LES ASSOCIATIONS CRIMINELLES ( partie 2 )

Posté par issopha le 23 octobre 2007


LA MAFIA RUSSE

 

Le phénomène criminel de l’ex-URSS n’est pas la suite inattendue de l’explosion politique du régime communiste. Pour certains auteurs, les réalités criminologiques actuelles de ex-URSS sont très certainement le fruit de l’union de la caste des voleurs et du sys­tème du parti unique et l’enfant issu de ce métissage ne serait pas né sans l’accord de Lénine perpétué par celui de Staline. Le crime organisé, tel qu’il se manifeste aujourd’hui, est profondément enraciné dans l’histoire russe.

Dans la société tsariste de
la Russie d’avant
la Révolution d’Octobre 1917, une caste traditionnelle de voleurs règne sur le monde de la « cambriole ». Insérées dans une organisation fortement hiérarchisée, dominée par les « voleurs », ou « voleurs dans la loi », selon la terminologie employée à partir des années 1930, les catégories de criminels les plus respectées exercent des activités « techniques » spécialisées : pickpockets, cambrioleurs, escrocs, etc. Les auteurs de crimes de sang ne sont alors pas respectés. Les associations criminelles régionales et locales possèdent leur propre caisse commune, alimentée par les contributions de chacun, calculées selon un pourcentage relatif au montant du butin de chaque opération. Les fonds sont employés pour soutenir les détenus, dans certains cas leurs proches, et pour développer les activités criminelles de l’association. Les gardiens de la caisse commune sont élus. Un langage spécifique, appelé « fenia », est alors en vigueur au sein du milieu criminel et varie considérablement selon les régions. 
Leurs coutumes strictes découlent surtout du fait qu’ils se considèrent comme une aristocratie. Voleurs et rien d’autre, ils obéissent à un code d’éthique qui envisage le crime comme un mode de vie et non pas comme une façon de s’enrichir. Des règles, désignées sous le terme de « loi », doivent être observées par ceux qui se considèrent comme des criminels authentiques et respectables : refus de collaborer avec les représentants de l’Etat, de prendre part à des organisations politiques, syndicales ou militaires, engagement à exercer une activité criminelle de manière permanente, nécessité de justifier d’un séjour durable en prison, mépris pour la richesse, prosélytisme. Les criminels « traditionnels » sont caractérisés par une volonté explicite de se situer en dehors de la société. Les tatouages permettent de connaître certains éléments du curriculum vitae d’un voleur. Ils sont des « intégristes » de la délinquance. Ces règles absolues sont sanctionnées par le tribunal des voleurs dont la sentence est aussi rapidement exécutée que sévère: sanctions pécuniaires, étranglement, poignardage, etc. 

Les Bolcheviks verront dans ces voleurs des alliés à leur cause, objectifs par leur marginalité sociale, efficaces par leur savoir-­faire. Pour les révolutionnaires, tout ce qui sert la cause est moral. Bien avant 1917, Lénine a recours à ces délinquants pour lancer des attaques contre les richesses du tsar, façon de déstabili­ser un peu plus le régime et de financer l’insurrection. Staline au pouvoir continuera à les utiliser puisqu’ils sont « socialement proches » à l’inverse des opposants politiques ou des dissidents. Dans les prisons soviétiques, où nombre de voleurs sont tout de même incarcérés – car bien que socialement proches, ils finissent par devenir gênants – ils assurent le main­tien de l’ordre en échange de quelques privilèges. 

Vers un consensus .   A l’aube de la deuxième guerre mondiale, le recrutement militaire bat son plein mais l’incorporation dans les régiments soviétiques est ressentie comme un renonce­ment aux principes du code. Nombre de voleurs vont néanmoins s’enrôler, peut-être sous la menace du peloton d’exécution. Lorsque, en 1947, les scabs (aussi appelés les «’autres ») s’engagent dans l’armée soviétique, une guerre particulièrement meurtrière les oppose aux tenants d’un strict respect du code d’éthique au point que les autorités croient que le monde interlope s’autodétruit. Mais cette lutte qui durera jusqu’en 1953 n’éradiquera pas le banditisme en URSS ; il favorisera l’émergence d’un nouveau type de criminels qui considèrent le code comme périmé et qui amasseront des fortunes, consolidant leur pouvoir grandissant. Le mariage entre diri­geants communistes et criminels russes se poursuit sur fond de corruption et de pillage de l’économie centralisée. Les deux catégories se débrouillant aussi bien dans les structures officielles de surface que sous terre, dans le monde criminel des usines clandestines, des voitures volées, de la prostitution ou du trafic d’antiquités. Bien avant la perestroïka, des rumeurs font état du rapprochement des deux systèmes.  Les « criminels économiques » apparaissent donc comme étroitement liés à l’évolution de la société soviétique. Selon certains chercheurs, ils sont apparus, dans les années 60, lorsque l’économie souterraine s’est structurée en Union soviétique. Les tsekhoviki , c’est-à-dire l’élite de la criminalité économique, complétaient l’économie légale en offrant des biens de consommation frappés par la pénurie. Les teneviki  recouraient à des pratiques illicites telles que la corruption, les abus, la falsification de documents, les atteintes à la propriété ou la spéculation. Dans ce milieu, les relations étaient fondées sur des liens de parenté, une appartenance territoriale commune, une connaissance de l’autre, l’existence de contacts privilégiés avec la nomenklatura du Parti ou l’administration. Simultanément, les relations avec le milieu criminel étaient indispensables. En effet, les teneviki, souvent victimes d’extorsion ou d’autres infractions, devaient nécessairement s’adresser à des « autorités » de la pègre et contribuer à la caisse commune . Cette contribution aurait fixée à 10% des bénéfices dans les années 1970, lors d’une réunion du milieu criminel. 

« Relâchements »   De ce fait , pour certains, il n’ y a rien d’anormal à ce qu’au début de la perestroïka, le pays tout entier ait été dévalisé par des hommes efficaces, sachant comment s’y prendre, des hommes de système alliés aux hommes « de l’anti-système », ce qu’on appelle aujourd’hui en occident la « mafia russe », ce serait la fusion de ces deux couches de gens imbriqués les uns dans les autres. La criminalité économique se serait constituée comme ensemble stable et structuré d’interactions au début des années 1980 et aurait donné une impulsion au développement des relations d’affaires. 

Au cours des années 1980 les autorités de l’ex-URSS vont relâcher les contrôles économiques et sociaux. Les premiers à en tirer profit sont les groupes ethniques qui s’en servent pour  accroître leur influence et agrandir leur territoire, étant entendu que là encore le Caucase (Géorgie, Tchétchénie et Azerbaïdjan) prouve son dynamisme. D’autres provinces s’en mêlent telles que l’Ouzbékistan, le Kazakhstan, ou même
la Crimée. Et tous ces groupes ont installé des têtes de pont à Moscou. Les capitaux illicites vont pouvoir être investis. Les dépôts bancaires et les investissements se sont substitués au traditionnel bas de laine. Les « criminels économiques » ayant accumulé un important capital de relations au sein des élites dirigeantes et du milieu criminel ont élaboré des schémas complexes de production clandestine, de commerce et d’écoulement des marchandises. 

Ce jeu des interactions va conduire à un « crime organisé » à la fin des années 1980 (alors que des organisations criminelles, dominées par les « voleurs dans la loi » existaient de longue date). L’adoption de la loi de l’URSS « sur la coopération »  en mai 1988 va favoriser l’émergence d’un milieu d’affaires et la légalisation de certaines activités menées par les criminels économiques et les organisations criminelles. Les « nouveaux venus », dont les groupes sont caractérisés par la jeunesse, la souplesse et la rapidité d’adaptation, ont pris une part active dans ce processus économique. Les conflits d’intérêts et de règles ont d’abord entraîné des luttes impitoyables, mais par la suite, les différentes parties se sont retrouvées autour d’un même type symbiotique de criminalité. Les criminels « traditionnels » sont devenus de plus en plus tolérants à l’égard du monde des affaires, et ont de plus en plus recouru à l’établissement de contacts avec les institutions politiques et administratives. Et Les modes de résolution des conflits propres au milieu criminel ont progressivement imprégné les relations d’affaires. L’usage de la violence, du chantage, de la tromperie ou de la corruption, et l’emploi d’un certain argot n’ont plus été l’apanage exclusif de la pègre, mais également du milieu des affaires et de la politique. Dans la mesure où l’Etat éprouve des difficultés à réguler de nombreuses activités sociales, des règles informelles de comportement se sont substituées aux lois formelles, ineffectives ou lacunaires. Ces règles, parfois héritées des normes en vigueur chez les criminels traditionnels, agissent sur les comportements et représentent le fondement d’institutions sociales alternatives . Le crime organisé mine, contourne et s’oppose aux formes étatiques du contrôle social, tout en imposant ses propres formes de régulation . Loin d’être un Etat dans l’Etat, le crime organisé remplit les niches que le contrôle étatique a laissé vacantes : fiscalité, justice ou arbitrage des contentieux par exemple.  Certains tabous ont été levés. Les « nouveaux venus », quant à eux, ont progressivement reconnu l’autorité des « voleurs dans la loi » dans certains domaines, notamment dans l’organisation de la vie en détention. Les « criminels économiques » enfin sont devenus des hommes d’affaires exerçant leur activité dans des secteurs attractifs pour les deux autres groupes d’acteurs. Tous ces acteurs ont obligatoirement dû composer avec un quatrième groupe, auquel est intrinsèquement lié le développement du crime organisé en Russie : le milieu politico-administratif. 

Au début des années 1990, le monde interlope surveille les opportunités. Tout aussi vigilants, les fonctionnaires corrompus sont à leur place. Le KGB (Comité de sécurité de l’État) va se distinguer. Ses agents, ayant occupé des postes de gestionnaires, d’administrateurs et d’industriels, ont de solides connaissances et une expérience éprouvée en matière économique et commerciale, ils ont occupé des postes de gestionnaires, d’administrateurs et d’industriels. Cet atout est majeur dans un monde qui est sur le point de se libéraliser. La chute du régime soviétique en 1991 sera une aubaine pour les mafias locales. Le feu criminel reçoit un formidable appel d’air avec le vent libéral. Les seuls qui disposent de capitaux pour investir sont justement ceux qui sont riches de la corruption passée et forts de complicités dans l’appareil administratif. Les richesses nationales et les biens stratégiques (pétrole, gaz, métaux rares et précieux etc.) sont pillés. Enfin, l’ouverture des frontières si longtemps fermées va permettre de mettre à l’abri les gains illicites dans des pays sûrs.  La criminalité économique se définit aussi par l’exploitation des difficultés socio-économiques auxquelles est confronté le pays.
La Russie a connu une importante transformation sociale. Beaucoup de Russes ont perdu leur emploi, leur maison et ont connu la faim et le froid. L’ancien système de distribution de la richesse s’est effondré, plaçant les Russes dans une position où ils devaient s’adapter à une nouvelle réalité. L’adaptation n’a pas été facile pour tous et certains ont perçu la criminalité comme le seul moyen de survie. II faut bien vivre, et comme l’État remplit mal ses fonctions régaliennes, l’impunité a été plus ou moins garantie. Tous les ingrédients ont donc été réunis pour favoriser tous les trafics, tous les marchés noirs… et aiguillonner l’imagination criminelle. 

LA MAFIA RUSSE ET SES ACTIVITES 

L’ex -U RSS a régulièrement eu cette réputation d’être une « kleptocratie » et rien n’aurait changé depuis la disparition du régime com­muniste, mais il s’agit de rester prudent dans les analyses en l’état des informations disponibles.  

On comptait en 1995 plus de 1 300 organisations criminelles dans
la Fédération russe (1). Selon une étude publiée par l’Académie des sciences de Russie, le crime organisé contrôlait alors 40 % de l’économie, la moitié du parc immobilier commercial de Moscou, les deux tiers des institutions commerciales, soit au total 35 000 entreprises, 400 banques et 150 sociétés d’Etat (2). Pour les observateurs les criminels russes sont imaginatifs et plus évo­lués que nombre des mafieux du monde. Cela se ressent dans l’étendue du champ de leurs actions criminelles et dans l’efficacité de leurs méthodes. Ils pratiquent le prêt à usure, le vol et le trafic de véhicules volés, le meurtre, le détournement de richesses natio­nales, le trafic d’armes et d’autres spécialités comme la fraude aux télécommunications par clonage des données numériques d’un téléphone cellulaire, au détriment de la com­pagnie de téléphone ou l’escroquerie aux assurances. L’extorsion de fonds fait partie de leur panoplie . Un demi-million de prostituées qui opérant en Europe occidentale sous la tutelle des proxénètes russes et albano-­kosovars, rapporteraient 100 millions de dollars chaque jour. 
Blanchiment  
La mafia russe brasse des milliards de dollars et les blanchit grâce à leurs compagnies offshore mais aussi grâce aux banques nombreuses qu’ils possèdent. Les ramifications de la mafia russe sont nombreuses et étendues jusqu’au plus haut sommet de l’état comme le reflète parfaitement les accusations de corruption sur la famille Elstine et particulièrement sur sa fille. En 1997, on estimait à 100 milliards de dollars les som­mes sorties du pays depuis la fin du régime soviétique. Le Centre américain d’études stratégiques et internationales chiffrait à 1 milliard de dollars par mois les transferts de fonds douteux de
la Russie vers l’île de Chypre. En mars 1996, le ministère russe de l’Intérieur estimait entre 60 et 70 000 milliards de roubles les sommes accumulées et con­trôlées par le crime organisé de son pays. Ces dernières années, une cinquantaine de responsables ou d’employés de banques ou d’entreprises russes ont été tués dans des attentats . Des témoins rapportent que des banques ont été créées le temps de recevoir des aides destinées à des régions en difficultés avant de s’évanouir avec l’argent. L’infiltration du système bancaire russe implique un accès facile à la communauté bancaire internationale qui est ouvert offrant l’opportunité de blanchir les profits illégaux en tout lieu et en tout temps. 60 % des 3 000 banques en activité en Russie seraient contrôlées par des groupes mafieux. La crise russe de 1998 aurait été provoquée par l’ évasion de capitaux provenant de l’aide et des crédits internationaux en direction de centres offshore comme Nauru. En 1996, environ 100 millions de US$ en espèces étaient rapatriés quotidiennement des Etats-Unis vers
la Russie (3) 

Commerce itinérant, pétrole, stupéfiants, armes etc.  En Russie, pour réussir à passer à travers de la crise, il faut presque absolument « brasser des affaires » sous la table, la mafia contrôlant de larges parts de l’économie libre. On trouve de tout sur le marché noir russe. Des vendeurs itinérants, encouragés par l’État, parcourent le monde afin de trouver des biens de consommation à revendre et ce sans payer de droit de douanes. Le gouvernement tolère leurs activités, espérant que ceux qui s’enrichiront investiront dans l’économie locale. Mais ils doivent payer un impôt à la mafia, qui s’est emparée du contrôle d’une importante partie du marché économique russe. Une bonne partie des entreprises essaie de ne pas payer de taxes et tente d’échapper à la pression fiscale afin de réussir à survivre. Elles sont donc illégales et nécessitent la protection de la mafia contre les instances gouvernementales. La mafia, étant donné sa toute-puissance, a fait fuir de nombreux investisseurs étrangers. La mafia étant traditionnellement spécialisée dans le commerce des armes, de la drogue et de la prostitution, elle a maintenant pris place dans l’extraction de pétrole, de minerais précieux, la distribution, le négoce, les transports, le secteur financier et l’immobilier (4) . Quand les nombreuses sociétés étrangères, une fois parties, ont laissé libre les marchés qu’elles exploitaient des mafieux ont reconquis avec leurs sociétés fictives basées dans des paradis fiscaux ces mêmes parts de marché. En 2000, certains estimaient qu’ ils avaient acquis un certain monopole et engrangeraient des profits monstres dont une partie étaient reversée aux fonctionnaires payés pour fermer les yeux . Les exportations frauduleuses annuelles de pétrole représente­raient pour les groupes mafieux russes qui les contrôlent un chiffre d’affaires de 15 milliards de dollars. Les fraudes aux taxes sur les carburants ont été mises en place en Californie et à New York. Les mafieux Russes, parvenant à éluder à leur profit des sommes colossales qui devraient revenir à l’État, environ 5 milliards de dollars par an. Les montages qui permettent ces bénéfices sont variés mais un de ceux en vogue consiste à créer toute une série de sociétés fictives qui se revendent entre elles le carburant et lorsqu’il s’agissait de déterminer qui devait payer la taxe, il n’y avait personne. Le niveau de ces fraudes a contraint les autorités américaines à réagir par l’adoption de lois faisant payer la taxe le plus en amont possible.  Les mafias russes tireraient aussi chaque année des mil­liards de dollars du trafic de stupéfiants, marché qu’ils ont pénétré en force aux États-Unis notamment (trafics d’héroïne et de cocaïne.)
La Russie est devenue un consommateur colossal des drogues. Selon les statistiques officielles, près de 269 000 toxicomanes seraient enregistrés aujourd’hui, les chiffres réels devant être beaucoup plus importants. La structure du marché change, les drogues de haute concentration, en premier lieu, de l’héroïne afghane , la production des drogues dans le pays augmente y compris des drogues synthétiques bon marché aboutissant ? une dépendance immédiate. Le nombre de laboratoires en Russie s’est accru, ces dernières années, d’une façon considérable. (5) 

Le trafic des stupéfiants, en Tchéquie, était l’affaire des gangs des pays balkaniques. Aujourd’hui, c’est la mafia russe qui domine. Les gangs russophones ont bien compris l’intérêt de la pervitine (un stupéfiant typiquement Tchèque fabriqué à partir de divers médicaments) et ont mis la main sur les réseaux de fabrication et de distribution. Par la force, beaucoup plus brutale, la mafia russe a regroupé les fabricants de pervitine en Tchéquie, les obligeant à produire de la drogue de bonne qualité, destinée à l’exportation, vers l’ Allemagne principalement. Les gangs russophones décentralisent, aussi, la production. Il y a de moins en moins de laboratoires clandestins dans les grandes villes. Ils se trouvent, plutôt, dans des communes de moindre importance ou dans des endroits isolés. Avec la guerre en Afghanistan, la pervitine est aussi devenue une drogue recherchée sur le marché occidental, l’héroïne faisant défaut. La mafia Russe a également des liens actifs avec les réseaux africains. (6)  Le trafic d’armes constitue une source importante de revenus. L’effondrement du système soviétique et l’absence de contrôle qui s’en est suivi dans bien des domaines ressortissant de la compétence de l’État ont donné la possibilité à des militai­res (avides ou dans le besoin) de vendre leurs équipements. Le marché a connu de la sorte une affluence de matériel militaire ( spatial et nucléaire, y compris des missiles téléguidés, du plutonium pour armes nucléaires et de l’armement conventionnel) qui a été racheté par les mafieux russes qui auraient le quasi monopole des trafics de matériel issus des stocks de l’ancienne Armée rouge. 

Les entreprises de protection  

10 % du produit national brut de
la Russie pro­viendrait du racket d’entreprises ces ponctions obliga­toires ont été érigées en système. Généralement l’entreprise de violence est exclusivement gérée et contrôlée par l’Etat, c’est-à-dire par une autorité publique, et cela à des fins publiques, ne relèvant pas de la sphère de l’entreprise privée. Dans
la Russie contemporaine, a u fur et à mesure du développement de l’entreprise privée, de l’augmentation et de l’intensification des transactions, les fonctions du « partenariat imposé » se sont diversifiées. Des « groupes de protection privée » ont participé activement aux négociations d’affaires, offrant des garanties informelles aux transactions et demandant la même chose aux autres partenaires impliqués dans le marché. Ces tâches ont été accomplies aussi bien par des groupes criminels organisés que par la police d’Etat ou par des employés de sécurité agissant de façon informelle. En 2000, les observateurs estimaient que la majorité des grosses transactions d’affaires ne pouvaient être conclues qu’avec la participation de partenaires imposés et grâce aux garanties mutuelles qu’ils offraient. Mis à part la sécurité, le contrôle du risque, le recouvrement des dettes et le règlement des conflits, les partenaires imposés interviennent encore en tant que médiateurs entre les entreprises privées et les bureaucraties d’Etat, aidant les premières à obtenir des autorisations, des licences, des recommandations, des exemptions fiscales, mobilisant les organes étatiques (police, services d’inspection ou contrôle sanitaire) pour faire du tort aux compagnies concurrentes etc.(7) 

Les premiers groupes de racketteurs ont été surtout engagés pour assurer la protection physique contre d’autres groupes du même type et pour obtenir le recouvrement de dettes . Un gang de racketteurs « obtient » de l’argent d’une entreprise en lui offrant une protection contre d’autres gangs de même nature. Un groupe criminel « contrôle » une entreprise lorsque, en plus de la protection physique, il y introduit son propre comptable ou son vérificateur. A ce stade, le groupe a quitté le racket pour se lancer dans le partenariat imposé. Enfin quand un groupe d’entrepreneurs « résout » – en usant de la violence – les « problèmes » d’une entreprise, il investit de l’argent dans cette entreprise et introduit certains de ses membres dans le conseil de direction; il devient actionnaire et accroît sa part de revenus. (7)  Pour l’entreprise cliente, ces paiements constituent des coûts de transaction. Un grand nombre de petites et moyennes entreprises russes passent sous le contrôle des groupes criminels, soit en raison de la nature parallèle de leurs propres activités économiques, soit parce qu’elles ont cédé devant les tactiques d’intimidation de ces groupes. Dans la plupart des cas, de toutes les façons, les groupes criminels sont tout simplement plus efficaces que les organes d’Etat dans la résolution des problèmes que doivent affronter quotidiennement les entrepreneurs russes. Une étude datant de 1996 et 1997, faisait apparaître que11% des entrepreneurs reconaissaient avoir amenés à utiliser la force pour résoudre des problèmes ; 42 `% avaient l’expérience de l’usage de telles méthodes ; 53% admettaient effectuer des paiements réguliers pour des services de protection; et plus d’un tiers d’entre eux considérait que le niveau de ces paiements était important ».(7) Depuis l’adoption de la loi fédérale sur « les activités de protection », les anciens officiers de la sécurité d’Elat ont pu légalement entrer sur le marché de la protection privée et des services de surveillance. En 2000 certains experts estimaient à 20%, les anciens cadres du KGB engagés dans le commerce informel de la « couverture » Cette légalisation du commerce de la protection privée a dans le même temps offert de nouvelles opportunités aux groupes criminels. Nombre d’entre eux ont soit créé leurs propres compagnies, soit embauché du personnel des compagnies créées par la police pour leur déléguer une partie du travail. 

LA MAFIA RUSSE ET LE MONDE 

  En 10 ans
la Mafia russe s’ est étendue à travers le monde comme une traînée de poudre,s’établissant en concurrent ou en partenaire solide des autres groupes criminels. Elle a pris ces quartiers à New York dans le quartier de Brooklyn et de Little Odessa mais aussi à Los Angeles qui abrite la deuxième plus importante colonie russe aux Etats-Unis, elle s’ est installée en Israël et implantée sur la côte d’azur, à Londres à Berlin à Prague et à Anvers sans oublier Amsterdam , l’Espagne et l’Amérique du Sud.
 

Les activités mondiales de blanchissage de l’argent, de Chypre aux Iles Caïman et des Vanuatu dans le Pacifique au Venezuela, ne sont que quelques-uns des tentacules étendus par les réseaux russes de crime organisé dans le monde entier. 200 grandes organisations travailleraient au niveau mondial et formeraient des alliances avec leurs homologues criminels dans 50 pays (dont 26 villes des U.S.A.) » (1) Les mafias russes maîtriseraient des équipements électroniques du même niveau que ceux du KGB. (2) 

Amérique Latine  

Des alliances entre organisations criminelles locales et Russes, l’accès aux marchés illicites internationaux, aux réseaux de blanchiment d’argent et aux sources de trafic d’armes aux organisations locales et/ou aux groupes de guérilla, pourraient constituer des obstacles sérieux à la croissance économique, à la consolidation démocratique et la stabilité domestique à long terme.  Les faiblesses institutionnelles de longue date de la plupart des états d’Amérique latine et des Caraïbes, combinées avec l’existence d’un commerce souterrain de la drogue extrêmement lucratif dans l’hémisphère occidental, ont fait de cette région une cible très attrayante pour les entreprises criminelles transnationales russes. Manque de transparence et de contrôle efficace, de la part de l’Etat, institutions judiciaires et policières corrompues et inefficaces, systèmes bancaires, tout ceci favorise la pénétration par les blanchisseurs d’argent russes. De plus un certain nombre de petits pays dans la région (République Dominicaine, Panama, Uruguay et Paraguay, par exemple) « vendent » littéralement la citoyenneté invitant littéralement les groupes criminels à s’établir dans l’hémisphère. Des succursales de banques russes, sises à Antigua et à Aruba, se chargeaient aussi du financement généreux d’une chaîne de boîtes de nuit de Floride et assuraient la liaison avec le cartel colombien de Cali, dans l’exportation vers le port de Turbo (nord-ouest de
la Colombie) de plusieurs chargements d’armes automatiques et de missiles sol-air russes, fort adaptés au canardage des hélicoptères de l’armée, spécialisés dans le repérage des labos de cocaïne dans la jungle. Cette équipe livrera aussi deux hélicoptères de combat de l’armée russe, dûment fournis par d’anciens officiers du KGB et un sous-marin diesel de l’armée russe, servi par 20 anciens matelots de Kronchtadt, destiné à transporter la cocaïne par la côte Pacifique jusqu’en Californie, afin d’éviter le péage des cartels mexicains. 

USA 

Outre les cas cités dans nos articles précédents, bornons nous ici à signaler l’assassinat de Paul Tatum à Moscou un homme d’affaires américain en conflit d’intérêts avec la mairie de Loujkov, ainsi que les escroqueries financières à New York, les réseaux de vol de voitures en Europe, le trafic de stupéfiants et le blanchiment de l’argent en alliance avec et les seigneurs de la drogue colombiens et nigérians ou la mafia italienne . Vladimir Kozlovsky, ancien correspondant de
la BBC à Moscou ne croit guère, pour sa part, à la persistance sur le sol américain d’une famille structurée de parrains à la sicilienne. «On ne trouve désormais qu’une nébuleuse éparse, mouvante, de truands classiques dispersés de New York à Miami, de Chicago à Los Angeles, assure-t-il. La plupart font aujourd’hui cavalier seul. Ce qui ne les rend pas moins dangereux.» Mais en 1997, lors d’une session du Congrès, Louis Freeh, patron du FBI, avertissait: «La mafia russe a déjà largement dépassé
la Mafia italienne… 30 des quelque 8 000 groupes du crime organisé russe opèrent actuellement chez nous. Plus inquiétant encore, la plupart de ces mafieux sont des anciens du KGB.» (3) 

Israël  

. «Avec leur fortune colossale, ils peuvent acheter n’importe qui; on a démantelé au sein même du ministère de l’Intérieur Israélien un réseau de complicités leur permettant d’obtenir de faux papiers» déclare le général Mizrahi, qui estime « ne pas pouvoir être sûr qu’Israël empêcher puisse empêcher qu’ils n’étendent un jour leurs filets sur la politique israélienne.» Ainsi , le sommet de Jerusalem, ouvert le 11 octobre 2003, dont le repas d’inauguration était présidé par Avigdor Lieberman, ministre des transports du gouvernement Sharon et président du Yisrael Beiteinu réunissait les principaux leaders de l’extrême droite israélienne et des extrêmes droites religieuse et militaire états-uniennes. «  Israël est l’alternative morale au totalitarisme oriental et au relativisme moral occidental. Israël est le « Ground Zero » de la bataille centrale de notre civilisation pour sa survie. Israël peut être sauvé, et le reste de l’Occident avec lui. Il est temps de nous unir à Jérusalem.  Tel est le crédo des trois groupes participants au sommet, à savoir : 

  • les « Guerriers froids » de Washington, qui ont appartenu au plus haut niveau à l’appareil d’État pendant
    la Guerre froide (CIA, état-major interarmes, Conseil national de sécurité). Ayant progressivement rejoint le Parti républicain et s’étant identifiés au lobby militaro-industriel, ils sont regroupés au sein du Center for Security Policy 
  • Les membres de « 
    La Famille », un groupe de chrétiens fondamentalistes qui, pendant
    la Guerre froide, a fourni l’argumentaire idéologique contre le communisme athée, et dont les pasteurs Bill et Franklin Graham sont les porte-parole. Leur siège est situé dans la propriété des Cèdres à côté du Pentagone. 
  • Le parti israélien d’Union nationale, composé du Ichud Leumi et du Yisrael Beiteinu, qui milite pour l’annexion des territoires occupés et la création du Grand Israël, financé par des « hommes d’affaires » d’origine russe. 

Techniquement le sommet a été organisé par Dmitry Radyshevsky au nom de
la Fondation Michael Cherney, une des figures les plus controversées du monde des affaires. Parti de rien, il a fait fortune en Russie sous l’ère Eltsine, « achetant » pour pas grand-chose les principaux combinats producteurs d’aluminium et créant le TransWorld Group. Rapidement considéré, à tort ou à raison, comme le « parrain des parrains de la mafia russe », Michael Cherney a déplacé une partie de ses activités vers
la Bulgarie où il deviendra le principal investisseur, développant la compagnie de téléphones cellulaires Mobiltel et sponsorisant la principale équipe de football bulgare. Mais en août 2000, il sera accusé de complot contre la sécurité de l’État et interdit de séjour en Bulgarie. Il se réfugiera alors en Israël, où il avait déjà transféré une partie de sa subite fortune. Après avoir été poursuivi en justice pour son rôle supposé à la tête de la mafia russe, il sera brusquement réhabilité, devenant le principal fournisseur de l’industrie d’armement israélienne. (4) 
Gregori Lerner, alias Zvi Ben Ari, israélien d’origine russe, arrêté avec 1 milliard de dollars d’actions au porteur dans sa valise, serait peut-être devenu député à
la Knesset si on ne l’avait pas mis sous les verrous. Lerner, après avoir miraculeusement fait fortune en quelques années dans l’Etat juif, aurait versé 100 000 dollars au profit d’une association liée au parti Yissrael B’Aliya (des nouveaux immigrants), dirigé par l’ancien dissident Nathan Chtcharanski, continue de recevoir en prison la visite de députés israéliens originaires de l’ex-URSS… 
Les gangsters russes assassinent beaucoup plus froidement et se seraient assurés le quasi- monopole de la prostitution en Israël. La majorité des hommes d’affaires de la ville israélienne de Netanya sont priés de payer la protection de la mafia Russe (5): plusieurs commerces ont été plastiqués, leurs propriétaires se montrant peu coopératifs… La loi du silence protège les plus influents au point qu’il est presque impossible de réunir contre eux des preuves et témoignages accablants. 

Europe 

Sous le règne de Jean-Pierre Chevènement au ministère de l’intérieur (avant 2002), les investissements en France directement liés à la mafia étaient de l’ordre de 40 milliards d’Euros, principalement concentrés dans l’immobilier de luxe, notamment sur
la Côte d’Azur. Mais nombre d’entreprises françaises travailleraient – souvent à leur insu – avec des hommes d’affaires liés ou appartenant à la mafia moscovite. 
25 000 péripatéticiennes originaires des pays de l’Est, exercent sur le sol allemand. Le marché financier allemand le blanchiment de l’argent sale en provenance des mafias des pays d’Europe orientale. Selon une estimation d’Interpol, 1,3 milliard de dollars seraient blanchis chaque année en Allemagne, et de 20 à 30% du crédit annuel de l’Etat fédéral proviendrait du crime organisé. Très vite, après la chute du Mur, l’Allemagne s’est retrouvée en première ligne, avec l’arrivée de 200 à 300 bandes rivales en provenance des pays de l’ex-bloc soviétique. Il y aurait actuellement 15 parrains sévissant dans son pays : trafic de voitures volées, criminalité économique, drogue. La police de Berlin recensait 350 firmes, tenues par des Russes ou assimilés dans la capitale allemande, qu’elle estime pour le moins douteuses. L’Autriche n’est pas épargnée par l’argent sale. Une grande société russe de Moscou, dont le siège se trouve à Vienne et qui emploie 8 000 personnes, serait en fait une pure entreprise de la mafia. Exerçant dans les secteurs de la banque, du pétrole, de l’énergie et des télécommunications, cette entreprise compte deux filiales, à Düsseldorf et à Berlin.(3) 
En Espagne, Marbella joue un peu le rôle qu’avait auparavant Yalta, station balnéaire pour criminels slaves enrichis. A Moscou, des agents spécialisés facilitent les démarches aux Russes qui veulent acquérir des propriétés en Espagne.La bande mafieuse de Morozov, ancien député enrichi dans le trafic de la vodka , qui a sorti du pays quelque 25 millions de dollars, principalement recyclés dans l’immobilier en Espagne. A Marbella, les «narcoroubles» convertis en dollars ont pris la relève des capitaux britanniques et arabes. Grâce à eux, les résidences de vacances et les hôtels sont en plein boum. Les passagers des vols directs d’Aeroflot – cinq liaisons par semaine en haute saison entre Malaga et Moscou – n’arrivent pas les mains vides. Parfois, encombrés de vulgaires sacs en plastique bourrés de dollars, ils présentent aux douaniers espagnols un certificat (de complaisance) délivré par l’administration russe, qui les autorise à sortir des capitaux. D’autres, plus discrets, choisissent de créer en toute légalité une société anonyme dans le havre fiscal de Gibraltar, afin d’acheter, dans un second temps, des biens immobiliers sur
la Péninsule au nom de cette société écran. (3) 

Au plat pays 

En Belgique, la criminalité Russe s’est notamment signalée par l’assassinat de Vladimir Missiourine, trader pétrolier (et mafieux),abattu à Uccle en décembre 1994. Côté stupéfiants, de 1990 à 1994, le trafic d’héroïne de Boris Nayfeld entre Bangkok et New York via Varsovie était orchestré à Anvers tout comme l’enquête concernant la tonne de cocaïne saisie à Vyborg (Russie) le 21 février 1993. Mais après dix années de développement, un relatif reflux se fait sentir : la « mafia russe » a officiellement perdu, en novembre 1996, la société d’import-export de spiritueux, Kremlyovskaya Group, qui lui servait de paravent principal, toujours à Anvers. Son dirigeant, le mafieux Riccardo Marian Fanchini, a fait l’objet de l’ouverture d’une instruction judiciaire pour blanchiment d’argent. L’argent sale de la mafia moscovite était supposé revenir à Anvers via Genève pour investissement dans l’immobilier résidentiel..(3) 

LES YAKUSAS : HISTOIRE DE LA MAFIA JAPONAISE 

Un Yakuza est un membre de la mafia japonaise. Le mot est en fait formé de trois caractères ya-ku-za, qui signifie, « gars du milieu », « vaurien ». Le terme de Yakuza, quant à lui, est tiré du vocabulaire d’un jeu de dé, signifiant « 8, 9, 3″ et désignant la combinaison perdante. Par extension, elle désigne, les perdants, les rejetés, les gens en marge de la société. Hier comme aujourd’hui, un Yakuza est d’abord un individu rejeté d’une manière ou d’une autre par la société, parce qu’il est pauvre, qu’il a un passé criminel ou qu’il n’a tout simplement pas les ressources suffisantes pour s’intégrer. Devenir Yakuza signifie être accepté au sein d’une communauté, entouré, défendu. Ils seraient actuellement 90000 au Japon, repartis en 2.500 gangs. Au début des années 60, il y en avait près de 180.000, repartis en 5.000 gangs. Acteurs majeurs de la situation politique et surtout économique, ils ont dans une certaine mesure contribué à donner au pays son visage actuel. (1)  

Origines des Yakuzas   Certains auteurs voient l’apparition des ancêtres des Yakuzas au courant du XVème siècle. De multiples organisations de Rônins (anciens samouraïs et, de ce fait, excellents combattants) sillonnent le Japon, commettant divers méfaits sur leur passage. Brigands de route, à leur tenues leurs coiffures originales ; ils se déplacent toujours armés. Ce sont kabuki-mono (les « fous ») qui adoptent une attitude sauvage, ouvertement criminelle et anarchique. Vers 1612, dans un mouvement de révolte, les machi-yakko , que l’on pourrait définir comme les défenseurs des opprimés, vont s’organiser et s’opposer à eux.. Généralement plus faibles que les kabuki-mono , ils seront perçus comme de véritables héros et s’affirmeront d’une part, part en s’intégrant à la communauté, contrairement aux kabuki-mono qui la rejettent, par un sens prononcé de l’honneur et de la fidélité envers leur chef, d’autre part. C’est de l’héritage de ces derniers que les yakuzas se revendiqueront.
Un certain nombre de machi-yakko vont eux-mêmes se scinder au milieu du XVIIème siècle : les bakuto , se rattacheront aux jeux de hasard (qui deviendront l’une des ressources les plus lucratives des yakuzas) et les marchands ambulants, ou tekiya , constitueront le noyau dur de ces regroupements. Leur attitude n’est pas vraiment exemplaire, ils se réunissent alors entre eux afin de protéger leurs propres intérêts. Aujourd’hui encore, on utilise les termes bakuto et tekiya pour définir les membres de la mafia, tandis que d’autres catégories sont apparues. 


Au XIXème siècle  
C’est en 1868 que le Japon est entré dans « l’ère Meiji », synonyme de renouveau, signifiant la fin de la féodalité et le début de l’ère industrielle japonaise. Les Yakuzas prennent alors soin de tisser des liens étroits avec le gouvernement. Parallèlement à ces activités politiques, l’organisation va alors intensifier ses méthodes de recrutement. La place accordée aux jeux tend à s’affaiblir, la police renforçant sa lutte, les tekiya vont voir augmenter effectifs et leurs gains grâce à des couvertures leur garantissant la légalité, en surface bien entendu, de leurs actions. Durant toute cette époque se développe tout un commerce clandestin autour du jeu, du sexe et du marché noir. 

Au cours des années 20 La famille Yakuza se politise et se rapproche de l’extrême-droite. Il s’agit alors de prévenir toute manifestation de bienveillance envers l’Occident et, jusqu’au milieu du XXème siècle, les Yakuzas vont se spécialiser dans des actes terroristes visant généralement des hommes politiques séduits par l’optique d’une ouverture du pays aux idéologies provenant d’Europe ou d’Amérique. Suite à l’ouverture du pays à l’Occident et à sa démocratie le statut de l’empereur va être remis en question. Les Yakuzas vont alors développer un nationalisme exacerbé qui les conduit à l’assassinat de deux premiers ministres et de deux ministres des finances, ainsi qu’à de multiples autres agressions. Jusque dans les années 30, les Yakuzas s’infiltrent dans les milieux ouvriers et dans la politique. Comme ils aident l’ultra nationalisme proche du pouvoir, le gouvernement s’alliera à eux, leur accordant en échange plus de liberté. 


Après la deuxième guerre mondiale  
Les années d’occupation américaine seront pour les Yakuzas une période de bienveillance de la part des autorités. On dénombre à cette époque plus de 60 bandes, acoquinée avec les partis politiques et la police, qui ferment les yeux sur leurs activités, les estimant « utiles à la communauté ».
Après la défaite du Japon pendant la 2e Guerre Mondiale, le pays sera totalement ravagé. La pègre en profitera pour s’accaparer le monopole du marché noir. La loi japonaise étant ce qu’elle est, les actions des Yakuzas relèvent presque de la légalité. Mais en 1992, une loi antigang est votée pour tenter de faire disparaître les boryôkudan (syndicats du crime). Les Yakuzas se font alors moins nombreux. Mais ils sont toujours là, camouflés en diverses entreprises. Placés sous la haute surveillance de l’Armée américaine, moins chargée de les condamner que de les observer, ils traversent une période florissante et tranquille, la police ayant perdu le droit d’être armée suite à l’occupation américaine. Les Yakuzas étant anticommunistes (puisque ultra nationalistes), ils seront aussi aidés par les Américains, qui libéreront même des criminels anticommunistes incarcérés. Le marché noir se développe (apparition des gurentai , « voyous », spécialisés dans ce domaine) faisant la fortune de nombreux clans. Le marché noir (du aux rationnements) sera leur mie de pain. L’organisation se structure alors très fortement, se servant de la violence pour parvenir à ses fins, tout en gardant une solidarité et un « honneur » à toute épreuve : c’est que les enjeux devenant plus importants, les hostilités gagnent en ampleur. 

Dans les 50′s , les américains ne peuvent les combattre, ils deviennent plus violents que leurs prédécésseurs. L’image moderne du Yakuza se dégage alors: inspirés par les gangsters américains, notamment l’imagerie de la mafia de Chicago, ils se coiffent avec soin, portant lunettes et costumes noirs et chemises blanches. Les armes à feu remplacent le sabre, au grand dam des civils: certains gangs demeurent certes attachés à un certain sens de l’honneur, mais d’autres agissent sans état d’âme et n’épargnent pas, lors de règlements de comptes publics, les innocents pris entres les feux., ce qui explique que la population ne les apprécie guère. Si les accointances des Yakuzas avec le gouvernement et la police leur ont épargné des représailles durant les années 50, la nouvelle génération, qui se développe au début des années 60, se fait plus violente mais aussi beaucoup plus importante ; le temps que les autorités réagissent, elles doivent faire face à plus de 180 000 membres divisés en plusieurs familles. La guerre des gangs, basée sur le partage du territoire, est initiée par Yoshio KODAMA, sorte de Al CAPONE local. (2)  Actuellement   On dénombrerait aujourd’hui environ 90 000 Yakuzas divisés en plusieurs syndicats. Au cours des années 90, la législation va leur porter de durs coups et entamer leurs relations avec les autorités : la loi antigang de mars 1992, dont le but était de connaître et d’ empêcher de nuire les Yakuzas et leurs sociétés va entraîner une baisse sensible du recrutement, mais aussi les inciter à mieux s’organiser pour ne pas tomber, à créer des sociétés écran avec des activités légales (Snack, cabarets, …). Depuis les années 90, les relations des Yakuzas avec les autorités se sont largement effondrées. Une section antigang a été créée pour lutter contre eux mais ils ressortent les anciens arguments qui leur attribuait la criminalité basse au Japon vu la régulation qu’ils exerçaient sur les actions des voyous. Ceci dit, ils sont responsables de la plupart des meurtres perpétrés au Japon et ne sont pas près de disparaître tant leurs domaines d’action sont vastes, tant leurs liens (avec les politiciens, les triades, la mafia sud-coréenne) forts et tant leur place dans l’imaginaire nationale est importante. (3) 

Structure et organisation   L’organisation est structurée comme une famille. En haut de la pyramide, on trouve le « père » (oyabun), chef du clan, qui a une autorité totale sur ses subordonnés (kobun) ou enfant (wakashu). L’oyabun est assisté d’un lieutenant, le wakagashira, son bras droit, et d’un autre, le shatei-gashira (de même rang que le 1er mais avec moins d’autorité). Au milieu on trouve les « frères » (kyôdai) et tout en bas les « petits frères » (shatei). Les familles les plus importantes à l’heure actuelle sont le Yamaguchi-gumi ( Kobé, 750 clans et a peu près 20 000 membres), l’Inagawa-kai ( Tokyo, 313 clans et 6 700 membres)et le Sumyoshi-gumi ( Tokyo et côte est, 177 clans et 7 000 membres) 

Valeurs   À l’instar des samurai qui suivaient le Bushidô (la voie du guerrier), les Yakuzas suivent leur propre ligne de conduite : le Ninkyôdô (la voie chevaleresque). en voici les principales règles : 

1. Tu n’offenseras pas les bons citoyens.  2. Tu ne prendras pas la femme du voisin 

3. Tu ne voleras pas l’organisation  4. Tu ne te drogueras pas 

5. Tu devras obéissance à ton supérieur  6. Tu accepteras de mourir pour le père ou de faire de la prison pour lui 

7. Tu ne devras parler du groupe à quiconque  8. En prison tu ne diras rien 

9. Il n’est pas permis de tuer un katagari (personne ne faisant pas partie de la pègre)  On notera que la règle 9 n’est pas souvent appliquée 

Les rituels   La cérémonie d’entrée des Yakuzas est très formalisée, il s’agit d’une réception dont la date est fixée par rapport au calendrier lunaire, dans une salle traditionnelle. Cette cérémonie est caractérisée par le silence dont doivent faire preuve les participants tout au long de celle-ci. On trouve dans la salle un autel Shintoîste et une table basse sur laquelle sont entreposés les cadeaux. Tous portent le Kimono, et sont placés suivant un ordre établi. Le Oyabun et le Kobun s’échangent des coupes de Saké. L’oyabun procède alors à un discours énonçant les principes des Yakuzas, la fidélité et l’obéissance aveugle. La cérémonie se termine par le bris du silence lors d’un Omedo Gozaimasu crié en coeur. 

La cérémonie de départ, ou de licenciement est plus simple. Lorsqu’un Yakusa trahit son maître, e n cas de manquement aux devoirs, ou autres fautes, la demande de pardon est très douloureuse: il s’agit de s’automutiler sont petit doigt et de l’offrir à l’Oyabun.. On rend la coupe de Saké à son Oyabun. Et en cas de renouvellement de faute, c’est au tour des autres doigts, cela rend le fautif de plus en plus vulnérable. On ne badine pas avec le code d’honneur. Et rares sont ceux qui parviennent à un âge avancé sans en avoir perdu au moins un de cette manière. La plupart le conservent d’ailleurs dans une petite bouteille de formol, bien en vue dans leur demeure afin de ne jamais oublier leur disgrâce. Cette pratique est tout de même de moins en moins utilisée, par souci de discrétion face aux autorités. Ce signe devient trop visible lorsqu’on envisage de se ranger. Ainsi, depuis dix ans, les Yakusas en disgrâce ont souvent recours à la chirurgie et aux prothèses d’auriculaire.(4)  Le tatouage est également un rituel important au sein des Yakuzas, qui en sont presque tous recouverts. (1) Cette pratique est originaire des Bakuto, ou les membres se tatouaient un cercle noir autours de leurs bras à chaque crime commis. Aujourd’hui, il s’agit plus d’une volonté de différenciation. Se tatouer l’intégralité du corps est également considéré comme une preuve de courage (une centaine d’heures de travail est au moins nécessaire) et de fidélité, vu l’indélébilité du procédé. 

LES YAKUSAS ET RECUPERATIONS 

  Dans les derniers mois de
la Seconde Guerre mondiale, un service de contre-espionnage américain est chargé de localiser les agents Nazis, Italiens et Japonais. Plutôt que de les arrêter et de les fusiller, les autorités US vont décider d’en retourner le plus grand nombre et de les enrôler en vue de
la Guerre mondiale suivante, celle qui va opposer le « monde libre » au « péril communiste ». C’est de Ryoichi Sasakawa et Yoshio Kodama, dits «  les yakusas de
la CIA », qu’il va être question dans ces lignes.
 

Avant la seconde guerre mondiale   En 1910,
la Corée est totalement annexée par le Japon. Riyoichi Sasakawa met en place avec l’aide du gouvernement impérial des milices chargées de rançonner les familles de riches coréens. Officiellement, le Japon prétend protéger l’Asie du Sud-Est des colons occidentaux en fondant une « sphère de coprospérité ». En réalité, la dynastie impériale Niponne supervise une mise à sac systématique de
la Corée, dérobant l’or et les ouvres d’art, détruisant le patrimoine culturel et les temples bouddhistes avec une volonté évidente d’effacer l’identité coréenne. En plus des pillages coréens, au Japon, la prostitution, les jeux et la spéculation sur les marchés du riz contribuent à asseoir la fortune se Sasakawa 
En 1927, il fonde le Kokubosha (Société de défense nationale) puis, en 1931, le Kokusui Taihuto (Parti de masse des peuples patriotiques), deux formations ultra-nationalistes et est d’ailleurs rapidement emprisonné pour une tentative d’assassinat du Premier ministre de l’époque. Mais bientôt libéré. L’Empereur place sa confiance dans les patrons yakusas, soutien ultra-nationaliste. Sasakawa va rencontrer son modèle, Benito Mussolini en 1939 pour oeuver à la réalisation de l’Axe de Fer Tokyo-Berlin-Rome et militer pour une attaque directe contre les Etats-Unis. L’attaque « surprise »  de Pearl Harbor est le signal de l’offensive nipponne en Asie du Sud-Est. Le Japon envahit
la Thaïlande, Sumatra,
la Birmanie et s’empare de Hongkong et Guam. Il chasse le général MacArthur de son fief, les Philippines . Ryoichi Sasakawa développe une armée privée de 15 000 miliciens pour exploiter
la Mandchourie et
la Mongolie, parfois en collaboration avec le Kodama Kikan, une organisation fasciste dirigée par son ami Yoshio Kodama, un autre chef Yakusa. Il s’agit officiellement de contrôler la production et l’exportation de ressources stratégiques. Le territoire annexé permet au Japon de contrôler l’accès maritime aux ports commerciaux de
la Chine du Nord. Le gouvernement fantoche est dominé par les tairiki ronin – officiers, seigneurs de guerre, trafiquants de drogue. Les yakusas, entreprenants, lèvent de véritables petites armées privées pour piller au nom de l’Empereur ou s’allient avec les parrains chinois du Gang vert afin de contrôler les réseaux de distribution de l’opium et de ses dérivés. Ryoichi Sasakawa et Yoshio Kodama constituent à cette occasion des fortunes colossales qui permettront après la guerre de financer la création du tout-puissant Parti démocrate libéral. Des opérations de pillage sont planifiées en connivence avec l’Empereur. Ils fondent
la Compagnie des industries lourdes mandchoues, une organisation qui coordonne le développement de l’industrie et qui centralise le butin que l’armée et les yakusas arrachent à la population locale en utilisant des techniques diverses (demande de rançon, extorsion, cambriolage de banque.). . Les nouveaux territoires annexés sont donc systématiquement pillés. Une partie de l’or sera utilisée pour financer l’effort de guerre. 

Après 1945  

Le chef des yakusas commandant les pillages en Chine et le reste de l’Asie était Kodama . En 1945, c’est 2e homme le plus riche du Japon après l »empereur. Après la capitulmation japonaise, le général MacArthur commandant les forces d’occupation au Japon de 1945 a 1952 va collaborer avec Hirohito de manière a ce que le gouvernement américain, japonais et la famille impériale se partagent le butin. Les Etats-Unis déclarent alors le Japon en banqueroute pour éviter qu’il ne soit forcé de rendre les richesses pillées. Les Etats-Unis vont ensuite utiliser cet or (des centaines de milliards de dollars voire plus), pour influencer les élections de l’après guerre en Italie, en Grèce, au Japon, etc. tout en gardant un contrôle strict sur le parti libéral japonais et ses premiers ministres. Ce qui explique Ryoichi Sasakawa ou Yoshio Kodama, criminels de guerre enfermés avec les autres criminels de « Classe A » , n’aient pas été condamnés a mort.  Les services secrets états-uniens, dans un rapport de 1946, décrivent ainsi les deux chefs fascistes : « La longue implication de Kodama dans les activités ultra-nationalistes, parfois violentes, et sa capacité à rallier la jeunesse font de lui un homme qui représentera sûrement un risque majeur pour la sécurité. Sasakawa apparaît comme un danger potentiel pour l’avenir du Japon (.) C’est un homme riche qui n’a aucun scrupule à utiliser sa fortune (.) Il n’est pas contre le fait de retourner sa veste pour profiter d’une opportunité » .
La CIA va lui offrir cette opportunité en lui proposant de devenir un combattant de
la Guerre froide. 

Les deux ultra-nationalistes constituent des appuis solides pour reconstruire le Japon qui doit devenir la vitrine asiatique de l’économie de marché. Kodama a une grande expérience de l’espionnage : ses activités en Mandchourie ne se sont pas limitées au pillage, il a aussi organisé sur place un efficace service d’espionnage qui a communiqué de nombreux renseignements à l’armée impériale. Sasakawa, de son côté, dirige une armée privée composée de soldats expérimentés parmi lesquels les services secrets états-uniens vont recruter des informateurs, des briseurs de grève et des « agents secrets ». En échange de l’impunité, les criminels de « Classe A » mettent leurs réseaux politiques, militaires et mafieux au service de la lutte contre le communisme menée sous l’autorité des États-Unis au Japon et en Asie du sud-est.  Ryoichi Sasakawa, surnommé le Korumaku, (« l’homme de l’ombre ») devient alors un acteur décisif de la reconstruction du Japon. Il finance, le Parti démocrate libéral, véritable parti unique qui dirige le Japon depuis la défaite, avec la bénédiction de Washington À plusieurs reprises, il influence l’élection du Premier ministre (il soutiendra Sato en 64 et Tanaka en 72). Ses contacts politiques lui permettent d’accroître sa fortune ; en 1959, grâce à son ancien compagnon de Sugamo, le Premier ministre Nobusuke Kishi , il est nommé Président de
la Fédération des organisateurs de courses de hors-bord (qui dépend du ministère des Transports). En 1994,
la Fédération déclare 2 000 milliards de yens de chiffre d’affaire dont 3.2% sont à la discrétion de Sasakawa . En rendant sa liberté à Kodama le G-2 fait de lui un agent particulièrement puissant. Avant d’être arrêté, il avait confié son immense fortune à un autre leader de l’extrême droite, Karuko Tsuji. Ce trésor de guerre va lui aussi être investi dans la fondation du Parti libéral. 

Parallèlement à ses activités officielles, Sasakawa poursuit sa carrière de yakusa ultra-nationaliste. En 1954, il rejoint le Butoku kai (l’Association des vertus martiales), un groupe de pression militariste et fascisant comprenant plusieurs « Classe A », dont l’ancien directeur de
la Mitsubishi, importante compagnie de fabrication de munitions, et le Premier ministre Yoshida Shigeru. Il soutient aussi des associations anticommunistes comme Nihon goyu renmei, un groupe de vétérans de
la Seconde Guerre mondiale, et la fédération Zen-ai kaigi. Il brise les grèves et traque les opposants politiques grâce à ses milices dont l’existence n’est jamais officiellement dévoilée. Sasakawa prétend être à la tête d’une armée de huit millions d’hommes. Il préside en tous cas de nombreuses associations qui servent de couverture à ses activités mafieuses. Ses clubs de karaté et de danse du sabre comprennent plus de 3 500 000 membres ; il dirige aussi des groupes explicitement fascistes comme
la Fédération internationale pour la victoire sur le communisme (IFFVOC) revendiquant 160 000 membres. Cette armée fait de Sasakawa un des yakusas les plus respectés du Japon ; lui et Kodama dominent l’univers mafieux et règlent les différends entre les gangs rivaux. Les services américains pousseront aussi Kodama à réactiver ses réseaux afin de lutter contre les syndicats de gauche et en Mandchourie pour monter des opérations d’espionnage. En 1949, les services secrets lui demandent de casser les syndicats des mines de charbon. Mais les briseurs de grèves dirigés par Kodama échoueront face à des mineurs résolus. 
Conjointement au soutien américain, une forte collusion lie ces mouvements à l’extrême droite. Cette collusion souvent intéressée et peu idéologique en ce qui concerne les organisations criminelles, qui utilisent la façade de parti politique d’extrême droite pour mener à bien leurs activités : des gangs en quête de couverture se constituent en organisation politique nationaliste et inversement, l’extrême droite utilise des truands comme mercenaires. ». Cette collusion avec les sphères politiques ne va faire que s’accentuer, s’étendant grandement au Parti Libéral Démocrate au pouvoir. 
Dès 1954, Kodama prépare la création du grand parti conservateur. Il est l’un des grands électeurs d’Ichiro Hatayoma qui devient Premier ministre en 1954. Parallèlement, il maintient les contacts avec ses amis yakuzas, qui contrôlent les boîtes de nuit de Ginza et ses alliés ultra-nationalistes. En 1955, le Parti démocrate libéral, fruit d’une fusion dont le principal artisan n’est autre que Nobusuke Kishi, est créé en grande partie grâce à l’argent de criminels de guerre recrutés par les Américains. En 1957, son ami Nobusuke Kishi , après avoir occupé le poste de Secrétaire général du PLD, devient Premier ministre et entreprend de récompenser ses alliés de toujours. Le yakuza Ichiro Kono, élu à
la Diète, est ainsi nommé ministre de l’Agriculture tandis que le monopole de la gestion des paris sur les courses de hors-bords est confié à Ryoichi Sasakawa. Dans la même période, Kodama participe à la création de
la Ligue anti-communiste des peuples d’Asie (People’s Anti-Communist League – APACL) qui donnera naissance à
la Ligue anti-communiste mondiale (World Anti-Communist League – WACL). En 1960, alors que les rares mouvements de gauche encore existants tentent de s’opposer à la ratification d’un nouveau traité de sécurité autorisant les États-Unis à installer des armes nucléaires sur le territoire japonais , Kishi fait appel à Kodama pour casser le Conseil du peuple contre la révision du traité de sécurité (l’Ampo). Malgré l’opposition, Kishi ratifiera de force le traité en interdisant l’accès du Parlement aux socialistes. 

L’affaire Lockheed 

En 1976, Kodama sera rattrapé par un énorme scandale qui jette une lumière crue sur les rapports entre le monde des affaires, les politiciens, les yakusas, et
la CIA. La firme fait appel à Kodama pour vendre son nouvel appareil de transport civil, le Tristar L-1011. Kodama sollicite Kenji Osano, un ami proche du ministre du Commerce international et de l’Industrie, le futur Premier ministre Kakuei Tanaka, et obtient grâce à Sasakawa le silence des associations de riverains. Devenu premier ministre, Tanaka accepte le marché proposé par Lockheed qui vend ainsi plusieurs dizaines de Tristar au Japon. Pour l’ensemble de ces services, Kodama reçoit plus de trois millions de dollars. L’acheminement secret des fonds a été confié à des spécialistes du courtage monétaire employés par
la CIA. Le scandale entraînera la démission de Tanaka. La chute de Kodama est totale. Il sera obligé de se réfugier dans sa résidence privée pour se protéger des medias qui font de l’affaire Lockheed le symbole de la corruption des élites politiques du Japon. Il meurt, le 17 janvier 1984, dans son lit. 

LES YAKUSAS ET REDEMPTIONS 

  La fortune de Sasakawa semble inestimable, en milliards de yens. On l’a vu, elle provient, avant guerre, des pillages effectués en Chine par son armée privée. Puis du monopole sur certains jeux (les courses de hors-bord), sans parler des activités traditionnelles des mafias : trafics, corruption, pornographie, tourisme sexuel. Il n’hésita pas à déclarer : je suis le fasciste le plus riche du monde » Après la mort de Kodama, Ryochi Sasakawa, continua ses activités diverses.  

Sectes : Moon et Sota Gakkai   A partir de 1963, Sasakawa devient le principal conseiller du Révérend Sun Myung Moon. Il encourage l’expansion de l’Eglise de l’unification (secte Moon) . Avec Moon et Tchang Kaï-Chek, il fonde
la Ligue anticommuniste mondiale (WALC), résultat de la fusion entre
la Ligue anticommuniste des peuples asiatiques (APALC) et le Bloc des nations anti-bolcheviques (ABN). L’organisation, réunissant des factions extrémistes des services secrets états-uniens, sud-coréens et taïwanais, est à l’origine d’interventions militaires en Amérique du sud et en Asie. 

Des détracteurs évoquent dans l’entourage du directeur général le rôle occulte de
la Soka Gakkaï , souvent qualifiée de secte. Pur hasard,
la Soka Gakkaï a obtenu en 1983 le statut d’ONG à titre consultatif auprès des Nations unies et un prix de la paix des Nations unies. Créée en 1930,
la Soka Gakkaï ( » Société créatrice de valeurs « ) se réfère au bouddhisme de Nichiren Shôshû. Elle revendique une vingtaine de millions d’adeptes dans le monde. En priorité des décideurs économiques ou politiques 
Un Yakusa Caritatif  
Dans les années soixante, Ryoichi Sasakawa multiplia la création de fondations caritatives. Toutes s’impliquaient dans des campagnes humanitaires dans les pays du Sud. À sa mort, en 1995, les rênes ont été reprises par ses fils et notamment Yohei Sasakawa. Des liens n’ont jamais été démentis entre la nébuleuse Sasakawa, la secte Moon,
la CIA et la fondation de l’ex-président des USA, Jimmy Carter. De là à penser que certaines visées humanitaires masquent des opérations inavouables. 
Sasakawa fondera même une fondation qui porte son nom et qui pesait en 1990, 500 millions de dollars. Il investit une partie de son butin dans une fondation, la plus richement dotée avant la puissante Fondation Ford. Il ne cacha jamais son désir d’obtenir, comme son ami Jimmy Carter, le Prix Nobel de
la Paix. Il n’obtiendra « que » le Helen Keller international award, le Linus Pauling medal for humanitarism et la médaille de la paix décernée par les Nations Unies. 

Outre l’Afrique et l’Amérique du Sud, les instances internationales sont les cibles privilégiées des généreuses initiatives de
la Sasakawa-connexion. La fondation est devenue la première donatrice des instances onusiennes. Et sans doute par hasard, des japonais ont été élus à la tête de l’Organisation mondiale de
la Santé (OMS) et de l’UNESCO. La fondation Sasakawa a été accusée de corruption au moment de l’élection du directeur général de l’OMS. Deux rapports internes à l’ONU posent directement le problème. (1) 
On retrouve également la présence de la fondation Sasakawa, à l’UNESCO. Monsieur Matsuura, Directeur général de l’UNESCO a été élu en 2000, après un étonnant revirement de plusieurs délégués africains. Pour l’expliquer, il a été question de promesses et de dons effectués à des personnalités africaines par une mystérieuse fondation japonaise. À quelle stratégie mondiale cela répond-il ? À qui, en dehors des USA et du Japon, de telles pratiques servent-elles . Les États-Unis, pour lesquels la culture représente le premier poste d’exportation, sont résolument hostiles à toute convention contraignante sur la diversité culturelle. Depuis l’élection surprise en 1999 de Koichiro Matsuura à la tête de l’Unesco, plusieurs hauts fonctionnaires de l’Unesco parlent de « chasse aux sorcières » et une centaine de postes ont été supprimés au nom de la « bonne gestion ». (2) 

En s’engageant dans une carrière de philanthrope, Sasakawa a investi une partie de son butin dans une fondation, la plus richement dotée avant la puissante Fondation Ford. Le budget de
la Fondation Sasakawa fait oublier le passé trouble de son fondateur et attire de nombreux responsables d’organisations internationales, souvent liées aux Nations Unies, soucieux d’obtenir des fonds pour financer leurs projets. Le prix des Nations Unies pour l’environnement, le prix Sasakawa pour la santé, le prix des Nations Unies pour la prévention des catastrophes témoignent de ses efforts vers la respectabilité. En février 1978, il verse, par l’intermédiaire de sa fondation pour l’industrie de construction navale, un demi million de dollars à l’ONU et en 1979, un million à l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), devenant ainsi le plus important mécène des organisations onusiennes. 
On serait presque ému. Mais tout a un prix : le clan Sasakawa (Ryoichi et ses trois fils) entend contrôler les organisations qui reçoivent ses dons. En 1996 et 1993, deux rapports internes de l’ONU mettaient déjà en évidence les irrégularités dans l’élection d’un autre japonais peu scrupuleux, Hiroshi Nakajima  à la tête de l’Organisation Mondiale de
la Santé (OMS)  Encore une fois, le clan Sasakawa est accusé d’organiser la corruption. Reconnaissant, Nakajima fit ériger une statue de son bienfaiteur, Sasakawa, dans le hall de l’OMS à Genève. Ceci dit, l a puissante fondation nippone, principal donateur privé de l’OMS, sait se rendre indispensable : en 1996, elle verse 10 millions de dollars pour un programme d’élimination de la lèpre . 

La Fondation Sasakawa cofinance aussi avec
la Fondation Jimmy Carter le « Sasakawa-Global 2000 », un programme agricole destiné à une dizaine de pays d’Afrique . Une profonde amitié entre l’ex-président des États-Unis et le parrain nippon est à l’origine de cette collaboration philanthropique. 
En France, une « filiale » de
la Fondation a été déclarée d’utilité publique en 1990, elle finance l’Institut d’Asie orientale de Lyon, le festival d’Aix en Provence, le musée Guimet, des concerts du Théâtre du Châtelet et des activités liées au CNRS. En mars 2002, un chercheur du CRNS, Philippe Pelletier, démissionnera en apprenant que son laboratoire lyonnais, l’Institut d’Asie orientale, était subventionné par la fondation Sasakawa (l’Humanité, 26 mars 2002). Cela n’avait ému ni sa hiérarchie ni les pouvoirs publics. 
Il s’est attaché à financer certains programmes de l’ONU, des programmes de lutte contre la lèpre, des initiatives sportives ou culturelles Il a créé Le Prix Sasakawa de l’environnement ; président de Development Alternatives – groupe d’organisations basé à New Delhi qu’il fonda en 1983 – il reçut les 200 000 dollars pour avoir innové et favorisé l’expansion de technologies écophiles et commercialement viables à travers le pays. Il a notamment apporté son concours à l’implantation de centrales électriques rurales alimentées par des déchets agricoles, de petites usines de recyclage du papier et d’entreprises fabriquant des toitures bon marché. L’ONG Sasakawa Global 2000, qui organise un atelier sur la planification de la campagne agricole 2003 en Afrique. Il a aussi créé Le prix Sasakawa des Nations Unies pour la prévention des catastrophes, le Prix Sasakawa pour la Santé, dans le cadre de l’OMS, et finance le programme National d’Elimination de
la Lèpre au Congo, etc. 
Sasakawa s’est garanti contre les critiques en pratiquant un incessant travail de relations publiques au moyen de sa Fondation créée en 1962.. C’est la fondation qui finance la bibliothèque du président US Jimmy Carter, et ce dernier tiendra à être présent aux obsèques de son donateur. Depuis toujours, la fondation Sasakawa dirige ses efforts vers le monde universitaire, pour gagner encore en légitimité et de nombreuses universités ont été démarchées. Princeton et Yale ont accepté la manne. Tout au contraire, nombre d’universités australiennes ont fait connaître leur refus d’être subventionnées par « un supporter déclaré et non repenti de Mussolini » au moyen d’un argent provenant de « recettes de jeu sous couvert de courses ». 

Il ne cachera pas son désir d’obtenir, comme son ami Jimmy Carter, le Prix Nobel de
la Paix. Il n’obtiendra « que » le Helen Keller international award, le Linus Pauling medal for humanitarism et la médaille de la paix décernée par les Nations Unies. 
Politique internationale : Sukarno, Marcos  
Sasakawa a facilité le coup d’État contre le leader indonésien Sukarno et a soutenu, par l’intermédiaire d’une association d’entraide, le dictateur philippin Marcos .  C’est que le butin du Lys d’or, fruit de plus de cinquante ans de pillage systématique du Sud-Est asiatique par le Japon, est toujours l’objet de nombreuses convoitises. Les Japonais auraient dissimulé des milliers de tonnes d’or, valant des milliards d’euros, aux Phillippines a la fin de la guerre, quand les sous-marins americains les empêchaient de rapatrier leur butin de l’Asie du sud-est vers le Japon. Sous le direction de plusieurs princes imperiaux (notamment Chichibu et Takeda), l’armee japonaise aurait construits 174 tunnels aux Phillippines pour cacher ces trésors. Des milliers de prisonniers de guerre seraient morts en les construisant (ainsi que les soldats et ingénieurs japonais
La fortune de l’ex-president philipinien Marcos viendrait principalement de « quelques uns » des trésors.. Le contrôle de ce qu’il reste du butin serait un enjeu encore trop important pour que l’existence du Lys d’or soit pleinement dévoilée. L’accès aux archives fait l’objet d’un contrôle attentif de la part de
la CIA. Les victimes des crimes de l’armée impériale et leurs héritiers qui osent demander des réparations légitimes se heurtent encore aujourd’hui aux moqueries : « l’or de Yamashita » ne serait qu’une légende. (3) 

Démographie  
La Fondation Sasakawa
a été impliquée dans le scandale de la stérilisation forcée de 300 000 femmes péruviennes . L’ex-président Alberto Fujimori est actuellement réfugié au Japon ; les autorités péruviennes tentent en vain de l’extrader afin de le juger pour « crimes contre l’Humanité » et que députés péruviens suspectent d’avoir planifié la stérilisation de femmes indiennes. Entre 1995 et 2000, selon un rapport d’une commission parlementaire, 331 600 femmes ont été stérilisées et 25 590 hommes vasectomisées. La fécondité de la composante indienne du pays étant le double de celle de la population de souche européenne, à terme, les Indiens risquaient de devenir majoritaires dans leur propre pays ! Une menace que le président- apprenti-dictateur voulait vraisemblablement supprimer en initiant cette campagne de stérilisation à l’échelle du pays. Cette campagne d’eugénisme, destinée à pacifier des foyers de contestation indienne et à satisfaire le FMI qui inclut dans ses critères des exigences de contrôle démographique , a été financée principalement par l’Agence américaine pour le développement international (Usaid) et par le Fonds des Nations Unies pour la population.
La Nippon Zaidan, une des annexes de
la Fondation Sasakawa, avait également fourni des fonds pour cette vaste opération d’inspiration malthusienne. (4)  
Mort : reprise par ses fils   A sa mort en 1995, l’héritage de Sasakawa pèse la somme de 3,8 milliards de yens (35 millions de dollars) dont une grande partie provient de bénéfices engrangés sur une activité très prisée au Japon, les paris sur les courses de bateaux et de hors-bords qui génèrent un chiffre d’affaires de 2000 milliards de yens par an. Une autre partie des revenus de Sasakawa sont issus de l’industrie du tourisme et dans leur livre sur les réseaux mafieux des Yakusa, les journalistes David Kaplan et Alec Dubro pointent l’empire Sasakawa comme « l’un des promoteurs les plus actifs du tourisme du sexe ». 

LES TRIADES CHINOISES : UN PEU D’HISTOIRE 

Durant le 17 ème siècle, les Mandchous voient leur pouvoir s’étendre et constatent avec intérêt les désordres causés par des rébellions paysanes chez leur très puissant voisin Chinois alors sous la coupe de la dynastie Ming . Profitant des troubles qui agite
la Chine, ils lancent une expédition. Arrêtés d’abord par
la Grande Muraille, ils parviendront à la franchir grâce à la complicité d’un général Ming estimant qu’ alliance avec les Mandchous est le seul espoir de vaincre la rébellion menaçant Bëijing. De fait, les Mandchous infligeront rapidement une défaite aux rebelles et, en juin 1644, ils font route vers la capitale Ming dont ils s’emparent; ils proclament une nouvelle dynastie, celle des Qing (1644-1911); il leur faudra néanmoins 40 ans pour éliminer les forces loyalistes Ming réfugiées dans le sud et pacifier l’ensemble du pays. La première triade remonterait à 1644, à l’époque où la dynastie des Ming s’efface devant la dynastie mandchoue. Un groupe de 108 moines bouddhistes dirige alors une révolte anti-mandchoue dans le sud-est du pays
. Ce que l’on appelle aujourd’hui les triades chinoises (des sociétés secrètes souvent impliquées, semble-t-il, dans des affaires criminelles) seraient les héritières de ces sociétés secrètes, groupe de guerriers constitués à l’origine pour résister aux Mandchous.  

Le terme de  » Triade  » désigne donc de manière générique des organisations secrètes chinoises. Leur nom dérive des symboles triangulaires qu’elles utilisent fréquemment. Elles sont nombreuses et ont des objectifs variés (sociaux, philosophiques, etc.). Elles présentent des structures très diverses et mouvantes. Les Triades à objectifs criminels sont les mieux organisées, bien que leurs structures se soient assouplies avec les années. Leurs rituels initiatiques se sont eux aussi simplifiés et assouplis.  Elles utilisent des nombres, débutant par  » 4  » (chiffre porte-bonheur en Chine) pour désigner les fonctions au sein de leur hiérarchie. 

.A l’origine, organisations clandestines luttant contre la dynastie mandchoue des Ch’ing.. Avec l’avènement du communisme certaines d’entre elles se sont expatriées à Taiwan et à Hongkong. La loi sur l’immigration et la naturalisation des exilés chinois adoptée par les Etats-Unis en 1965 stimule l’afflux en provenance de Hong Kong et de Taiwan et permettra aux Triades de s’implanter solidement sur le continent américain.  C’est au cours du siècle dernier qu’elles ont développé des activités criminelles, se répandant rapidement dans tout l’empire et se transformant en organisations pratiquant les trafics les plus divers. 

Les Triades ne sont pas organisées de la même manière que les familles historiques comme la mafia. Elles agissent au travers de groupes individuels qui opèrent indépendamment mais capables de collaborer entre eux. Elles sont surtout présentes dans le trafic de drogue, la prostitution, le racket, les piratages audio ou vidéo, la contrebande d’armes et l’immigration clandestine. À l’origine, le symbole triangulaire qui donne son nom aux triades représente l’harmonie entre le ciel, la terre et l’homme. Loin d’être des organisations criminelles, les triades sont d’abord des sociétés secrètes aux rites initiatiques qui utilisent de façon symbolique drapeaux et emblèmes triangulaires. L’orientation criminelle de ces sociétés secrètes s’amorce seulement à la fin du 19e siècle, à Hong-Kong. Certaines triades sont également impliquées dans la révolution de 1911, lors du passage de la dynastie Qing à
la République. 
L’arrivée au pouvoir des communistes, en 1949, forcera l’émigration des chefs des principales triades vers Hong-Kong, Macao et Taïwan, où elles sont aujourd’hui extrêmement actives. Cependant, rappelons, le, s’il existe des triades criminelles, d’autres, à caractère communautaire ou philosophique, poursuivent de nobles objectifs. 

Quelques triades.   Sun Tee On ( » Vertu Nouvelle et Paix « ), la plus connue et sans doute l’organisation criminelle la mieux organisée du monde. On estime ses effectifs à 60 000 membres dans le monde et 45 000 à Hong Kong, où elle est sans doute
la Triade la plus importante. Elle est implantée en Australie, à Macao, en Thaïlande, au Vietnam, au Canada, en République Dominicaine et aux USA (Atlantic City, Boston, Los Angeles, Miami, New York, Philadelphie, Portland et San Francisco) 

La « 14K » résulte de l’unification des Triades du Sud-Est de
la Chine en 1947 par le chef du Service de Renseignements militaire nationaliste, le général Kot Siu Wong. Elle s’installe à Canton, au siège de
la Triade Hung Mun, 14 route Po Wah. Le 14 devient ainsi la désignation de la nouvelle Triade. Dès 1949 elle s’établit à Hong Kong où elle est l’une des plus importantes Triades. Elle est implantée en Australie, au Canada, en Chine Populaire, aux Etats-Unis (Boston, Chicago, Houston, Los Angeles, New York), en Grande-Bretagne, à Macao, aux Pays-Bas, à Taiwan, aux Philippines, au Japon. 
La « fédération Wo », triade créée en 1908 à Hong Kong est essentiellement présente à Kowloon et dans les New Territories. Ses effectifs se monteraient à 28 000 membres. Elle est implantée au Canada, en Chine Populaire, aux Etats-Unis (Boston, Los Angeles, Portland, San Francisco) et à Taiwan. 

La « Bambou Uni », créée en 1956 à Taiwan. Elle est composée de 13 clans, chacun spécialisé dans une forme de criminalité. Elle compterait quelque 10 000-20 000 membres. Elle est active dans les secteurs de la construction, du recouvrement de dettes, de l’usure, des services de gardiennage et des  » salons de massage « .Elle est implantée au Canada, au Japon, aux Etats-Unis (Atlantic City, Chicago, Denver, Honolulu, Los Angeles, Miami, New York, Phonix, San Francisco).  La « Bande des 4 Mers », est implantée à Taiwan, qui compterait environ 2 000-5 000 membres. Elle est active dans les secteurs de la construction, du recouvrement de dettes, des services de gardiennage et des  » salons de massage « . 
La Tian Dao Man, est implantée à Taiwan. Elle compte quelques centaines de membres et s’est spécialisée dans les secteurs du recouvrement de dettes, du gardiennage et des  » salons de massage « .  La « Sung Lian », à Taiwan, compte quelques centaines de membres et est spécialisée dans le recouvrement de dettes et les  » salons de massage « . 

Le « Grand Cercle » basé en Chine Populaire, s’est spécialisé dans de trafic de l’immigration illégale et a des ramifications au Canada et aux Etats-Unis. (1)   Une structure et une organisation de type militaire…   Le comité des officiers est composé de quatre postes : le « Maître des encens » ou « 438 » s’occupe du recrutement et des rituels; « Sandale de paille » ou « 432 » est en charge des liaisons et des communications; « Pôle rouge » ou « 426 » est responsable de la sécurité et de la discipline; finalement, « Éventail de papier blanc » ou « 415 » prend soin des finances et de l’administration. L’organisation traditionnelle d’une triade prend la forme d’un triangle. À la base se trouvent les « soldats », également appelés « 49 ». Leur rôle est d’exécuter les ordres. Ils s’occupent de la sale besogne, l’aspect criminel. Le comité des officiers forme le niveau supérieur et coordonne les activités. Au sommet trône le chef, « Tête de dragon » ou « 489 », qui peut s’adjoindre un sous-chef, « 438 ».Dans la hiérarchie des triades, chaque grade commence par le chiffre 4, un puissant symbole dans la numérologie des triades. En Chine, ce chiffre est un porte-bonheur.  La hiérarchie de la plupart des triades ne comporte qu’un cercle restreint qui tourne autour d’un seul chef, le« 489 », entouré de quelques responsables de la sécurité et de la discipline, de conseillers ou de chefs d’équipes. (2) 

A l’origine, un phénomène social total.  Au 19e siècle, les sociétés secrètes chinoises fonctionnaient comme des organisations multi-fonctionnelles. Pour Jean Baffie, il s’agit alors de phénomènes sociaux totaux. Elles sont à la fois agences pour l’emploi, syndicats, sociétés d’entraide, organisations politiques, groupes économiques, phénomènes religieux, etc. 

Les sociétés secrètes fonctionnaient comme des syndicats souvent contrôlés par des patrons. Celui qui refusait de devenir membre ne pouvait guère espérer trouver un emploi dans les mines d’étain du sud de
la Thaïlande ou les moulins à riz de Bangkok. Mais parfois, comme dans la province de Ranong et celle de Phuket en 1876, ces sociétés encadrèrent des ouvriers en révolte pour obtenir de meilleures conditions de travail. Avec un certain succès. 
Les ang-yi ou tua-hia faisaient également office de société d’assurance et d’entraide pour leurs membres. Elles pouvaient honorer les frais d’un procès devant un tribunal, veillaient à ce que les membres emprisonnés reçoivent un traitement décent, s’occupaient de leur personne en cas de maladie, et de leur dépouille en cas de décès. 

Les triades ont aussi une dimension religieuse, qui trouve, semble-t-il, ses origines dans le bouddhisme et le taoïsme chinois. Les rituels ont persisté au cours des siècles. En Thaïlande, elles se posaient plutôt en rivales des missionnaires catholiques qui recrutaient traditionnellement dans la communauté chinoise. (3)  Elles auront aussi, très tôt, une dimension politique. Le Docteur Sun Yat Sen devint lui-même membre d’une d’entre elle (en 1904, à Honolulu) et eut l’ambition de les transformer en une organisation révolutionnaire Le premier président de
la République de Chine, Sun Yat-sen, était lui-même un « 426 », soit un responsable de la sécurité et de la discipline, de la triade des Trois-Harmonies.. Entre 1903 et 1908, il fit quatre séjours au Siam au cours desquels il contacta les leaders de diverses sociétés secrètes. Cette dimension changea de nature après la révolution de 1911 qui renversa la dynastie mandchoue. L’objectif politique affiché des sociétés secrètes était atteint. Au Siam, la plupart des leaders de triades allaient devenir des protégés des gouvernements européens et constituer ainsi une menace politique d’un autre genre pour les dirigeants. 

La dimension économique des sociétés secrètes connaissait des formes très diverses mais était bien réelle. Les leaders des triades étaient souvent à la tête de sociétés – pas toujours légales – de transfert d’argent vers
la Chine. Ils pourvoyaient à d’autres besoins des travailleurs immigrés chinois tels que les jeux, les alcools, l’opium et les prostituées. Ces commerces étaient alors légaux (jusqu’en 1959-1960 pour les deux derniers) mais lourdement imposés et, quand les fermiers levant les taxes sur ces produits de consommation et ces « services » n’étaient pas eux-mêmes leaders de sociétés secrètes, ils devaient s’entendre avec eux pour pouvoir opérer dans des zones peu sûres comme les mines d’étain ou les quartiers chinois des villes. 
Cependant, au fil des ans, la plupart des activités auparavant prises en charge par la société secrète se dissocièrent de cette organisation totalisante pour s’autonomiser en autant d’organisations séparées. Une analyse approfondie de l’histoire de certaines institutions (sociétés d’entraide, hôpitaux, clubs, partis politiques, sectes, etc.) ne manquerait pas de remonter à quelques fameux leaders de sociétés secrètes. Le cas le mieux connu aujourd’hui de leader de triade est celui de Yi Ko Hong : Fermier des jeux à Bangkok au début du 20e siècle, il reçut le Dr. Sun Yat Sen lors de sa tournée siamoise de 1908 et fut un des fondateurs de
la Fondation caritative Po Tek Tung, en 1908 (laquelle gère aujourd’hui un des meilleurs hôpitaux du pays). (3) 

TRIADES CHINOISES ACTUELLES 

Depuis le début de la décennie 1980, les triades sont de retour. Fraîchement réimportées de Chine et de Taiwan, elles ne paraissent n’être plus désormais que de simples organisations criminelles, souvent extrêmement violentes. Pour Jean Baffie ( 1) , c e n’est sans doute pas avant quelques années que l’on pourra se faire une opinion plus juste du rôle social de des « nouvelles triades ». Mais si on veut dès à présent tenter de dépasser ce premier aspect d’organisation criminelle transnationale, il faut accepter que ces sociétés criminelles chinoises peuvent être, au moins jusqu’à un certain point, considérées comme les fers de lance de cette nouvelle diaspora chinoise vers les pays d’Asie, mais aussi d’Europe et d’Amérique, les pays d’Asie du Sud-Est n’étant plus considérés que comme une première étape.  

Aujourd’hui, les « sept sours du crime », organisations transnationales issues de Hong-Kong, Macao et Taïwan, représentent la première puissance criminelle au monde. Elles sont partout. Leur mode d’organisation ne délaisse aucune activité humaine liée au crime , estime Roger Faligot (3). La mafia chinoise passe volontiers des accords avec ses homologues régionaux, créant une étonnante division du « travail criminel » à l’échelon planétaire. Ainsi « Cosa Nostra », et ses cousines italiennes se sont aujourd’hui recyclées dans des activités délictueuses de notables, moins dangereuses pénalement. Tout ce qui oblige à se salir les mains et à prendre des risques est sous-traité aux Chinois qui, eux-mêmes, tiennent sous leur coupe des ressortissants albanais ou africains.  Les Triades sont impliquées dans toutes sortes d’activités illicites : extorsion de fonds, trafic de drogue, prostitution, immigration illégale et jeux. Elles opèrent au travers des larges canaux de l’immigration chinoise et ont établi des réseaux aux Etats-Unis et au Canada. Leurs activités s’étendent aussi à l’Europe occidentale : elles opèrent à présent à Amsterdam, à Londres et en Espagne. (2) 

Canada   Réputées l’une des mafias les plus dangereuses au monde, les triades chinoises représentent, après les motards, la seconde menace en importance pour la sécurité nationale au Canada depuis le début des années 1990. Trafic de stupéfiants, racket, prêts usuraires, immigration clandestine, contrefaçon, piratage de produits audiovisuels, falsification de cartes de crédit, réseaux de prostitution : pour ces sociétés secrètes criminelles, tous les moyens sont bons pour gagner de l’argent. Elles n’hésitent d’ailleurs pas à utiliser une extrême violence pour arriver à leurs fins. (4) Thierry Cretin rappelle un principe fondamental relié à ces organisations criminelles : « Là où il y a des Chinois et de l’argent, il y a des triades. » Dialecte incompréhensible, peau jaune, yeux bridés, habitudes culturelles étranges, les Chinois ont tout pour effrayer les Blancs. Cette peur de l’étranger, les Chinois la subiront pendant plus d’un siècle au Canada. Racisme, taxe d’entrée, violence, mépris des droits les plus fondamentaux, les Chinois seront, dès leur arrivée en 1858, traités comme des citoyens de seconde classe. D’abord réduits aux tâches les plus ingrates, ils gravissent les échelons de la société pour s’établir comme l’une des communautés les plus riches et dynamiques à la fin du 20e siècle. (5) 

Les triades chinoises ou les groupes chinois de passeurs d’immigrants clandestins sont de plus en plus présents et se livrent de plus en plus au grand jour à ce trafic d’êtres humains. (6) 

Afrique   Les triades chinoises ont fortement investi le trafic d’ivoire  et celui de la corne de. rhinocéros.(7), « L’Afrique australe accueille aussi une grande variété d’activités de trafic d’êtres humains, des opérations internationales des triades chinoises au commerce transfrontalier de personnes aux mains de syndicats locaux du crime. 

Macao   A Macao, les casinos génèrent quelque deux milliards de dollars et constituent les premières ressources de l’enclave. Ils sont la cible privilégiée du crime organisé. L’enclave est régulièrement secouée de crimes crapuleux, meurtres de chefs de gangs, tentatives d’assassinats de divers responsables de l’administration locale. Une violence due notamment au repli sur Macao de la pègre de Hong Kong. En 1996, la police hongkongaise, à la demande de Pékin, avait lancé une vaste opération de nettoyage de la colonie britannique. (9) Le monopole des casinos est revendiqué par le plus célèbre des représentants des triades de Macao, Wan Kuok-koi se vantait en 1999 de disposer sous ses ordres quelque 10 000 hommes au sein d’une organisation secrète du nom de 14K (en référence au nombre de carats que l’on trouve dans l’or traditionnellement traité à Macao). (9) 

Corruption   En théorie, tous les chinois sont égaux devant le saint parti et ses organes administratifs, policiers ou judiciaires. En fait, la réalité est souvent entachée de bleu, couleur des billets de 100 yuans à l’effigie, i de Mao et de ses acolytes (le Premier ministre Zhou Enlai, le président Liu Shaoqi et le maréchal Zhu De). Les billets discrètement échangés ouvrent les portes, accélèrent les coups de tampons, règlent les contentieux, retournent les situations, provoquent la bienveillance des officiels ou leur font perdre la mémoire. En 1994, les « cadeaux » ont représenté jusqu’à 5% du coût d’exploitation des sociétés présentes en Chine. 

Les revenus d’un officiel sont donc composés d’un fixe payé par le gouvernement d’un variable, proportionnel au zèle que le fonctionnaire met à faire malhonnêtement son travail. Entre fermer les yeux ou devoir augmenter les salaires de la fonction publique, le gouvernement a pour le moment tranché. Tout juste se borne-t-il, périodiquement, lorsque la corruption est trop importante ou trop visible, lorsque les média ont eu vent de l’affaire ou lorsque la personne impliquée est en disgrâce politique, à frapper un grand coup sur la table. Arrestations et exécutions rappellent occasionnellement à tous la règle fondamentale de la corruption: la discrétion. (8) 

Stupéfiants   La rétrocession de Hong Kong à
la Chine a incité les mafias du sud-est asiatique à venir investir leur argent sale dans la colonie anglaise, à Shenzhen et dans les zones économiques spéciales côtières. L’ouverture, déjà ancienne, des zones frontalières à l’économie de marché, le boom des transports, l’amélioration des moyens de communication facilite le transit des stupéfiants que ce soit au Yunnan, région limitrophe du Triangle d’or ou dans les régions intérieures. Facilités économiques et législatives concernant l’ouverture de sociétés mixtes, absence de régulations et de contrôle concernant ces dernières, corruption généralisée facilitent le flot d’investissements douteux issus du trafic. Les autorités chinoises semblent désormais prêtes à toutes les entorses pour faciliter le décollage du pays et l’enrichissement d’une fraction de la population. Selon l’OGD(10) le transit et le trafic de drogue sur le continent peut-être analysé comme une des conséquences logiques de cette politique. Une autre cause de l’aggravation de la situation, dans le cas précis du transit et de la consommation de l’héroïne, a pour origine les relations étroites que Pékin entretient avec la junte militaire birmane dont les membres couvrent les trafics. (10) 
Le cannabis pousse à l’état sauvage dans certaines régions, plus particulièrement au Yunnan et au Tibet. Il fait le bonheur des touristes étrangers, mais il est aussi consommé sur place par certaines minorités ethniques du Yunnan. Une partie de l’opium cultivé à des fins pharmaceutiques dans certaines régions, serait détournée pour être consommée ou pour produire de l’héroïne. La folie des affaires entraînent certaines catégories sociales à trafiquer en dépit de la sévérité des peines encourues. Le chiffre officiel des condamnations à mort ou à une peine de prison à vie pour trafic de drogues, a été de 796 en 1996. Le nombre total d’arrestations dans le cadre de la « Guerre à la drogue », s’élève à 110 000 personnes. Le flot de demandeurs d’emploi transitant par les villes ne cessant d’augmenter, il est difficile de contrôler les petits trafiquants. Les petits entrepreneurs et les « nouveaux riches » dont les revenus augmentent, vont également grossir les rangs des toxicomanes. A Pékin, le quartier des universités, Haidian, semblait alors être le plus touché. Certains membres de la communauté ouïgour qui y vivent et exercent souvent le métier de restaurateurs, se contentaient jusqu’ici de vendre du haschisch. Ils étaient en 1997 passés au commerce d’héroïne, plus lucratif. La consommation d’héroïne, notamment par voie intraveineuse touchant alors aussi bien les régions pauvres de l’intérieur – Shaanxi, Gansu, Ningxia, Mongolie Intérieure – que les zones côtières à fort développement économique. (10) 

En 1997, la délinquance liée à la drogue était en augmentation constante, plus particulièrement en milieu urbain mais aussi dans les campagnes où l’on observe une recrudescence de sociétés secrètes à caractères mafieux ou religieux. Elles semblaient impliquées dans le jeu, la prostitution, le trafic de drogues. La presse officielle accuse certains cadres locaux de les protéger. La disparité des salaires entre villes et campagnes pouvant expliquer cette recrudescence de la criminalité. Une autre pourrait être les liens ambigus qu’entretiennent les triades chinoises et le gouvernement de Pékin, toujours selon l’Observatoire Géopolitique des drogues (10)  L’éphédrine, tirée de la plante ephedra vulgaris, qui pousse à l’état sauvage en Chine, notamment dans la province du Fujian, est largement utilisée dans la pharmacopée chinoise. Le système répressif, bien que corrompu, semblait avoir préservé la population chinoise d’une toxicomanie de masse.
La Corée du Nord qui, elle aussi, s’est très prudemment ouverte à « l’économie de marché de type socialiste », produisait également du pavot à opium. Une partie de cette production d’Etat destinée à l’industrie pharmaceutique, semblait en 1997, avoir été détournée pour servir notamment à l’achat d’armes. Selon le FSB (héritier de certaines activités du KGB), les centrales d’import/export nord-coréennes Nyna et 888 s’occupaient alors de la commercialisation de la drogue. 
Enfin, le Mexique et
la Chine ont reconnu, en novembre 1996, l’existence d’un trafic de précurseurs destinés aux Etats-Unis passant par leurs territoires. Des produits chimiques chinois étaient achetés légalement par des sociétés mexicaines et réexportés clandestinement vers les Etats-Unis pour la fabrication d’amphétamines. Un accord visant à mettre fin à ce trafic sera néanmoins signé en présence des présidents mexicain Ernesto Zedillo et chinois Jiang Zemin. (10) 

STUPEFIANT ET TRAFIC D’ETRES HUMAINS 

Dans plusieurs régions de Chine, les triades sont inhérentes au système social. Elles sont infiltrées dans différents ministères et à plusieurs niveaux dans l’armée et la marine. Elles jouent également un rôle important dans la vie économique. 

Les triades chinoises d’Asie du Sud-Est semblent profiter de l’anarchie économique et administrative qui règne sur le continent pour faire venir de la drogue, principalement de l’héroïne, du Triangle d’or.   Nombre de membres de l’ex-Parti Communiste Birman  sont exilés en Chine. Certains, aidés par des militaires véreux, participent au trafic. Le rôle de policiers et militaires gardes-frontières chinois au Yunnan, qui ont longtemps entretenu des contacts avec les seigneurs de la guerre issus de l’ex- Parti Communiste Birman pourrait aussi être un facteur facilitant le trafic. Officiellement,
la Chine n’entretient plus de contacts avec les membres de l’ex-PCB, disparu en 1989, et qui ont été les alliés du SLORC (1) contre Khun Sa jusqu’à sa reddition en janvier 1996. Ce dernier a conservé son vaste réseau de « relations commerciales » qui opèrent au Yunnan ainsi qu’au Laos et Thaïlande. Pékin traite avec le SLORC (1) et arme la junte militaire birmane. L’Armée populaire de libération (APL) a encore des contrats de coopération militaire avec
la Birmanie Des militaires de l’APL (Armée Populaire de Chine), qui détient 10 % de l’industrie pharmaceutique, ont aussi plusieurs fois été mis en cause dans le trafic d’amphétamines. 
En décembre 1996,  le Quotidien du Peuple affirmait que les autorités douanières du Yunnan établissent des permis de séjours de longue durée aux commerçants birmans, vietnamiens et laotiens voulant faire des affaires dans la province. Lors de la campagne annuelle anti-corruption lancée par les autorités de Pékin, le chef local du Parti communiste de la ville de Tai an au Shandong, Hu Jianxue, ainsi qu’un cadre supérieur d’une usine d’Etat de pétrochimie, ont été condamnés à de lourdes peines. Hu Jianxue  était en possession d’un kilo d’héroïne lors de son arrestation en 1996 et il avait versé des sommes sur des comptes appartenant à des officiels à Pékin. Le chef du parti de la région du Shandong qui était aussi le chef de la police, a été  condamné à mort. Enfin, en janvier 1997 le magazine Zhengming de Hong Kong, estimait les cas de toxicomanie dans la région militaire de Canton alarmants. Trois militaires (dont un commandant adjoint) qui protégeaient des trafiquants avaient été arrêtés. D’après les autorités de Pékin et les agences de presses étrangères, l’héroïne envahirait le nord de
la Chine. Le district musulman de Guanhe, dans la région autonome du Ningxia, serait même considéré comme la deuxième plaque tournante de l’héroïne en Chine après le Yunnan. Les villes de Tongxin et Weizhou seraient deux  hauts-lieux du trafic d’héroïne qui se trouverait facilement dans les bars, karaokes et autres dancings, tant prisés par les petits entrepreneurs.  C’est que les autorités chinoises, soucieuses de contrôler ces populations turcophones turbulentes, fermeraient en partie les yeux . 

Trafic d’êtres humains  Le transport illégal des pauvres du Tiers Monde et de l’Europe de l’Est vers l’Occident est une excellente affaire. Moins risqué que les stupéfiants il présente actuellement un très bon rapport gain-risque pour les trafiquants. Ils seraient  400 000 par an à franchir les frontières de l’Union Européenne, selon l’ICMPD (International Centre for Migration Policy Development. ) et l’Organisation internationale des migrations (IOM). Un nombre de plus en plus important d’entre eux font appel à des passeurs, dont le revenu atteindrait aujourd’hui de 3 à 4 milliards de dollars, selon Interpol. L’IOM estime que 3 millions de clandestins sont actuellement installés dans les quinze pays de l’Union, surtout dans le Sud (Italie, Grèce, Espagne, Portugal) et en Allemagne (800 000 personnes). 

A l’immigration « familiale » du début de la décennie – quand les clandestins cherchaient à rejoindre un frère ou un cousin à l’Ouest, selon une logique individuelle – a succédé un trafic organisé par de puissants réseaux. « Leur but est de faire de la quantité en entassant le maximum de personnes dans un conteneur ou un bateau », explique-t-on à la police aux frontières.  Les triades chinoises auraient permis l’arrivée en France des nombreux clandestins travaillant dans la confection ou la restauration. Ils seraient environ 80 000 à être installés dans la région parisienne, selon Interpol.  Mais la destination la plus prisée demeure
la Grande-Bretagne – loin devant l’Allemagne, l’Irlande, l’Espagne ou
la France – en raison de sa législation favorable aux demandeurs d’asile et de l’absence de contrôles d’identité.  Pour y arriver, la première partie du voyage peut être effectuée dans la légalité. Les ressortissants de certains pays (Chine, Vietnam) n’ont toujours pas besoin de visa pour se rendre en République tchèque, en Yougoslavie ou dans certains Etats de
la CEI en vertu de vieux accords signés « sous le communisme ». Ce n’est qu’une fois dans l’espace Schengen qu’ils se trouvent dans l’illégalité. 

Flexibilité des réseaux  Une des caractéristiques des réseaux de trafic chinois est la flexibilité des réseaux qui ne sont pas organisés selon une pyramide hiérarchique mais se composent de plusieurs petits réseaux horizontaux avec une structure de coordination internationale. Ces petits réseaux ne
doivent pas nécessairement avoir une orientation ethnique et travaillent ensemble sur la base de sous-traitances mutuelles. Ils  peuvent exercer plusieurs activités : transport de drogue, fourniture de faux documents. Les réseaux de trafic sont contrôlés par des syndicats du crime mais ce ne sont pas des cartels à hiérarchie pyramidale comme les cartels de la drogue. Ce  sont souvent de petits réseaux dépendant de sous-contrats en ce qui concerne les différents services et l’itinéraire sélectionné pour le trafic. Selon l’IOM, ce sont  des organisations autonomes et structurées qui reposent sur des rapports de collaboration flexibles entre différentes triades dans la région d’origine et des organisations et des bandes criminelles dans le pays de destination dans lesquelles des fonctionnaires corrompus du gouvernement et des entreprises légitimes peuvent être impliqués.
De nombreux immigrants Chinois sont prêts à payer très cher et à prendre des risques.  Dans un premier temps, ils considèrent souvent les trafiquants comme des personnes pouvant les aider socialement et qui, en l’absence de toute alternative, sont leur seule planche de salut pour atteindre le riche Occident. Néanmoins, les Chinois il est nettement plus souvent fait état de menaces à l’égard d’eux-mêmes et de leurs familles restées au pays que dans d’autres groupes de victimes. 

En Belgique  La commission sur la traite des êtres humains du Sénat a constaté que dans la pratique 85 % des visas Chinois sont destinés à des hommes d’affaires et que seuls quelques-uns sont des faux. Mais étant donné la corruption en Chine au plus bas niveau de l’administration, il est très facile d’obtenir un document officiel légitime contre paiement. La demande de visas d’étudiants est également très utilisée dans le cadre de la migration clandestine.
Selon les données de l’ambassade à Shanghai, la plupart des fraudes sont commises avec des visas
d’étudiants. Ainsi, on voit  des groupes entiers de jeunes filles d’un même village qui se présentent pour aller dans la même école en Belgique, alors qu’elles ne savent même pas ce qui y est
enseigné. Par le biais de cette fraude, les trafiquants essaient de rassembler des employés en masse
afin de les faire travailler illégalement.
80 % des dossiers chinois sur les organisations criminelles sont liées à la traite et au trafic des êtres humains. Dans ce cadre, des procédures légales sont utilisées abusivement comme les visas Schengen à court terme, les visas d’affaires, le statut d’étudiant, l’adoption formelle ou les mariages blancs ayant un rapport avec des rassemblements familiaux. Des faux documents sont également utilisés. De faux actes notariés et attestations de consulats sont utilisés pour prouver des liens de parenté. Il est souvent difficile de vérifier l’authenticité de ces documents. 

Selon des données récentes de la police, les trafiquants ne parachutent pas uniquement les victimes
dans le secteur de l’Horeca  chinois mais également, au sein du milieu chinois, dans le secteur de la
construction pour rembourser leur voyage. Dans ce cadre, ils font appel à des personnes et à des
entreprises établies légalement en Belgique. 
Ces organisations criminelles chinoises ne s’occupent pas uniquement de traite et de trafic d’êtres
humains, qui sont cependant souvent leurs principales activités, mais elles sont impliquées dans de
nombreuses autres affaires criminelles. Ainsi, dans un dossier concret, il s’est avéré qu’une triade
chinoise avait des contacts avec une centaine de restaurants chinois et était active en Belgique, aux
Pays-Bas, en France et en Allemagne. L’activité principale de cette triade chinoise était la traite des
êtres humains mais il existait des liens évidents avec des enquêtes liées à la drogue, à des faits de chantage, à des mariages blancs, à des jeux de hasard et à des fraudes à la carte de crédit et sur le blanchiment. 

Activités des triades chinoises en Europe Elles ont plusieurs activités dans chaque pays. En Italie, elles sont principalement actives dans la branche du trafic des êtres humains, en Autriche dans le secteur de la prostitution, en Allemagne et aux Pays-Bas principalement dans le trafic de cigarettes et en Tchéquie dans le commerce illégal d’armes. Il ressort de précédents documents judiciaires que la
multinationale de cigarettes britannique BAT a utilisé les triades afin d’organiser un trafic de
cigarettes gigantesque en Chine et à Taiwan. Pour ce faire, la triade disposait d’entreprises de
couverture et elle surveillait manu militari les principaux itinéraires du trafic. En 2000,
la Commission européenne a d’ailleurs déposé une plainte auprès d’un tribunal de New York
contre plusieurs multinationales de cigarettes pour trafic international organisé de cigarettes, dont
Philip Morris Entre-temps,
la Commission européenne et Philip Morris ont conclu un accord
international en juillet 2004 pour 12 ans de lutte contre le trafic et la contrefaçon de cigarettes, qui
mettait également fin aux procédures juridiques engagées. 

DU COTE DE MEDELLIN 

  Parmi les pays  dans lesquels s’est enraciné l’économie de la drogue,
la Colombie représente un cas exceptionnel. Il s’y est enclenché, sans discrétion,  une confrontation ouverte entre les narcotrafiquants et le gouvernement, qui atteint son paroxysme en 1989-90 sous la forme d’une terreur qui fit des milliers de victimes.  Les élites colombiennes avaient pourtant longtemps préféré considérer le trafic de drogu
e comme un avatar de « l’économie informelle » ou de « l’économie de contrebande » qui font partie du paysage habituel. Mais l’explosion de la demande de cocaïne, à la fin des années 70, amènera  producteurs et trafiquants de Colombie à acquérir fortunes colossales et pouvoir, dont les tentacules s’étendront partout dans le monde.  

Vu l’ampleur de la demande en provenance des sociétés occidentales, producteurs et trafiquants colombiens ont uni leurs forces en formant des cartels, qui ont garanti, par la brutalité souvent, l’agressivité toujours, la sécurité de leurs installations et de leurs réseaux de distribution. Ces cartels, qui se combattaient aussi entre eux, se sont érigé en véritables empires  au-dessus des lois et des États en corrompant toutes les couches de la société, en provoquant la criminalité partout et en utilisant de grandes organisations financières pour blanchir leurs colossaux profits.  Le Cartel de Medellin  Dans les années 70, quelques hommes originaires de Medellin, dont Jose Gonzalo Rodriguez Gach, trafiquant d’émeraudes, les frères Ochoa, ranchers, et un criminel de rue du nom de Pablo Escobar, s’allient à un jeune trafiquant de marijuana, Carlos Ledher, et montent un réseau de transport de cocaïne vers les États-Unis dans de petits avions. Issu d’une famille de la classe moyenne,  Pablo Escobar  débute par le vol comme nombre de petits truands. Puis il  commence à vendre de la marchandise à un  pilote américain, qui arrivait en Colombie avec son avion  et payait comptant en dollars. Ce commerce « lui semble alors facile: il y a peu de risques, c’est rentable. En plus, à l’époque, il ne faut tuer personne, ce qui lui est alors « important ». À cette époque, ce trafic ne fait pas la une des journaux et il  trouve cette activité normale.  L ‘ascension Le cartel de Medellin va très vite accumuler des fortunes colossales et, fort de son succès, ambitionne de contrôler l’ensemble du trafic de drogue en Colombie,  Au début des années 1980, Pablo Escobar parvient ainsi à s’intégrer un moment dans les rangs du « Nouveau Libéralisme » qui, avec Luis Carlos Galan, cherche à moraliser la vie publique ; après en avoir été publiquement expulsé en raison de ses activités, il réussit à se faire élire en 1982 comme suppléant d’un représentant libéral. Carlos Lehder, quant à lui, met sur pieds dans son département du Quindio un mouvement politique, le « Mouvement latin socialiste », qui parvient en peu de mois, en distribuant généreusement des gratifications, à rallier un électorat local considérable. C’est d’ailleurs à l’occasion de ces interventions politiques que les noms des trafiquants, restés jusque là relativement ignorés, commencent à s’étaler dans la presse. Celle-ci est loin de porter condamnation sur ces nouvelles figures : l’hebdomadaire le plus prestigieux, Semana, les décrit en 1983 comme des « Robin Hood ». Le « banditisme social » fait, lui aussi partie de l’histoire colombienne: les narcotrafiquants donnent l’impression de le prolonger. 

Pablo Escobar  ira jusqu’à proposer publiquement de régler la dette nationale de
la Colombie en échange de l’impunité;  le cartel de Medellin est alors en voie de s’accaparer le contrôle des institutions politiques et une partie importante du territoire colombien en infiltrant un à un, par la force ou la corruption, les pouvoirs publics, terrorisant la classe politique du pays en multipliant violences et assassinats…
Élu en 1982, membre du Parlement colombien, il fait construire des routes, plus de 500 maisons, des hôpitaux et devient un héros pour les pauvres, mal informés de la réalité du personnage. Au sommet de sa carrière, il dispose de revenus considérables provenant du trafic de drogue et est terriblement dangereux. Pablo Escobar aurait, pendant toute sa carrière, amassé plus de quatre milliards de dollars US. Certaines œuvres ont contribué à faire d’Escobar une espèce Robin des Bois. Ses investissements ont parfois surpris l’opinion publique. L’un des plus célèbres a été le zoo de l’Hacienda Nápoles : deux mille acquisitions et plus de cent espèces exotiques importées d’Australie, du Sahara, du Canada, d’Europe, du Congo et d’Ethiopie. L’entrée au zoo était gratuite. « Le peuple en est propriétaire et on ne peut pas faire payer le propriétaire » déclarera Escobar à la presse. Il offrira aussi 400 logements à des familles pauvres. Des quartiers entiers de Medellín et de Envigado le désigneront comme étant leur bienfaiteur. Toute cela va contribuer à lui conférer une allure politiquement légitime. 
Selon l’hebdomadaire Cambio, Pablo Escobar, entretenait également des relations étroites avec Vladimiro Montesinos, le chef des services secrets péruviens et l’éminence grise du président Fujimori. Le parrain aurait participé au financement de la première campagne électorale de Fujimori. Le frère de Pablo Escobar, El Orsito (L’Ourson), confiera dans une interview que le parrain « aurait donné un million de dollars pour payer la campagne de Fujimori. En échange, les autorités péruviennes devaient fermer les yeux sur les chargements de pâte de coca » qui passaient la frontière. 

Risques politiques et sociaux…  Ces aventures politiques tourneront vite court. Les deux partis traditionnels ne sont pas habitués à laisser mettre en danger leur monopole et ne peuvent surtout consentir à côtoyer trop ouvertement des personnages auxquels on impute déjà de nombreux crimes. 

Le trafic de  drogue commence alors à être perçu comme pouvant avoir des conséquences sur la société colombienne. Les gouvernements sont  obligés, et cela dès avant 1984, de considérer le risque que les narcotrafiquants acquièrent, au plan national, une capacité d’influence politique qui altère le fonctionnement du système politique.  Ces nouveaux riches conquièrent du prestige  auprès de certaines couches de la population. Les largesses dont certains font preuve, tel Pablo Escobar finançant des équipements collectifs ou la construction de logements dans certains quartiers de Medellin, importent cependant  moins que le spectacle des réussites foudroyantes de quelques individus partis de rien. Dans une société bouleversée en l’espace de quelques années par des brassages de populations et par l’ébranlement des valeurs traditionnelles, de larges secteurs de la jeunesse urbaine voient en eux des héros qui réveillent des espérances populistes qui ont été, en Colombie, constamment frustrées. 

Une expansion rapide de la corruption se fait aussi  sentir dans beaucoup des domaines de la vie colombienne. Dans ceux de la justice, de la police et, plus généralement tout ce qui a trait à l’application des lois. Dans celui des activités économiques, l’argent de la drogue irrigue largement des secteurs comme la construction, le commerce, l’agriculture. Ne plus s’afficher officiellement aux côtés des trafiquants ne signifie pas toujours dédaigner leur concours financier. La montée en force d’un clientélisme régional de type « moderne », sert de palliatif à la crise de crédibilité qui touche les deux partis traditionnels. Cette aggravation de la corruption inquiète certains membres des élites colombiennes. Mais elle sera vue par  beaucoup d’autres comme  inévitable et modérément dommageable. 

Dures limites …  Difficile , aussi, pour l’état,  d’ignorer les moyens d’intimidation déployés par les trafiquants pour faire taire ceux qui gênent leur activité. Pablo escobar  terrorise le pays à partir de 1984, assassinant juges, policiers, journalistes et hommes politiques. Il est convaincu d’avoir tué lui-même  plus de 100 personnes et est responsable de l’assassinat de trois des cinq candidats à la présidentielle colombienne de 1989.   Sa violence  va mener le cartel à un affrontement direct avec l’état.  Soupçonné d’être à l’origine de centaines de meurtres de fonctionnaires, juges, policiers, dignitaires et journalistes,  il sera emprisonné; mais il s’évade peu de temps après. Mais son emprisonnement, se présente, pour beaucoup, davantage comme une idée brillante d’Escobar lui-même pour assurer sa sécurité, que comme une stratégie officielle de l’Etat et du gouvernement colombiens pour l’amener à se soumettre. C’est que le 19 juin 1991, jour où il  s’était rendu aux autorités, la session plénière de l’Assemblée Constituante avait voté l’article 35 de la nouvelle Constitution interdisant l’extradition des ressortissants Colombiens. Une fois emprisonné, son action délictueuse ne s’ arrêtera pas. Escobar s’évadera au cours d’une opération où l’on tentait son transfert. Selon l’ancien ministre de l’information, Mauricio Vargas, la responsabilité du président doit être mise en cause dans l’évasion spectaculaire et rocambolesque de Pablo Escobar, qui craignait son extradition aux États-Unis.,  de sa prison d’Envigado, une luxueuse résidence, en juillet 1992.
 
La chute  

Selon la revue colombienne Semana, la mort d’Escobar aurait été le résultat d’une vaste opération américaine, dénommée Heavy Shadow (Ombre pesante), qui « mobilisait des équipes de
la CIA, de
la DEA, du FBI et de
la NSA », c’est-à-dire, tous les services fédéraux de sécurité états-uniens. Cette opération « a coûté en fonds secrets, charges de personnels et armes, plusieurs centaines de millions de dollars ».
Les policiers et les soldats d’élite du groupe spécial de recherche, arrivés à Medellín le 22 juillet 1992, réalisèrent près de 20 000 perquisitions dans la ville et dans toute la région. 
D’autres groupes sont sur ses traces : les tueurs à gage du cartel de Cali qui avaient eu avec le cartel de Medellín de nombreux règlements de comptes sanglants pour la prééminence de la livraison de drogue; les mercenaires américains, israéliens et autres, alléchés par la prime de plusieurs millions de dollars US offerte par le gouvernement et les organismes anti-stupéfiants américains; les nombreux proches et familles des « collaborateurs » qu’il avait fait tuer, et tous ceux qui avaient réussi à détourner l’argent du crime par millions de dollars. Début 1993, un nouveau groupe paramilitaire terroriste « Pepe » apparaît, décidé à éliminer Pablo Escobar, et fait régner la terreur sur la ville. Le 2 décembre 1993, après des mois de travail, l’équipe de surveillance du bloc de recherche, réussit à le repérer.  Le quartier général local de
la PNC (Police Nationale Colombienne) est alerté, et l’équipe  est rejointe par un commando. L’affaire se termine par l’assaut et la mort du parrain alors qu’il tentait de fuir par le toit. 

Escobar ne suscitait plus autant de sympathie sur la fin de ses jours. Même si jamais personne n’a osé le dénoncer sur ses terres, même si sa tombe est l’une des plus visitée à Antoquia, Medellín n’a pu cacher son soulagement à l’annonce de sa mort.  Ceci étant dit, de nombreux groupes familiaux ont pris le relais du trafic et l’élimination de Pablo Escobar, loin d’affecter les livraisons de cocaïne aux États-Unis, aurait même favorisé la formation de supercartels qui menacent aujourd’hui bien plus sérieusement le gouvernement colombien qu’il ne l’avait jamais fait… 

DU COTE DE CALI 

  A la tête d’une gigantesque organisation connectée aux mafias du monde, les frères Rodriguez Orejuela ont utilisé la corruption à grande échelle plutôt que la violence pour défendre leurs intérêts.  Soucieux d’assurer la respectabilité de leur descendance, ils créèrent une série d’entreprises « légales » et envoyèrent leurs enfants étudier à l’étranger. Fils de bonne famille, élégants et bien élevés, les Rodriguez Orejuela ont transformé les pratiques mafieuses du pays, au temps faste du cartel de Cali. Ils n’hésitèrent pas à collaborer avec les autorités pour venir à bout de leur grand rival, le cartel de Medellin de Pablo Escobar, liquidé en 1993. 

Les frères Gilberto et Miguel Rodriguez Orejuela, ont formé ce qui sera connu sous le nom de « cartel de Cali ». Même si on raconte que Gilberto a fait « ses débuts » au sein d’une bande appelée Los chemas, dirigée par José Santacruz Londoño, responsable de l’enlèvement de citoyens suisses, il n’en reste pas moins qu’avant 1975, il exportait de grandes quantités de drogues cachées sous des planches de bois et envoyées légalement du port de Buenaventura à destination de diverses entreprises et entrepôts fictifs situés aux Etats-Unis. Les premiers embarquements vers l’Europe auront lieu peu après ; la marchandise est alors cachée dans des pierres creuses de charbon minéral. Il avait  eu son baccalauréat et revendiquait le suivi d’une série de cours de gestion d’entreprise et de planification stratégique. Il avait commencé sa carrière très légalement dans les médicaments. Puis, de la grande chaîne de pharmacies qu’il dirigeait, il était passé à la production et à l’exportation de la cocaïne, devenant, en 1978, chef du cartel de Cali. Surnommé le « joueur d’échec » pour son habilité à échapper à la police, Gilberto Rodriguez Orejuela a connu son heure de gloire dans les années 1980 et au début des années 1990. Après la mort de son grand rival Pablo Escobar, le chef du cartel de Medellin abattu par la police en 1993, il contrôlait , pour beaucoup, quasiment tout le secteur colombien de la cocaïne.  Son frère Miguel Rodriguez Orejuela, responsable des vols de la ligne aérienne Avianca, étudiant en droit, a abandonnera ses activités pour suivre l’exemple de son frère Gilberto.
Miguel Rodriguez Orejuela exhibe toujours avec fierté son diplôme d’avocat. Mais sa thèse n’apparaît pas dans les archives de la bibliothèque universitaire. Il a en tout cas suivi les cours… 

Leurs liens avec les milieux d’affaires, l’utilisation de la corruption au plus haut niveau, particulièrement dans la police et dans la justice, leur ont permis d’asseoir rapidement leur empire. 

Méthodes  Connu comme une organisation criminelle plus stratégique que violente, le Cartel de Cali avait plutôt opté pour la séduction et la corruption. Tentant de se rapprocher du gouvernement colombien plutôt que de le combattre, ils investissaient leurs  profits dans des entreprises colombiennes et américaines.  Les méthodes des frères Rodriguez Orejuela étaient plus discrètes et plus efficaces que celle d’Escobar et du cartel de Medellin. Sans participer directement à la vie politique, ils savaient acheter efficacement le soutien parlementaire et gouvernemental en finançant des campagnes électorales et en assurant le paiement de tout type de services. Les Rodriguez Orejuela ne plaisantaient nullement quand ils se vantaient d’avoir suffisamment de pouvoir pour « réunir la majorité au Congrès ». Le « Cartel de Cali » avait aussi opté pour des alliances avec les élites régionales au travers d’investissements dans l’économie légale et la participation dans les soirées mondaines de la ville. 

Les frères  construiront un corps de sécurité composé de retraités corrompus venant des appareils de sécurité de l’Etat. Comme on le verra plus tard, ils ont également acheté des mercenaires et coopté des leaders des groupes paramilitaires.  Les frères Rodriguez Orejuela ont été prudents et  sont entrés dans le beau monde en dépensant de l’argent. De nombreux chèques émanant des comptes des Rodriguez Orejuela ont été virés sur les comptes de la direction d’importantes compagnies financières et de personnalités insoupçonnées du monde économique, politique et sportif. 

Surnommés « the gentlemen », ils tentaient tout en douceur de placer ses propres représentants au gouvernement colombien. Le cartel aurait même financé les campagnes électorales de plusieurs sénateurs et d’un président au cours des années 80. Composé d’hommes d’affaires expérimentés et bénéficiant de technologies très avancées, le cartel de Cali exportait de la cocaïne jusqu’en Asie, en passant par l’Europe et l’Amérique. 

Investissements  Les frères Rodriguez Orejuela ont privilégié les entreprises de façade, les envois camouflés en marchandise légale et une insertion rapide dans le monde ouvert de l’argent. Ceci via d’importantes entreprises telles que « Laboratorios Kessfor », « Drogas
La Rebaja », « Grupo Radial Colombiano » et « Corporación Financiera de Boyacá ». Ainsi, c’est en tant qu’investisseurs que les frères Rodriguez Orejuela ont essayé de pénétrer le monde légal du capital. 
Vers le milieu des années 1960, Gilberto Rodriguez Orejuela entre dans la direction du « Banco de los Trabajadores » dont il est le principal actionnaire. Cette institution avait été créée avec des fonds de
la Fondation Interaméricaine pour l’Union des Travailleurs de Colombie (le groupement syndical ouvrier le plus important du pays). Fort de cette situation, il entreprend, en 1978, l’achat d’actions du « First Interamericas Bank » de Panama jusqu’à détenir 75% de la banque en 1984. La signature d’un pacte de participation avec le « Banco Cafetero » de Panama va lui permettre d’utiliser des comptes administrés par celui-ci. Ainsi, les comptes des succursales de Irving Trust de New York masqueront le blanchiment de dollars sous des énormes mouvements de capitaux, rapportés par les exportations de milliers de sacs de café produits légalement en Colombie. Vingt ans plus tard, le Département du Trésor Américain a publié la liste d’une centaine d’entreprises appartenant aux frères Rodriguez Orejuela. Parmi ces entreprises, l’acquisition de Chrysler, qui avec l’accord de l’ambassade des Etats-Unis à Bogotá, a fourni le matériel pour monter plus de 40 magasins de pièces détachées. 

Insertion  Ville de « l’éternel printemps », capitale de la salsa, Cali était devenue, au début des années quatre-vingt, l’un des principaux sièges du narco-trafic. Une partie de sa bourgeoisie, séduite par l’argent de narcos non violents voire cultivés, s’était progressivement alliée au cartel qui arrose notamment les clubs sportifs et le secteur de la construction. La guérilla elle-même semble faire bon ménage avec les dollars du narco-trafic. A preuve ces « miliciens » reconvertis dans le transport et la distribution de cocaïne aux Etats-Unis. 

Guerre entre cartels  C’est à partir de 1988 que la guerre éclate entre Pablo Escobar, soutenu par Rodriguez Gacha, et les frères Rodriguez Orejuela. Les chroniques signalent comme origine de la dispute l’enlèvement d’un narco-trafiquant du Valle, allié de Pacho Herrera, un expert en blanchissement de dollars, lui-même lié à une personne en qui les frères Rodriguez avaient toute confiance : José Santacrux Londoño. Malgré le paiement de la somme requise par le bureau en dollars et en drogue, l’homme a été assassiné au motif d’une supposée « querelle de jupons ». Escobar a demandé immédiatement aux frères Rodriguez de lui donner Herrera. Demande qui a été rejetée. Le résultat a été une guerre de massacres entre les cartels.En effet, au début des années 1988, le bâtiment Monaco, résidence de Pablo Escobar a Medellín a été détruit partiellement par une puissante charge de dynamite. L’explosion a mis en évidence la richesse et l’excentricité des narco-trafiquants. Elle a également rendue publique leur guerre. 

La fin  Arrêté une première fois en 1984 à Madrid, Gilberto Rodriguez Orejuela avait été extradé vers
la Colombie puis libéré pour manque de preuves par le juge Tobias Ivan Posso.  Il était réclamé depuis 1989 par la justice américaine, mais une loi votée en 1991 interdisait l’extradition de Colombiens vers des pays tiers. Il sera  arrêté dans le quartier résidentiel Santa Monica de la ville de Cali, à la suite d’une dénonciation qui rapportera à son auteur plus d’un million de dollars.
L’arrestation du  chef du cartel de Cali sur pression de l’administration américaine, sera suivie deux mois plus tard par celle de son frère Miguel. Ce coup de filet sera  considérée comme une grande victoire dans la guerre contre la drogue mais aura peu d’effet sur le marché. 

Condamné à quinze ans de prison pour trafic de drogue, il sera relaxé pour bonne conduite après sept ans et trois mois de prison, le 7 novembre 2002.  Mais quatre mois plus tard, Gilberto Rodriguez Orejuela sera renvoyé derrière les barreaux, sous un nouveau chef d’accusation : un convoi de 150 kg de cocaïne envoyé à Tampa aux Etats-Unis en 1990,  délit qu’il avait omis d’avouer. Les Américains l’accusent de toutes façon  d’avoir continué à diriger les envois de drogue depuis sa cellule.  Au moment de l’arrestation de Gilberto Rodriguez Orejuela, le cartel de Cali contrôlait, selon les chiffres de
la DEA (Drug Enforcement Agency), 70% de la cocaïne dans le monde contre 30% à 40% quinze ans auparavant. 

En 2004, 
la Colombie  extradera vers les Etats-Unis Gilberto Rodriguez Orejuela sous le chef de  de trafic de drogue et de blanchiment d’argent. Il est alors un des derniers barons de la drogue colombiens, dont la cocaïne produite dans ses laboratoires installés en plein jungle inonde les marchés mondiaux. Il s’agit du criminel le plus important jamais extradé par
la Colombie vers les Etats-Unis. 
Celui qui fut le chef du cartel de Cali finirait donc ses jours dans une prison américaine. L’ambassadeur des Etats-Unis à Bogota a démenti les rumeurs qui font état de négociations entre le gouvernement américain et les deux frères ; ces rumeurs disent que les Rodriguez Orejuela auraient accepté de purger leur peine de prison en territoire américain et de payer une somme considérable aux autorités américaines, en échange de la promesse que leurs familles ne seraient pas inquiétées et que leurs entreprises seraient exclues de la « liste Clinton » qui signale les grands narcotrafiquants. 

Leur détention n’aurait pas freiné le narcotrafic;  si elle peut  marquer le déclin d’un empire, elle ne signifie pas pour autant la fin du trafic de la drogue qui gangrène l’ensemble du pays. L’argent, le pouvoir, la terre, la justice sont aux mains de mafias contrôlées par les narcos. Le chiffre d’affaires brut des divers cartels colombiens de la drogue avoisinerait aujourd’hui 4 milliards de dollars, dont 800 millions reviendraient dans le pays. A lui seul, le cartel de Cali en produirait encore 600 millions. 

APRES LES BARONS 

  Les organisations criminelles affichent une étonnante  capacité de reproduction et à l’innovation quand il s’agit d’ accumuler du capital et de  défendre leurs intérêts. Durant les dernières décennies, le trafic illicite de drogue en Colombie s’est adapté aux avatars du marché international, et a supporté la répression ainsi que les différentes stratégies anti-drogues déployées par les Etats-Unis dans la région. Les grands cartels ont été dissous mais la production et le trafic de drogue en Colombie n’en ont pas souffert. L’époque  des grands barons de la drogue est  révolue, mais les affaires continuent. C’est par centaines que se comptent les laboratoires clandestins. Les grands barons tombés, il n’a pas fallu deux ans au système pour se transformer en une structure plus souple, décentralisée, du type  « triades chinoises ». Il n’y a  plus de «kombinat», plus de «roi de la coke», mais des groupes hétérogènes, marqués par une grande flexibilité dans la gestion du commerce, fonctionnant selon le principe  d’« entreprise en réseau ».  



Actuellement, la culture et la production de la drogue appartiennent à une multitude de petites organisations criminelles, de guérillas et de paramilitaires coopérant avec un éventail de mafias et d’organisations criminelles internationales (Mexique, Russie, Afrique, Italie, République dominicaine, Espagne, etc.) qui tiennent les rôles d’intermédiaires et de distributeurs,  qui ont chacun leurs routes et leurs  réseaux. «Imaginez, dit un policier français détaché en Colombie, une coopérative laitière (qui fabriquerait de la coke et non pas des yaourts) fonctionnant comme une centrale d’achats. Une nuée de petites entreprises de base qui peuvent être indépendantes et vendre leurs produits à la centrale (disposant d’un secteur exportation et marketing). Ces PME de la coke peuvent aussi appartenir à la “coopérative” ou encore lui être associées. Tout fonctionne en souplesse.» Le cartel nouveau style se contente de jouer les intermédiaires entre les différents éléments du système et de fournir à ce «groupement d’intérêt économique» protection et renseignement. 

Diversification des activités  D’abord trafiquant de marijuana et de cocaïne, les narcotrafiquants colombiens n’ont pas mis beaucoup de temps à diversifier leurs activités et leurs produits. Selon les autorités américaines, depuis 1993, l’offre d’héroïne en provenance de
la Colombie a considérablement augmenté dans l’est des États-Unis. Les cargaisons transitent par bateaux et avions via des pays tiers comme le Costa Rica, le Panama ou
la République dominicaine.  Les narcotrafiquants colombiens prennent lentement mais sûrement le marché de l’héroïne dans l’est américain en offrant à bon marché dans les rues des grandes villes une drogue d’une pureté très élevée (avoisinant les 90 %). Ce sont principalement les groupes criminels dominicains qui sont chargés de distribuer et de vendre pour le compte des Colombiens, dans les grandes villes comme New York, Philadelphie ou Miami. 

Mais que fait l’état Colombien? En liquidant les grands cartels dans les années 90, les forces antidrogue colombiennes et américaines n’ont absolument pas altéré l’offre de drogue:  ils ont contribué à la  morceler en cellules plus petites et plus nombreuses.
C’est que depuis une cinquantaine d’années,
la Colombie souffre de l’incapacité du gouvernement à assurer le contrôle de son territoire national :  et ce en raison des nombreuses guérillas, qui tentent depuis des décennies de le renverser, et des paramilitaires, qui contrôlent de vastes zones de production de drogue. Nombreux, bien armés et structurés, paramilitaires et guérillas découpent le territoire colombien en une dentelle de petits duchés et de zones d’influence où la terreur et la violence ont force de loi auprès des habitants, qui n’ont généralement d’autres choix que de fuir, collaborer ou mourir. 
En 2001, des dizaines de fonctionnaires gouvernementaux ont été tués, enlevés ou portés disparus. Même scénario pour les journalistes, les syndicalistes et les militants des droits de l’homme. Toute opposition sociale sérieuse aux visées des FARC, des groupes paramilitaires ou simplement du gouvernement est muselée, voire annihilée. 

Les guérillas, les groupes paramilitaires et les diverses mafias contribuent et profitent   largement de la déstabilisation de l’État colombien. Plus il y a de guerre et de violence en Colombie, plus le narcotrafic y est prospère. Le  « gouvernement »,  depuis plus de 30 ans, est incapable de d’assurer le contrôle de son propre territoire. D’ailleurs,  qui voudrait d’un gouvernement contrôlant la situation et mettant fin au trafic? L’industrie colombienne de la drogue rapporte beaucoup trop d’argent pour être  détruite. Pour nombre d’observateurs, ce qui est recherché dans les diverses « actions de répression » c’est moins la destruction du marché de la drogue que son contrôle… 

L’état des choses …  Cela fait 50 ans que
la Colombie connaît  la  violence et la guerre civile. Un drame humanitaire lent et peu médiatisé qui, quotidiennement, implique victimes, enlèvements et  combats. Rien qu’en 1999, plus de 36 000 personnes ont connu une mort violente en Colombie. Des milliers d’enlèvements , dont celui d’Ingrid Bettancourt, ont lieu chaque année et près de trois millions de personnes ont été déplacées par les combats, les FARC ou les paramilitaires. 
Comme dans toutes les régions du monde où la guerre sévit, la pauvreté et la famine s’abattent sans discernement : plus de 27 millions de personnes vivent sous le seuil de la pauvreté (67 % de la population), 10 millions souffrent de malnutrition. 

Les 25 % les plus riches de la population ont des revenus 30 fois plus élevés que les 25 % les plus pauvres, La coca est avant tout une façon de survivre pour la majorité de ceux qui la produisent et la transforment. La coca ou le pavot, c’est très souvent la différence entre manger ou mourir de faim pour des milliers de familles que les problèmes de toxicomanie des États-Unis, principaux clients ne concernent guère. 

La guerre antidrogue des USA…  La stratégie de lutte contre le trafic de drogues, menée par le gouvernement colombien et surtout par le Département d’Etat nord- américain, n’a pas atteint son but. Il y a eu des réussites partielles dans un certain nombre d’affaires importantes dont la réforme policière, des coups portés à la corruption et au démantèlement des cartels, par exemple. Mais malgré les milliards investis, les résultats de la lutte antidrogue entreprise par les States ont été pour le moins mitigés. En cause, notamment,  la corruption endémique des gouvernements locaux et le peu de sympathie pour la cause américaine dans cette région du monde. Pour une grande partie des ces populations, qui souvent vivent de la culture de la coca ou du pavot, le problème n’est pas chez eux, mais bien dans le mode de vie des pays riches qui consomment de façon aveugle et abusive des produits qu’eux ne font en fait que produire. Pourquoi s’attaquer à l’offre alors que le problème serait en fait la demande ?
L’ampleur des épandages d’herbicides est étonnante : en quatre ans, le gouvernement d’Andrès Pastrana a, à lui seul, fait arroser plus de 70 000 hectares de plantations de pavot et de coca. Mais dans les régions arrosées, les populations, déjà pauvres et démunies, font face à des taux élevés de cancers et de maladies respiratoires et cutanées,  maladies  provoquées par la contamination des nappes phréatiques et des produits agricoles, exposés aux pesticides et aux résidus des fumigations.  Conscient du désastre écologique en cours et des problèmes d’éthique engendrés par l’usage de tels produits, Washington incite aujourd’hui le gouvernement colombien à délaisser les pesticides et à se tourner plutôt vers un champignon pathogène (Fusarium oxysporum) sensé détruire les plantations beaucoup plus proprement. Mais ce champignon toxique ne détruirait pas que les cultures de coca et de pavot, il pourrait également s’attaquer aux cultures potagères, en plus de menacer la faune et la flore de par sa nature génétiquement modifiée. 
Les plantations de coca peuvent se déplacer provoquant des lésions de plus en plus graves à l’écologie du poumon que constitue l’Amazone. On ne sait pas ce qui peut se produire avec les déplacés. On ne sait pas non plus quelle sera l’issue du « processus de paix », entravé par le problème du trafic de drogues, ni quel sera le destin de centaines de guérilleros et de paramilitaires qui ont connu de près le rôle financier de la drogue. Si quelque chose alimente la guerre en Colombie ce sont les millions de dollars que génère la production et l’exportation de narcotiques. La seule chose qui semble claire, c’est que le crime organisé national et international saura s’adapter à ces conditions en déployant de nouvelles initiatives, en produisant des changements et des systèmes 

Ambiguité des Etats-Unis…  Cela fait 30 ans que les militaires américains pourchassent les trafiquants et les plantations Colombiennes, qu’ils localisent  à l’aide de satellites espions et de détecteurs thermiques ultra-sophistiqués. Des troupes colombiennes et américaines au sol étant ensuite dirigées vers ces zones, parfois également arrosées de pesticides pour en assurer la destruction. 

Toutes ces opérations de lutte antidrogue constituent une activité très intéressante pour les stratèges et les généraux du Pentagone qui, avec cet ennemi permanent à combattre, n’ont pas trop de difficulté à convaincre le Congrès américain de leur octroyer les milliards de dollars nécessaires à la poursuite des opérations et au développement d’armes et de technologies toujours plus sophistiquées. L’État colombien, en raison des nombreuses guérillas et des trafiquants présents sur son territoire, constitue également un très bon client pour la vente d’équipements militaires. Les 79 hélicoptères américains, dont 16 Black Hawk, achetés dans le cadre du Plan Colombie en témoignent. Le pays constitue également une manne pour une foule de sociétés américaines de toutes sortes que la présence de milliards de dollars américains et les richesses naturelles du pays attirent.  Quant au plan d’aide aux cultivateurs de coca, sur le milliard de dollars octroyé  par le Congrès des États-Unis, seuls 860 millions se sont réellement rendus en Colombie. De cette somme, les trois quarts ont été consacrés à l’achat d’équipement militaire américain et à l’entraînement de soldats et de policiers. Après que certains politiciens colombiens eurent financé leur campagne électorale et que des officiers colombiens eurent détourné plusieurs millions à des fins personnelles, il ne restait  de ce milliard de dollars américains que 67 millions (moins de 8 %) pour venir en aide aux paysans colombiens et les inciter à migrer vers d’autres cultures que la coca. 

Evolutions  La réalité colombienne est complexe vu les multiples acteurs et scènes d’action. Pour  certains observateurs, le problème du trafic de drogues n’a d’ailleurs pas encore été traité de manière satisfaisante, l’attention ayant davantage porté sur ses conséquences que sur sa structure et ses contenus sociaux..  Une chose semble sûre, néanmoins: les actions nord-américaines en matière de lutte contre le trafic de drogues se sont concentrées sur les « cartels » et les narcos colombiens, mais elles ont permis à d’autres acteurs de prendre possession du commerce. Demeure une lutte acharnée entre les divers acteurs en vue de s’approprier des ressources générées par le trafic… 

LE CAS DU Mexique 

Un ancien président de
la République contraint de s’exiler à l’étranger, son frère en prison, de nombreuses personnalités politiques de haut niveau assassinées, le directeur de l’Institut National de lutte contre la drogue en prison, des centaines de policiers mis à l’écart: telle a été la face la plus spectaculaire du phénomène des stupéfiants au Mexique. Selon les auteurs d’une enquête journalistique de 1997, 250 familles contrôlaient, alors, depuis le Mexique, le trafic de drogues vers les USA.
 

   En plus des productions locales comme la marijuana (vieille culture locale) et le pavot que l’on trouve sur le territoire des indiens Tarahumaras, le Mexique est le deuxième producteur continental d’opium et le plus grand producteur mondial de cannabis. Il est aussi un des plus importants carrefours de toutes les drogues (marijuana, héroïne, cocaïne, amphétamines, hallucinogènes divers) qui inondent le marché nord-américain, et notamment de la filière de la cocaïne fabriquée en Colombie dans les laboratoires des cartels colombiens – mais également transformée sur le territoire mexicain – si bien que, selon les autorités nord-américaines, entre 60 et 80 % de la cocaïne consommée aux Etats-Unis serait entrée dans ce pays par la frontière du Mexique. 

Selon un rapport de 1994, le Mexique fournirait de 50 à 70% de la consommation de marijuana des Etats-Unis. Enfin, selon le Département d’Etat américain, 20 à 30% de l’héroïne consommée aux Etats-Unis était alors produite au Mexique. 

Etat des lieux  Le territoire mexicain est un passage privilégié pour le transit et parfois la transformation, de la plus grande partie de la cocaïne andine destinée au marché nord- américain; on y produit aussi du pavot que l’on transforme sur place en héroïne; selon un rapport du ministère mexicain de
la Justice (PGR), le Mexique était en 1996 le troisième producteur mondial d’héroïne après les pays du triangle d’or et du croissant. Les principales organisations de narcotrafiquants (et notamment celles de Tijuana et de Juàrez) sont également les plus importants fournisseurs de méthamphétamines; selon le directeur de
la DEA, les organisations mexicaines de Tijuana et de Guadalajara se seraient même associées pour le trafic d’amphétamines et de méthamphétamines. Cette association entre les deux organisations leur aurait permis de contrôler 90 % de la production de méthamphétamines réalisée au Mexique. Les drogues synthétiques, et notamment la méthamphétamine, connue sous le nom le speed ou l’ice, aurait augmenté de 256 % entre 1991 et 1995, et de 500 % dans l’Etat de Californie. Elles peuvent être fabriquées sur le territoire mexicain, à partir de l’éphédrine; leur fabrication a permis aux trafiquants mexicains d’accroître leurs marges bénéficiaires. 

Une organisation clanique Parmi tous les clans répertoriés, 19 sont considérés comme d’envergure nationale avec des ramifications aux Etats-Unis, et cinq d’ampleur internationale, c’est-à-dire comme des organisations contrôlant les routes depuis les différents pays producteurs jusqu’aux lieux de consommation. Certains barons ont certes été emprisonnés mais leurs organisations peuvent toujours être actives et, s’ils n’ont pas été remplacés, ils continuent à les diriger depuis leur lieu de détention, soit directement, soit par personnes interposées. 

La famille Arellano  La famille Félix Arellano (sept frères et quatre soeurs, assistés de leur oncle, dirige l’organisation de Tijuana, autrement dénommée du Pacifique, en contrôlant la route traversant les Etats du Michoacàn, Jalisco, Sinaloa, Sonora, Basse Californie Sur et Basse Californie). Ils ont vraisemblablement été les parrains les plus riches et les plus dangereux de la région. Ils auraient même, au faîte de leur gloire, dépassé les célèbres cartels colombiens, et relégué Pablo Escobar au rang de second couteau… Selon les services spécialisés, le gang de Tijuana aurait été le plus gros fournisseur mondial de cocaïne. Près de 70% de la poudre blanche transitant à travers le monde aurait été contrôlée directement ou indirectement par les frères Arellano Felix, qui inondaient le marché américain, le plus important de la planète…  Ramon Felix sera tué en février 2002 après une course-poursuite avec la police. Son frère Benjamin, sera interpellé dans sa résidence de Puebla, où, derrière la façade d’un doux père de famille amateur de cigares, se cachait un homme responsable de centaines de meurtres et qui n’hésitait pas, avec son frère, à recourir à la torture avant de broyer les corps mutilés dans des presses industrielles. La légende veut que l’un ait été le cerveau et l’autre le tueur. 

Un secteur important de l’économie  Selon un rapport de 1996 des autorités mexicaines elles-mêmes (effectué sur la base des déclarations d’un général appartenant à l’état-major de la présidence de
la République), les activités liées à la production (culture et transformation) et à la commercialisation (trafic et distribution) de la drogue fourniraient un travail direct à environ 350 000 personnes au Mexique Les activités de culture de drogues concernaient alors 130.000 paysans et journaliers -   85 % d’entre eux étant des jeunes gens mariés âgés de moins de 31 ans – dans les Etats mexicains où se trouve concentrée, sur une superficie clé plus de 60.000 hectares, la plus grande partie des cultures illicites de cannabis et de pavot. Ce qui n’inclut évidemment pas les emplois indirects induits par le blanchiment et le recyclage dans le commerce, les services ou l’industrie. 


Désengagement de l’Etat 
Le système d’intégration de cette économie parallèle, pratiquée au Mexique et dans de nombreux narco-Etats apparaît, pour Jean Rivelois, comme le produit d’un développement de substitution qui remet en cause le rôle de l’Etat: de la même manière que les activités liées à la drogue (culture, trafic, recyclage) procurent aux populations concernées des moyens de subsistance à la place des entreprises dont c’est la fonction, les associations (ONG humanitaires, associations de quartier…) deviennent des substituts de l’Etat qui ne dispose plus des ressources suffisantes pour mettre en oeuvre des services publics efficients ou développer des politiques sociales correctement ciblées. Un tel désengagement de l’Etat, dans des systèmes politiques où le clientélisme est encore fortement actif, a tendance, toujours selon Rivelois,  à pervertir les modes de représentation : plus les marges se développent en étant intégrées au système, plus sont affaiblies les revendications démocratiques, car les caciques locaux ont tendance à se retourner contre leur base sociale traditionnelle, en se mettant au service des narco-trafiquants qu’ils protégent. Dès lors, les formes de socialisation se trouvent elles-mêmes perverties par la banalisation de la violence et le nouvel usage d’une corruption qui – alors qu’elle permettait naguère d’assurer un complément de salaire aux caciques locaux et aux fonctionnaires – est désormais récupérée et détournée au service d’une autre fin : la protection des trafics criminels, ainsi que l’enrichissement personnel à grande échelle des représentants alliés des clans politiques et criminels. En fait, ce système clientéliste marginal permet de revitaliser certaines méthodes d’exercice du pouvoir, liées à l’Etat clientéliste populiste (encadrement social par les caciques, la pratique de la corruption et l’usage de la violence), tout en déchargeant l’Etat clientéliste libéral sur son flanc politique ; en effet, les régimes démocratiques, qui sont théoriquement associés au libéralisme économique, ne peuvent durablement se développer dans le cadre d’Etats qui demeurent clientélistes.
Canaliser les bénéfices des organisations de la drogue vers le soutien à des économies fortement touchées par la crise et s’accommoder très bien de la consommation de drogue dans les quartiers défavorisés permet de convertir une question politique de société en problème de sécurité publique, en légitimant une répression contre certains groupes défavorisés qui n’auraient pu, de toutes manières, être intégrés dans le nouveau monde libéral. 

De ce fait se trouve ainsi désamorcée toute contestation politique, en réservant aux exclus l’enfermement soit dans les paradis artificiels, soit dans les ghettos urbains, soit dans les prisons, selon leur degré de dangerosité face à la « nécessaire » reproduction du système dominant. Cette tolérance signifie l’intégration des trafiquants au système.  Bien sûr des saisies «historiques » ont été annoncées par le gouvernement mexicain, comme quelques arrestations d’assez haut niveau; mais , le Mexique reste l’un des principaux centres mondiaux du narco-business. Et il est probable que,estimait l’observatoire géopolitique des drogues, que, production, trafic et blanchiment resteront indispensables à l’économie du pays et, impunité aidant, continueront à y financer des activités politiques, surtout à l’intérieur du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) au pouvoir depuis des dizaines d’années. Aucun changement de fond durant les deux dernières années: ni dans la contrebande de drogues en direction des États-Unis, qui se maintient à des niveaux extrêmement élevés; ni dans les liens organiques entre pouvoir politique et narcotrafic, ni dans la stratégie antidrogues mise en œuvre conjointement par Washington et Mexico qui, malgré quelques réformes, traverse une grave crise de crédibilité. 

Menaces sur la presse  Francisco Javier Ortíz Franco, éditorialiste de l’hebdomadaire Zeta, a été assassiné par une cellule du cartel de Tijuana. Les autorités judiciaires fédérales mexicaines, qui traitent les affaires liées au crime organisé, étaient sur la piste des trafiquants depuis le mois d’août 2004. Francisco Ortiz Franco a été assassiné le 22 juin 2004, devant ses deux enfants, alors qu’il s’apprêtait à rentrer chez lui. Il était connu pour ses articles et reportages sur la corruption et le narcotrafic.
Le 18 août 2004, lors d’une conférence de presse à Tijuana, le sous-procureur général de
la République, José Luis Vasconcelos, et le procureur général de Basse Californie, Antonio Martínez Luna, ont annoncé que l’assassinat du journaliste Ortiz Franco était imputable au cartel de la drogue des frères Arellano Félix. L’enquête a donc été confiée aux autorités judiciaires fédérales mexicaines qui traitent les affaires liées au crime organisé. Deux mois après la mort du journaliste, aucun suspect n’a été désigné par le parquet local. Le 22 juillet, l’hebdomadaire Zeta avait dressé une liste des personnes soupçonnées d’avoir « organisé ou ordonné l’assassinat d’Ortíz Franco », au sein de laquelle figurait Jorge Hank Rhon, élu le 1er août 2004 maire de Tijuana. Selon José Luis Vasconcelos, bien que la piste du narcotrafic soit privilégiée, l’élu reste suspect. .Le parquet de l’Etat enquête par ailleurs sur la possible implication d’agents de la police dans le meurtre du journaliste. Selon Jésus Blancornelas : « il existe encore au sein de la police de Tijuana des agents de police liés au Cartel Arellano Félix ou à d’autres narco-traficants ».
Depuis le meurtre de Francisco Javier Ortíz Franco, deux médias de Tijuana ont été menacés. Dans la nuit du 23 juin, le quotidien Frontera avait reçu des menaces de mort par téléphone. Le lendemain, l’hebdomadaire Cicuta recevait ce message:  » Vous êtes les prochains sur la liste. » 

HISTOIRE DE LA MAFIA AUX USA 

  Le terme de mafia italo-américaine est souvent utilisé pour désigner le crime organisé aux Etats-Unis. Or, Ies organisations criminelles basées aux États-Unis ne sont pas seulement composées d’Italiens, mais aussi d’Anglo-Saxons, d’Irlandais, de juifs d’Europe centrale et orientale, etc. Ceci étant dit,  les immigrés italiens, parmi eux des membres de
la Cosa Nostra, ont été le socle de ce qu’est aujourd’hui le crime organisé Nord-américain. La mafia italo-américaine se distingue des filiales d’autres mafias non originaires des États-Unis mais fortement implantées comme les triades chinoises, les yakuzas japonais, la mafia russe, etc.), par le fait qu’elle s’y est engendrée et développée: c’est une spécialité yankee, en quelque sorte.
 

Entre 1820 et 1930, plus de 4 millions d’Italiens émigrent vers le continent Nord-américain; 80% des 2.500.000 immigrants italiens arrivés aux États-Unis entre 1900 et 1910 viennent du Sud de l’Italie. Ils s’installent définitivement et se regroupent dans certains quartiers des grandes villes de l’Est, par régions de provenance, par villages, par clans fami­liaux, par rues, voire par immeubles selon les appartenances. Ceux qui sont anal­phabètes et isolés vivent dans des enclaves qui leur offrent chaleur, sécurité et possibilité de parler leur langue mais sont hors de l’Amérique. Ceux d’entre eux qui parlent suffisamment l’anglais pour communiquer avec l’extérieur servent d’intermédiaires, situation qui, selon Thierry Cretin, rappelle la féodalité des gabelotti de Sicile. Même si il n’y a pas d’installation délibérée de filiales mafieuses sur le sol des États-Unis, les Italiens du Sud ont gardé «un certain sens primitif de la mafia» comme état d’esprit. 
Dès les années 1820, une zone au Sud de Manhattan appelée Five Points (car cinq rues s’y rejoignaient), devient l’endroit le plus mal famé de New York, par sa concentration de repaires de brigands, de coupe-gorges et de maisons de passe. Au cours du XIXe siècle, les quartiers environnants sont un assemblage de taudis reliés par des rues boueuses dans lesquels les enfants d’immigrés, au lieu de rester dans des appartements trop exigus, apprennent la loi de la rue.
À partir des années 1870, les immigrants juifs et italiens arrivent en masse à New York et s’installent au Sud de Manhattan. La physionomie des gangs se modifiera en conséquence, les immigrés formant leurs propres gangs pour résister à ceux qui tenaient la place. Parallèlement, la mafia sicilienne s’installe vers les années 1890, avec l’arrivée du parrain Antonio Morello. Il s’associe avec un Sicilien immigré en 1898, Ignazio Saietta, surnommé Lupo -le loup – pour sa cruauté dans la pratique de l’extorsion envers ses concitoyens. 

La Mano Nera 
Vers la fin du 19ème siècle apparaît la « Mano Nera » (
la Main noire), forme embryonnaire d’organisation mafieuse qui a la haute main sur ses compatriotes. Ses activités sont l’extorsion, le contrôle du jeu, les trafics en tout genre (dont celui des stupéfiants), et elle solutionne ses problèmes par le meurtre.
Les ressentiments xénophobes anti-italiens s’avivent avec le développement du crime organisé sicilien, ce qui aboutit, en 1891, à l’un des lynchages les plus sanglants de l’histoire des États-Unis. Onze Italiens sont tués par une foule en colère, suite à l’assassinat non résolu du chef de la police, David Hennessey. La communauté italienne était pourtant la première victime de
la Mafia sicilienne dont certains membres pratiquaient l’extorsion à l’encontre de leurs compatriotes par des opérations signées par  une main noire dessinée sur les lettres de menaces adressées aux cibles du racket. Si la somme demandée n’était pas laissée sur le pas de la porte de la victime, celle-ci avait de grandes chances d’être assassinée.
Certains Siciliens immigrés étaient déjà affiliés à
la Cosa Nostra avant d’arriver et renouèrent, sur le sol américain, le même type de liens que ceux prévalant en Sicile. C’est à
La Nouvelle-Orléans que
la Mafia sicilienne s’implante pour la première fois aux États-Unis, avant d’essaimer dans les autres grandes villes à la fin du XIXe siècle. La presse locale fait état, dès 1869, de l’agissement de bandits, cambrioleurs ou faux-monnayeurs siciliens. Entre 1870 et 1890, la police de
La Nouvelle-Orléans impute plus d’une centaine de meurtres à
la Mafia sicilienne. À la fin du XIXe siècle, celle-ci domine les activités du port (rackettant les navires en transit) et le commerce des fruits et légumes. 

Big Jim Colosimo, proxénète et roi du jeu, patron de la pègre de Chicago, est une des stars du début du 20ième siècle à Chicago où il régnait sur un empire de plus de 200 lupanars. En 1909, Colosimo  collabore avec les « familles » criminelles de New York et Chicago. Mais il ne veut pas s’impliquer dans le trafic d’alcool lors de
la Prohibition et il sera assassiné en mai 1920, par un caïd de la mafia de New York. 

 

Prohibition 


 En 1919 est votée la loi Volstead qui interdit la production, la vente, le transport, l’importation et l’exportation mais pas la consommation d’alcool sur la totalité du territoire des États-Unis. Au cours de cette période de la prohibition (entre 1920 et 1933), le crime organisé va connaître un essor sans précédent: augmentation fulgurante de ses revenus, structuration quasi-industrielle vu le développement de ses activités, accroissement de  sa puissance et de son influence. Les gangs se ruent sur cette aubaine et unissent leurs efforts pour contourner la «Prohibition». Ils ouvrent des bars clandestins, importent du Canada, de Terre-Neuve et de Saint-Pierre-et-Miquelon de l’alcool de contrebande.
Les distilleries clandestines sont plus marginales: la mauvaise qualité de leur production posera des problèmes de santé à des milliers de consommateurs. Les gangs s’occupent de la distribution, des pots-de-vin distribués aux autorités locales et, si nécessaire, de l’élimination des groupes rivaux.
 L’impact de
la Prohibition sur le crime organisé sera fondamental: d’une part, elle implique des profits beaucoup plus importants et la création de groupes mieux organisés, et d’autre part, elle donne naissance à des carrières criminelles aux rôles prépondérants: Al Capone, Lucky Luciano, Frank Costello, Meyer Lansky, Bugsy Siegel, Dutch Schultz, Waxey Gordon, etc. 

Les années 30 
 Avec les années 1930, commence la restructuration des gangs par la violence. Les tenants d’une conception traditionnelle et la nouvelle génération s’opposent. De jeunes criminels décident l’élimination  des anciensqui se refusent à tirer profit de la drogue et de la prostitu­tion, activités jugées par eux indignes d’un homme d’honneur. 
Com­mence alors la guerre des Castellamarese. Brève mais violente, elle durera quelques mois. Le grand instigateur et bénéficiaire de ces liquidations est Lucky Luciano. Il met en place
la Cosa Nostra américaine en s’adaptant aux circonstances économiques et politiques. D’abord, il trouve de nouvelles sources de revenus car la «Prohibition» prend fin avec le 21eamendement (1933)et la crise économique de 1929 produit l’essentiel de ses effets, causes qui imposent aux gangs de renouer avec des activités classiques: jeu dans les casinos avec les machines, prostitution remise au goût du jour par l’usage du télé­phone qui lance ainsi les premiers réseaux de call-girls, racket des syndicats (dockers et transporteurs), et enfin  trafic de stupéfiants.
La nature des rapports entre gangsters change, les relations personnelles, fami­liales ou locales  laissent place à un type de relations américani­sées, axées uniquement sur l’enrichissement.
Les descendants d’immigrants de la première génération ont atteint par leurs étu­des des postes de responsabilité: juges, avocats, policiers, procu­reurs, etc. C’est parfois utile. L’approche des personnalités politi­ques, voire la corruption deviennent des méthodes de travail normales; en homme clairvoyant, Luciano investit dans les mon­danités et l’influence. II joue au golf, fréquente les hippodromes, soutient le gouverneur démocrate Al Smith aux élections présiden­tielles de 1929. Les mafieux exportent les nouvelles métho­des. Meyer Lansky se rend à
la Havane et prend un arrangement avec le dictateur Battista. Contre 3 millions de dollars versés chaque année sur un compte en Suisse, le dictateur laisse les mains libres à Luciano et Lansky.
La Havane devient un immense casino, un site de villégiature pour les Américains fortunés. Bugsy Siegel lance Las Vegas; à la demande de Luciano, il investit aussi Hollywood en menant de front une vie mondaine active et visible avec les plus grands noms du show-business et la prise en main des syndicats d’acteurs et de techniciens afin de racketter les grandes firmes cinématographi­ques en les menaçant de déclencher des grèves intempestives et donc ruineuses. 

Il est alors convenu qu’aucun chef mafieux ne doit dominer l’ensemble du crime organisé, mais qu’il y aura une forme de direction collective. Les nouvelles règles impliquent le respect de l’autonomie et du territoire de chaque groupe local ou la recherche de la collaboration plutôt que de l’affrontement, le règlement des litiges importants par le biais des responsables de ce syndicat du crime, qui doit permettre de « réguler » collégialement les activités les plus lucratives (jeux, trafics, prostitution, rackets). Par ailleurs, il sera mis en place un système de fonds communs (né de l’association entre Lucky Luciano, Meyer Lansky et Frank Costello) destiné à payer des pots-de-vin aux autorités et à financer les investissements spéciaux.  À la fin de
la Prohibition, en 1933, la direction de ce syndicat, sorte de conseil d’administration du crime organisé, comprenait sept membres permanents (les Big Seven). Dans le même temps,
la Commission met en place une branche chargée de l’exécution, après délibération des chefs mafieux, des membres du crime organisé coupables de manquements ou considérés comme non fiables. Connue sous le nom de Murder Incorporated, cette équipe de tueurs, opérationnelle sur tout le territoire américain, sera dirigée par Lepke Buchalter, avec l’aide d’Albert Anastasia et Bugsy Siegel. 

Mais Franklin Roosevelt, fraîchement élu,  souhaite faire tomber ces gangsters trop arrogants. Le procureur T.E. Dewey monte un dossier de proxénétisme contre Luciano et, le 18 juin 1936, obtient une peine de trente à cinquante ans de prison. 
 

Seconde guerre mondiale 


A l’entrée en guerre des États-Unis, les ports d’où partent vers l’Europe le matériel et l’armement nécessaires aux combats deviennent des zones sensibles. La surveillance des ports n’est pas chose facile sans l’aide des dockers placés sous influence mafieuse. Les lieutenants de Luciano, contrôlent le syndicat des dockers et font savoir aux autorités que rien d’efficace ne peut se faire en matière de surveillance sans l’accord préalable de leur chef. Le « Normandie » paquebot français en cours de transformation à des fins militaires, est saboté et ravagé par un incendie le 9 février 1942.  A partir de cet incident, les dockers aident à la surveillance des quais sur instruction de Luciano.
Durant la période fasciste, Mussolini a mené une guerre violente contre la mafia. En 1943, afin de préparer le débarquement allié, les réseaux mafieux siciliens ont été réactivés depuis les Etats-Unis par Lucky Luciano, à la demande des USA.
La Mafia s’étendra alors rapidement dans le sillage de la progression alliée et s’affirmera comme force de l’ombre lors de la restauration de l’Etat italien après la guerre. En contrepartie de son «aide» à la défense du pays et des interventions faites pour faciliter le débarquement des troupes alliées en Sicile en 1943, Luciano est libéré en 1946 et expulsé en Italie où il contribuera à redonner vigueur à la vieille Cosa Nostra de Sicile. Il mourra le 27 juillet 1963 d’une crise cardiaque. 

LA MAFIA AUX USA : ACTUALITES 

Aujourd’hui ,
la Cosa Nostra américaine n’a plus grand-chose à voir avec son passé mythique: les costumes rayés, le trafic d’alcool, les mitraillettes Thompson , etc…., tout cela est un peu dépassé. Les familles ont certes rencontré de sérieuses difficultés; mais les mafias ont une forte capacité d’adaptation quand les choses vont mal: renforcement de la clandestinité,  recours aux contre-filatures, utilisation de nom de code, etc…  L’acharnement médiatique à annoncer leur fin amuse plutôt les mafieux, mais il endort en revanche l’opinion et amoindrit la vigilance des policiers.
 

Aujourd’hui,
La Cosa Nostra américaine intervient dans l’extorsion de fonds, la drogue, la fraude financière au sens le plus large, le prêt usuraire, le piratage des marchés publics, la prostitution et la pornographie, le trafic de stupéfiants (héroïne, amphétamines; peu de cocaïne), les prêts à taux usuraires, le racket, les jeux d’argent illicites (paris illégaux sur des événements sportifs, vidéo-pokers, loteries clandestines) etc.
 
Elle excelle et sévit également dans l’escroquerie aux assurances sociales et de santé, l’escroquerie aux télécommunications (dans le domaine du porno notamment, les facturations frauduleuses de centaines de millions de dollars par le truchement d’abonnements ou de connexions au téléphone ou à Internet), les escroqueries boursières énormes (« Mob on Wall Street ») par le biais de l’infiltration de mafieux dans des sociétés de bourse, les vols d’identité, la criminalité informatique, les escroqueries aux taxes sur les carburants, etc. 
Vers 1995, Richard Martino, de la « famille » Gambino, avait ainsi monté une énorme escroquerie concernant les services en ligne (téléphone ou Internet). Il s’agissait de pornographie téléphonique (« sex hotlines »), ou par Internet. Des comparses rachetaient des sociétés de téléphonie fixe rurales (Garden City, Missouri; Overland, Kansas, etc.) et inondaient la presse d’annonces promettant l’accès gratuit aux « sex hotlines » ou sites porno. Le gogo appelait, et on lui facturait : qui allait porter plainte pour 50 ou 100 dollars, et pour un tel appel? Butin pour les Gambino: au minimum 100 millions de dollars – qui sont un enfantillage auprès de l’escroquerie Internet. L’accès au site porno était certes gratuit  mais le surfeur devait présenter sa carte de crédit, et on lui  jurait  qu’elle ne serait pas débitée. La carte était bien sûr débitée de 50 à 100 dollars – et retour au schéma précédent. Les experts du FBI estiment pour l’instant à 750 millions de dollars un préjudice dans doute bien pire. C’est d’ores et déjà la fraude la plus énorme de l’histoire des Etats-Unis… Les sommes ainsi obtenues étaient telles qu’elles ont permis à des mafieux de s’offrir une petite banque rurale (à Garden City, Missouri), achetée trois millions de dollars, en vue d’escroqueries ultérieures… 

La musique et le « show-business »  Le contrôle d’Hollywood fut instauré à partir de la fin des années 1930 par Benjamin Bugsy Siegel, introduit dans le milieu du cinéma par des acteurs dont il devint l’ami, tels que George Raft, Jean Harlow, Clark Gable ou Cary Grant. Siegel avait mis en place un système de racket des producteurs, en prenant le contrôle des syndicats des figurants et des techniciens (décorateurs, preneurs de son, monteurs, etc.), qui pouvaient à tout moment bloquer la production d’un film.
  
Deux activités sont au départ proscrites aux mafieux en Sicile. Elles se sont largement développées aux États-Unis, notamment le porno. Après la mise sous contrôle d’Hollywood, la mafia sait que l’industrie du sexe par ses films et ses filles est un bizness plus que lucratif. Aujourd’hui certains chefs dirigent aussi par le biais d’intermédiaires mafieux (dans un souci de discrétion) des agences de prostitution de luxe, où coucher avec une fille coûte au minimum 5.000 dollars.
  
La musique et le spectacle forment une part importante de la « nouvelle économie ». Or, rares sont ceux qui soupçonnent l’influence persistante de la mafia sur ce monde trouble, comme celui de la populaire et lucrative musique rap, dont un des hommes clés est Sonny Franzese chef d’équipe de la « famille » Colombo et mafieux emblématique: derrière la frime et les « attitudes », se dégage la véritable hiérarchie criminelle de l’Amérique d’aujourd’hui. On croit que les rappers dirigent leur propre business: c’est faux. Pour Xavier Raufer, tous les rappers de l’industrie musicale paient tribut à des mafieux.
  
Dans les syndicats de travailleurs
  
Une des spécialités de la mafia italo-américaine est le racket des syndicats de salariés: escroqueries aux dépens des fonds de pension ou des fonds sociaux, fausses factures et notes de frais, emplois fictifs, détournements de fonds, pillages de mutuelles, chantages à la grève aux dépens d’entreprises, etc. Les professions touchées par ce contrôle mafieux relèvent de la  construction, de la démolition, de l’élimination de l’amiante, des transports routiers, du traitement des ordures et des déchets toxiques, des ports, docks et aéroports: autant de secteurs qui peuvent s’avérer lucratifs.
  
Le contrôle de secteurs entiers du monde syndical  n’est pas à proprement parler une activité irrégulière, mais permet d’user de précieux leviers pour racketter les entreprises par la menace de grève ou de ralentissement d’une chaîne de production. Sont notamment sous influence mafieuse les syndicats d’employés de l’hôtellerie et de la restauration, de dockers, de transporteurs routiers mais aussi les branches économiques du bâtiment et des travaux publics, du ramassage des ordures et des déchets urbains, du transport maritime, de la distribution de carburant, des courses de chevaux, du show-business et du spectacle. Les profits accumulés par les familles mafieuses leur  permettent également d’investir dans les entreprises légales. 

Les familles Genovese et Gambino ont par exemple racketté la sphère de la construction immobilière au cours des années 1980. Elles ont joué sur des leviers qu’elles maîtrisaient bien en faisant peser le «risque» d’une grève, d’une panne ou d’un accident empêchant l’arrivée du béton jusqu’au chantier, mettant l’entrepreneur en situation de ne pouvoir respecter les délais et les conditions du contrat et, donc, d’être placé en faillite. Les entrepreneurs n’ont pas le choix d’autant plus que le système est savamment élaboré dès sa source. Par la violence, le sabotage de chantiers, le contrôle de syndicats ou d’agences de main-d’oeuvre, et la corruption, les familles sélectionnaient une entreprise ayant leur faveur (qui doit leur reverser un certain pourcentage de ses gains) puis contraignaient les autres candidats à faire des offres supérieures.
 
En avril 2004, une enquête a révélé que la section de New York du syndicat des ouvriers du bâtiment « Operative plasterers and masons union » (maçons, plâtriers, couvreurs,…) est en réalité contrôlée, depuis 25 ans et plus, par trois puissants capos de la « famille » Genovese.  Rien n’a changé depuis 1954, quand sortit le célèbre film « On the waterfront » (Sur les quais) où Marlon Brando incarnait un docker honnête combattant la mafia… 
A New York toujours, on a découvert que l’union syndicale locale des poseurs de faux-plafonds et spécialistes de l’étanchéité « United union of roofers, waterproofers and allied workers » (crucial pour les immeubles de grande hauteur ou les tours de bureaux…), était contrôlée par les inévitables John Barbato et Venero Mangano, de la « famille » Genovese. Le FBI a aussi révélé que la « Metropolitan Transportation Authority », équivalent de
la RATP parisienne, a vu exploser le budget des travaux de son nouveau siège. Là, c’est la « famille » Gambino, associée à des « syndicalistes » de
la LIUNA (Laborers International Union of North America, manoeuvres, main d’oeuvre non qualifiée, etc.) qui a prélevé, pour l’instant, 10 millions de dollars. 

L’un des syndicats les plus infiltrés par la mafia est celui des Teamsters (camionneurs, conducteurs, livreurs, coursiers, etc.). Régulièrement, les autorités fédérales ont exigé de ce syndicat fort trouble des enquêtes internes anti-mafia. Or en 2004, Carlow Scalf, secrétaire exécutif (n°2 du syndicat) a  étouffé l’enquête sur la section de Chicago des Teamsters, si efficacement que l’équipe de contrôle interne anti-mafia du syndicat a démissionné en groupe.
  
Marchés publics
  
En 2004, deux affaires mafieuses importantes ont défrayé la chronique à Chicago. Depuis vingt ans, la municipalité utilise une flotte de camions, autocars, etc., loués à des sous-traitants privés. Budget annuel: 40 millions de dollars. Les sous-traitants favoris de la mairie sont tous membres du directoire de la « famille » de Chicago. 
La ville de New York produit chaque jour 25.000 tonnes de déchets. Les services municipaux collectent les ordures des particuliers; celles des bureaux, des industries, du commerce, de la restauration, le sont par des sociétés privées. Cosa Nostra contrôle en partie ce marché grâce à l’emprise qu’elle exerce sur l’ «Association of Trade Removers of Greater New York», à ses liens privilégiés avec le syndicat du personnel de ramassage, et à la corruption sur les élus municipaux. Tout cela profite aux familles mafieuses de New York puisque le mètre cube de déchets ramassé y coûte quatre fois et demi ce qu’il coûte à Los Angeles et presque trois fois et demi ce qu’il coûte à Chicago.
  
Conclusion
  
 Aux USA, la mafia subtilise chaque année des milliards de dollars  au préjudice de l’Etat fédéral et d’entreprises diverses. Ses structures, hiérarchies, règles et principes confèrent à la mafia la capacité de se régénérer. Cosa Nostra dispose de structures solides permettant aux groupes nouveaux d’infiltrer certains secteurs; ils voient donc leurs profits augmenter en s’associant à Cosa Nostra, qui  sous-traite le racket, les assassinats et le trafic de stupéfiants à des groupes nouveaux: les deux parties y gagnent. Les groupes nouveaux prospèrent en fournissant Cosa Nostra et cette dernière dispose de moyens sinon hors de sa portée ». En témoigne l’alliance entre la « famille » de Philadelphie et le club de motards criminalisés « Hells Angels » local, dans le trafic de stupéfiants chimiques (amphétamines), les gangs de rue, les motards criminalisés, les bandes ethniques¼ 
Pour Xavier Raufer,  l’hédonisme américain rend improbable l’élimination de la mafia. L’organisation maîtrise aussi les techniques de contre-ingérence informatique, ce qui pose de graves problèmes aux officiels. Les opportunités criminelles abondent pour les mafieux du fait d’une demande constante dans le domaine du vice, ou de la vulnérabilité des victimes. Et nombreux sont ceux qui frappent à la porte. Ainsi, à long terme, il y a fort à parier que la société américaine aura le plus grand mal à l’emporter sur sa Cosa Nostra . 


 
    

Les mafias, grave facteur de risque financier Publié dans « Défense Nationale et sécurité collective« ,
Supplément au N°3, mars 2005
La littérature portant sur l’argent criminel répond d’abord aux besoins du monde financier. Ces textes exposent les techniques de blanchiment connues des experts, les failles permettant aux narco-devises d’infiltrer la finance légitime. Comment on blanchit l’argent est ainsi, légitimement, le sujet d’intérêt majeur des financiers. Qui sont les blanchisseurs semble en revanche les soucier bien moins. Au-delà de considérations moralisantes, on ne trouve en fait rien dans ces textes qui dépeigne en profondeur la nature et l’activité des acteurs du blanchiment. Or répondre à la question « qui sont les blanchisseurs et que font-ils vraiment ? » est l’amorce cruciale de toute lutte anti-blanchiment. Aussi décisive que le diagnostic médical devant la maladie, elle seule permet de comprendre précocement, à temps, l’action même de blanchir. L’éluder condamne à la réaction tardive – donc à la proverbiale « guerre de retard ». Car en matière de lutte anti-terroriste et anti-criminelle, l’avenir est au décèlement précoce, doctrine analogue à la médecine préventive. Agissant tôt, moins délabrante et moins chère, celle-ci est au total plus efficace que la médecine curative. Nous sommes face à un changement de paradigme – de la « logique de compilation » de
la Guerre froide au décèlement précoce : pourquoi ? Depuis leur surgissement à la fin du XIX° siècle, on étudiait le terrorisme et la criminalité organisée dans un champ conceptuel étroit. Le terrorisme était considéré comme un phénomène isolé, restreint et finalement, mesurable et maîtrisable. La vieille criminologie faisait du crime un phénomène individuel, psychologiquement ou sociologiquement explicable – voire excusable. Or depuis l’abolition de l’ordre bipolaire du monde, le terrorisme comme le crime organisé ont connu une mutation, une mondialisation, des hybridations telles, qu’ils débordent largement du cadre étriqué, statique et rétrospectif où naguère, on les étudiait. Le champ plus vaste des menaces, criminelles ou terroristes, pesant sur la société humaine depuis l’abolition de l’ordre bipolaire ; une approche dynamique, géopolitique et anticipative forment désormais le cadre conceptuel le plus apte à cerner ces menaces, à les penser. Dans ce contexte nouveau, la lutte contre le blanchiment d’argent passe forcément d’une logique réactive à une posture pro-active. La connaissance experte du blanchisseur (« connais ton ennemi »), la « micro-économie criminelle », deviennent ici les facteurs décisifs.

Ainsi donc, qui blanchit ? Pensons par catégories. Pour l’essentiel, les immenses montants en cause (même s’ils ne sont qu’estimés) sont blanchis par de grandes entités criminelles transnationales. Première indication forte : dans son sens classique1, le blanchiment d’argent est surtout le fait du crime organisé. Comparées aux profits du seul narcotrafic, les sommes brassées par les criminels « en col blanc », politiciens et fonctionnaires corrompus, etc., sont insignifiantes. Ne prenons ici qu’un récent exemple : ± 10 tonnes d’héroïne traversent chaque mois une « Route des Balkans » qui va d’Istanbul aux portes de l’Union Européenne2. Là-dessus, chaque tonne vendue en gros par les mafieux rapporte un profit net minimum de 50 millions de dollars3. Or le trafic d’héroïne est loin d’être le seul trafic de drogue (cocaïne, amphétamines, ecstasy, cannabis, etc.). Et les grandes entités criminelles, s’enrichissent aussi formidablement par le piratage de marchés publics, les trafics d’êtres humains, d’armes de guerre illégales et d’oeuvres d’art, la contrefaçon, la contrebande, etc.Mais les terroristes ? Oublions-les ici. Les rapports entre argent et terrorisme sont tels qu’ils méritent une étude particulière – ne serait-ce que pour lever la confusion semée par des « experts » américains, depuis le 11 septembre 2001. D’abord, les terroristes ne « blanchissent » pas de « l’argent criminel ». Au contraire « noircissent »-t-ils, usent-ils à des fins criminelles (attentats, etc.), de l’argent honnête, provenant de cotisations, quêtes, aumônes, dons volontaires, etc. Ensuite, et à l’inverse des sommes immenses générées par le crime organisé, les sommes « noircies » par les terroristes sont infimes. Pour un expert financier de
la Préfecture de police de Paris, la campagne de bombes du Groupe Islamique Armé algérien, durant l’été 1995 à Paris, a coûté moins de 100 000 Francs français et la bombe qui ravagea la station de métro Saint-Michel… 680 Francs

4. Et l’on sait maintenant que les préparatifs et l’exécution du « 9/11″ (à New York et Washington) ont coûté moins de 500 000 dollars US. Ainsi donc, l’argent sale ne provient-il pour l’essentiel, ni des terroristes, ni des éléments dévoyés de la société civile. Le gros de l’argent blanchi dans le monde l’est par le crime organisé, qui le réinjecte, ou le fait réinjecter par des complices, dans l’économie légitime, pour en jouir ensuite sans entraves ni risques. Au premier rang de ces acteurs essentiels du blanchiment, les mafias, qui forment – osons dire l’aristocratie – du crime organisé, au double sens d’une « élite » criminelle, et d’une société durable, enracinée et collectivement douée de stabilité.

Lutter efficacement contre le blanchiment d’argent sale impose donc de connaître ces grandes entités criminelles, d’étudier leurs techniques, méthodes et « trucs » pour gagner, puis pour manipuler, « lessiver » et enfin récupérer l’argent criminel. A priori c’est simple : nombre de documents sérieux et probants (judiciaires, policiers, académiques et journalistiques) existent sur des mafias ; bien des « repentis » en ont révélé les rouages et les criminologues les connaissent bien mieux que jadis. Cependant, le monde financier tend encore à éluder l’étape cruciale de « connais ton ennemi ». Or cette timidité, cette négligence, même, les financiers n’en sont pas directement coupables. Avant d’arriver à eux, les réalités criminelles traversent en effet le filtre médiatique, et c’est l’effet asthénique de ce filtre qu’il nous faut d’abord expliquer.

Mafias : l’idée fixe des médias

Les médias nationaux (grands quotidiens, newsmagazines, etc.) n’écrivent en fait qu’un seul et sempiternel article sur les mafias. En dépit de tout ce que savent et peuvent prouver les experts judiciaires, académiques et policiers : année après année, la « ligne du parti » médiatique est que la mafia agonise et disparaîtra sous peu. Et cet article-type porte toujours le même titre : « Le dernier parrain ». Pour la mafia italo-américaine, le « New York Times » nous fait régulièrement, depuis 1930, le coup du « dernier parrain ». Le 29 mars 2004 encore, le newsmagazine « Time » reprend la rengaine en couverture. Cette semaine-là, Joseph « Big Joe » Massino, chef de la « famille » Bonanno de la mafia de New York, est condamné à la prison à vie. Sous le titre « The last Don », sept pages glosent sur la pente fatale d’une « famille » Bonanno vouée à disparaître, comme bien sûr les quatre autres « familles » mafieuses de la ville. Le 23 novembre 2004 « Le Monde » consacre au « parrain » marseillais présumé « Jacky Le Mat » une enquête d’une page. Son titre ? « Le dernier caïd », bien sûr…

Or de tels avatars, la « famille » Bonanno (qui existe continûment depuis les années 1920) en a connu cent autres en soixante-dix ans – et elle vit toujours. Dans l’entreprise criminelle continue, la disparition du chef n’est qu’une péripétie. Preuve : le jour même où Massino est condamné, Little Italy connaît déjà son successeur  ! Vincent « Vinnie Gorgeous » Basciano, capo de la section du Bronx de la « famille » Bonanno, a été illico nommé chef-remplaçant, le « business criminel » continuant sous sa direction5.Les « familles » de New York maintenant : une note du FBI (mars 2004), fort accessible à « Time », souligne que les membres initiés des cinq familles étaient 570 en janvier 2001 … et 650 en janvier 2004. En 2003, ces cinq familles ont initié 94 nouveaux « soldats »6. Curieuse « agonie » … Or si l’acharnement médiatique à clamer leur décès amuse plutôt les mafieux, il endort en revanche l’opinion et amoindrit la vigilance des policiers : pourquoi craindre un mafieux si c’est « le dernier » ? Pourquoi se soucier d’une entité criminelle à l’agonie ? Pourquoi instaurer des protections coûteuses face à un péril sans lendemain ?

Permanence et endurance, caractéristiques majeures des mafias

Nous prendrons nos exemples concrets dans la mafia italo-américaine. Voici pourquoi :

- Dans une société policée comme l’Américaine, la mafia subtilise chaque année des milliards de dollars – plus de 700 millions en une seule malversation (voir ci-après) au préjudice de l’Etat fédéral et d’entreprises diverses,

- C’est sur la mafia italo-américaine que courent les idées les plus sottes, les lieux communs les plus absurdes. La rétablir dans sa réalité actuelle nous a semblé oeuvre de salubrité criminologique,

- C’est à Chicago, vers 1925, qu’émerge la menace d’une infiltration massive d’argent mafieux dans l’économie. Depuis, les Etats-Unis disposent de lois anti-blanchiment strictes. Qui peut le plus, peut le moins : exposer comment cette mafia évolue dans ce système plutôt sévère montrera au lecteur que d’autres profitent mieux encore de systèmes laxistes, voire complices. 

·  La « famille » Marcello, 144 ans et encore en forme Le 22 juin 1861, le journal « The True Delta » de
la Nouvelle Orléans écrit : « de récents faits ont persuadé la police locale qu’un groupe organisé (…) de bandits et de cambrioleurs siciliens domine désormais le second et le troisième district {de la ville} ». Le 19 mars 1869, le « New Orleans Times « renchérit » Le second district {de la ville} est infesté d’assassins, de faux-monnayeurs et de cambrioleurs siciliens qui ont récemment constitué une sorte de partenariat ou de société pour piller la ville et y semer le désordre ». En mai 1891, la « American Law Review » souligne que « pour le consul d’Italie Pasquale Conte, la seule Nouvelle Orléans, compte à la fin des années 1880 une centaine de criminels italiens fugitifs, tous migrants illégaux, beaucoup ayant été ensuite naturalisés ». Conclusion
7
 : « La mafia devint l’élément criminel italien dominant, non seulement à
la Nouvelle Orléans, mais ailleurs aussi aux Etats-Unis, car, de leur fief de la métropole louisianaise, les mafieux établirent sans tarder des filiales à New York, San Francisco, Chicago… ». Or en 2005, cent quarante-quatre ans après son apparition en juin 1861, la famille mafieuse de
la Nouvelle Orléans (« famille » Marcello) existe toujours. Malgré un siècle d’ »éradications » d’enterrements médiatiques et de « derniers parrains », elle est active, quoique discrète. 

·  La « famille » de Scranton réapparaît, après 40 ans d’occultation8 Autre art mafieux, celui de « disparaître ». Témoin, la « famille » d’une conurbation des confins de
la Pennsylvanie et de l’Etat de New York, Scranton-Wilkes-Barre. Fondée vers 1880 par deux Siciliens, longtemps liée à celles de Philadelphie et de Buffalo, la « famille » de Scranton devient, malgré elle, célèbre en 1957 : son chef d’alors, Joseph M. Barbara, organise chez lui la fameuse convention mafieuse d’Apalachin (NY). Surpris par la police, ce « sommet » de quelque soixante capi démontre alors à l’Amérique que la mafia n’est pas une légende sicilienne, mais une redoutable réalité criminelle. Sur le champ, la « famille » de Scranton disparaît. Nul n’entend plus parler d’elle. FBI, experts divers : tous les recensements ultérieurs de familles mafieuses la disent morte. Mais en 2004, un certain Billy D’Elia, de Scranton, est surpris à discuter avec Joseph « Uncle Joe » Ligambi, chef de la « famille » de Philadelphie. Le FBI cible alors ce très visible M. D’Elia, (2 mètres, 150 kilos) : c’est le chef d’une « famille » de Scranton vivace et active, après avoir prospéré trente ans durant sous la direction de Russel Bufalino (1960-1990). D’abord chef-adjoint de la « famille ») D’Elia lui a succédé en 1996. 
·  Encore et toujours, des liens entre Cosa Nostra des Etats-Unis et de Sicile De même que nombre d’experts disaient la « famille » de Scranton disparue, l’idée reçue était, voici peu, que tout lien était coupé entre la mafia d’origine, Cosa Nostra de Sicile, et les « cousins » de Cosa Nostra des Etats-Unis9. Or l’important repenti sicilien Antonino Giuffre révèle récemment qu’au contraire, les « familles » américaines recrutent des mafieux siciliens pour muscler leurs équipes et éduquer leurs « soldats » au règles mafieuses, Omertà, etc. Les « familles » américaines envoient en retour leurs « novices » en stage en Sicile, pour y apprendre la « culture mafieuse » authentique. 

·  Une enquête exemplaire au New Jersey en mai 2004En mai 2004, une commission officielle de l’Etat du New Jersey publie une étude de 180 pages intitulée « State of New Jersey Commission of Investigation – The changing face of organized crime in New Jersey – A status report »10. Pourquoi ce rapport ? Parce que l’Etat du New Jersey est, depuis un siècle, le plus gangrené par la mafia, et que son parlement a exigé de l’exécutif de l’Etat qu’il l’informe régulièrement sur l’étendue du problème mafieux et de ses évolutions (positives ou négatives). Ce, dans l’Etat et au-delà, en Amérique du Nord. Récent, documenté, d’une froide objectivité, ce rapport est une vivante radiographie du phénomène mafieux aux Etats-Unis ; ce qu’on y lit diffère grandement des clichés véhiculés d’ordinaire par les médias. [texte inédit en français et traduit par l'auteur]

D’abord, une sèche réfutation des clichés type « dernier parrain » :

[Citation du texte du rapport] « Un nombre élevé de « soldats » et associés de Cosa Nostra sont incarcérés mais, contrairement à ce que ressassent les médias [souligné par l'auteur], le poids effectif de la mafia est aujourd’hui analogue à ce qu’il était voici une douzaine d’années ». Mieux même, si la mafia terrifie l’opinion sicilienne, aux Etats-Unis, elle la fascine : [témoignage devant la commission du mafieux repenti Ronald Previte, de la « famille » de Philadelphie] « Voici dix ans, je vais à Trenton avec M. Stanfa [alors chef de la « famille » de Philadelphie] pour témoigner devant
la Cour de l’Etat. Quand on arrive, il y a des caméras de la télé partout et le soir même, on nous voit aux actualités télévisées. Dès lors, tout le monde sait qui je suis vraiment… Or après que mon état [de mafieux] éclate à la télé, mon revenu [criminel] triple  ! Vous pigez ? Les gens vous voient à la télé et après… Ouah  ! Fréquenter un dur… Alors oui, c’est vrai, les médias génèrent cet effet-là. Ils m’ont bien aidé à me faire du fric. »

Les points saillants du rapport : Aujourd’hui, singularité unique, Cosa Nostra persévère dans le racket syndical et infiltre nombre d’entreprises – voire des professions entières ; elle peut toujours se régénérer ; l’hédonisme américain rend son élimination improbable ; Cosa Nostra a su trouver des alliés nouveaux : street gangs, motards criminalisés, bandes ethniques. Enfin, Cosa Nostra maîtrise les techniques de contre-ingérence informatique, ce qui pose de graves problème aux officiels. Conclusion : [Compte-rendu de
la Commission
] « Les opportunités criminelles abondent [pour les mafieux] du fait d’une demande constante dans le domaine du vice, ou de la vulnérabilité des victimes. Et nombreux sont ceux qui frappent à la porte de ce club criminel [la mafia]. Ainsi, à long terme, la société a le plus grand mal à l’emporter sur Cosa Nostra ». 

·  Racket des syndicats de salariés – [US Deparment of Labor, James Vanderberg, Newark office of labor racketeering and fraud investigations] « A l’échelle nationale comme dans le New Jersey, Cosa Nostra est encore très présente dans le monde syndical. Le racket des syndicats procure encore aujourd’hui des revenus importants à Cosa Nostra. Les extorsions mafieuses visant les syndicats peuvent affecter l’ensemble [souligné par nos soins, NDL'A] des ± 800 000 syndiqués du New Jersey ». ·  Un système mafieux bien huilé : [NJ Organized Crime Division – Mark W. Rufolo] « Les structures et la conception hiérarchique du crime organisé [la mafia] ont assuré sa survie pendant sept décennies… Ces structures, hiérarchies, règles et principes confèrent [à la mafia] la capacité de se régénérer. C’est une organisation vraiment ingénieuse… ». [Supervisory Special Agent James E. Furry, FBI Newark division] « Partir en prison se dit pour eux « aller à l’école ». Ils y voient d’autres criminels ; ils y apprennent les dernières escroqueries, les derniers coups du Milieu. A leur libération, ils sont plus « professionnels » encore. Et quand ils sont en prison, leurs « familles » recrutent des nouveaux. Quand les vieux meurent, les familles se régénèrent en « ouvrant les livres », en initiant de nouveaux « soldats ». Il ne manque pas d’individus pour vouloir rejoindre Cosa Nostra. Donc je ne la vois pas [la mafia] s’affaiblir. C’est un système cyclique : là, ils sont sans doute en rénovation « …. « Les groupes [mafieux] doués consolident leur pouvoir et leur puissance ; les routiniers, malchanceux ou maladroits sont arrêtés et libèrent des zones d’activité criminelle où les plus forts s’installent ».

[Compte-rendu de
la Commission
] « Les ressources des forces de répression sont sérieusement ponctionnées par la lutte antiterroriste… Un cercle vicieux peut s’enclencher, où l’usage prioritaire de moyens sophistiqués et coûteux contre certains criminels offre en fait aux autres criminels de nouvelles opportunités d’expansion ».

[Compte-rendu de
la Commission
] « A des degrés divers chaque groupe [mafieux] continue à recruter des membres et des associés, et une nouvelle génération de chefs est en train d’émerger »…

Evolutions récentes du système mafieux :

Complicités nouvelles : « Cosa Nostra dispose de structures solides permettant aux groupes nouveaux d’infiltrer certains secteurs ; ils voient donc leurs profits augmenter en s’associant à Cosa Nostra. De son côté, Cosa Nostra sous-traite le racket, les assassinats et le trafic de stupéfiants à des groupes nouveaux : ainsi, les deux parties y gagnent. Les groupes nouveaux prospèrent en fournissant Cosa Nostra et cette dernière dispose de moyens sinon hors de sa portée ». [Exemple, l’alliance entre la « famille » de Philadelphie et le club de motards criminalisés « Hells Angels » local, dans le trafic de stupéfiants chimiques (amphétamines)].

Contre-ingérence : « On constate l’acquisition par certains experts dévoués à Cosa Nostra de matériel sophistiqué permettant de brouiller et coder ses communications et courriers électroniques ; or une grande part des éléments probants produits par la justice [américaine] provient de l’interception de tels courriers et communications ». 

·  Aujourd’hui encore, Cosa Nostra toujours active aux Etats-Unis  

Les « familles » de New York et Etats avoisinants11Originalement familles mafieuses « de New York », ou « du New Jersey », ces sept familles occupent désormais une aire criminelle s’étendant (au sud) de Philadelphie au New Jersey à la métropole new yorkaise ; et (au nord) du Connecticut et Rhode Island jusqu’au sud du Massachusets, « frontière » du territoire de la « famille » de
la Nouvelle-Angleterre (« capitale », Boston). Ces « familles » possèdent aussi des « colonies » ou filiales en Floride, en Californie et au Nevada (Las Vegas, etc.). Famille Bonanno (NYC) – frappée par la répression, la « famille » compte encore 130 « soldats » et 15 « chef d’équipes » (cadres), identifiés par le FBI. [
Compte-rendu de
la Commission
] « Malgré la décimation de nombre de ses cadres et dirigeants, les postes hiérarchiques [de la « famille »] continuent d’être attribués et occupés, et ses clients maintiennent leur confiance à cette société criminelle ». Une décimation relative, puis que la « famille » comptait 85 « soldats » connus en janvier 2001… et 130 à l’été 2004. Chef-lieutenant : Vincent « Vinnie Gorgeous » Basciano, capo de la section du Bronx de la « famille » ; sous-chef : Anthony « Tony Green » Urso.
Famille Colombo (NYC) – frappée par la répression. De 110 à 120 « soldats » et cadres ; ± 500 associés [complices criminels d’origine non italienne, ne pouvant donc être initiés dans la « famille » proprement dite]. Sous-chef : John « Jackie » DeRoss ; sous-chef-lieutenant : Thomas « Tommy Bop » Gieoli.

Famille Gambino (NYC) – puissance criminelle toujours redoutable : de 150 à 200 « soldats » et cadres ; de 1 500 à 2 000 associés ; une vingtaine d’équipes (« crews ») dont la moitié affaiblie par la répression ; chef-lieutenant : Arnold « Zeke » Squitieri, consigliere : Joseph Arcuri, Joseph « Jojo » Corozzo.

Famille Genovese (NYC) – la plus puissante et très secrète. De 250 à 300 « soldats » et cadres ; un millier d’associés. Figure tutélaire, Michael J. Generoso (86 ans) ; chef-lieutenant, Mario R. Gigante (frère du chef, en prison jusqu’en 2010) ; sous-chef : Venero « Benny Eggs » Mangano ; consigliere : Lawrence « Larry Fab’ » Dentico ; chef des équipes de rue ( » street boss « ) : John « Johnny Sausage » Barbato.

Famille Lucchese (NYC) – affaiblie, en reconstitution ; de 110 à 140 « soldats » et cadres; de 1 000 à 1 200 associés. Chef-lieutenant : Joseph « Joe » DeFede ; sous-chef : Joseph « Joe C. » Caridi.

Famille DeCavalcante (NJ) – famille indigène du New Jersey ; après les Marcello (Nouvelle Orléans), la plus ancienne du pays : 85 ans d’existence continue ; ± 50 « soldats » et cadres, une cinquantaine d’associés ; chef-lieutenant : Joseph Miranda.

Famille de Philadelphie (NJ) – agglomération de Philadelphie et sud du New Jersey ; affaiblie, en reconstitution ; ± 25 « soldats » et cadres actifs, autant en prison ; ± 100 associés. Chef : Joseph Ligambi, sous-chef Joseph « Mousie » Massimino, consigliere : Joseph « Joe Crutch » Curro. 

Activités criminelles de la mafia- Traditionnelles : trafic de stupéfiants (héroïne, amphétamines ; peu de cocaïne), prostitution, pornographie, prêts à taux usuraires, racket, jeux d’argent illicites (paris illégaux sur des événements sportifs, video-pokers, loteries clandestines). Spécialité de la mafia italo-américaine, le racket des syndicats de salariés : escroqueries aux dépens des fonds de pension ou des fonds sociaux, fausses factures et notes de frais, emplois fictifs, détournements de fonds, pillages de mutuelles, chantages à la grève aux dépens d’entreprises, etc. Professions touchées par ce contrôle mafieux : construction, démolition, élimination de l’amiante, transports routiers, traitement des ordures et des déchets toxiques, ports, docks et aéroports. – Nouvelles : escroqueries aux assurances sociales et de santé, escroqueries aux télécommunications (dans le domaine du porno notamment, facturations frauduleuses de centaines de millions de dollars par le truchement d’abonnements ou de connexions au téléphone ou à Internet), escroqueries boursières énormes (« Mob on Wall Street ») par le biais de l’infiltration de mafieux dans des sociétés de Bourse, vols d’identité, criminalité informatique, escroqueries aux taxes sur les carburants. ·  Activités mafieuses récentes * Toutes ces informations sont puisées dans l’actualité récente, pour parer à l’esquive classique d’autorités américaines renvoyant dans un passé pittoresque, ou « colorful past », les affaires mafieuses qui les gênent. La « nouvelle économie » et la banque12 – Vers 1995, Richard Martino, « soldat » de la « famille » Gambino monte, avec son chef d’équipe Salvatore « Tore » LoCascio, une énorme escroquerie concernant la prestation-reine de la nouvelle économie : les services en ligne (par téléphone ou Internet). Il s’agit de pornographie téléphonique (« sex hotlines »), ou par Internet. Des comparses rachètent des sociétés de téléphonie fixe rurales (Garden City, Missouri ; Overland, Kansas, etc.) et inondent la presse d’annonces promettant l’accès gratuit aux « sex hotlines » ou sites porno. Le gogo appelle ? Vous facturez, et cher – mais qui porte plainte pour 50 ou 100 dollars, et pour un tel appel ? Butin pour les Gambino : au minimum 100 millions de dollars – qui sont un enfantillage auprès de l’escroquerie Internet. L’accès au site porno est certes gratuit – mais comment vérifier que le visiteur a 18 ans ? Il présente sa carte de crédit – juré  ! celle ci ne sera pas débitée. La carte est bien sûr débitée de 50 à 100 dollars – et retour au schéma précédent. Les experts du FBI estiment pour l’instant à 750 millions de dollars un préjudice dans doute bien pire. C’est d’ores et déjà la fraude la plus énorme de l’histoire des Etats-Unis… Touche finale : au titre de l’ « Universal service fund » (continuité des communications sur le sol national),
la Federal communication commission verse une prime aux sociétés de téléphonie rurale : les Gambino ont ainsi récupéré 22 millions de dollars aux dépens d’Oncle Sam… Les sommes récupérées étaient telles qu’elles ont permis à des mafieux de s’offrir une petite banque rurale (à Garden City, Missouri), achetée 3 millions de dollars en vue d’escroqueries ultérieures…

La musique et le « show-business »13 – La musique et le spectacle forment une part importante de la « nouvelle économie ». Or rares sont ceux qui soupçonnent l’influence persistante de la mafia sur ce monde trouble. Un exemple suit, mais il y en aurait bien d’autres. Il concerne la populaire et lucrative rap music (le lecteur innocent la découvrira en regardant les clips de la chaîne de télévision MTV). Comprendre la suite demande de savoir qui est Sonny Franzese chef d’équipe de la « famille » Colombo et mafieux emblématique : ce petit homme (1 M. 55) a 81ans lors des faits. Marion Knight, lui, est un colosse de 30 ans, lié à des gangs afro-américains féroces (« Crips », ou « Bloods »). Voir qui cependant domine l’autre, lui donne paisiblement ses ordres – même, le menace de mort – permet de concevoir, derrière la frime et les « attitudes », la véritable hiérarchie criminelle de l’Amérique d’aujourd’hui. [L’associé mafieux repenti Frankie Saggio, décrit une scène dont il est le témoin direct] :« On croit que les rappers dirigent leur propre business : c’est faux. Tous les rappers de l’industrie musicale paient tribut à des mafieux. Parmi les rappers présents ce soir là, il y avait Marion « Suge » Knight, le PDG de Death Row Records (disques du Couloir de
la Mort). Knight, un dur à cuire, qui prendra ensuite 9 ans de prison pour braquage… Knight était un gros mec, grande gueule et bien sapé. Il jouait les gangsters, mais là, il a été remis en place par un homme qui l’aurait tué sur place s’il avait osé broncher. Voilà comment on fait’, a dit Sonny à Marion Knight. ‘Quand mon fils veut intervenir, tu laisse faire. Si tu t’en mêles, tu vas choper un tel mal de crâne qu’aucune dose d’aspirine ne pourra le guérir… »

14. Dans les syndicats de travailleurs15 – En avril 2004, une enquête révèle que la section de New York du syndicat des ouvriers du bâtiment « Operative plasterers and masons union » (maçons, plâtriers, couvreurs,…) est en réalité contrôlée, depuis 25 ans et plus, par trois puissants capos de la « famille » Genovese : Louis Moscatiello, Johnny Barbato et Venero Mangano. En juillet, la justice entreprend pour la ènième fois de purger le syndicat des dockers (International Longshoremen’s Association, ILA) de New York de son contrôle mafieux. En 2004 encore, les quais de Brooklyn et de Staten Island sont en effet dominés par la « famille » Gambino, et ceux du New Jersey, par les Genovese. Rien n’a changé depuis 1954, quand sortit le célèbre film « On the waterfront » (Sur les quais) où Marlon Brando incarnait un docker honnête combattant la mafia…Le même mois, à New York toujours, on découvre que l’union syndicale locale des poseurs de faux-plafonds et spécialistes de l’étanchéité « United union of roofers, waterproofers and allied workers » (crucial pour les immeubles de grande hauteur ou les tours de bureaux…), est contrôlée par les inévitables John Barbato et Venero Mangano, de la « famille » Genovese. En septembre, le FBI révèle que la « Metropolitan Transportation Authority », équivalent de
la RATP parisienne, a vu exploser le budget des travaux de son nouveau siège. Là, c’est la « famille » Gambino, associée à des « syndicalistes » de
la LIUNA (Laborers International Union of North America, manoeuvres, main d’oeuvre non qualifiée, etc.) qui a prélevé, pour l’instant, 10 millions de dollars. 

·  New York, un cas isolé ? Non : voir Chicago16

En 2004, deux affaires mafieuses importantes ont défrayé la chronique à Chicago.  ·  Depuis vingt ans, la municipalité utilise une flotte de camions, autocars, etc., loués à des sous-traitants privés. Budget annuel : 40 millions de dollars. Qui sont les sous-traitants favoris de la mairie ? Michael « The Gorilla » Gurgone, Nick « The Stick » LoCoco, James « Jimmy I » Inendino, Fred Barbara (naguère lieutenant d’ Angelo « The Hook » LaPietra, puissant capo de la « famille » locale) et Donald Andrich (en fait Andriacchi), neveu de Joseph « Joe The Builder » Andriacchi, membre du directoire de la « famille » de Chicago. Tous sont membres, ou associés, de cette « famille ». 

·  L’un des syndicats les plus infiltrés par la mafia est celui des Teamsters (camionneurs, conducteurs, livreurs, coursiers, etc.). Régulièrement, les autorités fédérales exigent de ce syndicat fort trouble des enquêtes internes anti-mafia. Or en 2004, Carlow Scalf, secrétaire exécutif (N°2 du syndicat) étouffe une telle enquête sur la section de Chicago des Teamsters, si efficacement que l’équipe de contrôle interne antimafia du syndicat démissionne en groupe, son directeur Ed Stier en tête, le 28 avril 2004.



1Une précision utile, car maints magistrats, notamment en France, usent des lois anti-blanchiment dans des « affaires » sans rapport avec le blanchiment réel : évasion fiscale, corruption etc. 2« Serbian narcotics enforcement chief describes increase in Balkan heroin trade », BBC monitoring – Beta News Agency,
Belgrade, 29/08/2004.

3Profit net minimum, dans un cas défavorable au grossiste : morphine ou héroïne-base achetée cher en Asie Centrale, transformation, stockage et transport coûteux (corruption incluse…), vente en gros à 80 000 dollars le kilo ; or ce prix monte jusqu’à 150 000 dollars si la drogue est bien raffinée, etc. 4L’enquête découvrit les « notes de frais » des terroristes, conservées en vue d’un remboursement ultérieur par un chef de réseau établi à Londres.

5« Family’s still in business », New York Daily News, 31/07/2004. 6Un repenti révèle même une réunion, en l’an 2000, de la « Commission » rassemblant les chefs des cinq familles mafieuses de New York. Présents : Joseph Massino (chef de la « famille » Bonanno), Peter Gotti (chef-lieutenant, « famille » Gambino), Lawrence « Larry Fab’ » Dentico, (consigliere, « famille » Genovese), Louis « Louie Bagels » Daidone (consigliere, « famille » Lucchese) et Joel « Joe Waverly » Cacace (chef-lieutenant, « famille » Colombo). De nouvelles règles sont fixées pour ces 5 « familles » : « ouverture des livres » (initiation de nouveaux membres), obligation d’une origine à 100% italienne (père et mère); 5 ans de probation avant d’initier un novice déjà condamné pour trafic de drogue.

7« The French Quarter : an informal history of the New Orleans underworld » Herbert Asbury, 1ère édition, 1936, réédition Arrow Books, Random House,
New York, 2004.
8« Billy’s back in town, an out-of-town mob honcho meets with the Philly Don », City Beat,
Philadelphia, 4/03/2004.

9« Hard-hit US mafia hiring Sicilian mobsters », Associated Press, 14/03/2004. 10Ce rapport compile, analyse et synthétise des informations puisées dans les institutions suivantes : Ministère de la justice et de la sécurité publique du New Jersey (ci-après, NJ), Police de l’Etat du NJ, Direction de la justice pénale du NJ, FBI – circonscriptions de Newark et de Philadelphie, DEA (Drug Enforcement Administration) – circonscription de Newark, Parquet fédéral du NJ, Ministère fédéral de la sécurité nationale – Direction de l’immigration et du contrôle douanier, Centre national d’information sur les stupéfiants, Services de police de Paterson et Jersey City (NJ), Ministère fédéral du travail – Direction de la lutte contre le racket professionnel, Port de New York – Commission de contrôle des docks, Institut international du NJ – Centre de lutte contre les trafics, des consultants en matière de sécurité actifs au nord-est des Etats-Unis.

11Sur ce point : « Here comes da mob, wiseguys add up in Big Apple », Gold Coast Bulletin, 6/03/2004 ; « Mob retains strong New Jersey presence, report says, said to have adapted, recruited to overcome setbacks », The Record, 6/05/2004. « Mafia summit », New York Post, 1/07/2004. 12« Prosecutors say Mob phone scheme netted $ 200 millions », New York Post, 10/02/2004 ; « Gambinos in $ 200 millions phone-sex rip-off », NY Daily News, 11/02/2004 ; « La mafia de New York se reconvertit dans le téléphone », Les Echos, 13/02/2004 ; « John Gotti’s crews make a hi-tech killing – cyber-age goodfellas », Village Voice, 18/02/2004 ; « How a tele-savy wiseguy bought a Midwest company – Mob Bell », Village Voice, 25/02/2004 ; « Mafia scam estimated at $ 750 millions », Web Host Industry Review « , 19/04/2004 ; « Gambino crime family took over bank », NY Daily News, 29/07/2004 ; « Mob dials for dough – millions swindled using tiny midwest firm », NY Daily News, 19/09/2004.

13Voir ici « Born to the mob », Frankie Saggio et Fred Rosen, Thunders Mouth Press,
New York, 2004.
14« Mon fils » : Johnny Franzese, l’un des enfants de Sonny ; « intervenir » : dans la propre société musicale de Marion Knight, en réalité contrôlée par la « famille » Colombo.15

Voir sur ce point : « Mafia bust blitz (Genovese) »,
New York Post, 20/04/2004 ; « Docking the mafia », New York Post, 16/07/2004 ; « Roof about to cave in on Mob-union scammers », New York Post, 27/07/2004 ; « Say Mob bilked MTA of $ 10 millions », New York Daily News, 16/09/2004.
16Voir « Mob ties run throughout city trucks program »,
Chicago Sun-Times, 25/01/2004, et « The Teamsters corruption scandal – Hoffa executive assistant alleged to have quashed investigation on Mob influence », Counterpunch, 12/05/2004.
 

Kennedy a été assassiné parla CIA, la mafia et les contre-révolutionnaires de Miami, dénonce le quotidien cubain Granma  

La Havane, 10 janv. -Le journal cubain Granma signale que l’assassinat du président états-unien John F. Kennedy, perpétré en novembre 1963, a été le fruit d’un complot ourdi aux Etats-Unis par
la CIA, des parrains de la mafia et l’extrême droite anti-cubaine de Miami. 
 Ce journal évoque les résultats de l’enquête menée par le général Fabian Escalante, ancien responsable des organes cubains de sécurité, qui, de même que d’autres enquêteurs, est arrivé à la conclusion que Kennedy a été assassiné dans le cadre d’un complot auquel ont participé
la CIA, la mafia et les contre-révolutionnaires de Miami. 

 Ayant analysé la documentation et les évidences disponibles, ainsi que les descriptions personnelles fournies par les témoins oculaires de l’assassinat de Kennedy à l’ancien procureur états-unien Garrison, le général Fabian Escalante estime que les tireurs étaient en fait les contre-révolutionnaires Herminio Diaz et Eladio del Valle et que deux groupes, dirigés par Jack Ruby (qui a abattu plus tard l’assassin supposé, Lee Harvey Oswald) et par Frank Sturgis (le chef des « plombiers » du Watergarte), ont participé simultanément dans l’attentat contre le président US.   L’enquête cubaine signale aussi la participation des mafieux Santos Trafficante, Sam Giancana, John Roselli, Carlos Marcelo et Jimmy Hoffa ainsi que des responsables de
la CIA David Atlee-Philips, Richard Helms (alors superviseur des opérations anti-cubaines) et du général Cabell (ex vice chef de
la CIA), entre hauts responsables de l’agence US d’espionnage, précise Granma.  

La dénonciation émise par Granma indique que la reprise la semaine dernière, dans un documentaire de la chaîne publique allemande ARD, de la thèse selon laquelle le gouvernement cubain aurait fait assassiner Kennedy vise à détourner l’attention de l’opinion publique de l’éventuelle libération du terroriste anti-cubain Luis Posada Carriles.   Le journal rappelle que cette thèse, avancée pour la première fois par l’Agence centrale de renseignements des Etats-Unis (CIA), a été écartée successivement par le FBI,
la Commission Warren et le comité spécial du Congrès des Etats-Unis dirigée par le congressiste Louis F. Stokes quand il avait enquêté sur les assassinats du président Kennedy, de son frère Robert Kennedy et de Martin Luther King.  

Granma indique que l’enquête du Comité du congressiste Stokes avait établi que les chefs mafieux Carlos Marcello, parrain de
la Nouvelle Orléans, et Santos Trafficante, de
la Floride, avaient des raisons pour assassiner le président Kennedy et des liens avec des chefs contre-révolutionnaires cubains, dont Luis Posada Carriles, Orlando Bosch, les frères Guillermo et Ignacio Novo Sampoll, Jorge Mas Canosa ainsi qu’avec Herminio Diaz et Eladio Valle (les deux tireurs signalés par le général Fabian Escalante) qui se réunissaient tous précisément dans le même édifice où le futur assassin présumé de Kennedy était censé mener des activités de soutien à Cuba. 
 Ce Comité spécial d’enquête du Congrès US avait confirmé aussi que les mêmes contre-révolutionnaires cubains qui avaient tenté d’assassiner Fidel Castro s’étaient mis d’accord pour assassiner le président Kennedy. A l’époque, le journaliste US Jack Anderson avait révélé que le mafieux John Roselli lui avait dit, avant d’être assassiné, que « les Cubains du gang de Trafficante » avaient participé à l’assassinat de Kennedy.  

Le rapport du Comité dirigé par Stokes signalait en outre que « les anticastristes étaient frustrés, amers et en colère » et que leur ressentiment se focalisait sur Kennedy parce que ce dernier avait chargé un représentant de son administration (William Atwood) de contacter les représentants de Cuba à l’ONU pour explorer la possibilité de normaliser les relations avec le gouvernement révolutionnaire cubain.    Le conseiller de sécurité de Kennedy, McGeorge Bundy, a confirmé par la suite qu’avant de partir pour Dallas le président avait demandé la présentation d’un rapport sur ces contacts, relève Granma.  

Granma signale aussi que, ayant confirmé qu’Oswald était lié aux contre-révolutionnaires de Miami, le Comité Stokes avait décidé de suivre cette filière, que
la CIA avait abandonnée en raison de ses propres liens avec ces terroristes.  
Granma rappelle également que le rapport rendu par le Comité Stokes signalait l’existence d’évidences sur un complot auquel ils avaient participé la mafia italo-américaine et des bandes contre-révolutionnaires de Miami.   

Le même rapport laissait entrevoir que les bandes contre-révolutionnaires de Miami étaient manipulées par
la CIA tout en indiquant que cette dernière avait refusé de fournir toute l’information nécessaire ce qui empêchait le Comité de formuler des conclusions définitives.  
Le rapport final du Comité Stokes, rendu en 1978, réfutait les accusations contre Cuba et critiquait
la CIA en signalant qu’elle n’avait pas fait preuve de rigueur au sujet des contre-révolutionnaires de Miami alors qu’elle avait refusé de fournir des documents importants au Comité d’enquête du Congrès, rappelle encore Granma.  
Le quotidien cubain met l’accent sur le fait qu’en plus de 25 ans aucune administration US n’a osé donner suite à la recommandation que le Comité spécial du Congrès US dirigé par le congressiste Louis F. Stokes avait émise en décembre 1978 en faveur de l’ouverture d’une nouvelle enquête sur l’assassinat de Kennedy. (Pris de l’AIN)  

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