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La guerre en Irak est largement une question de pétrole (Alan Greenspan )

Posté par issopha le 17 septembre 2007

La guerre en Irak est largement une question de pétrole (Alan

Greenspan)

« Les Républicains au Congrès ont perdu leur chemin », écrit Alan Greenspan qui se dit lui-même un « républicain libertaire ».

Quelqu’un en avait-il douté un seul instant : la guerre en Irak avait pour principal objectif la possession des immenses réserves de pétrole. Alan Greenspan, 81 ans, vient de lancer un véritable pavé dans la mare américaine : « I am saddened that it is politically inconvenient to acknowledge what everyone knows : the Iraq war is largely about oil  » (Cela m’attriste qu’il soit politiquement importun de reconnaître ce que chacun sait : la guerre en Irak est largement une question de pétrole), affirmation aussitôt démentie par le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates qui a martelé que l’invasion de l’Irak avait pour but de déloger Saddam Hussein, « une force de déstabilisation » dans le golfe Persique. « C’est vraiment une question de stabilité dans le Golfe, d’États voyous qui essaient de développer des armes de destruction massive, de dictateurs brutaux », a déclaré M. Gates sur les ondes de la chaîne ABC.

greenspan_102.1189960413.jpg Ses mémoires, The Age of Turbulence : Adventures in a New World, paraissent à la veille d’une réunion cruciale de la Réserve fédérale, dont la communauté financière attend avec impatience le verdict sur un maintien ou une baisse des taux d’intérêt américains. Un an après avoir quitté la présidence de la Banque centrale américaine, Alan Greenspan revient à nouveau sur le sujet préoccupant du moment à Wall Street, la crise des crédits hypothécaires à risque. L’ancien timonier de la Fed considère qu’il est encore trop tôt pour dire si une explosion des crédits accordés aux personnes financièrement vulnérables peut affecter l’économie américaine. M. Greenspan attribue le boom du marché immobilier – qui a déclenché la crise des prêts hypothécaires à risque « subprime » – à la fin du communisme et à l’arrivée de centaines de milliers d’immigrés aux États-Unis. La crise de l’immobilier ne montre pas de signes d’apaisement jusqu’à ce jour. Plusieurs quotidiens américains accusent l’ancien président d’avoir provoqué l’actuelle crise du crédit immobilier en fermant l’œil sur les pratiques douteuses des sociétés de crédit hypothécaires.

« Non seulement il a gardé des taux trop bas trop longtemps, mais il a donné sa bénédiction aux activités risquées qui ont déclenché la crise », commente Paul Kasriel, responsable des études économiques à la Northern Trust de Chicago, dans une interview très sévère à l’égard d’Alan Greenspan, accordée à l’agence Associated Press. Comme l’indique Challenges, la Banque devra faire preuve d’une grande psychologie pour ne pas heurter les marchés. Ainsi, un nouveau statu quo monétaire serait probablement bien mal perçu compte tenu de la crise actuelle du marché immobilier et mortgage aux États-Unis, et des tensions sur le marché du crédit. A l’inverse, une baisse trop prononcée des taux pourrait être perçue comme l’aveu de menaces économiques graves sur l’expansion américaine. Enfin, quelle que soit sa décision, la Réserve fédérale devra soigner son communiqué monétaire en nuançant son propos, afin de ne pas inquiéter à l’excès concernant les risques sur la croissance.

Qu’importe la crise, l’ancien président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan, critique vivement le président George W. Bush, responsable selon lui d’une gestion irresponsable des dépenses publiques, mais aussi le Parti républicain, auquel il appartient pourtant : «  Les républicains du Congrès (…) ont échangé principe contre pouvoir. Ils se sont retrouvés avec ni l’un ni l’autre. Ils méritaient de perdre  ». [...] «  Peu d’importance a été accordée à un débat sur une politique économique rigoureuse ou à l’étude des conséquences à long terme, écrit-il dans son livre. A ma grande déception, l’élaboration de la politique économique est restée strictement cantonnée entre les mains du personnel de la Maison-Blanche ».

M. Greenspan se dit surpris que le président américain n’ait pas rempli ses promesses électorales faites en 2000 en regard à la gestion responsable des dépenses publiques. Alan Greenspan révèle qu’il a exhorté en vain Bush à opposer son veto à une série de dépenses, mais que le président voulait éviter de heurter de front la classe politique républicaine. Le président Bush ne voulait jamais contenir les dépenses ou refuser les projets de loi qui conduisaient le pays dans le déficit de plus en plus profond, alors que le Congrès avait abandonné les règlements selon lesquels le coût de la réduction des taxes doit être compensé par des économies ailleurs. L’ancien président de la Réserve fédérale américaine avait été critiqué pour avoir soutenu devant le Congrès un projet de réduction d’impôts de M. Bush, en janvier 2001.

Son nouveau livre de 500 pages, intitulé en français L’Âge de turbulence : aventures dans un nouveau monde, est composé en deux volets : les mémoires de M. Greenspan, mais également sa vision pour l’avenir. Selon des sources proches du dossier, citées par le Wall Street Journal, l’éditeur Penguin a versé une avance de plus de 8 millions de dollars à M. Greenspan pour ces écrits. À 81 ans, il enchaîne également les conférences (facturées 150 000 dollars chacune, selon la presse) et accumule les collaborations avec Pimco, la Deutsche Bank ou via sa firme « Greenspan Associates ».

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Lu, vu, entendu, n°3 – nouvelle série – : « Des journalismes en toc »

Posté par issopha le 17 septembre 2007

Lu, vu, entendu, n°3 – nouvelle série - : « Des journalismes en toc »

 

 


   

Lutter contre l’amnésie, ce mal endémique du monde médiatique, en conservant pieusement quelques fragments recueillis sur la planète « médias » : tel est l’objet de ces « brèves » [1].

Journalisme « de formation »

« Surprenante »
. C’est ainsi que Jean-Pierre Elkabbach (cité par Le Monde, le 29 août 2007) annonce la rentrée de la radio qu’il préside, Europe 1. Une nouvelle émission censée nous surprendre est confiée à Jean-Marc Morandini et s’intitule “Le grand direct d’Europe 1” (quotidienne, de 11h à 14h). De fait, les instants de “libre antenne” (relevés par Le Canard enchaîné du 5 septembre 2007) sont d’une légèreté exquise et d’une diversité étonnante sur une radio parfois mise en cause pour ses partis pris sarkozystes. Morandini exhibe à cette occasion toutes ses qualités du « journaliste de formation », comme il l’a précisé au Journal du dimanche (le 26 août 2007) en animant une émission qui, dit-il, « n’a pas l’ambition d’être un défouloir. »

Le 27 août, il ne s’agit donc pas de se défouler en débattant du thème « Faut-il juger les fous ? » Le Canard enchaîné raconte : « C’est Jacqueline qui attaque : “Non seulement il faut les juger, mais il faut les juger deux fois à mon avis.” Bien dit. On zappe très vite, Sandy est cent pour cent d’accord : “Bien sûr, personne n’est au-dessus des lois !” Bernard lui se demande “à quoi ça va servir de les juger”… Merci Bernard. » En effet. Le lendemain, ça recommence, au sujet du maire UMP d’Argenteuil qui a choisi la pulvérisation de répulsif pour chasser les SDF. L’hebdomadaire satirique résume sans se « défouler » : « on démarre avec Marie-Françoise qui révèle que “la presse attaque Sarko parce qu’il n’est pas franc-maçon”, et tient à féliciter le maire d’Argenteuil : “Tous ces gamins, pas lavés, ni coiffés depuis des semaines et quelques fois des mois, qui sont manifestement alcooliques et drogués…” » Les appels sont tellement à sens unique que, toujours selon Le Canard, « Jean-Marc Morandini s’inquiète : “On ne passe que des appels pour soutenir le maire d’Argenteuil parce qu’on a que ça. Alors, si vous voulez avoir une opinion contraire…” Cause toujours ! Jacqueline à l’appareil : “Y a une solution pour les gens qui rouspètent et les journalistes, c’est que chacun prenne un SDF. Et puis voilà !” On se quitte avec Julien : “Moi, j’en connais des SDF (…). La société, c’est de la merde, mais ils touchent le RMI et vont manger aux Restos du cœur…” » Et Le Canard enchaîné de commenter : « “Le grand direct”, c’est pas un défouloir, c’est une grande émission de “journaliste de formation”. »

On ajoutera que, pour Europe 1, il s’agit manifestement de concurrencer « Les grandes gueules » de RMC sur le même créneau horaire. Des similitudes existent sur le fond puisque, comme l’a relevé Le Plan B : « La spécialité des “grandes gueules” consiste à poser une question déjà matraquée par tous les médias mais en la présentant comme une volonté courageuse de “briser un tabou” : Le dialogue social à la SNCF, c’est la guerre froide avant la chute du mur de Berlin ? (25.10.06), Faut-il supprimer le RMI au nom de ses effets pervers ? (7.11.06), SNCF : les syndicats savent-ils vraiment pourquoi ils font grève ? (8.11.06), Et si la suppression de la durée légale du travail était la solution pour l’emploi ? (26.1.07), etc. Mais les titres des émissions ne s’embarrassent pas systématiquement de la forme interrogative : SNCF : de la grève, encore et toujours ! (8.12.06), On n’a jamais autant fait la queue à la Poste ! (21.12.06), Malgré une revalorisation des salaires, les fonctionnaires seront en grève le 8 février ! (19.1.07). » Par ailleurs, dans la forme, sur les deux antennes, en plus des appels d’auditeurs, des personnalités médiatiques s’opposent dans un « débat ». La pluralité n’est décidément pas le pluralisme et la concurrence ne favorise pas nécessairement la diversité.

Journalisme « de gauche »

Heureusement subsiste une presse « de gauche » : dans son éditorial de Libération du 18 juillet 2007, Laurent Joffrin en appelle au « sens de la nuance et des réalités » des syndicats, souhaitant qu’ils « admettent qu’on ne peut pas calquer purement et simplement la logique des grèves dans le secteur privé – une pression du travail sur le capital -au secteur public, où le capital n’est pas présent, où les salariés ont en face d’eux la puissance publique et où les victimes d’un mouvement de grève ne sont pas les actionnaires privés (il n’y en a pas), mais les usagers qui sont en général d’autres salariés ». En guise de commentaire, on peut citer Thomas Lemahieu qui, dans L’Humanité du 19 juillet 2007, ironise : « le directeur de Libération devrait tirer la conclusion qu’il impose à tous : il faut carrément interdire la grève dans tout le secteur public. Allez, encore un effort pour être vraiment « réaliste » ! »

Journalisme patronal

Serge Dassault est un grand « réaliste ». On savait déjà que, pour celui qui est d’abord le fils de son père, être propriétaire d’un journal « permet de faire passer un certain nombre d’idées saines », et que, « par exemple, les idées de gauches sont des idées pas saines » [2]. Dans un entretien accordé aux Echos le 24 juillet 2007, il avance ses arguments, imparables : «  Quand quelqu’un met de l’argent quelque part, ce n’est pas pour laisser faire n’importe quoi ! On remet de l’argent, on fait des améliorations. Tout ça n’est pas gratuit. Donc l’actionnaire ou le propriétaire a quand même le droit d’avoir un regard sur la rentabilité et l’orientation politique !  » Il ajoute : « J’ai tout de même pas acheté L’Humanité. J’ai acheté un journal parce que je pense qu’il est libéral et qu’il défend les bonnes idées. Pourquoi je ne serais pas indépendant ? N’importe quel journaliste serait considéré comme libre. Alors pourquoi la liberté de parole serait aux journalistes et pas aux actionnaires ? C’est quand même extraordinaire, ça ! » ». Qu’est-ce que l’indépendance quand on est à la fois le principal actionnaire de Dassault Aviation, de Dassault Systèmes, de la maison de vente Artcurial… et sénateur-maire UMP de Corbeil-Essonnes ? Vaste question… Reste le sens de la formule : « pourquoi la liberté de parole serait aux journalistes et pas aux actionnaires ? » Une interrogation angoissée qui vaut bien des démonstrations…

Journalisme promotionnel

Toujours chez Dassault : dans son édition du 8 juillet 2007, TV Magazine, propriété du groupe, nous présente la façon dont TF1 doit couvrir le défilé du 14 juillet. Interviewé pour l’occasion, le journaliste Charles Villeneuve qualifie l’avion de chasse Rafale, conçu par le groupe Dassault, de « fleuron de l’industrie aéronautique militaire mondiale, (…) un puits d’intelligence, d’inventivité et de technologie  ». Alléché par un portrait si élogieux, le lecteur se réfère alors à l’encadré intitulé « Rafale : un chasseur spectaculaire », auquel renvoie l’article. « Autant dans le ciel de Paris que sur TF1, le Rafale sera l’une des vedettes du 14 juillet cette année  », nous annonce TV Magazine. « Dans un document de trente minutes réalisé par le journaliste indépendant Grégoire Gosset, la chaîne souligne les performances de l’avion de chasse conçu par Dassault. Cinq caméras embarquées ont permis d’enregistrer des images à couper le souffle ». Débordant d’enthousiasme, l’auteur de l’article poursuit un peu plus loin : « L’une des qualités les plus spectaculaires du chasseur est sa capacité de progression à très basse altitude à 800 km/h sous les couvertures radars pour appuyer les interventions au sol. Créé par le logiciel Catia, référence incontestable pour l’aéronautique mondiale, cet avion entièrement informatisé, capable de voler en automatique à 30 mètres d’altitude dans n’importe quelles conditions, avec des accélérations époustouflantes (282 km/h à 1128 km/h en 3 secondes !) est souvent arrivé en tête des évaluations devant les F16 américain et Eurofighter Typhoon européen ». Les lecteurs de TV Magazine sont certainement peu nombreux à s’acheter des avions de chasse, mais c’est toujours agréable, pour un industriel, de se payer une bonne image de marque à peu de frais.

Journalisme d’investigation

Aéronautique encore. Une brève du Parisien (2 septembre 2007) relevée par Le Canard enchaîné du 5 septembre 2007 : « Un Airbus A 380 en tournée de démonstration en Asie a heurté un hangar sur l’aéroport de Bangkok et a dû retarder son programme de présentation (…). Venant de Toulouse, l’avion était arrivé vendredi à Bangkok, première étape d’une tournée de promotion dans quatre villes de la région. » Comme le note le palmipède : « La discrétion du Parisien
est explicable, ou au moins compréhensible : actionnaire d’EADS, maison mère d’Airbus, Lagardère détient aussi 25% du groupe qui possède le quotidien. On ne saurait pourtant la condamner : radios et télés ont observé un silence total sur cette histoire. Ou du moins se sont gardés de lui assurer la moindre “promotion”. »

Journalisme d’« intérêt général »

Au sujet du « service minimum », les médias ont été plus bavards. Les éditoriaux, en particulier. Titré « Les syndicats au défi de l’intérêt général », celui de Didier Pillet dans Ouest-France, le 23 juillet 2007 illustre au risque de la caricature la façon dont le prêt-à-penser médiatique se représente et représente les mouvements sociaux. Extraits : « S’appuyant sur les promesses de campagne de Nicolas Sarkozy et sur une opinion globalement favorable à la mesure, le gouvernement pousse les feux du service minimum dans les services publics en circonstance de conflit du travail. Après les transports, l’Éducation nationale devrait être concernée ». La mesure ne peut être que bonne, puisque l’« opinion » lui est « globalement favorable ». Mais quelle opinion ? Celle que les sondages prétendent mesurer ? Celle que les éditorialistes prétendent représenter ? On ne le saura pas…

Pillet poursuit : « Au-delà du choix tactique qu’ils vont devoir faire devant cette détermination inédite du pouvoir politique, les syndicats sont mis au défi d’apporter la preuve qu’ils peuvent servir l’intérêt général et non pas uniquement les corporatismes et les égoïsmes catégoriels. (…) les organisations syndicales sont (…) dans cette affaire clairement au pied du mur : vont-elles tenir une ligne idéologique pure et dure, la protection à tout crin d’un droit de grève érigé en absolu, et s’arcbouter sur la défense des seuls intérêts de leurs mandants au risque de faire apparaître ceux-ci comme des nantis insensibles aux problèmes des autres ? Ou bien entreront-elles dans une négociation qui mettrait au centre la protection des plus faibles, et chercherait à concilier droit de grève et service minimum ? Si les syndicats sont si faibles en France c’est en grande partie parce qu’ils peinent à défendre l’intérêt général ». D’un côté une « ligne idéologique pure et dure » tenue par des « nantis insensibles aux problèmes des autres », « arcbout[és] sur la défense [de leurs] seuls intérêts », de leurs « corporatismes » et leurs « égoïsmes », de l’autre la « négociation », « la protection des plus faibles » et la défense de « l’intérêt général »…

Comment ne pas faire le bon choix ? Mais aussi, comment ne pas s’interroger sur la légitimité de cet « intérêt général » défini par les faiseurs d’opinion comme Didier Pillet et les propriétaires de médias qui les paient ? « Tout le monde sait que les premières victimes des grèves à l’école, où l’accueil ne peut pas être garanti, sont les enfants des familles les plus fragiles.(…) Comment font les mamans qui partent à 5h ou 6h faire des ménages, n’ont personne à la maison pour garder les petits, et ne peuvent pas payer quelqu’un ? ». Tout le monde sait surtout que la figure de la mère célibataire mal payée et exploitée, d’ordinaire, n’émeut guère Ouest-France. Et que le cynisme éditorial peut se parer des oripeaux du sentimentalisme quand il s’agit de pourfendre le droit de grève en particulier, les droits sociaux en général.

Journalisme d’intérêt général (suite)

Didier Pillet toujours. Dans Ouest-France du 7 septembre 2007, il célèbre la mondialisation par le rugby et la coïncidence de l’intérêt général et du rugby : « La mondialisation inquiète-t-elle la France ? Les nations qui convergent vers elle des hémisphères nord et sud, de pays pauvres et de terres riches, devraient aider à la lui faire aimer. La croissance patine ? La culture du combat et de la solidarité, des talents individuels au service d’une communauté forte, lui redonneront l’envie de mordre et de se bouger. Et si, à la fraîcheur animale des chevauchées de rhino vifs comme des gazelles, les artistes de l’ovalie ajoutent ce grain de folie qui fait d’un match une geste épique, la plénitude sera au rendez-vous. La fête chasserait alors le spleen que font peser sur le moral du pays la crise du pouvoir d’achat, les déficits budgétaires et les violences urbaines. » Une approche du sport intéressante (et pas du tout idéologique) mais espérons quand même qu’une élimination précoce du XV de France ne mettrait pas le pays à feu et à sang !

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[1] Pour lire la série précédente, voir notre rubrique, de septembre 2004 à juin 2006.

[2] Lire ici même « La presse selon Dassault (4) : les “idées saines” ».

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« Le consensus libéral demeure »

Posté par issopha le 17 septembre 2007

« Le consensus libéral demeure »

L’échec des politiques menées par le FMI et la Banque mondiale ont conduit les bailleurs de fonds à assouplir leurs exigences. Même s’ils ne changent pas la ligne de fond. Entretien.

Derrière leur volonté de venir au secours du continent le plus pauvre, les bailleurs de fonds ont-ils aussi des intérêts politiques ?
Jean Coussy. Leur volonté d’agir contre la dérive de l’Afrique est authentique, mais ceci n’exclut pas des jeux d’intérêts. La France et le Royaume-Uni, toujours soucieux de leur rayonnement sur la scène internationale et de leurs influences respectives en Afrique, participent activement à la surenchère actuelle entre les bailleurs de fonds. Ainsi, du côté britannique, les recommandations de la Commission pour l’Afrique du gouvernement Blair formulées dans la perspective du G8 font clairement référence au Nepad. Le « Nouveau partenariat pour l’Afrique » adopté en 2001 est certes une initiative de plusieurs chefs d’Etats africains ayant pris des engagements sur la bonne gouvernance pour mobiliser l’aide internationale et attirer des capitaux privés. Mais le Nepad, dont l’Afrique du Sud assure le leadership, est aussi le fruit de l’action conjointe de Tony Blair et de Thabo Mbeki. C’est aujourd’hui un succès pour la diplomatie britannique. D’autres préoccupations entrent dans l’équation. L’Europe veut limiter les conflits en Afrique -et éviter des afflux de réfugiés sur son sol- en favorisant le développement, ses opérations de maintien de la paix étant une contrainte plus qu’un choix. Quoi qu’en pensent certains Africains, la France se serait bien passée d’intervenir en Côte d’Ivoire.

Au-delà de la question de l’augmentation de leur aide au développement, les pays riches entendent-ils modifier la manière dont ils l’allouent ?
J. C. Ils remettent en question leurs pratiques et c’est bon signe. Pas un rapport officiel, désormais, qui ne dénonce ces fameux « coûts de transaction » générés par la multiplication d’interventions mal coordonnées. Les pays en développement ont affaire à de nombreux bailleurs, chacun arrivant avec ses propres projets, ses propres conditions de mise en œuvre et ses propres procédures d’évaluation. Les administrations des pays d’Afrique, alors qu’elles ont subi une cure d’amaigrissement avec les politiques d’ajustement menées dans les années 80, se retrouvent avec un nombre astronomique de dossiers différents qui finissent par absorber leur temps et leurs maigres moyens. Le problème de la coordination de l’aide est un vieux serpent de mer, mais les pays donateurs me paraissent plus résolus que jamais à y répondre.

Les bailleurs ont-ils pour autant allégé les conditions qu’ils mettent au décaissement de leur aide, en particulier le respect de ce qu’on appelle le « consensus de Washington » ?
J. C. Leurs objectifs restent fondamentalement les mêmes : restaurer l’équilibre budgétaire dans les pays africains en maîtrisant les dépenses de l’Etat et libéraliser l’économie sur le plan intérieur et vis-à-vis des marchés internationaux. Ceci dit, depuis la fin des années 90, les méthodes et les niveaux d’exigence évoluent. Les bailleurs ont admis que leurs politiques d’ajustement imposant aux Etats endettés de se conformer à des programmes extrêmement contraignants, ont entraîné bien des effets pervers. Ainsi, le dégraissage brutal des administrations a provoqué l’appauvrissement des classes moyennes et une généralisation catastrophique de la petite corruption. Aujourd’hui, les donateurs soulignent l’importance des Etats et la nécessité de leur rendre leurs prérogatives. Concrètement, ils envisagent de réduire l’aide à des projets qu’ils contrôlaient de A à Z et de financer les budgets des gouvernements afin de donner à ces derniers les moyens de conduire leurs propres politiques. C’est une évolution étonnante dans le discours des institutions financières internationales, naguère farouchement opposées au soutien budgétaire en soulignant à l’envi la corruption des Etats.

Y a-t-il un risque de détournement de l’aide ?
J. C. C’est bien sûr la difficulté. Mais les bailleurs ne vont pas renoncer à demander des comptes. Il s’agit plutôt pour eux d’abandonner un catalogue de conditionnalités pointilleuses et d’apprécier globalement si le pays suit une bonne politique et mérite le renouvellement de leur confiance. Etant bien entendu que cette bonne politique reste celle du consensus de Washington, qu’on demande aux pays africains de s’approprier (et de compléter par une politique de réduction de la pauvreté). Le Nepad est une initiative africaine, mais son approche libérale-stabilité monétaire, équilibre budgétaire, libéralisation du commerce et des flux de capitaux- garde l’empreinte des institutions financières internationales.

On change tout pour que rien ne change ?
J. C. On ne voit guère apparaître aujourd’hui d’alternative au consensus de Washington. Faut-il revenir à l’explosion des déficits publics, à la spirale de l’endettement et de l’inflation ? Mais redonner une marge de manœuvre aux Etats peut leur donner une chance pour mener avec plus de souplesse des politiques économiques dont l’échec passé tient, pour beaucoup, à la façon dogmatique dont elles ont été conduites. Ce dogmatisme régresse aujourd’hui. Les pays ayant un pouvoir de négociation, notamment en raison de leur poids économique et de la qualité de leurs administrations (Afrique du Sud ou Ouganda), ne se voient plus reprocher avec la même vigueur qu’hier les écarts-protections douanières, politique budgétaire…- à l’égard du consensus libéral. Quant aux pays les plus pauvres, en cas de libéralisation des échanges et de réduction des tarifs douaniers exigés par les bailleurs, ils peuvent désormais obtenir des exceptions, des délais et même parfois pour un temps, des subventions des donateurs compensant la baisse des recettes douanières. Quelque chose a bien changé dans le discours des bailleurs. Auparavant, on disait Africains : “Si vous appliquez le consensus de Washington, nous vous aiderons dans la mesure de nos possibilités.” A présent, c’est plutôt : “Appropriez-vous ces politiques, et nous doublons nos financements.” Reste à savoir si les pays riches réuniront les sommes annoncées et leur trouveront des emplois sufisamment rapidement.
Propos recueillis par Antoine de Ravignan

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Les bruits de la Cour : quand Sarko parle au peuple !

Posté par issopha le 17 septembre 2007

  

  Les bruits de la Cour : quand Sarko parle au peuple !

  

  

Il parle, il parle tout le temps. Vendredi, c’était devant un parterre de patrons à l’occasion de la remise du prix de l’audace créatrice. Morceaux choisis.



Ah ce Sarko, quel cabotin ! Vendredi, il remettait le prix de l’audace créatrice à une entreprise. À qui ? Un certain Jean-Michel Hiolle, président de « Hiolle Industrie », qui œuvre dans le secteur environnemental. Mais ça n’avait aucune importance. D’ailleurs, le site de l’Elysée ne prend même pas la peine de mentionner son nom. Dans le portfolio, on voit le lauréat deux fois et jamais avec son trophée. Théoriquement, c’est lui qu’on célèbre. Mais peu importe.

L’important, c’est qu’Il ait parlé. Sarkozy nous a à nouveau abreuvé de ses belles paroles. Son discours, beau, ciselé, brillant et creux comme les remerciements de Miss France. Mais ce n’est pas grave car son éclat envoûte et aveugle. Il maîtrise son personnage comme un acteur qui occupe l’espace avec ses silences, sa gestuelle. Il absorbe la lumière et plus personne n’existe autour de lui.

Un discours qui avait un arrière-goût de campagne électorale. Des restes brillamment accommodés avec quelques morceaux de bravoure. « Je veux porter une politique juste, pas une politique injuste. »

Bilingue franco-populo

Le Prince sait se mettre à la place du pauvre, de « celui-là qu’est ouvrier, qui travaille depuis 30 ans dans son usine et qui gagne 1200 € ». Et pour être compris, il cause comme lui, qui n’a pas eu son certificat d’étude. Mais comme il n’était pas au Palais pour l’interpeller, dans sa grande mansuétude, il lui a gentiment prêté sa voix. « Celui-là, il me dit : j’ai travaillé tous les mois et il me reste rien. Qu’est-ce que je dois faire, Monsieur le Président ? »

On relève le tout avec une petite anecdote, pour montrer qu’il ne se la joue grave pas (comme dirait Fadela). Une vieille dame l’a, un jour, interpellé pour lui dire qu’elle voudrait que son fils prenne exemple sur lui. « Si lui, il y est parvenu, toi, tu peux y arriver. » Jean-Marie Bigard n’aurait pas fait tant rire.

En guise d’accompagnement, une petite dose de culpabilité. On le disait croyant en un monde fait de bien et de mal, où le gentil est victime du méchant. Mais en matière économique, tout manichéisme y est interdit. « Que personne ne pense que dans les retards de notre pays, il n’y a que les fautes de notre classe politique à un moment donné. Nous sommes tous responsables.»

Ses phrases se gobent comme du loukoum. Pour ce qui est du contenu, c’est du sucre et rien d’autre… Ah si ! il a dit que, dans les prochaines semaines, il allait proposer de « très grands changements ». Comme il dit, « et si l’audace, c’était de dire les choses vraiment… Complètement… »

Pour voir la vidéo : cliquez là


Lundi 17 Septembre 2007 – 13:11

Jérôme Cohen-Bacri





1. Posté par LACAZE JOEL le 17/09/2007 13:29

ET SI C’ETAIT TRES TRES GRAVE? PLUS GRAVE QUE CE QUI ETAIT REDOUTE?SI LES ETRANGERS EN RIENT NOUS ALLONS DEVOIR DEPASSER LA HONTE!



2. Posté par coeurdeloup le 17/09/2007 14:18

@LACAZE JOEL

Meuh non… Jerry Springer, le donneur de leçons si proche du peuple ( et accessoirement aussi l’un des apôtres de la télé-poubelle… ) doit probablement le jalouser. Et c’est un modèle de sobriété pour tous les gagnants du loto et les futurs lauréats de Popstars.

C’est beau, la société du spectacle.



3. Posté par Georges GLISE le 17/09/2007 14:37

je me demande pourquoi il y a DEUX FORUMS « quand Sarko parle au pauple  » est-ce pour diviser les intervenants ? En fait cafouillage de Marianne



4. Posté par Eve le 17/09/2007 14:42

UbuSarko fait de plus en plus dans la série Z et les dickenseries, faut absolument lui offrir un lot de mouchoirs !

Passez chez Bayrou qui n’a pas tabou (à la demande de Hortefeux & co), hier à Seignosse :

« Je n’ai pas de contentieux personnel avec lui [NS], nous n’avons pas de cadavre dans les placards.
Mais j’ai avec lui un conflit de valeurs. J’ai une confrontation sur les valeurs et cela va bien plus loin qu’une divergence sur les « mesures », comme on dit, qu’il faut décider et prendre. Les valeurs, c’est ce qui donne sens à la vie. (…)
Le modèle où l’on vénère l’argent, non pas l’économie, non pas la création, non pas l’entreprise, mais où l’on propose l’argent comme valeur. La ministre de l’économie l’a dit, naïvement peut-être, sans nuances. Elle a dit : le but du gouvernement, c’est de « réhabiliter l’argent, corollaire du succès… ».

Je pensais qu’il y avait bien des choses à réhabiliter en France : l’effort, l’esprit critique, l’idée de justice, l’esprit démocratique, la séparation des pouvoirs, le respect des citoyens, l’amour de la liberté, mais j’avoue qu’il ne m’était pas venu à l’esprit que le but d’un gouvernement de mon pays pût être de réhabiliter l’argent. J’avais même l’impression qu’il se réhabilite bien tout seul, dans la société où nous vivons !

Et je conteste, en tant que père de famille, que le gouvernement vienne me dire que l’argent est le « corollaire du succès ». Comme père de famille, comme tous les pères et toutes les mères de famille de France, comme éducateurs, nous passons notre vie, et c’est parfois difficile, songez aux cités où l’on voit les trafics de sa fenêtre, nous passons notre temps à expliquer qu’il y a autre chose dans la vie, d’autres dignités, d’autres grandeurs, d’autres succès que l’argent ! Et nous aimerions bien que le gouvernement nous aide dans cette bataille qui consiste à transmettre à nos enfants une hiérarchie des valeurs, morales, intellectuelles, philosophiques, spirituelles !

L’argent, les biens matériels, il en faut, il y a beaucoup de gens qui en manquent, quelque chose me dit qu’il y aura dans les mois qui viennent, beaucoup de Français qui en auront moins.(…) »

Merci FB.



5. Posté par Le Bigorneau Libre le 17/09/2007 14:45

aaaaa



6. Posté par kerjean le 17/09/2007 15:58

@eve

c’est facile de causer.

sarko l’a bien prouvé non? en chantant la gloire de blum et Jaures.



7. Posté par Blarney le 17/09/2007 16:14

Article insignifiant & insipide dont le signataire pourrait se dédouaner en allant ,par exemple , faire une enquête sérieuse sur le racket opéré par les grandes surfaces -salade à 1,1O euro & artichaut à 1,3O . La vraie vie , il connaît ???



8. Posté par Juliet le 17/09/2007 17:16

6. Posté par kerjean
C’est vrai, il a chanté la gloire de Jaurès et de Blum. Il faut ce qu’il faut. Que je sache il y a plus de gens modestes, en France, que des richards. Pas folle la guêpe. Et puis il lui a fallut se requinquer. Fouquet’s, avion et bâteau de luxe,vacances à Malte puis, le pauvre, encore éreinté, vacances aux states. S’en est-il remis ? That is the question !

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OGM – Coton Bt Monsanto : les faits derrière le battage publicitaire

Posté par issopha le 17 septembre 2007

OGM – Coton Bt Monsanto : les faits derrière le battage publicitaire, par Grain.
  

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29 mai 2007








Grain, janvier 2007.


Cela fait maintenant plus de dix ans que le coton génétiquement modifié Bt est commercialisé. Il a été depuis introduit et testé dans plus de vingt pays. Sa culture est un succès évident pour Monsanto, la principale entreprise de coton Bt. Mais qu’est que cela a signifié pour les agriculteurs ? On peut avoir aujourd’hui une vision plus claire de ce qui se passe dans les fermes dans de nombreux pays à travers le monde.


Début novembre 2006, l’Institut national de recherche agricole du Burkina Faso a invité un groupe de journalistes, de scientifiques et d’agriculteurs sur un site d’essais de coton Bt dans la ville de Boni. On leur a montré deux petites parcelles de terre sur une ferme appartenant à Sofitex, la plus grosse entreprise cotonnière du pays. Sur l’une était planté du coton génétiquement modifié Bt et sur l’autre une variété conventionnelle. Il n’était pas difficile de voir la différence : le champs de coton Bt avait une meilleure production et il avait subi moins de dommages dus aux insectes, alors que, d’après les chercheurs, le coton Bt n’avait été traité que deux fois avec un pesticide alors que le coton conventionnel l’avait été six fois.

La démonstration était suffisante pour convaincre un grand nombre d’agriculteurs présents. « Je pense que nous pouvons maintenant nous lancer dans la culture du coton Bt, vu le résultat des expérimentations à Boni, » a déclaré Sessouma Amadou, un cultivateur de coton de la région de Kénédougou. (…)

Un mois plus tôt, dans une autre partie du pays, les champs de coton d’un projet très différent – visant à réduire l’usage des pesticides – étaient aussi présentés, bien que suscitant moins d’attention de la part du gouvernement et des médias. Les agriculteurs y montraient les résultats de la seconde année d’un programme intégré de contrôle des insectes, basé sur un modèle de ferme-école, où les agriculteurs ont développé des pratiques de contrôle des insectes en partageant les connaissances et en utilisant les moyens locaux. Et dans le cas présenté, les agriculteurs avaient complètement éliminé le recours aux pesticides chimiques dans leurs champs de coton sans réduire leurs rendements. [2]

Dans le Mali voisin, les agriculteurs ont obtenu les mêmes succès, avec leur programme, intitulé Projet de Gestion Intégrée de la Production et des Déprédateurs – GIPD, qui en est maintenant à sa quatrième année. Lors de la saison 2006, 1140 cultivateurs ont participé au programme. Leur production moyenne fut nettement supérieure à celle des cultivateurs de la même région utilisant des pesticides conventionnels (1240 kilos par hectare contre 1020 kilos), alors que les agriculteurs du GIPD n’avaient pas utilisé de pesticides chimiques. [3] Un agronome du Bénin qui a visité les champs au Mali pendant la saison 2005-6 a déclaré : « C’est presque impossible de croire ce que nous avons vu. Des champs épargnés par les insectes, avec des plants de coton pleins de capsules intactes ; on avait l’impression d’être dans des champs traités avec des pesticides. » (…)

« La première année (2002), le coton Bt fut un désastre, produisant 35% de moins que le coton non Bt, alors qu’il coûtait 4 fois plus. La troisième année, de nouvelles maladies se sont propagées dans le sol et la plante. Le bétail qui broutait le coton Bt a commencé à mourir. Et cette année (2006), les plants de Bt ont commencé à flétrir, obligeant les cultivateurs à les déraciner à contre-cœur. Dans le village de Mustyalapally, dans le Bhongir mandal de Nalgonda, les agriculteurs ont arraché le coton Bt de 41 des 51 acres plantés. La maladie s’est propagée aux villages voisins, répandant la panique parmi les cultivateurs. Les agriculteurs se sont plaints que les plantes mourraient lentement les unes après les autres parce que le système racinaire était gravement décomposé, sans qu’il y ait de système racinaire secondaire ou tertiaire sur le système principal. Même les capsules qui s’étaient formées sur ces plants flétris ne portaient aucunes graines. » [11]

Des agriculteurs ont réagi avec colère par des manifestations de rue violentes et en incendiant des points de vente de semences. Il y a eu le cas d’agriculteurs qui demandaient des dédommagements et qui ont pris un représentant de Mazhyco-Monsanto en otage. De nombreux autres cependant, ont quitté leurs fermes ou ont mis fin à leur vie. Dans la ceinture du coton de Vidarbha, où le coton Bt est largement répandu, le taux de suicide parmi les cultivateurs de coton atteint des sommets terribles, avec plus de 100 suicides de cultivateurs de coton par mois en 2006. [12]

On peut s’attendre à des problèmes bien plus graves à l’avenir. On rapporte que le ver de la capsule du coton (bollworm), le principal insecte ciblé par le coton Bt, commence déjà à développer une résistance. « Des foyers (d’infestation) près de Vadodara (Gujarat) sont alarmants », a déclaré le Dr K. R. Kranthi de l’Institut central de recherche sur le coton de Nagpur. « Et pour le reste du pays, ce n’est qu’une question de temps. » [13] Plus de 55% de tous les pesticides utilisés en Inde sont aujourd’hui employés pour la production du coton, même si cette culture n’occupe que 5% de la surface agricole du pays.(…)

- Lire l’ article www.grain.org/seedling/ ?id=475




L’industrie semencière veut interdire aux agriculteurs de semer leurs graines l’année suivante, par Grain.


Mettez du sang dans votre moteur ! La tragédie des nécro-carburants, par Dominique Guillet.

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Posté par issopha le 17 septembre 2007

Les APE et l’introduction des OGM

dans notre politique agricole

représentent un suicide

économique pour le Mali, comme

pour d’autres pays pauvres,

par Mariétou Konate.

 

 

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31 août 2007


www.abcburkina.net

Le mal des APE et les OGM



Soir de Bamako, 27 août 2007.


Le Mali proteste, mais… Mettre un terme aux APE [1] et à l’introduction des OGM dans la politique agricole, tel est le souci constant de certains pays de la zone CEDEAO et l’Afrique de l’Ouest. Ces APE et cette introduction des OGM dans notre politique agricole représentent un suicide économique pour notre pays, comme pour d’autres pays pauvres. D’ou des campagnes de protestation de la société civile malienne et d’autres organisations.

Rappelons que notre pays est devenu un pays cible pour les programmes de biotechnologie de l’USAID, d’où l’installation d’un centre d’informations sur les biotechnologies, avec le centre national de la recherche agricole (Institut d’Economie Rurale). Alors qu’il n’est pas facile, pour les pays pauvres, de résister à cette pression exercée par la super-puissance mondiale. Il faut reconnaître qu’avec cette question des OGM, peu de gouvernements osent affronter directement les Etats-Unis, et ceux qui le font courent toujours le risque de céder sous la pression permanente.

Au Mali, par exemple, l’un des pays les plus pauvres du monde, les Etat-Unis ont engagé des sommes considérables, que le pays risque de compromettre s’il n’ouvre pas ses portes aux OGM. Et les administrations finissent par aller contre les désirs de leurs populations pour apaiser les Etats-Unis, ou pire, pour obtenir leur part des miettes distribuées par les Etat-Unis. Alors que, dans ce jeu truqué du “donnant-donnant” auquel les élites jouent, les moyens d’existence de millions d’agriculteurs sont en péril.

Pourtant, sur le terrain, une fois que les gens comprennent ce qui est en train de se passer et ce qui est en jeu, la volonté de résister devient plus forte. Alors qu’on ne sait pas si les Etats-Unis réduiront ou non les subventions accordées à leurs producteurs de coton, le Mali doit mieux réfléchir soigneusement à ses décisions prochaines, concernant les essais en champs du coton BT.

Face à cette situation, les organisations paysannes, la société civile et d’autres organisations demandent aux leaders politiques, aux autorités du Mali de rester fermes face à la pression des Etats-Unis et de rejeter les OGM.

L’introduction des OGM n’arrange point le Mali, étant un pays pauvre. Quant aux APE qui doivent démarrer au plus tard le 1er janvier 2008, date ultime autorisée par l’OMC pour le maintien des accords préférentiels actuels, il faut empêcher sa signature et sa mise en oeuvre, car c’ est la mort programmée de l’économie africaine.

En ce qui concerne notre région, c’est la CEDEAO qui est l’espace de négociationet d’intégration économique et politique ; or, ces APE vont torpiller l’intégration régionale.

Cette signature n’arrange pas les pays ciblés, parce que les APE vont contraindre 77 pays à se soumettre, et affaiblir les politiques alimentaire de nos Etats. La question de l’impact des accords de partenariat éconmique en matière agricole, en ce qui concerne la souvernainté alimentaire, doit particulièrement retenir l’attention. En ce qui concerne le Mali, la signature des APE réduirait à néant les objectifs de la Loi d’Orientation Agricole.

De façon claire, les APE visent l’ouverture totale des marchés africains, dont maliens, aux produits finis, malgré le très grand fossé technologique, économique, bref, de développement entre l’Afrique et l’Europe.

Les intentions véritables des APE sont d’autant plus inquiétantes que les marchés africains sont déjà les plus ouverts aux produits étrangers, contrairement aux Etats européens qui ferment leurs frontières en imposant des taxes et barrièrs douanières prohibitives ou des mesures phytosanitaires inimaginables aux Etats africains africains.

Les objectifs de la régulation des échanges de produits agricoles doivent être de veiller à ce que les relations commerciales soient équitables et concourent à un développement équilibré, équitable et durable, prenant dûment en compte les considérations non commerciales, sans porter atteinte aux intérêts sociaux et environnementaux.

L’assainissement des marchés agricoles mondiaux doit permettre d’y trouver des prix rémunérateurs, capables de couvrir les coûts d’une production durable.

Mariétou Konate

(Titre : Le mal des APE et les OGM)


  Publié sur Le Mali

  Source : bilaterals.org www.bilaterals.org

Plus de 860 millions de personnes souffrent de faim. 30 millions de personnes en meurent - Nieleny 2007, Forum Mondial pour la Souveraineté Alimentaire.


Organismes Génétiquement Modifiés (OGM) dans l ’agriculture : Enjeux et Etat des lieux en Afrique de l’Ouest.

L’USAID : comment faire pour que le monde ait faim de cultures génétiquement modifiées.

OGM – Coton Bt Monsanto : les faits derrière le battage publicitaire, par Grain.

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Sondages, oracles, augures et haruspices, même combat ?

Posté par issopha le 17 septembre 2007

Sondages, oracles, augures et haruspices, même combat ?

Les anciens Grecs et Romains couraient après les oracles de toute sorte sans doute pour deviner la volonté divine mais surtout pour contrer leurs ennemis: l’augure voyait-il opportunément un oiseau voler à gauche « sinistrement », qu’il déclarait avec autorité que la réunion prévue ne pouvait se tenir car les dieux s’y opposaient. Aujourd’hui que le peuple est « la voix de Dieu », faut-il s’étonner que l’on coure après les sondages?

Ainsi, la conduite surprenante du nouveau président de la République dès les premières heures après son élection, jette-t-elle le trouble dans l’opinion. Aussitôt des sondages sont diligentés. Un président peut-il afficher une telle fringale de luxe en compagnie d’incultes du show-biz, exilés fiscaux ou non, et bénéficier, sans dommages pour la fonction, des largesses d’un milliardaire qui a forcément travaillé plus pour gagner plus ? « Les Français » consultés sont formels : 58 % d’entre eux, selon « Opinion Way » pour le Figaro et LCI, ne trouvent rien de choquant à cette conduite. « Le CSA-Cisco » renchérit : il estime même que ce sont 65 % des Français qui ne sont pas choqués. Les dieux ont parlé, et on n’en parle plus.

On ne refera pas le procès des sondages : leur réussite au second tour de la présidentielle leur a donné une nouvelle virginité. Oubliés leurs égarements précédents ! Il s’agit seulement de montrer l’usage illégitime qui en est fait ici dans une stratégie d’influence de l’opinion.

Ériger une instance d’autorité face à l’individu solitaire

Comme on l’a expliqué dans un article précédent, intitulé « Les sondages à la lumière des expériences de Solomon Asch sur la pression du groupe », il s’agit bien dans ce cas précis d’ériger une instance d’autorité au-dessus de la mêlée provoquée par la conduite déroutante du nouvel élu : même un de ses supporters fameux, le philosophe A. Finkelkraut, enseignant à Polytechnique, a osé écrire dans Le Monde que ce nouvel élu lui a « fait honte pendant trois jours ». Le groupe est cette instance produite par le sondage, devant laquelle on traduit l’individu solitaire face à son poste de télévision ou de radio ; et l’opinion plus ou moins fondée qui est attribuée à ce groupe, devient un argument d’autorité qui, par une pression implicite, souterraine, doit contraindre l’individu à s’y soumettre. Asch a montré que nul n’échappe aux effets dévastateurs de la pression du groupe : les plus conformistes (36,8 % des sujets étudiés) vont sans doute jusqu’à admettre les pires absurdités soutenues. Mais tous les autres, qui prétendent y résister, n’en sont pas moins perturbés au plus profond d’eux-mêmes, doutant de pouvoir avoir raison seuls contre tant de gens aussi raisonnables qu’eux, et ne pouvant se résoudre à penser qu’ils peuvent tous se tromper.
Ainsi, puisque 58 % ou 65 % – peu importe, c’est la majorité ! – pensent qu’il n’y pas de quoi être choqué, ceux qui sont scandalisés, sont dans l’erreur ou la folie. Le groupe – qu’on se le dise une fois pour toutes ! – est le critère ultime de la vérité et de la normalité.

Une folie sans cesse recommencée

La folie, pourtant, est ici de le croire. « Fou, dit l’Antigone de Sophocle, pourrait être celui qui me traite de folle. »

-  L’Histoire est pour une part le récit des absurdités auxquelles les foules ont cru dur comme fer : entre « 90 et 100 % des gens » pensaient que la Terre était plate, que le Soleil tournait autour de la Terre, ou que le spermatozoïde était un petit d’homme en miniature qui grandissait dans l’utérus, comme le pain qu’on met à cuire au four. En août 1914, on partait enthousiaste à la guerre qui, c’était sûr, serait finie à Noël. En avril 1944, une foule plébiscitait sur les Champs-Élysées le maréchal Pétain, peu différente de celle qui s’enthousiasmera le long de la même avenue, 4 mois plus tard, en août 1944, au passage du général de Gaulle et du gouvernement provisoire de la Résistance. À chacun d’ajouter à la liste ses propres exemples !
- 58% ou 65 % des Français – on n’est pas à un point près – peuvent bien estimer que le nouvel élu a le droit de s’afficher de façon ostentatoire avec la jet-set après avoir vanté les mérites du travail – dont, à regarder autour de soi, on n’est pas sûr d’ailleurs qu’il soit un moyen efficace pour s’enrichir – ce groupe n’a nulle autorité pour valider la pertinence de cette conduite.
Le jugement porté dépend, en effet, des valeurs auxquelles on se réfère. Si l’argent, et la suffisance qu’il permet d’exhiber sans vergogne, est la mesure de toute chose, alors ce groupe a raison. Si on considère, au contraire, que l’argent n’est nullement l’alpha et l’oméga d’une vie individuelle ni d’une vie sociale, et qu’un président a vocation à incarner d’autres valeurs, alors ce groupe a manifestement tort.

Ainsi les sondages sont-ils aujourd’hui utilisés comme les oracles dans l’Antiquité grecque et romaine. On en appelle à une prétendue volonté divine pour faire taire ses adversaires. Il existait, par exemple, une Sibylle à Cumes, près de Naples, au fond d’un long corridor souterrain que l’on visite toujours. Elle proférait des paroles si « sibyllines » justement qu’elles nécessitaient une traduction pour le malheureux fidèle venu la consulter. Des prêtres, comme il se doit, s’entremettaient, moyennant rétribution. On ne peut s’empêcher d’y penser quand on entend à la radio les pontifes des instituts de sondages extraire la quintessence de leurs pourcentages divins en empruntant – on peut le supposer – la même onction cardinalice. Paul VILLACH

 

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Philippe Val sur France Inter : un récital de mensonges et de calomnies sur CHOMSKY

Posté par issopha le 17 septembre 2007

Philippe Val sur France Inter : un récital de mensonges et de

calomnies contre Chomsky

Henri Maler

   

« Chomsky-Ben Laden, même combat ! », décrète le fabuliste de Charlie Hebdo, dans sa chronique du 14 septembre 2007 sur France Inter (que l’on peut écouter et dont on peut lire la transcription en « Annexe »).

Parce qu’il est exemplaire, ce récital de mensonges et de calomnies, destiné à instruire un procès en complicité qui débusque partout des alliés de Ben Laden, mérite qu’on s’y arrête, phrase après phrase.

Un « événement médiatique »…

« Je voudrais revenir sur un événement médiatique qu’on n’a pas assez bien mesuré la semaine dernière. Tout ce qui hait la démocratie nourrit également une haine basique des médias et des moyens d’information libre. On l’a vu encore avec la récente communication de Ben Laden, toujours intéressante – c’est toujours intéressant Ben Laden – dans laquelle il rend un hommage appuyé à Noam Chomsky. »

Philippe Val a patiemment étudié les 25 minutes – très « intéressantes », en effet… – que dure la récente vidéo de Ben Laden. Soucieux de partager les résultats de son analyse avec les auditeurs de France Inter, il a retenu ces quelques secondes (dont la diffusion ici même est le signe manifeste de notre complicité avec Al-Qaïda).

Voici la traduction (revue à partir de l’arabe). S’adressant aux étatsuniens, Ben Laden déclare, à propos de la « guerre injuste sur la terre de Mésopotamie » : « Cette guerre était complètement inutile, comme le montrent bien vos propres rapports et, parmi les plus capables pour vous parler de ce sujet et de la fabrication de l’opinion publique de votre côté, Noam Chomsky. Il a donné des conseils raisonnables avant la guerre. Mais le dirigeant du Texas n’aime pas recevoir de conseils. »

Dans l’instrumentalisation évidente du nom de Noam Chomsky à des fins de propagande Philippe Val préfère ne voir qu’un hommage appuyé et un « événement médiatique » qui résume le contenu de la vidéo !

I. Amalgames, mensonges et calomnies

1. Qu’un prétendu philosophe de l’envergure de Philippe Val étale son mépris pour ce qui le dépasse ne surprendra pas. Qu’il tire argument de la mention de Noam Chomsky par Ben Laden pour tenter de discréditer le premier est le trait de génie d’un fabricant en gros d’amalgames et de bouillies. Daniel Mermet est le premier bénéficiaire : « Les auditeurs d’Inter connaissent bien ce grand intellectuel américain puisque notre confrère Daniel Mermet a diffusé cinq heures d’entretien avec lui en mai dernier. Ben Laden est donc venu porter main-forte au promoteur des idées de ce sympathique intellectuel…  »

Mermet soutenu par Ben Laden…

2. Deuxième ingrédient de la tambouille : notre cuistot du camp de scouts des éditorialistes-chansonniers évoque une nouvelle fois une lettre de Chomsky sur la liberté d’expression, publiée (sans son accord préalable) en préface d’un livre de Faurisson, mais sans en mentionner le sens et la teneur [1] : « … ce sympathique intellectuel qui s’était déjà fait connaître des publics spécialisés grâce à une préface pour les écrits négationnistes de Faurisson. » Cela suffit pour faire passer le sous-entendu pour une information : Chomsky serait négationniste.

3. Pis : « Chomsky fait partie de ces génies qui croient que le commun des mortels est assez stupide pour penser qu’il ne peut pas exister de Juif antisémite. » Sans-le-dire-tout-en-le-disant, selon la rhétorique de l’insinuation fort prisée des pamphlétaires réactionnaires, le très démocrate Philippe Val suggère, à peine implicitement, que Chomsky est antisémite.

4. La cohérence étant le dernier souci de notre godelureau, il est inutile de chercher le moindre sens à la mise en opposition des deux parties de la phrase qui suit : « Alors même qu’il ne croit pas une seconde qu’il puisse y avoir des médias libres dans nos démocraties qu’il déteste, Chomsky n’hésite pas à déclarer sur France Inter qu’il est hostile à l’existence de l’Etat d’Israël, lequel Etat n’étant selon lui qu’une base américaine au Proche-Orient. »

Passons ici sur ce que dit exactement Chomsky sur les médias et les journalistes et sa prétendue détestation de « nos » démocraties [2].

Plus grave, parce qu’elle fait suite à l’amalgame avec Ben Laden et aux imputations, à peine masquées, de négationnisme et d’antisémitisme, l’affirmation selon laquelle Chomsky « est hostile à l’existence de l’Etat d’Israël, lequel Etat n’étant selon lui qu’une base américaine au Proche-Orient. ». Il suffit d’écouter ses déclarations au micro de Daniel Mermet pour comprendre que c’est une calomnie frauduleuse [3].


Format mp3 – Durée : 6’ 45″ – Téléchargeable ici

Résumons, au risque de simplifier une position, certes discutable, mais nuancée : Noam Chomsky se réclame d’un courant déterminé du sionisme et se déclare partisan d’un Etat binational, dont il affirme qu’il fut envisageable et qu’il reste un horizon. Mais trop de précision nuit à la santé intellectuelle des adeptes de la pensée « complexe » dont Philippe Val est une figure de proue. Il suffit à ce dernier de laisser entendre que Chomsky partage la même hostilité à l’existence de l’Etat d’Israël que Ben Laden.

5. Suit alors une nouvelle calomnie, destinée à établir que Chomsky est un négationniste en tout [4] : « Plus tard, Chomsky a encore précisé sa pensée politique en niant le génocide khmer. »

Ce mensonge éhonté, cent fois démenti, invite à s’interroger sur l’usage scientifique que l’on pourrait faire du mot « crapulerie ». Philippe Val avait déjà mis ce mensonge au service d’un rapprochement entre Chomsky et Hitler ; cette fois, il atteste de l’évidente proximité entre Chomsky et Ben Laden [5].

Chomsky a combattu pour que la fureur criminelle du régime de Pol Pot fasse l’objet d’informations précises et, surtout, s’est efforcé d’analyser comment et pourquoi, la dénonciation de ces crimes contre l’humanité a permis de masquer ceux qui ont été perpétrés au Timor Oriental. Un point, c’est tout [6].

Le faussaire est d’autant plus hargneux qu’il n’est que le dernier de la cohorte qui sévit depuis de longues années contre les positions de Chomsky, qui méritent d’être discutées, certes, mais pour ce qu’elles sont.

II. Un procès en complicité

Reprenons notre souffle… Il est impensable qu’un journaliste aussi accompli que Philippe Val ignore tout des sujets qu’il aborde dans ses nombreux pied-à-terre médiatiques. Il bosse ses éditos et ses chroniques comme un étudiant de science po préparerait le concours d’entrée de l’ENA ; il accumule les données, recoupe les informations. Ses propos sont pesés, ses phrases réfléchies et ses injonctions calculées. Quand il dit n’importe quoi, ce ne peut être par ignorance ou par erreur. Il dit le faux en connaissant le vrai : il ment, tout simplement, et, sur certaines questions, systématiquement.

Les moyens qu’il emploie sont parfaitement ajustés à la fin qu’il poursuit : rejeter dans l’enfer totalitaire tous ceux qui ne partagent ni sa conception maigrichonne de la démocratie ni sa critique superficielle du totalitarisme.

1. Pour instruire son procès en complicité, voire en communauté de pensée, Philippe Val revient alors à son point de départ…. pour impliquer Le Monde Diplomatique dans le « complot » dont il est le théoricien : « C’est donc un penseur très original, dont on peut de temps en temps – de temps à autres – lire les tribunes dans Le Monde diplomatique et qui vient d’avoir la caution suprême du plus indiscutable des ennemis de l’Amérique : Oussama Ben Laden lui-même. »

Le Monde Diplomatique et Ben Laden, même combat ?

… Plutôt une indéniable complicité : « Il faut dire que Ben Laden développe une théorie qui ne doit pas déplaire à Chomsky et à ses admirateurs. Dans sa dernière vidéo, Ben Laden prétend que nos médias ne sont que des instruments des empires colonialistes et qu’ils sont moins crédibles que les médias des pays dictatoriaux. » Qu’importe si Chomsky ne dit rien de tel (et s’il ne nous viendrait pas une seconde à l’esprit de soutenir une telle ineptie) : Philippe Val sévit sur France Inter pour que rien ne sépare la polémique et la calomnie.

2. « Et il [Ben Laden] poursuit par un hommage appuyé, donc, à Chomsky dont j’aimerais savoir ce que ça lui fait de compter désormais Ben Laden au nombre de ses admirateurs. Certes, il arrive qu’on n’ait pas les admirateurs qu’on mérite, il arrive aussi qu’on ne mérite pas ses admirateurs, mais dans le cas de Chomsky et de Ben Laden, je dirais plutôt qu’ils se sont enfin trouvés. »

Quand un dirigeant du MNR de Bruno Mégret cite, pour les approuver, les propos de Philippe Val, faut-il dire que « dans le cas » de Bruno Mégret et Philippe Val, ils se sont « enfin trouvés » [7] ? Puisque Ben Laden, dans la vidéo, s’en prend à George Bush pour ne pas avoir signé le protocole de Kyoto, on pourrait imaginer que le Président étatsunien, inspiré par Philippe Val, déclare que la caution de Ben Laden est bien la preuve que les signataires du Protocole ne sont qu’une coalition de totalitaires qui se sont « enfin trouvés ». Mais les vrais conseillers de George Bush sont manifestement moins subtils que Philippe Val… et ses conseillers.

Le déluge non de distorsions polémiques, mais d’insinuations calomnieuses et de mensonges avérés semble donc devoir s’achever sur cette équation : Chomsky=Ben Laden. Défenseurs de Chomsky= admirateurs de Ben Laden…

3. … Mais ce n’est pas fini. D’ailleurs, Philippe Val n’en finit jamais… Chomsky est également coupable de complicité a posteriori avec Al-Qaïda : « En octobre 2001, dans une interview à propos du 11-Septembre, Chomsky expliquait la nouveauté de cette action terroriste. Pour la première fois, disait-il, alors que l’Amérique a commis tant de crimes hors de ses frontières – comme d’ailleurs l’Europe qui ne vaut pas plus cher que l’Amérique – la violence était dirigée contre elle et sur son territoire. Pas un mot pour déplorer, mais tout un long raisonnement pour justifier. Et comme remède, pour calmer la juste indignation des terroristes d’Al-Qaïda, à la fin de l’interview, Chomsky prônait un soulèvement populaire des citoyens des démocraties américaine et européennes contre leurs régimes qui, apparemment, sont ce qu’on peut trouver de pire sur terre. »

Nouvelle calomnie. Chomsky n’a jamais mâché ses mots pour dire la répulsion que lui inspire le massacre de masse du 11 septembre, comme tous ceux – beaucoup plus meurtriers – auxquels il a osé le comparer. Et le grand philosophe Philippe Val, qui aime se présenter comme un disciple de Spinoza – « Ni rire, ni pleurer, mais comprendre », c’est de lui -, ressasse désormais, à l’instar de quelques-uns de ses confrères, ce poncif réactionnaire : tenter d’expliquer, c’est justifier. Pour condamner, mieux vaut ne pas comprendre : du Spinoza pur jus !

4. Installé dans le camp du bien, bouffon de la cour qui l’honore, fabulateur qui se croit fabuliste, Philippe Val orne son propos d’une « moralité ». Elle nous apprend que le monde se divise en deux : Chomsky-Ben Laden et « la critique totalitaire des médias » [8], d’un côté ; Philippe Val et ses amis de l’autre :

« Je pense qu’il y a deux sortes de critiques du journalisme et des médias : celle qui les hait et veut leur mort, et celle qui les aime et veut qu’ils s’améliorent. Ces deux critiques n’ont rien en commun. L’une est totalitaire – et c’est celle de Ben Laden et des intellectuels auxquels il rend hommage – et l’autre est celle des démocrates exigeants : on aimerait parfois que la différence apparaisse plus clairement. »

Si Noam Chomsky n’est nullement au-dessus de toute critique, Philippe Val, lui, est (nettement) en dessous. Est-il « totalitaire » de le dire ? Est-ce haïr le journalisme de désespérer que Philippe Val s’améliore ?

Il y a deux sortes de journalistes : ceux dont la verve se nourrit d’un minimum de respect pour la vérité et ceux dont la bêtise haineuse et « valienne » a envahi le cerveau. Les premiers sont de salubrité publique, les seconds sont des imitateurs de Philippe Val. On aimerait parfois que la différence apparaisse clairement sur France Inter.

Epilogue

- Nicolas Demorand : « Merci Philippe Val, j’imagine qu’on en reparlera sur le répondeur téléphonique de l’émission de Daniel Mermet ! » Pas question, bien sûr, d’en reparler au micro de Demorand qui a opportunément oublié qu’il avait invité la semaine précédente Emmanuel Todd, lui aussi cité par Ben Laden, sans lui demander – il faut lui en savoir gré… –, si Ben Laden et lui s’étaient « enfin trouvés  ».

Mais quand il s’agit de Chomsky et de quelques autres…

Henri Maler

- Transcription Marie-Anne Boutoleau – Ingénieur du son et voleur d’images : Ricar. Merci aux traducteurs anonymes.



Annexes

- A écouter : Philippe Val sur France Inter.


Format mp3 – Durée : 3’ 03″ – Téléchargeable ici

- A lire : Philippe Val sur France Inter.

Philippe Val : Je voudrais revenir sur un événement médiatique qu’on n’a pas assez bien mesuré la semaine dernière. Tout ce qui hait la démocratie nourrit également une haine basique des médias et des moyens d’information libre. On l’a vu encore avec la récente communication de Ben Laden, toujours intéressante – c’est toujours intéressant Ben Laden – dans laquelle il rend un hommage appuyé à Noam Chomsky.

Les auditeurs d’Inter connaissent bien ce grand intellectuel américain puisque notre confrère Daniel Mermet a diffusé cinq heures d’entretien avec lui en mai dernier. Ben Laden est donc venu porter main-forte au promoteur des idées de ce sympathique intellectuel qui s’était déjà fait connaître des publics spécialisés grâce à une préface pour les écrits négationnistes de Faurisson. Chomsky fait partie de ces génies qui croient que le commun des mortels est assez stupide pour penser qu’il ne peut pas exister de Juif antisémite.

Alors même qu’il ne croit pas une seconde qu’il puisse y avoir des médias libres dans nos démocraties qu’il déteste, Chomsky n’hésite pas à déclarer sur France Inter qu’il est hostile à l’existence de l’Etat d’Israël, lequel Etat n’étant selon lui qu’une base américaine au Proche-Orient.

Plus tard, Chomsky a encore précisé sa pensée politique en niant le génocide khmer.

C’est donc un penseur très original, dont on peut de temps en temps – de temps à autres – lire les tribunes dans Le Monde diplomatique et qui vient d’avoir la caution suprême du plus indiscutable des ennemis de l’Amérique : Oussama Ben Laden lui-même.

Il faut dire que Ben Laden développe une théorie qui ne doit pas déplaire à Chomsky et à ses admirateurs. Dans sa dernière vidéo, Ben Laden prétend que nos médias ne sont que des instruments des empires colonialistes et qu’ils sont moins crédibles que les médias des pays dictatoriaux.

Et il poursuit par un hommage appuyé, donc, à Chomsky dont j’aimerais savoir ce que ça lui fait de compter désormais Ben Laden au nombre de ses admirateurs. Certes, il arrive qu’on n’ait pas les admirateurs qu’on mérite, il arrive aussi qu’on ne mérite pas ses admirateurs, mais dans le cas de Chomsky et de Ben Laden, je dirais plutôt qu’ils se sont enfin trouvés.

En octobre 2001, dans une interview à propos du 11-Septembre, Chomsky expliquait la nouveauté de cette action terroriste. Pour la première fois, disait-il, alors que l’Amérique a commis tant de crimes hors de ses frontières – comme d’ailleurs l’Europe qui ne vaut pas plus cher que l’Amérique – la violence était dirigée contre elle et sur son territoire. Pas un mot pour déplorer, mais tout un long raisonnement pour justifier. Et comme remède, pour calmer la juste indignation des terroristes d’Al-Qaïda, à la fin de l’interview, Chomsky prônait un soulèvement populaire des citoyens des démocraties américaine et européennes contre leurs régimes qui, apparemment, sont ce qu’on peut trouver de pire sur terre.

Je pense qu’il y a deux sortes de critiques du journalisme et des médias : celle qui les hait et veut leur mort, et celle qui les aime et veut qu’ils s’améliorent. Ces deux critiques n’ont rien en commun. L’une est totalitaire – et c’est celle de Ben Laden et des intellectuels auxquels il rend hommage – et l’autre est celle des démocrates exigeants : on aimerait parfois que la différence apparaisse plus clairement.

Nicolas Demorand  : Merci Philippe Val, j’imagine qu’on en reparlera sur le répondeur téléphonique de l’émission de Daniel Mermet !

C’était la chronique matinale et hebdomadaire de Philippe Val, le 14 septembre 2007 sur France Inter.

_________________________________________________

[1] Voir, sur Dailymotion, cette vidéo (extraite de « Chomsky, les médias et les illusions nécessaires », un film de M. Achbar et P. Wintonick, 1993 …) : « Chomsky et l’affaire Faurisson.

[2] Il suffit de mentionner l’une de ces déclarations les plus récentes, au micro de Mermet et publiée par Le Monde Diplomatique d’août 2007 : « Aux Etats-Unis, la liberté d’expression est protégée à un degré que je crois inconnu dans tout autre pays du monde. » Preuve évidente de détestation… Et encore : « Quand des journalistes sont mis en cause, ils répondent aussitôt : « Nul n’a fait pression sur moi, j’écris ce que je veux. » C’est vrai. Seulement, s’ils prenaient des positions contraires à la norme dominante, ils n’écriraient plus leurs éditoriaux. La règle n’est pas absolue, bien sûr ; il m’arrive moi-même d’être publié dans la presse américaine, les Etats-Unis ne sont pas un pays totalitaire non plus. Mais quiconque ne satisfait pas certaines exigences minimales n’a aucune chance d’être pressenti pour accéder au rang de commentateur ayant pignon sur rue. C’est d’ailleurs l’une des grandes différences entre le système de propagande d’un Etat totalitaire et la manière de procéder dans des sociétés démocratiques. ». Ne demandez pas à Philippe Val de comprendre : il a réussi à « accéder au rang de commentateur ayant pignon sur rue ».

[3] Extrait de « Chomsky et Cie (6) », émission diffusée le 21 mai 2007 dans « Là-bas si j’y suis ».

[4] Philippe Val ne va pas jusqu’à affirmer que Chomsky aurait douté, non seulement du génocide Khmer, mais aussi de l’existence des chambres à gaz. Mais d’autres l’ont fait avant lui. Voir par exemple : Cela ne mérite même pas un droit de réponse.

[5] « Le négationnisme fait partie intégrante du crime, en temps réel. L’effacement des traces n’est que la continuation du même geste qui tue. On le trouve dans tous les génocides du XXème siècle . Hitler par deux fois fait allusion au génocide arménien, afin d’y adosser son action. Noam Chomsky, qui a préfacé l’ouvrage de Faurisson, est également un négateur du génocide cambodgien. Les génocides sont liés entre eux par leurs négateurs. » (éditorial de Charlie hebdo du 21 mars 2007. Lire ici même : « Philippe Val, propagateur de calomnies et docteur ès déontologie.

[6] Sur ce point voir ici même : « Cambodge et Timor » dans « Noam Chomsky et les médias français ».

[7] Le 27 août 2005, l’un des dirigeants du mouvement, Roger Cuculière explique que : « Sous couvert d’activités religieuses, nous avons affaire à un parti islamique (ou islamiste) qui déguise ses initiatives politiques sous des apparences religieuses. J’ai eu la surprise de retrouver cette idée chez un éditorialiste qui est à l’opposé de ce que nous représentons, Philippe Val, de Charlie hebdo, dans un numéro d’octobre 2004.  »[[Voir sur le site du MNR Cité dans PLPL, n°26, octobre 2005).

[8] Qui, Philippe Val l’avait déjà établi, réunit des « admirateurs » de « Staline, Hitler, Pol Pot, l’Ayatollah Khomeyni, Franco, Mao Tsé Toung, Fidel Castro ». Lire ici même : « Une caresse de Philippe Val.

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