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LES ORGANISATIONS AU SERVICE DES VRAIS MAITRES DU MONDE

Posté par issopha le 3 septembre 2007

Maitres du Monde


 

 Les organisations du pouvoir planétaire 

 

 
 
Cher lecteurs , 
je vous propose ci-dessous un florilège d'articles et de liens 
sur la synarchie politique mondiale dont 
le New World Order ( Nouvel Ordre Mondial )
proclamé par Georges Bush Père , 
à la veille de l'Opération militaire " Desert Storm " 
menée par les USA et leurs alliés en 1991 , 
constitue le point d'ancrage.
(Voir la vidéo ci-dessous).
Pour visualiser au mieux cette page 
et les illustrations qui l'accompagnent , 
veuillez cliquer sur le lien ci-dessous : 
http://www.syti.net/Organisations.html
Le chapitre concerné identifie les présumées 
"VERITABLES ORGANISATIONS AU SERVICE DU POUVOIR PLANETAIRE"
A voir également le lien suivant: 
http://www.syti.net/Agents.html
Visages découverts de ceux que Sylvain TIMSIT,
le concepteur du site www.syti.net  ,considère comme :
Les AGENTS AU SERVICE DES MAITRES DU MONDE.
Vous laissant le soin de vous forger vous-même 
votre propre opinion , je vous souhaite 
bonnes visite et lecture.
 
Issopha , Administrateur du site.
 
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Le gouvernement mondial

Au pouvoir déclinant des gouvernements des états-nations s’est substitué un nouveau pouvoir, planétaire, global, et échappant au contrôle de la démocratie. Les citoyens continuent d’élire des institutions nationales alors que le pouvoir réel a été déplacé vers de nouveaux centres.La planète est aujourd’hui dirigée par une constellation d’organisations au rôle exécutif ou politique.

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Les organisations exécutives se répartissent en 3 sphères de pouvoir:
- la sphère du pouvoir économique et financier
- la sphère du pouvoir militaire et policier
- la sphère du pouvoir scientifique

Le pouvoir politique du système est exercé par une quatrième catégorie d’organisations: les « clubs de réflexion », réseaux d’influence, ou réunions de « global leaders » comme le Groupe de Bilderberg ou le World Economic Forum de Davos.

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Toutes ces organisations ne sont pas concurrentes mais étroitement liées et complémentaires.

Elles forment un ensemble dont la cohésion est assurée par l’appartenance simultanée de certaines personnalités à plusieurs organisations.

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Ces personnes-clé peuvent être considérées comme les Maitres du Monde. Quelques uns sont des leaders politiques de premier plan, comme George Bush (le père) ou Henry Kissinger. Mais la plupart d’entre eux sont inconnus du grand public.

En observant le diagramme de ces organisations, ceux qui connaissent la cybernétique verront à quel point ce système a été ingénieusement conçu. Structurées en réseau, plusieurs organisations se partagent la même fonction, et les centres ainsi que les « circuits de commande » ont été doublés ou triplés, afin d’assurer plus de sécurité et de stabilité à l’ensemble.

Ainsi, au cas où une organisation ou un lien devient inopérant, le contrôle global n’est pas menacé. Exactement comme Internet: un système sans centre unique, dont les flux d’information peuvent « contourner » un centre local hors service.

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Les instances exécutives    

 L’OCDE , l’organisation initiatrice de l’AMI, conçoit les règles du commerce mondial et influence de très près la politique économique des pays occidentaux. Elle rassemble 30 pays développés qui « partagent les principes de l’économie de marché » 

 

http://www.syti.net/AMI.html

http://www.monde-diplomatique.fr/1998/02/WALLACH/10055.html

http://www.monde-diplomatique.fr/1997/12/RAMONET/9665.html

http://inspiration.ifrance.com/inspiration/omc.htm?

http://www.syti.net/FTAArepression.html

 

http://www.oecd.org/home/0,2987,en_2649_201185_1_1_1_1_1,00.html

Le Fond Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale dessinent l’économie et l’environnement de la planète par le biais des prêts accordés aux états du Tiers-Monde à condition qu’ils appliquent une politique économique d’inspiration ultra-libérale, au mépris des réalités humaines et écologiques. 

http://www.imf.org/

 http://www.worldbank.org/

 

L’Organisation Mondiale du Commerce (OMC, ou WTO en anglais) fixe les règles du commerce mondial, en réduisant considérablement la marge de décision des états dans le domaine de l’économie ou de l’environnement.

 http://www.wto.org/

 La Commission Européenne (ou « Commission de Bruxelles ») est le gouvernement de l’Union Européenne. Ses membres ne sont pas élus, et le public n’est jamais informé de leurs décisions. Des parts croissantes du pouvoir des états sont transférés à cette Commission qui n’est soumise à aucun contrôle démocratique. (La législation européenne représente déjà 80% des lois appliquées par les états de l’Union.)Ces transferts de souveraineté ont été réalisés par des politiciens de droite et de gauche, dans le but de faire échapper au débat public l’essentiel des décisions économiques, sociales, et environnementales.

De plus, la Commission Européenne est entièrement sous l’influence des lobbies industriels qui sont les grands inspirateurs de la réglementation européenne. La politique européenne est élaborée en étroite collaboration avec l’European Round Table qui rassemble les dirigeants des grandes multinationales européennes. L’European Round Table est associée à toutes les grandes décisions en matière économique, financière, sociale, ou environnementale. Enfin, beaucoup de Commissaires Européens sont très liés à des multinationales ou à des réseaux d’influences favorables au libéralisme et à la mondialisation.

Par ailleurs, de nombreux commissaires européens sont membres du très puissant « Groupe de Bilderberg »:

- Jose Manuel Barroso (actuel président de la Commission Européenne, ancien premier ministre du portugais)
- Frits Bolkestein (le commissaire européen auteur de la « directive Bolkestein« )
- Romano Prodi (ancien président de la Commission Européenne, premier ministre italien)
- Jacques Santer (ancien président de la Commission Européenne, ancien premier ministre du Luxembourg)
- Sir Leon Brittan (vice-président de la Commission, ardent promoteur des traites AMI et NTM, ancien négociateur européen pour le GATT)
- Pascal Lamy (fervent partisan de l’AMI, et responsable de la modification de l’article 133 du Traité d’Amsterdam afin que les états donnent définitivement les pleins pouvoirs à la Commission pour la négociation et la signature des traités économiques de type AMI)
- Edith Cresson (ancien membre de la Commission, ancien premier ministre français, ancien ministre du commerce, ancien membre de la direction de Schneider)
- Emma Bonino
- Mario Monti
(ex Banca Commerciale Italiana)
- Hans Van Den Broeck
- Karel van Miert
- Erkki Liikanen
- Ritt Bjerregaard

A la BCE, la Banque Centrale Européenne, on retrouve encore d’autres participants au Groupe de Bilderberg:

- Jean-Claude Trichet (président de la BCE)
- Wim Duisenberg (ancien président du directoire la BCE, ancien président de la De Nederlandsche Bank)

- Otmar Issing (membre du directoire)
- Tommaso Padoa-Schioppa (membre du comité exécutif)

Les « clubs de réflexion »
LES ORGANISATIONS AU SERVICE DES VRAIS MAITRES DU MONDE dans COULISSES ET RESEAUX DU POUVOIR BlueBall Le Word Economic Forum est une organisation qui rassemble les hommes les plus puissants et les plus riches de la planète. Le critère d’admission au sein de ce réseau est le niveau de pouvoir, de richesse, et d’influence du candidat, dans le domaine de l’économie, de la politique internationale, de la technologie, ou des médias. La principale réunion du World Economic Forum a lieu chaque année à Davos, en Suisse, à la fin du mois de Janvier. Tout au long de l’année, les membres les plus importants de cette organisation sont reliés par un super-réseau de vidéo-conférence, « Wellcom », qui leur permet de se concerter à tout moment sur les décisions mondiales importantes. Exactement comme dans le film « Rollerball« , qui décrit un monde futur où les cartels économiques ont pris le pouvoir et où une élite planétaire prend ses décisions lors de vidéo-conférences similaires.

http://www.weforum.org/en/index.htm 

vide dans LE NOUVEL ORDRE MONDIALLa Trilateral Commission est un organisme de réflexion international co-fondé en 1973 par David Rockefeller et Zbigniew Brzezinski (ancien conseiller du président Jimmy Carter). Il réunit des dirigeants des 3 zones économiques principales: Amérique du Nord, Europe de l’Ouest, Japon.http://www.trilateral.org/


 

 Le CFR (Council on Foreign Relations) est une organisation américaine qui rassemble des leaders politiques ou économiques de haut niveau (comme George Bush père, Henry Kissinger, ou David Rockefeller, le président du CFR). Depuis le début du 20è siècle, presque tous les présidents américains sont des membres du CFR. Le Comité consultatif du CFR comprend des représentants étrangers, comme Michel Rocard (ancien premier ministre français), Otto Lamsdorf (ancien ministre des finances allemand), Brian Mulroney (ancien premier ministre canadien), ou Lord Conrad Black (président du groupe de presse Hollinger, et par ailleurs proche de l’administration Bush).
 http://www.cfr.org/
Le Groupe de Bilderberg , fondé en 1954, est sans doute le plus puissant des réseaux d’influence. Il rassemble des personnalités de tous les pays, leaders de la politique, de l’économie, de la finance, des médias, ainsi que quelques scientifiques et universitaires. Pour ceux qui enquêtent sur les réseaux de pouvoir, le Groupe de Bilderberg est le véritable gouvernement mondial. Le président et co-fondateur du Bilderberg Group est David Rockefeller.

http://www.syti.net/Organisations/Bilderberg.html


 
Voici les listes par pays des membres du Groupe de Bilderberg: USA, Canada, Grande Bretagne, France, Belgique, Suisse, Hollande, Allemagne, Autriche, Italie, Espagne, Portugal, Norvège, Suède, Danemark, Finlande, Luxembourg, Irlande, autres pays

   Le Siècle est un club de reflexion qui rassemble les membres les plus puissants et influents de la classe dirigeante française: responsables politiques, présidents de grandes entreprises, et journalistes des médias qui « font l’opinion ».

 http://www.syti.net/Organisations/LeSiecle.html


 

  La Fondation Saint-Simon est une organisation très similaire au Siècle. Elle s’est dissoute en 1999 après avoir beaucoup contribué à la conversion idéologique de la gauche française au libéralisme.http://www.syti.net/Organisations/SaintSimon.html
 

  L’IFRI (Institut Français des Relations Internationales) est une sorte de CFR à la française. On y retrouve des politiciens de droite et de gauche, des patrons de grandes entreprises, des journalistes, et quelques universitaires.
 http://www.ifri.org/frontDispatcher

Le Club de Rome est un « club de réflexion » de leaders politiques et économiques, principalement européens.http://www.clubofrome.org/

Les sociétés secrètes

 
 Le Bohemians Club
Une société secrète où les puissants de ce monde se retrouvent pour d’étranges cérémonies au parfum de satanisme.Pour en savoir plus , cliquer sur le lien ci-dessoushttp://www.syti.net/Organisations/Bohemians.html


 

Les Illuminati sont une « élite dans l’élite » qui se réunit au sein d’une organisation secrète fondée sous sa forme actuelle au 17è siècle. Originellement, leur projet était de changer radicalement le monde, en anéantissant le pouvoir des régimes monarchiques qui, à cette époque, entravaient le progrès de la société et des idées. La Révolution Française et la fondation des Etats-Unis auraient été des résultats de leur stratégie. Pour les Illuminati, la démocratie politique était un moyen et non une fin en soi. Selon eux, le peuple est par nature ignorant, stupide, et potentiellement violent. Le monde doit donc être gouverné par une élite éclairée. Au fil du temps, les membres de ce groupe sont passés du statut de conspirateurs subversifs à celui de dominateurs implacables dont le but essentiel est de conserver leur pouvoir.

Pour en savoir plus : 

http://www.syti.net/Organisations/Illuminati.html

Le terme « Illuminati » signifie littéralement « les Illuminés » (du latin « illuminare »: illuminer, connaître, savoir)Leur symbole est présent sur les billets de 1 dollar: une pyramide dont le sommet (l’Elite) est éclairé par l’oeil de la conscience et domine une base aveugle, faite de briques identiques (la population).Les deux mentions en latin sont très significatives. « NOVUS ORDO SECLORUM » signifie « nouvel ordre pour les siècles ». En d’autres termes: nouvel ordre mondial. Et « ANNUIT CŒPTIS » signifie: « notre projet sera couronné de succès ».Un projet aujourd’hui proche de sa réalisation finale.
ConeIndigo dans LES NOUVEAUX MAITRES DU MONDEpour plus d’infos, cliquer sur la pyramide…

© Syti.net, 2001

Qui sont les Maitres du Monde?…

 

Voici quelques participants aux organisations des Maitres du Monde.Sur leur visage se lisent des caractéristiques communes: grande intelligence, subtilité, cynisme, dureté, détermination, absence de scrupules (« la fin justifie les moyens »), sans oublier cet ineffable plaisir d’appartenir à une élite et pouvoir contempler le monde vu d’en-haut…


 
 
 
A voir également le lien suivant: 
 
http://www.syti.net/Agents.html
 
Visages découverts de ceux que Sylvain TIMSIT,
 
le concepteur du site www.syti.net  ,considère comme :
 
Les AGENTS AU SERVICE DES MAITRES DU MONDE.
 
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votre propre opinion , je vous souhaite 
 
bonnes visite et lecture.
 
 
 
Issopha , Administrateur du site.

De haut en bas, et de gauche à droite: 1
Henry Kissinger (ministre des affaires étrangères de Nixon, président de Kissinger Associates Inc.)
George Bush (ancien président des Etats Unis, ancien directeur de la CIA de 1976 à 1977)
2
Philippe Jaffré (ex président d’Elf Aquitaine, ex PDG du Crédit Agricole)
Giovanni Agnelli (président de Fiat)
Michel Camdessus (ancien président de la Banque Mondiale, ex gouverneur de la Banque de France)
Jean-Claude Trichet
(gouverneur de la Banque de France, président de la BCE, la banque centrale européenne)
Etienne Davignon
(président de la Société Générale de Belgique)
3
Giulio Andreotti (l’homme qui a dirigé l’Italie durant presque 30 ans; impliqué dans de multiples scandales en relation avec la mafia, la loge maçonnique P2, et les attentats d’extrême droite en Italie dans les années 70)
Leon Brittan (vice président de la Commission Européenne, négociateur européen pour le GATT, ardent promoteur des traités AMI et NTM)
Hillary Clinton (sénateur du Parti Démocrate, épouse de Bill Clinton)
Tony Blair (premier ministre de Grande Bretagne)
Ernest Antoine Seillière
(président des holdings Wendel Investissement et CGIP, président du MEDEF, l’organisation des chefs d’entreprise de France)
4
James Wolfensohn (président de la Banque Mondiale)
David Rockefeller (président de la Chase Manhattan Bank)
Bill Gates
(président de Microsoft)
5
Franz Vranitzky (ancien Chancellier d’Autriche)
Hilmar Kopper
(président du directoire de la Deutsche Bank)
Vernon Jordans (directeur général de la Banque Lazard)

Zbigniew Brzezinski (membre du CFR, ancien conseiller du président Jimmy Carter)
6
Bertrand Collomb (président de Lafarge)
Andre Levy-Lang (ex président de la banque Paribas)
Thierry de Montbrial (directeur de l’Ecole Polytechnique, membre de la
Trilatérale, directeur de l’IFRI)
7
Pascal Lamy (Commissaire Européen, et fervent partisan de l’AMI)
Giulio Tremonti (ministre italien des Finances, député de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi)
Maurice Lippens (président de Fortis Bank)
 


D’autres photos des Maîtres du Monde au World Economic Forum de Davos en Janvier 2004http://www.weforum.org/en/index.htm


En complément de cette page, les « agents des Maîtres du Monde« , avec les indices de contrôle et de collaboration de quelques personalités ou organisations à la pensée unique et au nouvel ordre mondial.http://www.syti.net/Agents.html

 

Publié dans COULISSES ET RESEAUX DU POUVOIR, LE NOUVEL ORDRE MONDIAL, LES NOUVEAUX MAITRES DU MONDE | Pas de Commentaire »

 » THINK TANKS  » en FRANCE ( Boîtes à Idées au service du Pouvoir )

Posté par issopha le 3 septembre 2007

Maitres du Monde


Les organisations du pouvoir planétaire


Cher lecteur , l’article ci-dessous est récupéré du site de Sylvain TIMSIT que vous pourrez consulter en cliquant sur le lien suivant : http://www.syti.net , consacré entre autres aux Nouveaux Maitres du Monde , avec une analyse pointue , détaillée , illustrée de leurs idéologies,  organisations , moyens d’influence et d’action. Bien évidemment , le lecteur pourra lui-même se faire son opinion , toutes les révélations devant faire l’objet d’une distanciation critique dans l’optique d’une vérification des faits rapportés.

Certaines informations  pourront paraître caduques et nécessitent donc une réactulisation que le lecteur pourra lui-même faire , en fonction des nouvelles informations dont il dispose.

Bonne lecture.

Issopha ,   l’administrateur du blog.

VOYAGE AU COEUR DES CERCLES DE REFLEXION FRANCAIS

AU SERVICE DU POUVOIR
 

Le Siècle


« Le Siècle » est un « club de réflexion » (ou « think tank ») qui réunit les membres les plus puissants et influents de la classe dirigeante française. On y retrouve des politiciens de droite et de gauche, les patrons des plus grandes entreprises françaises, des journalistes de premier plan dans les médias qui « font l’opinion », et quelques universitaires. Le Siècle compte un peu plus de 500 membres choisis par cooptation, auquels s’ajoutent 200 invités renouvelés chaque année. Une fois par mois, les membres du Siècle se réunissent au très sélect Automobile Club de France, place de
la Concorde. De 20h à 21h, un apéritif permet de choisir librement ses interlocuteurs. A 21 heure vient l’heure du dîner. Les convives sont placés par groupes de 7 ou 8 autour d’un chef de table qui veille à organiser le débat et à éviter les apartés. Le repas se termine à 22h45. Ceux qui le souhaitent peuvent prolonger la soirée au bar.
 
Récemment sur Canal Plus, les « Guignols de l’info » ont fait allusion au Siècle, avec une séquence où une organisation nommée « Le Spectre » gouverne secrètement
la France. Dans une mise en scène à la manière de James Bond – « Octopussy » ou de la série TV « Le Prisonnier », on y voit des personnalités médiatiques et politiques obéir servilement aux ordres du « n°1″ de l’organisation, incarné par la marionnette d’Ernest Antoine Seillière.
 
 

Zoom sur quelques membres du Siècle

  Philippe Jaffré
Né en 1945. Enarque. Fils d’Yves-Frédéric Jaffré, conseiller de Pierre Laval. Frère de Jérôme Jaffré, administrateur de
la Sofres (l’un des principaux instituts de sondages en France). Conseiller de René Monory en 1979, dans le gouvernement de Raymond Barre et sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Chef de service au ministère de l’économie et des Finances (1986). Il fut, avec Jacques Friedmann, l’un des principaux artisans des privatisations de 1987. Il présida ensuite plusieures filiales du Crédit agricole jusqu’en 1991. Pdg d’Elf-Aquitaine de 1993, jusqu’à la fusion de Elf avec Total. Il fut alors connu du grand public à cause de la fabuleuse indemnité de départ qu’il empocha en stock options. Il fut également administrateur de nombreuses sociétés dont
la Banco Ambrosiano (la banque impliquée dans le scandale de
la Loge P2 en Italie). Il est également membre du
Groupe de Bilderberg. 

  Bertrand Collomb
Né en 1942. Polytechnicien. Conseiller ministériel auprès d’Alain Peyrefitte (1973-74) et René Haby (1974-75). Pdg du groupe Lafarge, administrateur de diverses sociétés dont Unilever, Canadian Imperial Bank of Commerce, Crédit commercial de France (CCF), et Crédit local de France. Administrateur d’Aspen-France. Membre du Groupe de Bilderberg, et du World Economic Forum de Davos. Il est aussi membre d’Entreprise et Cité, un autre « club de réflexion » qui rassemble des grands patrons français. 

  André Lévy-Lang
Né en 1937. Polytechnicien. Ingénieur puis directeur de filiales chez Schlumberger de 1962 à 1974. Pdg de Paribas de 1990 jusqu’à sa fusion en 1999 avec
la BNP. Administrateur de diverses sociétés dont Athena, Schlumberger, les AGF. Il a été mis en examen, en 1995, dans l’affaire des Ciments français et s’est maintenu grâce au soutien de Claude Bébéar (également membre et fondateur de Entreprise et Cité). Président de
la Commission des finances du CNPF (ou MEDEF) de 1988 à 1997. Membre du
Groupe de Bilderberg et président de l’Association des amis français du Groupe de Bilderberg. 

  Michel Pébereau
Né en 1942. Polytechnicien. Inspecteur général des finances. Ancien élève de l’école Polytechnique et de l’ENA. Conseiller auprès de Valéry Giscard d’Estaing entre 1970 et 1974, lorsque celui-ci était ministre des Finance de Georges Pompidou. Conseiller de René Monory de 1978 à 1981. Président du Crédit Commercial de France (CCF) de 1987 à 1993, puis président d’Axa. Il est aujourd’hui président de
la BNP. Administrateur de diverses sociétés dont Lafarge, Saint-Gobain, UAP, et les Galeries Lafayette. Ancien membre de
la Commission économique du MEDEF (l’organisation des patrons français). Egalement membre d’Entreprise et Cité.
 

  Pierre Bilger
Né en 1934. Enarque. Inspecteur des finances. Conseiller de plusieurs ministres pendant la présidence de Valery Giscard d’Estaing: auprès de Jean-Pierre Fourcade de 1974 à 1976, de Michel Durafour en 1976, de Robert Boulin en 1977, et enfin, directeur de cabinet de Maurice Papon (alors ministre de Giscard) de 1978 à 1981. Directeur de l’Administration centrale au ministère de l’Économie et des Finances de 1982 à 1986, sous les gouvernements socialistes de Pierre Maurois et Laurent Fabius. Il fut ensuite président d’Alsthom.
 


   D’autres membres du Siècle…

Gérard Worms  président de la banque Rothschild, administrateur de
la Société générale de Belgique (une banque présidée par Etienne Davignon, un membre éminent du
Groupe de Bilderberg ).


Ernest-Antoine Seillière  président du MEDEF, président des holdings Wendel Investissement et CGIP. membre du Groupe de Bilderberg.


Jean-Claude Trichet  président de
la Banque Centrale Européenne, ancien gouverneur de
la Banque de France, Membre du
Groupe de Bilderberg et de l’IFRI.


Jean Peyrelevade  président du Crédit Lyonnais


Louis Schweitzer  président de Renault, membre du Groupe de Bilderberg, de l’IFRI, et du Forum de Davos


Michel Bon  ex-président de France Telecom


Louis Gallois  président de
la SNCF


Martine Aubry  membre du Parti Socialiste, ministre dans plusieurs gouvernements socialistes successifs


Olivier Schrameck  directeur de cabinet du premier ministre Lionel Jospin de 1997 à 2002


Dominique Strauss-Kahn  membre du Parti Socialiste, ancien ministre des Finances de Lionel Jospin. Membre du Groupe de Bilderberg.


Hubert Vedrine, membre du Parti Socialiste, ancien ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin, ancien Secrétaire Général de l’Elysée sous François Mitterrand. Membre du Groupe de Bilderberg et de l’IFRI.


Jean-Pierre Chevènement, membre du Parti Socialiste, ministre dans plusieurs gouvernements


Elisabeth Guigou, membre du Parti Socialiste, ministre dans plusieurs gouvernements


Bernard Kouchner  membre du Parti Socialiste, ministre dans plusieurs gouvernements


Alain Minc  consultant, conseiller auprès de plusieurs grands chefs d’entreprises et ministres


Michèle Cotta  ex-directrice générale de France 2, et ex-directrice du service politique de France 2


Patrick Poivre d’Arvor  présentateur vedette du journal TV sur TF1 (la chaine la plus regardée en France)


Anne Sinclair  journaliste, productrice TV


Franz-Olivier Giesbert  ex directeur général du Figaro, présentateur de l’émission « Culture et Dépendances » sur France 3


Jean-Marie Colombani  directeur du journal Le Monde


Denis Jeambar  directeur de la rédaction de L’Express

  

ORGANISATIONS
DES MAITRES DU MONDE

 

L’IFRI
 


L’IFRI (Institut Français des Relations Internationales) est l’un des 3 « think tanks » (ou « club de réflexion ») les plus influents en France, avec « Le Siècle » et la « Fondation Concorde ». Comme son nom l’indique, l’activité de l’IFRI est orientée vers la politique internationale, ce qui inclut des questions comme l’économie, la mondialisation, ou les méthodes de « gouvernance ». L’IFRI rassemble des personalités politiques de droite et de gauche, des patrons de grandes entreprises, et quelques universitaires.  En plus des adhésions de ses membres, l’IFRI est financée par les dons des plus grandes entreprises françaises et de quelques entreprises européennes et américaines. La liste de ces entreprises est impressionante. On y retrouve presque toutes les sociétés du CAC 40.      Membres de l’IFRIDirecteur général: Thierry de Montbrial 

 
Polytechnicien, diplômé de l’Ecole des Mines, PhD en économie à l’université de Berkeley en Calofornie.
Professeur à l’Ecole Polytechnique et au Conservatoire National Arts et Métiers.
  Président de
la Fondation pour
la Recherche Stratégique de 1993 à 2001. Président délégué du Conseil de Prospective Européenne et Internationale pour l’Agriculture et l’Alimentation depuis décembre 2003.
  Editorialiste dans Le Figaro, puis Le Monde. Membre du Siècle, du Groupe de Bilderberg et de la Commission Trilatérale. 

Membres:  Bertrand Collomb  président de Lafarge, membre du Siècle, membre du Groupe de Bilderberg


Jean-Claude Trichet  président de
la Banque Centrale Européenne, ancien gouverneur de
la Banque de France, membre du Siècle, membre du
Groupe de Bilderberg et du Siècle


Louis Schweitzer  président-directeur général de Renault, membre du Siècle, du Forum de Davos, et du Groupe de Bilderberg


Jacques Friedmann  président du conseil de surveillance d’AXA


Philippe Jurgensen  président-directeur général de l’Anvar


Amiral Jacques Lanxade  ancien chef d’état-major des armées


Jacques de Larosière  membre de l’Académie des sciences morales et politiques


Michèle Legras  conseiller maître à
la Cour des comptes


Didier Pineau-Valencienne  président d’honneur de Schneider Electric, président de l’AFEP


Hubert Vedrine, membre du Parti Socialiste, ancien ministre des Affaires étrangères de Lionel Jospin, ancien Secrétaire Général de l’Elysée sous François Mitterrand. Membre du Groupe de Bilderberg et du Siècle.


Robert Badinter  avocat, ancien ministre de
la Justice


Jean-Bernard Raimond  ancien ministre, député des Bouches du Rhône


Philippe Jurgensen  président-directeur général de l’Anvar


Michel François-Poncet  président du conseil de surveillance de Paribas


Yves-Thibault de Silguy membre du directoire de Suez-Lyonnaise des Eaux


Maurice Ulrich  sénateur de Paris…
 

Entreprises membres de l’IFRI Liste des entreprises les plus connues (pour l’année 2003):
AMN-AMRO France, Accor, Air France, Air Liquide, Alcatel, Américan Express, ANVAR, Arcelor, Areva, Arianespace, Axa, Banque du Louvre, Barclays Bank, Bayard Presse, BNP Paribas, Bouygues, Caixa Bank, Carrefour, CCF, CNES, Chambre de Commerce de Paris, Citigroup, CNP Assurances, COFACE, COFIP, Colas (travaux publics), Crédit Agricole, Crédit Foncier de France, Crédit Lyonnais, Crédit Mutuel, Crédit Suisse, Daimler Chrysler, Danone, Dassault Aviation, Deutsche Bank, Dexia, Dresner Bank, EADS, Eiffage, EDF, Eramet, Fédération Nationale des Travaux Publics, Fimalac, France Telecom, Global Equities, HSBC, IBM France, Institut Français du Pétrole, JP Morgan & Chase Manhattan Bank, KSB,
La Mondiale, Lafarge, Lazard Frères, Les Echos, L’Oréal, le MEDEF, Mondial Assistance, Morgan Stanley, Natexis Banques Populaires, Nokia, Novartis Europe, PSA Peugeot Citroen, Renault, Banque Rothschild, RTE, Sagem, Sanofi Synthelabo, Schneider Electric, Scor, Siemens, Société du Louvre, Sodexho, Sofinnova, Solving International, Suez, Thales, Total, Vallourec, Viel et Cie, Vivendi, et Wendel Investissement (le holding présidé par Ernest Antoine Sellière)
 


 

La Fondation Saint-Simon
 

 
Le siège de la Fondation Saint-Simon,
91 bis rue du Cherche Midi à Paris,
juste à coté de « Sciences Po »
Francois Furet,
co-fondateur de la Fondation
(décédé en 1997)
 

Fondée en 1982 par le très influent historien François Furet et par Pierre Rosanvallon,
la Fondation Saint-Simon avait pour objet de « développer l’analyse du monde contemporain ».
La Fondation s’est dissoute en Décembre 1999. Selon Pierre Rosanvallon,
la Fondation avait « accompli sa mission ».
  Durant 18 ans, elle a rassemblé l’élite dirigeante française. Ses membres étaient des personnalités politiques, des grands chefs d’entreprise, des journalistes et patrons de presse, et quelques universitaires. Environ 100 membres cooptés participaient à des rencontres régulières à huis clos. Un cercle plus large de 500 personnes participaient sur demande à des séminaires interdisciplinaires, tandis qu’un public plus large encore recevait une note de synthèse mensuelle. Les membres de ce « club » très fermé formaient ce qu’Alain Minc appelle « le cercle de la raison » et que leurs adversaires qualifient de « cercle de la pensée unique ». 
Lorsque qu’elle s’est dissoute en 1999,
la Fondation Saint-Simon avait effectivement « accompli sa mission », à savoir infiltrer la gauche française et la convertir progressivement au libéralisme économique et à la « globalisation ». Le bilan de
la Fondation Saint-Simon a été salué de tous côtés: « Elle a oeuvré à une véritable mutation du débat socio-politique en France » déclarait Denis Segrestin, professeur de sociologie et directeur du Cristo.
 

La plupart des membres de
la Fondation Saint-Simon se retrouvent aujourd’hui dans une autre organisation très similaire:
Le Siècle.  
Ses dirigeants étaient Roger Fauroux et François Furet (co-présidents), Pierre Rosanvallon (secrétaire général), Alain Minc (trésorier), Jean-Claude Casanova, Jean Peyrelevade et Yves Sabouret (administrateurs). 
La Fondation Saint-Simon
était membre du Club de
La Hague, un groupe de contact réunissant 25 organisations similaires dans le monde.
 

  

Quelques membres de la Fondation Saint-Simon Alain Minc  Ancien fondé de pouvoir de l’industriel italien Carlo de Benedetti. Conseiller économique d’Edouard Balladur (qui l’a notamment désigné au conseil d’administration d’Air France), il s’est rallié à Lionel Jospin au soir du premier tour. Administrateur d’Yves Saint Laurent. Consultant auprès de plusieurs grands chefs d’entreprises, dont François Pinault. Président du conseil de surveillance du Monde et président de la société des lecteurs. Membre du Siècle. Il était le trésorier de la Fondation Saint-Simon.
 
 

François Furet  Agrégé d’histoire, historien au CNRS, journaliste au Nouvel Observateur. Président de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales. Professeur à l’université de Chicago à partir de 1985. Membre de l’Académie Française, docteur honoris causa des Universités de Tel Aviv et Harvard.      

Pierre Rosanvallon  Ancien conseiller d’Edmond Maire à l’époque où celui-ci dirigeait
la CFDT (syndicat proche du Parti Socialiste, reconverti comme le PS au libéralisme). Directeur de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, directeur du Centre de recherches rolitiques Raymond Aron, Professeur au Collège de France.
    

Roger Fauroux
  Enarque. Inspecteur des finances. Ancien président de Saint Gobain. Ex-directeur de l’ENA. Ministre de l’industrie dans le gouvernement de Michel Rocard de 1988 à 1991.   

Philippe Pontet  Enarque. Magistrat à
la Cour des comptes. Conseiller ministériel auprès de Valéry Giscard d’Estaing (1972-74) et Norbert Segard (1974-78). Pdg de
La Hénin de 1988 à 93, puis d’ERAP en 1994, et du CIC jusqu’en 1998. Administrateur de diverses sociétés dont Eramet et Roussel-Uclaf. Président du conseil de surveillance d’Areva (société issue de la fusion de Framatome et de
la Cogema).
 Jean-Louis Beffa
  Président de Saint-Gobain. Membre du conseil de surveillance du Monde. Ancien vice-président de
la Compagnie Générale des Eaux (renomée Vivendi, puis Veolia environnement), membre de
la Table ronde des industriels européens (le lobby d’industriels qui inspire directement la politique de
la Commission Européenne).
 
Antoine Riboud  Président de Danone. Administrateur de Paribas, Rhône-Poulenc, Philips, Crédit lyonnais, Havas, Fiat, etc. Membre de
la Table ronde des industriels européens.
 Christian Blanc  Député UDF, président de Merill Lynch France, ancien président d’Air France, membre du conseil de surveillance du Monde. 

Marc Ladreit de Lacharrière  Président de Fimalac, vice-président de L’Oréal, administrateur de
la Fondation Bettencourt-Schueller. Il contrôle
la SOFRES et diverses publications de droite (Le Spectacle du Monde, Valeurs actuelles, etc.). Vice-président de
la Fondation agir contre l’exclusion de Martine Aubry. Il est également membre du
Groupe de Bilderberg, et très proche de l’Opus Dei. Jean-Luc Lagardère  Ancien président du groupe Matra-Hachette (qui contrôle de nombreux médias). Décédé en 2003 au cours d’une hospitalisation pour une intervention bénine. Certains parlent d’une infection nosocomiale, d’autres d’un assassinat déguisé à cause des informations détenues par Mr Lagardère à propos de l’affaire des frégates de Taïwan. (voir le livre du Juge Thierry Jean Pierre, « Taiwan Connections) 
Jacques Rigaud  Ancien conseiller de Jacques Duhamel, Maurice Druon et Jean-François Poncet. Ancien président de
la CLT (qui contrôle RTL. Membre du conseil de surveillance de Bayard-Presse (
La Croix).
 René Thomas

  Ancien président de
la BNP, administrateur d’Havas, Saint-Gobain, Elf, CGE, Banexi, Chargeurs, Matra-Hachette.
  Jean Peyrelevade  Président du Crédit Lyonnais. Membre du Siècle. Jean Daniel  Directeur du Nouvel Observateur. 
Jacques Julliard  Journaliste au Nouvel Observateur. Laurent Joffrin  Journaliste au Nouvel Observateur. 

Serge July  Directeur de Libération. Christine Okrent  Journaliste, animatrice de débats politiques sur France 3 (France Europe Express), épouse de Bernard Kouchner.  Anne Sinclair  Journaliste, productrice TV, membre du Siècle, et par ailleurs épouse de Dominique Strauss-Kahn Jean Boissonat  Rédacteur en chef du magazine économique l’Expansion 

Jean-Pierre Elkabbach  Journaliste, ancien directeur du service politique d’Antenne 2, ex-présentateur des grands débats politiques Françoise Giroud  Ecrivain, journaliste, directrice de la rédaction de l’Express aux cotés de Jean-Jacques Servan Schreiber, ancien ministre de Valéry Giscard d’Estaing  Michèle Cotta  Ex-directrice générale de France 2, et ex-directrice du service politique de France 2. Membre du Siècle.  Franz-Olivier Giesbert  ex directeur général du Figaro, présentateur de l’émission « Culture et Dépendances » sur France 3. Membre du Siècle.  

Francis Mer  Polytechnicien. Diplomé de l’Ecole des Mines. Ministre des Finances dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. Ancien président de Saint Gobain puis d’Usinor. Membre du World Economic Forum de Davos. Luc Ferry  Philosophe. Ministre de l’Education nationale dans le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin. 
  
Quelques entreprises qui ont financé


la Fondation
Saint- Gobain, Danone, Suez, Publicis, Crédit local de France, la banque Worms,
la Sema, Caisse des dépôts, MK2 Productions, Cap Gemini…
(liste non exhaustive)

ArchivesSeptembre 1998

ENQUÊTE SUR


LA FONDATION SAINT-SIMON 

Les architectes du social-libéralisme

 

 

 

« Menaces de dépression. » Pour la première fois, le Financial Times a reconnu les risques qui pèsent désormais sur la planète. Les plans de sauvetage massifs du FMI sont incapables de colmater les brèches (lire page 24 et 25). Les marchés européens et nord-américains pourraient être frappés à leur tour, ce qui menacerait la croissance qui s’amorce. Pour les dirigeants de la gauche française, qui tablent sur cette dernière, les lendemains risquent d’être difficiles. Sont-ils prêts pour une nouvelle donne ? Il leur faudra d’abord se dégager des dogmes qui fondent l’action des gouvernants. Ces évidences ont été nourries par des « boîtes à idées » publiques et privées, comme
la Fondation Saint-Simon, servant de pont entre droite et gauche. Des gouvernements socialistes peuvent, par exemple, privatiser avec autant d’entrain que des équipes conservatrices. Lorsque les responsables reprennent les idées développées par ces fondations, ils expliquent qu’elles ont pour auteurs des « experts ». Combien de temps ces « vérités » résisteront-elles à la pression de la réalité sociale ? 

Par Vincent Laurent 

DANS le sixième arrondissement de Paris,
la Fondation Saint-Simon occupe un espace d’une centaine de mètres carrés au rez-de- chaussée d’un immeuble cossu situé au 91 bis de la rue du Cherche-Midi. Cette association loi 1901 (en dépit de ce que peut laisser penser son nom) a vu le jour en décembre 1982 dans l’un des salons de l’hôtel Lutétia, sous l’impulsion de François Furet et de MM. Pierre Rosanvallon, Alain Minc, Emmanuel Le Roy-Ladurie, Pierre Nora, Simon Nora et Roger Fauroux. Ce dernier raconte : « Nous avons pensé qu’il fallait que le monde de l’entreprise et celui de l’Université se rencontrent. (…) Nous sommes rapidement arrivés à la conclusion que ces rencontres ne pouvaient être fécondes et durables que si nous avions des actions concrètes à mener, ce qui exigeait un cadre juridique et de l’argent. Alors nous avons cherché des adhérents, d’où un aspect club. Chacun a rassemblé ses amis. François Furet et Pierre Rosanvallon dans l’Université, Alain Minc et moi dans le monde de l’entreprise (
1). » 
Ces confrontations auraient eu pour objet de surmonter « l’indifférence, l’incompréhension et même la défiance » entre ces deux planètes (Université, entreprise) et de favoriser « une fertilisation croisée », assise sur des « besoins » réciproques. Président de Saint-Gobain, M. Roger Fauroux avait, avant d’implanter une usine de verre en Iran, vérifié les ressources du pays en hydrocarbures, mais omis de prendre en compte l’influence chiite à la veille de la révolution islamique. Tirant les leçons d’une telle expérience, il souligne le « besoin de sciences sociales » que ressentiraient des chefsd’entreprise.  Or, de leur côté, des intellectuels souhaitaient eux aussi, selon lui, ne pas se cantonner à la sphère spéculative et sortir de « leur tour d’ivoire, où n’arrivaient de l’économie que les échos des catastrophes sociales ». Traduction immédiate : François Furet et Pierre Rosanvallon participèrent aux conseils d’administration de filiales de Saint-Gobain…  A cette ouverture des espaces sociaux s’ajouta une volonté de désenclavement idéologique.
La Fondation Saint-Simon dépasserait ainsi les oppositions droite-gauche en pratiquant un oecuménisme de bon aloi (qui exclut toutefois les communistes, l’extrême gauche et l’extrême droite). De la sorte, elle rapprocherait « certaines personnes à l’intérieur d’un espace idéologique allant de la droite intelligente à la gauche intelligente ». Alain Minc se souvient :
« 
La Fondation est née en pleine guerre froide idéologique et sociologique. Aujourd’hui, on se parle, mais il faut se souvenir d’où on vient. Albert Costa de Beauregard, conseiller économique de Barre à Matignon, et Jean Peyrelevade, directeur adjoint du cabinet de Mauroy, n’échangeaient pas jusqu’au jour où Saint-Simon leur a permis de découvrir qu’ils avaient 70 % de leurs idées en commun
 (
2) . » 

Le Club Jean- Moulin, qui, à l’époque du gaullisme, regroupa syndicalistes, hauts fonctionnaires et intellectuels, fait figure de référence, au moins au départ. M. Roger Fauroux explique en effet que Jean-Moulin avait « pratiquement fait passer toutes ses propositions en douceur, par les gouvernements soit de droite, soit de gauche  (3) ».
La Fondation Saint-Simon serait un projet intellectuel de réforme de la société porté par des « élites » prétendant incarner le « bien commun ». 
Aussi définit-elle son identité « entre le think tank à l’américaine et le club de réflexion à la française ». Pour Pierre Rosanvallon, ces « boîtes à idées (4) » seraient une impérieuse nécessité. « Après le temps des clubs est venu celui des think tanks. Ce qu’il y a de plus urgent à faire aujourd’hui, c’est surtout de produire des idées, d’élaborer des projets, de formuler des diagnostics (5) »  Cette référence à l’exemple américain renvoyait aussi à l’idée que les financements privés permettraient une plus grande latitude de recherche. M. Roger Fauroux explique : « Notre fierté, c’est d’avoir réussi à faire fonctionner notre machine culturelle sans avoir jamais recours à des fonds publics. C’était notre règle de départ : nous ne voulons pas accepter de l’argent de l’Etat. Et nous avons réussi à mobiliser des sommes qui ne sont pas tout à fait négligeables, un peu plus de 2 millions par an (6). »  Les cotisations des membres (500 francs par an en 1997) ne suffisant pas,
la Fondation a fait appel à des personnes morales ou à de grandes entreprises qui versent chacune, dès l’origine, 120 000 francs par an. Au nombre de ces contributeurs :
la Caisse des dépôts, Suez, Publicis,
la Sema, le Crédit local de France, la banque Wormser, Saint- Gobain, BSN Gervais-Danone, MK2 Productions, Cap Gemini Sogeti, etc. 

Ces dons permettent d’organiser un déjeuner mensuel et d’animer des groupes de réflexion dont le travail débouche sur des publications. S’y ajoutait un projet, abandonné en 1993, d’une « université privée de haut niveau ».  Des réseaux d’amis et de connaissances  POUR François Furet, la centralisation de l’enseignement supérieur constituait un frein à la recherche. Alors président de l’Ecole des hautes études en sciences sociales (Ehess), il était très favorable au développement d’une structure indépendante de la « machine bureaucratique » de l’éducation nationale. Enseignant à partir de 1985 à l’université de Chicago, il reçut 470 000 dollars de
la Fondation Olin au titre de son programme d’étude des révolutions, américaine et française, à l’époque de leur bicentenaire (
7). La dévalorisation de la recherche publique apparaît clairement quand, en 1986, François Furet demande à M. Michel Rocard s’il est « prêt à restituer à la société une partie de l’enseignement, par exemple dans le supérieur, où c’est le plus facile et le plus évident, en appliquant vraiment la loi d’autonomie des établissements sur le plan financier, de gestion intellectuelle, etc. » « Jusqu’où peut aller le dessaisissement de l’Etat ? (…) Est-ce que vous êtes prêt à introduire plus de compétition entre les établissements d’enseignement supérieur, à remettre en cause la notion de diplôme national ? (8) . » 
C’est rue du Cherche-Midi que se tient le déjeuner-débat mensuel organisé autour de l’exposé d’un des membres ou d’un invité. MM. Helmut Schmidt et Raymond Barre, Mgr Lustiger, MM. Robert Badinter, Jacques Chirac, Edmond Maire, Michel Rocard, Laurent Fabius, Valéry Giscard d’Estaing, etc., se sont succédé au siège de
la Fondation. La quasi- totalité des premiers ministres français y ont commenté leur politique. Ces séances rassemblent en général entre trente-cinq et cinquante personnes. Selon Jacques Julliard, on y vient « chercher du sens à la complexité, persuadé d’y découvrir le dessous des cartes, grâce au contact direct avec des personnalités influentes ». 

Toutefois, l’activité principale de
la Fondation consiste en la réunion de groupes de réflexion traitant des questions économiques, sociales ou internationales. Les travaux sont édités sous forme d’ouvrages ou de notes. Ces dernières synthétisent des sujets comme : « L’énigme de la désagrégation communiste », « La théorie de la justice de John Rawls », « L’Etat-providence sélectif », « Les salaires ou l’emploi », « Air France, an III », etc. Oscillant entre une dizaine et une centaine de pages, éditées à mille exemplaires et distribuées par abonnement ou sur commande, leur périodicité est presque mensuelle (neuf ou dix numéros par an) depuis 1991. Cette régularité repose sur le travail d’une jeune équipe (Laurence Engel, Daniel Cohen, Nicolas Dufourcq, Antoine Garapon et Denis Oliviennes), groupée autour de Pierre Rosanvallon, qui non seulement écrit certaines notes, mais choisit les thèmes et contacte les auteurs potentiels. Ces travaux s’adressent surtout à des hommes politiques, chefs d’entreprise, cadres supérieurs, hauts fonctionnaires, ainsi qu’à quelques intellectuels et à un nombre croissant de journalistes, économiques notamment. Parfois certains de ces textes sont publiés à l’extérieur, dans Le Nouvel Observateur, Esprit, Le Débat, Politique internationale, etc.
La Fondation diffuse aussi par des livres : elle dirige la collection « Liberté de l’esprit », aux éditions Calmann-Lévy. 

La Fondation Saint-Simon n’est pas née ex nihilo. Produit du travail de mobilisation d’un nombre très restreint de personnes, elle agrège des réseaux amicaux et familiaux. Elle s’apparente à une série de cercles concentriques qui rassemblent autour d’un noyau central très soudé des individus issus de secteurs différenciés et attirés par des personnages « ponts ». 
Le passage au Parti communiste français entre 1949 et 1956 constitua un premier creuset d’affiliation. Emmanuel Le Roy-Ladurie et François Furet, par exemple, y préparèrent ensemble l’agrégation d’histoire (avec Denis Richet, Alain Besançon, Annie Kriegel et Jacques Ozouf). Cet engagement, qui obligea le fils d’un ministre de l’agriculture du régime de Vichy et un fils de banquier issu de la grande bourgeoisie parisienne à transgresser leurs univers ordinaires de références, souda les deux hommes dans une adhésion sans faille aux dogmes les plus orthodoxes. Leur anticommunisme viscéral, après 1956, fut à la mesure de la force de cette « épreuve », puisqu’il conditionna leur positionnement intellectuel, politique et leurs recherches. Ce n’est pas un hasard, par exemple, si François Furet s’attaqua à
la Révolution française, dont les paradigmes marxistes de l’école d’Albert Soboul dominaient l’étude, quand d’autres tentaient d’« expier » leur faute dans des autobiographies repentantes (
9). Cette hostilité au Parti communiste les rapprocha de la mouvance « antitotalitaire », plus ou moins structurée autour de Raymond Aron et des revues Preuves, Contrepoint puis Commentaire, auxquelles ils collaborèrent successivement. Ils y rejoignirent des hauts fonctionnaires du Plan et des syndicalistes chrétiens confrontés à l’hégémonie de
la CGT sur le mouvement syndical. 
Si la lutte contre le totalitarisme ne constitue néanmoins qu’une des trajectoires des membres fondateurs de Saint-Simon, presque tous en revanche s’inscrivent dans la nébuleuse « modernisatrice ». Après la seconde guerre mondiale,
la France s’engagea en effet dans une forme de capitalisme dirigé. Les instigateurs de ce tournant (grands commis de l’Etat, universitaires, patrons et syndicalistes) estimaient alors que le modèle économique antérieur, un laisser-faire mâtiné de protectionnisme, constituait l’un des principaux freins à la modernisation. Pour concilier le marché et l’intervention de l’Etat, ils définissent la formule de l’économie concertée comme un système de collaboration permanente entre administration, patronat et mouvement syndical. Cette avant-garde, qui se perçoit comme telle, ne s’identifie pas à une association ou à un parti. Elle n’a pas de contours nets. Mais ses membres sont liés par un réseau de relations personnelles. 

Autour de figures comme celles de François Bloch-Lainé et de Simon Nora s’élabore une pensée d’Etat « modernisatrice », assise sur une méfiance tenace à l’égard du « peuple » : « Nous étions (…) le petit nombre qui savions mieux que les autres ce qui était bon pour le pays, ce qui n’était pas complètement faux. Nous étions les plus beaux, les plus intelligents, les plus honnêtes et les détenteurs de la légitimité  (10) . »  Pierre Mendès France joua un rôle central. Il incarna en effet, à ce moment donné, la traduction politique des aspirations de ces hauts fonctionnaires, syndicalistes et intellectuels de gauche opposés à la puissance du Parti communiste et de
la CGT. Il reçut également l’appui de L’Express et du Nouvel Observateur, deux nouveaux médias où se côtoyaient écrivains, universitaires, journalistes et hommes politiques ayant choisi « le camp de la modernité, des individus éclairés, face aux conservatismes de tout acabit et au gouvernement de droite ». Les membres de
la Fondation Saint-Simon proviennent pour l’essentiel de cette mouvance, entendue au sens large. 
Certains ont servi de personnages « ponts » entre des espaces sociaux différenciés. Ainsi, M. Roger Fauroux a établi des liens entre le monde de l’industrie et celui de la haute fonction publique, puisqu’il est passé par l’Ecole nationale d’administration (ENA) (11) et par l’Inspection des finances. M. Simon Nora, quant à lui, joua un rôle de grand commis de l’Etat, participant à de multiples commissions de réflexion et nouant à cette occasion des contacts avec le secteur syndical et les intellectuels qui en étaient proches. Il fut l’un des fondateurs de L’Express et participa à l’aventure du Nouvel Observateur.  Enfin, par son frère, Pierre, il conserve des contacts avec l’édition et le champ intellectuel. Jacques Julliard s’est longtemps situé au carrefour du champ universitaire (directeur d’études à l’Ehess de 1978 à 1997) et du secteur syndical (membre du bureau national du Syndicat général de l’éducation nationale [SGEN] de 1962 à 1976, et de
la CFDT de 1973 à 1976). Il a fréquenté simultanément les milieux de la presse (éditorialiste au Nouvel Observateur et membre du comité de rédaction de la revue Esprit) et ceux de l’édition (conseiller littéraire puis directeur de la collection « Poches-politiques » au Seuil).
 

Influencer l’intelligentsia et les médias 

VU sa date de création et sa composition, on pourrait penser que
la Fondation Saint-Simon doit quelque chose à la « grande peur » de l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1981. Or certains de ses acteurs ont accompagné cette alternance politique et même reçu des postes stratégiques dans l’appareil d’Etat (MM. Jean Peyrelevade ou Robert Lion, par exemple). Toutefois, la victoire de la gauche accélère au départ la marginalisation des « modernisateurs » et de leurs conceptions. L’échec de M. Michel Rocard à faire valoir son point de vue au sein du gouvernement va engendrer quelques solides frustrations chez les adversaires de l’« archaïsme ». Serge July explique en 1981 : « Si les intellectuels sont pour quelque chose dans l’effondrement du PC, ils ont été battus par ailleurs. Les dirigeants actuels du PS présentent la particularité d’avoir échappé aux quatre grands mouvements de ces vingt-cinq dernières années : l’indépendance de l’Algérie et la décolonisation ; le mouvement réformiste des années 60 ; 1968 et le mouvement que j’appelle des nouveaux rapports sociaux ; le mouvement antitotalitariste. Il se trouve que les hommes qui sont aux commandes, qui sont de fait à la tête de la gauche, ne sont pas ces gens-là. Et, même si Rocard a raison, il a fini par avoir tort puisqu’il a été battu  (12). » 
A ce sentiment de dépossession du fruit de leurs combats (si M. Rocard était gagnant au sein de l’intelligentsia et des médias, pourquoi avait-il été battu au sein du Parti socialiste ?) s’ajoute l’hostilité de certains membres, dont François Furet, au personnage de François Mitterrand, d’ailleurs lui-même très méfiant à l’égard de
la Fondation. Rien ne permet néanmoins de penser que tous investissent la même chose dans cette structure. Elle fait simplement office, à un moment donné, de point de convergence entre les anticipations d’individus disséminés, qui voient dans cette agrégation un moyen de multiplier leur puissance sociale. François Furet, opposé à l’école marxiste qui domine l’étude de
la Révolution française, tente ainsi de mobiliser, à l’occasion de la préparation de la commémoration du bicentenaire (amorcée dès 1982), des ressources (médiatiques, bureaucratiques, politiques) extérieures au champ historique pour pouvoir y modifier le rapport des forces à son avantage. De même, certains experts sociaux marginalisés au sein du gouvernement viennent chercher un renfort de légitimité et de « scientificité » auprès d’intellectuels reconnus. 
Reste que
la Fondation Saint-Simon existe toujours plus de quinze ans après sa création. Elle s’est même étoffée, passant de soixante-douze à plus de cent vingt membres. Les enjeux se sont transformés ; des personnages centraux s’éclipsent ou relâchent leur investissement ; d’autres apparaissent, avec des aspirations ou des velléités différentes. Regroupant toujours des intellectuels, des hauts fonctionnaires et des industriels,
la Fondation Saint-Simon entend rester un « lieu d’initiatives pour formuler des projets visant à une meilleure intelligibilité de nos sociétés contemporaines ». Et donc un espace d’élaboration de nouvelles manières de percevoir le monde social. S’y façonnent des visions partagées de la société qui finissent par permettre l’économie d’un certain nombre de questions (tant les réponses paraissent implicites), et des conclusions qui – sans jamais avoir été vérifiées scientifiquement ou même dans la pratique – deviennent des « évidences » au point de ne plus devoir être discutées. 

A l’idée de « pensée unique », qui suggère l’action concertée d’un groupe aux intérêts communs, mieux vaut ici celle d’« effet de halo », comme résonance d’analyses communes qui se renforcent selon une logique circulaire. La proximité sociale d’un certain nombre d’acteurs, statutairement en position d’intervenir dans le débat public, conforte cette cohérence. D’autant que cette proximité est vécue sur le mode de l’« affinité élective ».
La Fondation Saint-Simon recrute en effet par cooptation, ce qui implique un accord entre les membres quant aux candidats qui sont « dignes » d’y entrer. Jean Daniel explique ainsi ses relations privilégiées avec François Furet, Mona Ozouf ou Pierre Nora : « Je ne trouvais pas du talent à ces hommes et à ces femmes parce qu’ils étaient mes amis. J’étais devenu leur ami parce que je leur trouvais du talent. » 
Le profil type correspond peu ou prou à une « noblesse culturelle » qui serait dotée d’une essence supérieure, caractérisée par « une largeur de vues, une vision en survol, une culture générale, des capacités de synthèse, bref une somme de vertus que les dominants s’attribuent à eux-mêmes et s’accordent à exiger des impétrants qu’ils vont coopter en leur sein  (13)  ». Et chacun des membres, persuadé de représenter la fraction éclairée de l’élite, d’être au contact de gens aussi « intelligents » que lui-même, reprend, diffuse et alimente assez naturellement les interventions de ses pairs.  La distance apparente entre ces individus ainsi que les effets de brouillage nés de l’opacité de ces liens (quels rapports semblent entretenir a priori un historien de l’Ehess, le PDG d’une grande entreprise nationale et un journaliste en vue ?) ajoutent à l’impact de ces diagnostics concordants. Toute mise à nu, aussitôt perçue comme une dénonciation, est disqualifiée à ce titre. Regrouper des intellectuels, des hauts fonctionnaires, des journalistes et des industriels prend en effet un tout autre sens quand on découvre que de nombreux membres occupent successivement ou simultanément l’ensemble de ces positions. M. Roger Fauroux, qui souligne que « les industriels de
la Fondation Saint-Simon ne se contentent pas de verser de l’argent pour faire travailler les autres ; ils sont eux aussi un peu des intellectuels
 (
14)  », représente un exemple presque idéal : PDG, puis président d’honneur de Saint- Gobain, cet industriel est aussi énarque et inspecteur des finances. Il peut de surcroît arguer de sa proximité avec les intellectuels, puisqu’il est également normalien et agrégé d’allemand. Enfin, porteur de parts « A » du Monde (associés extérieurs à titre personnel), il a des relations dans la presse. Et de nombreux autres membres de Saint-Simon partagent avec lui cette ubiquité qui leur permet d’exister dans des lieux différents, sous des titres différents. 
Cette fluidité sociale favorise la circulation des langages, des manières, des thèmes et des questions, concourant à la production de problématiques communes et engendrant des sentiments de familiarité et de solidarité qui franchissent les clivages consacrés du jeu politique. 

Si, selon l’expression de François Furet,
la Fondation « s’est voulue la moins engagée possible  (
15) », et n’adhère pas en tant que telle à un parti, nombre de ses membres ont collaboré à des gouvernements au titre de conseillers techniques ou de chargés de mission. La composition des différentes commissions permet de constater l’abondance de cette participation. Ainsi, le rapport Minc comportait trente-six collaborateurs, dont douze membres de
la Fondation (
16). La commission Fauroux sur l’enseignement comptait six saint-simoniens sur vingt-quatre participants (17). Des personnalités « indépendantes » ont également exposé leurs avant-projets dans des notes de
la Fondation : rapport Weil sur l’immigration (
18), « réforme » de la protection sociale entreprise par le gouvernement Juppé. 
La proclamation de la « fin des idéologies », toujours suspectes de « polluer » les débats, constitue la clé qui permet de dépasser les clivages partisans pour participer à la constitution de « vraies questions ». Témoin cet échange entre le président de
la Fondation, François Furet, et l’une de ses figures politiques « tutélaires ». 
- Raymond Barre : « Il y a un fait qui m’a toujours frappé, c’est que la classe politique est plus dominée par l’idéologie, et davantage divisée du fait de l’idéologie, que les classes politiques d’autres pays. (…) Dans la classe politique française, l’opposition idéologique rend très difficile d’avoir sur bon nombre de sujets des échanges de vues inspirés par le souci d’objectivité. (…) Aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne (…) il y a un large consensus sur la société et, de plus, la méthode d’analyse des problèmes est largement partagée. Je suis allé récemment aux Etats-Unis étudier les problèmes internationaux. Je me suis trouvé en présence de deux hommes dont l’un avait été le président du Council of Economic Advisers sous Carter et l’autre l’avait été sous Ford. Nous avons discuté des problèmes américains et internationaux et nous avons pu tomber sur une analyse commune, sans que les a priori idéologiques interviennent. »  - François Furet : « Mais avec des experts, vous pouvez obtenir aussi le même résultat en France ; là où c’est par définition impossible d’y parvenir, c’est avec des hommes politiques  (19). » Ainsi, il suffirait d’être au fait de la situation (c’est- à-dire inséré dans la vie économique et sociale) et de posséder des instruments analytiques performants (les sciences sociales), pour résoudre les « problèmes concrets » que rencontrent nos sociétés, de manière « objective », non biaisée par ces considérations « idéologiques » qui répondraient à des logiques pernicieuses. S’élabore alors un nouveau modèle, celui de l’intellectuel éclairé par la connaissance des dossiers et donc libéré de l’abstraction. De l’intellectuel autonome, on glisse vers l’intellectuel « expert ».  Ce label garantit leur légitimité au nom de la science. Il permet aussi d’instrumentaliser cette dernière comme ressource politique. Et de disqualifier en son nom les revendications des « adversaires » (intellectuels critiques, syndicalistes, acteurs engagés dans des mouvements sociaux), réduites à des prises de position « idéologiques ». Au nom de la science, économique notamment, les projets politiques portés par ces « spécialistes » (qui se perçoivent souvent comme « de gauche ») s’inscrivent dans « l’ordre des choses ». Ce nouveau pragmatisme, fondé sur la valeur de « responsabilité », circonscrit le débat public : il renvoie les opposants à « l’idéalisme », à « l’angélisme » et les désigne comme allant contre « le sens de l’histoire ». Mais le partage de ces visions du monde, qui forment un tout partiellement cohérent, ne constitue rien d’autre qu’une idéologie qui tait son nom. En permettant à un nombre restreint d’individus, occupant des positions d’autorité dans des sphères sociales distinctes, de s’exprimer d’une même voix au nom de leurs connaissances pratiques et de la « scientificité » de leur identité, en brouillant la relation entre les positions sociales des membres et les prises de position idéologiques,
la Fondation accomplit un travail idéologique de dissimulation du travail politique. Il vise à créer les conditions de réalisation d’un projet conservateur, présenté comme inéluctable. C’est ainsi que s’est construite la « voie étroite » suivie par les dirigeants politiques français depuis une quinzaine d’années. La démocratie de marché peut alors apparaître comme « la fin de l’histoire », et le social-libéralisme comme l’horizon indépassable pour nos sociétés. A quel prix ?
 

Vincent Laurent. 

Idées, Intellectuels, Politique, France

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Vincent Laurent 

(1) Roger Fauroux, in Le Débat, Paris, no 40, mai-septembre 1986.  (2) Les Echos, Paris, 4 et 5 avril 1997. (3) Ibid.  (4) Les think tanks sont des organismes de recherche à but non lucratif tournés vers les sujets de politique publique. Sur leur fonctionnement aux Etats-Unis, lire Serge Halimi, « Les boîtes à idées de la droite américaine », Le Monde diplomatique, mai 1995. 

(5) Pierre Rosanvallon , « Malaise dans la représentation », in François Furet, Jacques Julliard et Pierre Rosanvallon, La république du centre. La fin de l’exception française, Calmann-Lévy, Paris, 1988.  (6) Le Débat, mai-septembre 1986. (7) Pour cette Fondation, très conservatrice, il faut « renforcer les institutions économiques, politiques et culturelles sur lesquelles est basée l’entreprise privée ». Ainsi, M. Samuel Huntington, théoricien du « clash des civilisations » , fut nommé directeur de l’Institut Olin d’études stratégiques à Harvard.  (8) Le Débat, janvier-mars 1986. 

(9) Emmanuel Le Roy-Ladurie, Paris-Montpellier : PC-PSU 1945-1963, Gallimard, Paris, 1982 ; Annie Kriegel, Ce que j’ai cru comprendre, Laffont, Paris, 1991 ; et Alain Besançon, Génération, Julliard, Paris, 1987.  (10) Simon Nora, Le Débat, mai- septembre 1986. (11) Dont il deviendra président en 1986, succédant à M. Simon Nora.  (12) « Surpris, soufflés, hors du coup », entretien avec Serge July et Michel Marian, Esprit, octobre-novembre 1981. 

(13) Pierre Bourdieu,
La Noblesse d’Etat ; Grandes écoles et esprit de corps, Editions de Minuit, Paris, 1989, p. 210. 
(14) Libération, 27 avril 1984. (15) Libération, 27 avril 1984. Au moment du rapport Minc,
La France de l’an 2000, l’assimilation de Saint-Simon au gouvernement de M. Edouard Balladur posa problème au sein du groupe. En revanche, la participation de M. Roger Fauroux au gouvernement de M. Michel Rocard fut mieux acceptée. 
(16)
La France de l’an 2000, rapport au premier ministre de la commission présidée par Alain Minc. Editions Odile Jacob -
La Documentation française, Paris, novembre 1994. Outre le président, les membres de
la Fondation Saint-Simon étaient MM. Jean-Louis Beffa, Jean Boissonnat, Michel Bon, Luc Ferry, Jean-Paul Fitoussi, Jean- Baptiste de Foucauld, Yves Lichtenberger, Francis Mer, Edgar Morin, Pierre Rosanvallon, Alain Touraine et Nicolas Dufourcq. Il semblerait toutefois que certaines de ces personnes ne soient intervenues qu’au titre de caution morale et intellectuelle. 

(17) MM. Roger Fauroux, Michel Bon, Jean-Claude Casanova, Jacques Julliard, Francis Mer et Pierre Rosanvallon.  (18) Patrick Weil, « Pour une nouvelle politique d’immigration », note de
la Fondation Saint-Simon no 76, novembre 1995. 
(19) Le Débat no 26, septembre 1983.  Édition imprimée — septembre 1998 — Pages 1, 26 et 27 

MEMBRES FRANCAIS  PRESUMES DU GROUPE DE BILDERBERG

  

Bilderberg from 1982 onwards (France)

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____(function is at last attendance; x st – 10 years to Dec 98) 

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Montbrial, Thierry de. Dir., French Inst. of Int. Rels.; Prof. of Econs, Ecole Polytech (x st) 

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Collomb, Bertrand. Chairman and CEO, Lafarge.       

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Seillière, Ernest-Antoine, Chair, Compagnie Générale d’Industrie et de Participations

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Lacharrière, Marc Ladreit de, Chair Fimalac, ex-VP l’Oréal (x st)

 

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Levy-Lang, André, Former Chairman, Banque Paribas.

     

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Arnault, Bernard, Chair Management Board, LVMH         

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Beregovoy, Pierre, Prime Minister

       

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Boucher, Eric Le – Chief Editor, International, Le Monde.

                     

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Bujon de l’Estang, Francois, Minister Plenipotentiary; fmr adviser to Chirac on Defence etc

 

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Divedjian, Patrick, Member of Parliament (UDF – Haut de Seine)

         

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Eskénazi, Gérard, President, Pargesa Holding SA

 

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Fabius, Laurent, MP, Former Prime Minister; Former Chairman of Parliament             

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Floch-Prigent, Loik Le, Chair, Société Nationale Elf-Aquitaine

       

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Francois-Poncet, Jean A, Senator; former Minister for Foreign Affairs

 

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Gregorin, Jean-Louis. Member of the Board of Directors, Matra Hachette.                   

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Guetta, Bernard – Editor in Chief, Le Nouvel Observateur

                   

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Heisbourg, Francois, Director, International Institute for Strategic Studies (IN)   

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Imbert, Claude, Chief Editor, Le Point

     

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Jaffre, Phillipe, CEO Elf Aquitaine; ex CEO Credit Agricole

       

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Jospin, Lionel, First Secretary of the Socialist Party; Former Ministre d’Etat                 

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Kemoularia, Claude de, snr. adviser, Groupe Paribas; former chief representative to UN

       

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Lagayette, Philippe, First Deputy Governor, Banque de France

       

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Lamy, Pascal; Member of the European Commission (IN)                         

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Lellouche, Pierre, Foreign Affairs spokesman, Rassemblement pour la Republique

               

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Mestrallet, Gérard – Chairman of the Executive Board and CEO, Suez Lyonnaise des Eaux                       

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Moïsi, Dominique – Deputy Director, IFRI

                     

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Morel,
Pierre, Diplomatic Adviser, Presidency of the Republic
 
       

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Noir, Michel, Mayor of Lyon, ex-Secretary of State for Foreign Trade       

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Orcival, Francois d’, Editor Valeurs Actuelles

         

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Paye, Jean-Claude, Secretary General, OECD (IN)   

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Raimond, Jean-Bernard, MP, Former Minister of Foreign Affairs             

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Riboud, Antoine, Chair, Société BSN, Gervais Danone

       

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Roy, Olivier. University Professor and Researcher, Laboratoire Monde Iranien, CNRS.

 

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Sampermans, Francoise, Chair Groupe Express France

             

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Sapin, Michael, Minister of Economy and Finance         

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Schweitzer, Louis, Chairman and CEO Renault SA           

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Strauss-Kahn, Dominique; Former Minister of Finance; Professor, University of
Paris 
                       

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Toubon, Jacques, MP, former General Secretary of the RPR         

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Trichet, Jean-Claude – Governor, Banque de France

             

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Vedrine, Hubert, Sec gen and Spokesperson, Presidency of the Republic         

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Villin, Phillipe, Vice President, Figaro

       

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Codes: x-attending, ch-Chairman, sg-Secretary General, tr-Treasurer, ad-Advisory Group, st-Steering Committee, rp-rapporteur; brackets ( ) generally mean officer not attending, but for 1989 (st) means not clear due to absence of information;
AT-Austria, BE-Belgium, BG-Bulgaria, CH-Switzerland, CN-Canada, CZ-Czech Republic, DE-Germany, DK-Denmark, ES-Spain, FI-Finland, FR-France, GR-Greece, HU-Hungary, IC-Iceland, IN-International, IR-Ireland, IT-Italy, LU-Luxembourg, NL-Netherlands, NO-Norway, NZ-New Zealand, PL-Poland, PT-Portugal, RU-Russia, SV-Sweden, TR-Turkey, UK-United Kingdom, UR-Ukraine, US-USA, YU-Yugoslavia
Sources:
82(st): Steering Committee list;
88 list: original List of Participants;
89(st): partial Steering Committee list;
91, 92 and 93 lists: taken from Spotlight;
92 Steering Committee list, extracted from Armen Victorian piece in Nexus Magazine;
94 list: original, plus Tony Gosling (www.bilderberg.org) and Spotlight;
95 list: Tony Gosling (Alberta Reporter) and elements from Spotlight;
96 list: Spotlight and Tony Gosling;
97 list: Tony Gosling, Lobster Magazine and Spotlight;
97 Steering Committee list: original from Bilderberg Meetings
98 list: original Participant List, and Parascope;
99 list: Portuguese News Weekly, Tony Gosling, Big Issue/Schnews – Bilderberg Minutes, and Spotlight;
2000 list: kindly provided by the Bilderberg Meetings;
Ex-Steering Committee members over the last 10 years (x st) – letter to Patricia McKenna MEP from Bilderberg Meetings, 3.12.98
(Thanks to Tony Gosling, Patricia McKenna, Armen Victorian, Jim Bogusz, Lobster, Nexus, Klaus Kopf, Jim Tucker,Spotlight , News Weekly, Big Issue/Schnews,

   Le Siècle est un club de reflexion qui rassemble les membres les plus puissants et influents de la classe dirigeante française: responsables politiques, présidents de grandes entreprises, et journalistes des médias qui « font l’opinion ».
 
 

   La Fondation Saint-Simon est une organisation très similaire au Siècle. Elle s’est dissoute en 1999 après avoir beaucoup contribué à la conversion idéologique de la gauche française au libéralisme.
 
 

   L’IFRI (Institut Français des Relations Internationales) est une sorte de CFR à la française. On y retrouve des politiciens de droite et de gauche, des patrons de grandes entreprises, des journalistes, et quelques universitaires.
 
 

 

Le Club de Rome est un « club de réflexion » de leaders politiques et économiques, principalement européens.

L’AMI, ennemi de la démocratie 
AMI: Accord Multilatéral sur l’Investissement
(en anglais M.A.I. : Multilateral Agreement on Investment) 

L’AMI est un accord économique international négocié dans le plus grand secret depuis 1995 sous l’égide de l’OCDE, et dont les conséquences constituent une menace sans précédent pour la démocratie. 
Les médias, qui appartiennent pour la plupart à des multinationales favorables à l’AMI, ont été d’une extraordinaire discrétion sur l’existence et le contenu de ce traité, malgré sa portée historique.
 
Le principe central de l’AMI est de créer tout un ensemble de droits nouveaux pour les multinationales, au détriment des états et des populations, et sans aucune obligation en contrepartie.  Les dispositions de l’AMI permettraient notamment à une multinationale de traîner un Etat en justice (devant une nouvelle juridiction internationale prévue par le traité) dès lors que des réglementations de cet état créent des différences de traitement entre les investisseurs nationaux et étrangers, ou encore si ils créent des conditions de concurrence déloyale.  Ces dispositions semblent anodines, mais leur portée touche presque tous les domaines de l’intervention des Etats. Ainsi, les lois en matière de protection de l’environnement pourront être annulées si elles sont plus sévères que dans d’autres pays où l’investisseur est établi. De même, les subventions versées par les états au secteur culturel, ou à l’éducation publique, sont autant de conditions de concurrence déloyale par rapport à des pays où ces secteurs ne sont pas subventionnés par l’état.  Avec l’AMI, les « investisseurs » pourront exiger l’annulation des lois nationales, et obtenir des états une indemnisation financière du préjudice subi. Concrètement, l’AMI signifie l’abdication des Etats en faveur des multinationales, et la fin de tout pouvoir réel des gouvernements élus. Il signifierait la fin de la démocratie, en vidant le bulletin de vote de tout contenu réel. 

  


La France, l’Europe, et l’AMI  En 1998, après trois ans de négociations que les gouvernements et les médias avaient tenues secrètes, un vaste mouvement d’intellectuels, d’artistes, et d’associations citoyennes comme Attac a contraint nos responsables politiques à avouer l’existence des négociations sur l’AMI et à ouvrir un débat public. 
Le 14 Octobre 1998, à l’occasion d’une question posée à l’Assemblée Nationale, Lionel Jospin a annoncé que
la France ne participerait plus aux négociations de l’AMI. (voir le texte intégral de la déclaration du Premier Ministre qui définissait officiellement
la position française sur l’AMI
). Le refus de
la France avait alors encouragé les réticences d’autres pays, et provoqué l’arrêt des négociations de l’AMI. Mais au début de l’année 2000, le gouvernement Jospin était revenu à une attitude beaucoup plus conciliante vis à vis du processus de mondialisation.
 
En Novembre 2000, lors du sommet européen de Biarritz, le gouvernement français avait donné son accord à une modification de l’article 133 du Traité d’Amsterdam, en vue de permettre à
la Commission Européenne de négocier les futurs accords multilatéraux à la place des états. Si cette mesure est adoptée, les états n’auront plus aucun moyen de s’opposer aux futurs accords de type AMI. Bientôt, les états européens se trouveront engagés par des accords qu’ils n’auront pas signés, et pour lesquels ni les parlementaires ni les citoyens n’auront été consultés.
 
Entre temps, l’AMI est redevenu d’actualité: les négociations ont repris fin 2002, cette fois dans le cadre de l’OMC au lieu de l’OCDE.  En plus de l’AMI, des nouveaux projets de traités multilatéraux similaires ont vu le jour, notamment le traité « NTM » (Nouveau Marché Transatlantique), conduit par le commissaire européen Leon Brittan, et surtout l’AGCS (Accord Général sur le Commerce des Services). Comme l’AMI, le NTM et l’AGCS visent à réduire le pouvoir économique des états, et à démanteler méthodiquement et l’ensemble des réglementations sociales et environnementales. 

  

Pascal Lamy et Leon Brittan, Commissaires Européens, et fervents partisans de la mondialisation économique. Inconnus du public, ils oeuvrent à l’adoption de l’AMI, du NTM, et de la modification de l’article 133. 

  

NAFTA, FTAA ouZLEA, l’AMI du continent américain  Les Etats-Unis, le Canada, et le Mexique sont déjà unis depuis 1994 par un accord multilatéral similaire à l’AMI. Comme l’AMI, ce traité appelé « NAFTA » (North America Free Trade Agreement, ou ALENA en français) comporte des clauses qui permettent aux entreprises de porter plainte contre les états pour obtenir l’annulation des législations environnementales ou sociales qui constituent des entraves à la liberté totale du commerce. Depuis l’adoption de cet accord, plusieurs lois de protection de l’environnement ont déjà été annulées aux Etats Unis, au Canada, et au Mexique. Lors du « Sommet des Amériques » d’Avril 2001, le NAFTA a été étendu à tous les pays d’Amérique du Nord et d’Amérique du Sud, à l’exception de Cuba. Le nom du nouvel accord est FTAA (en français ZLEA, Zone de Libre Echange des Amériques). Il entrera en vigueur en 2005. Lors de la signature de l’accord à Québec, la ville a été transformé en camp retranché avec des grillages de 3 mètres de haut, afin de tenir à distance les manifestations citoyennes contre la mondialisation, et des milliers de personnes ont été refoulées à la frontière avec des contrôles et des méthodes dignes de l’ancienne Union Soviétique (fouille des personnes, de leurs documents et du contenu de leur ordinateur, etc.).  Les manifestations qui ont quand même eu lieu à Québec contre le FTAA ont fait l’objet d’une répression incroyablement violente. De jeunes manifestants ont été mutilés à vie par des grenades ou les balles en caoutchouc tirées délibérément à faible distance par les policiers, au mépris des règles légales prévues pour l’utilisation de ces armes.  Tout cela en dit long sur le caractère « démocratique » de ces accords.    Pour plus de détails sur la répression et les méthodes policières, lisez donc cet article envoyé par un internaute canadien 

 
   
     
 Manifestants et policiers pendant le "Sommet des Amériques", à Québec en Avril 2001   

    LIENS 

A lire absolument, les excellents textes publiés par Le Monde Diplomatique sur l’AMI et la globalisation de l’économie: 

AMI: Le nouveau manifeste du capitalisme mondial, par L.M.Wallach
Désarmer les marchés, par Ignacio Ramonet, rédacteur en chef du Monde Diplomatique. L’article qui a été à l’origine de la fondation d’ATTAC

Pour en savoir plus sur le ZLEA et ses conséquences sur la justice sociale et l’environnement, en particulier au Canada  Un article sur les nouveaux accords multilatéraux en préparation, et sur la collusion entre les multinationales et la Commission Européenne. Le site de l’organisation ATTAC , et son dossier sur l’AMI 

>Cette association diffuse de nombreuses informations sur l’AMI, ainsi que sur les « grandes manoeuvres » de la mondialisation économique et ses dangers pour la démocratie.
Le principal projet de l’association Attac reprend la proposition du prix Nobel d’économie James Tobin (mort le 11 Mars 2002): l’instauration une taxe de 0,2% sur les flux financiers du marché des devises. La masse de ces flux est si importante qu’une très faible suffirait à résoudre la plupart des problèmes planétaires dans les domaines économiques, sociaux et environnementaux, en distribuant un revenu minimum à chaque habitant de la planète.
Fondée en France en 1997, ATTAC est depuis devenue une organisation représentée dans de multiples pays du Monde (Europe, Canada, Etats-Unis, Brésil, Argentine, Corée, Japon…). Dans plusieurs pays, des parlementaires ont apporté leur soutien au projet de taxe Tobin. Par ailleurs, plus de 40 associations ou syndicats comme la
Confédération Paysanne sont adhérents d’ATTAC.

Le dossier d’Attac Canada sur le ZLEA 

L’AGCS:

Vers la privatisation totale des services publics

L’AGCS (Accord Général sur le Commerce des Services, ou en anglais GATS – General Agreement on Trade and Services) est un accord multilatéral élaboré par l’OMC depuis 1995 sous l’impulsion des Etats-Unis, et qui concerne les « services » au sens très large du terme.  Les négociations ont commencé en Janvier 2000 et doivent durer jusqu’en Janvier 2005, date-butoir fixée pour l’adoption de l’accord. Les négociations sont conduites par Robert Zoellick (en photo) pour les États-Unis et par Pascal Lamy pour l’Union Européenne.  En fait de « services », l’AGCS prévoit la privatisation totale de L’ENSEMBLE DES SERVICES PUBLICS: la distribution d’électricité, la poste, les transports publics, mais aussi la santé et l’éducation dont l’accès sera ainsi réservé aux plus favorisés. A terme, cela signifie une baisse de l’espérance de vie, un retour massif de l’illetrisme, des populations de moins en moins intelligentes et de plus en plus manipulables…  Au total, l’AGCS prévoit la libéralisation totale de 160 secteurs d’activité, dont certains représentent de fabuleux marchés mondiaux qui excitent depuis longtemps la convoitise du secteur privé (2000 milliards de dollars pour l’éducation, 3500 milliards de dollars pour la santé).  Avant même la signature de l’AGCS, les gouvernements européens ont déjà commencé à mettre en oeuvre la privatisation des services publics. Les projets de privatisation déjà annoncées de certains services publics (EDF, Air France,
La Poste…) sont en fait dictées par l’AGCS, que les gouvernements de droite et de gauche ont élaboré en secret, dans le dos des citoyens, et avec le silence complice des
médias
, mais aussi des organisations syndicales « collaborationistes » du nouvel ordre économique (les dirigeants du premier syndicat français,
la CFDT, sont des participants assidus du
Forum de Davos). Des politiques identiques sont actuellement appliquées dans l’ensemble des pays occidentaux.  Comme pour l’AMI, les négociations de l’AGCS se déroulent dans la plus grande opacité. Malgré les demandes répétées de certains parlementaires européens, l’accès aux documents de négociation leur a été refusé. Comme l’AMI, l’AGCS vise à accorder toujours plus de liberté et de droits aux multinationales, à réduire le pouvoir économique des états, et à démanteler méthodiquement l’ensemble des réglementations sociales et environnementales. Ces attaques simultanées s’inscrivent dans ce qui doit être appelé une guerre. Une guerre sociale et intérieure, une guerre des entreprises contre les citoyens.   Grâce à l’apathie du public et des contre-pouvoirs syndicaux, cette guerre est sur le point d’atteindre ses objectifs: l’annulation de l’ensemble des droits sociaux acquis depuis un siècle, la suppression de toute entrave à la « liberté » des entreprises (liberté de polluer, liberté d’exploiter sans limites, liberté de détruire des vies par la misère et le chômage…), et l’anéantissement définitif du pouvoir des institutions élues (les états) et donc, de la démocratie. Pour répondre à cette guerre qui entre dans sa phase finale et dont les conséquences seront sans retour, le temps est venu pour les citoyens d’entrer en Résistance. 

  

Sabotage avant privatisation  Pour obtenir facilement le consentement de l’opinion pour la privatisation des services publics, la stratégie la plus souvent utilisée consiste à organiser préalablement le sabotage des services publics, afin que leur inefficience puisse servir de prétexte à leur privatisation. Cette stratégie a été massivement appliquée dans les secteurs de la santé et de l’éducation.  Voici ce que l’on peut lire à propos de l’éducation publique dans un document de l’OCDE, l’organisation des Maîtres du Monde qui est également à l’origine de l’AMI:  « Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles et aux universités, mais il serait dangeureux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement.
Cela se fait au coup par coup, dans une école et non dans un établissement voisin, de telle sorte qu’on évite un mécontentement général de la population.
«  Cahier de politique économique » n°13 de l’OCDE 

Publié dans COULISSES ET RESEAUX DU POUVOIR, LES LOBBIES et L'INDUSTRIE DU MENSONGE, LES NOUVEAUX MAITRES DU MONDE, THINK TANKS FRANCAIS : Cercles de réflexion au service | Pas de Commentaire »

LES MEDIAS DE LA HAINE

Posté par issopha le 3 septembre 2007

MÉDIAS DE


LA HAINE

Déjà les médias voudraient imputer à la seule télévision la responsabilité du discours de régression sociale et

sécuritaire qui a dopé le score du Front national. Mais Le Pen a eu d’autres alliés que les seuls Jean-Pierre Pernaut de TF1 et Daniel Bilalian de France 2. Comme le chef du FN l’a admis lui-même, c’est l’ensemble du Parti de
la Presse et de l’Argent (PPA) qui lui a fait la courte échelle : « Les hommes politiques, les journalistes et les politologues parlent un langage qui n’est pas très éloigné du mien, quand il ne le recouvre pas, voire le dépasse. Je me suis normalisé puisque tout le monde parle comme moi. » (France Inter, 16.04.02). Malgré des discours « citoyens » et « républicains » tenus devant les caméras, les patrons qui plastronnent ont tout de suite compris l’intérêt qu’ils pouvaient tirer d’une telle situation. Un de leurs journaux, le Financial Times, a expliqué le 25 avril 2002 : « Les responsables des milieux d’affaires français ont demandé hier aux hommes politiques d’utiliser le trouble provoqué par la victoire électorale de l’extrême droite dimanche dernier pour introduire des réformes radicales, économiques et constitutionnelles. »


Pour vendre du papier ou fouetter l’audimat, conquérir des marchés publicitaires ou complaire à leurs actionnaires, les médias ont colporté la peur à coup de manchettes criardes, d’articles et de reportages sur la « violence » et la « délinquance »
(dossier de PLPL n° 6). Simultanément, ils couvraient d’un silence plein de mépris les victimes de la violence économique et de la délinquance patronale. « Il y a du chômage, on en a pas parlé pendant la campagne », pleurnichait dans une émission de téléachat Edwy Plenel, directeur de la rédaction du Monde (LCI, 27.04.02). Car les pyromanes de l’« insécurité » ne maîtrisent plus la flamme qu’ils ont alimenté. Ils voudraient à présent vendre plus de papier et plus d’audimat encore en affectant d’être désolés de la montée de l’extrême droite. Habiles à apaiser leurs consciences, les médias déploient une pédagogie anti-FN dont Libération a fourni le modèle (génial). Un article présentait les dangers du programme du FN en ces termes : « Adieu la paire de basket made in Tunisie à 22 euros ou le jean made in China à 30 euros, achetés en grande surface » (Libération, 25.04.02) Les journalistes qui hier encore affirmaient : « Personne n’envisage sérieusement que MM. Chirac et Jospin ne se retrouvent pas face à face au second tour. » (Le Monde, 19.04.02) ou caquetaient que « Jacques Chirac et Lionel Jospin sont assurés du second tour. » (Serge July, Libération, 16.04.02) donnent des leçons de morale civique en stigmatisant la « frivolité », « l’insoutenable légèreté » et la « désinvolture démocratique » de ceux qui n’ont pas voté pour les candidats du PPA (Laurent Joffrin, Le Nouvel Observateur, 25.04.02).

 En effet, le Parti de
la Presse et de l’Argent qui a alimenté le FN et ses combats n’est pas seulement constitué par les responsables de droite, Le Figaro, RTL et TF1. Le PPA, c’est aussi le Parti socialiste et ses alliés
(dossier PLPL n°8), des radios comme France Inter ou France Culture (dossier de PLPL n°7, PLPL n°4) et des périodiques prétendument « citoyens » ou « de gauche » comme Le Monde (dossier de PLPL n°1), Libération (dossier de PLPL n°4), ou Le Nouvel Observateur (PLPL, n°9). Tous disposés à mentir ou à se courber pour favoriser les patrons qui plastronnent (dossier de PLPL n°2-3) et le « modèle américain » (guerre permanente aux pauvres du monde, prisons pour les pauvres d’Amérique).
Des milliers d’abonnés connaissent déjà PLPL. Il est temps pour les autres de le découvrir et de le faire connaître, de
s’y abonner. Pour permettre à chacun, non pas seulement de combattre l’extrême droite, mais aussi de confondre les Tartuffe d’aujourd’hui qui l’ont favorisée.

    
Olivier Mazerolle :

- Vos adversaires de gauche disent  » euh quand même, Jacques Chirac il a servi un peu les idées de l’extrême droite en basant sa campagne sur la sécurité, sur le déclin de
la France « .

Jacques Chirac :

- Il aurait fallu être tout à fait sourd pour ne pas entendre ce que disaient les Français. Moi j’ai beaucoup voyagé avant la campagne, pendant la campagne. Je n’ai pas rencontré un Français, une Française, qui ne me dise à quel point son inquiétude était grande à l’égard de la montée de la violence, de l’insécurité. Vous savez, je regarde aussi les journaux télévisés. Qu’est-ce que je vois depuis des mois, des mois et des mois : tous les jours, ces actes de violence, de délinquance, de criminalité. C’est bien le reflet d’une certaine situation. Ce n’est pas moi qui choisissais vos sujets.

(Spéciale Présidentielles, France 2, mercredi 24 avril 2002.)
     

  

 Les médias et l’insécurité.

 Délire sécuritaire sur France Culture.

 Les coups de matraque insécuritaires du Parisien.

 Field aime la police et les patrons.

 France Inter ou Radio Police ?

 

L’AUTRE GUERRE DES MÉDIAS 

Les pyromanes de l’insécurité

« Insécurité » sur tous les fronts. « Une véritable scène de guerre urbaine », « La nouvelle guerre » : le premier titre (France Inter) renvoie à un tir de bazooka à Béziers, le second (Le Figaro) à une double frappe chirurgicale à New York. Les sujets changent, le matraquage demeure. Après la pensée unique – l’économie, c’est le marché –, la presse découvre la déclinaison unique : l’« insécurité » quel que soit le sujet.
En 1997, le gouvernement Jospin choisissait de masquer son libéralisme économique par l’interventionnisme policier. Privatisations d’un côté, Vigipirate de l’autre. Quatre ans plus tard, au moment d’expirer, englouti sous un amas de barbe molle, le parti communiste vend L’Humanité à Matra-Hachette et se déclare « solidaire » des maîtres du Pentagone.
Le parti de la presse et de l’argent (PPA) ne se contente plus de relater les croisades sécuritaires. Il les mène en première ligne, tambour battant. Robert Solé, médiateur du Quotidien vespéral des marchés, fait le paon : « La rédaction du Monde a décrété la mobilisation générale. » (QVM, 16-17.9.01)
Elle n’est pas la seule.
Sur France Inter, le 6 septembre dernier, un auditeur excédé par l’endoctrinement sécuritaire interpellait un journaliste galonné : « Moi je me dis que si demain il y avait la même médiatisation sur l’écart grandissant entre les rémunérations des salaires et du capital, dans les sondages les Français diraient que le problème numéro un c’est l’augmentation des salaires. » On lui coupa la parole. Pour la donner à un commissaire de police. Depuis, cet auditeur a rejoint les camps d’entraînement de PLPL. Et ce qu’il n’a pas pu dire, c’est ce qui suit…
    

Quand les médias (qui mentent) ont oublié, PLPL se souvient. C’était il y a dix-sept ans. Le 29 octobre 1984, Jean-Pierre Destrade, porte-parole d’un parti socialiste dont Lionel Jospin est alors le premier secrétaire, donne de la voix : « Il est urgent que le gouvernement s’engage plus résolument dans le combat contre l’insécurité. » Destrade exige davantage de « fermeté », « des peines incompressibles pour certains criminels, une réduction encore plus notable du nombre de permissions de sortir et des libérations conditionnelles », sans oublier « un plan d’équipement de la police » (QVM, 01.11.84). Le président de
la Ligue des droits de l’homme s’avoue « consterné » : « Ces déclarations sont imprégnées de l’idéologie sécuritaire la plus réactionnaire. Il est stupéfiant de voir les théories de l’extrême droite reprises en compte par une certaine gauche. »
Nul ne serait stupéfié aujourd’hui… Demandeur de « peines incompressibles pour certains criminels », Jean-Pierre Destrade peut se féliciter de n’avoir pas été tout à fait entendu à l’époque. Car, grâce au « laxisme » judiciaire ambiant, il n’eut pas eu à purger l’intégralité de sa peine de prison… Il est vrai qu’il avait eu l’habileté de voler un bœuf plutôt qu’un œuf, s’engraissant personnellement grâce aux énormes dessous-de-table versés au parti socialiste par des hypermarchés.

Parce qu’ils ont pris place dans une croisade sécuritaire et guerrière nauséabonde, les médias (qui mentent) au service des patrons (qui plastronnent) s’abstiennent d’évoquer ce genre de souvenirs. Pourtant, on le sait à présent, la plupart de ceux qui, moustache au clair, ont glapi en faveur de la loi et l’ordre se sont révélés être des fripouilles. Tel ancien maire de Nice, proche du Front national, ne cessait de réclamer davantage de police et de poigne… jusqu’au jour où les tribunaux l’ont contraint à aller dépenser en Uruguay les sommes extorquées à ses administrés. Tel autre champion de la « lutte contre l’insécurité », réélu maire RPR d’une ville détenant le record de caméras de surveillance au centimètre carré, restera célèbre pour avoir tout à la fois utilisé des employés municipaux à titre de domestiques personnels et contraint, pistolet au poing, une malheureuse à lui faire une fellation. Tel ancien ministre de
la Justice, théoricien sécuritaire du RPR dans les années 1980, a fini mis en examen, le 30 août dernier, pour « recel d’abus de biens sociaux ».

Gauche plurielle :
de Robert Hue à Robert Pandraud

Lionel Jospin a récemment distingué Robert Pandraud, député RPR de Seine-Saint-Denis, en lui confiant une mission de réflexion destinée à « élaborer un nouvel instrument statistique de l’insécurité. » Dans Le Point du 13 juillet 2001, Pandraud fut aussitôt décrété « en forme ». PLPL rappelle les états de service du nouveau conseiller de Jospin : c’est au moment où Pandraud était ministre délégué chargé de
la Sécurité dans le gouvernement Chirac que furent renforcés les pouvoirs de la police sous couvert de lutte contre le « terrorisme » ; qu’on utilisa massivement les camps de rétention, créés par la gauche, pour regrouper les étrangers en instance de reconduite à la frontière ; qu’une réforme du code de la nationalité permit de trier plus facilement ceux qui « méritaient » d’être Français ; que furent institués le système des repentis et la pratique de la délation rémunérée ; qu’on revint de fait à une juridiction politique d’exception, laquelle s’« illustra » à l’occasion du procès d’Action directe 
1
.

Et PLPL n’oublie pas non plus qu’en décembre 1986, quinze ans avant les exploits de la police italienne à Gênes, Malik Oussekine fut matraqué à mort par une brigade de voltigeurs français galvanisés par les discours de Pandraud. Est-ce un tel bilan qui lui a valu d’être promu statisticien de l’insécurité par le gouvernement de la gauche plurielle, communistes et écologistes compris ?

Non, car il fut jugé insuffisant. Actuel porte-parole du parti socialiste, Vincent Peillon a ainsi reproché aux « braillards de la droite qui veulent exploiter le sentiment d’insécurité » de n’avoir « rien fait quand ils étaient au pouvoir ». (QVM, 05-06.08.01) Quelques jours plus tôt, au moment de l’assassinat du militant anticapitaliste Carlo Giuliani à Gênes, le petit braillard Peillon feignait pourtant l’indignation et dénonçait la « prise en otage » des manifestants de Gênes par « une police à la stratégie pour le moins douteuse ». Et il pleurnichait : « Nous aurions dû être à Gênes parce que les valeurs que défendent ces manifestants sont les nôtres. […] Les socialistes ne seront plus absents. » (Le Nouvel Observateur, 25.07.01)

En somme, ils tirent et ils pleurent. À moins que ce ne soit l’inverse. Les socialistes et leurs alliés s’apitoient sur un manifestant tué par la police puis ils arment la police qui tuera les manifestants.

Le dictateur de l’hebdomadaire Marianne, Jean-François Kahn, n’a pas tous ces scrupules. Aussi favorable à la répression chez Berlusconi que dans les banlieues françaises, il siffle de rage : « Les méthodes débiles des anarcho-casseurs, si privilégiées par les médias [sic], et que la gauche bourgeoise n’a pas hésité à caresser dans le sens du poil [re-sic], sont répugnantes. Elles le sont à Gênes, mais aussi dans nos cités. » Les lecteurs de PLPL comprendront à quel point les médias « privilégient » la contestation radicale quand ils sauront que : « La tactique des Black-Blocks, c’est “mords et fuis”. 2 »

Fuir ? Comment y parvenir dans une Europe qui se construit chaque jour un peu plus autour de la police et de l’argent (euro), de la police pour protéger les détenteurs d’argent ? Otto Schily, ministre allemand de l’Intérieur, a proposé la création d’une « police anti-émeute européenne. » Si demain elle intervient dans « nos cités », Jean-François Kahn s’avouera comblé…

Interrogé le 28 août 2001 sur TF1, le Premier ministre Lionel Jospin avait rappelé le sens de la « lutte collective » menée depuis 1997 : « gagner la bataille de l’insécurité. » Il y a deux ans, l’ancien ministre Pierre Pasquini et le député UDF Arthur Paecht jalousaient déjà la surenchère policière de l’axe socialo-citoyenno-vert-huiste et interrogeaient : « Croit-on qu’il faille, sans réagir, laisser la gauche être sécuritaire à notre place ? » (Le Figaro, 26.01.99) François Goulard, secrétaire politique de Démocratie libérale (DL, madeliniste) cherchait à les rassurer : « Nous pouvons encore attaquer le gouvernement sur le problème de l’insécurité. » (L’Express, 01.06.00) Le petit traître balladurien Nicolas Sarkozy leur fit écho quelques mois plus tard : « La prison doit être un élément majeur de notre politique de sécurité. » (Le Point, 31.08.01)

La suite

1. Lire Jean-Paul Jean, « Le libéralisme autoritaire », Le Monde diplomatique, octobre 1987.
2. « Les casseurs du G8. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Jusqu’où iront-ils ? », Le Figaro-magazine, 28 juillet 2001.
3. Alors directeur d’un obscur institut de sondage raminagrobique, le Cecop

Glapissements sécuritaires sur France culture

Chaque dimanche, juste après la retransmission de la messe, un club de gloseurs se réunit pour faire des phrases que

France Culture inflige à ses rares auditeurs. Cela s’appelle « L’Esprit public ». L’émission est perpétrée par Philippe Meyer, dont l’une des distractions favorites consiste à insulter les enseignants : « Je tiens Finkielkraut pour une espèce d’instituteur de la nation. » (06.05.00 1) Le 4 février 2001, L’Esprit public remplissait sa mission culturelle en évoquant un sujet tragiquement ignoré de l’ensemble de la presse comme du personnel politique : l’insécurité. Pour ne pas encombrer les ondes d’inutiles précisions, Meyer s’était employé à ce qu’aucun des invités ne connaisse le sujet, si ce n’est par la rumeur de quelque rapine colportée par son coiffeur.

Sur le plateau, Éric Dupin, journaliste à Libération et cyber-donneur de leçons. Ancien militant du parti socialiste, il interprète le point de vue « de gauche ». Non sans honte. Il s’excuse lorsqu’il conseille la lecture d’une « revue qui, pour être marquée très à gauche, n’en est pas moins sérieuse ». (11.02.01) Le sérieux, c’est le Medef ! Même chose dans le cas de l’insécurité. Pour rassurer les auditeurs proches de Pasqua, Dupin glapit : « Souvent, il y a un contresens qui est fait avec de bons sentiments, qui est de croire que cette violence, cette délinquance juvénile, est le fruit direct de la pauvreté, de la misère, du chômage. »

John Vinocur : « Cessons le débat parce que le débat est ailleurs : ce qu’on ne dit pas en France, c’est que cette question de sécurité est intimement liée aux questions d’immigration et de race. »

À ses côtés, Meyer a fait asseoir John Vinocur, journaliste à l’International Herald Tribune. Vinocur a deux passions : dénoncer les « archaïsmes économiques français » et faire reluire les mocassins d’Alain Duhamel – « l’un des commentateurs politiques les plus informés de France, qui cumule l’audace et la clarté ». (IHT, 20.01.99) Indisposé ce matin-là par un homard mal avalé la veille, John Vinocur éructe : « Cessons le débat parce que le débat est ailleurs : ce qu’on ne dit pas en France, c’est que cette question de sécurité est intimement liée aux questions d’immigration et de RACE [il hurle]. Le débat est là. […] Parce que le sous-entendu jamais dit à haute voix dans tout ceci, ce sont ces questions-là. »

C’est alors qu’intervient Max Gallo. Admirateur de Napoléon et de Philippe de Villiers, figurant apprécié de l’émission animée par Edwy Plenel, Roi du téléachat (RTA) sur LCI (Le Monde des idées, 02.09.00), Gallo échange volontiers des calembredaines sur
la République et l’Europe avec Raminagrobis dans Le Point (10.11.00) ou avec Alain Duhamel dans le Figaro Magazine (09.01.99). Mais les vociférations congestives de Vinocur lui coupent l’herbe sous le pied. Elles vont bien au-delà d’un texte, signé par Gallo – ancien vice-président du Mouvement des citoyens – et par une escouade de lépidoptères chevènementistes, qui appelait à la répression de tout mineur utilisateur d’un baladeur (« Républicains n’ayons plus peur », Le Monde, 04.09.98). Gallo réagit donc vivement devant la tentative de débordement américaine : « Je regrette que John Vinocur ait dit cela pour une simple raison : c’est parce que souhaitais le dire. Je suis tout à fait d’accord avec lui car je suis scandalisé par le tabou qui recouvre l’expression “jeune de banlieue”. Moi je voudrais savoir, savoir sociologiquement, pour comprendre un phénomène, qui sont les “jeunes de banlieue”. Qui sont-ils par rapport à leurs antécédences d’origine géographique ? Est-ce qu’il s’agit de Maghrébins ? Est-ce qu’il s’agit d’Africains ? Est-ce qu’il s’agit d’Asiatiques ? […] Comme par rapport à l’économie de marché ou au rôle de l’État, et par rapport à la diversité d’origine géographique et ethnique, nous sommes aussi en retard, nous ne regardons pas en face. Merci, John Vinocur, de nous le rappeler. »

Un « débat d’idées » digne de France Culture aurait manqué de « complexité » sans la présence d’un directeur de revue barriste. Sortant de sa léthargie comme un limaçon abandonnant une sphaigne, Jean-Claude Casanova va prendre de l’altitude : « Nous avons depuis trente ou quarante ans une tradition judiciaire et législative de socialisation, d’indulgence, d’explication, de sociologisme, etc., qui conduit à la mansuétude plus qu’à la sévérité. […] Aux États-Unis, on a des statistiques de criminalité par origine ethnique des délinquants, et ça crée l’inverse du racisme [sic]. Bien évidemment, quand on voit qu’il y a une forte proportion de Noirs en prison, on cherche une politique pour améliorer la situation des Noirs. Et on cherche à avoir la plus efficace possible. »

« La plus efficace possible » ? En prononçant ces mots, Casanova pense-t-il à l’interdiction de voter signifiée à un tiers des hommes noirs d’Alabama, du Texas ou de Floride ? Pense-t-il plutôt à la suppression de l’aide fédérale aux pauvres, souvent noirs ou hispaniques, décidée par Clinton ? Pense-t-il enfin à la généralisation de la peine de mort qui, grâce à une décharge électrique ou du poison dans les veines, résorbe un peu la forte proportion de Noirs en prison ? L’auditeur de France Culture ne le saura pas et peu importe à Casanova. Il psalmodie déjà la formule magique qui couvre les bouffons du masque des savants : « Ce qu’il faut aujourd’hui, si vous voulez, c’est accepter la complexité de la situation et accepter la complexité des politiques nécessaires et cesser tous les tabous, tous les discours idéologiques qui font perdre un temps considérable et ne servent à rien. »

Gallo reste bouche bée, et Vinocur muet. Timidement, Meyer tente alors une percée : « Est-ce que la multiplication des policiers, est-ce que le fait qu’il y ait bientôt autant de policiers que de fonctionnaires de l’Éducation nationale est une solution ? » Pauvre Philippe ! Il ne peut s’empêcher de souiller ses rares incises progressistes d’erreurs astronomiques. Car, à moins que sa comparaison entre Finkielkraut et les enseignants n’ait pour objet de pousser ces derniers au suicide, il n’y aura pas « bientôt autant de policiers que de fonctionnaires de l’Éducation nationale » : 
la France compte 130 000 policiers et adjoints de sécurité contre près de 1 314 000 fonctionnaires de l’Éducation nationale. France Culture, la radio qui cultive…

La bévue, agrémentée d’un facteur 10, est d’autant plus pitoyable que Meyer, faux dissident fieffé et enseignant à Sciences Po, avait récemment raillé le « ridicule si souvent péremptoire » des journalistes et la « paresse des rédacteurs en chef » coupables de faire un « usage fautif et insensé » des chiffres 2. Son impair eut néanmoins le mérite de galvaniser Max Gallo, qui clôtura ce « débat » par un rapprochement vraisemblablement destiné à gagner la reconnaissance des auditeurs que la messe avait plongés dans la torpeur : « On estime qu’il n’y aura que mille Pacs par an. Je signale qu’il y a dix mille délits par mois ».

   

1. Sauf mention contraire, les dates indiquées sont celles de l’émission « L’Esprit public ».
2. Préface au livre de l’association Pénombre, Chiffres en folie,
La Découverte, 1999, p. 6. La contribution prétentieuse de Meyer ne doit pas dissuader les lecteurs de PLPL d’acheter cet utile décryptage de la manipulation par les chiffres : les deux pages incriminées peuvent être arrachées et renvoyées à l’éditeur dans une enveloppe non timbrée.

LES MÉDIAS C’EST
LA GUERRE ! 

Pour exiger l’ordre et la cogne, davantage de police et d’armée, seuls les prétextes changent. Deux tours sont démontées en Amérique ?Les médias réclament un nouveau déploiement militaire en France. Une nouvelle monnaie gluante s’apprête à polluer nos vies ? Chacun explique que « la sécurité est l’un des points essentiels pour un bon passage à l’euro ». Des « incivilités » troublent les quartiers de relégation sociale ? Tous exigent la « tolérance zéro ». Sitôt qu’on les exfiltre de leurs jacuzzis blindés, les gloseurs bedonnants du parti de la presse et de l’argent demandent, terrifiés, la protection de vigiles et de chiens. Les médias (qui mentent) appartiennent aux profiteurs de l’ordre. Attiser le « sentiment d’insécurité » ou la panique du « terrorisme » ne constitue pas seulement le miel de leur tapinage commercial, c’est d’abord leur raison sociale. Ébranlés par la faillite des pitres de la « nouvelle économie », inquiets de constater que les patrons (qui plastronnent) mobilisent désormais le peuple contre eux, les menteurs et les gloseurs ont choisi de reconstituer une foule avachie, lobotomisée par la peur. La révolte pointait, l’avilissement marchand rencontrait ses limites : l’amour de l’argent se dissimulera désormais derrière les plis d’un uniforme et les couleurs d’un drapeau. Déjà les militants anticapitalistes sont assimilés à des criminels ou à des « terroristes » ; déjà les victimes des plans sociaux sont encouragés à se résigner à leur sort et à lire Le Monde en chantonnant : « Nous sommes tous américains. »

Les médias veulent la guerre. Ils l’auront. Ils brandissent la foudre et le bâillon. Nous les détruirons à coups de talon.

     Lire le dossier dans le journal papier pages 3 à 5
  Nota : ne sont mis en ligne que certains articles du journal ; l’intégralité du contenu, notamment les dossiers, est réservée aux seuls abonnés.

La lutte est acharnée
mais PLPL ne décerne
la laisse d’or qu’au plus servile.

Le dossier de candidature de Josyanne Savigneau à
la Laisse d’Or était tellement consistant que son instruction a pris du temps. Mais les mérites de l’impétrante sont indiscutables. Au laquais de BHL, à l’attachée de presse de Sollers et de Houellebecq, à la potiche de Guillaume Durand, PLPL décerne donc son trophée le plus convoité.
Josyanne Savigneau dispose d’un atout. Elle dirige Le Monde des Livres, « un exemple tout à fait déplorable en matière de corruption », selon le philosophe Jacques Bouveresse. Dans son édition du 10 mars 2000, Josyanne avait célébré avec une flamme réservée d’ordinaire aux tas de mots mondains et gélatineux de Sollers un livre narcissique de Guillaume Durand (lire PLPL n° 0). Elle écrivait : « On devrait certainement faire lire ce texte dans les écoles de journalisme. » Peu après, Durand invita Savigneau sur le plateau de son émission de
La Cinquième. Il y recommandait la lecture d’un opuscule josyaniais sur Marguerite Yourcenar. Une Cinquième contre un Monde, le compte n’y était pas. Josyanne s’offusqua.

Et Guillaume a annoncé : « J’ai demandé à Mme Josyanne Savigneau, rédacteur en chef au Monde, responsable du supplément hebdomadaire Le Monde des Livres et du supplément mensuel Le Monde Poche de nous rejoindre » sur France 2, dans l’émission qui remplace « Bouillon de culture ».

BHL en frétille de joie : « Elle est la seule à avoir compris ce qu’il y a réellement derrière l’interminable procès instruit contre moi depuis vingt ans. » Car même si elle réserve ses enthousiasmes au moindre textulet de Sollers, en juin 1996 Josyanne adore Le Lys et la cendre (BHL) ; en octobre 1997, elle célèbre Comédie (BHL) ; en janvier 2000, elle fait un « trépidant voyage » dans Le Siècle de Sartre (BHL).

Mais Josyanne est aussi historienne. Dans Le Monde du 24 janvier 1997, elle interrogeait un jeune spécialiste de Napoléon III. Son nom : Alain Minc, président du conseil de surveillance du Monde.

Post-scriptum :
Il a suffi du petit délai séparant la mise sous presse de PLPL et son arrivée chez les abonnés pour que notre Laisse d’Or s’illustre de deux manières. D’une part, en invitant son employeur Edwy Plenel à l’émission Campus (France 2, 4.10.2001) pour une séance de téléachat frénétique. D’autre part, en injectant dans les colonnes corrompues du QVM des livres (12.10. 2001) une pleine page d’adjectifs dégoulinants pour célébrer le dernier livre de l’analphabète mondain Philippe Sollers

Pour relire pas relu

 

 

Alexandre Adler, dit Triple Crème, s’est une fois de plus distingué au moment des attentats de New York et de Washington. Il a confirmé son goût du sang en faisant l’éloge d’Ariel Sharon ; il a ajouté à propos du directeur de
la CIA : « Moi, personnellement, je le fusillerais dans la journée. » (Canal+, 11.09.01) En avril dernier, Adler estimait déjà : « Milosevic mérite mille fois la mort. » (France Culture, 07.04.01)

Mais Triple Crème n’est constant que pour exiger la mort. Pour le reste, Adler dit tout et son contraire. Un exemple, les élections italiennes du printemps dernier : « Que le retour en force de Silvio Berlusconi sur la scène italienne soit une catastrophe morale est une évidence… On peut rapprocher les figures de Mussolini et de Berlusconi… L’arrivée de Berlusconi en vainqueur sera bien sûr une honte et un risque pour l’Europe. » (Courrier International, 03.05.01)

Vingt jours plus tard, sans doute après avoir compris que la plupart des propriétaires des restaurants à pâtes et des pizzerias de la péninsule avaient voté pour le milliardaire bronzé, Triple Crème se ravisa : « Déception, affliction, voire “vigilance” : le ton adopté par certains en France après la victoire de Berlusconi n’est pas très raisonnable. L’italien Berlusconi est en effet le contraire de l’Autrichien Haider… La victoire de Berlusconi est en soi une victoire de la démocratie… L’élection débouche sur la première majorité claire au Parlement depuis cinq ans : une stabilité rêvée pour l’Italie. » (L’Expansion, 23.05.01) *

* Informations transmises par un lecteur de PLPL.

Faire un président à l’américaine

   

Pendant les cinq jours qui ont suivi les attentats aux États-Unis, Radio France a appliqué à sa façon le plan Vigipirate. Daniel Mermet fut sommé de se taire. Il dut céder la parole à Nicole Bacharand et à John Vinocur. La première, une politologue sans talent, donc de Sciences-Po, eut ainsi l’occasion de souffler au directeur du Monde son thème d’éditorial : « Nous sommes tous des Américains. » Puis, elle criailla bêtement : « Chercher du côté des victimes la faute, c’est inqualifiable ! […] ne vaut-il pas mieux que ce soient les États-Unis qui soient première puissance mondiale que
la Chine, que
la Russie ? 
» Le second, journaliste à l’International Herald Tribune, s’étrangla sur France Culture lorsqu’on suggéra qu’il faudrait épargner les innocents : « Qui sont les innocents ? ça me dépasse un peu en temps de guerre. Il faut réagir ! Vous devez accepter la colère de la population américaine. On entre dans un monde où soit vous êtes avec nous, soit vous êtes contre nous ! Si
la France cherche le coin neutre, elle va se mettre hors-jeu parce que
la Grande Bretagne et l’Allemagne vont jouer le jeu américain à 100 %. Ça va réélire le chancelier Schröder à coup sûr au mois de novembre l’année prochaine. Jacques Chirac doit y penser en se disant : “Eh bien, moi aussi je veux être président encore une fois.” 
» (16.09.01)
Assurément, Mermet n’aurait pu faire mieux.

 

  EUROPROPAGANDE 

  

   
« Il y a un consensus entre les grandes sensibilités politiques du pays qui ont voulu cette monnaie unique. Nous sommes très émus et assez fiers d’être arrivés à ce résultat. »
Jean-Claude Trichet, France 2, 30 août 2001 
Bien avant que les journalistes n’aient des saillies orgastiques en décrivant le plan « Vigieuro » destiné à protéger, mitraillette au poing, le convoyage et le stockage des fonds, la monnaie unique assurait déjà le bonheur des salles de rédaction. Il y a quatre ans, le 12 octobre 1997, dans l’émission « Arrêt sur image », Christine Ockrent faisait la promotion de son émission de FR3 à la gloire de l’Europe des patrons. Fondamentaliste de la monnaie unique comme la plupart de ses confrères les plus riches, elle expliquait à Daniel Schneidermann : « Dans le cas de
la France, la strate médiatique est plutôt anti-européenne… »
Même très bien disposé à l’égard d’une des meilleures amies de son patron Jean-Marie Colombani (à l’époque, Le Monde s’apprêtait à offrir à Christine la direction d’un mensuel de propagande de l’Europe du capital
1), Schneidermann ne put réprimer un (petit) hoquet : « Plutôt indifférente, non ? » Ockrent le reprit aussitôt : « La tonalité des journalistes qui s’occupent de l’Europe, c’est plutôt en général négatif, grinçant. En revanche, regardez les sondages, parlons de l’euro, par exemple. Ce sont des sondages positifs. Et on constate une chose qui est quand même très intéressante pour notre pays, c’est que plus les Français sont jeunes et plus ils croient que l’Europe est pour eux un territoire et un espoir. » 
Coup sur coup, Ockrent venait d’associer à la fois Europe et euro, Europe et jeunesse, « positif » et soutien à de nouveaux billets de banque (hideux) conçus par un aréopage de vieillards réactionnaires. Mieux, elle avait eu le toupet de prétendre que les journalistes français étaient « anti-européens » alors que l’Europe qui se construit est destinée à servir leurs patrons. Cinq ans après le bourrage de crâne médiatique favorable au traité de Maastricht, l’impudence d’Ockrent rivalisait presque avec les plus gros mensonges du pitre couineur Mouchard Laurent Joffrin.
          

 
     
Les médias aiment l’euro


L’euro arrose les médias
 Si les médias aiment l’euro, c’est que l’euro va rapporter aux médias. La firme Publicis, proche du pouvoir « socialiste » (la richissime jospinienne Élizabeth Badinter en est la plus grosse actionnaire…), a hérité en France du budget de propagande de la monnaie unique (525 millions de francs). Le slogan génial qu’elle a concocté — « L’euro, notre monnaie » — aura des destinataires tout trouvés : les périodiques de Pinault, les radios de Lagardère et les télévisions de Vivendi qui vont hériter de la pub. L’abonné de PLPL paiera pour renflouer, par exemple, le quotidien (périclitant) de Ramina [Jean-Marie Colombani], directeur du quotidien de propagande pro-américaine Le Monde. Europédophilie 

Le 2 septembre dernier, Le Journal du Dimanche (Matra-Hachette-Lagardère) dévoilait en avant-première une des grandes idées de la firme de Badinter : « Sept millions de petits Européens de 8 à 12 ans [vont recevoir] un poster représentant les pièces et les billets en euros. Un concours –  »Deviens un champion de l’euro” – sera organisé. Il faudra répondre à cinq questions. Publicis espère bien que les enfants chercheront les réponses avec leurs parents. Les vingt-quatre lauréats seront invités à Francfort pour assister à la naissance solennelle de l’euro le 1er janvier au matin. Les enfants seront ainsi les premiers à toucher les billets. Une chance que n’ont pas eue les 900 journalistes venus jeudi à Francfort pour assister à la présentation des sept billets par Wim Duisenberg, le président de
la BCE. » Mais l’europédophilie ne date pas d’hier. Il y a deux ans, pour fêter le passage à la monnaie unique, le gouvernement Jospin avait offert à chaque bébé français né le 1er janvier 1999 un livret A de
la Caisse d’épargne doté d’une somme de 100 euros (1 euro = 6,55 francs, 1 bébé français = 100 euros). Quelques mois avant cette grande initiative de la gauche plurielle, Alain Genestar, devenu depuis directeur de Paris Match (groupe Matra-Hachette-Lagardère), célèbrait lui aussi « L’aventure qui commence » : « Grâce à – et pas à cause de – l’euro, les pays vont perdre une partie de leur souveraineté monétaire ou budgétaire… À l’heure de la mondialisation, qui est un fait intangible et non un choix optionnel, les politiques monétaires des pays… sont déterminées par les marchés.
2 » Sur Europe 1 (groupe Matra-Hachette-Lagardère), Alain Duhamel apporta également à l’époque la démonstration de la subtilité qui le caractérisait et qui, coup sur coup, a envoûté une génération de directeurs de presse poltrons et sans envergure comme Ramina et Crassus [Serge July]. Car à entendre Duhamel, les adversaires (sardoniques) de la monnaie unique étaient des « nostalgiques de la marine à voile, des gens qui rêvent à un monde dans lequel on ne peut se diriger qu’en ballon ». (05.01.99) Mais pour exprimer dans sa pureté de diamant l’euroconsensus des élites médiatiques, les services de documentation de PLPL ont exhumé un document unique. Le 10 janvier 1999, lors de l’émission « Polémiques » de France 2, Michèle Cotta avait réuni cinq journalistes pour, entre autres choses, parler de l’euro. La « polémique » promise tardait. Elle fut lancée par Michèle Cotta avec un : « Au fond, ça c’est bien passé. Tout le monde est content. C’est votre opinion générale, consensuelle, ou vous faites quelques bémols ? » Philippe Reinhard (L’Événement), Jacques Julliard (Le Nouvel Observateur), Laurent Mouchard (alors à Libération), Catherine Pégard (Le Point), Patrick Jarreau (Le Monde) et Paul Guilbert (Le Figaro) devisaient aimablement. Patrick Jarreau se montrait enthousiasmé par « le moment extraordinaire qu’on est en train de vivre, la première matérialisation d’un espace de vie qui s’appelle l’Europe quand même ». Soudain, imprévu, l’éclat se produit. Philippe Reinhard explose : « Je suis tout à fait d’accord avec mes confrères, mais j’y apporterai quand même un petit bémol, qui va dans leur sens, d’ailleurs. C’est formidable, c’est une aventure extraordinaire. C’est une aventure extraordinaire, mais elle est surtout saluée par les Bourses. Il y a une flambée de
la Bourse… » Paul Guilbert lui saute à la gorge : « Voilà un argument communiste ! C’est absurde ! L’aventure est populaire. Si l’euro n’avait pas été bâti avec l’acquiescement des Bourses depuis un ou deux ans, depuis Maastricht, il est évident que l’euro aurait capoté ! » Penaud, Philippe Reinhard s’aplatit : « Ce serait bien que les autres en profitent également… Rassure toi : je ne suis pas communiste. »
Fin de la « polémique » de Polémiques.
Quelques mois après l’organisation de ce débat impeccablement pluraliste, Michèle Cotta, qui aura dû toute sa carrière à son abaissement devant les puissants, était promue directrice de France 2. 

1. Ce mensuel, L’Européen, n’a pas survécu plus de quelques mois à la démonstration périodique de sa nullité. Le Monde y engloutit en pure perte la somme de 12 millions de francs. Ce fut l’un des plus cinglants échecs industriels du duo Raminagrobis Colombani et du Nabot malfaisant Alain Minc. 2. Éditorial du Journal du dimanche, 3 mai 1998 

     
Attac s’est constituée malgré les médias qui mentent. Il y a trois ans, le Quotidien vespéral des marchés [ex-Le Monde] assimilait cette association aux « nationaux républicains » et Bernard Cassen, son président, à Charles Pasqua. (QVM, 17-18.05.98) Les militants, qui tous méprisent le QVM, affluaient par milliers. Parfois, les journalistes condescendaient à traiter l’« antimondialisation » sous l’angle du folklore.
Puis le vent à tourné. 
La brise contestataire a été décrétée sujet vendeur. Désormais, le Quotidien vespéral des marchés consacre sa « une » à Attac, flatte le narcissisme de ses chefs, sollicite ses animateurs pour remplir les pages de ses suppléments « Économie » du lundi. Un éditorial s’esbaudissait : « Pas un grand quotidien économique et financier, pas une page saumon qui, de Londres à Washington et de Paris à Francfort, ne prenne au sérieux les critiques de la mondialisation. Attac, sigle inconnu il y a peu encore, a gagné une bataille politique. » (« Mondialisation : le débat », QVM, 28.08.01) 
PLPL s’interroge. Les porte-voix de la contestation sont-ils assez sots pour gober ce (provisoire) retournement du parti de la presse et de l’argent (PPA) ? 

Depuis le printemps 2001, des responsables d’Attac se livrent à une folle course-poursuite médiatique 1. La joute a commencé bien avant que huit commis du capital ne s’assemblent à Gênes. Christophe Aguiton, responsable des relations internationales à Attac, avait effectué un tour de chauffe qui lui avait valu le titre convoité de « BHL de la contestation » (lire PLPL n° 5). Bernard Cassen, président d’Attac-France et directeur général du Monde diplomatique, s’est lancé à sa poursuite.  À l’abord du virage du G8 de Gênes, le BHL de la contestation conservait une avance médiattaque confortable. D’une émission de M6 (Lyonnaise-Suez) consacrée à la jet-set (17.07.01), il bondissait dans les colonnes de Rouge, l’hebdomadaire de
la LCR (19.07.01), en passant par celles de Politis (le même jour). Mais, galvanisé par les manifestations de Gênes, le paisible poney Cassen se transforme en mustang.
Le 20 juillet, le président d’Attac est interrogé sur Europe 1 (Largardère) par un Jean-Pierre Elkabbach bouffi de prévenances (20.07.01/8 h.20). Distrait, Cassen oublie de signaler aux auditeurs que son vis-à-vis est « conseiller spécial pour la stratégie média du groupe Lagardère ». La conversation se conclut sur ces mots d’Elkabbach : « Nous aurons des occasions de nous voir. Je vous souhaite une bonne journée à Gênes. » Quelques mois plus tôt, le conseiller de Lagardère eût été moins poli. N’avait-il pas interviewé sur la même station un député insuffisamment enthousiasmé par le capitalisme en lui postillonnant au visage : « Vous êtes archaïque ! ». (23.04.01) Le même 20 juillet, Cassen est invité sur France Inter (« Le téléphone sonne »). Trop absorbé par sa dénonciation des « casseurs », il écoute sans broncher le présentateur interrompre un auditeur qui soulignait la médiocrité des médias. 

Inquiet, Aguiton réagit en saturant les télévisions italiennes. Le quotidien Le Parisien lui rend hommage en publiant dans un petit encadré les propos de trois global leaders : Jacques Chirac, Georges Bush et… Christophe Aguiton (21.07.01).  Cassen, cité par l’hebdomadaire Time (23.07.01), remonte toujours à la corde. Et le 27 juillet, les deux destriers galopent bride contre bride : Aguiton ostracise les « Black blocs » dans Libération (en partie détenu par un capital-risqueur britannique) tandis que le président d’Attac s’épanouit dans les colonnes du Point (propriété de Pinault). Soudain, Cassen sort sa botte secrète : une tribune dans Le Journal du dimanche, propriété de Matra-Hachette (29.08.01). Parade immédiate d’Aguiton, qui se fait lécher et louer par son camarade de
la LCR Philippe Corcuff dans le NEM (Non-Événement du mercredi, ex-Charlie Hebdo, propriété de Philippe Val Inc., 01.08.01). La réplique ne tarde pas : dans un entretien à Témoignage chrétien (03.08.01), une publication renflouée par Le Monde diplomatique, Cassen confesse : « Nous évitons soigneusement d’utiliser les mots en “isme”, capitalisme, par exemple. » 

Le museau fumant de rage, Aguiton fixe désormais la croupe de son rival qui laisse choir sur la « une » fangeuse du QVM une tribune contre Alain Minc (24.08.01). Quelques jours plus tôt, ce nabot malfaisant avait en effet agité ses petits bras pour imposer dans Le Monde, dont il préside le conseil de surveillance, ses réflexions sur la « Mondialisation heureuse » (17.08.01). C’est dans Politis, hebdomadaire dont il vice-préside le conseil de surveillance, que Cassen complétera son explication de texte (23.08.01).  Défait, Aguiton en est réduit aux accessits : s’assoupir sur LCI dans les bras d’Anita Hauser (11.09.01), palabrer sur la chaîne Bloomberg d’information financières 2

Attac n’en était pas quitte pour autant. Le 1er septembre, Edwy Plenel, Roi du téléachat sur LCI, convoquait à son émission « Le Monde des idée » René Passet, président du conseil scientifique de l’association. Ravi de s’exprimer dans la tour TF1, propriétaire de LCI, le RTA remuait la queue : « Bienvenue au “Monde des idées”. Ce sont les héros de la rentrée. Ils étaient à Gênes dans la rue. Et ça a fait du bruit. Et ça a fait mal. Et puis ils étaient aussi sur les plateaux de télévision. […] Ce sont ceux qu’on appelle, dans un raccourci on va le voir, les antimondialistes. Les militants notamment de l’association Attac. » Tout en oubliant d’évoquer les méfaits d’une multinationale nommée Bouygues, René Passet rassura le petit télégraphiste ex-trotskyste, néo-mondain et toujours moustachu : « Vous savez, les jeunes gens au regard fiévreux qui veulent nous imposer leur perfection, ce n’est pas ma tasse de thé. […] Bien sûr, nous ne sommes pas révolutionnaires. »  Distraire le RTA sur les plateaux de Bouygues, braire dans les studios de Lagardère ou noircir les colonnes Matra aboutit d’abord à blanchir les médias de leurs anciens mensonges et à absoudre leurs prochaines campagnes de propagande capitalistes et guerrières. Mais collaborer avec les médias qui mentent, c’est aussi leur octroyer le pouvoir de choisir des porte-paroles de la contestation disponibles et conformes à leurs attentes. Conjoindre avec les médias (qui mentent), c’est enfin leur concéder le pouvoir de dénaturer le mouvement contestataire. Quand une poignée d’éditorialistes exigera le ralliement d’Attac à la gauche plurielle, ils propulseront au devant de la scène le réserviste adéquat. Dans les rédactions, Pierre Tartakowsky, secrétaire général d’Attac, fait figure de favori pour ce rôle de félon. Pendant qu’Aguiton et Cassen se disputaient le trophée du PPA, « Tarta » flattait en tapinois les socialistes et les médias. Palabrant aux Rencontres de Pétrarque organisées par Le Monde et France Culture, prêt à se déplacer dans les locaux du QVM dès qu’un rédacteur le siffle, il a déjà donné à la gauche qui capitule des gages de sa bonne volonté : « À Attac, il y a deux écoles par rapport à Jospin. Ceux qui pensent que l’opération séduction du gouvernement est une machination préélectorale et ceux qui estiment qu’une vraie réflexion s’opère au sein d’un PS confronté à l’effritement du PCF. » (Libération, 24.08.01) En attendant, la presse qui hurlait de joie quand l’OTAN détruisait des bâtiments civils à Bagdad et à Belgrade a sommé les opposants à la mondialisation de faire pénitence (lire encadré) et de se dissoudre dans l’union sacrée derrière George W. Bush. 

1. PLPL a consigné dans ses archives chacune de leurs interventions. Mais, n’ayant pas pour vocation de publier des bottins, l’organe central de
la Sardonie libre a décidé de n’en évoquer qu’une sur mille. 
2. Pour l’inviter à n’importe quelle émission, y compris la nuit, écrivez-lui à .
          

     
À MORT L’ANTI-MONDIALISATION  Les médias attendaient avec impatience un prétexte pour repartir à la chasse aux anti-capitalistes à qui ils avaient dû concéder quelques bribes de parole pendant l’été. Les attentats de New York et de Washington, imputés à un milliardaire qui dissimule sa moustache sous une barbe, ont fait l’affaire… 
« C’est la phrase de la semaine : Nous sommes tous des A-mé-ri-cains ! Elle est de Jean-Marie Colombani, le directeur du journal Le Monde. […] Elle est parfaite. […] Mais les amis de Milosevic et de Saddam Hussein se sont mobilisés. […] On peut se demander si toutes ces réticences qu’on ne rencontre nulle part ailleurs en Europe ne sont pas le premier signe d’un retour d’une veille maladie française, l’anti-américanisme primaire. Avec son nouveau look, son corollaire, l’anti-mondialisation primaire. » (Georges-Marc Benamou, Europe 1, 16.09.01) 

« Depuis les attaques terroristes subies par les États-Unis, les mouvements anti-mondialisation sont sur la défensive, confrontés au début de procès qui leur est fait d’avoir nourri un ressentiment contre l’Amérique et d’avoir contribué à la montée de certains extrémismes. » (Les Échos, 21-22.09.01)  « La montée de la violence lors des derniers sommets internationaux (Nice, Göteborg, Gênes) a quand même de quoi laisser rêveur. On pourrait même songer à quelques manipulations des milieux les plus extrémistes : un mouvement international voudrait en tout cas déstabiliser l’Occident qu’il ne s’y perdrait pas d’une autre manière. À semer le vent, on peut récolter la tempête… » (Philippe Chalmin, « Mondialisation, antimondialisation : à revoir », Le Monde, 21.09.01) 

« Depuis les poseurs de bombe antimondialistes qui tuèrent l’an dernier la jeune employée d’un MacDonald’s breton jusqu’aux organisateurs du nouveau Pearl Harbor se dessinent les contours d’une nouvelle internationale de la haine. » (Alain-Gérard Slama, « Djihad contre McWorld », éditorial, Le Figaro-Magazine, 15.09.01)  Florence Belkacem, journaliste, interroge Bernard Cassen, président d’Attac-France : « Qu’est ce que vous répondez à ceux qui disent : “Qui vole un œuf vole un bœuf” ? Je traduis : “Qui arrache un pied de maïs transgénique est capable un jour, on ne sais pas, de poser une bombe” ? » (Europe 1, 16.09.01) En somme, et pour conclure, « La libéralisation des échanges, réponse au terrorisme », titrait le Figaro-Économie (13.09.01).

LA GAUCHE BOORLISTE

Partisan du « oui » au référendum sur le traité constitutionnel, Laurent Joffrin a caressé le ministre raffarinien Jean-Louis Borloo, également favorable au « oui » : « Il a une manière de faire qui est bonne, qui parle à l’opinion, qui est souvent à la fois efficace, émouvante [sic]. Il serait un assez bon ministre des Affaires sociales de la gauche. » (LCI, 19.2.05). Huit jours plus tard, Joffrin précisait les contours de la gauche jean-louis-boorliste au cours de son « débat » hebdomadaire avec Philippe Tesson, autre oui-ouiste patenté (France Inter, 19.2.05). Notre Zelig barbichu de l’audiovisuel saluait cette fois Thierry Breton, également ministre du gouvernement Raffarin mais aussi roi des stock-options et des licenciements à France Télécom : « C’est un romancier au départ. C’est un homme extrêmement énergique. C’est un personnage intéressant. Il sort de l’ordinaire, il est hors du commun. » Tesson, rasséréné, estima alors que ses « débats » avec Joffrin apportaient la preuve irréfutable qu’« on peut avoir tous les samedis matin douze minutes d’intelligence et de bon sens ». Seulement douze minutes ? Jean-Marie Colombani, qui anime chaque samedi matin sur France Culture son propre débat avec le barriste Jean-Claude Casanova, n’aurait toujours pas digéré l’affront. Le 5 mars 2005, le directeur du Monde, flanqué d’Éric Le Boucher (journaliste au Monde) et de Jérôme Jaffré (sondeur), apportait cependant sa pierre à l’érection d’une gauche borliste au cours d’un dialogue dont PLPL livre en exclusivité le verbatim : Casanova : « Si nous avons 30 % ou 40 % de chômeurs parmi les jeunes nor… af… [hésitations] Français d’origine nord-africaine ou africaine, ça crée beaucoup de problèmes à la société française. Pour ces populations non qualifiées, il n’y a pas d’autre solution qu’un marché du travail plus souple, des emplois plus facile à avoir, des emplois fractionnés dans le temps, des facilités de licenciement, etc. Mais je ne vois pas, politiquement, hi hi… ni la droite ni la gauche le faire aujourd’hui »
Colombani : […] On n’a peut-être pas tout essayé contre le chômage.
La France, malgré l’instabilité des ministres, a au fond toujours tenu le même cap. Et n’a jamais vraiment essayé des solutions alternatives. Parce qu’idéologiquement et en termes d’opinion elles font peur.

Éric Le Boucher : Oui c’est cela. […] L’emploi, il faut le laisser libre. Il faut le laisser être créé. Et pour cela il faut effectivement qu’on autorise plus de licenciements parce que plus d’entrées feront plus de sorties.
Colombani : Mais c’est inaudible en termes politiques.
Casanova : C’est inaudible parce que la droite et la gauche ont décidé de tenir le même langage.
Jaffré : Nicolas Sarkozy, c’est le seul homme politique qui s’attaque aux problèmes, qui les nomme, qui dit : “ça ne peut pas continuer comme ça”.

Laurent Joffrin, le journaliste le plus

bête de France

Face à deux journalistes de la presse people, le directeur du Nouvel Observateur, Laurent Mouchard-Joffrin, a dévoilé sur LCI son sujet de prédilection : le remariage du prince Charles. Récit d’un naufrage.

e 12 mars 2005, lors d’une conférence organisée à Londres, John Nichols, coordinateur d’un mouvement américain de lutte contre la concentration capitaliste des médias et contre l’Accord général sur le commerce de services (AGCS), a évoqué les émissions de « débats » entre frères siamois qui pullulent aux États-Unis, mais aussi en France : « Le déclin du journalisme d’enquête sociale et l’essor de la communication et du bavardage sont liés à l’obsession de rentabilité. Une enquête, outre qu’elle peut être dérangeante car elle risque de s’intéresser aux entourloupes d’un personnage ou une entreprise puissante, coûte cher. Il est beaucoup plus sûr et plus économique de remplacer ça par un “débat”, plus ou moins agité, entre journalistes cabotins capables de pontifier sur tout avec la même assurance et en faisant des bons mots. » Dans la salle londonienne, plusieurs abonnés à PLPL ont tressailli : sans jamais avoir rencontré Laurent Mouchard-Joffrin, Nichols ne venait-il pas de décrire le « système Mouchard » ? Quelques semaines plus tôt, en effet…

Quelques semaines plus tôt, le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur avait débattu avec passion sur LCI. Pour Laurent Mouchard, auteur d’un essai calamiteux sur les guerres napoléoniennes, seule la date du 10 février 2005 a marqué l’histoire de l’humanité depuis l’emprisonnement de l’Empereur à Sainte-Hélène. Ce 10 février, Mouchard s’en souvient d’abord comme d’un coup de Trafalgar. Car France Inter — son France Inter, qu’il encombre chaque semaine de ses bavardages croisés avec Philippe Tesson – a eu l’outrecuidance de consacrer à un sujet joffrinien par excellence les treize premières minutes de son bulletin d’information. « Couleur crème ou rose ? Quelle sera la couleur de la robe nuptiale de Camilla pour son mariage avec le prince Charles ? » interrogea même la radio publique. Mais sans inviter Mouchard à répondre.

Mouchard à répondre.

Énorme scandale ! L’annonce du remariage du prince Charles avec Camilla Parker Bowles venait d’être disséquée par tous… sauf par l’homme qui se croit spécialiste des relations franco-britanniques depuis la bataille navale qu’il livra le jour de ses 21 ans, juché à califourchon sur un canard gonflable à l’effigie de l’amiral Nelson dans le petit bassin d’une piscine communale. « Je me vengerai ! », aurait juré Mouchard.

Cela ne tarda pas. Le 19 février sur LCI, une émission « débat » réunissait, sous la houlette d’Anita Hausser (LCI), Irène Frain, Colombe Pringle, Catherine Pégard (Le Point) et Laurent Mouchard-Joffrin. Naturellement, comme John Nichols l’avait suggéré à Londres, le premier sujet évoqué fut le mariage de Camilla et de Charles. Le plateau n’avait fait appel qu’à des spécialistes : Colombe est journaliste à Point de vue, Irène à Paris Match, Joffrin s’est vanté de diriger un « Gala pour riches. »

Entouré par trois femmes, Mouchard, pourtant mal servi par une barbiche aux fragrances douteuses et par le tic du hennissement permanent (le fameux « hé !, hé ! » joffrinien), ne put s’empêcher de faire le paon. En particulier quand l’une d’entre elles rappela la genèse de l’idylle royale — « Elle l’amène [Charles] au plumard parce qu’elle était très bonne. » Le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur sort alors du bois. D’abord, Laurent étale sa science, espérant que ses amis Philippe Val et Pierre Rosanvallon seraient à l’écoute : « Hé ! hé ! les Windsor jouent un rôle considérable et un rôle, même pour les Français, assez légitime. Ils incarnent l’unité de la nation britannique. [Mouchard soupire] En France, on a pas ça. La monarchie britannique est d’une certaine manière plus démocratique [sic] que le système français. On pourrait presque dire que les monarchies dans les démocraties sont supérieures aux régimes sans monarque. […] Ils incarnent bien le peuple britannique. »

Les discours de gauche n’ont qu’un temps, et Mouchard en vient au fait. Soucieux de clarifier un point essentiel, il questionne d’abord sournoisement ses consœurs de la presse people : « Il l’avait déjà demandée en mariage ? » Puis, conscient que sa question trahit sa méconnaissance du dossier, il ajoute piteusement : « Pourtant j’ai suivi, j’ai lu ça avec beaucoup d’attention dans la presse britannique et américaine. »

C’est le moment pour Mouchard de dévoiler sa « Grande Théorie » (
la GTM) : bien que très à gauche, la monarchie britannique ne serait pas assez nomade sur le dossier de la sexualité : « Le problème, c’est qu’en matière de mœurs ils sont un peu retardataires… » Sans le savoir, Joffrin vient alors de pénétrer sur un champ de mines. La sexualité de la monarchie britannique est en effet LE sujet qui enfièvre le journalisme moderne. Obligeante, Catherine Pégard le prévient : « Ils sont peut-être retardataires, mais ils sont très olé olé quand même. » Rien n’y fait. Ruisselant de fatuité, Mouchard ne veut rien entendre : comme il y a « retard français » en matière de libéralisme, il y a retard monarchique en matière de sexualité. Le directeur du grand hebdomadaire de la « gauche » écarte donc l’objection avec dédain : « Oui, ça on l’est tous [olé olé, ndlr]. Tout le monde l’est. Il y a une apparence, et puis il y a la réalité… » En d’autres termes, ces femmes journalistes par trop « intuitives » auraient mal assimilé les leçons d’Edgar Morin et Philippe Corcuff sur la « complexité des choses ».

Aussitôt, l’une des meilleures camillologues françaises prévient Joffrin que ses provocations d’analphabète machiste le mènent tout droit à la catastrophe : « Dans cette liaison avec Charles, il y avait un aspect sauvage, presque torride. » Mais le pauvre Mouchard s’obstine : « Le drame de Diana finalement, c’est un mariage arrangé. C’est pas un mariage forcé, mais c’est un mariage arrangé. Normalement il [Charles] aurait dû se marier avec Camilla au départ. Oui, si le cœur avait parlé, ils se seraient mariés. Et ce sont les convenances qui ont empêché ce mariage… » Des murmures horrifiés montent sur le plateau à mesure que l’impétrant échafaude sa démonstration et que, prenant de l’assurance, il cesse enfin de crachouiller dans sa barbiche.

Mesurant subitement la houle qui enfle, Mouchard opère un recul imperceptible : « En tout cas, c’est ce que j’ai lu. Diana a été choisie parce qu’elle correspondait mieux à l’idée que la monarchie se faisait de la princesse de Galles. »

Là, c’en est trop pour Colombe Pringle. Sur ce sujet qui a nourri mille dossiers de son journal (Point de vue), un incompétent prétend lui en remontrer ? Passée du rose au grenat puis du pourpre au vermillon, elle explose, écarlate : « Non ! non ! ! non ! ! ! Là, je crois que quelque chose vous a échappé ! Il est tombé très très [elle appuie avec cruauté] amoureux de Parker Bowles, qui était en effet une femme altière, cavalière et différente de toutes celles qui l’entouraient auparavant. Et elle ne l’a pas aimé !! Elle aimait l’autre qui était un tombeur ! [Mouchard cesse de ricaner] Et elle voulait l’autre homme ! Il a servi d’instrument pendant longtemps. Au départ de cette histoire, Camilla ne voulait pas le prince Charles ! »

C’est une exécution en direct. Toute la théorie du directeur de la rédaction du Nouvel Observateur sur le « retard » sexuel de la monarchie britannique se retrouve en miettes. Ses petits yeux inexpressifs se figent, tels ceux d’un ragondin pépéiste [du PPA, ndlr] aveuglé par les phares d’un camion-citerne sardon. Anita Hausser cherche à atténuer le choc. « C’est ce qu’Irène Frain nous expliquait au début », rappelle-t-elle doucement à Mouchard comme on calme un aliéné. Mais Colombe, décidée à faire le coup de Blücher à Waterloo, entend liquider définitivement les prétentions camillologiques de Joffrin : « Ensuite, il [Charles] a passé son temps à courir après. C’est lui qui a réussi à boucler la boucle de son histoire. Mais elle, elle a mené sa vie entre-temps ! » Là où Mouchard avait détecté les « convenances » hautaines et le « retard » érotique des Windsor, il n’y avait en définitive que l’histoire d’un amant éconduit, mais sexuellement vorace. À présent déconfit et amorphe, Joffrin caresse sa barbiche où s’amortirent tant de gifles… Pauvre Mouchard ! Après avoir donné en exemple la monarchie britannique, après avoir souligné l’importance sociale et politique des mœurs royales, après avoir bachoté le sujet dans les tabloïds anglais, le directeur de la rédaction du Nouvel Observateur signait sa capitulation devant deux spécialistes de la presse people.

NAUFRAGES

Michel Field à l’Intérieur

Il a commencé en 1973 comme porte-parole du mouvement lycéen contre la loi Debré (ministre des Armées) ; il finit trente ans plus tard comme porte-parole de Nicolas Sarkozy, patron de l’UMP.
Le 12 mai 2005, Michel Field animait le meeting oui-ouiste de l’actuel ministre de l’Intérieur au Palais des Sports, en compagnie d’Arnaud Lagardère, propriétaire d’Europe 1, station où Field anime une émission. Simple opportunisme ? Non : Field a confié qu’il agissait « par amitié et par conviction » (Le Parisien, 13.5.05). L’ami Arnaud a gagné 1 959 100 euros en 2004.

Inséparables

Une semaine plus tôt, Daniel Cohn-Bendit tenait meeting commun avec François Bayrou « “Lorsque nous l’avons invité, c’est lui qui nous a proposé de venir avec Bayrou”, confesse même le prof de droit organisateur de la soirée. » Puis « ils sont partis dîner ensemble.
En copains 
» (Le Parisien, 4.5.05).

Pauvre Bourmeau !

Dépressif depuis le fiasco intégral de son appel « En 2007, votez Y », qui devait bouleverser la vie politique française…, Sylvain Bourmeau patauge. Dans un de ces articles prétentieux dont il a le secret, le rédacteur en chef adjoint des Inrockuptibles et bavardeur sur France Culture « explique » son engagement sous la bannière du « oui ». Son texte est titré « Les raisons du “non”, la raison du “oui” » (18.5.05). Incapable, comme ses amis Val et Corcuff (qu’il essaierait de réconcilier), d’avancer un seul mot sans accumuler cinquante références clinquantes, Bourmeau rend d’abord hommage à Michel Foucault, puis au blairiste Anthony Giddens et, surtout,
à Olivier Duhamel, « un des plus brillants et légitimes défenseurs du “oui” ».
Le brillant Duhamel, grand ami de Luc Ferry, a épaté Bourmeau le jour où Olivier a accusé Fabius de s’être « lepenisé », ajoutant : « et je pèse mes mots ».
Pesant ses mots, le modèle intellectuel de Bourmeau a pesté quelques jours plus tard : « J’ai l’impression de vivre dans un pays en voie de régression bolchevique » (
La Tribune de Genève, 11.5.05). Depuis le 29 mai, Ferry, Bourmeau et Duhamel apaisent avec des compresses à l’huile d’olive la douleur de la claque électorale qu’ils ont reçue.

Mistral perdant

Quelques jours avant le référendum, le chanteur « anarcho-mitterrandiste » Renaud publiait dans Ouest-France (24.5.05) une tribune intitulée « Pour le Oui » : « Chaque fois que j’entends les arguments des partisans du Oui, je suis séduit par leur enthousiasme, leur façon de positiver, leur amour de l’Europe, quand les partisans du Non ne voient que le négatif […]. Ceux du Oui de gauche sont des politiques pour lesquels j’ai de l’affection (Cohn-Bendit, Jack Lang, Dominique Voynet, etc.), quand le “non” réunit la gauche bourgeoise (Fabius) ou sectaire (Buffet, Laguillier, Besancenot). » Et l’ex-chroniqueur de Charlie hebdo poursuit : « La loi du marché, le libéralisme triomphant, la libre concurrence, les délocalisations, […] sont inéluctables. Je pense qu’en votant « oui », nous rendrons l’Europe plus forte. » Et surtout Renaud plus riche : en 2004 la loi du marché, le libéralisme triomphant et la concurrence libre et non faussée lui ont assuré un revenu de 2 800 000 euros.
Mais,
Demain, prends garde à ta peau,
À ton fric, à ton boulot,
Car la vérité vaincra,
La Commune refleurira.
(Société, tu m’auras pas) 

JEU PLPL

1) Qui a fait la « une » d’un mensuel, juste à côté de Jacques Chirac, président de
la République ?
2) Qui a dit : « L’unité de base de la démocratie, comme le mètre l’est à la géométrie, c’est l’individu. Je suis de ceux qui pensent que plus la sphère privée est grande, plus la démocratie est accomplie. Le bonheur, ce n’est pas seulement l’économie, c’est la vie privée. Un enfant élevé dans la liberté et le bonheur aura davantage de chances, une fois devenu adulte, de produire à son tour du bonheur. Voilà les principes que refusent les ennemis de la démocratie. »
Alain Madelin ? Patrick Bruel ? George W. Bush ? Rika Zaraï ?
Réponse : Philippe Val, dans Pote à pote, (mai 2005).

Les grands esprits


pensent comme Val

À califourchon sur Montaigne et Spinoza, Philippe Val cultive le racisme social. Son engrais ? Le pédantisme.

roubadour libertaire qui chantonnait L’Autogestion avec Patrick Font en 1977, Philippe Val pense à présent qu’« il ne peut y avoir de démocratie sans marché » (Charlie hebdo, 12.4.00). Le dictateur du NEM (Non-Événement du mercredi, alias Charlie hebdo) œuvre à « légitimer le titre aux yeux des gens qui constituent le milieu de l’information et avec qui j’entretiens des rapports cordiaux » (Toc, février 2005). Une réussite. Mais qui fut une gageure ; Philippe en a convenu : « Je suis très limité […]. Je ne suis pas un grand analyste politique, je ne suis pas un professionnel du journalisme.1 »

Charitable, Laurent Joffrin-Mouchard confia un jour à son ami Philippe le secret des plumassiers parisiens : citer à tout bout de champ des génies pour dissimuler son incurie. Et Mouchard, qui s’y connaît, glissa sous l’épaule la béquille qui soutient la pensée boiteuse de tous les pitres pantelants de la presse : un jeu de fiches de lecture résumant l’œuvre des grands esprits des trois derniers millénaires. Val a piaillé de joie et tout appris par cœur. Écrivains, artistes et penseurs illustres sont désormais mobilisés au service de la « pensée Val-Tse-toung » 2. Au meilleur de sa forme, le grand timonier peut citer dans un seul entretien Kundera, Machiavel,
La Boétie, Parménide, Stanislavski, Platon, Hobbes et Hegel ! (Sport et Vie, septembre 1999). Les médecins légistes de PLPL ont autopsié 48 des 53 éditoriaux valiens publiés dans le NEM en 2002. Bilan : 120 évocations artistiques et littéraires, soit une moyenne de 2,5 par éditorial, avec des pointes à 10 (2.1.02), voire 11 (29.5.02). Val frissonne : « Tout le monde a droit à une phrase de Shakespeare, de Nietzsche, de Dante, de Borges, de Montaigne » (L’Œil électrique n° 9). Les lecteurs, eux, sont plus partagés : « L’équipe de Charlie hebdo organise à Rennes une rencontre avec les lecteurs. Par sa condescendance envers les membres de l’assistance (ses lecteurs, donc), Philippe Val, le rédacteur en chef, arrive en deux heures à perdre tout le crédit dont il jouissait encore » (L’Œil électrique n° 32, 2004).

Contre les « ploucs humains »

Se grimer en savantasse comporte pourtant beaucoup d’avantages. D’abord, le dictateur du NEM peut dégoiser les pires âneries sous l’autorité de Spinoza avec l’assurance que ce dernier n’enverra pas de droit de réponse. Conscient que nul ne sera pris de vertige en s’asseyant sur son œuvre, il peut aussi se présenter comme le défenseur des aigles de l’esprit à la hauteur desquels il tente de se hisser — du haut de son perchoir de perroquet : « Je suis pour que les lettrés reviennent sur le devant de la scène, c’est mon combat » (L’Œil électrique n° 9). Même les semaines où Philippe ne cite aucun nom de
la Pléiade, la distinction reste au rendez-vous : il conte sa rencontre avec le pianiste Arturo Benedetto Michelangeli (10.7.02), évoque une pièce de théâtre, et finalement soupire : « Combien de fois ai-je vu se lever le jour en lisant Les Mille et Une Nuits ? » (NEM, 11.12.02).

Le monde selon Val se divise en deux : d’un côté, ceux qui lisent Montesquieu et les éditoriaux de Philippe Val citant Montesquieu ; de l’autre, la populace imbécile qui aime le foot et les corridas, qui boit de la bière et regarde TF1. Cette deuxième catégorie forme à ses yeux l’écume de l’humanité. Elle a des loisirs « vulgaires » qui offusquent ses prétentions au califat de l’Intelligence. « Même quand j’étais gamin, le sport m’ennuyait. Un match de foot me remplissait d’une espèce d’état migraineux, de déprime qui ne m’a pas quitté depuis »

Philippe Val, défenseur du social ? Trois fois oui-oui, mais à la condition expresse de n’avoir aucun contact avec un peuple qu’il décrit tantôt comme une bande de « pochtrons du bistrot, torse nu, bourrés comme des coings » (Sport et Vie, 9.99), tantôt comme un tas de « ploucs humains obtus, rendus courageux par la vinasse ou la bière locale qui leur gargouille dans le bide » (NEM, 14.6.00). Au fond, les dominés n’ont que ce qu’ils méritent. Le dictateur du NEM fustige leur « servitude volontaire » plutôt que l’exploitation capitaliste qui les asservit. « S’ils n’aimaient pas se faire niquer, a-t-il tranché, ils ne seraient peut-être pas si pauvres » (NEM, 23.1.02). L’humaniste a parlé.

Quiconque réplique en évoquant le problème de l’accès inégal à la culture déchaîne les foudres valiennes. Les prolos, « ils s’en foutent. Ils préfèrent le foot et le Loft et autre chose demain, d’aussi con, ou d’encore plus con… ». Leur cervelle serait « gavée au crottin médiatique », « habituée à réfléchir comme au foot », perpétuellement « à la ramasse » (NEM, 26.6.02, 17.4.02, 30.10.02). « Hélas, larmoie Val, ce ne sont pas les fines analyses des lettrés qui font l’opinion » (NEM, 24.10.01).

Le Précieux ridicule

Quand Philippe défend la « démocratie », il pense d’abord à son droit de « débattre » avec Franz-Olivier Giesbert (1.6.05) ou Arlette Chabot (16.5.05) et de vendre ses livres chez Ardisson (23.10.04)3. « Qu’avez-vous réussi de mieux dans la vie ? », lui demande L’Express-mag (24.1.05). Réponse : « Mon dernier livre et mon dernier disque, en vente partout. » Le reste lui donne la nausée : « C’est dur de faire de la politique. Il faut en serrer, des mains pas toujours appétissantes, en boire, des verres de piquette en faisant hummm excellent, en embrasser, des gamins tendus à bout de bras par des rougeauds imbéciles. » Il faut aussi « renoncer à ses goûts, à tout ce qui a bâti en soi-même de la finesse, de la nuance, de la subtilité, et caricaturer le gros consensus, en faire un drapeau imbécile auquel se rallieront les plus bornés, […] s’abaisser de façon à être entendu par la partie la plus obtuse de la population » (NEM, 17.4.02).

Inlassablement il repart au « combat » contre les gueux, dont les manières offusquent ses goûts raffinés. « Cette semaine, je feuilletterai un volume de
La Pléiade 
» (NEM, 17.4.02). Prendre de l’altitude, enfin, loin de « ce bon gros sens d’en bas, auquel on doit à la fois l’éternel camembert à la louche et l’éternelle épuration ethnique » (NEM, 23.10.02). La persécution, les camps, le fascisme, Val peut en parler en connaissance de cause : « Quand j’étais petit, mes parents m’envoyaient en vacances dans un petit village, tellement petit qu’il n’y avait ni épicerie ni boulangerie. » Le devoir de mémoire est absolu : « Je n’ai jamais oublié, je n’oublierai jamais. […] Au pensionnat, il faut faire preuve d’une force d’esprit hors du commun [sic], accomplir des efforts terribles […]. C’est bien de torture qu’il s’agit, je l’ai éprouvé moi-même » (NEM, 17.4.02).

Mais, même dans la tourmente, un moment de grâce peut effacer ce passé épouvantable et lui rappeler Mozart 4 : Val est enfin reconnu des Grands. Ainsi, quelques jours après la victoire du « non », au cours d’un « débat » télévisé avec un Raymond Barre crépusculaire (France 3, 1.6.05), l’ancien Premier ministre s’est un peu redressé, et dans un râle (presque) final a laissé gargouiller cette ultime bénédiction : « Je voudrais dire un mot dans le sens de M. Val. »

1 L’Œil électrique n° 9, octobre 1999.
2 Lire PLPL n° 18, février 2004, p. 11.
3 Lire PLPL n° 22, décembre 2004, p. 12.
4 Vainqueur du « citathon » 2002 avec 5 citations dans les éditoriaux de Val. Viennent ensuite Nietzsche, Platon et Freud (4 citations chacun), Godard, Hugo, Fellini, Shakespeare (3 citations chacun),
La Fontaine, Mallarmé, Descartes, Chateaubriand et Montaigne (2 citations). 

Ignacio Ramonet, un rebelle à
la Florent Pagny


 


 

Jean-Pierre Tailleur, auteur de «Bévues de presse» (2002) et de «Maljournalisme à la française», un essai auto-bibliographique (2004), réagit au manifeste pour l’Observatoire français des médias paru dans Le Monde diplomatique.

La présentation de l’Observatoire français des médias (OFM) par Ignacio Ramonet, publiée dans son journal Le Monde diplomatique en octobre 2003 sous le titre «Le cinquième pouvoir», est éloquente. Elle illustre la réticence toute française à critiquer factuellement la presse, tout en prétendant le contraire et en donnant des leçons au monde entier.

A sa simple lecture et sans faire de procès d’intention, ce manifeste (facilement accessible via Google sur Internet) est d’une arrogance et d’un mercantilisme ahurissants. Ignacio Ramonet cite surtout des articles du mensuel ou bien son peu pertinent essai «
La Tyrannie de la communication», en effet, pour appuyer sa démonstration. Il manque également de courage, ne donnant pas d’exemples de fautes de la presse française, si ce n’est rappeler l’Affaire Dreyfus sans nuancer. Le capitaine juif n’a-t-il pas aussi été sauvé grâce à Emile Zola et à L’Aurore?

Ce texte n’apporte rien de plus, sur le fond, qu’une dissertation d’étudiant à qui on demande de plancher sur le néolibéralisme dans les médias, avec des généralités sur la censure, sur la révolution numérique, etc. On peut partager le constat des dégâts causés par le gigantisme des groupes de communication et par la spéculation. On ne peut que souscrire à la comparaison entre malbouffe et mauvaise information, que le patron du Monde diplomatique n’est pas le premier à avoir effectuée, d’ailleurs. Mais il faut également s’interroger sur la pauvreté d’une argumentation simpliste, dogmatique, dépourvue de reproches précis envers les médias français (quid du F d’OFM?). Je m’étonne aussi que cet hispaniste ne dise aucun mot sur le manque de liberté d’informer à Cuba. Il est vrai qu’il n’est pas un critique farouche de Fidel Castro, pour employer un euphémisme.

Ignacio Ramonet a tort d’imposer l’idée que le maljournalisme ne se jauge que par le biais des excès du capitalisme. Des journaux «indépendants», du Canard enchaîné à
La Dépêche du Midi, et des rédactions du service public – France 2 avec les affaires Alègre-Baudis et Juppé-Mazerolle ou
la BBC contre Tony Blair – produisent parfois aussi de la mal-information. Cela étant, l’apathie des journaux face aux exagérations de cet acte de foi est encore plus inquiétante. Entre le rejet aveugle et catégorique «de droite» et la bien-pensance qui gobe ce type de discours, il n’y a pas de véritable mise en perspective des enjeux définis dans ces appels politiquement corrects. La presse française est trop souvent une caisse de résonance de ces prêts-à-penser faussement constructifs et incisifs, en effet. Il faut lire l’article complaisant de Télérama, applaudissant le «débourrage de crânes» que constituerait l’Observatoire annoncé, tout en le qualifiant de flou (24 septembre 2003). Par le même biais, ces regards convenus sur la presse occultent les points de vue qui fâchent, notamment ceux qui abordent la question des fautes individuelles des journalistes français.

Cet OFM, «Observatoire international des médias»,  «Media Watch Global» ou je ne sais comment on l’a nommé, aurait gagné à être baptisé l’Observatoire contre l’idéologie néo-libérale dans la presse. Son objet aurait alors été plus clair, juste et modeste, sans pour autant rendre ses prétentions plus réalisables. Quels sont, en effet, les moyens de ce «contre-pouvoir qui vient de naître», pour reprendre une des affirmations martelées par Ignacio Ramonet? Vu l’absence d’éléments précis sur ce «cinquième pouvoir», à part la mention d’un universitaire-garant-de-sérieux ou bien celle d’un vague sommet pour le droit à être bien informés, on est dans l’effet d’annonce et pas dans l’information consistante.

A la lecture de ce papier, Ignacio Ramonet est au combat pour l’information ce que le chanteur Florent Pagny est à la lutte contre la pression fiscale. Il défend sa «liberté de penser» avec la myopie de celui qui pense d’abord à ses propres intérêts, en s’appuyant sur une presse qui reproduit des déclarations lyriques sans enquêter dessus. Il y a manipulation, particulièrement trompeuse et négative, lorsqu’on prétend combattre le maljournalisme en faisant du commerce de bons sentiments sur la base d’une fausse impartialité… CQFD (ce qu’il faudrait dénoncer) aussi.

La crédibilité de l’OFM dépendra de sa capacité à condamner en premier lieu les fautes de ses amis. L’édition février 2004 du Monde diplomatique offre un exemple de mauvais traitement de l’information sur lequel cet «observatoire» peut se pencher. Un long papier, écrit par un exilé cubain de Suède, fustige «l’obsession punitive chronique» des Etats-Unis et de l’Union européenne contre son pays. Tout excessif que soit le harcèlement anti-castriste, le mensuel désinforme en minimisant ou en occultant, carrément, certains faits qui peuvent l’expliquer: Fidel Castro est un dictateur, tout simplement, et a fait exécuter des opposants encore récemment, en avril 2003, pour avoir détourné un car-ferry. Beaucoup de Cubains qui ne sont pas des délinquants continuent de risquer leur vie pour échapper à son pouvoir. Comparer son régime avec les démocraties française ou suédoise, comme cela est insinué dans ce Monde diplomatique et ses éditions internationales, est purement scandaleux.

Si l’OFM ne s’insurge pas contre tant de partialité, ses contributions seront bien dans la ligne du manifeste d’Ignacio Ramonet, malheureusement. Encore une occasion ratée pour promouvoir la qualité dans l’information en France.

Jean-Pierre Tailleur

Le site de Jean-Pierre Tailleur : Bévues de presse

Interview de Jean-Pierre Tailleur sur Le grain de sable

Une version de ce texte a été publié dans «Maljournalisme à la française» (Editions Rafael de Surtis, 2004).

« Le grand bazar de l’info » qui porte bien son nom  Mis en ligne le 1 février 2006 Yves Agnès, ancien rédacteur en chef au Monde, qui dirigea aussi le Centre de formation et de perfectionnement des journalistes (CFPJ), vient de publier aux éditions Michalon « Le grand bazar de l’info ». 

Dès la publication de cet ouvrage, en novembre 2005, Media Ratings s’y est intéressé, pensant y trouver des informations et matière à réflexions utiles à l’analyse des médias et à leur compréhension.

Le sous-titre semblait tout aussi alléchant : « Pour en finir avec le maljournalisme ». En effet, l’utilisation par Yves Agnès du néologisme « maljournalisme » inventé par Jean-Pierre Tailleur, auteur de « Bévues de presse », nous laissait penser que l’ancien rédacteur en chef du Monde plaçait son livre dans la lignée des travaux de son prédécesseur. 

Enfin, la quatrième de couverture affirmait fièrement que l’auteur « montre l’ampleur des dégâts et en analyse les principales causes ». Malheureusement, la lecture des pages consacrées aux dysfonctionnements médiatiques nous a laissé sur notre faim. En effet, il ne s’agit que d’un récapitulatif de dysfonctionnements médiatiques déjà connus de tous, de l’affaire Alègre-Baudis au bagagiste pseudo terroriste de Roissy, en passant par la fausse agression antisémite du RER D. 

Sur chacune de ces affaires, l’auteur n’apporte aucune information nouvelle et ne nous sert que des propos convenus. Autre exemple ressassé : l’annonce anticipée du retrait d’Alain Juppé de la vie politique française par David Pujadas, au 20 heures de France 2 du 3 février 2004. Cette petite erreur, qui coûta son poste à Olivier Mazerolle, n’est rien à côté des fautes journalistiques graves qu’a commis France 2 ces dernières années. Pourtant, celles-ci ne seront même pas effleurées dans ce livre. 

Ce livre réserve quand même une bonne surprise puisque l’auteur rappelle le passé trouble de Renaud Donnedieu de Vabres, l’actuel ministre de
la Communication, et le fait que les télévisions ont, dans leur ensemble, passé sous silence la condamnation pour blanchiment qui l’avait conduit à démissionner du premier gouvernement Raffarin.
 
Côté idéologie, Yves Agnès donne ses clés de lecture : tout est essentiellement la faute du néolibéralisme et de « l’information marchandise ». 

Pourquoi ne compare-t-il pas la presse française aux médias étrangers ? Il verrait que leur soumission aux mêmes lois du libéralisme ne les empêche pas de produire de l’information de meilleure qualité, et surtout, de grande diversité. 

Pour ce qui concerne les solutions proposées, Yves Agnès se range du côté de ceux qui analysent les médias à la sauce anticapitaliste, antiaméricaine, antilibérale et antimondialiste. Précisons ici que, certaines critiques, Acrimed en particulier, malgré ses outrances occasionnelles et ses liens avec l’équipe du Monde Diplomatique, apportent, selon nous, une contribution utile à l’analyse des médias. Toutefois, leurs présupposés idéologiques les rendent incapables de décoller de leur grille de lecture, ce qui les empêche d’avoir un regard objectif sur certains dysfonctionnements. 

Enfin, parmi les instances ou organisations qu’Yves Agnès porte au pinacle, se trouvent le médiateur du Monde, les Entretiens de l’information de son préfacier, Jean-Marie Charon, ou Reporters Sans Frontières. Désolé d’être contrariant mais on attend toujours la contribution du médiateur du Monde à l’amélioration de son journal. Où était-il quand Edwy Plenel instrumentalisait le journal ? Que faisait-il quand la une du journal annonçait la chute de la banque Merril Lynch en pleine page, et corrigeait les jours suivants par un correctif de quatre lignes ? Inutile de parler du médiateur de France 2 ! 

Et même si ce n’est pas politiquement correct de se poser la question, que fait Reporters Sans Frontières pour la qualité de l’information en France ? Cette association n’est-elle pas simplement un syndicat corporatiste qui ne dit pas son nomVoici tout de même deux des propositions d’Yves Agnès qui nous sont apparues intéressantes : 

- Reconnaître la responsabilité des journalistes- Créer une commission nationale d’éthique qui serait chargée de faire du « Media-Ratings ». Bien évidemment, il faudrait éviter que cela ne « fonctionne » comme le CSA qui a perdu une grande partie de son crédit depuis bien longtemps. 

Il apparaît donc, en somme, que « Le grand bazar de l’info » ne tient pas sa promesse « d’en finir avec le maljournalisme ». Ce livre apporte peu à la critique du journalisme et reprend des idées largement connues et médiatisées. Au passage, Yves Agnès rejette les contributions apportées par les sites Internet, coupables, selon lui, d’être par nature moins fiables que les médias classiques. 

L’omertà médiatique 

La dérive journalistique a déjà été dénoncée par bon nombre de journalistes — et pas des moindres — qui avaient une haute idée de leur profession. Parmi eux, Claude Guillaumin, ancien directeur de la rédaction de France Inter, avait publié chez Julliard, en 1994 : “Faut-il brûler les journalistes ? “. Douze ans après, qu’en est-il ? 

En 2002 paraissait “Bévues de presse — L’information aux yeux bandés“ (éd. du Félin), boycotté par certains médias, dans lequel Jean-Pierre Tailleur dénonçait le manque de rigueur de la presse française. Il en publia une suite en 2004 sous le titre “Maljournalisme à la française : Autopsie d’un boycott médiatique et voyage dans l’édition“ (éd. Rafaël de Surtis).
Dans un même esprit, un autre connaisseur en la matière, Yves Agnès, ancien rédacteur en chef du Monde et directeur du Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes (CFPJ), a publié en 2005 un ouvrage dont le titre est révélateur : “Le grand bazar de l’info : Pour en finir avec le maljournalisme“ (Éd. Michalon).
La société française est bâtie sur des mythes si puissants que toute analyse critique s’apparente à une transgression“, concluaient Sophie Coignard et Alexandre Wickham dans “L’Omertà Française“ (Albin Michel, 1999). Journaliste au Point, Sophie Coignard est auteure ou coauteure de plusieurs ouvrages, notamment : “Le rapport omertà 2002“ (même chose pour 2003 et 2004), “
La Vendetta française“ (Albin Michel), “
La Nomenklatura française“ (éd. Belfond). Dans “L’omertà française“, en pages 229, 249 et 289, les auteurs désignent un certain Pierre Bénichou comme “journaliste étouffeur“.
L’un des moyens d’imposer l’omertà, ou loi du silence, est l’aplomb — plus c’est gros, plus ça passe — contre lequel trop peu de gens honnêtes réagissent. Des énormités et contre-vérités dites avec assurance épatent celui qui reconnaît sa propre ignorance mais ignore l’ignorance même de l’intervenant. Un exemple de ce procédé a été donné sur Europe 1 le 26 juin dans l’émission humoristique « On va s’gêner » de l’éternel blagueur qu’est Laurent Ruquier. De bonne foi, sans la moindre intention malveillante, parlant du Mondial de football, il a cité des propos du cinéaste Jean-Pierre Mocky reproduits dans le quotidien gratuit 20 minutes : « Le foot c’est comme l’espéranto, le foot c’est de l’espéranto« .
Dans l’équipe de Laurent Ruquier, composée ce jour de Pierre Bénichou, Paul Wermus, Arnaud Crampon, Stéphanie Bataille et Thomas Hervé, c’est le premier qui, sur un ton très péremptoire, a tenu à se distinguer par ce commentaire :
Espérons que ça marchera mieux que l’espéranto qui est une des plus belles inventions du monde, un des plus grands ratages de tous les temps. Personne n’a jamais parlé espéranto (sic !) ! Je le dis aux jeunes gens, l’espéranto était une langue qui avait été inventée dans les années 30-40 (sic !), au moment où la guerre menaçait, pour justement… pour faire un lien entre les peuples, et dire qu’il n’y avait plus de nationalisme, y’avait plus qu’une langue que tout le monde parlerait. C’est une langue qui a ses.. qui a été inventée, qui a ses normes, ses règles sa grammaire et que personne au monde ne parle ! Et maintenant par un glissement sémantique absolument paradoxal on dit ’C’est comme l’espéranto ! ’ « .
Vraiment n’importe quoi !
Et pour conclure sur “l’une des plus belles inventions“, après un rire rauque de zigoto en état d’ébriété, satisfait d’avoir lâché un mot qu’il croît bon, le sieur Bénichou, décoré de
la Légion d’Honneur (n’y a-t-il pas deux lettres à changer dans ce dernier mot dans le cas présent ?) ajoute : « Or l’espéranto c’est une merde ! C’est tout ce que j’ai à dire. C’est comme ça…“ (fin inaudible et confuse en raison de plusieurs interventions simultanées, un des intervenants parle d’ »une pluie de méls » à venir, une autre voix fait allusion au fait qu’il existe encore « une poignée d’espérantistes irréductibles« …).
Il est donc clair que Laurent Ruquier n’est pas entouré que par des gens futés, et surtout honnêtes. Certains confondent l’humour — voire la satire — et la basse calomnie fondée sur l’ignorance, mieux encore : l’ignorance de leur ignorance.
Des gens de médias souillent ainsi une idée sans même en connaître l’origine (années 30-40 !). Ils imposent ainsi leur ignorance au public, en l’occurrence aux “jeunes gens“ (réjouissons-nous que les jeunes filles échappent à de tels conseils !). Heureusement, grâce à Internet et à des technique de téléphonie gratuite, les jeunes n’ont plus besoin d’attendre les conseils d’individus qui ont raté l’occasion de s’informer avant de prétendre informer.
Et si, pour Pierre Bénichou, l’espéranto est “une merde“, il est, lui, le parfait représentant d’un journalisme qui en a la puanteur, d’un journalisme malhonnête et malveillant qui vole très bas. De tels professionnels de l’information sont au journalisme ce que le juge d’Outreau a été à la justice. Avec eux, la connerie est pleine d’avenir. Ils ont le comportement de ces minables qui, à 5, 10, 15 ou plus, se sentent courageux dans les “tournantes“ (viols collectifs). C’est triste pour le journalisme et ceux qui prennent leur profession à coeur. L’éboueur, l’égoutier, ont une utilité sociale. Pas ces gens-là qui ne savent rien faire d’autre que de souiller l’espace médiatique. Ce serait d’ailleurs affligeant pour l’espéranto, dévalorisant pour son image, si des gens d’une telle médiocrité d’esprit, qui ne méritent même pas le SMIC, plaidaient en sa faveur. Il est clair qu’il est vain de discuter avec des gens de cette espèce pour les faire évoluer, tout autant que de discuter avec une brouette pour la faire avancer.
Dès 1900, dans “Essence et avenir de l’idée de langue internationale“ (Hachette, Paris), le Dr Zamenhof avait pressenti de tels comportements. Il se peut qu’il ait été inspiré par une observation de Dostoïevski : “les inventeurs et génies ont presque toujours été regardés par la société au début de leur carrière (et fort souvent jusqu’à la fin) comme de purs imbéciles“ (dans “L’idiot“).
Afin d’éviter toute méprise, il semble utile de souligner que Laurent Ruquier, de même que Jean-Pierre Mocky, n’a jamais tenu des propos malveillants envers l’espéranto et qu’ils ont au contraire fait preuve de sympathie à son égard.
Quant aux “irréductibles“ auxquels a fait allusion l’un des participants de l’émission (impossible de reconnaître lequel pour un non-habitué), il devrait savoir que sans des “irréductibles“ qui préconisaient à une époque de remplacer les chiffres romains par les chiffres indo-arabes, nous en serions encore de nos jours à faire nos calculs avec les premiers. Que chacun veuille bien en faire l’essai en imaginant l’inexistence des seconds donc sans recours à eux.
Pour terminer sur une note plus gaie, les usagers de l’espéranto, langue qui a vu le jour en 1887 et non dans les années 1930-40, seront sans doute amusés par le fait qu’Yves Agnès, l’auteur de l’ouvrage cité au début de cet article, utilise les termes “maljournalisme“ et “malinformation“. En effet, le préfixe “mal“ désigne, en espéranto, un antonyme (ou contraire). Faut-il voir en cela un début d’influence enrichissante de l’espéranto sur le français ? Ce préfixe, qui existe en espéranto depuis ses origines – bientôt 119 ans – apparaît aussi dans le mot “malbouffe“. 
Henri Masson 

Remarque : Laurent Ruquier et son équipe ont commenté, le 29, quelques uns très nombreux courriels reçus suite à cette émission. Les copies des passages concernés en mp3 peuvent m’être demandées par courriel. Cet article a été publié sur AgoraVox le 4 juillet 2006 avec quelques modifications, notamment dans le titre : ”Polémique médiatique autour de l’espéranto”.

Un autre article traitant cette même affaire a été mis en ligne sous le titre : ”Le football, c’est de l’espéranto !” sur <
http://www.esperanto-sat.info/article827.html>. Il contient la transcription intégrale des passages concernées des deux émissions. 

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