ni blancs, ni indigènes, tous citoyens

Posté par issopha le 25 septembre 2007

 

ni blancs, ni indigènes, tous

citoyens

article de la rubrique histoire et colonies > la France et son passé colonial
date de publication : mercredi 18 mai 2005


L’éditorial de Michel Tubiana dans LDH info d’avril 2005.


Le constat qui est fait est exact. Victimes d’une insupportable relégation sociale, objets d’actes de racisme et de discrimination, parce qu’ils sont issus de l’immigration, notamment des anciennes colonies françaises, ou même des DOM-TOM, quelques millions de Français sont niés dans leurs droits de citoyens. C’est d’abord leur histoire qui est escamotée. Alors que l’héritage de l’esclavage et du colonialisme pèse encore sur la société française et qu’il contribue puissamment à la ségrégation que ces personnes subissent, il faudrait n’en rien dire, voire réécrire l’histoire comme vient de le faire le Parlement en adoptant la loi du 23 février 2005. Au-delà de l’histoire, ce sont les amalgames contemporains qui sévissent : islam, banlieues, immigration, antisémitisme, terrorisme, sont les maîtres mots d’un certain discours qui justifierait, consciemment ou inconsciemment, les traitements inégalitaires et coercitifs appliqués par la République à une partie de ses citoyens. Ils ou elles ne sont plus des Français, ils sont d’abord des « musulmans », des « Africains », des « Arabes », des « jeunes ou des vieux issus de la troisième ou quatrième génération ».Ce sont aussi leurs droits qui sont ignorés lorsqu’ils sont astreints à vivre dans des ghettos, marginalisés dans le système éducatif, empêchés de travailler ou, simplement, de se déplacer librement parce que contrôlés au faciès. Les étrangers vivant en France subissent, eux aussi, mais de manière accrue, les mêmes stigmates, tant et si bien que les deux catégories se confondent et que nombre de nos concitoyens vivent comme des étrangers dans leur propre pays. Ils n’en peuvent plus et ils le disent. De la pire manière qui soit, lorsque cela se traduit par le nihilisme social qui s’est révélé lors des manifestations lycéennes. En appelant à la création d’une dynamique sociale dans un appel lancé au nom des « Indigènes de la République » [1] qui a entraîné bien des polémiques.

Face à ces interpellations, se développe une réponse en forme de repli du plus grand nombre qui serait assiégé par ces populations dangereuses. Même si telles n’étaient pas les intentions de l’auteur de l’appel contre le « racisme anti-blanc », ce dernier, lancé à l’initiative d’associations communautaires, résonne comme une marque de mépris à l’égard de ceux et celles qui n’ont aucune visibilité sociale ou politique mais sont bien visibles grâce à leurs différences physiques. Voici le dernier, mais sans doute pas l’ultime avatar, des discours martelés depuis plusieurs années : être blanc serait un attribut qui définirait une nouvelle communauté… Nous avons clairement affirmé nos désaccords avec les rédacteurs de l’appel des « indigènes de la République » : non, encore une fois, que nous n’en partagions pas l’essentiel du constat. Mais, au-delà des simplifications outrancières, voire des erreurs manifestes que recèle l’appel, nous ne pensons pas que les représentations coloniales à l’oeuvre dans la société française puissent être confondues avec les rapports que la France a entretenus avec ses colonies. Qualifier aujourd’hui la République de « coloniale », c’est faire référence à un passé détestable et à des luttes légitimes, mais c’est se tromper de combat. Aussi nécessaire qu’elle soit, la vérité sur le colonialisme ou l’esclavage ne suffira pas à casser les ghettos et à restituer à l’école sa fonction émancipatrice. Pire, cette critique des seuls oripeaux coloniaux de la République peut conduire à une illusoire légitimité fondée sur les origines de chacun.

Ce sont des millions de personnes, d’où qu’elles viennent, qui subissent l’exclusion et qui crient leur souffrance sociale. Restituer à chacun ses droits de citoyens est un impératif qui ne s’accommode pas des divisions entre les victimes du même système. C’est en prenant en compte la totalité des injustices et des discriminations subies par tous ceux qui vivent en France, que se créeront les solidarités nécessaires à la construction des réponses indispensables.

Ainsi que l’ont dit toutes les organisations qui ont appelé aux manifestations du 7 novembre 2004, « la France que nous voulons c’est une République laïque, qui accueille, dans la réalité, dans l’égalité des droits et le respect de la règle commune, la diversité de ceux et celles qui y vivent ». Parce que la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et toutes les discriminations fait partie de ses fondements et parce qu’elle se bat pour le respect de l’égalité des droits, la LDH poursuivra ce dialogue et son action pour qu’il n’y ait plus d’indigènes au sein de la République.

Notes

[1] Lire l’appel des Indigènes de la République.

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