du copte et des langues négro-africaines modernes. Introduction à la linguistique historique africaine, l’Harmattan, Paris 1993 sur http://www.ankhonline.com/langue1.htm

[103] N’gom Gilbert, Parenté génétique: l’égyptien pharaonique et le Duala, in Ankh, revue d’égyptologie et des civilisations africaines, Khepera~ No2 Avril 1993, p3l

[104] Obenga, 1993 ibid, http://www.ankhonline.com/langue1.htm 

[105].  16 novembre 1999 – Le Caire.  AFP

[106]Obenga Théophile, Cheikh Anta Diop Volney et le Sphynx, Khepera, Présence Africaine, Paris, 1995,

[107]Diop Cheikh A, Centenaire de la conférence de Berlin

[108] LE MYSTERE DES DOGONS,  Un peuple du Mali descendant d’une autre planète, http://secretebase.free.fr/civilisations/autrespeuples/dogons/dogons.htm

[109] Diop Cheikh A, l’unité culturelle de 1’Afrique noire, Présence Africaine, 2 ème édition, Paris‑Dakar, 

1982, p pl35‑l36

[110] Frantz Fanon, Le syndrome nord Africain, Esprit, Février 1952; Pour la révolution africaine, Maspéro; Les damnés de la terre, Maspéro, ; L’an V de la révolution algérienne; Maspéro, Peaux noirs masques blancs; The Wretched of the Earth, Grove Press, NY, 1968

[111] Nous menons pour Thomas Sankara une lutte contre l’impunité avec une vingtaine d’avocats et plusieurs organismes et personnalités devant le comité des droits de l’Homme des Nations Unies. cfwww.grila.org

[112] [112]  L’Uruguay round propose que les signataires s’engagent à supprimer les barrières douanières et non douanières afin de permettre entre eux l’investissement et le commerce, et créer une déréglementation favorisant la circulation du capital.

[113] GRILA : http://www.grila.org/nepad-nopada_fr.html

[114] Lemieux André, Canada’s Global Minng Presence in Canadian Minerals Yearbook 1996, Ottawa, Ressources Naturelles Canada

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Les 50 ans de Bandoeng; le non alignement à l’ère du supraimpérialisme

Posté par issopha le 30 mai 2008

  

Les 50 ans de Bandoeng; 

le non alignement à l’ère du supraimpérialisme 

-Avril 2005-    

Aziz Salmone Fall 

Politologue 

                                                                                                         GRILA

  


                         Les 50 ans de Bandoeng; le non alignement à l’ère du supraimpérialisme  dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE les%20501

  

             Immeuble où se tint la conférence historique de Bandung 1955. http://www.geocities.com/bandungcity/aa.htm

  

  Dans un discours à Colombo Ceylon en 1954, le dirigeant indien Nehru  aurait forgé les termes «non-alignés».

  Nehru Addresses Crowd Nehru face à la foule. Photo Encarta  

« Bandoeng a proclamé l’émergence sur la scène internationale de plus de la moitié de la population mondiale»  clame un an plus tard le pandit Nehru à l’issue de la conférence de Bandoeng.  Le président Senghor qualifie la rencontre de moment « le plus important depuis l’époque de la renaissance»[i]. Les cinq pays du groupe de Colombo (Indonésie, Inde, Ceylan, Birmanie, Pakistan) qui en avaient été les initiateurs ne pourraient qu’être fiers des retombées de cette conférence afro-asiatique. Elle fut  le tremplin du non-alignement, un concept et une politique en réponse à la bipolarisation mondiale et qui lui a laborieusement survécu.

Le monde d’alors se relevait à la fois meurtri du second conflit mondial, et fracturé en deux blocs idéologiques: l’Est et l’Ouest. L’URSS escomptait que tous ces pays, qui en voulaient à la colonisation et à l’impérialisme, seraient à sa remorque dans son camp en rupture avec le capitalisme.  L’Ouest, le monde dit libre, maître contesté de l’essentiel de l’espace en décolonisation, s’ingéniait à s’y reproduire et faisait valoir que la reconstruction du plan Marshall légitimait sa croisade du développement style «Big Push» et «Take off». Ces paradigmes s’enracinaient déjà à l’ONU et ses institutions spécialisées. L’institutionnalisation du système multilatéral qui choisit d’assurer la reproduction internationale de l’ordre mondial, et les contradictions des accessions aux indépendances ne firent que raviver la bipolarisation.

Le vent de décolonisation, amorcé déjà avant le second conflit mondial, colportait néanmoins toujours le rêve des élites des nouveaux Etats et leur aspiration à la souveraineté et au développement. Ceux qui avaient obtenu l’indépendance, et ceux qui l’attendaient de manière imminente savaient que cette victoire politique devait être parachevée par la libération économico- sociale et culturelle. Et pour ce faire, il y avait une relative unanimité de vue sur le rôle dirigeant de l’Etat en la matière. Même ceux qui optaient pour le capitalisme le concevaient. Les conceptions néo-classiques de la main invisible du marché, en vogue aujourd’hui, étaient marginales d’autant plus que dans la reconstruction des économies d’après guerre,  l’Etat joua un rôle majeur. Aussi ces théories n’avaient aucune prise réelle sur ceux qui aspiraient à l’indépendance.  La majorité des jeunes Etats voulaient croire à l’intégration dans le capitalisme, mais la plupart d’entre eux ne voulaient pas d’une quelconque forme de néo-colonialisme, fut- il avec un nouveau parrain. D’autres acceptent de nouvelles alliances subordonnées ou la poursuite de l’allégeance, en participant à la tentative de containment du socialisme et en offrant de géo-stratégiques bases et accès aux ressources naturelles aux parrains. Une minorité ose rejeter ce marché et de fait s’était associée au bloc de l’Est et malencontreusement reproduit ses erreurs de développement. Dans les faits, ils furent rares ces régimes radicaux qui osèrent s’allier à l’URSS. Les autres qui ne lui étaient que sympathiques, ne basculèrent pas dans son camp. Mais ils en devenaient objectivement membres pour l’Ouest qui les bouda et les combattit en retour. Ces lignes de fractures firent qu’il y eut, dès le départ, une adhésion massive au concept de non alignement si attrayant par son  accent de neutralisme progressiste.

Politiquement, être non-alignés s’avérait tout aussi important pour ceux dont la nation existait que ceux où elle n’était pas encore cristallisée. Dans la réalité matérielle, au-delà de cette unanimité politique, une autre plus grande les unissait. Les jeunes Etats aspiraient tous au développement perçu innocemment comme technique, neutre et susceptible de générer la modernité, le progrès. Bien peu se préoccupaient du potentiel prédateur et destructeur du développement, et objectivement au fond, les antagonismes Est-Ouest, Nord-Sud ou non alignés importaient peu, en autant que ces aspirations soient enfin atteintes. Au fil des ans, malgré la dispersion des itinéraires, la cohésion du principe non-aligné s’est maintenue, malgré les lignes de fractures des alliances avec les blocs. Elle a permis le groupe des 77, la tricontinentale, un plaidoyer relativement cohérent avec les collectives aspirations pour un autre ordre économique mondial dans les instances multilatérales. Puis un grand essoufflement a commencé dans les années 80, suivi d’une traversée du désert. Aujourd’hui, un frémissement de relance du mouvement tiers-mondiste est observable, principalement en réaction à la mondialisation néo-libérale.

Cinquante ans plus tard, l’échec et/ou le succès  bien discutables de quelques exceptions de développement et de non alignement, nous obligent autour de la célébration de cette rencontre historique, de  revenir sur la genèse du mouvement non-aligné.

Il nous faut voir ensuite ce qui en reste, maintenant que s’instaure un nouvel ordre mondial. Ce dernier, qualifié de mondialisation, correspond à un brutal redéploiement du capitalisme, juste quelques années avant l’implosion du bloc de l’Est et la chute de l’apartheid. Cette extension et reproduction capitaliste, caractérisées par un enrichissement et un endettement démesurés aggravent la polarisation du monde. C’est dans ce contexte que s’impose la prétention unipolaire qui proclame TINA (there is no alternative). Pas d’alternative à un nouvel ordre bloqué sur la rationalité marchande et son darwinisme socio-économique et politico-culturel.  Ce semblant d’ordre impérial dans un « village global» prétendu,  qui escompte de tous leur alignement,  nous l’appelons le supra-impérialisme du mégaloensemble[ii]. Contre cette sorte d’apartheid mondial, et malgré la dispersion de trajectoires et des non-alignements tentés, l’essentiel de l’humanité compte, objectivement plus que jamais, sur ces valeurs acentriques, universelles et toujours potentiellement porteuses qui ont fleuri à Bandoung.   

Genèse du mouvement et évolution 

  

Au sortir du premier conflit mondial, les revendications égalitaristes des conscrits du tiers monde ont très vite été repoussées par les prétextes de la reconstruction de l’Europe détruite. Les soldats d’Afrique et d’Asie se sont combattus ou ont fraternisé sur les champs de bataille. Certains se sont imprégnés de valeurs libertaires de la révolution des soviets, de mouvements qui tentaient ailleurs de faire éclore des espoirs similaires. D’autres ont raffermi leurs liens avec les syndicats. Il en a résulté  qu’avait été démystifiée la supériorité coloniale, sans que pour autant l’aliénation et les complexes d’infériorité ne s’estompent réellement au sein des élites. En 1920, au second congrès de l’internationale communiste,  est abordée la possibilité, pour les pays dits retardataires, de passer au socialisme sans le détour du stade capitaliste.  Nath. M Roy, qui y soutient une ligne contraire,  est donc accusé de gauchisme et la vision de Lénine s’impose.

http://alain-leger.mageos.com/classic.htm Lénine leader de l’URSS 

Photo LaRZKP9HmTgJ:alain

  

C’est sans surprise que la prétention léniniste de transcender la phase capitaliste, et atteindre par une voie non capitaliste le socialisme, se perpétue au IV,  et V congrès. Cette conception aura beaucoup d’influence dans le courant socialisant des futurs pays périphériques. Dans les faits, pour la III ème internationale ou Komintern, la prétention de réunir les forces anti-impérialistes, anticolonialistes et révolutionnaires dans un sursaut fraternel sera freiné par l’avènement de Staline à la tête de l’URSS.

http://www.coranix.com/killers.htm Staline 

Photo coranix.

 Staline fera passer désormais tout après l’intérêt de l’Etat soviétique.  Ainsi au VI ème congrès du Komintern de 1928, la volonté de lutte anti-coloniale des révolutionnaires des pays dominés est  dénigrée et déclarée contre-révolutionnaire. L’essentiel se serait borné à abattre le capitalisme qui emportera dans son sillage son avatar le colonialisme.

 C’est donc ailleurs qu’il faut chercher, le creuset de Bandoeng. Probablement au congrès de la ligue contre l’impérialisme de Bruxelles en 1927, avec Lamine Senghor, Gorki, Nehru, Messali Hadj, Einstein… C’est là que se mirent en rapport des nationalistes africains et asiatiques et des progressistes européens déjà en attitude ambivalente à l’égard du Komintern. Au fil des années se raffermirent des liens, alors que la reconstruction des économies détruites et la reprise à maintenir repoussaient les échéances de la souveraineté.

L’embellie économique et la spéculation capitaliste eurent tôt fait de faire basculer le monde dans la crise de 1929. Ce fut un second prétexte pour repousser l’échéance de desserrer le corset colonial et éloigner une fois de plus les perspectives de souveraineté. Le négus Haïlé Selassié, devant la montée du fascisme, mit en garde, en 1935, les membres de la SDN- société des nations- de l’impératif de défendre la souveraineté. Il ne fut point écouté.

  les%20505 dans ACTUS ET DEBATS MONDE 

Hailé Sélassié Photo affellem/gifs.html 

Le banc d’essai internationaliste que fut la guerre d’Espagne et surtout l’horrible épreuve que constitua la seconde guerre mondiale vont permettre de rapprocher objectivement les vues des nationalistes progressistes des pays colonisés. La lutte contre le nazisme, sera un outil commode pour retourner le discours anti-fasciste contre le racisme colonial, alors que les lézardes de l’édifice colonial apparaissaient partout béantes.  Mais les tenants du l’ordre imposèrent Yalta, en février 1945.

Yalta contre Bandung  

  

                                         Allied Leaders at Yalta

                                                                                                Les alliés à Yalta.

                                                                                        http://encarta.msn.com/media_461522741/Allied_Leaders_at_Yalta.html

  

A Yalta s’instaure une division tragique du monde pour les colonisés. Voilà que tous ceux qui aspiraient à la dignité, à la souveraineté et au développement devaient choisir des sentiers d’émancipation gangrénés par la bipolarisation.  Roosevelt sort de Yalta confusé Mais il tient sur son chemin de retour  à rencontrer Farouk d’Égypte, Hailé Sélassié d’Éthiopie, et Ibn Séoud d’Arabie. Une diplomatie pour monarques cooptés, mais surtout privilèges à des exceptions indépendantes qui pourraient servir de modèles aux autres.  Roosevelt meurt peu après, et Truman qui le remplace est plus volontariste. Certes l’avènement de l’ONU apportait le gage d’un nouvel ordre fondé sur le droit et l’autodétermination.

  

Mais les instances de Bretton Woods, le plan Marshall et Mac Arthur favorisaient surtout le bloc de l’Ouest et la portion de l’Asie domptée. L’Amérique toujours ségrégationniste en son sein considérait le centre et le sud de son hémisphère comme sa zone naturelle d’influence. Les métropoles européennes tentaient-elles vainement de retenir la bride indépendantiste ou de la coopter en Afrique. Quant au Kominform qui s’instaure à l’Est, il laissait peu d’espoir de soutien réel, au delà du discours mythique de l’internationalisme prolétarien, aux colonisés ( quoique maints mouvements de libération n’auraient pu concrétiser leur lutte sans le soutien de Moscou).

 L’Inde, dès le lendemain de la seconde guerre mondiale, esquisse alors les termes d’un refus à un quelconque alignement. Elle élabore les fondements de l’option afro-asiatique mûrie depuis la conférence de Bruxelles. En 1947 à New Delhi, une conférence réaffirme le droit à la souveraineté, et la lutte de libération nationale. Deux ans plus tard, à  la répétition du même événement, se joignent au premier groupe des 12 pays asiatiques et arabes, le Libéria et L’Éthiopie. La période est déjà turbulente. Ho chi Minh avait proclamé unilatéralement l’indépendance du Viet Nam, deux ans plus tôt, ce qui exacerba la lutte.  La Palestine et l’Égypte secouent le joug britannique, et ne peuvent empêcher l’avènement d’Israël. La Chine, le pays le plus peuplé du monde, vient de gagner sa guerre de libération et bascule dans le communisme en 1949. En Amérique latine, en 1952 la révolution bolivienne, et suivie deux ans plus tard d’une autre au Guatemala. Truman prononce alors son fameux point IV et inaugure officiellement l’ère du développement. C’est désormais  partout la conceptualisation du sous-développement, et le rôle que s’arrogent les tenants de l’ordre mondial pour l’éradiquer. Pendant ce temps, l’Indochine s’enlise dans sa lutte de libération et la guerre de Corée éclate. Celle ci a un effet de catharsis pour le futur mouvement des non alignés. Car la Chine et l’URSS aussi s’y activent, et les États-Unis façonnent un chapelet d’alliances militaires régionales cooptant des pays de la zone, du Japon aux Philippines. Les relations internationales sentent le soufre et les grandes puissances accumulent leur arsenal nucléaire.

  Deadly Mushroom Cloud over Hiroshima (Hulton Deutsch)

Champignon nucléaire. Encarta   

 L’OTASE et le plan de Bagdad accélèrent la cooptation militaire de l’Asie.  Pendant ce temps, l’URSS louvoie entre soutiens aux mouvements de libération nationale du tiers Monde et atouts stratégiques.

  

 C’est donc de Belgrade, qui déjà en 1950 à l’ONU recommandait un fonds spécial des Nations Unies pour le développement, que viendra le soutien réel aux colonisés. Autant militaire qu’idéologique, ce soutien est personnalisé par Tito. C’est un camouflet à l’URSS, qui hormis sa puissance industriel et militaro-scientifique, demeure un vaste pays ayant certaines caractéristiques similaires aux autres. C’est ce qui la pousse à vouloir devenir membre du mouvement en formation.  Ce n’est donc pas d’elle, mais de Nehru, Soekarno Nasser et Tito que dépendra l’architecture du vaste mouvement des non alignés. Il n’y a pas d’appellation pour désigner l’immense ensemble qui aspire à la paix et à l’indépendance. Sauvy, un démographe Français, en référence au tiers état de la révolution française, forgeant en 1952 le mot Tiers monde écrit: «…le monde numéro un pourrait-il, même en dehors de toute solidarité humaine, ne pas rester insensible à une poussée lente et irrésistible, humble et féroce vers la vie. Car enfin ce tiers monde ignoré, exploité, méprisé, comme le tiers état, veut, lui aussi, être quelque chose»[iii]

Terme globalisant et à la fois réducteur, Tiers monde connaîtra une fortune réelle. Il sera brandi comme un étendard, alors qu’il représente en les nommant mal les ¾ de l’humanité. Ainsi prenait forme, avec la signature entre Tito et Nehru en 1954,  une politique de non-alignement active et constructive du Tiers monde, pour édifier la paix et la sécurité collective, hors des puissances antagoniques. L’accord de coexistence pacifique entre la Chine et l’Inde en 1954, la signature du pacte de Bagdad entre la Turquie et l’Iraq,  comme la défaite de la France en Indochine, obligent très vite Nasser à choisir définitivement son camp et à se joindre à Nehru et Tito, afin de consolider la politique de non- alignement prônée par l’Inde.

                                    Nasser, Tito, Nehru, (photo 1956) - 13.3 ko

    

 Soekarno, que les Hollandais détestaient et qu’ils accusaient de connivence avec les Japonais, était désormais au commande de la jeune Indonésie, devenue modèle pour tous les peuples ayant soif de liberté. C’est pourquoi, lorsque le quintet de Colombo y convoque  sur l’île de Java en 1955 la conférence de Bandoeng, le tremplin était irréversiblement dressé pour le mouvement des non alignés. Il deviendra, après celui de l’ONU, le plus grand forum des  pays en développement ( 114 le composent).

  

Non-alignement Monuments, les bustes de Nasser, Tito, Nehru, Nkrumah  dans un petit jardin de la Georgetown la capitale de la Guyane ou se tint le sommet de 1972; le monument au carrefour de Simpang Lima à Bandoung et le mémorial de la conférence de Bandoung à Beijing semblent être les rares monuments à la mémoire des illustres fondateurs. Pour la Chine  ce fut là le premier évènement multilatéral de la république populaire.

                                                   les%20509 dans VISAGES DE LA RESISTANCE 

                                                     Le monument Asie Afrique au carrefour de 5 rues au bout de l’avenue qui porte le même nom à Bandoung.

  

 Un romantisme révolutionnaire qui s’étiole vite

  

La ville de Bandoeng existe au moins depuis 1488. Les paysans sundanais auront vu y défiler les aventuriers et colons européens rivaux. Louis Napoléon, qui dirige aussi la Hollande, y intensifie le réseau d’infrastructures et fortifie ses défenses contre les Anglais en 1809. Au 19 ème siècle y sont introduits la culture de la quinine (essentielle aux expéditions militaires si exposées à la malaria), celles du café, du thé. Le boom économique et l’extension des réseaux ferroviaires y drainent une main d’œuvre chinoise qui resta. En 1906, une administration civile hollandaise remplace la militaire. La période du second conflit mondial permet aux citoyens de la ville de prendre davantage contrôle de leur ville. Juste à la fin du conflit, la révolte y gronde et les insurgés dirigés par Soekarno et Hatta proclament l’indépendance. Devant ce fait accompli, la riposte militaire hollandaise est massive et musclée. Déterminés à créer un Commonwealth néerlandais, malgré la désapprobation onusienne, les pays Bas, qui obtiennent de la Banque Mondiale dans la même époque un prêt de 195 millions de dollars, s’entêtent.[iv] Mais la perspective de voir s’y redéployer l’administration hollandaise poussa les citoyens à mettre le feu à leur ville. Ce fut Bandoeng Lautan Api, Bandoeng l’océan de feu. C’est sur ses cendres que se confirme l’indépendance du pays avalisée par l’ONU, alors que les Pays-Bas se rabattront sur la Nouvelle-Guinée où ils s’éterniseront jusqu’en 1963.

  

  

                                                         les%205010                                                            L’avenue de 1935 qui sera rebaptisée Asia Afrika Street 

                                                                             http://www.geocities.com/bandungcity/aa.htm

  

 On comprend que dans cet endroit symbolique, les rivalités et conceptions idéologiques hétéroclites se turent un moment, pour proclamer l’esprit de Bandoung. Soekarno y dépeignit le colonialisme comme «..un ennemi habile et décidé qui se manifeste sous divers déguisements ; il ne lâche pas facilement son butin. N’importe où, n’importe quand, et quelle que soit la forme sous laquelle il apparaisse, le colonialisme est un mal qu’il faut éliminer de la surface du monde»[v]

  

                                                Ceux de Bandoung - 120 ko

  

Bandoung fut un hymne à la décolonisation et à la coexistence pacifique, écrit et entamé par les 29 colonisés et jeunes Etats libres qui unanimes dans leur déclaration finale s’accordaient 

-         «pour déclarer que le colonialisme sous toutes ses formes est un mal auquel il doit être rapidement mis fin

-         pour affirmer que la soumission des peuples au joug étranger, à l’exploitation étrangère, constitue une violation des droits fondamentaux de l’homme, est contraire à la Charte des Nations Unies et est un obstacle à la consolidation de la paix mondiale».

    

Ils déclarent 10 principes :

  1. Le respect des droits de l’Homme fondamentaux et des objectifs et principes de la Charte des Nations unies.
  2. Le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de tous les États.
  3. La reconnaissance de l’égalité de toutes les races, l’égalité de tous les États, grands ou petits.
  4. La non-intervention ou non-ingérence dans les affaires intérieures des autres pays.
  5. Le respect du droit de chaque nation à se défendre par elle- même ou collectivement, conformément à la Charte des Nations unies.
  6. S’abstenir d’utiliser des arrangements de défense collective pour servir les intérêts particuliers d’une grande puissance, l’abstention par tous les pays d’exercer des pressions sur d’autres pays.
  7. S’abstenir de tout acte ou toute menace d’agression, ou tout usage de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tous les pays.
  8. Le règlement de tous les conflits internationaux par les moyens pacifiques, tels que la négociation, la conciliation, l’arbitrage ou le règlement judiciaire ainsi que d’autres moyens pacifiques choisis par les parties intéressées, en conformité avec la Charte des Nations unies.
  9. La promotion des intérêts et de la coopération mutuelle.
  10. Le respect de la justice et des obligations internationales. 

  

Derrière l’unanimité de façade, la lutte de décolonisation et les manœuvres des puissances autant bi-polaires que métropolitaines, tout comme les aspirations des élites, fragmentaient  l’alliance. Malgré leur brouille larvée Chine et Viet-Nam penchaient vers l’URSS ; le Pakistan et la Turquie lorgnaient vers l’Ouest. Seules l’Inde, l’Indonésie et l’Égypte étaient conséquentes avec le non- alignement. Dans l’euphorie du moment, on pouvait quand même percevoir les alignés potentiels, les neutralistes, les communistes non alignés, les nationalistes anticommunistes ou plus libéral protectionnistes. Alors que le trio fondateur savourait sa victoire et polissait ses différences en 1956  à Brioni, le véritable test du non alignement et de la souveraineté allait se jouer dans l’année même.

La nationalisation du canal de Suez démontre en effet que rien n’était joué quant au non alignement. Par contre, il sonne le glas du vieux système colonial sommé de s’ajuster aux exigences du renouveau impérialiste. L’Europe devait au plus vite, éteindre ses brasiers et procéder à des indépendances négociées pour coopter les nouveaux régimes naissants. La bi-polarisation allait quant à elle surdéterminer tout le champ politique des nouvelles formations sociales. Seules les luttes armées de libération nationale entretenaient un potentiel révolutionnaire comme à Cuba,  mais ne pouvaient s’extraire de l’attraction gravitationnelle bipolaire. Le secrétaire général de l’ONU meurt de manière suspecte au Congo, tout comme s’étiole le rêve de souveraineté et du panafricanisme avec l’assassinat de Lumumba.

    Dag Hammarskjöld (Culver Pictures)  

Dag Hammarskjöld sec. Gen ONU. Encarta.   

Le chapelet d’indépendances n’augure pas de souverainetés réelles. Les blocs militaires se succédaient partout. OTASE, CENTO, ASPAC, ANZUS en Asie; contraignants accords de défense et de coopération militaire entre les anciennes puissances tutélaires et les jeunes Etats proto- nations en Afrique; luttes anti-révolutionnaires et pactes contre-insurrectionnels en Amérique Latine. Que de fausses notes à l’hymne Halo Halo Bandung symbole des non-alignés.

    

L’essor et la croisade des non-alignés

  

La déclaration de Bandoung est un précurseur majeur des critères qui fondent le discours des catégories des  relations internationales contemporaines. A partir de ce moule historique de Bandoeng, et servi par une inclinaison favorable de l’ordre mondial pour l’État providence, autant dans les idéologies de droite que de gauche, le développement devient le cheval de Troie de l’édification de l’État nation. Le développement est –il une ruse de l’histoire pour occidentaliser le monde? Est-il plus cyniquement,  un paradoxal moyen de reproduction sociale qui requiert prédation écologique et sociale, pour assurer une production de biens et services toujours exponentielle aux fins de l’accumulation de classe ou d’Etat?  Les jeunes Etats n’ont pas le loisir de trancher le dilemme existentiel et idéologique, devant l’engouement et l’urgence de se doter en infrastructures et ainsi combler leur prétendu retard. Le mouvement des non alignés verra beaucoup de ses membres, et parfois lui-même, jouer le chantage de basculer d’un bord ou de l’autre des blocs bi-polaires. Mais plus il va se massifier, plus les revendications tendront à s’agglomérer dans les institutions multilatérales où ses préoccupations ont enfin été posées. Depuis qu’ils ont pu imposer la création de la CNUCED en 1964 les non-alignés sont conscients d’un certain pouvoir.

  

Bien des mouvements de libération du monde leur doivent la reconnaissance dans les instances multilatérales. On lui doit aussi les pressions de l’anti-impérialisme, de l’anti- racisme, de l’anti-apartheid, pour les droits des peuples et de disposer de leurs ressources naturelles; pour le droit au développement et un autre ordre économique etc. Bref le mouvement a vraiment été le moment marquant des relations internationales contemporaines.

  

Depuis, les sommets successifs des non- alignés seront autant d’occasions de revendiquer que de façonner un autre ordre international . Car le fonds du problème, on ne s’en rend compte peut être pas immédiatement, n’est pas le dilemme politique Est /Ouest ( au sommet de Belgrade de 1961 l’URSS n’est plus invitée), ni la coexistence Sud /Sud,( minée pourtant par les crises entre URSS et Chine, Inde/Pakistan, Chine/ Inde, Malaisie/ Indonésie, les zizanies du Proche-orient, la sécession biafraise, Soudan /Ethiopie, Algérie/ Maroc….) mais bien le fossé Nord-Sud. 

Pour consolider le fragile acquis politique des indépendances,  la conférence des non alignés du Caire de 1962, esquisse les termes d’une coopération essentielle entre le Nord et le Sud, au niveau économique. Cela permettra l’avènement, deux ans plus tard, de la CNUCED. L’ordre international s’avère de plus en plus pervers pour ces formations sociales périphériques. Certes, à sa faveur se dispersent, dans le prétendu Tiers monde, des itinéraires, selon que l’on dispose de certains atouts pour être intégré favorablement dans le marché mondial. Naturellement donc, les préoccupations du mouvement des non alignés se focalisent sur le dialogue Nord Sud. Ce fut davantage, et cela le demeure d’ailleurs, un monologue du Sud.

  

 La tentative d’un front tricontinental anti-impérialiste échoua en 1966 à la Havane. Graduellement le mouvement  est cependant parvenu, par ses pressions, votes collectifs et résolutions, à faire émerger une seconde et une troisième génération des droits de l’homme. À défaut d’avoir participé à rédiger la première déclaration des droits de l’homme et à y insérer leurs équivalents homéomorphes, c’est déjà une victoire pour les jeunes pays. En 1969, l’assemblée générale de l’ONU adopte la résolution 2542 « Déclaration sur le progrès et le développement dans le domaine social». Elle élargit le domaine de la sphère économique à d’autres pans du social notamment en terme de droits de l’homme et de justice sociale.  Dans les faits, la plupart de ces nouveaux droits et conventions ne sont pas assortis de devoirs et restent lettre morte. La conférence de Lusaka en 1970 introduit en plus des habituelles questions politiques les impératifs économiques de façon plus revendicative. « Stratégie pour la Deuxième Décennie des Nations Unies pour le développement» dans la résolution 2626 de 1970 traduit amplement les aspirations du mouvement.

  

Dès 1973-74, l’échec pour obtenir un NOEI (nouvel ordre économique international) et un NOMIC ( Nouvel ordre mondial de l’information et de la communication), sonne le réveil du rêve petit bourgeois de Bandoeng. Les demandes, relayées par le groupe des 77, étaient pourtant compatibles avec une intégration dans l’économie mondiale. Elles réclamaient entre autres, une intégration dans le marché mondial, mais avec des règles du jeu plus harmonieuses; la stabilisation des prix des matières premières; des codes de conduites pour les firmes multinationales; la levée des restrictions commerciales; une correction des termes de l’échange inégal; tenir la promesse des 0,7% à la coopération internationale non conditionnée; et le renforcement du pouvoir des pays non alignés au sein des institutions onusiennes.

  

Le non-alignement à l’ère du supra impérialisme 

  

L’échec de mettre en œuvre ces mesures, et qui reviennent encore comme des leitmotiv, a contribué à dévoiler et à amplifier l’émiettement du front tiers mondiste.  Ces rencontres se sont alors muées en kermesse institutionnalisée, un peu désabusée par l’impuissance à transformer efficacement l’ordre mondial.

Dans cet émiettement, deux groupes pour l’instant parviennent à se faire respecter moindrement par les tenants de l’ordre mondial. D’abord la périphérie utile, une quinzaine de pays émergents, subalternes  et industrialisant pour la mondialisation. S’y démarque un premier groupe des pays capitalistes de l’Asie de l’Est (Taiwan, Corée du Sud, Hong Kong et Singapour) et du Sud-Est (Malaisie, Thaïlande). A l’instar de la Chine, ils ont maintenu un fort taux de croissance, mais s’en sont différenciés par d’autres stratégies de plein emploi et de formation professionnelle, d’interventionnisme étatique; d’épargne et d’investissement, de dynamisme entrepreuneurial alliant culture famille et capital;  d’intégration régionale et d’importantes sollicitudes extérieures. Depuis la crise économique qui les a frappé en 1997, de nouveaux problèmes sociaux y ont fait surface.

  

Viennent ensuite des pays comme l’Inde et quelques exceptions latino-américaines ( Brésil- 8 ème économie mondiale-, Mexique) qui ont pu se doter d’un tissu industriel et qui sous-contractent des portions de biens et services du marché mondial. Le G20 défend principalement la place des pays émergents dans la mondialisation.

Viennent enfin les formations sociales, toujours captives de la division internationale du travail qui, malgré son évolution, les cantonne dans un rôle de fournisseurs de matières premières. Il s’agit de l’essentiel des pays arabes et d’Afrique. Malgré parfois quelques unités industrielles compétitives, ils ne parviennent pas à influencer la marche économique du monde et en subissent pratiquement passivement davantage les contrecoups, y compris même lorsqu’ils sont producteurs de pétrole. Beaucoup de ces pays ont perdu jusqu’ à leur statut déjà peu enviable de périphéries. Illustrations de la dévastation de l’expansion capitaliste, ils sont devenus des zones excentrées et /ou des mis en réserve.[vi] De plus en plus enclins à négocier une cooptation compradore,  ils sont laissés en pâture à l’instrumentalisation du désordre de firmes secondaires et de pouvoirs politiques prébendiers excellant dans le maquillage démocratique. Pour eux on a  réchauffé les besoins essentiels de Perroux, soit les objectifs de développement du millénaire. Ils ont peu de chance d’être atteints d’ici 2015. Les trois décennies de développement décrétées par l’ONU n’ont-ils pas été globalement des échecs, malgré des avancées spectaculaires dans plusieurs domaines.

  

Décennie d’errance où le développement sous perfusion par des prêts concessionnels est vite abandonné, lorsqu’on passe en 1973 du taux d’étalon or aux taux flottants. La chute du dollar qui s’en suit va grever les revenus d’exportation de ces pays dont l’essentiel des produits sont négociés en cette devise.  L’action des pays de l’OPEP conduira à un redéploiement de crédits vers les pays non- alignés appâtés par le slogan « acheter aujourd’hui payer demain», si important pour éviter la crise de surproduction des pôles avancés. Ils se sont très vite endettées et engluées dans les intérêts de cette dette. Une dette aussi due à l’enrichissement illicite d’élites qui rapatrient au Nord bien de leurs avoirs. Des avoirs qui emboîtent le pas au transfert de ressources, de biens et de fonds. Ceux ci sont toujours supérieurs aux flux d’aide internationale, d’ailleurs bien mal nommée.

  Au début 80, la récession au Nord entraîne la déliquescence de l’État providence, la hausse des taux d’intérêt et la morosité économique au sud. Le paiement de la dette et la nécessité d’accéder à d’autres crédits cèdent le pas aux ajustements structurels. Ils augmentent certes la production, mais sont en passe d’achever les malades. Les cures d’assainissement aggravent la paupérisation. 

    

Personnes vivant avec moins d’un dollar par jour

Personnes vivant avec moins d'un dollar par jour 

ACDI. Canadiangeographic.ca   

Dans les années 90, on s’acharne à accroître la productivité des pauvres et à reconfigurer l’État, en laissant le privé prendre les commandes de l’essentiel. La société civile est cooptée à ce service et la governance est appelée à la rescousse, comme dimension politique des ajustements, afin d’éviter que les États ne persistent à contourner les mesures draconiennes. Ces dernières tissent la révolte, au point de voir depuis deux ans  les tenants de Davos récupérer le discours alter mondialiste et desserrer l’étau de la dette. En même temps, les derniers bastions du bien commun sont investis par la rationalité marchande (de l’eau aux plantes, de la culture aux gènes…).  Tout cela exacerbe l’exploitation du travail. Compte tenu des différences de rémunération et de productivité par rapport aux pays avancés du centre, elle occasionne vers ces derniers toujours davantage de transferts de capitaux et de main d’œuvre sélective. Parallèlement, -par les zones de libre échange et autres formes d’intégration, de l’Union européenne à la ZLEA ou au NEPAD[vii]- la mondialisation procède à un laminage autant des économies des pôles dominants nationaux  autocentrés des centres capitalistes, que ceux des pôles dominés qui n’ont pu s’autocentrer. Elle les recompose en réseaux productifs mondiaux intégrés mais concurrentiels. A tous les autres de les imiter et de s’aligner à cette logique ou de péricliter. Et ce n’est pas les initiatives de coopération Sud /Sud  pourtant prometteuses, qui les en empêchent.

    

Quelle souveraineté ou l’alignement de tous devant l’Un

  

À l’équilibre de la terreur de la guerre froide, nous voyons se substituer la terreur du déséquilibre. Déséquilibre qui est celui de la mondialisation et de ses contestations. C’est un déséquilibre précaire, générateur de chaos, d’illusions et, à long terme si la tendance se maintient pour l’humanité, d’anomie.

  

Dans la mondialisation néo-libérale, le terme de supra-impérialisme pourrait caractériser la phase nouvelle que tente d’imposer le capitalisme effectif. Ce supra-impéralisme  (supra, du latin au-dessus, plus haut ) désigne les extensions multiformes de l’espace du capital dans lequel différents vecteurs oligopolistiques tentent d’infléchir l’économie mondiale. A titre d’illustration, le fait qu’une dizaine d’entreprises contrôlent quasiment la moitié du marché mondial. Ou que 350 les plus riches du monde accaparent un revenu égal à celui de 2,6 milliards de personnes. Cette mondialisation est une inflexion dans le sens de la construction d’un système monde particulier, que je nomme le mégaloensemble. Un système Monde, surestimant sa capacité et sa grandeur, et dont l’orgueil délirant, surfant sur des capitaux fictifs, bénéficie en priorité aux grandes entreprises et banques des premières puissances étatiques. Ces acteurs jouissent en premier lieu du marché des biens, services et capitaux, au détriment de la réalisation des droits économiques sociaux et culturels collectifs. Le marché mondial en restructuration par l’OMC qui conforte le statu quo peut très bien nous mener vers une impasse.

  

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 Les 200 plus grandes entreprises, qui ne fournissent de l’emploi qu’à 0, 75 de la force active dans le monde, accaparent le quart du PNB mondial[viii]. Les transnationales monopolisent les transactions internationales du commerce. La moitié de ce commerce se déroule strictement entre elles. La dominance dans la mondialisation est donc la financiarisation de l’économie. Il est vrai que le caractère évolué du niveau de technologie, d’information et de communication  font revêtir à cette mondialisation néo-libérale un caractère sans précédent. Mais le processus n’est pas achevé et la mondialisation ne pourra s’arroger le titre de changement social. Ce dernier l’a précédé et lui survivra probablement. Issue de l’oligopolisation du processus transnational, alimentant les rythmes des percées technologiques et scientifiques tout en y étant assujettie, la mondialisation est un sursaut qualitatif de l’économie monde. Mais nulle part, elle ne procède à l’égalisation des chances et des économies. Au contraire, partout elle creuse et polarise les écarts.  Il s’agit dès lors d’un processus polarisant par essence, parce que asymétrique et  biaisé par les pouvoirs dominants dans les centres animés par la nécessité d’instaurer l’ordre supra-impérialiste. Cela aux fins de l’exploitation des richesses du globe à leur profit.

  

Partout pratiquement, beaucoup de ces classes dirigeantes disent oui à cette transnationalisation, parce qu’elles en sont avant tous les premiers bénéficiaires en terme de richesse, de prestige et de pouvoir. Les peuples sont les premières victimes de cette transnationalisation débridée. Même le développement durable a été récupéré par cette mondialisation, et au fond, l’équation devrait être celle d’un développement endurable!

  

L’uniformisation et l’homogénéisation du monde que fait miroiter la mondialisation restent une tendance. Le système mondial ne peut assurer à tous ce mode de vie (d’ailleurs biologiquement insoutenable pour notre planète). Les frustrations populaires s’aiguisent devant cette modernité, caractérisée par l’abondance dans la rareté. En réaction, des forces  anti-systémiques se dessinent, même dans les pôles de prospérité. De Kananaskis, à Seattle Gènes et Honk Kong les conjugaisons de luttes diverses, pacifistes, écologistes, féministes, tiers-mondistes, alter mondialistes, anarchistes, communistes, socialistes et libéraux.. sont un panorama de plus en plus holistique de la contestation du mégaloensemble. Il faut bien sûr à présent dépasser l’incantation et la revendication pour des constructions d’alternatives.

   les%205015                                                   émeutes anti G8                                              CD GE2001 - un'idea di Supporto Legale per raccogliere fondi sufficienti a finanziare la Segreteria Legale del Genoa Legal Forum                                                                                                                                                   

Tentes de manifestants altermondialistes la nuit au sommet OMC 2005 de Hong Kong. Photo L’En dehors   

Ailleurs dans bien d’endroits du Tiers monde, la même frustration et une sourde colère grondent. Mais aussi le désarroi, la quête de sens se manifeste par un retour du religieux et du culturel. Elles sont souvent des réponses inadaptées désespérées et anachroniques, mais surtout des désordres instrumentalisables par l’ennemi que l’on cherche à combattre.

Contre tout cela, la repolitisation politique et démocratique des masses des pays non alignés, et un nouvel élan d’unité et de solidarité démocratique seront essentiels.    

Le redéploiement de l’hégémonie états-unienne hypothèque la paix mondiale, le développement et la démocratie. Modèle de la mondialisation, la société civile américaine, qui débat de croisade anti-terroriste, de guerre préventive et de bouclier sidéral, compte quelque 220 millions d’armes personnelles.

 Les Européens tergiversent sur l’orientation de leur union en élargissement, sur les turbulences de leur portion Est, sur l’immigration et sur leurs politiques en remorque  à l’hégémonie américaine.

Les Asiatiques s’insurgent contre la construction des bases militaires de Menoko, Okinawa et des Philippines et on observe en maints endroits la montée des tensions dues au nouveau pavage étatique de l’Asie (Afghanistan et autres anciennes républiques soviétiques).

Les Africains s’organisent de plus en plus massivement pour une justice économique, la démocratisation, mais aussi contre la cooptation des armées et rebelles dans des plans militaro-stratégiques de maintien d’une certaine paix. Ils luttent contre leur fausse marginalisation économique sur fonds de pillage de leurs ressources.

Les latino-américains, élisant de plus en plus de régimes progressistes, luttent contre un encerclement militaro financier des luttes populaires. Un encerclement maquillé en lutte anti-narcotique et en promotion du libre-échange tout azimut.  Dans toute cette effervescence, partout la paranoïa sécuritaire et la rationalité marchande contribuent à instaurer un nouvel alignement économique et stratégique des pays du tiers monde devant le supra-impérialisme.

  

C’est donc contre cela que l’esprit de Bandoeng doit être revigoré. Afin aussi que les sociétés du Sud puissent lutter contre l’érosion de leurs valeurs de solidarité d’entraide et d’humanité[ix], si utiles au monde pour une autre mondialisation. Celle pour laquelle la nébuleuse alter mondialiste, qui a su synthétiser l’essentiel des revendications non-alignées, escompte le soutien de l’humanité, pour qu’elle lutte contre le risque de sa  propre cooptation et mène à bien sa mission. 

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affiche zapatiste pour le forum social mondial de Bamako   

C’est pour cela que le paysan coréen Lee Kyung Hue s’est sacrifié en septembre 2003 à Cancun. C’est aussi contre une mondialisation prédatrice et l’unilatéralisme belliciste de grande puissance que s’étaient prononcés les non-alignés à Kuala Lumpur  en février de cette  même année.  Lors de l’anniversaire du 50ème a été proclamé la déclaration pour  nouveau partenariat Asie-Afrique. 

  

Aujourd’hui, partout on semble reprendre conscience de l’ampleur des inégalités entre le Nord et le Sud. Probablement davantage depuis les attentats du 11 septembre, quand on sait comment la pauvreté et la frustration  sont les terreaux  de tels phénomènes. La renégociation en cours des rapports Nord-Sud est bien enclenchée. Mais dans les errements occasionnés par la mondialisation, elle n’est peut être pas suffisamment perceptible. Il y a, il est vrai, trop d’Etats qui sont docilement alignés. Soumission, compromission concussions.  Des semi-périphéries  requièrent toujours davantage de transferts de technologies du Nord, tout en s’autonomisant. Partout la réfection des codes miniers et l’arrêt des législations laissent en pâture des pans entiers aux multinationales.

  

 Mais ce jeu n’en vaut pas la chandelle pour l’essentiel des populations, de plus en plus meurtries par ces ajustements. Ce n’est pas pour rien que l’impérialisme desserre l’étau de la dette. Il y a donc un réveil perceptible au sud. Il faut encourager les mouvements qui demandent un retour au non –alignement. Il faut insister sur la préservation des biens communs, un développement responsable, le démantèlement des bases militaires étrangères, une réforme en profondeur du système monétaire et multilatéral, et des règles plus équitables du marché mondial. Il faut arrimer davantage ces préoccupations aux mouvements internationalistes dans les pays du centre, afin de donner globalement une chance à un autre monde, et à un développement endurable!

  

Le Tsunami endeuille encore dans cette zone de naissance du non alignement le  50 ème anniversaire. Les 300 000 disparus et les millions de victimes y demeurent ceux qui étaient déjà les plus vulnérables. Le 21 février 2005, un glissement de terrain dans un bidonville de Bandoeng fait plus de 150 morts. Non loin de là où les décolonisés s’étaient donnés rendez-vous, pour proclamer leur  liberté et leur développement, il y a 50 ans. Aujourd’hui une coopération internationale intéressée y capitalise de juteux contrats sur le terreau de l’humanitaire.

 Mais la condition infra humaine de ces populations de bidonvilles, jumelles de celles d’Amérique latine et d’Afrique, vient nous  rappeler une chose. Ouvert à Bandoung, l’agenda de liberté, de coexistence pacifique et de progressisme contre la barbarie, demeure toujours à l’ordre du jour! Halo Halo Bandoung! 

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                                              Vue de la salle de conférence célébrant le 50ème anniversaire le 24 Avril 2005   



[i] Berg Eugène, Non alignement et nouvel ordre mondial, PUF, Paris, 1980, p22

[ii] titre de notre ouvrage en préparation

[iii] Alfred Sauvy, Trois mondes, Une planète, L’observateur, 14 Août 1952

[iv] Toussaint Eric, La politique du FMI et de la Banque mondiale à l’égard de l’indonésie entre 1947 et 2003, CADTM, 24 juin 2004,  http://www.cadtm.org/article.php3?id_article=709

[v] . Soekarno in Le Monde diplomatique, « Les objectifs de la Conférence de Bandoeng », mai 1955, p.1.

[vi] On relira les analyses prémonitoires de Samir Amin, Les défis de la mondialisation, l’Harmattan- Forum du Tiers monde, 1996, et de Michel Beaud, Le basculement du monde, la Découverte- Syros, 1997

[vii] Qui bien que formulé selon les exigences des grands bailleurs ne sera visiblement pas visiblement financé à la hauteur voulue

[viii] Elles fournissent de l’emploi à un peu plus de 72 millions de travailleurs,  dont la moitié sont des emplois sous payés du tiers monde

[ix] Voir Anne Cecile Robert, L’Afrique au secours de l’occident, Les éditions de l’atelier-Ouvriéres, 2004

  Aziz Salmone Fall 

Politologue

Publié dans ACTUS ET DEBATS AFRIQUE, ACTUS ET DEBATS MONDE, VISAGES DE LA RESISTANCE | 1 Commentaire »

 

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